William Wyler (1902-1981)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: William Wyler (1902-1981)

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Kevin95
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Re: William Wyler (1902-1981)

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THE BIG COUNTRY de William Wyler (1958) découverte

Tout content d'avoir gagné la Palme d'or pour son pantouflard Friendly Persuasion (1956), William Wyler continue sur sa lancée des films mammouths destinés à chopper le plus de médailles. Avant son Ben-Hur (1959) premier de la classe, le réalisateur fait son western menu gourmand, tuné à max et soutenu par des stars du genre. On aurait pu s'attendre à gentiment se faire chier devant un énième sous Gone with the Wind or étrangement, The Big Country intrigue voir passionne. La mise en scène frime un poil, c'est entendu, certains passages obligés sont au rendez-vous, tant pis pour nous, mais le face à face entre un Gregory Peck délégué pour démocrates et un Charlton Heston a la carte républicaine donne au film un sous-texte politique intéressant. Le rapport de force entre l'homme passif, cultivé, de l'Est et celui plus sanguin, plus démonstratif, plus violent, semble pressentir la dialectique du The Man Who Shot Liberty Valance de John Ford (1962). Wyler donne aussi dans la critique d'un héritage via l'affrontement entre les deux vieux propriétaires (formidables Burl Ives et Charles Bickford), tous deux reliques d'un passé barbare et qui ne trouvent pas d'autres solutions à leur conflit, qu'un duel dans la poussière et la mort. Bonne surprise pour un film et un réalisateur dont la réputation décline au fil des ans (hier méga star des réalisateurs, aujourd'hui vague nom dans les manuels d'Histoire), même si la musique pompière de Jerome Moross n'aide pas à alléger le poids de l'entreprise.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Jeremy Fox
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Re: William Wyler (1902-1981)

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THE BIG COUNTRY de William Wyler (1958) découverte

même si la musique pompière de Jerome Moross n'aide pas à alléger le poids de l'entreprise.
Malgré ses immenses défauts, j'aime beaucoup cette partition. J'en disais d'ailleurs ceci :
Spoiler (cliquez pour afficher)
Pour donner un exemple de l’importance (bonne ou mauvaise) de la musique au cinéma, un mot sur la puissante composition de Jerome Moross qui comporte surtout un très beau thème principal, épique, superbement rythmé et orchestré, plein d’allant et très aisé à retenir. Par la seule force de cette mélodie, une scène assez ‘clichée’ au départ devient anthologique : celle au cours de laquelle, après avoir été abandonné par tous ces hommes et décidant de partir se battre seul contre ses ennemis au risque quasi-certain de ne pas en revenir, l’impitoyable Charles Bickford est rejoint finalement par l'ensemble de ses employés toujours sous l’emprise de son formidable charisme. Par ailleurs, cette même partition, assez envahissante parfois, dessert d’autres scènes qui perdent tout leur contenu dramatique par la seule faute d’une musique guillerette hors de propos ou maladroitement utilisée (voir la première rencontre de Gregory Peck avec les Hannassey chahuteurs ou la fin de la séquence du dressage du cheval). Mais qu'on ne s'y trompe pas ; malgré quelques fautes de goûts, l'ensemble du travail de Moross mérite tous les éloges, soutenant souvent à merveilles les superbes images du film.
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Alexandre Angel
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Re: William Wyler (1902-1981)

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Je respecterai toujours Jerome Moross pour sa très belle musique du Seigneur de la Guerre (Franklin J.Schaffner-1964)
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Kevin95
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by Kevin95 »

Prise à l'unité, la musique a un (petit) charme, mais sur 3h de film, on est à la limite de La Mer de sable. :mrgreen:
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Re: William Wyler (1902-1981)

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On n'achète pas le silence (The liberation of J.B. - 1970)

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Le directeur des pompes funèbres de la communauté noire d'une ville du sud des Etats-Unis apprend que son épouse le trompe avec un policier blanc. Il cherche un avocat pour une procédure de divorce mais ce dernier refuse à cause du scandale que cela provoquerait. Mais l'arrivée de son associé, qui vient du nord-est des USA, le persuade d'accepter l'affaire.


