Vincente Minnelli (1903-1986)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alexandre Angel
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Alexandre Angel »

Sybille wrote: 22 Oct 20, 15:00 J'aime aussi beaucoup "Yolanda". Beule a raison de louer les 2 numéros phares du film, effectivement parmi les plus beaux réalisés par Minnelli ou même dans toute la comédie musicale en général.
Je placerais plus haut encore le numéro Limehouse Blues, d'une rare splendeur, sur lequel se referme pratiquement le très inégal Ziegfeld Follies (les sketchs avec Fanny Brice présentent un fort taux de pénibilité).
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Sybille
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Sybille »

Limehouse Blues, très beau également, c'est vrai noyé dans un film médiocre. Fanny Brice n'est pas la seule à être pénible :evil: En fait, les parties musicales, même si extrêmement inégales, valent à peu près toutes le coup d'oeil ; par contre quand vient le tour des comiques...
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Barry Egan
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Barry Egan »

Alexandre Angel wrote: 14 Nov 20, 14:41 Je veux dire que Glenn Ford est idéal pour ce genre de rôle (introversion soucieuse) mais c'est tout :)
De toute façon, c'est une distribution assez composite et on peut imaginer d'autres têtes (je trouve Lee J.Cobb assez discutable et j'avais trouvé le film grotesque la toute première fois que je l'ai vu,ado, à cause de lui).
OK. Je supposais, comme je le faisais, que c'était par rapport à son âge et à sa fonction de séducteur justement insouciant... Ford est d'ailleurs meilleur dans la seconde partie du film que dans la première, à moins que ce soit juste parce qu'on s'y habitue.

Quoiqu'il en soit, le tour de force du réalisateur ici, c'est d'avoir empêché son casting de minorer la force de son film. Chapeau bas.
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Barry Egan
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Barry Egan »

Quinze jours ailleurs

Il est pas mal celui-là. J'ai particulièrement apprécié de voir Kirk Douglas dans un rôle fragile, à l'opposé de ses prestations dans "Les Ensorcelés" ou "Le Gouffre aux chimères". Certes, la bluette avec la belle italienne est un peu à côté de la plaque, mais elle n'est qu'une des pièces du puzzle de la reconstruction du personnage principal qui a lieu sous nos yeux. Cyd Charisse est également anecdotique, et c'est même à se demander si son personnage n'a pas d'autres scènes coupées au montage tant elle semble importante et pourtant si peu présente. Enfin, l'essentiel est, justement, ailleurs, dans le rapport au passé, dans ce que la répétition permet de révéler du passé, et quoi de mieux que de situer le propos dans le milieu du cinéma, où la performance a lieu une fois pour le spectateur, mais est produite plusieurs fois pour parvenir à un résultat qui puisse être reproduit à l'infini ? Les dernières minutes intenses et joyeuses où Andrus prend la place de son vieux mentor sont celles où il passe de l'autre côté du miroir, en devenant le directeur et non plus le dirigé, et où il prend confiance en lui-même, ce qu'un acteur, fragile et fractionnable par définition, fait bien plus difficilement. C'est pourvu de ce nouveau rôle, de ce nouveau point de vue et de cette nouvelle confiance qu'il peut alors revivre ses traumas et les surmonter. Et c'est ce que le film et le livre permettent. Mise en abyme au final plutôt simple, mais bien ficelée et attachante.
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Profondo Rosso
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Profondo Rosso »

Melinda (1970)

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Aux États-Unis, Daisy Gamble, jeune femme fantasque, doit accompagner bientôt son fiancé Warren Pratt à un important dîner d'affaires, mais sa forte dépendance à la cigarette risque de le compromettre. Elle fait alors irruption dans un cours à l'université, donné par le docteur Marc Chabot, psychiatre utilisant l'hypnose. Celui-ci l'accepte comme cliente et dès la première séance, alors qu'elle est endormie afin de lui auto-suggérer l'abandon progressif du tabac, Daisy révèle sa personnalité dans une vie antérieure, celle d'une aristocrate anglaise du XIXe siècle, Melinda Tentrees...

