Delmer Daves (1904-1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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John T. Chance
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Delmer Daves (1904-1977)

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EDIT DE LA MODERATION:

Vous pouvez aussi consulter les autres topics consacrés aux films de Delmer Daves:

La flèche brisée (1950) et sa "Chronique Classik"
La dernière caravane (1956)
3h10 pour Yuma (1957)

ainsi que la "Chronique Classik" de Cowboy (1958)


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La colline des potences: le film vaut-il le coup ? Il passe sur tmc la semaine prochaine. j'attends vos avis :wink:
passe me voir du côté du rio grande, petite...
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Jeremy Fox
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3h10 pour Yuma (3.10 to Yuma - 1957) de Delmer Daves
COLUMBIA


Avec Glenn Ford, Van Heflin, Richard Jaeckel, Felicia Farr, Leora Dana, Henry Jones
Scénario : Halsted Welles d’après Elmore Leonard
Musique : George Duning
Photographie : Charles Lawton Jr (Noir et blanc 1.77)
Un film produit par David Heilweil pour la Columbia


Sortie USA : 7 août 1957


"Pour qu’une somme aussi grande de cadrages recherchés et pour qu’un découpage qui fait plus que frôler la préciosité semblent au premier regard aussi naturels, il fallait que l’auteur des Passagers de la nuit y ait mis beaucoup de passion. Derechef, l’une des plus heureuses surprises de ces deux dernières années" écrivait Louis Seguin dans le n°27 de Positif daté de février 1958. Déjà à l’époque, ce cinquième western de Delmer Daves semblait avoir été reçu comme un classique instantané, comme un western hors-norme, son très grand formalisme ne venant pas écraser le côté humain qui devait s’en dégager. Après La Flèche brisée (Broken Arrow), L’Homme de nulle part (Jubal) et La Dernière caravane (The Last Wagon), il s’avérait désormais certain que Delmer Daves pouvait compter parmi les plus grands cinéastes du genre aux côtés d’Anthony Mann, Raoul Walsh, Budd Boetticher, William Wellman ou John Ford. 3.10 pour Yuma entérinait ce fait de la plus éclatante des manières. Après le western pro-indien (Broken Arrow), le western historique (Drum Beat), le western mélodramatique (Jubal) et le western d’aventure (The last Wagon), Daves abordait ici le western noir et psychologique.

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Suite à l’attaque sanglante d’une diligence et le meurtre du conducteur, le chef de gang, Ben Wade (Glenn Ford), est fait prisonnier par le shérif d’une petite ville d’Arizona alors qu’il était en train de courtiser la charmante barmaid esseulée, Emmy (Felicia Farr), et après que ses complices soient arrivés à prendre la fuite. Le fermier Dan Evans (Van Heflin), marié à la douce Alice (Leora Dana) et père de deux jeunes garçons, est au bord de la ruine suite à la sécheresse qui sévit sur la région. Afin de toucher la prime de 200 dollars -dont il aurait absolument besoin- offerte par le Marshall à tout homme acceptant de conduire le criminel jusqu’à la gare de Contention City, il se porte immédiatement volontaire, après avoir déjà aidé à l’arrestation de Wade. Sa décision est également un peu provoquée par les remords de n’avoir rien pu faire pour empêcher le meurtre dont il a été témoin avec ses fils lors du hold-up du début. Ces derniers lui reprochant son inaction, il espère par cette mission, non seulement gagner un peu d’argent, mais également retrouver un peu d’estime à leurs yeux et leur prouver qu’il ne manque pas de courage. Arrivés à Contention City, Wade et son ‘geôlier’ de fortune doivent attendre dans une chambre d’hôtel jusqu’à l’arrivée du train de 3h10 pour la prison de Yuma. Mais les complices du hors la loi, conduits par Charlie Prince (Richard Jaeckel), vont essayer par tous les moyens de le délivrer…

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Pour l’anecdote, c’est pour The Associates and Aldrich Co de Robert Aldrich (qui venait déjà de produire le très beau The Ride Back - La Chevauchée du retour de Allen H. Miner) qu’Halsted Welles avait écrit son scénario ; mais la Columbia réussit à en racheter les droits. La petite compagnie dut s’en mordre très rapidement les doigts au vu du résultat final et de la beauté du script. Le pitch narré au paragraphe précédent est extrêmement réducteur quand on connaît l’immense richesse et toutes les beautés que recèle ce chef d’œuvre. "Je tiens 3h10 pour Yuma pour mon meilleur western : j’ai essayé de créer un nouveau style dans la manière de raconter une histoire et j’y suis parvenu, du moins je le pense" disait Delmer Daves lors d’un entretien de 1960 avec Bertrand Tavernier. Il serait difficile de ne pas lui donner raison et il ne serait pas non plus faux d’affirmer qu’il s’agit certainement de son meilleur film. Cinquième incursion de Daves dans le genre, ce film est typique de ce qu’on a appelé dans les années 50, le ‘sur-western’, westerns dont l’intrigue et la description des personnages s’éloignaient des schémas traditionnels pour tendre vers le drame psychologique, voire même psychanalytique (comme le sera par exemple Le Gaucher – The Left Handed Gun d’Arthur Penn). Le dépouillement et le classicisme rigoureux de l’adaptation par Halsted Welles du roman d’Elmore Leonard (Jackie Brown) mettent ici en valeur les tensions et les conflits psychologiques des personnages. Le scénario et la construction sont exemplaires, injectant dans une intrigue linéaire et somme tout assez banale des éléments du film noir, créant un habile suspense autour de quelques lieux et par une habile concentration du temps, et enfin, décrivant avec la même richesse et la même humanité une dizaine de personnages tous aussi fouillés les uns que les autres.

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Mais ce western est aussi une fable, ce que confirmera le final. Quelques séquences ont pour témoins des enfants et sont filmées à leur hauteur par l’intermédiaire de légères contre plongées : les personnages sont ainsi vus malgré leur complexité, avec une certaine naïveté, faisant de ceux-ci des modèles soit d’honnêteté (le fermier), de perversité (le bandit), de féminité (La barmaid) ou d’humanité (la mère). Le débat sur la responsabilité du citoyen, sa place et son devoir face à la violence ou devant une situation critique pourrait être le sujet de réflexion le plus important du film. Le fermier, après avoir déjoué les ruses physiques et psychologiques du hors la loi, doit en dernier ressort trouver une obligation morale à sa mission ("Les gens ont le droit de vivre en paix") pour conserver un semblant de fierté et résister à la tentation du méphistophélique bandit. Ce dernier, homme extrêmement intelligent, ne cesse de chercher la faille qui lui rendrait sa liberté mais peu à peu son gardien le séduit par son incorruptibilité. Une réflexion aussi sur la droiture, l’héroïsme, l’honnêteté qui n’est pas sans rappeler celle du Train sifflera trois fois (High Noon) mais avec une émotion ici bien plus prégnante à mon avis. Les deux films possèdent d’ailleurs énormément d’autres points communs : titres ‘horaires’, noir et blanc, mélodies et chansons entêtantes, même formalisme exacerbé de la mise en scène, même froideur et austérité apparentes, huis-clos citadin à partir d’un certain moment, ici et là l’arrivée du train attendue avec anxiété mais devant au final désamorcer les tensions… Deux films très ressemblants mais, paradoxalement, totalement opposés par le fait que l’un s’apparente plus à un vain exercice de style (qui plus est péniblement guindé) alors que l’humanité de l’autre transpire par tous les pores d’une mise en scène pourtant ultra-perfectionniste. Mais je ne continuerais pas sur cette pente savonneuse sachant pertinemment que je ne serais pas suivi par la majorité qui pensera (peut-être à juste titre) à de l'acharnement, et puisque mon ressenti à ce sujet ne saurait représenter une quelconque vérité, la subjectivité y étant pour beaucoup.

