John Ford (1894-1973)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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villag
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by villag »

A rajouter aussi la sublime musique accompagnant Fonda sur la tombe de son premier amour, musique que d'ailleurs on réentendra dans l' Homme qui tua Liberty .....quand Vera Miles viendra revoir les ruines de la maison de son premier amour à elle, c. a. d: John Wayne....
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Rashomon
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Rashomon »

Vu Le Soleil brille pour tout le monde hier à la Cinémathèque. J'en attendais beaucoup, je voulais le voir depuis des lustres, les critiques et le fait que ce soit le préféré de Ford donnaient vraiment envie et... j'ai été déçu. Bon je dois avouer dès le départ ne pas être un grand fan des chroniques sudistes de Ford - Juge Priest m'avait ennuyé à mourir et j'avais trouvé Steamboat sympathique sans plus - mais ce n'est pas ce qui m'a le plus gêné. Non, ce qui m'a fait sortir du film pratiquement d'entrée de jeu, c'est Stepin Fetchit. J'arrive à le tolérer dans les films des années 30 (contexte et toussa) mais dans un film de 1953 c'est juste pas possible quoi, d'autant que les autres personnages noirs sont (un peu) plus nuancés et réalistes. Je ne vais pas traiter Ford de raciste comme cette andouille de Tarantino mais il faut bien admettre que son évolution sur la question a été assez lente, et que son traitement des noirs est assez embarrassant même s'il s'est racheté avec Le Sergent noir. Je ne veux pas donner l'impression de ne faire qu'une critique idéologique, car la mise en scène elle-même m'a assez déçu elle aussi, assez paresseuse je trouve et l'histoire manque d'enjeux. Ford n'est pas un cinéaste obsédé par le "plot" et on ne regarde pas ses films pour ça, mais là un embryon d'intrigue n'aurait pas de fait de mal.

Ma note: 2,5/5
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Supfiction
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Supfiction »

Le Soleil brille pour tout le monde (1953)

Rashomon wrote:J'en attendais beaucoup, je voulais le voir depuis des lustres, les critiques et le fait que ce soit le préféré de Ford donnaient vraiment envie et... j'ai été déçu. Bon je dois avouer dès le départ ne pas être un grand fan des chroniques sudistes de Ford - Juge Priest m'avait ennuyé à mourir et j'avais trouvé Steamboat sympathique sans plus - mais ce n'est pas ce qui m'a le plus gêné. Non, ce qui m'a fait sortir du film pratiquement d'entrée de jeu, c'est Stepin Fetchit. J'arrive à le tolérer dans les films des années 30 (contexte et toussa) mais dans un film de 1953 c'est juste pas possible quoi, d'autant que les autres personnages noirs sont (un peu) plus nuancés et réalistes. Je ne vais pas traiter Ford de raciste comme cette andouille de Tarantino mais il faut bien admettre que son évolution sur la question a été assez lente, et que son traitement des noirs est assez embarrassant même s'il s'est racheté avec Le Sergent noir. Je ne veux pas donner l'impression de ne faire qu'une critique idéologique, car la mise en scène elle-même m'a assez déçu elle aussi, assez paresseuse je trouve et l'histoire manque d'enjeux. Ford n'est pas un cinéaste obsédé par le "plot" et on ne regarde pas ses films pour ça, mais là un embryon d'intrigue n'aurait pas de fait de mal.
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Je déterre ton message après la diffusion du film. Je vois très bien à quoi tu fais allusion. Et j’ajouterai qu'il n'y a pas que le personnage joué par Stepin Fetchit qui interpelle, loin de là.
Je pense au guitariste You-Es-Es Grant Woodford ( :roll: :lol: ) à qui l'on fait jouer Dixie mais on peut dire globalement que tous les afro-américains sont montrés à l'unisson. On hallucine un peu, avec l'impression parfois d'être devant une parodie façon OSS 117. Et pourtant, le propos paternaliste se veut évidemment et clairement humaniste. C'est la vision aujourd'hui de l'image renvoyée des noirs américains dans les yeux des blancs même les plus humanistes comme Ford et ses substituts qui choque.