Melinda est l'avant-dernier film de Vincente Minnelli et arrive cinq ans après Le Chevalier des sables, plus long écart entre deux films pour le réalisateur qi prendra encore plus de temps pour signer l'ultime Nina (1976). Cela témoigne, à la manière d'autres maîtres de l'âge d'or hollywoodiens à la même période, d'une carrière finissante et que montre un peu ce Melinda anachronique. Le film s'inscrit parmi les superproductions dépassées d'une industrie à cours d'idée en attendant l'émergence du Nouvel Hollywood même si pour certaines l'accueil mitigé et l'échec commercial fut très injuste (Darling Lili de Blake Edwards La Fille de Ryan de David Lean). Le film est l'adaptation de la comédie musicale succès On a Clear Day You Can See Forever jouée à Broadway en 1965, et elle-même adaptée de la pièce Berkeley Square de John L. Balderston écrite en 1926. Alan Jay Lerner comme souvent pour Minnelli (Un Américain à Paris (1951), Brigadoon (1954), Gigi (1958)) et d'autres (My Fair Lady de George Cukor (1964)) transpose donc la comédie musicale à l'écran après avoir déjà signé le passage de la pièce à la comédie musicale. Malheureusement Lerner est un peu aussi un des symboles de ce Hollywood dépassé puisqu'à l'écriture de certaines de ces comédies musicales dispendieuses (Camelot (1967) et La Kermesse de l'ouest (1969) de Joshua Logan).

Melinda malgré ces scories n'en demeure pas moins un œuvre intéressante de Vincente Minnelli. On y retrouve notamment cette notion de monde alternatif et onirique prolongeant la psyché des personnages à travers les motifs de la comédie musicale mais ici c'est un élément littéral. Le psychiatre et professeur Marc Chabot (Yves Montand) tombe par un concours de circonstances sur Daisy Gamble (Barbra Streisand), étudiante particulièrement sensible à l'hypnose dont il va déceler une seconde personnalité lors d'une séance. Cela va servir de révélateur pour les deux personnages. Chabot froid et rationnel voit ces certitudes mises à mal par sa patiente extralucide, mais aussi ses sentiments lorsqu'il va tomber amoureux de l'autre incarnation fantasque de Daisy, Melinda, aristocrate et courtisane du 19e siècle. Daisy quant à elle, complexée et soumise aux conventions par son fiancé Warren (Larry Blyden) manque de confiance elle malgré ses dons et une présence lumineuse qui ne demande qu'à s'épanouir. La tonalité enjouée du début de film est très plaisante grâce au jeu pince sans rire de Montand et de l'excentricité de Streisand, ainsi le postulat est amené de façon très astucieuse. L'équilibre entre la modernité du campus puis les visions de la vie antérieure de Daisy fonctionne est assez inégal. Le cadre contemporain fonctionne mieux quand il en reste à l'arrière-plan (les tenues vestimentaires, coiffure, l'espace du campus) que lorsqu'il cherche lourdement à faire jeune (le personnage pseudo hippie de Jack Nicholson). Minnelli se trouve vraiment dans son élément dans les scènes de "flashback" fastueuses, à cheval entre un réalisme qui souligne l'extravagance de Melinda (cette robe rouge écarlate lors de la scène de procès) ou pure démonstration d'opulence qui illustre la superficialité intéressée qui régit cette haute société anglaise du 19e.

Minnelli se montre constamment inventif pour introduire les flashbacks, notamment ce fondu à travers la silhouette endormie de Daisy où va apparaitre celle fière et alanguie de Melinda. L'histoire reste prenante tant qu'elle en reste à cet argument de départ, d'autant que Minnelli arrive à faire avaler aux spectateurs les concepts les plus farfelus comme l'hypnose qui se fera par télépathie, source de pur scènes mystiques mais aussi de comédies (Daisy devinant les tentatives de Chabot et qui résiste à distance en s'agitant). Malheureusement l'élément comédie musicale à bien du mal à se marier à l'ensemble. Le décorum est là, les chansons ne sont pas mauvaises et l'interprétation est au rendez-vous (les splendide He Isn't You et What Did I Have That I Don't Have? de Barbra Streisand, Melinda de Yves Montand) mais on ne sent pas vraiment la plus-value au récit, cela ne fait que surligner et rallonger l'ensemble quand les seules scènes d'hypnose suffisent. En gros le film serait déjà une très bonne romance mystique sans les séquences chantées qui semble un peu introduites au forceps. Cela vient peut-être aussi des coupes imposées à Minnelli qui envisageait un film de 3h, et du coup la fluidité qui aurait pu/dû fonctionner dans un montage complet s'estompe ici. En l'état on alterne entre moments piquants et troublants et d'autres assez poussifs malgré le charme du Streisand/Montand. 3,5/6
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Barry Egan
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Barry Egan »