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[Spoiler dévoilant le final] Le final symbolique et bouleversant, qui a un peu étonné à l’époque, est à la fois profondément optimiste et assez amoral mais reflète assez bien les idées sincères d’un des réalisateurs hollywoodiens les plus profondément humains qui soient. Après avoir été ennemi durant toute la durée de leur périple commun, le bandit sauve la vie du fermier en acceptant de se laisser emprisonner. "De toute façon, il me sera facile de m’évader de la prison de Yuma" finira t’il par conclure. Sur quoi le fermier lui rétorque que ça ne lui ferait rien et qu’alors, ce ne sera plus son problème une fois sa mission menée à bien. Les deux hommes ont appris à s’apprécier et ne pas se juger ; une fois accompli son travail qui lui permet, grâce à la prime, de rendre le bonheur à sa famille, le fermier peu rancunier et sans aucun esprit de vengeance aime à croire que son ennemi ne sera pas condamné. Pour sceller cette réconciliation et l’apaisement des esprits, les vannes célestes s’entrouvrent pour laisser tomber sur la terre aride une pluie bienfaisante, symbole de renaissance ; le sourire de Glenn Ford à ce moment là, heureux pour son nouvel ami, fait que nous sommes alors prêts à lui pardonner tous ses méfaits. Conclusion assez étonnante pour un western, d’une intense émotion ‘à la Capra’, et qui finit de le faire entrer parmi les plus originaux du genre. Si cette séquence aurait pu sombrer dans la mièvrerie sous la caméra de beaucoup, chez Daves, elle passe comme une lettre à la poste et nous émeut comme rarement. [Fin du spoiler]

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N’oublions pas le travail des acteurs car l’interprétation est constamment admirable. Van Heflin reprend le personnage de fermier non-violent et fier qu’il interprétait dans L’homme des vallées perdues (Shane) mais en lui donnant encore plus de consistance. Glenn Ford, à qui devait être dévolu le personnage du fermier mais qui insista pour se faire donner celui de Wade, trouve ici l’un de ses rôles les plus complexes, tour à tour enjôleur, sympathique, pervers, haïssable ; il excelle dans tous ces différents registres et prouve à cette occasion (et auparavant également, déjà fabuleux dans Graine de violence – Blackboard Jungle de Richard Brooks, Règlement de comptes – The Big Heat de Fritz Lang ou Jubal) qu’il pouvait faire jeu égal avec les plus célèbres comédiens d’Hollywood. Richard Jaeckel possède lui aussi une présence incroyable. Mais il faudrait surtout s’arrêter sur les deux personnages féminins grâce auxquelles le film atteint un étonnant degré d’émotion. Les actrices composent ici des personnages inoubliables, d’une richesse rarement égalée en si peu de temps de présence. Elles seront toutes deux dans les plus belles scènes du film : Leora Dana, la mère et épouse aimante, dans ce happy end miraculeux et profondément émouvant que n’aurait pas renié Frank Capra ; Felicia Farr (actrice fétiche de Daves), l’ancienne chanteuse de cabaret, dans le morceau de bravoure apaisé et lyrique du film, cette fameuse scène de séduction et d’amour dans le bar avec Glenn Ford juste avant son arrestation : une scène à la fois sensuelle (les somptueux et délicats gros plans sur les deux visages) et pudique (le couple sortant de l’arrière salle après avoir fait l’amour, la femme relevant sa coiffure et l’homme rehaussant son ceinturon) : "Funny, some men you see every day for ten years and you never notice; some men you see once and they're with you for the rest of your life". Rien que pour ces deux moments, le film mériterait d’être gravé à jamais dans les mémoires même si tout le reste est également admirable (la diligence caracolant dans un immense plan d’ensemble alors que se déroule le générique, la scène du repas de famille avec le bandit, celle de la joute psychologique dans la chambre d’hôtel, celle sèche et violente de la mort de Henry Jones…)

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Mélange de classicisme et de modernité, cette fable humaine et morale est passionnante de bout en bout grâce aussi à une mise en scène très travaillée. Abandonnant le cinémascope et le technicolor qu’il maîtrisait à merveille, Delmer Daves n’en perd pas pour autant son lyrisme et son talent de paysagiste (tous les premiers plans jusqu’à l’arrêt de la diligence au milieu du troupeau sont sublimes ; et ça continuera comme ça tout du long), trouvant dans les sites de l’Arizona, entre Tucson et Sedona, de quoi nous ravir les yeux. Sa sincérité et sa profonde sensibilité permettent au film de rester constamment émouvant malgré le formalisme pointilleux et voulu de sa mise en scène. La photo en noir et blanc de Charles Lawton Jr est absolument magnifique et ses cadrages frisent la perfection. Une figure de style récurrente revient tout au long du film : des travellings verticaux, ascendants surtout, qui partent d’un gros plan pour monter et nous offrir des plans d’ensemble de toute beauté. Quand on sait que ses amples mouvements de caméra sont soutenus par les deux sublimes thèmes d’une des plus belles partitions de George Duning, des frissons nous arrivent rien que de les évoquer. Niveau inventivité, on trouve également quelques plans subjectifs très modernes pour l’époque, une sècheresse ahurissante lors des scènes de violence (le meurtre du conducteur) ainsi qu’un montage également assez novateur tout comme l’est la construction, passant d’un endroit à un autre avant que la séquence précédente ait réellement eu le temps de se terminer. On aura compris que sur la forme, le film est tout aussi formidable que sur le fond.

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Un constat assez cocasse en ce milieu d’année 1957 pour finir : il semble qu’à cette époque précise (et les derniers westerns critiqués peu avant le prouvent) les producteurs devaient insister pour que les génériques se voient obligatoirement accolés non plus une musique mais une ballade, la plupart écrites par Ned Washington et interprétés par Frankie Laine, Tex Ritter, Burl Ives ou autres. Le premier de ces trois chanteurs venait de faire un carton avec la superbe chanson-générique de Règlement de comptes à OK Corral de John Sturges ; il se voir donc tout logiquement offrir cette sublime mélodie écrite par George Duning qui composera pour l’occasion l’une des plus mémorables et touchantes musique de western à l’aide quasiment de deux seuls thèmes (le principal ainsi que celui dévolu au personnage de l’épouse) sur lesquels il opèrera multiples variations et orchestrations différentes. Pour conclure, n’ayons pas peur d’aller jusqu’à affirmer que ce film est probablement l’un des dix plus beaux westerns de l’histoire du cinéma, l’un des plus purs et des plus émouvants.
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Roy Neary
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Moi j'aime bien La Colline des potences, ce western "mélodramatique" de Delmer Daves et ses personages forts. Avec Gary Cooper dont c'est l'un des derniers films (Coop, dans ses derniers rôles, me touche particulièrement), George C.Scott (dont c'est le premier film), la jolie Maria Schell en aveugle et Karl Malden en salaud fini.
D'ailleurs c'est Karl Malden qui finit la réalisation du film quand Delmer Daves tomba malade.
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Jeremy Fox
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Cowboy (Cow-Boy - 1958) de Delmer Daves
COLUMBIA


