Mirage de la Vie (Douglas Sirk - 1959)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Thaddeus
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Mirage de la Vie (Douglas Sirk - 1959)

Post by Thaddeus »

bruce randylan wrote:un peu décu de ce choix là de film ( c'est l'unique de Sirk que j'avais déjà vu, j'en aurais préféré un autre ), mais le film est comme dans mon souvenir. Lacrimogène...
Sur les deux histoires, une me laisse de marbre ( Lana turner et sa fille, en plus je suis pas fan de l'actrice même si elle pleure bien... ), l'autre me prend au tripe ( la fille blanche et sa mère noire, je me rapelle plus des noms des actrices mais elles sont époustouflantes toutes les deux ).
La dernière demi-heure est un festival de nez qui coulent et de reniflement.
Sinon, c'est le genre de film typique sur lequel je ne peux prendre de recul. Le film doit surement etre plein de défaut, mais je suis trop dedans pour que mon esprit critique fonctionne.

Prévoyez donc la bouteille d'eau pendant la séance, tant de larmes, le risque de désitratation n'est pas loin.

Ps : en plus, la chanteuse qui interprete le gospel à la fin, c'est Mahalia Jackson elle même.
Holly Golightly wrote:Mirage de la vie

Mon premier Sirk, et assurément pas mon dernier. Un film sublime, j'A-DO-RE ! Bien sûr, il faut admettre préalablement tous les codes inhérents au mélodrames (ce que je n'ai eu aucune difficulté à faire). Mais quel chef-d'oeuvre ! Le classique "Sirk donne ses lettres de noblesse au mélo" est totalement justifié.
Le film est fascinant dès le début, dès le fameux générique, et dès ses premières images sur la plage. Sirk filme magnifiquement bien : photo, couleurs, plans, cadrages, tout est maîtrisé. J'ai noté aussi un admirable emploi des reflets, miroirs, ombres, qui évoque les films expressionnistes.
La narration est superbe, profonde et dense, mêlant avec brio des thèmes tels que le racisme, l'ambition, la foi, la bonté, les rapports mère-fille, la façon dont la vie dissout les rêves. Je dois avouer avoir même été très étonnée de la façon incroyablement frontale avec laquelle Sirk traite le thème du racisme.
Et puis il y a les acteurs, et surtout les actrices. Lana Turner n'est pas une mauvaise actrice, Minnelli l'a prouvé dans Les Ensorcelés, mais tout de même... Que lui a fait Sirk ? Elle est ma-gni-fi-que, absolument épatante, de bout en bout. Juanita Moore aussi est superbe, dans un très beau rôle de femme dévouée, meutrie mais imperturbablement bonne et généreuse. Et si je dois avouer que Sandra Dee me crispe un peu (même si son côté greluche sied tout à fait à son personnage), en revanche, j'adore la très belle Susan Kohner, qui est elle aussi admirable. Elle m'a beaucoup rappelé Natalie Wood, tant au niveau du physique que de la voix.
Un très grand film. 100/10
John Constantine wrote:Je kiffe à fond ce mélo beaucoup moins simpliste qu'il n'y parait. Une fin certes à chialer en forme d'adieu de Sirk à Hollywood et des personnages ambigus : ok, Juanita et Lana sont bonnes copines mais cette dernière exerce sur la première une forme de pater/maternalisme subtil, et au bout du compte, elle ne la connaît pas après toutes ces années (de mémoire *j'ignorais que vous aviez des amies à l'église, Lora*/*vous ne me l'avez jamais demandé madame*). Et on peut être compréhensif face au personnage de Susan Kohner, qui cherche une émancipation compliquée par rapport à ses origines ou à l'amour étouffant de sa maman. J'aime bcp les choix de réal de Sirk, en particulier, Susan Kohner battue par son salaud de petit ami et reflétée dans la vitre. Sirk réussit un vrai film de femmes où les mecs sont fades et accessoires - ce pot de colle de John Gavin - et on peut imaginer le cours de leur vie après le film : pas joyeux.
Beule wrote:Je ne suis pas certain que Turner soir à mettre en cause sur ce coup. De mémoire, si on lit entre les lignes (Sirk on Sirk), on constate, primo que Sirk détestait la comédienne et ce qu'elle représentait, secondo qu'il n'avait pas plus de considération pour son personnage (de fait effectivement haïssable). Il l'aurait dirigée dans le sens du non jeu. Il suffit de visionner Les ensorcelés pour voir ce qu'elle est pourtant capable de fournir dans un registre voisin. Force est de constater que tout ce qui a trait à la famille blanche dans Imitation of life est totalement dénué d'intérêt, et véritablement du niveau du roman de gare auquel le travail du cnéaste est souvent assimilé. Le film est bancal, inégalement interprété (Gavin fait de la figuration, Sandra Dee est à claquer) et pire, très douteux sur le fond. Pourtant l'émotion, artificielle certes, est grandiose. Un mystère...
Holly Golightly wrote:Je ne suis absolument pas d'accord avec le reste de ton message, mais je pense que c'est une simple question de divergence de goût :wink: . En revanche, je ne vois vraiment pas en quoi Mirage de la vie est douteux sur le fond. Est-ce le discours sur le racisme ? Parce que le film est quand même très très clairement anti-raciste (et la franchise avec lequel cette opinion est abordée et développée m'a d'ailleurs beaucoup frappée pour un film de 1959).
Beule wrote:Anti-raciste ? Plutôt l'expression d'une bonne conscience de la middle class américaine de l'époque. Oui les Noirs sont ici acceptés, ce sont de braves gens, à condition qu'ils restent dans l'ombre, qu'ils n'essaient pas d'échapper à leur condition. Le modèle est celui de la ségrégation larvée plus que de l'intégration. Le comportement du personnage de Turner, qui ne doit sa réussite qu'au dévouement de Juanita Moore, est de bout en bout exemplaire de cet état d'esprit, parfaitement abject par le peu de considération portée à son "amie" (boniche). C'est d'ailleurs ce qui rend les instincts autodestructeurs de la bouillonnante Sarah Jane aussi bouleversants. Et en ce sens, la détresse finale de la jeune fille, son aveu ("C'est de ma faute !), m'apparaissent bien embarrassants.
Ce qui quoi qu'il en soit ne m'empêche pas d'y aller de ma petite larme :wink: .
Nestor Almendros wrote:MIRAGE DE LA VIE de Douglas Sirk (Cinéma de Minuit)