Le Pirate

Quel Technicolor ! On en prend plein les mirettes, les décors, les objets, les vêtements, le ciel... Mais pourquoi la vraie vie n'est pas comme ça ? Et quand en plus de ça l'intrigue est absorbante, le méchant intéressant (et même touchant), Gene Kelly en grande forme et Judy Garland pleine d'humour (quelle scène de démolition domestique !) et embellie à chaque image... J'étais assez fatigué au visionnage, mais ça a suffi à embellir ma soirée. Une deuxième fois sera mieux appréciée.
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Jeremy Fox
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Jeremy Fox »

:D
frédéric
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by frédéric »

Barry Egan wrote: 26 Nov 20, 18:40 Le Pirate

Quel Technicolor ! On en prend plein les mirettes, les décors, les objets, les vêtements, le ciel... Mais pourquoi la vraie vie n'est pas comme ça ? Et quand en plus de ça l'intrigue est absorbante, le méchant intéressant (et même touchant), Gene Kelly en grande forme et Judy Garland pleine d'humour (quelle scène de démolition domestique !) et embellie à chaque image... J'étais assez fatigué au visionnage, mais ça a suffi à embellir ma soirée. Une deuxième fois sera mieux appréciée.


En Blu-ray, ça devrait être encore plus top.
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Barry Egan
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Barry Egan »

Mais ça l'est :mrgreen:
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Barry Egan
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Barry Egan »

Celui par qui le scandale arrive

Dès qu'on entend la sublime musique sur le générique, on sait que ça va être bien. Le film commence sur les chapeaux de roue et demeure constamment intéressant. Et puis, il y a George Peppard.



Désolé...

Non, vraiment épatant le Peppard. Et Mitchum, pas si dégueulasse qu'on pourrait le croire, droit dans ses bottes même quand il devrait courber l'échine, embourbé dans une tradition délétère. Y a du Pagnol dans cette histoire (le bâtard tout ça... mais aussi le rapport à la nature, la propriété du sol, les bassesses faites aux femmes). En bout de course, on se sent soulagé, mais quelle histoire !
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Jeremy Fox
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Jeremy Fox »

En gros Minnelli semble être l'une de tes plus belles découvertes de l'année 8)
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Barry Egan
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Barry Egan »

Le cinéma de la période et ce glorieux Technicolor généralement font du bien en cette période hors sol. Ces films sont terre-à-terre. Ça maintient l'esprit là où il doit être.
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Alexandre Angel
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Alexandre Angel »

Si je ne dis pas de bêtises (parce que j'ai la flemme de revenir en arrière), tu te réserves le meilleur pour la fin... Le grand chef d'œuvre de Minnelli pour moi...
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kiemavel
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by kiemavel »

C'est aussi le mien (et c'était aussi - je me souviens - le préféré d'un ancien du forum : Federico)
... mais je crois que certains trouvent les personnages caricaturaux et leur jeu un peu forcé (surtout celui de Shirley, je crois)
Et d'ailleurs plusieurs membres de la rédac (dont Jeremy :twisted: :wink: ) ne le mettent pas dans leur top 10 du réalisateur. Remarque, faire un top 10 de Minnelli, c'est plus compliqué que pour d'autres.
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Alexandre Angel
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Re: Vincente Minnelli (1903-1986)

Post by Alexandre Angel »

J'aime pas beaucoup les tops mais Top 1 sans hésitation et un des sommets du mélodrame tout court (teinté d'americana et de film noir).

Tiens, et j'ajoute le meilleur rôle de Sinatra (et ça suffira pour ce soir).

Ah si, j'ajoute aussi que la séquence où Sinatra flâne dans le jardin du père de Martha Hyer alors qu'un petit lapin gambade gentiment près de lui, qu'on entend une étude de Chopin (sauf erreur) et qu'on aperçoit en contrebas la ville avec ses cheminées d'usine, eh bien je pleure systématiquement. Que c'est beau.