Avec Jack Lemmon, Glenn Ford, Brian Donlevy, Dick York, Richard Jaeckel
Scénario : Edmund H. North & Dalton Trumbo d’après le récit de Frank Harris
Musique : George Duning
Photographie : Charles Lawton Jr. (Technicolor 1.85)
Un film produit par Julian Blaustein pour la Columbia


Sortie USA : 19 février 1958


Réceptionniste dans un grand hôtel de Chicago, Frank Harris (Jack Lemmon) est fasciné par la vie itinérante des cowboys qu’il voit débarquer chaque année pour prendre quelques semaines de repos bien mérité ; il ne rêve que de l’Ouest et de ses grands espaces. Il est tombé amoureux d’une cliente, Maria (Anna Kashfi), une ravissante mexicaine dont il demande la main à son père, un riche propriétaire terrien ; ce dernier refuse aussi sec, ne souhaitant pas que sa fille unique épouse un roturier. Ayant néanmoins le désir de la rejoindre au Mexique en espérant faire ployer son père, Frank profite de l’état d’ébriété de Tom Reece (Glenn Ford), un éleveur descendu à l’hôtel avec ses hommes de main, pour s’associer avec lui et se faire embaucher dans son équipe. En effet, Frank a appris que Reece se rend justement dans le pays de sa bien aimée Maria, pour acheter au père de cette dernière de nouvelles têtes de bétail. Frank démissionne alors de son poste pour suivre les cow-boys, mais découvre rapidement une vie non pas telle qu’il l’avait rêvé mais au contraire pénible, laborieuse, répétitive, dérisoire, émaillée de quelques joies mais aussi de beaucoup de douleurs…

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Lorsqu’enfants nous nous amusions à imiter dans la cour de récréation les westerns vus la veille à la télévision, l’expression consacrée était de "jouer aux cowboys et aux indiens". Et de là (entre autres) se sont vite propagés les clichés concernant le genre, faisant croire à beaucoup de non-connaisseurs, en élargissant un peu le terme ‘cow-boy’, que la plupart des intrigues de ces films étaient similaires, à savoir un conflit violent entre natives et pionniers. Le cowboy représentait donc en fait plus précisément ‘le blanc’ en opposition au ‘peau rouge’ alors que la plupart des protagonistes de westerns ne sont justement pas des cow-boys mais en vrac de simples citoyens, fermiers, aventuriers ou autres hommes de loi. Des descriptions de la vie quotidienne de ces ‘garçons-vachers’, il n’y en eut finalement pas énormément au cinéma, le plus célèbre étant sans doute encore à l’époque La Rivière rouge (Red River) de Howard Hawks. Le film de Daves est donc assez novateur quant à son postulat de départ, tout à fait intéressant par le fait de s’attarder principalement sur le quotidien de ces hommes, nous montrant une vie pas aussi ‘romantique’ que nous nous l’étions imaginé avec nos âmes d’enfants. Le dialogue suivant entre Jack Lemmon et Glenn Ford en tout début de film est là pour nous le prouver, le premier faisant part au second de son envie de partager leur quotidien, le second lui coupant les ailes sans prendre de gants :

Frank Harris, le réceptionniste (Jack Lemmon) : - "I'd like to live in the open. You know what I mean?"
Tom Reese, le cow-boy (Glenn Ford) : - "Oh, yeah, I know what you mean. You mean lying out there under the stars listening to the boys singing around the campfire. And your faithful old horse standing there grazing at the grass by your side. You do much riding? "
Frank Harris : - "Yes, sir"
Tom Reese : - "Yeah, I thought so. Well, you're an idiot! You're a dreaming idiot, and that's the worst kind. You know what the trail is really like? Dust storms all day, cloudbursts all night. A man has got to be a fool to want that kind of life."

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Un équivalent au film de Delmer Daves vit le jour dans les années 80 avec la minisérie Lonesome Dove tirée du sublime roman-fleuve de Larry McMurtry. Mais retournons à ce début 1958. La décennie ayant marquée l’apogée du classicisme hollywoodien (plus communément nommé ‘L’âge d’or’) touche bientôt à sa fin. Décennie bénie par de nombreux cinéphiles et chérie par tous les amoureux du western, une forte majorité des plus grands films du genre ayant été réalisée durant cette période. Delmer Daves a lui aussi contribué à cette ‘époque glorieuse du western’ avec, dès 1950, le premier film ouvertement ‘pro-indien’, La Flèche brisée (Broken Arrow), mais surtout grâce aux trois sommets de sa filmographie que sont L’Homme de nulle part (Jubal), La Dernière caravane (The Last Wagon) et 3h10 pour Yuma. D’où une partie de la 'relative' déception que nous cause la vision de Cow-boy, le film faisant un peu pâle figure, surtout par le fait de l'avoir découvert juste après ces pépites. Sixième des neuf westerns de Delmer Daves, Cowboy est tiré d’une chronique authentique de Frank Harris dont le rôle est tenu à l’écran par Jack Lemmon. L’idée de départ avait tout pour plaire, ayant pour ambition de narrer simplement et sereinement la vie de tous les jours d’un groupe de cow-boys à travers leur peines et leurs joies. Le scénario est attribué au générique par Edmund N. North, auteur entre autres des scripts de La fille du désert (Colorado Territory) de Raoul Walsh ainsi que de l'excellent The Proud Ones (Le Shérif) de Robert D. Webb. Mais en fait, il ne s’agit pas du véritable auteur, celui-ci étant Dalton Trumbo, ne pouvant à cette époque pas le signer, car faisant partie de la tristement célèbre ‘liste noire’. C’est donc Edmund N. North, connu pour ses positions libérales, à qui l’on demanda d’apposer son nom sur le scénario qui est remis entre les mains du réalisateur. Ce sera la dernière ‘œuvre non créditée’ de Dalton Trumbo.

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Delmer Daves s’attelle donc à la tâche et reprend quasiment la même équipe ayant travaillée l’année précédente sur 3h10 pour Yuma. Mais cette fois le film ne s’avère donc pas aussi parfait, à tous les niveaux d'ailleurs si l'on excepte un Glenn Ford toujours aussi impérial. George Duning, qui avait signé l’une de ses plus belles partitions pour 3.10 pour Yuma nous concocte ici une musique certes sympathique mais très loin d’atteindre les sommets d’émotion que dégageait son score précédent d’autant qu’un de ses thèmes principaux n’est autre qu’une réorchestration de la mélodie traditionnelle utilisée par John Ford pour Stagecoach (La Chevauchée fantastique). Le chef-opérateur Charles Lawton Jr. pare le film de couleurs chatoyantes mais sa photographie ne marquera pas la rétine comme celle en somptueux noir et blanc du film antérieur. Et Delmer Daves, certainement lassé d’avoir, sur 3h10 pour Yuma, réglé tous ses cadrages à la perfection, ne nous laisse cette fois, esthétiquement parlant, que peu de souvenirs précis de quelconques image ou plans : on peut néanmoins retrouver son génie plastique à dose homéopathique par l'intermédiaire de cette vision étonnante des pyramides de bottes de foin, des impressionnantes rangées de corrals au bord de la voie ferrée, du magnifique plan de l’église au crépuscule ou encore de ceux de Glenn Ford en contre plongée jetant un œil sur son troupeau en contrebas… Certains parleront de nonchalance ; mais si nonchalance et sobriété il y a, elles sont parfois accompagnées d’une certaine paresse de la mise en scène. Tout ceci est d’autant plus regrettable que le potentiel suggéré par l’idée de départ pouvait nous laisser espérer un nouveau chef d’œuvre du genre. On ne ressent pourtant pas constamment la conviction qu’a du pourtant avoir Delmer Daves à diriger ce film : ce dernier demeure d’ailleurs fier du résultat, son amour pour les situations décrites et ses personnages n’étant du coup pas à mettre en doute, s’estimant avoir réussi à montrer tout ce qu’il avait voulu : "La vie des cow-boys était pénible, leur humour était rude, et nous l’avons montré. Les nuits étaient de véritables nuits et non ces crépuscules bleutés en Technicolor, des nuits comme on les vit dans la prairie, dans les canyons" dira t’il à l’un de ses plus grands défenseurs, Bertrand Tavernier, lors d’une interview reprise dans son passionnant 'Amis américains'.