On est pourtant pas dans un film des années 30 ou 40 mais dans un film de 1953, quelques années à peine avant les premiers succès d'un Sydney Poitier. Cette Amérique de 1905 idéalisée par Ford semble figée dans le formol et j'ai du vérifier la fiche du film pour être sûr qu'il s'agissait bien de 1905. C'est comme si le temps s'était arrêté depuis la guerre de sécession. Les noirs y sont présentés comme à l'état d'esclaves souriants et consentants. Ils sont au mieux de grands enfants sinon de gentils simple d'esprits. Ils sont serviteurs, musiciens, valets, chauffeurs..
Cette condition correspond à la vérité de leur statut de l'époque, au moins en grande partie. Quoiqu'il en soit elle est le reflet de l'images des noirs auprès de la société américaine conservatrice des années 50.

Republic Pictures aurait imposé à la sortie du films des coupes (à priori rétablies dans la version diffusée) de séquences avec des personnages de Noirs. Dans quel but ?

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Alors à côté de ça, il y a la maestria indiscutable de Ford, son sens du cadrage unique, de la profondeur de champ et du montage. L'image est superbe et le film est une très grande réalisation. Ce n'est pas le scénario qui compte et à ce titre je rapprocherai Le Soleil brille pour tout le monde de She wore a yellow ribbon. On y retrouve les joies de la vie en petite communauté, celle des bons copains vétérans aimant boire (l'introduction du film fait d'ailleurs écho un peu je trouve à celle de She wore a yellow ribbon lorsque le juge se lève et demande son whisky à Stepin Fetchit en guise de petit-déjeuner) mais aussi la solidarité, la famille, la justice, la tradition, l'Amérique éternelle.

J'ai noté une scène qui m'a particulièrement frappée, celle durant laquelle la foule se dirige vers la prison pour lyncher un jeune noir accusé à tort de l'agression d'une jeune fille blanche, juste parce que les chiens l'avaient semble t-il identifié comme agresseur.
Le juge Priest s'interpose devant eux et les menace d'abattre le premier d'entre eux qui franchira la ligne blanche qu'il vient de tracer, même s'il doit mourir pour cela. La scène est reprise de Vers sa destinée mais je ne m'en souviens plus aussi précisement que celle filmée et dialoguée à l'identique dans le Wyatt Earp de Costner et Kasdan. Mais Ford va plus loin dans l'optimisme et sa foi en l'Amérique puisque non seulement le juge repousse la bande de lyncheurs mais on retrouve la même bande plus tard qui vient voter .. pour la réélection du juge.
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Mama Grande! »

She Wore a Yellow Ribbon

Etait-ce le bon moment pour redécouvrir ce Ford? Après le choc Young Mr Lincoln, et les redécouvertes éblouies de Stagecoach et The man who shot Liberty Valance, je m'y suis risqué.
Si ce ne fut pas le même enthousiasme, je l'ai quand même beaucoup mieux compris que quand j'avais 17 ans :) Je ne suis pas encore vieux (enfin j'espère :? :lol: ), mais la vieillesse n'est plus un concept abstrait désormais. Résultat, l'histoire de ce général veuf, qui arrive au bout de sa vie et cherche à partir dans la dignité, m'a beaucoup plus touché. Le passage des générations, la place des aînés, sont des thèmes qui naturellement m'intéressent plus aujourd'hui. De même, j'ai plutôt apprécié le rythme nonchalant, avec lequel on suit cette cavalerie. John Ford filme avec amour ces anonymes courageux, et l'on aime passer du temps avec eux. Pour ce qui est de la forme, je crois personnellement préférer le Ford N&B, mais même là certains passages sont éblouissants, comme les paysages sous l'orage, John Wayne sur la tombe de sa femme, les bisons sauvages, ou le bal. C'est surement un film que je reverrai avec plaisir à l'avenir. Et peut-être grimpera-t-il un peu à chaque fois dans mon panthéon John Ford :)
Je trouvais à l'époque les films de Ford un peu simplistes. Je les trouve aujourd'hui dépouillés. Comme un classique grec.
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Kevin95
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Kevin95 »

