André de Toth (1913-2002)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Jeremy Fox »

Tout pareil sur ces deux westerns mais De Toth fera encore mieux avec Randolph Scott que Riding Shotgun avec Terreur à l'Ouest (The Bounty Hunter) si tu as l'occasion de le voir. Les masacreurs du Kansas est à mon avis son western le moins passionnant.
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Le Cavalier Traqué (Riding Shotgun, 1954) de André De Toth
WARNER


Avec Randolph Scott, Wayne Morris, Joan Weldon, Joe Sawyer, James Millican, Charles Buchinsky, James Bell
Scénario : Tom Blackburn d'après une histoire de Kenneth Perkins
Musique : David Buttolph
Photographie : Bert Glennon (Warnercolor 1.37)
Un film produit par Tom Sherdeman pour la Warner


Sortie USA : 01 avril 1954

Un ‘Riding Shotgun’ est un gardien de diligence doté d’un fusil, un homme voyageant aux côtés du conducteur, destiné à protéger les passagers et à impressionner les éventuels bandits qui voudraient dévaliser les cargaisons ; c’est le métier choisi par Randolph Scott dans ce western pour arriver à assouvir une vengeance. On ne le verra cependant dans l’exercice de ses fonctions que durant les cinq premières minutes. Il s’agit de la cinquième (et avant dernière) collaboration du comédien avec le cinéaste André De Toth, ce dernier signant aussi pour l’occasion son 8ème western. Riding Shotgun se démarque un peu des précédents westerns du cinéaste, privilégiant cette fois le suspense et la tension aux dépens de l’action. Dans Le Cavalier traqué, plus de conflits familiaux ni de bifurcations vers le film noir (Ramrod), plus d’ancrage dans une période historique forte, celle notamment de la Guerre de Sécession sur fond d’intrigues d’espionnage (La Mission du commandant Lex), plus de description de cette difficile période d’après-guerre (La Trahison du Capitaine Porter), plus de conflits avec les indiens (The Last of the Comanches) et surtout beaucoup moins de dépaysement et d’action non-stop (Le Cavalier de la mort ; Les Massacreurs du Kansas ; Carson City). Une fois que Randolph Scott arrive en ville au bout de 16 minutes de film, lui et le spectateur n’en sortiront plus, l’acteur étant même confiné dans une ‘cantina’ durant plus d’une demi-heure. Bref, un film plus austère, un des rares westerns urbains d’André de Toth pour une œuvre pas déplaisante qui se situe dans une honnête moyenne au sein de sa filmographie. Dans ce que nous avons déjà pu voir, il est néanmoins permis de lui préférer le rebondissant Le Cavalier de la mort, le captivant La Mission du Commandant Lex ainsi que le très intéressant La Trahison du Capitaine Porter.

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Larry Delong (Randolph Scott) est obsédé depuis trois ans par la décision de tuer Dan Marady (James Millican), le chef d’un gang de détrousseurs de diligence responsable de la mort de sa sœur et de son neveu. En ayant choisi d’être ‘Riding Shotgun’ (gardien de diligence), il espère ainsi un jour ou l’autre tomber sur son ennemi. Ayant effectivement dans l’idée de voler la cargaison qui se trouve dans la voiture escortée par Larry, le tueur décide de tendre un piège à ce dernier en envoyant un de ses hommes l’appâter. L’embuscade fonctionne parfaitement ; Larry est fait prisonnier ; on le laisse attaché en plein soleil en espérant qu’il n’en réchappera pas mais auparavant, le sachant bientôt plus de ce monde, on ne manque pas de lui apprendre le vil plan qui se trame ; faire en sorte qu’un Posse soit organisé suite au hold-up de la diligence afin de démunir la ville la plus proche de ses hommes vaillants et ainsi pouvoir aller y dévaliser tranquillement la maison de jeu ainsi que la banque. Tout se passe comme prévu : la diligence est attaquée, le conducteur tué. Larry, qui a réussi à se délivrer, se dirige vers Deepwater pour avertir ses habitants de se préparer à la venue du gang de Marady. Mais, en ville, personne ne veut le croire. Quelques témoignages gênants font qu’on le soupçonne de faire partie du gang ; on en vient même à l’accuser du meurtre du conducteur et à tenter de l’appréhender afin de le pendre. Delong se réfugie au sein d’une Cantina où il va se trouver assiégé ; heureusement, l’adjoint du shérif, Tub Murphy (Wayne Morris), fait tout afin de retarder ce lynchage en espérant le retour imminent de son patron parti avec tous les hommes valides à la poursuite du gang… L’attente va être longue à la fois pour Larry, Tub et la jolie Orissa (Joan Weldon) qui s’inquiète pour son bien aimé assailli de tous côtés…