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On ne peut donc pas imputer au seul réalisateur cette impression de semi-ratage (mais parlons plutôt de semi-réussite car l’impression d’ensemble demeure néanmoins bien plus positive que négative). Car là où le bat semble blesser le plus, c’est assurément au niveau de l’écriture. Le film mélange les tons parfois avec maladresse à l'image du générique signé Saul Bass, très réussi en lui-même mais peu en conformité avec le ton du film une fois le premier quart d’heure passé. En le regardant défiler, on pense immédiatement que nous allons voir une comédie du style Blake Edwards. Et les premières séquences semblent le confirmer puisque Cowboy démarre en trombe, cependant plus proche d'un Billy Wilder, la présence de Jack Lemmon accentuant ce sentiment ; mais l’histoire d’amour, qui fait dès le début son apparition, est bien terne et nous aurions pu très aisément nous en passer. Même s’il est vrai que l’histoire ne se prêtait guère à un crescendo dramatique, nous aurions quand même préféré ressentir un certain ‘liant’ entre les scènes, ce qui nous aurait permis d’être plus en phase avec ces personnages qui nous restent un peu extérieurs bien qu’ils soient croqués avec humanité par le réalisateur. Mais attention, comme je le faisais sous-entendre juste avant, par bien des côtés le film demeure extrêmement intéressant. Daves a recherché le côté vériste sans jamais cependant verser dans la démystification à outrance. Si effectivement le côté romantique du ‘cow-boy Marlboro’ en prend un sacré coup, le réalisateur demeure un chantre du classicisme, généreux et sensible, jamais cynique ni même ironique. Il a cherché d’une manière assez documentaire, sans dramatisation excessive, à nous faire découvrir les vrais aspects d’un métier rude et non ‘exotique’ comme tous les adolescents se l’imaginait à la vision de multiples autres westerns. Pour bien se mettre en tête cet aspect le plus passionnant du film, il suffit de citer à nouveau un extrait du dialogue, dénigrant le cheval cette fois. Au tout début, lorsque Reece, dans son bain, se fait livrer une bouteille par le garçon d’hôtel, en l’occurrence Jack Lemmon, ce dernier lui disant son admiration et son attirance pour les chevaux, Reece lui rétorque sans ménagement et avec une ‘savoureuse cruauté’ : " Et les boniments sur les chevaux ! La loyauté et l’intelligence du cheval. Les chevaux ont une cervelle de la taille d’une noix. Ils sont méchants, traîtres, stupides. Même pas assez intelligents pour s’éloigner du feu. Aucuns homme doué d’intelligence peut aimer les chevaux. L’homme tolère la sale carne parce que vaut mieux chevaucher que marcher." Pour qu’un sourire se dessine sur vos lèvres, je vous laisse imaginer la figure ahurie de Jack Lemmon à cet instant, qui reste bouche bée par ces explications.

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Un autre moment très réussi, mais plus du tout drôle, est celui au cours duquel, une nuit, par excès de fanfaronnade, un homme lance un serpent venimeux au milieu du groupe, trop calme à son goût. Malheureusement l’animal retombe sur les épaules de l’un d’entre eux et le tue. Dans n’importe quel autre film, le responsable aurait été puni mais là, devant le regard étonné du ‘tenderfoot’, rien de tel ne se passe, tout le monde comprenant que ce n’était qu’un jeu stupide mais n’en faisant pas grand cas. Reece, lors de l’enterrement, dira : "Devant pareille chose, on se demande comment c’est arrivé. Par sa faute ou par celle d’un autre ? La seule certitude que nous ayons c’est qu’il y a un mort. La cause n’a aucun intérêt. Si ce n’avait pas été un serpent, ça aurait pu être un taureau ou un Comanche ou bien son cheval aurait pu trébucher dans un trou de chien de prairie par une nuit sombre." Et le responsable continue à tenir sa place au milieu du groupe comme si de rien n’était, sans même que sa conscience en soit affectée. C’était le destin, la vie continue ! Ces deux scènes montrent à quel niveau le film aurait pu s’élever si toutes les autres avaient été de cette qualité, mais il aurait fallu aussi que le thème de l’amitié entre les deux hommes ait été un peu plus creusé car, là encore, ça ne fonctionne qu’à moitié : nous avons vraiment du mal à croire au changement de caractère si rapide de Frank Harris après ce ‘voyage initiatique’. En effet, après sa déception au début du voyage, et après avoir partagé quelques temps la vie ce ces cow-boys, il va finir par comprendre Reece, sa dureté envers lui, et nous allons assister à la naissance d’une amitié à la toute fin du film. Ce qui nous empêche aussi de croire à ce revirement brusque du personnage, c’est, il faut l’avouer, le fait que Jack Lemmon se révèle bien moins à son aise dans le genre que le toujours impeccable Glenn Ford. Alors que dans la première partie assez enjouée, l’acteur se retrouve dans son élément de comédie, quand il joue au ‘pied tendre’ naïf et maladroit, il est bien moins convaincant dans son rôle de ‘dur à cuire’ de la seconde moitié du film. Pour en finir avec les comédiens, dommage de voir attribué à Brian Donlevy un rôle aussi peu gratifiant ou tout du moins aussi étriqué.

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Un scénario qui aurait donc mérité, à mon sens, d’être étiré pour obtenir un film plus long, plus ample, moins saccadé, aux scènes d’actions mieux intégrées au reste du récit (et filmées moins rapidement, sans continuelle et pénible accélération des images que ce soit lors des pugilats ou de la scène de 'tauromachie') et pour ne pas avoir cette fâcheuse impression que le réalisateur n’a pas su comment boucler son film ; le final nous apparaît effectivement comme purement et simplement bâclé. Cependant, et pour conclure sur une note positive (car il le mérite amplement), il serait exagéré d’accabler plus longtemps ce film honnête et généreux qui se regarde malgré tout avec beaucoup de plaisir. Pour les fans du genre, il serait donc quand même dommage de passer à côté de Cow-boy malgré les réticences qui ont été notifiées ci-dessus, vite oubliées devant un ensemble très attachant.
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Beule
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Il me semble l'avoir vu en format carré, mais je ne serais pas affirmatif. Joli western même s'il est loin de valoir La dernière caravane ou 3h10 pour Yuma du même Daves. Le personnage d'aveugle de Maria Schell introduit un élément mélodramatique assez rare dans le genre, et il faut bien l'avouer un peu préjudiciable aussi selon moi.
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Beule wrote:Il me semble l'avoir vu en format carré, mais je ne serais pas affirmatif. Joli western même s'il est loin de valoir La dernière caravane ou 3h10 pour Yuma du même Daves. Le personnage d'aveugle de Maria Schell introduit un élément mélodramatique assez rare dans le genre, et il faut bien l'avouer un peu préjudiciable aussi selon moi.
A quand cette huitième merveille du monde en DVD : La dernière caravane :-)