Je continue de découvrir certaines oeuvres phares de Sirk. Et au fil des visionnages je reste quand même un peu déçu. Ici, je suis gêné par cette accumulation de pathos, qui aujourd'hui sonne aussi très cliché (la fille qui tombe amoureuse de l'ami de sa mère...). Même si je n'accroche pas sur certains détails le film reste intéressant à suivre, bien qu'un peu long. Et j'avoue ne pas avoir été ému par l'histoire de Sarah Jane et de sa mère noire (sauf quand la fille murmure "au revoir" à sa mère vers la fin - très beau moment). Je crois aussi que ce qui me gêne un peu c'est la représentation de cette société américaine, toujours riche (le photographe de plage qui devient pdg d'une marque de bière... il fallait oser!), toujours très propre sur elle (même si c'est une apparence). Je suis aussi circonspect devant le final, et ce pathos (religieux cette fois)...
Autre détail: la fille de Lana Turner est blonde, pure, gentille, tandis que Sarah Jane est brune, et un peu méchante... Ils sont terribles à Hollywood! Le personnage de Susie adolescente m'a aussi exaspéré, sauf vers la fin où elle murit comme par hasard...

Bon, j'arrête là les critiques, c'est facile de se plaindre. J'ai quand même un peu apprecié. Mais j'ai plutôt préféré TOUT CE QUE LE CIEL PERMET...