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"For three years I dedicated every waking moment of my life to scouring the frontier for a killer for a very personal reason. I'd worked at all kinds of jobs from Wyoming to Oregon. In the last year, I'd working every stage line between Canada and Mexico, riding shotgun. I knew that sooner or later my path would again cross that of the man I wanted—Dan Marady." La situation de départ est ainsi exposée par la voix-off de Randolph Scott. Alors qu’habituellement cette figure de style était plus souvent utilisée dans le film noir, on la retrouve tout au long de Riding Shotgun, Larry Delong exposant les situations et décrivant ses sentiments par cet intermédiaire. Malheureusement, si la voix-off donnait un cachet spécial et était indispensable au début pour bien faire comprendre les motivations des uns et des autres tout en allant à l’essentiel, elle se révèle par la suite plus redondante qu’autre chose, à vrai dire superflue ne faisant plus que décrire les actions dont nous sommes témoins ; au fur et à mesure, elle s’avère donc tout aussi inutile par exemple que le personnage féminin (pourtant interprété par la charmante Joan Weldon) dont on se demande bien ce qu’elle peut apporter à l’intrigue, celle d'un tireur d’élite qui rêve de se venger d'un chef de gang mais dont un concours de circonstance fait croire à la population d'une petite ville qu'il est un membre de la bande. Le voici qui doit se réfugier dans un bar en attendant la venue du shérif, les habitants ayant décidé de le pendre haut et court. Cette attente cloitrée en ville constituera la longue partie centrale entourée par un superbe prologue en extérieur et d’une fusillade finale durant laquelle le cinéaste s’est visiblement fait plaisir.

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Film de série au budget restreint et à la très courte durée (moins de 1h et quart), il entre dans la ‘série’ de ces œuvres décrivant les égarements et la bêtise d’une foule qui croit (ou veut croire) dur comme fer en une rumeur infondée et qui de ce fait devient violente et hargneuse, ne pouvant se calmer qu’une fois qu’un ‘présumé coupable’ ait été sacrifié sans aucune autre forme de procès. Riding Shotgun décrit assez bien cet état de fait et va même plus loin, puisqu’il fait dire à deux femmes qu’elles savourent la situation comme si elles se trouvaient au spectacle : « isn't it exciting? ». Avec le maccarthysme et ses ravages, les histoires de ce style avaient bénéficié d’un regain d’intérêt et s’étaient multipliées au début des années 50 mais avant, il y avait déjà eu les fameux Furie (Fury) de Fritz Lang, L’Intrus (Intruder in the Dust) de Clarence Brown et, dans le domaine du western, L’étrange Incident (The Ox-Bow Incident) de William Wellman, tous trois abordant dans le même temps le thème du lynchage. Aux Etats-Unis, Riding Shotgun a également souvent été comparé au Train sifflera trois fois (High Noon) de Fred Zinnemann pour sa partie centrale voyant un homme (que l’on sait intègre) seul contre tous dans le décor confiné d’une petite ville de l’Ouest, l’attente jouant un rôle primordial dans les deux films. Beaucoup parlent d’ailleurs à propos du film de De Toth d’une variation ironique (voire même parodique) de High Noon. Je n’irais pas dans ce sens car les histoires restent néanmoins bien différentes et que ce serait faire trop d’honneur à Tom Blackburn dont le scénario tient la route mais n’en est pas moins pour autant très classique, sans réelles surprises et phagocyté à plusieurs reprises par les travers habituels de la Warner dans le domaine du western. Humour lourdingue oui ; parodie volontaire, je n’y crois guère ! Quoiqu'il en soit, à mon humble avis, lourdeur pour lourdeur, je préfère de loin celle éparse du De Toth à celle constante du Zinnemann.

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Ah si les producteurs du studio avaient pu s’empêcher de vouloir injecter au sein d’intrigues on ne peut plus sérieuses des personnages aussi idiots que, dans ce film, le tenancier du bar dans lequel Randolph Scott va se réfugier. Fritz Feld (le comédien qui jouait le psychiatre dans L’impossible monsieur bébé de Howard Hawks) interprète avec un cabotinage éhonté ce barman préférant sauvegarder son miroir plutôt que sa femme mexicaine et sa ‘marmaille’ ; le voir pleurer de désespoir de savoir son précieux objet en danger nous fait complètement sortir du film ; tout comme cette idée comme climax du film de faire tomber tous les bandits prenant la fuite suite au sabotage de leurs selles. Comment à ces moments là pouvoir prendre au sérieux un western qui semble se transformer en un splastick ?! Seul contre tous, contre la bêtise de la foule excitée, contre les notables et les bandits... et voici que l’idiotie de certains pontes de studio fait basculer un bon film dans une bouffonnerie peu digne du talent de De Toth ! Car ce dernier, s’il n’a jamais été un grand directeur d’acteur (The last of the Comanche) ni ne possédait assez de personnalité pour sauver un mauvais scénario (Les Massacreurs du Kansas), se fait par contre toujours autant plaisir avec sa caméra : longs plans séquences avec superbes panoramiques, cadrages et angles de prises de vue originaux, magnifique utilisation des paysages naturels lors du premier quart d’heure avec notamment ce très beau plan d’une poursuite à cheval sur un plateau avec un lac en contrebas, scènes d’action d’une redoutable efficacité (l’attaque de la diligence ; le ‘gunfight’ final sans lumière dans la maison de jeu). Quant au fameux miroir, s’il est à l’origine de séquences censées être drôles mais qui se révèlent lourdingues, il est sinon utilisé très judicieusement par le réalisateur pour renforcer le suspense et pour construire certains superbes plans sur la rue principale de la ville et jouer sur la profondeur de champ.