Bizarre quand même que Daves revienne à un format carré après tous ces westerns en 1.85 et puis ces dernires mélos en scope.
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Beule
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Roy Neary wrote: D'ailleurs c'est Karl Malden qui finit la réalisation du film quand Delmer Daves tomba malade.
Ah bon :shock: Il a taté de la caméra par la suite l'homme au gros nez?
Perso, je trouve que Coop est l'un des plus admirables acteurs hollywoodiens classiques. Bien avant d'être malade déja, il dégageait ce mélange de force et de maladresse touchante, de timidité parfois, qui le rendent absolument irremplaçable;
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Roy Neary
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Post by Roy Neary »

Beule wrote:Bien avant d'être malade déja, il dégageait ce mélange de force et de maladresse touchante, de timidité parfois, qui le rendent absolument irremplaçable;
Tout à fait, c'est bien pour ça que je l'aime beaucoup dans ses derniers rôles.
Karl Malden a fait de la mise en scène de théâtre. Quand Daves tomba malade, Cooper (producteur du film) lui a demandé de terminer le tournage. Deux ans avant, Maldern a réalisé La chute des héros, un film de procès sur des prisonniers de guerre en Corée avec Richard Widmark.
Le format de La colline des potences est carré selon mes souvenirs.
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L'Aigle solitaire (Drum Beat, 1954) de Delmer Daves
WARNER


Avec Alan Ladd, Charles Bronson, Rodolfo Acosta, Audrey Dalton, Marisa Pavan, Robert Keith, Anthony Caruso, Elisha Cook Jr
Scénario : Delmer Daves
Musique : Victor Young
Photographie : J. Peverell Marley (Warnercolor 2.55)
Un film produit par Delmer Daves & Alan Ladd pour la Warner


Sortie USA : 10 novembre 1954


Delmer Daves n’était pas revenu au western depuis le formidable succès de sa première et encore unique tentative dans le genre, le très beau La Flèche brisée (Broken Arrow) en ce tout début de décennie. C’est lui qui avec ce film avait réellement lancé la vague du western pro-indien (plus qu’Anthony Mann et son pourtant sublime Devil’s Doorway – La Porte du diable qui était malheureusement passé totalement inaperçu, phagocyté par le triomphe du film de Daves) ; pour son retour à ce qui restera son genre de prédilection (avant sa dernière partie de carrière consacrée au mélodrame, il ne réalisera plus pendant cinq ans que des westerns ; et quels westerns !), il choisit à nouveau un thème semblable qu’il écrit et scénarise lui-même. Comme si ça ne suffisait pas, il le produit en collaboration avec Alan Ladd pour la nouvelle compagnie créée par ce dernier, Jaguar Production. On ne peut donc pas dire que ce ne soit pas un film personnel, aucun producteur n’ayant pu interférer dans les intentions premières du réalisateur ; Daves le considérait d’ailleurs comme son film le plus authentique. Et bien paradoxalement, lorsque l’on adore autant que moi ce cinéaste, Drum Beat a de grandes chances de décevoir, Daves ne répondant pas suffisamment ce coup-ci à nos attentes au vu de ce qu’il avait déjà été capable de faire jusqu’à présent et (si on s’avance un peu dans le temps) en comparaison de ses films suivants. Daves, en général plus à son aise dans la ‘chronique’ que dans l’historique, rate ici paradoxalement toutes les digressions s’éloignant des faits réels narrés ; mais son Drum Beat, quoique bancal, n’en demeure pas moins dans l’ensemble une honorable et intéressante réussite.

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1872, le chasseur d’indiens Johnny Mackay (Alan Ladd) est convoqué à la Maison Blanche par le Président Ulysses S. Grant (Hayden Rorke). Ce dernier a entendu parler du climat de violence qui règne à la frontière de la Californie et de l’Oregon. Les pionniers sont en effet attaqués sans discontinuer par le leader des renégats de la tribu des Modocs, Captain Jack (Charles Bronson). Connaissant sa grande connaissance du terrain et des indiens, Grant donne à Johnny pour mission d’aller négocier la paix et , pour se faire, tenter de convaincre le chef des rebelles Modocs de réintégrer la réserve d’où il s’est enfui. Sur le chemin du retour, Johnny escorte Nancy (Audrey Dalton), la nièce d’un colonel à la retraite qu’elle vient rejoindre dans l’Ouest. Leur diligence est attaquée, l’amie du conducteur tué. Peu de temps après, ils découvrent la famille de Nancy massacrée. Ils se rendent à Fort Klamath où Toby (Marisa Pavan) et son frère Manok (Anthony Caruso) apprennent aux soldats que la majorité des membres de leur tribu, les Modocs, souhaitent la paix et qu’ils se désolidarisent de Captain Jack. A Lost River, Johnny rencontre ce dernier qui ne veut rien entendre aux propositions du nouveau ‘pacificateur’, estimant qu’il n’a pas à lâcher un quelconque hectare des terres de ses ancêtres. La tension monte d’un cran lorsqu’un des hommes du Captain Jack est tué de sang froid par le conducteur de diligence qui, depuis la mort violente de son amie, ne pensait qu’à se venger. Les raids sanglants contre les pionniers reprennent de plus belle ; la diplomatie ayant échoué, il va falloir employer les grands moyens et aller déloger de force les indiens récalcitrants...

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De la part d’un cinéaste dont la sensibilité imprégnait tous les différents genres qu’il avait jusque là abordé (le film de guerre avec Destination Tokyo, la comédie musicale avec Hollywood Canteen, le drame avec La Maison rouge, le film noir avec Les Passagers de la nuit…), L’Aigle solitaire s’avère donc un peu décevant. Il lui manque en effet les principaux éléments qui faisaient de ses meilleurs films des merveilles d’émotivité : la sensibilité, l’attention extrême portée aux personnages, le lyrisme, la douceur de ton… Dommage que l’authenticité recherchée se soit faite au détriment de ce pour quoi le réalisateur s’était fait jusqu’à présent très justement remarquer. Proche de La Flèche brisée par son intrigue, Drum Beat reprend l’histoire d’un homme que l’on envoie faire signer un traité de paix aux indiens afin de pacifier des régions infectées par la haine et les massacres de part et d’autre, les indiens ne voulant pas que l’on s’installe sur leur territoire, les pionniers étant maintenant implantés depuis une vingtaine d’années et s’estimant eux aussi désormais propriétaires de leurs lopins de terre. Mais si Thomas Jeffords avait à faire au raisonnable Cochise, le chef des Apaches Chiricahuas, Johnny Mackay devra déployer des trésors de diplomatie face à l’intraitable Captain Jack de la tribu des Modocs superbement campé par un Charles Bronson charismatique à souhait : un guerrier présomptueux et inconséquent, d’autant plus dangereux qu’il est facilement influençable par d’autres chefs de clans encore plus cruels que lui. Au sein des guerres indiennes, on a souvent abordé l’histoire des Sioux, Apaches ou Cheyennes mais assez peu les conflits qui eurent lieu entre américains et autres peuplades indiennes. Drum Beat s’inspire d’un fait historique réel, celui communément appelé ‘La Guerre des Modoc’ s’étant déroulée entre 1872 et 1873 et qui causa pour l’unique fois la mort d’un Général américain qui aura cette répartie durant le film "Sometimes it is as necessary to take risks to win peace as it is in war to win victories."

