John Ford (1894-1973)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Federico
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Federico »

Two rode together ? J'ai un peu honte d'en avoir conservé un souvenir mitigé malgré la présence des grands Dick & Jimmy et le rôle ambigu de ce dernier. De Ford, j'ai toujours préféré Les cavaliers aux Deux cavaliers. Mais je suis prêt à lui redonner une chance. Comme toujours chez ce géant du cinéma, il contient de très fortes séquences (comme effectivement la conversation au bord de la rivière et puis celle - tragique - de la boîte à musique). Et puis il y a la magnifique et si bien nommée Linda Cristal, alors...
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Jeremy Fox
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Jeremy Fox »

Federico wrote: De Ford, j'ai toujours préféré Les cavaliers aux Deux cavaliers.
De très très loin pour ma part.
villag
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by villag »

Jeremy Fox wrote:
Federico wrote: De Ford, j'ai toujours préféré Les cavaliers aux Deux cavaliers.
De très très loin pour ma part.
Voila au moins un point ou nos avis divergent....!
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allen john
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by allen john »

Judge Priest (John Ford, 1934)

Dans la même veine que son Doctor Bull, le deuxième film tourné par John Ford avec Will Rogers est un indispensable passage pour qui s'intéresse à la carrière du grand cinéaste. C'est aussi l'un des meilleurs, sinon le meilleur de ses films qui soit basé sur une chronique tendre de la vie des petites gens. Une fois de plus, Rogers est un homme d'un certain âge, dont une large part de sa vie est derrière lui (Son épouse et ses enfants sont décédés, son heure de gloire se situe durant la guerre de Sécession, et il a été élu juge.); L'homme ne fait pas l'unanimité, puisqu'un procureur manifestement Républicain se présente contre lui avec une artillerie lourde d'arguments contre les manières débonnaires du juge. Mais surtout, il y a une intrigue, et un enjeu beaucoup plus marqué que dans Doctor Bull...

Une petite ville du Kentucky, 1891. Le Juge Priest assiste avec plaisir au retour au bercail de son neveu, parti étudier le droit. Le jeune avocat revient et courtise la jeune Ellie May, mais celle-ci n'est pas du gout de la belle-soeur de Priest: elle n'a jamais connu son père, et n'est pas un beau parti. Mais un homme, venu du Nord, prend la défense de la jeune femme, chez un coiffeur ou le nom d'Ellie May a été souillé. Ce même homme va se retrouver acusé de tentative de meurtre dans un procès qui va opposer le juge Priest, son neveu avocat, et l'opposant de Priest, procureur...

L'indolence, qu'elle soit assumée par Priest, ses copains vétérans de la guerre de Sécession, Jeff, le noir tellement lent que les mots qu'il tente de prononcer vont plus vite que lui (Stepin' Fetchit, un comédien noir qui s'était fait une spécialité de ce type d'auto-caricature embarrassante), est le maitre mot de ce film ou Ford prend finalement autant son temps pour installer une petite communauté que ses personnages pour siroter un Mint Julep... Bref, on est dans le Sud, un Sud certes très aseptisé: Noirs et Blancs, à 26 ans de la guerre civile, en pleine époque de ségrégation, vivent en bonne intelligence, et le juge va même à la pêche avec Jeff, chante des Spirituals avec sa bonne, etc... Mais c'est un tel bonheur de passer du temps avec ces personnages... Rogers et Ford y reviendront pour leur film suivant, Steamboat Round the bend. Outre Rogers, on verra avec plaisir des acteurs connus, dont Henry B. Walthall (En vétéran de la guerre civile), Berton Churchill 5 ans avant son rôle en Gatewood dans Stagecoach, et bien sur le grand frère Francis Ford en électron libre et saoul dans un procès. La vraie valeur d'un homme, l'honneur, et l'idée que la justice, tout comme la vérité, triomphera d'une manière ou d'une autre, grâce au bon génie de Will Rogers, accompagnent cette nouvelle incursion Fordienne en Americana...