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De Toth a aussi très bien su choisir ses acteurs puisque, outre Randolph Scott dont nous n’avons plus à vanter les mérites, il offre à Charles Bronson une très bonne séquence dans la première partie du film et à Wayne Morris l'occasion de jouer le protagoniste le plus intéressant de son film, celui du placide et sympathique adjoint du shérif, tout le temps en train d’aller remplir sa panse pour détourner l'attention et faire patienter ses concitoyens, espérant donner ainsi un sursis à son ami qui se trouve dans une sale posture. Un homme censé et raisonnable qui fait tout le nécessaire pour éviter le dérapage des habitants de la petite ville qu'il administre vers la justice expéditive. Quant à Howard Morris, sans la moindre parole, il arrive à être inquiétant, la corde à la main, attendant fébrilement de pouvoir la passer autour du cou de l’accusé. Pas mal de touches de réalisme (la manière qu’à Randolph Scott de resserrer sa selle avant de se lancer aux trousses d’un bandit…) assez bienvenues et quelques détails assez croustillants comme l’enfant au lance-pierre qui sauve d’ailleurs au final la vie de notre héros enfin ‘disculpé’.

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Un western de série B concis et tendu à l’intrigue épurée, simple et linéaire, assez conventionnel mais malgré tout assez réjouissant grâce à une belle galerie de personnages et à une mise en scène plutôt au dessus de la moyenne. Un huis-clos urbain intéressant dans sa description de la montée de la violence parmi la foule prête à lyncher, dont le final est un peu vite expédié mais qui pourra faire passer un excellent moment aux fanatiques du genre, d’autant plus que Randolph Scott est une fois de plus très à son aise et que James Millican campe ici un beau salaud de cinéma ‘as clever as he is ruthless’, à l'égal d'un Lee Marvin ou d'un Ernest Borgnine. Un bon De Toth !
bruce randylan
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by bruce randylan »

Arf, il a pas l'air d'exister en DVD celui-là... même pas dans les triple features chez Warner et sans sous-titres :evil:
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Julien Léonard
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Julien Léonard »

La mission du commandant Lex (Springfield rifle) - 1952 :

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André De Toth fut un excellent réalisateur, même si pour ma part, il n'a jamais réussit à égaler les plus grands noms de l'époque. Cela admis, je constate tout de même que ce réalisateur possède un univers assez reconnaissable et une "marque" qu'il laisse de films en films (qu'elle soit esthétique ou morale). Cinéaste très intéressant donc, et qui a signé un chef-d'oeuvre absolu du western : le très beau The indian fighter en 1955.

Pour ce Springfield rifle, rien de réellement nouveau sous le soleil de l'Ouest. Une intrigue très bien ficelée, du rythme, des rebondissements dramatiques parfois inattendus, et un Gary Cooper en bonne forme, voilà ce que je retiendrais dans l'ensemble. C'est en règle générale un divertissement plutôt intelligent, aux décors naturels encore une fois superbes. Les séquences d'action, si elles n'ont ni le panache d'un Walsh, l'épique d'un Ford, la précision d'un Mann ou l'épure d'un Boetticher (pour ne citer que ceux-là), sont très honorables, solidement découpées et remplies d'idées originales. Les traitres seront quant à eux punis, et Gary Cooper, bien loin de Vera Cruz et Le jardin du diable, s'offrira tout de même d'excellents moments d'acting, laissant son charisme faire le reste.