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Rapide topo historique pour ceux que les guerres indiennes intéressent. Les Modocs, petite tribu du Nord de la Californie, ayant du mal à vivre en bonne entente avec les pionniers qui vinrent s’installer dans la région de ‘Lost River’, durent céder leurs terres aux États-Unis en 1864 puis s’exiler dans une réserve en Oregon où avait déjà été déplacée la tribu des Klamath. Or, les deux tribus se détestaient cordialement. Certains Modocs ne supportant pas de vivre aux côtés de leurs ex-ennemis, un groupe d’une cinquantaine d’hommes sous le commandement de Kintpuash (plus connu sous l’appellation de Captain Jack pour son amour des uniformes) retourna vivre sur ses terres d’origine, quittant la réserve sans violence ni affrontements. Bientôt un autre groupe mené par Hooker Jim fit de même mais commettant au passage quelques exactions contre les colons avant de rejoindre Captain Jack. Refusant de retourner s’installer dans la réserve qu’ils avaient quittés, l’armée fut réquisitionnée afin de reconduire les indiens récalcitrants ; c’est ainsi que fut déclenchée la ‘Modoc War’ le 28 novembre 1872, des membres de chaque camp ayant été tués à cette occasion. Captain Jack et ses hommes vont s’installer sur une position quasi-imprenable, un immense rocher d’origine volcanique que l’on appela ‘la forteresse de Jack’ situé dans les Lava Beds à la frontière de la Californie et de l’Oregon. Le 16 janvier 1873, 400 tuniques bleues voulurent prendre d’assaut la forteresse sans autre résultats que 16 morts et 44 blessés, les indiens n’ayant eu à subir aucune perte. Des négociations de paix furent engagées au cours desquelles le chef indien assassina le 11 avril le Général Canby. Ce ‘meurtre’ commis sous la bannière du drapeau blanc scandalisa l’opinion publique. Les forces armées se réunirent pour se venger mais il leur fallu encore quelques mois avant que les Modocs ne capitulent ou soient capturés. Passé devant une cour martiale, Captain Jack fut pendu le 03 octobre 1873 à Fort Klamath ; ses hommes furent envoyés dans une réserve de l’Oklahoma.

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Malgré quelques libertés prises par rapport aux dates et à la réalité historique, les faits ont été semble-t-il assez bien décrits par Delmer Daves qui s’était penché sur le sujet avec attention. Les lieux de l’action ne sont pas les mêmes que ceux du tournage, la façon de se vêtir des Modocs dans le film ressemble plutôt à celle des Apaches mais hormis quelques petits détails de cette nature et quelques omissions, Drum Beat est un des films pro-indiens dont l’authenticité ne peut être remise en cause. Il est d’ailleurs étonnant de lire sous la plume de certains une accusation de racisme à son encontre ; sachant que Delmer Daves a vécu quelques mois dans les camps indiens pour apprendre à connaître leurs coutumes, qu’il écrira l’année suivante le scénario de White Feather, il est totalement inconcevable d’appuyer cet avis. Rappelons d’ailleurs ce que disait le réalisateur à Bertrand Tavernier à propos de Broken Arrow : "J’aime beaucoup Broken Arrow parce que j’ai pu montrer dans cette œuvre l’Indien comme un homme d’honneur et de principes, comme un être humain et non comme une brute sanguinaire. C’était la première fois qu’on le faisait parler comme un homme civilisé parlerait à son peuple, de ses problèmes et de son avenir. L’ONU décerna des louanges considérables à ce film parce qu’il présentait un monde où les gens en conflit se respectaient. L’on trouvait des salauds chez les blancs, mais aussi des types recommandables, de même qu’il y avait des Indiens faméliques mais aussi des hommes en qui l’on pouvait avoir confiance. Une vérité première… A partir de ce moment, Hollywood cessa de peindre les Indiens comme des sauvages." Il n’y avait aucun manichéisme dans ce premier western puisque dans un camp comme dans l’autre, on y trouvait des âmes droites et sincères ainsi que des gens fourbes et belliqueux. Il en va de même pour Drum Beat, Delmer Daves ayant pris un peu plus de risques en dépeignant le chef indien comme un être sanguinaire refusant toute forme de paix, les tentatives de négociations allant être bien difficiles, voire impossible.

President Ulysses S. Grant : “What kind of man is he?”
Johnny MacKay : “Well, some people say he's got a little white blood in him because of his white eye... but I think it's mostly bad blood.”

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D’un autre côté, il nous fait immédiatement comprendre qu’une majorité de la tribu s’oppose au Captain Jack à travers les personnages de Toby et Manok, la sœur étant même tombé amoureuse du négociateur blanc. Bref, le film n’est aucunement anti-indien ; il pose le problème de l’époque : vu que désormais il est devenu inéluctable que deux peuples se trouvent en présence sur les mêmes terres, il s’agit maintenant de cohabiter ou de combattre. Pour que la paix l’emporte, il ne faut plus de va-t-en-guerre de part et d’autre, en l’occurrence pas plus de Captain Jack que de conducteur de diligence haineux (car Delmer Daves n’oublie pas de nous rappeler que du côté des blancs, les préjugés et les rancœurs étaient tenaces : "You see, Doc, out this way, the Bible and brotherly love get all mixed up with injun hate."). Une fois les belligérants mis hors d’état de nuire, la discussion pourra s’installer entre l’État américain et le peuple indien qui, dans sa majorité, souhaite l’arrêt des conflits pour pouvoir enfin vivre en paix même si ça doit se faire au sein de réserves. Tout ceci est intelligemment montré mais le discours se fait parfois un peu appuyé, un peu trop didactique et non dépourvu d’angélisme comme la conclusion dite en voix-off par le narrateur : "And thus ended the killing in the Modoc country, and the peace began amoung our people that lives to this day. A peace that wasn't won by just wanting it, but costs plenty - but left scars. But it showed the country something we had to learn and remember - that among the Indians, as amongst our people, the good in heart outnumber the bad, and they will offer their lives to prove it."

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Si la partie historique est pleinement réussie, tout ce qui tourne autour déçoit et notamment les romances entre Alan Ladd/Marisa Pavan d’une part, Alan Ladd/Audrey Dalton de l’autre. Il faut avouer que l’interprétation n’est pas le point fort du film et, excepté Hayden Rorke qui campe avec talent le Président Grant et Charles Bronson, peut-être le plus convaincant des acteurs blancs dans la peau d’un indien et l’une de ses interprétations les plus mémorables (belle séquence finale entre lui et Alan Ladd), le reste du casting ne fait guère d’étincelles et notamment les actrices qui rendent leurs personnages encore plus ternes qu’ils devaient l’être sur la papier. L’année suivante, Daves allait trouver sa comédienne de prédilection (Felicia Farr) mais en l’occurrence, Audrey Dalton s’avère bien mauvaise comédienne ce qui rend son intrigue sentimentale avec Alan Ladd totalement inintéressante, manquant de passion, l’acteur semblant également un peu fatigué. Un scénario donc dans l'ensemble assez bancal manquant d’une certaine rigueur ; Daves aurait du faire comme Mann l’a fait pour son film La Porte du diable, filer tout droit sans aucune digressions. Ici, il louvoie et en arrive même à nous faire ressentir comme de gros trous au sein de son intrigue par ailleurs pas spécialement bien rythmée.