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Re: John Ford (1894-1973)

Post by allen john »

Steamboat round the bend (John Ford, 1935)

Dernier film de la trilogie, et avant-dernier film de Will Rogers, cette nouvelle rencontre entre Rogers et Ford est une nouvelle merveille: l'intrigue est entièrement située autour du Mississippi, et d'un bourlingueur, "Doctor John", un sympathique charlatan qui écoule de la bibine le long du fleuve sous le nom de "Pocahontas", la faisant passer pour un remède miracle contre la fatigue. Mais il a d'autres plans de carrière, envisageant de retaper un bateau à aube, et embarquer en compagnie de on neveu, un pilote. manque de chance, celui-ci arrive avec une fiancée et une tonne d'ennuis: la jeune femme est une "fille des marais", appartenant à une famile de paysans de la plus basse extraction, méprisés des autres habitants, et le neveu a défendu l'honneur de sa dulcinée, entrainant la mort d'un homme. seul un témoin les as vus, un prédicateur polus ou moins baptiste et auto-proclamé, le "nouveau Moïse"... Il va donc falloir trouver ce dernier avant qu'on pende le neveu: on est chatouilleux du noeud coulant, dans le Mississippi...

Et tout d'abord, comme Judge priest, ce film fait la part belle au Sud, dans tous ses détails, son accent, ses façons de faire, sa culture... Idyllique? Oui, mais: on constate une ségrégation très présente en ces années 1890, via la prison avec cellules séparées, un signe 'Whites Only" dans la gare... Les Noirs sont clairement identifiés comme subalternes. Ces notations ne sont ni une dénonciation ni une glorification d'un mode de vie, mais donnent une certaine vérité à ce conte. ar ailleurs, le Sud est aussi pour Rogers une obsession politique, puisqu'il passe son temps à se référer au généralissime de la guerre de sécession, Robert E. Lee. L'un des enfants décédés du juge Priest ne s'appelait-il pas Robert E.?

Du reste, la ségrégation apparait aussi sous une autre forme, une ségrégation de classe (Déja présente dans les deux films précédents, mais ici plus symbolique) entre les deux civilisations antagonistes: ceux de la rivière et ceux des marais...

Enfin, le petit théâtre de John Ford s'accomode sans problème de cette accumulationde personnages, et d'acteurs: le prédicateur (Berton Churchill), le matelot saoul (Francis Ford), le shériff sympathique (Eugene Palette), les rivalités entre capitaines de bateaux... Si on a un enjeu dramatique, puisqu'il s'agit d'empêcher la mort d'un homme, on n'en est pas moins comblé par de la comédie basique savamment dosée, qui requinque... Et qui va assez loin, comme dans ces positions osées esquissées par Francis Ford transportant une figure de cire de la "Reine vierge". Improvisation sur la plateau d'un humour de contrebande anti-Hays, ou simple hasard?

Rogers, moins bon génie que dans ses autres collaborations avec Ford, n'en est pas moins typiquement un as de la débrouille, un héros de proximité... Toujours aussi attachant tout en se montrant vaguement contrebandier, menteur, tripatouilleur de vérité, et pour tout dire bardé de préjugés à l'égard des gens des marais. Mais c'est avec humanité qu'il reconnait s'être trompé... On comprend qu'il ait tant manqué depuis cet accident d'avion!

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Re: John Ford (1894-1973)

Post by someone1600 »

C'est avec le coffret John Ford Comedy que tu decouvres ces films ? ou tu as acheté le mega coffret Ford at Fox ? :?
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by allen john »

someone1600 wrote:C'est avec le coffret John Ford Comedy que tu decouvres ces films ? ou tu as acheté le mega coffret Ford at Fox ? :?
C'est bien le coffret consacré aux comédies,mais ce n'est pas une découverte, juste une révision gourmande... :wink:
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Major Dundee »

allen john wrote:
someone1600 wrote:C'est avec le coffret John Ford Comedy que tu decouvres ces films ? ou tu as acheté le mega coffret Ford at Fox ? :?
C'est bien le coffret consacré aux comédies,mais ce n'est pas une découverte, juste une révision gourmande... :wink:
Ca me donne bien envie de revoir cette trilogie en tout cas 8)
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- J'aurais cinq ans... Ce serait du joli !