(et en effet le recadrage et le master correct mais sans plus, c'est dommage...)
Miss Nobody wrote:Je viens de regarder Mirage de la vie enregistré hier, et personnellement j'ai trouvé ce film magnifique. Lana Turner se revele etre une grande actrice, autant dans le facteur sonne toujours deux fois elle manquait un (petit) peu de charisme (quoique cela ne m'a pas réellement choqué, j'adore ce film), autant là, je dit WhaoOo! Les autres acteurs sont également très bons, même les deux petites filles (generalement les enfants dans les films m'agacent). L'histoire est très belle, un peu larmoyante par moment, mais jamais de trop, et elle expose assez bien la triste réalité des années 50 : les actrices choisies pour leur physique qui doivent coucher pour reussir, le racisme, et la misère affective d'une fille et d'une mère abandonné. Un bon moment: Je dit bravo et je met 8/10. :)

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Private Joker wrote:Je viens de le redécouvrir et la magie de cette oeuvre est toujours intacte... Un sommet dans l'oeuvre de Douglas Sirk qui se place, pour moi, juste derrière La Ronde de l'Aube. :wink:
Ratatouille wrote:Bon bah voilà : tout pareil. Comme j'ai pu le dire dans un autre topic, j'ai été ébloui de bout en bout par ce film, par la complexité des rapports mère/fille, par la diversité des sujets abordés (ceux qu'a cités Miss Nobody)...difficile de retenir ses larmes pendant le final (SPOILER les dernières paroles d'Annie, le gospel pendant l'enterrement).
S'il n'y avait pas eu le Crocro, ce serait mon film du mois.
takezo wrote:La voix déchirante de Mahalia Jackson m'a arraché une grosse larme. Plus que la complexité des rapports mère/fille, j'y ai vu la complexité des rapports maitre/esclave.
Tavernier et Coursoudon reproche à Sirk de condamner la fille métisse, qui se révolte, et d'encenser la mère noire qui est dans le renoncement. Je ne partage pas du tout leur point de vue. Sirk montre habilement la solitude profonde qu’impose sa condition de métisse. Elle n’est pas dans la révolte, mais dans la névrose. Pour être reconnu du monde des blancs, elle doit nier ce qu’elle est, arracher une partie d’elle-même, renoncer aux sentiments qu’elle a pour sa mère. Quoi de plus douloureux ? Très beau film.
Jack Griffin wrote:Là aussi grand film sur les illusions et la réalisation impossible de nos fantasmes lorsqu’il s’agit de composer avec l’autre. Les histoires de tous les personnages parlent de ça et le film les entrecroise avec brio. Sirk maîtrise totalement son sujet et sa complexité jouant du symbolisme dans le générique ou dans les paroles d’une chanson (I’m empty, empty, empty) tout en gardant une grande finesse dans la psychologie des personnages. La violence psychologique est très grande et le cinéaste s’épanche donc beaucoup et longtemps dans une fin très solennelle, où un des personnages réimpose sa présence comme pour compenser sa relative absence dans le reste du film. A cela s’ajoute une réalisation faisant parfois preuve d’une étonnante modernité (
Spoiler (cliquez pour afficher)
tabassage de Sarah Jane
)…Enormément de belles choses. Chef d’œuvre.
Profondo Rosso wrote:Mirages de la Vie de Douglas Sirk (1959)
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Sous le technicolor flamboyant une vision très sombre de l'Amerique des 50's, où le carrièrisme et le racisme ambiant amène à delaisser sa famille où à renier ses origines. Très acide et cruel à travers les réactions de certains personnages (Lana Turner se débarrasse de john Gavin pour un rôle) et de certaines situations (Suzie qui se fait passer à tabac), derrière le mélo pointe un vrai message politique et désabusé. Contrairement au "Secret Magnifique" qui usait parfois encore de quelques grosses ficelles, là c'est une vraie tragédie où l'émotion monte crescendo jusqu'à l'apothéose finale avec la scène d'enterrement d'une intensité à ébranler le pire des cynique. 6/6
Alligator wrote:Imitation of Life (Mirage de la vie) (Douglas Sirk, 1959) :

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Un film qui m'a laissé sur ma faim.

Bien fait, comme d'habitude avec Sirk la forme est maitrisée, des cadres aux couleurs, en passant par les décors significatifs. Toute une esthétique qui sous des airs naïfs permet aux auteurs de tenir un propos plus profond, de manière très subtile.