THE SUN SHINES BRIGHT (1953) découverte

Ce filou de John Ford déclara que The Sun Shines Bright était son film préféré. Objectivement, pépère a craqué et provoque les critiques en privilégiant ce modeste film à ses œuvres les plus imposantes. Mais à bien y réfléchir, Ford ne fait que surligner combien la nonchalance, l'humour, la bonhommie et l'humanité de The Sun Shines Bright lui sont chers. Comme un The Quiet Man américain, le film n'a pas grand-chose à montrer, pas beaucoup à raconter, mais souhaite prendre son temps, donner une tape dans le dos de ses personnages hauts en couleurs, pleurer discrètement quand vient le temps de tirer le rideau. Lors de sa ressortie en salle il y a peu, beaucoup se sont insurgé quant à la vision des noirs. A mon sens, le match est nul. Ford ne fait que reprendre la vision de son époque et trouve même une sympathie chez eux là où pas mal d'autres réalisateurs auraient chargé la barque. Révoltant sur les bords sans doute, le réalisateur fera son mea culpa quelques années plus tard avec Sergeant Rutledge. Mais malgré ces quelques taches, la bonne humeur du film est communicative, les personnages ultra attachants et la déclaration de Ford sur son panthéon personnel pas si improbable que ça. Oui, j'ai lâché ma larme lors du défilé final.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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cinephage
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by cinephage »

La problématique sur les noirs, dans ce film, c'est quoi, au juste ? Pas Steppin Fetchit, quand même ?
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
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Kevin95
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Kevin95 »

cinephage wrote:La problématique sur les noirs, dans ce film, c'est quoi, au juste ? Pas Steppin Fetchit, quand même ?
Entre autres. Les noirs sont vus comme de grands enfants un poil décérébrés.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by onvaalapub »

Vivement que ce genre de film soit interdit de diffusion pour ne pas propager des images racistes au sein de notre jeunesse. :fiou:
:?
Plus sérieusement, un de mes films favoris de Ford. Un Grand film à propos de pas grand chose comme le dit Kevin95.
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Thaddeus
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Thaddeus »

Kevin95 wrote:Ce filou de John Ford déclara que The Sun Shines Bright était son film préféré.
Si John Wayne n'avait pas tué Lee Marvin en laissant toute la gloire à James Stewart, je pense que je dirais la même chose.
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DearHunter
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by DearHunter »

Stagecoach Etat de l'art

Les experts pourraient-ils m'indiquer les éditions dvd ou br les plus pertinentes aujourd'hui?

DVD: édition(s) Montparnasse...
ou import préférable?

Blu-Ray:
- le Criterion à ma connaissance est encore trouvable à des prix raisonnables, mais dispo uniquement en US (pas d'édition UK région B)?
- Quid de l'édition allemande?
https://www.amazon.fr/JOHN-WAYNE-Stagec ... B00PKG9HMQ
- ou espagnole
https://www.amazon.co.uk/Stagecoach-Reg ... 00ADA0A70/


Ou toute autre suggestion...
merci d'avance 8)
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- Pauline Kael

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― W.C. Fields
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Rick Blaine »

Up the river (1931)