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Delmer Daves rachète le manque d’ampleur et de fermeté de son scénario par une mise en scène magnifique soutenue par une belle partition lyrique de Victor Young (qui ne se loupe par envahissement incongru que lors de la scène de bagarre entre Ladd et Bronson dans le lit d’une rivière) et par la splendide photographie de J. Peverell Marley (mais alors pourquoi ces quelques toiles peintes nocturnes 'warnerienne' qui sont très peu raccord ?). Rare sont les réalisateurs ayant un tel sens de l'espace et du scope. De ce point de vue, l'attaque du rocher par la cavalerie à pied qui se déploie sur une seule ligne est d’une beauté plastique qui préfigure les figures géométriques composées par l’armée romaine lors des scènes de bataille dans Spartacus. Le cinéaste nous offre aussi quelques mouvements de grue absolument splendides comme celui qui suit les trois ‘négociateurs’ se faisant encercler par les indiens, passant néanmoins en leur milieu sans s’arrêter, la caméra s’élevant pour les voir partir au galop puis retournant en arrière pour aller recadrer les indiens qui décident de se lancer à leur poursuite. D’autres images risquent de vous entêter comme l’arrivée d’Alan Ladd dans la cabane de Charles Bonson par laquelle on entre par le toit. Bref, malgré quelques défauts dans l’écriture, malgré une interprétation d’ensemble pas vraiment à la hauteur, la sincérité et la beauté plastique du film emportent le morceau et finissent d’en faire une belle fresque historique dans laquelle blancs et indiens sont mis à égalité, certains portraits d’hommes blancs n’étant guère plus valorisants que beaucoup des leaders belliqueux qui se trouvent aux côtés de Captain Jack : Robert Keith en irresponsable raciste, Elisha Cook Jr en trafiquant d’armes, le révérend engoncé dans ses certitudes... De bonnes intentions pour un bon film à condition de ne pas en attendre monts et merveilles.
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Geoffrey Firmin
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Dark passage: 8/10

Delmer Daves aussi a l'aise dans le film noir que dans le western.Une belle réussite malgré une fin un peu vite emballée.Peut etre la meilleure adaptation de David Goodis à ce jour.
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Jeremy Fox
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Spencer's Mountain

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La Montagne des Neuf Spencer (Spencer’s Mountain) – 1963


Au milieu d’une vallée champêtre du Wyoming, sous les montagnes majestueuses du Grand Teton, la vie quotidienne d’une famille modeste constituée d’un couple uni et de ses neuf enfants. Les parents travaillent d’arrache-pied pour pouvoir offrir à leur progéniture plus qu’ils n’ont pu avoir eux-mêmes, à savoir une bonne éducation et surtout une instruction riche et complète. Leur fils aîné (James MacArthur) venant d’obtenir son diplôme de fin de ‘terminale’, leur but est qu’il puisse désormais se rendre à l’Université même si ce doit être au détriment de leur propre confort, la maison neuve envisagée depuis longtemps par la mère risquant de grever ce budget éducatif. Et en effet L’argent manque ; mais Clay (Henry Fonda) et Olivia (Maureen O’Hara) vont néanmoins tout faire pour ne pas décevoir les rêves de leur fils qui, s’il réussit, pourra montrer l’exemple à ses cadets…

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Les mélodrames de fin de carrière de Delmer Daves furent principalement consacrés à la jeunesse ; des œuvres aux situations expressément excessives et abordant les problèmes des jeunes, de leurs pulsions sexuelles et de leurs relations avec les adultes. Ils n’ont que 20 ans (A Summer Place) marquait ainsi la naissance d’un corpus de quatre films réalisés à raison d’un par an, tous avec le jeune éphèbe blond, Troy Donahue ; des mélodrames hollywoodiens qui ne ressemblaient à aucun autre, pas plus à ceux bien plus célèbres signés Douglas Sirk, Vincente Minnelli ou Frank Borzage ; des œuvres uniques et paradoxales puisque leur naïveté n’avait d’égale que leur culot, leur premier degré que leur pouvoir de subversion. Si sur le papier une telle bizarrerie parait quasiment inconcevable, il faut bien se rendre à l’évidence et constater à quel point une telle mayonnaise a pu prendre, entre intelligence du propos, kitsch assumé et lyrisme échevelé. Des œuvres sans aucun second degré et qui, par là même, purent se permettre d’aborder sans aucun complexe des sujets plus ou moins tabous à l’époque comme la sexualité, la virginité ou l’avortement. Outre A Summer Place qui traitait déjà du désir sexuel des adolescents, citons également les trois autres titres de ce petit ensemble, ne serait-ce que pour essayer de les sortir du relatif anonymat dans lequel ils sont tombés : La Soif de la jeunesse (Parrish), Susan Slade et Rome Adventure.

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Sans Troy Donahue mais dans la parfaite continuité de ce quartet de films, il ne faudrait pas non plus oublier le magnifique Spencer’s Mountain dont il est justement question ici, aujourd’hui encore totalement méconnu en nos contrées voire même parfois fortement mésestimé. Basé sur le roman semi-autobiographique de Earl Hamner Jr. -qui sera également à l’origine de la série télévisée des 70’s, The Waltons- transposé des années 30 -dans les Appalaches- dans le Wyoming des années 60, ce 29ème film de Delmer Daves a pour têtes d’affiche le couple très ‘fordien’ formé non moins que par Henry Fonda et Maureen O’Hara. Si quelques éléments mélodramatiques demeurent, on se trouve cette fois plutôt dans le domaine de la chronique familiale douce-amère, celle d’un milieu socialement plus défavorisé que celui des familles aisées décrites dans les films avec Donahue ; pour donner un ordre d’idées, il se situerait quelque part entre Qu’elle était verte ma vallée de John Ford et Stars in my Crown de Jacques Tourneur. Il s’agit donc d’une tranche d’americana dépeinte avec humanité et sensibilité mais également beaucoup d’humour et de bonhommie, se déroulant à l’époque contemporaine du tournage au sein de sublimes paysages montagneux et évoquant entre autres –comme déjà A Summer Place- les pulsions sexuelles de certains de ses jeunes protagonistes ; ici James MacArthur -le futur Dano de Hawaii police d’état- et la charmante et touchante Mimsy Farmer dans son premier rôle au cinéma, celui de Claris, une jeune femme au sang chaud et qui, à force de voir son père amener la génisse des voisins au taureau, insiste fortement auprès de son amoureux pour qu’il fasse de même avec elle, le poussant à braver la morale de l’éducation chrétienne un peu rigoriste que lui procure sa mère.