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Re: John Ford (1894-1973)

Post by someone1600 »

C'est le seul coffret que je n'ai pas acheté... peut-etre un jour.
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Flol »

allen john wrote:Steamboat round the bend (John Ford, 1935)
Un Ford moins ambitieux que d'autres (The Man who shot Liberty Valance, The Searchers, Cheyenne Autumn), mais ça n'empêche que ça reste un de mes préférés. J'adore la franche bonhomie qui s'en dégage. C'est un film dans lequel je me sens bien, en fait.
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by allen john »

Ratatouille wrote:
allen john wrote:Steamboat round the bend (John Ford, 1935)
Un Ford moins ambitieux que d'autres (The Man who shot Liberty Valance, The Searchers, Cheyenne Autumn), mais ça n'empêche que ça reste un de mes préférés. J'adore la franche bonhomie qui s'en dégage. C'est un film dans lequel je me sens bien, en fait.
C'est exactement ça.
:mrgreen:
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by allen john »

Young Mr Lincoln (John Ford, 1939)

Réalisé par Ford à la Fox, le studio qu'il n'a jamais vraiment quitté avant 1952, ce film partiellement biographique est un chef d'oeuvre, pour lequel que je ne me sens d'ailleurs aucunement obligé de justifier. Le cadre d'une Amérique encore en devenir dans lequel le "jeune Mr Lincoln" (Henry Fonda dans son premier grand rôle), la petite vie provinciale partagée entre ambitieux qui utilisent la politique à des fins personnelles et ceux qui vont se lancer par conviction altruiste, et le sens de la proximité dans la justice, permettent à Ford de trouver tout naturellement ses marques...

Le jeune Abe Lincoln, après un prologue ou on le voit, hésitant et amoureux, découvrir dans un tonneau des livres de droit, s'installe au fin fond de l'Illinois pour exercer la loi: il sera avocat. Et une affaire lui tombe toute cuite dans les mains: il sera donc le défenseur de deux jeunes frères, accusés tous deux d'avoir tué un homme dans une rixe. Lincoln va faire usage de son bon sens et de son humanité pour dénouer les fils complexes d'une affaire dans laquelle il va faire montre de son sens de la justice...

Dans cette histoire de machination, qui voit Lincoln découvrir une vérité pas très catholique sur un témoin capital du meurtre, Ford réussit à faire jouer toute la force symbolique de l'histoire sans pour auatant perdre de vue l'intrigue plus terre-à-terre. si effectivement, dans le meurtre d'un homme, il y avait du mystère, et un coté crapuleux dans une histoire d'intérêt, cela renvoie aussi à l'arbitrage d'après guerre, une posture dans laquelle le rassembleur Lincoln est figé pour l'éternité. Etrange, son fameux geste en faveur du Sud, qu'il venait de vaincre militairement, est repris au début de son film The prisoner of Shark island (1936). Quand au Lincoln visionnaire, homme sage et bâtisseur, il a été déja montré en témoin éclairé de l'histoire en mouvement dans The iron Horse (1924). Ici, de nombreux gestes renvoient au futur père de la nation, comme son choix de favoriser (En trichant! pourtant ce n'est pas Nixon.) une équipe perdante lors d'un jeu, ou son incapacité à juger la meileure de deux tartes, rappellent l'image d'un président foncièrement juste, qui veut laisser sa chance à tous... Mais Lincoln, vu par Henry Fonda et Ford, c'est aussi une silhouette, un homme intouchable, qui n'est pas loin d'une figure christique. La transformation physique de Fonda est époustouflante, et la façon dont il joue de son corps gauche aussi...