Dernier film pour Wyler qui ne signe pas là sa meilleure réalisation. Loin de là même, c'est plutôt fauché, très rudimentaire et assez rouillé dans son découpage avec une interprétation exempt de finesse. Le scénario ne fait pas non plus dans la subtilité malgré une mise en place intéressante avec des mystères bien entretenues sur Yaphet Kotto qui saute d'un train à l'approche de la ville, cachant une arme à feu dans une boite.
La première moitié déroule une mise en place un peu longue alternant moments bâclés (tout ce tourne autour de Lee Majors dans le rôle de l'associé) et scènes plus réussies (à la retenue glaçante) à l'image d'une épouse noire contrainte de monter dans la voiture du duo de policiers. Mais la seconde moitié gagne en force quand le directeur des pompes funèbres refuse de céder aux pressions policières en osant leur dire "non", lui qui fait partie d'une population ayant toujours vécue dans la crainte et l'humiliation. Le scénario devient alors plus lucide avec des personnages plus complexes, prisonniers de certains réflexes racistes autant par habitude que par idéologie. Le film opte donc pour une conclusion en forme d'impasse : les blancs continueront d'étouffer les affaires pour préserver un "ordre public" de surface pour une de politique de l'autruche.
L’épilogue surprend même pas son amertume lors d'un retour en train muet démontrant que les mentalités n'ont finalement pas évolué, si ce n'est que certains noirs commencent à se rebeller face à l'injustice subie, sans être sûr du chemin à suivre.
Cette recherche d'une honnêteté intellectuelle, qui évite de sombrer dans la pure leçon de morale du film à thèse, finit par donner une certaine justesse à The liberation of JB qui manque d'acuité dans sa mise en scène quoiqu'il en soit.

A noter d'ailleurs qu'il s'agirait du premier film
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où un noir tue un blanc
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Re: William Wyler (1902-1981)

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J'aime beaucoup BIG COUNTRY, tout le film et particulièrement la scène ou Gregory Peck en vadrouille dans l’immensité du ranch rencontre Jean Simmons retapant une vielle bicoque : scène pleine de charme, d'ironie, oasis romanesque au milieu du bruit et de la fureur.....très beau film !
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Re: William Wyler (1902-1981)

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Le piège d'amour (The love trap - 1929)
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Renvoyée de la revue où elle était danseuse, Evelyn se fait en plus humilier lors d'une soirée mondaine avant de découvrir que sa logeuse a mis ses meubles dehors à cause de loyers en retard. Pour arranger le tout, il se met à pleuvoir. C'est à ce moment qu'un homme en taxi s'arrête à son niveau et lui propose de l'aider.

L'un des premiers titres sonores de Wyler avec tout de même beaucoup de séquences muettes qui doivent représenter les deux premiers tiers du film. Cette scission est plutôt habilement menée puisqu'elle permet de dynamiser les dernières séquences qui reposent davantage sur les dialogues (ou du moins, le scénario fait en sorte d'intégrer des dialogues pour faire avancer l'intrigue). Ca donne une certaine homogénéité à l'ensemble plutôt que d'avoir 2 séquences sur 3 uniquement sonorisées.
Et Wyler a l'air assez à l'aise dans les parties muettes comme parlantes.
J'ai tout de même une préférence pour le premier tiers, très amusant et avec de vraie idées de mise en scènes que n'aurait pas renié Lubitsch entre Laura La Plante qui se retrouve en nuisette et doit s'échapper d'une soirée (excellente utilisation du hors-champs avec une rambarde d'escalier), l’appartement sur le trottoir pluvieux ou encore le convoi des taxi déménageurs. Wyler a le sens du tempo, un certaine élégance mélancolique et sait utiliser l'arrière plan pour annoncer certains gags comme les vitres arrières des voitures.