Un western dépaysant donc, rondement mené par un André De Toth très professionnel (en dépit de quelques rares moments de mise en scène visuellement assez confus), et baignant dans un Technicolor soigné. Se voit et se revoit avec beaucoup de plaisir.
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bruce randylan
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by bruce randylan »

Carson City ( 1952 )
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Un nouveau western pour le duo Scott/De Toth et s'il n'est pas à classer parmi les références du genre, c'est une série B des plus plaisantes.
Le scénario est pas trop mal d'ailleurs, c'est même assez original : Scott y joue un un aventurier qui construit des chemins de fer. Il doit justement créer une ligne qui permettra d'éviter que la diligence de la banque de Carson City soit attaquer à chaque trajet. Comme le coupable est un notable de la ville qui utilise l'or pour faire croire que sa mine fonctionne, il tente de mettre des battons dans les roues de notre héros pas très bien accueillie en ville.
Le sujet à du potentiel sauf que le traitement ne cherche pas à être ambitieux. C'est modeste sans que celà porte préjudice au film mais il est vrai qu'on ne serait pas contre un peu plus d'ampleur. Ce n'est pas non plus la réalisation la plus incisive de De Toth même si elle sait être régulièrement efficace avec une bonne gestion du cadre et de l'espace

Bah peu importe car il y a du rythme, des bagarres, des fusillades, des trahisons, des meurtres, des éboulements de mines, une histoire d'amour ( bon, on s'en fiche un peu là par contre )... On a même droit à un peu d'humour avec une ouverture assez amusante où les bandits offrent un pique-nique au champagne aux passagers de la diligence attaquée. Cet humour tranche d'ailleurs avec d'autres passages plus sombres mais ce mélange des genres n'est pas très gênant dans le sens où le glissement se fait progressivement.
Sympa mais pas une priorité donc.
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Roy Neary
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Roy Neary »

Événement chez Wild Side avec une superbe édition de La Chevauchée des bannis. :D
Bien entendu, notre shérif classikien ne pouvait pas passer à côté ! Voici donc la chronique du jour consacrée au DVD du western d'André de Toth.

:arrow: La Chevauchée des bannis
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Julien Léonard
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Julien Léonard »

Super ! Je vais lire ça de ce pas ! :D
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cinephage
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by cinephage »

Roy Neary wrote:Événement chez Wild Side avec une superbe édition de La Chevauchée des bannis. :D
Bien entendu, notre shérif classikien ne pouvait pas passer à côté ! Voici donc la chronique du jour consacrée au DVD du western d'André de Toth.

:arrow: La Chevauchée des bannis
Très belle critique pour un film à voir absolument !! :D

Seul bémol : je préfère ce film à la rivière de nos amours (même s'il s'agit d'un excellent western). Ici, la tension est vraiment palpable et communicative.
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Julien Léonard »

En tout cas, cette chronique conforte la place qu'occupe La chevauchée des bannis dans ma wish-list. Dès qu'il sort, je le prends. :D

Le DVD a l'air tout bonnement somptueux, et les captures donnent un bel aperçu de la qualité technique du transfert. Que du bon, j'ai l'impression !

Beau travail. :wink:
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Alphonse Tram »

Je ne connais pas encore la collection Classics Confidentials mais la présentation me semble convaincante, elle me rappelle les premières éditions des introuvables (digipack avec livret + suppléments). A voir donc; je suis très interressé, même si je connais déjà ce très bon film acheté peu cher dans une édition minimaliste américaine.
Souhaits : Alphabétiques - Par éditeurs
- « Il y aura toujours de la souffrance humaine… mais pour moi, il est impossible de continuer avec cette richesse et cette pauvreté ». - Louis ‘Studs’ Terkel (1912-2008) -
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Jeremy Fox
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Jeremy Fox »

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Terreur à l’Ouest (The Bounty Hunter, 1954) de André De Toth
WARNER


Avec Randolph Scott, Dolores Dorn, Marie Windsor, Howard Petrie, Ernest Borgnine
Scénario : Winston Miller
Musique : David Buttolph
Photographie : Edwin B. Du Par (Warnercolor 1.37)
Un film produit par Samuel Bischoff pour la Warner


Sortie USA : 25 septembre 1954

Terreur à l’Ouest vient mettre un terme au bout de six films à la collaboration entre Randolph Scott et André de Toth ; un corpus westernien que certains tentent de placer au même niveau que celui qu’entamera bientôt le comédien avec Budd Boetticher. Même s’il se tient très bien, il n'en demeure pas moins très éloigne qualitativement parlant, aucun des titres ne pouvant prétendre au statut de grand film, peu susceptibles de plaire à d’autres qu’aux seuls aficionados de westerns de série B. Avant d'en arriver à parler de The Bounty Hunter, le film qui clôt le ‘cycle’, esquissons rapidement un résumé de l’ensemble de ce groupe de six films. Il débuta par le trépidant Le Cavalier de la mort (Tall in the Saddle), produit par Harry Joe Brown à la Columbia et qui, sur la forme, dans la conduite du récit et dans la gestion de son rythme, ne sera plus dépassé par la suite. Puis à la Warner, De Toth tourna Les Conquérants de Carson City, beaucoup trop conventionnel et un peu mollasson mais cependant plutôt sympathique. Retour à la Columbia pour Les Massacreurs du Kansas (The Stranger Wore a Gun), tout aussi conventionnel mais cette fois bien mauvais et surtout esthétiquement hideux à cause principalement de la 3D (heureusement que The Bounty Hunter, initialement prévu pour être lui aussi tourné en relief, ne le fut pas). De Toth restera ensuite à la Warner pour les trois suivants : La Trahison du Capitaine Porter (Thunder over the Plains), le plus ambitieux et l’un des plus réussis du lot, pour finir par, en cette même année 1954, deux westerns urbains aux idées de départ très intéressantes mais qui, bien que très plaisants, n’arrivent pas à se hisser aussi haut que nous l’aurions souhaité à cause de scénarios tombant trop souvent dans la facilité. Ce seront donc Le Cavalier traqué (Riding Shotgun) et The Bounty Hunter dont voici résumée le début de l'intrigue.