Enfin, comment ne pas penser devant cette résurrection cinématographique d'un homme dont la réputation est celle d'une juste, d'un tendre, et d'un magouilleur pour le bien, à Will Rogers? En plus Nordiste, bien sur, même si on imagine aisément Fonda, Rogers et Fetchit se rendre à la pêche ensemble en chantant Dixie, sans problème. L'un des joyaux de Ford...

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Re: John Ford (1894-1973)

Post by someone1600 »

il va bien falloir que je le vois celui la :)
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by allen john »

Bucking Broadway (1917) By Indian post (1919)

Si les films muets de Ford sont parmi les nombreuses victimes Américaines du temps qui passe, des deux périodes, Universal et Fox, c'est la première qui a le plus souffert. Très peu des films tournés à cette époque (1917-1919), souvent en compagnie de Harry Carey, n'ont survécu. Mais on le sait, depuis la découverte dans les années 70 d'une copie de Straight shooting, on possède encore quelques belles pièces... Mais peu ont survécu dans une version intégtrale: témoin ce By Indian post, film de 1919 dont on pense qu'il totalisait deux bobines, et dont seule une copie divisée de moitié est parvenue jusque à nous; C'est Lobster, comme souvent, qui a remis en selle cette comédie mineure, mais qui montre bien à quel point Ford était déja en pleine possession de se moyens dès qu'il s'agissait de faire dans le picaresque, avec cette légère histoire de courrier volé et de cow-boy amoureux, interprétée par Pete Morrison. Le soin apporté à la vie dans une communauté soudée malgré les bisbilles est un trait qui reviendra jusqu'à la fin de sa carrière...

Plus spectaculaire, la redécouverte de Bucking Broadway, un film de cinq bobines tourné en 1917, mais sorti en 1918 celui-ci, a permis de mettre la main sur un film qu'on qualifierait volontiers d'atypique aujourd'hui, si on oubliait qu'en ces années reculées, le western racontait des histoires souvent contemporaines. Cheyenne Harry (Harry Carey) est amoueux de la fille du patron, mais celle-ci fuit à New York en compagnie d'un gandin, dont les intentions sont tout sauf honorables... Les cowboys se ruent donc à New York, et font irruption sur Broadway pour récupérer la belle. une comédie donc, et empreinte de mélodrame contemporain typique, avec méchant à moustache! Le tout mâtiné de western, et bien mouvementé. le film possède aussi la grâce fordienne, la encore en matière de représentation du groupe soudé de cow-boys, partageant tous l'amour de leur métier, des animaux. Un plan montre Harry et sa belle, chevauchant au premier plan, pendant que le troupeau s'étale au second plan. Un type de composition qu'on retrouve dans The searchers. Le lyrisme Fordien est déja bien présent, savamment dosé, avec de grandes rasades de comédie picaresque, et des cowboys saouls qui chantent en choeur... Probablement avec l'accent Irlandais.

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Re: John Ford (1894-1973)

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Fort Apache (John Ford, 1948)

Tourné après My darling Clementine, puis The Fugitive, et enfin The three Godfathers, soit une période durant laquelle certains accusent Ford (Lindsay Anderson en tête) de se laisser aller à la facilité, Fort Apache inaugure une trilogie de films sur la cavalerie qui seront tournés en trois ans: deux pour la RKO, Celui-ci et She wore a yellow ribbon, et un pour la Republic (Rio Grande) en préparation d'un film plus important au coeur de Ford: The quiet man. Outre John Wayne et certains acteurs qui se retrouvent d'un film à l'autre (Comme d'habitude, dans des combinaisons diverses: Victor McLaglen, Ward Bond, l'insubmersible Jack Pennick et la discrète Mae Marsh), les trois films sont tous inspirés de l'oeuvre de James Warner Bellah sur la cavalerie, et se passent à l'époque des guerres Indiennes. Enfin, Wayne y incarne à chaque fois plus ou moins le même homme, à des ages variés, et avec des variations subtiles d'un film à l'autre: ici, il est Kirby York, dans le suivant il sera Nathan Brittles, enfin dans Rio Grande, il répond au nom de Kirby Yorke...