Par la suite les choses se gâtent un peu et n'échappe pas à la sempiternelle confrontation entre la famille huppée et le fils qui a épousé une "vulgaire" danseuse sans aucun rapport avec la bourgeoisie aristocratique. Les clichés les plus courant répondent à l'appel et les personnages perdent leur peps inaugural. Alors qu'on craint de virer cette fois dans le mélodrame larmoyant, le film retrouve pour notre plus grand plaisir le ton mordant du premier tiers avec l'héroïne bien décidée à détourner le cynisme puritain de l'oncle de son époux pour en faire sa propre arme dans une longue séquence drôle, enlevée, inventive au rythme impeccable. C'est réglé comme du papier à musique.

Avec une partie centrale mieux soignée, on serait pas passée loin du petit classique de la comédie américaine. Mais je vais pas trop bouder mon plaisir puisque ça fait un film largement réussi à 60%. :)


La tourmente (The Storm - 1930)
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Venu aider un vieil ami qui a contracté une forte dette au jeu, Burr Winton débarque dans une petite ville montagnarde à l'approche de l'hiver. Les deux amis décident de rester dans le chalet du premier pour fêter leur retrouvaille mais l'arrivée d'un contrebandier blessé et de sa fille va créer une rivalité entre eux.

Comme Le piège d'amour, le gros souci de La tourmente est de commencer tambour battant par une vingtaine de minutes réjouissantes et bourrées d'idées avant de s'enfermer dans un huit clos artificiel et sans grande surprise. De plus les acteurs ne sont pas franchement convainquant pour une interprétation souvent rigide. Lupe Velez est celle qui s'en sort le mieux, et encore son jeu demeure très inégal. C'est surtout que ce personnage de française candide et pure n'est pas très crédible. Velez essaie bien d'apporter de la fraîcheur et de l’espièglerie à son personnage mais l'écriture est trop schématique pour qu'on croie à la tension qui s'installe dans ce ménage à trois où aucun des protagonistes masculins n'attire la sympathie. La faute en vient peut-être de la gestion hasardeuse du temps avec des ellipses maladroites qui n'aident pas à prendre compte de l'évolution psychologique. (Pour anecdotique, il s'agirait du premier scénario écrit par John Huston, enfin co-écrit, et qui fait de la figuration.)
La fin se réveille un peu avec une impressionnante séquence de tempête de neige (en studio), pas forcément très crédible avec une avalanche issue de montagnes sorties de nulle-part, mais Wyler ne ménage pas sa peine et multiplie les mouvements grue au milieu des bourrasques où les comédiens peinent à tenir simplement debout.

On retrouve là alors la vitalité de cette première partie qui mettait trop haut les attentes avec des personnages drôles et bons vivants. Les idées du scénario comme de la mise en scène créaient un enthousiasme irrésistible avec quelques plans remarquables dont un travelling ascensionnels couvrant plusieurs étages.
La fuite du contrebandier et de sa fille ne déméritait pas, avec cette fois un vrai sens des extérieurs dans une vallée escarpée qui se conclut dans des rapides pour une séquence haletante avec plusieurs plans embarqués saisissant dans le canoé (malgré quelques accélérés dispensable).

Quel dommage que le reste ne parvienne pas à rester dans cette dynamique.
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Re: William Wyler (1902-1981)

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La bonne fée (the good fairy - 1935)

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Une orpheline embauchée comme ouvreuse dans une cinéma fait la rencontre d'un serveur dans une établissement de luxe. Elle y croise un homme d'affaire qui tente de la séduire. Pour le repousser elle invente un mariage et donne un nom pioché au hasard de l'annuaire.