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Après l'avoir tué, Jim Kipp (Randolph Scott) ramène en ville un hors-la-loi dont la tête était mise à prix. Aucun de ses agents n'ayant été capable depuis plus d'un an de démêler une affaire, un homme de l'agence de détective Pinkerton en profite pour aborder le chasseur de primes et lui demander de l'aide, comptant sur ses capacités et son goût de l'argent pour finir de la résoudre. Il doit retrouver trois membres d'un gang ayant cambriolé un train, tué des civils et volé la somme de $100,000. Masqués, ils n'ont jamais pu être identifiés, les billets volés jamais encore mis en circulation. Le seul indice qu'on lui donne est que l'un des trois fuyards s'est pris une balle dans la jambe durant le hold-up. Kipp entame son enquête d'où il retire un premier élément : les bandits n'ont pu se rendre que dans une seule ville après avoir commis leur larcin, une bourgade en expansion du Nouveau Mexique : Twin Forks. Il s'y rend donc incognito interrogeant tous les citoyens à commencer par le gérant de l'hôtel (Ernest Borgnine), un homme boiteux. Julie (Dolores Dorn), la fille du médecin, pas insensible au charme de cet étranger, lui confie se souvenir de l'arrivée nocturne de trois hommes au cabinet de son père il y a environ une année. La véritable identité de Kipp s'étant faite jour, les habitants de Twin Forks commencent tous à devenir nerveux d'autant que Kipp ne leur apprend pas qui il recherche ; comme si tout le monde avait quelque chose à se reprocher ! A commencer par Vance Edwards (Tyler McDuff), un évadé qui pense que Kipp est venu le ramener en prison. Le shérif (Howard Petrie) ne semble pas non plus ravi de voir un sale 'Bounty Hunter' arpenter les rues de sa cité...

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Après l’homme seul contre tous par le fait d’être cru coupable d'un meurtre par l'ensemble de la population d'une petite ville (Riding Shotgun), voici l’homme seul contre tous du fait de sa profession, 'Bounty Hunter', ou plus communément 'chasseur de primes' ("Well, you know what they say about you, you'd turn in your grandmother on her birthday if there was a reward on her"). Quelques années plus tard, un autre western lui ressemblera énormément par sa situation de départ : Une balle signée X (No Name on the Bullet) de Jack Arnold avec Audie Murphy dans la peau d’un protagoniste assez similaire, arrivant dans une ville sans dire ce qu’il vient chercher, provoquant ainsi la suspicion chez tous les citoyens, la plupart ayant des choses à se reprocher, des secrets à taire, chacun s'attendant à ce que l'homme en noir soit venu pour lui. Il y avait déjà eu Howard Kemp à exercer ce métier peu glorieux de Bounty Hunter dans The Naked Spur (L’appât) d’Anthony Mann. Mais, avant ceux que Steve McQueen et Sergio Leone immortaliseront, le personnage interprété ici par Randolph Scott pourrait en être le premier véritable modèle. Voici la description qui en est faite dans le prologue du western de De Toth : “During the early days when civilisation was pushing its frontiers farther and farther West, there roamed a special creed of men, neither outlaws nor officers of the law, yet more feared than either. For reward money--they tracked down criminals wanted dead or alive, and made themselves both judge and executioner in some lonely court of no appeal. They were called "Bounty Hunters”.