Avec cette comédie carcérale je m'attendais à un petit film sans grand intérêt hormis les premiers rôles importants à l'écran de Bogart et Tracy mais voilà, avec John Ford il semble que "film sans intérêt" soit un qualificatif à bannir. Le film est particulièrement rythmé, extrêmement drôle à plusieurs reprise, et Ford parvient à recréer dans ce contexte atypique son univers avec son ton et ses personnages caractéristiques. La prison, univers quasi fantasmatique peuplé de taulards sympathiques, assumants tous leurs peines, et conduite par un gardien débonnaire devient ici une communauté Fordienne typique, avec ses rires et ses petite bagarres. Nous assistons presque à un retournement de ce qui se fait à la même époque à la Warner (20000 years in Sing-Sing, I'm a prisoner from a chain gang), la prison d'Up the river est un univers sympathique et presque rassurant. Mais Ford sait ce qu'il filme, et n'en oublie pas la réalité lorsqu'il glisse dans la bouche de Tracy une courte tirade sur le couloir de la mort qui vaut en émotion bien des films entiers sur le sujet. Comme toujours chez le cinéaste, la gallerie de personnage et savoureuse. C'est d'abord un plaisir de voir à l'écran ce qui restera, malgré leur amitié, la seule association des jeunes Bogart et Tracy. Tous deux sont déjà particulièrement convaincants, et leur complicité évidente. Warren Hymer, dans le rôle du side-kick un peu benêt de Tracy est également brillant avec quelques belles scènes, notamment ce moment dans la famille de Bogart où, faute de chaise, il s'assoit tristement derrière un paravant. Une scène saisie avec beaucoup de pudeur et d'émotion par Ford.
J'ai toujours admiré Ford, d'abord pour ses grands classiques mais je suis de plus en plus fasciné par cette capacité à toujours être capable de créer "un film de Ford" avec son atmosphère et cette musique particulière même pour des sujets a priori plus mineurs. Il y a deux trois films que j'apprécie moins, mais aucun que je trouve sans intérêt pour l'instant, chaque rencontre avec ce cinéaste est un bonheur. Ca me donne envie d'intensifier la découverte des nombreux films que j'ai et que je n'ai pas encore vus.

Et sinon pour rebondir sur la discussion vue plus haut, il y a bien sur le DVD Z1 des sauts d'images (comme sur la copie présentée à la cinémathèque a priori). C'est relativement fréquent mais ça ne me semble pas si gênant que ça.
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Jeremy Fox »

Je ne connaissais même pas l'existence de ce titre :o
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Rick Blaine »

Je l'avais croisé pour la première fois via la biographie de Bogart.
Après comme j'ai acheté la plupart des Ford qui sont sorti c'est arrivé chez moi.

C'est dispo en Z1 VOSTF, dans le coffret Ford at Fox Comédies ou à part avec When Willie Comes Marching Home (et dans le gros coffret Ford at Fox, évidemment)

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Jack Griffin
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Jack Griffin »

Vu à la cinémathèque ce Up the river

Ce que j'en disais à l'époque dans un autre lieu
Deux détenus (Spencer Tracy et Warren Hymer) s'échappent et rentrent à leur guise. Un codétenu amoureux (Humphrey Bogart) va avoir besoin de leur aide…

Erreur de calendrier. J'étais parti voir Mogambo et suis tombé à la place sur ce Ford pre-code un peu oublié/ méconnu, réunissant pourtant deux grosses têtes d'affiche. Bogart est à ses tout début et c'est un peu étrange de le voir en jeune premier bien que son jeu se durcisse au cours du film (il ya peut être deux trois scènes où se révèle déjà son charisme)
A ce que j'ai pu lire après la projection, le projet originale était plus un drame avant que l'aspect comédie (porté par le couple Tracy/ Hymer) se fasse plus envahissant.
Le scénario plus que bancal a du mal à rendre évident le mélange des genre et de ses deux intrigues, d'un côté la romance entre Bogart et Claire Luce, de l'autre l'enchainement de scènettes comiques. Toutefois on y trouve un plaisir dans ces visions de foules en liesse, de réunions dans la joie et la camaraderie des gens de peu, de petits théâtres populaires qui vont totalement à l'encontre de l'image crédible d'un pénitencier d'état.
On arrive même à se retrouver avec l'image idyllique, non justifié par l'histoire, de défilé d'immenses chars à foins ou se retrouve les deux détenus et la haute bourgeoisie américaine.
Il y a pas mal de petits moments de poésie mignonne comme lorsque ce détenu qui, mine de déchirer avec énervement un bout de feuille, état en fait en train de fabriquer un petit napperon en papier.
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Jeremy Fox
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Jeremy Fox »