Une bonne comédie qui porte avant tout la marque de son scénariste Preston Sturges dans un scénario qui n'est pas sans anticiper La vie facile avec ses références assumées aux contes de fée (la "baguette magique" lui servant à aiguiller les spectateurs) pour justifier la plongée de l'héroïne, et son protégé, dans un monde luxueux.
La direction d'acteur est impeccable jusque dans ses moindres seconds rôles. Le tempo ne faiblit jamais non plus et il évite les atermoiements du dernier quart de ce genre de comédie romantique où les amoureux se brouillent dans un segment souvent trop dégoulinant. Il s'en moque même avec malice dans un moment tordant avec le film projeté dans le cinéma où travaille Margaret Sullavan, une parodie de drame mondain avec son actrice suppliante et son partenaire masculin, dénué émotion, répétant inlassablement "Go" comme seul dialogue.
Niveau comédien, j'ai un gros faible pour Frank Morgan ânonnant ses répliques sans jamais réussir à les finir. Mais Margaret Sullavan est géniale de candeur, s'extasiant devant une grotesque imitation de fourrure de renard. Son duo avec Herbert Marshall donne quelques bonnes étincelles avec les touches loufoques typiques de Sturges comme le taille-crayon.
Le scénario est en tout habilement construit puisqu'on ne parvient pas toujours à deviner la prochaine étape sans tomber dans un découpage en différent actes délimités. C'est plutôt fluide et Wyler apporte une bonne technique et toute l'huile nécessaire même si ça manque un peu de dérèglement sans doute, ainsi que d'idées vraiment visuelles (qu'on trouvait dans The love trap). Pourtant quand il veut, Wyler pouvait preuve d'élégance et de poésie comme dans le moment suspendu du miroir et ses reflets à l'infini.
Ce genre de touches auraient donné un peu plus de personnalité au film qui demeure quoiqu'il en soit un excellent divertissement.
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by bruce randylan »

Un petit double programme avec deux westerns, les deux plus anciens films conservés du cinéaste on dirait.

The fire barrier (1926)

Un propriétaire de ranch malmène ses employés et n'apprécie pas qu'on tourne autour de son épouse. Un cowboy de passage à la recherche d'un poste sympathise avec cette dernière qui aimerait rendre son époux plus humain.

Un court-métrage d'une vingtaine de minutes assez plaisant.
Le début fait craindre le pire avec son humour raciste autour d'un chinois dans un second rôle. Ça ne sera heureusement pas le cas. Il sympathise même avec le héros comme si c'était une évidence que la mise en scène ou le scénario n'avait pas à justifier. Il reste un sidekick certes mais sans moquerie, comme n'importe quel autre camarade d'un héros de western. J'ai beau réfléchir, je ne vois pas trop d'exemple où un asiatique est quasiment mis au même niveau que les blancs. Un bon point rapidement confirmé par quelques extérieurs bien choisis et mis en valeur et des acteurs convainquant sans être des bêtes de charismes.
Le final remonte encore le niveau avec une scène d'action sur fond d'incendie en forêt qui ne manque ni de mouvement ni de vigueur. La gestion de la topographie est plus maladroite mais sa dimension visuelle en font un bon petit morceau de bravoure (pour un court-métrage sans grand budget).
Malgré un scénario assez classique dans ses grandes lignes, il y a suffisamment d'originalité pour passer un bon moment (comme la fin qui ne tombe pas dans le happy end).

The stolen ranch (1926)
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Deux amis ayant combattus sur le front européen reviennent au USA. Comme l'un d'eux souffre de traumatismes psychologiques, ils partent s'isoler au calme dans une cabane en montagne. Il faut cependant bien vivre et son camarade, sans grand talent, rejoint un ranch voisin.