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- « Personne ne t’a jamais demandé les raisons pour lesquelles tu es chasseur de primes ? » demande le shérif à Kipp en lui tendant la liasse de billets constituant la récompense pour avoir ramené mort un bandit dont la tête était mise à prix.
- « Non et d’ailleurs il me manque 10 raisons » réplique ce dernier ayant fini de recompter les billets, s'estimant floué de dix d'entre eux.
Une répartie qu'aurait pu dire 15 ans plus tard l'homme sans nom interprété par Clint Eastwood ! Et cette qualité de dialogues maniant l'ironie à la perfection (avec 'punchlines' bien senties que se délecte visiblement à lancer Randolph Scott) offre l'une des occasions de pouvoir se réjouir à la vision de ce western par ailleurs porté à bout de bras par son acteur principal, aucun autre rôle n'ayant malheureusement suffisamment d'importance pour pouvoir lui faire de l'ombre. Ce n'est pas que Ernest Borgnine, Marie Windsor, Dolores Dorn, Howard Petrie, Dub Taylor ou les autres ne soient pas convaincants ; c'est juste qu'ils n'ont pas spécialement le temps de nous le démontrer n'étant pas vraiment mis en avant. Autant dire que les détracteurs du cow-boy 'au visage en lame de couteau' peuvent passer leur chemin. Pour donc en revenir au seul protagoniste qui importe vraiment, à la différence de la plupart de ses successeurs, Jim Kipp, malgré déjà un certain cynisme, pas avare de cinglantes répliques balancées de plein fouet à ses interlocuteurs, n'en est pas moins un charmant gentleman, Randolph Scott oblige.

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Comme La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifles), à mi-chemin entre western et film policier, c'est donc l'enquête que mène Kipp qui constitue le nœud de l'action. Sa manière de faire est assez cocasse, ne disant rien de ce qu'il est venu chercher pour faire monter la pression : il est amusant de voir que la plupart des habitants de Twin Forks n'arrivent plus à fermer l'œil depuis l'arrivée de cet homme apparemment sans une once de sensibilité, tous plus ou moins persuadés qu'il est venu pour eux. Ce dernier ne se démonte jamais et fonce bille en tête n'ayant à priori qu'une chose à l'esprit, la réussite de sa mission et l'appât du gain. Bien sûr, ce n'est pas une brute sanguinaire et d'ailleurs il possède une autre raison moins pragmatique à son acharnement à 'chasser les têtes' mais il n'en fait presque jamais rien ressortir. Lui et les innombrables coupables potentiels vaquent au sein d'un scénario plein de facilités et du coup assez roublard (signé par l'auteur de My Darling Clementine), mais en même temps très malin puisque je défie quiconque de repérer les 3 meurtriers à l'avance. Aucune baisse de rythme mais une mise en scène moins efficace que dans d'autres films du cinéaste. Si l'on retrouve sa figure de style préférée, à savoir les longs panoramiques, esthétiquement parlant, le film est assez pauvre. Il ne semble d'ailleurs pas avoir bénéficié d'un important budget, ce qui se ressent assez souvent. A la musique officie un David Buttolph qui a toujours autant de mal à trouver de l'inspiration, la doublure de Randolph Scott est toujours aussi peu discrète lors des combats à poings nus et l'humour balourd que la Warner n'a de cesse de distiller au sein de ses westerns se fait une nouvelle fois présent à quelques reprises.

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Mais le sourire de Randolph Scott fait vite oublier ces défauts d'autant que son personnage est au final respectable et assez attachant, cachant une bonne moralité sous ses airs vicieux, laissant un ancien évadé refaire sa vie sans chercher à le dénoncer, argumentant en fin de compte le choix de son métier, mettant enfin un terme à celui-ci pour se mettre au service de la véritable loi en tant que shérif. Un western de série B qui se suit avec plaisir mais attention de ne pas le confondre avec le navrant The Oklahoma Kid de Lloyd Bacon qui avait le même tire en français !
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Grimmy »

L'achat de "La chevauchée des bannis" m'a permis de découvrir mon premier film réalisé par André de Toth. J'ai adoré !
Du coup, j'ai vu en deux trois jours "Chasse au gang", "La rivière de nos amours" et "le cavalier de la mort" -et découverte du coup de Randolph Scott, génial, vu seulement dans "Coups de feu dans la Sierra" et "Jesse James" jusqu'à présent-. j'ai tout aimé, voire adoré ces trois autres films !! 8)
Bref, quatre pépites en quelques jours : je suis bien content. Et vive André de Toth (même si j'arrive après la bagarre ...)
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Jeremy Fox »

Grimmy wrote: -et découverte du coup de Randolph Scott, génial, vu seulement dans "Coups de feu dans la Sierra" et "Jesse James" jusqu'à présent-. j'ai tout aimé, voire adoré ces trois autres films !! 8)
:D

Il est désormais plus que certains que les Scott-Boetticher te plairont !
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Grimmy »

Du coup, je vais franchement pas tarder à acquerir le coffret "mythique" Randolph Scott-Budd Boetticher... Ca va être génial, je ne connnais aucun de ces films !
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Jeremy Fox
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by Jeremy Fox »

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Les Conquérants de Carson City (Carson City , 1952) de André De Toth
WARNER


Avec Randolph Scott, Lucille Norman, Raymond Massey, Richard Webb, James Millican, Larry Keating
Scénario : Eric Jonsson, Winston Miller & Sloan Nibley
Musique : David Buttolph
Photographie : John W. Boyle (Warnercolor)
Une production Bryan Foy & Daniel Wesbart pour la Warner