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En même temps le jeune homme ne semble tout simplement pas encore attiré par l’amour car son père le pousserait au contraire à ‘laisser faire la nature’, en total désaccord avec les préceptes et surtout les interdits des prédicateurs qui régentent un peu trop à son goût leur petite communauté, ayant d’ailleurs toujours refusé de se rendre à l’église le dimanche avec le reste de sa famille : "They're against everything I'm for. They don't allow drinkin' or smokin', card playin', pool shootin', dancin', cussin' - or huggin', kissin' and lovin'. And mister, I'm for *all* of them things." Henry Fonda est absolument parfait et nous livre une interprétation très riche dans le rôle de ce patriarche hédoniste dont la conception optimiste de la vie est assez enthousiasmante, en contradiction avec celle trop ascétique de son femme ainsi que de la majorité de ses concitoyens pour qui il conçoit cependant une profonde estime. Clay ne comprend pas qu’on puisse attendre le paradis au ciel alors qu’il le trouve sur terre dans la vie de tous les jours, lors d’une partie de pêche, lorsque l’un de ses enfants vient se blottir contre lui, quant après chaque heureux évènement il aime à prendre une cuite ou bien encore lorsqu'il fait l’amour à sa tendre épouse. Comme on avait déjà peut-être pu le deviner au vu de certaines descriptions dans les paragraphes précédents, si la sexualité est traitée avec toujours autant de tact et de simplicité que dans ses mélos précédents, cette fois avec également beaucoup d'humour, notamment lorsque Maureen O’Hara est embarrassée des élans un peu trop vigoureux de son époux, ayant peur de se faire surprendre par leurs enfants toujours très curieux de ce genre de choses. On n’oubliera pas non plus la savoureuse séquence au cours de laquelle une des jeunes sœurs ayant surpris son grand frère en train d’embrasser fougueusement son amie, va tout raconter à sa mère en comparant les deux amoureux à des asticots se trémoussant. En revanche, Delmer Daves n’est pas avare de lyrisme lorsque celà devient plus sérieux, témoin cette sublime séquence du jeune couple au milieu des champs ou bien lorsque les deux jeunes gens visitent leur future chambre dans la maison encore en chantier.

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Reprenant également toutes les ficelles souvent inhérentes à la fois au mélodrame et au film familial, certes Spencer’s Mountain est bel et bien gorgé de bons sentiments ; mais l’on sait que l’adage comme quoi ces derniers ne peuvent donner de bons films a été depuis longtemps battu en brèche et celui de Daves en est une des plus belles preuves, le réalisateur arrivant à transcender de façon assez miraculeuse la plupart des poncifs et clichés par son entière sincérité, par sa légèreté de touche, par son humour –la rencontre du pasteur et du père lors d’une savoureuse partie de pêche ; le chantage exercé par le père sur ses concitoyens pour accepter d’aller à l’église- voire même par l’intrusion d’une certaine critique du rêve américain et de la religion ainsi même que d’une certaine noirceur au sein de quelques situations (le chantage sexuel qu’exerce une jeune épouse à son mari bien plus âgé). Le cinéaste transforme aussi tout ce qui aurait pu être mièvre par la beauté formelle de sa mise en scène et notamment par ses incessants et inimitables mouvements de caméras verticaux, aussi bien ascendants que descendants ; car en plus de nous octroyer une chaleureuse tranche de vie familiale ainsi que la description d’une communauté soudée, ce film est aussi un superbe poème élégiaque, véritable glorification de la nature au sein de laquelle vivent ces braves gens, une large vallée verdoyante que surplombe un haut plateau et de vertigineuses montagnes aux sommets enneigés. Il faut dire que les plans d’ensemble sur ces majestueux paysages sont souvent sublimes d’autant que Charles Lawton Jr. accomplit une fois de plus des miracles à la photo, le scope étant ici utilisé avec une étonnante maestria, la caméra n’étant quasiment jamais fixe mais toujours louvoyant en somptueux et élégants mouvements. A signaler que le réalisateur avait déjà tourné l’un de ses plus beaux films en ces lieux, l’inoubliable Jubal (L’homme de nulle part).

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Le casting se révèle très 'fordien' avec Maureen O’Hara, Henry Fonda ainsi que Donald Crisp alors âgé de 81 ans et dont la mort du personnage va être à l’origine d’une des séquences les plus pures de la filmographie de Daves, digne -en encore plus lyrique si possible- du plus grand John Ford ; John Ford dont Spencer’s Mountain –outre ses comédiens- rend d’ailleurs hommage à de très nombreuses reprises, citations, rappels et notations que je vous laisse découvrir. Pour en revenir aux acteurs, il faut aussi évoquer Virginia Cregg dans le rôle de l’institutrice qui va pousser son élève à s’émanciper, Whit Bissell dans celui du docteur, la toute jeune et délicieuse Kim Karayth que l’on retrouvera dans La Mélodie du bonheur (The Sound Of Music) de Robert Wise ou encore une charmante Mimsy Farmer dans son premier rôle ainsi que James MacArthur qui, s'il manque quelque peu de charisme, probablement aidé par l'humanité de son réalisateur, n’a pas honte de montrer sa sensibilité et ainsi de verser des torrents de larmes jusque dans la superbe et poignante dernière séquence. Pour l’anecdote, signalons enfin la jeune secrétaire de l’université qui n’est autre que la fille de Maureen O’Hara. Il va sans dire que la profonde empathie du réalisateur pour ses personnages est communicative et que le fait de ne pas les juger participe grandement à nous les rendre encore plus attachants, plus principalement celui d’Henry Fonda ainsi que celui de Mimsy Farmer dont les appétits sexuels ne sont ici jamais condamnés mais au contraire trouvés tout à fait normaux, ce qui n’était pas évident à cette époque encore assez puritaine que ce soit à Hollywood et dans la société américaine.

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Dommage que la musique de Max Steiner, malgré un magnifique thème principal, manque un peu de finesse car autrement le film aurait pu atteindre de plus hauts sommets de plénitude. Néanmoins, encore un bel exemple de la tolérance, de la générosité et de l’humanisme d’un réalisateur dont on est encore loin d’avoir fait le tour des richesses et qui nous délivre ici une chronique généreuse et désarmante d’émotion. Une œuvre délicate et sereine jamais lénifiante ni démagogique mais au contraire d’une sincérité, d’une justesse et d’une tendresse bouleversante.
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Geoffrey Firmin
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Post by Geoffrey Firmin »

Jeremy Fox wrote:
Geoffrey Firmin wrote:Dark passage: 8/10

Delmer Daves aussi a l'aise dans le film noir que dans le western.Une belle réussite malgré une fin un peu vite emballée.Peut etre la meilleure adaptation de David Goodis à ce jour.
3 essais dont un récent : décidément, je n'accroche pas :(
Ah?
Qu'est ce qui te déplait?la caméra subjective?
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Jeremy Fox
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Geoffrey Firmin wrote:
Jeremy Fox wrote:
3 essais dont un récent : décidément, je n'accroche pas :(
Ah?
Qu'est ce qui te déplait?la caméra subjective?
Je m'ennuie tout du long :oops:
Solal
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Jeremy Fox wrote:
Geoffrey Firmin wrote:Dark passage: 8/10

Delmer Daves aussi a l'aise dans le film noir que dans le western.Une belle réussite malgré une fin un peu vite emballée.Peut etre la meilleure adaptation de David Goodis à ce jour.
3 essais dont un récent : décidément, je n'accroche pas :(
Je ne connais pas suffisamment pour me prononcer, mais j'ai vu le week-end dernier Youngblood Hawke, vraiment pas terrible :? , qui aurait plutôt tendance à me refroidir...
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Solal wrote:
Jeremy Fox wrote:
3 essais dont un récent : décidément, je n'accroche pas :(
Je ne connais pas suffisamment pour me prononcer, mais j'ai vu le week-end dernier Youngblood Hawke, vraiment pas terrible :? , qui aurait plutôt tendance à me refroidir...
Ne te laisse pas refroidir pour si peu : 3h10 pour Yuma et La dernière caravane font partie des + beaux westerns de l'histoire du cinéma