Comme le précédent, le script est très balisé (un propriétaire corrompu cherche à s'approprier des terres voisines) mais pas mal de touches plus originales relèvent le niveau. Il y a déjà ce contexte assez rare des traumatismes qui provoquent des crises d'hystérie lors de bruits inattendus ou trop forts, sujet peu traité de manière générale au cinéma. Et puis à un niveau plus modeste, le héros est certes habile de ses poings mais c'est un piètre cowboy qui se retrouve employé en cuisine et qui ne fera jamais usage d'armes à feu.
Par contre, la sous-intrigue sur l'héritage et la falsifications des documents est très obscurs et à peine compréhensible. La copie survivante (56 minutes) étant incomplète, c'était peut-être plus clair dans la version d'origine. J'ai trouvé la réalisation moins vive malgré quelques beaux cadrages extérieurs et un combat dans une pièce obscure joliment photographié. Wyler m'a semblé plus à l'aise dans les moments légers (excellent duo danse autour du fourneau) et ses moments d'intimité. Les combats à mains nues sont trop accélérés et répétitifs dans leur configuration pour être satisfaisant d'autant que la guérison du "malade" n'est pas du tout crédible. Reste un ou deux plans assez spectaculaires de galop (et un impressionnant saut de Fred Humes pour atterrir sur son cheval).
Finalement, j'aurais préféré que le film se limite à l'amitié entre les deux anciens soldats plutôt que de basculer vers le western conventionnel.
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Re: William Wyler (1902-1981)

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Cadets américains (Tom Brown of Culver - 1932)
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Un adolescent orphelin qui ne parvient pas à percer dans la boxe est approché par d'anciens frères d'armes de son père, décédé lors de la première guerre mondiale où il avait obtenu Médaille d'honneur du Congrès. Ils le poussent à rentrer dans l'école militaire de Culver mais ses débuts se passe mal car il tient l'armée responsable de la mort de son paternel, et la déchéance de sa mère.

A l'instar de plusieurs Wyler de cette période, Cadets américains souffre de formules éculées tout en ayant assez de caractères pour gommer, en partie seulement, les grosses ficelles.
On peut même dire que le film a l'air personnel pour le cinéaste qui évoque une nouvelle fois les traumatismes et les conséquences psychologiques et physiques de la guerre. Loin de l'imagerie habituelle des soldats sur les champs de batailles, la désertion n'est même pas condamné et est traité avec compassion. En cela, le film est sans conteste un film pré-code d'un registre originale.
Il y a dans la seconde moitié plusieurs séquences touchantes avec un ancien combattant filmé avec tact par Wyler. Le scenario part parfois dans des directions qui n'hésitent pas à choisir la désillusions (la rencontre avec l'actrice, les moqueries sur les plus cadets les plus faibles). Cet humanisme qui n'a rien de béa ne veut pas nécessairement glorifier la guerre. De quoi permettre d'échapper à la propagande, la farce ou une vision idéaliste de l'armée. On n'est ni chez Ford ni chez Walsh.
Malgré ces aspects positifs, cela n'est pas suffisant pour compenser une interprétation pas toujours à la hauteur et une écriture trop inégale qui fonctionne surtout par scènes, moins sur l'ensemble général, trop prévisible et convenu.


L'école du courage (The Shakedown - 1929)
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Une bande d'escroc ont une méthode bien rôdé : un homme arrive dans une petite ville et s'intègre facilement dans la population avant de relever le défi d'un boxeur itinérant. Évidement la population prend des paris pour soutenir leur nouvel ami sans savoir que le match est truqué.

Une attachante comédie qui a un petit côté pré-Capra. James Murray y joue avec talent l'escroc qui commence à remettre en question ses motivations au contact d'une patronne d'un café et surtout d'un petit vagabond qu'il prend sous son aile. Wyler prend un plaisir évident à filmer ses petites villes américaines, loin des studios, et il ne se prive pas d'immerger sa caméra au cœur des séquences : longs travellings dans les rues, accrochée à la nacelle d'une grande roue ou sur le câble d'une grue des champs pétroliers (plan saisissant et vertigineux). Ca renforce vraiment l'ancrage social du film et rend crédible l'univers du film ou l'évolution de son personnage masculin.
Il y a un bon dosage entre l'humour (les concours de grimaces) et les passages un peu plus dramatiques. Par contre la romance est un peu sacrifié au profit de l'amitié entre Murray et son jeune protégé. Ce qui n'est pas gênant en soit.
Si on ne se fait pas d'illusion sur la conclusion, l’exécution est bien emballé avec un match de boxe prenant et intense. Le suspens fonctionne grâce à son scénario bien structuré qui s'attardait sur les faiblesses et les limites physiques du héros.
Très classique mais c'est frais, dynamique et conçu avec un savoir-faire qui croit en ses personnages.