Sortie USA : 13 juin 1952

Un peu plus de moyens, beaucoup moins d’imagination“ : telle semble avoir été la devise de la Warner concernant sa politique de production de westerns de série durant une bonne décennie. Ce n’est pas de l’acharnement de ma part mais un constat renouvelé film après film. Si ma boule de cristal m’a soulagé en me prédisant qu'il n'en sera pas toujours ainsi, en ce début d'été 1952, la Warner continue encore fièrement à arborer son bonnet d'âne, celui du Major cancre du western. Non pas qu'elle ait accouché ici d'un N ième navet mais elle aura quand même rogné les ailes et élimé les dents d'un cinéaste qui avait été beaucoup plus incisif jusque là ; il suffit de comparer ce Carson City avec Man in the Saddle (Le Cavalier de la mort) sorti à peine six mois plus tôt chez Columbia, tous deux aussi routiniers dans leur intrigue mais l’un nettement plus rythmé et plus nerveux que l’autre et surtout bien plus virtuose dans sa mise en scène et nettement plus recherché plastiquement parlant, la stylisation de Man in the Saddle ayant totalement disparue ici. Qu’un cinéaste capable également en pleine Seconde Guerre Mondiale de réaliser un film aussi puissant que None Shall Escape en arrive à nous livrer un western aussi banal fait quand même un peu de peine. A sa lecture, le pitch semblait pourtant devoir être moins conventionnel qu’il nous apparaîtra à l’écran.

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Jeff Kincaid (Randolph Scott), un ingénieur ayant roulé sa bosse ici et là jusqu’au Panama où les conditions de travail furent difficiles, n’aspire désormais qu’à un simple emploi dans un bureau. Quand on lui demande de superviser les travaux de construction d’ une voie ferrée dans le Nevada entre Carson City et Virginia City (le transport de l’argent de la banque par diligence se révélant beaucoup trop dangereux au sein de cette contrée infestée de bandits), il commence par refuser avant, par nostalgie, d’accepter après qu’il ait constaté qu’il faudra creuser un tunnel à l’endroit même où, enfant, il jouait. Big Jack Davis (Raymond Massey) ne voit pas ce chantier d’un très bon œil puisque l’arrivée du train dans la région risque de fortement contrecarrer ses ignobles plans. Se présentant comme le patron d’une mine en réalité à l’abandon, il faisait croire que sa richesse provenait de l’extraction du minerai alors que cette manne financière était le fruit de pillages de diligences par ses hommes de main menés par l’inquiétant Jim Squires (James Millican). Voyant son gagne-pain sur le point de s’effondrer, Big Jack va tout faire pour mettre des bâtons dans les roues à Jeff Kincaid ; sans tarder, il va provoquer un éboulement de rochers qui va tuer quelques uns de ses ouvriers tout en enfermant une dizaine d’autres sous la montagne à l’intérieur du tunnel. En plus d’avoir à se battre contre ces crapules, Jeff va se trouver confronté avec Alan (Richard Webb), son demi-frère dont il convoite la fiancée, Susan (Lucielle Norman)…

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Carson City est seulement le troisième western d' André De Toth après Ramrod (Femme de feu, à paraître en mars 2012 chez Wild Side ; j’y reviendrais à ce moment là) et Man in the Saddle qui marquait la première étape de sa collaboration avec Randolph Scott (après Ray Enright et avant Boetticher, De Toth aura été le troisième réalisateur a l’avoir fait le plus souvent tourner). Pour l’anecdote, il s’agit également du premier film en Warnecolor, procédé photographique qui n’aura en rien révolutionné la couleur. Même s’il s’agit d’un de ses films le moins personnel, après un générique se déroulant sur une musique guillerette et inodore du décidément peu inspiré David Buttolph, 'le 4ème borgne d'Hollywood' appose néanmoins sa signature dès la première séquence avec ce panoramique débutant par un plan d’ensemble très large pour se finir sur une main gantée tenant une montre en très gros plan. Des panoramiques et travellings, il y en aura d’autres notamment lors des courses poursuites à cheval au cours desquels le cinéaste fait montre de son savoir-faire, de sa parfaite gestion de l’espace et du rythme. Mais à part cette figure de style (les panoramiques à 180° étant un peu devenus sa marque de fabrique) et quelques plans légèrement penchés, peu d’autres idées de mise en scène au cours de ce western de série. Ceci dit, c’est très correctement réalisé mais guère mieux que parmi le tout venant de la série B de l’époque ; de la part de De Toth, on pouvait s’attendre à plus ample et plus 'couillu' que ce petit western sans prétention.