Quelques années après la Guerre Civile Américaine (Egalement connue sous le nom de Guerre de sécession), Thursday (Henry Fonda) un ambitieux ex-général, désormais réengagé sous le grade de colonel, se rend à son poste d'affectation, un fort perdu sur la frontière, en plein territoire Apache. Une fois arrivé, il essaie de mettre bon ordre à une organisation qui n'est pas de son gout, la communauté du fort vivant sous la responsabilité du capitaine Collingwood (George O'Brien) dans un relatif confort humain par trop affectif selon lui. Il s'oppose systématiquement à Kirby York (John Wayne), un subalterne avec une grande connaissance des Apaches, et va déclencher des hostilités dune façon irrémédiable, précipitant le bataillon dans le chaos. Par ailleurs, il va aussi combattre un jeune lieutenant s'origine Irlandaise et modeste (John Agar) qui courtise sa fille (Shirley temple)...

Si le meilleur des trois films, bénéficiant d'un scénario plus rigoureux, et de la couleur, sera She wore a yellow ribbon, on est avec ce Fort Apache devant un objet fascinant, un film de Ford sombre et lyrique, qui explore conjointement deux thèmes: d'une part, comme il le fera de façon plus accentuée encore dans les deux suivants, il montre la vie dans la communauté d'un fort, le quotidien militaire, avec humour, parfois peut-être trop d'indulgence aussi: de nombreuses anecdotes renvoient à la saoulographie des sergents Irlandais et consorts, emmenés par Victor McLaglen et Jack Pennick... d'autres intermèdes, notamment musicaux, rappellent que pour cette production Argosy, Ford était son propre maitre, et menait son film comme il le souhaitait: il ya donc une chanson sentimentale Irlandaise, et des passages de folklore dont on aurait peut-être pu se passer.

Mais à coté de tout ce fatras sympathique, ford réemploie la légende de George Armstrong Custer, héros de la guerre de Sécession, pour le Nord, et saisi par le virus politique après la guerre, mais qui a essuyé revers sur revers, au point de finir sa vie dans l'armée ou il souhaitait se refaire une réputation par un coup d'éclat. Il entendait en vérité mener une bataille décisive contre les Indiens (Dans son cas, une rare alliance de Sioux, et de Cheyennes), quelque fut leur nombre, en misant sur sa supériorité naturelle puisqu'il était blanc. Que Custer ait donc été massacré dans ce qui reste la seule vraie victoire militaire des Américains natifs, c'était inévitable, j'ai même tendance à penser que c'était totalement mérité. Mais c'est aussi de ce genre de stupidité assumée que sont faits les héros chez les mirlitaires... Thursday, insupportable baderne joué avec un plaisir évident par un Fonda qui rêvait d'échapper à son image de jeunôt un peu naïf, est donc un démarquage ambigu de Custer, dont Ford se garde bien de faire un monstre. Tout au plus le rend-il volontiers antipathique, hautain, pétri de préjugés de la nouvelle-angleterre face à ces Irlandais qui croient pouvoir s'élever socialement, ignare en civilisations Indiennes, et aveugle à la tragédie dont il va se rendre coupable.

Comme il le fera dans The man who shot Liberty valance, Ford n'hésite pas à nous montrer que la légende prend systématiqueemnt le pas sur la réalité; si la folie du colonel Thursday a poussé les hommes qui lui ont survécu à changer leur vision de l'armée, c'est après tout un peu grâce à lui... "Print the legend": à la fin du film, des peintures glorieuses ont rendu Thursday célèbre jusqu'à washington. Pour sa part, il a assuré sa descendance en évitant de sacrifier à ses côtés le jeune coq dont pourtant il ne voulait pas pour sa fille.... A coté, Ford retrouve avec plaisir Monument Valley pour la troisième fois, après Stagecoach (Dont il copie sans vergogne la fameuse attaque de la diligence), et My darling Clementine. Forcément, le film n'est est décidément que plus regardable encore...

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