The shakedown fait partie de ses films à avoir connu plusieurs versions avec l'arrivée du parlant. La cinémathèque a diffusé la seule version ayant été retrouvée : celle muette.
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by bruce randylan »

Orages (A house divided - 1932)

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A la mort de sa mère, un jeune homme désire plus que jamais quitter son village natal où il vit sous la coupe d'un père autoritaire, un pêcheur. Celui-ci accepte de le laisser partir une fois qu'il aura trouvé une nouvelle épouse, contactée par une agence matrimoniale.

Du sur mesure pour Walter Huston qui joue avec délectation le rôle du père bourru irlandais (son fils John Huston est crédité dialoguiste au passage). Il est immédiatement terrifiant d'insensibilité, de brutalité, de libidinosité et on ressent bientôt le même dégoût répulsif que son fils et sa nouvelle épouse qu'on n'a pas envie de laisser seule dans la même pièce. Le jeu de Walter est d'une intensité incandescente et on a parfois l'impression de voir ni plus ni moins que Lon Chaney, surtout dans la seconde moitié du récit où il perd l'usage de ses jambes.
Malheureusement, son fils à l'écran (Douglass Montgomery) est bien fade en comparaison et on a régulièrement envie de le secouer pour le sortir de sa mollesse.

Sur le papier, ça rappelle beaucoup La tourmente tourné 2 ans avant qui possède une structure assez proche avec deux hommes, quasiment enfermé dans une maison, qui se déchire autour d'une femme. Et c'est une tempête qui vient sceller le destin des personnages.
Orages est mieux bâti, plus équilibré, plus vicieux aussi, mais un peu moins original. Par contre Wyler est toujours autant à l'aise dans la peinture de ces petits villages. Il y a des plans ou de petites séquences qui ressemblent presque à du documentaire (les vieux réparant les filets de pêches, le mariage, l'enterrement qui ouvre le film) et l’atmosphère est très bien posée. Son huit clos fonctionne bien et permet de faire monter la pression sans difficulté.
Avec ses 70 minutes, le rythme ne faiblit pas vraiment et le dernier tiers gagne en puissance, y compris dans sa tempête spectaculaire.

Avec un meilleur partenaire pour faire face à Walter Huston, on aurait pu avoir facilement un très bon film (mais sans doute pas un chef d’œuvre). Pour le moment l'un des meilleurs Wyler de sa première période parlante.
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by bruce randylan »

Un fameux marin (Her first mate - 1931)
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Fils d'un capitaine, John Homer rêve d'avoir son propre bateau pour naviguer sur les océans. En attendant, il fait croire à son épouse et sa sœur qu'il dirige un ferry. En réalité il n'y est qu'un modeste vendeur de cacahouète. Mais avec l'argent qu'il a réussi à mettre de côté, il espère bien s'acheter un trois mats.