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Les amateurs d’action devraient quand même en avoir pour leur argent ! Au menu : chevauchées, courses poursuites, fusillades, attaques diverses de trains ou de diligences, meurtres, duels, éboulements, explosions, etc., se suivent sans presque aucun temps morts si ce ne sont pour de brèves mais intéressantes discussions à propos des apports positifs ou négatifs de la voie ferrée dans la vie quotidienne des habitants et notables de la région ou pour quelques séquences romantiques dont nous nous serions bien passés tellement elles s’avèrent inutiles et insipides. Si l’affiche française annonçait avec force exagération ‘le film au 99 bagarres’, les amateurs de combats à poings nus devraient néanmoins être également à la fête même si les trois ou quatre qui parsèment le film, malgré leur efficacité, ne possèdent pas non plus la brutalité viscérale de celui qui se déroulait dans la cabane puis dans la neige dans le précédent western De Toth/ Scott, Man in the Saddle. Nous trouvons aussi un petit suspense lors de la séquence de l’enfermement de Kincaid et ses hommes dans le tunnel. Bref, si le scénario, enchainement mollasson de moult clichés, ne réserve absolument aucune surprises, ça peut s'expliquer par le fait que l'histoire a été écrite par un familier des films avec Roy Rogers. Mais à la limite, il valait mieux ne pas rechercher l'originalité à tout prix car quand le scénariste s'y essaie, le film en devient assez idiot ; voire à ce propos la première séquence au cours de laquelle les bandits étalent un nappe de pique nique avec victuailles à la clé (y compris des bouteilles de champagne) pour offrir un dîner champêtre aux passagers de la diligence le temps qu’eux-mêmes ouvrent le coffre pour voler ce qui se trouve à l’intérieur. L'idée aurait pu être amusante (le film devait d'ailleurs s'appeler 'The Champagne Gang') mais en l’occurrence, ça casse d’emblée le sérieux que tentera d’avoir le film par la suite.

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Quant aux protagonistes, il n’y a rien à en dire ; ils sont tous aussi transparents les uns que les autres à commencer par le personnage féminin insipide au possible ; il faut dire que Lucille Norman était probablement meilleure chanteuse que comédienne (nous ne pourrons pas le vérifier, le scénariste n’ayant pas jugé bon de lui faire pousser la chansonnette). C'est aussi dans ce film que le personnage qu'interprète Randolph Scott est le moins ambigu, le plus lisse, le moins intéressant de ceux qu'il aura à tenir sous la caméra du cinéaste ; et ce n’est pas de la faute de l’acteur, égal à lui-même, charismatique et portant avec toujours autant de classe la chemise noire, le petit ruban jaune autour du cou et la veste en cuir ; le prototype parfait du héros de notre enfance, noble et toujours prêt à défendre la veuve et l’orphelin, aussi à l'aise le revolver à la main que sur un cheval au galop. Mais à cette exception, le reste du casting est très moyen pour ne pas dire médiocre : on comprend que la jeune première tombe amoureuse de Randy, son Richard Webb de fiancé semblant s’ennuyer à mourir à ses côtés ; James Millican a la gueule de l’emploi mais on ne lui donne pas l’occasion de s’exprimer autrement ; quant à Raymond Massey, il en fait des tonnes sans aucune mesure ni subtilité ce qui rend son rôle de chef de gang plus ridicule que réellement inquiétant. On l’a connu plus inspiré ! Au final, un western aux ficelles un peu grosses, sans presque aucune originalité, fadasse et routinier avec clichés à la pelle, femme potiche, méchants typés, héros sans peur et sans reproche, mais néanmoins tout à fait regardable et même assez plaisant grâce au solide savoir-faire de son réalisateur (notamment son sens du mouvement, sa gestion du cadre et de l’espace) et à la prestance de son acteur principal.
magobei
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Re: André de Toth (1912-2002)

Post by magobei »

Vu la Chevauchée des bannis hier soir: comme la plupart d'entre vous, j'ai été vraiment séduit. C'est un magnifique western de neige, transcendé par le N&B, qui jette une lumière crépusculaire sur le genre: c'est la fin de l'open range (quelque part la fin du western), d'où une vision très pessimiste, noire. Dans sa passionnante interview, Tavernier dit que ce Day of the Outlaw est plus proche du film noir que du western classique, et je suis d'accord.

Emmené par Robert Ryan, le casting est lui aussi de classe; y.c. la starlette Tina Louise, dont de Toth disait lui-même qu'elle ne savait pas jouer, mais qu'elle cherchait juste à séduire Ryan pour le mettre dans son lit :lol:

En ce qui concerne l'édition de WS, on ne peut que saluer le boulot accompli: la copie est splendide, les bonus pertinents et abondants (pas encore lu le "livret" de Garnier, je vais m'y mettre).

Par contre, je fais écho aux critiques déjà entendues: le stockage du disque lui-même est problématique; impossible d'éviter les rayures (certes superficielles...) :?
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.