Une petite récréation pour Wyler qui dirige cette modeste comédie à l'intérêt scénaristique limité qui n'a pas grand chose de consistant à raconter. Ca pourrait presque être un court-métrage en deux bobines, sentiment renforcé par la présence de Zasu Pitts qui rencontrait un certain succès avec son duo avec Thelma Todd à la même période. Ici, elle a pour partenaire Slim Summerville qu'elle retrouvera à de nombreuse reprises sur grand écran. C'est vrai qu'ils forment un bon duo, surtout attachant et touchant dans leur maladresse respective. On n'est ni chez Lubitsch ni dans une screwball comedy et le moteur de l'humour repose sur une certaine tendresse et son comique de situation basé sur des gags assez convenus. Sur la forme, comme sur le fond, ça manque un peu d'étincelles et d'ambition.
Cependant la bonhomie des comédiens remporte tout de même l'adhésion et j'ai un petit faible pour Pitts et Summerville ou Warren Hymer. Et la seconde moitié accélère le tempo avec une certaine efficacité (l'incendie du ferry ; Summerville s'en prenant à la vaisselle de belle-mère ; le face-à-face avec la Navy).
Je sais pas si ça méritait 66 minutes mais je ne vais pas nier le plaisir relatif.

Et j'ai envie de dire que je préfère 100 fois Un fameux marin à Ils étaient trois (These three - 1936) qui m'a fait souffrir le martyr.
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Ce premier film pour la MGM me fut un total supplice et on voit que le style maison impose un virement brutal pour le cinéaste. La musique dégouline sans interruption la première demi-heure et la suite est en encore pire avec des personnages écrits n'importe comment qui ne parviennent jamais à être crédibles ou même compréhensifs. Ce n'est plus des gros sabots à ne niveau mais les bottes de sept lieues. C'est atrocement artificiel et sans la moindre explication psychologique ni logique (la sale petite peste Mary, la tante hypocrite). Et ce qui n'arrange rien est la dimension répétitive des séquences mettant en scène Bonita Granville.
Lénifiant du début jusqu'à la fin. J'aurais été chez moi, je ne sais même si j'aurai pu arriver jusqu'à la fin du film.
These three justifie la création d'un Compte Pénibilité pour les cinéphiles.

J'espère que son remake La rumeur est d'un autre niveau.
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by bruce randylan »

Après mon état dépressif et d'abattement en sortant de Ils étaient trois, j'ai enchaîné avec Le grand avocat (Counsellor-at-Law - 1933) en traînant les pieds.

Il ne m'a pas fallu 5 minutes pour retrouver la pêche. :D
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C'est l'une des très grandes réussites de Wyler et un petit bijou tout court. C'est assez proche d'Histoire de Detective avec un huit-clos prenant place, non pas dans un commissariat, mais dans les différents bureaux du cabinet d'un célèbre avocat. En revanche, l'unité de temps n'est pas tout à fait respecté et se déroule sur 2-3 jours.
Le grand avocat est assez étourdissant avec sa douzaine de personnages fort bien campés par un casting haut en couleur, à commencer par John Barrymore impérial, pour un dosage idéal entre l'humour et le drame (plus un soupçon d'amour). La réalisation enlevée dynamique et rigoureuse de William unifie le tout avec une vitalité et un élan irrésistible. Certains runnings gags sont irrésistibles (l'opératrice du téléphone et ses changements de tonalité, la secrétaire et sa démarche affectée, le dragueur maladroit qui revient toujours à la charge) tandis que d'autres moments sont plus graves et amer : les idées de suicide et un audacieux adolescent latino communiste passé à tabac par les policiers. Ce dernier récite certes un discours appris par cœur sur la lutte des classes mais sa description de Barrymore est plutôt juste et on partage sa colère devant le mépris hautain des enfants de ce dernier face aux simples employés.
C'est encore une fois assez typique des audaces et des libertés des films pré-codes car quelques années plus tard, ces quelques minutes auraient été inconcevables.
D'ailleurs, le film évite le manichéisme avec quelques séquences pas forcément très morales ou très déontologiques et qui donnent plutôt raison aux infractions commises.
il y a quelques facilité dans les dernières minutes mais à part ça, c'est un bonheur de mise en scène, d'interprêtation et d'écriture.
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Re: William Wyler (1902-1981)

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bruce randylan wrote:These three justifie la création d'un Compte Pénibilité pour les cinéphiles.
Tiens, c'est original, ça! :D