Bien entendu que le portrait de cette Amérique a quelque chose de puissant, acéré, percutant. Malheureusement, de cette volonté de pointer la vanité des ambitions personnelles, de la futilité de vouloir faire passer sa carrière avant tout, et surtout la pauvreté des êtres qui ne s'acceptent pas tels qu'ils sont (le boulet sur le racisme fait mouche), il n'en ressort pas grand chose d'un point de vue personnel, pas de grandes émotions (pour un mélo, c'en est dramatique) et surtout pas d'incitation à la réflexion, pas d'empathie particulière qui incite à se pencher sur le caractère hautement édifiant du film. Pas transporté en quelque sorte.

A saluer la prestation de Lana Turner dans un rôle qui est bien loin de la composition. On salue donc le courage de l'auto-dérision ou de l'auto-analyse de la dame.
D'autre part, John Gavin, avec un rôle il est vrai moins important que sur son précédent Sirk, a l'air moins engoncé dans son personnage.
Sybille wrote:Imitation of life / Mirage de la vie
Douglas Sirk (1959) :

S'ouvrant sur un fond noir à la surface duquel tombe un flot de diamants ainsi qu'une voix douce et caressante, "Mirage de la vie", sous des abords de fantaisie sucrée, est avant tout un film poignant et tire-larmes (j'en ai en tout cas versé quelques unes lors de la toute dernière scène), qui présente deux couples de mère et fille opposés au premier abord par la couleur de leur peau, mais que la pauvreté et la solitude vont finir par rapprocher. Le film se fait peu à peu l'écho des ambitions de chacune de ces femmes, ambitions qui semblent s'inspirer des souhaits et des rêves de nombreuses familles américaines dans les années 50, autrement dit la réussite professionnelle et matérielle pour les personnages de Lana Turner et Susan Kohner, ou au contraire le simple désir de passer de bon moments en famille pour ceux interprétés par Juanita Moore et Sandra Dee. Un excellent mélodrame, qui offre à l'ensemble de ses actrices l'occasion de composer de très beaux portraits, le tout dans une atmosphère de passion, d'amour et de culpabilité. 7/10
Demi-Lune wrote:
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Mirage de la vie (1959)

Peut-être en attendais-je un peu trop, en tout cas ce n'est pas (à mon avis) le chef-d’œuvre escompté. C'est quand même une réussite, hein. Mais le film me semble souffrir de vraies longueurs (les deux heures paraissent en durer une de plus) et d'un défaut vraiment frustrant : celui d'être trop riche et ambitieux, en définitive. En effet l'histoire brasse différentes intrigues et thématiques toutes intéressantes et prometteuses sur le papier (racisme, conformisme, opportunisme, égoïsme, etc), mais leur entrelacement scénaristique bute sur un développement trop inégal : si la relation entre Sarah Jane et sa mère noire bénéficie des meilleurs moments du film, on ne peut pas forcément en dire autant des éléments relatifs à l'absence de la carriériste Lora aux yeux de sa fille, qui pourtant est le pendant asymétrique du conflit racial. Le film se construit principalement sur ce miroir à deux faces, chacune se miroitant dans l'autre, or je ne trouve pas forcément le film très équilibré, très fluide dans ce jeu permanent de reflets. Mon sentiment à l'issue de la découverte était que le film était composé de certaines scènes et idées remarquables, mais que leur agencement global était d'une réussite inconstante : la première demi-heure (la rencontre sur la plage, la manière subtile de poser le désamour de Sarah Jane pour la couleur de sa mère, avec les poupées ou l'école, les difficultés de Lora à trouver du travail, son refus de se prostituer pour percer...) est ainsi nettement plus intéressante et habile que la seconde qui lui succède, ronronnant un peu dans son saut dans le temps factice, ses amourettes indécises et son luxueux American way of life dûment acquis que Sirk a souvent égratigné, mais dont la représentation m'a cette fois-ci semblé moins féroce que dans un Écrit sur du vent. Le fait est que John Gavin joue très bien les bûches et que le personnage coquet de Susie m'a semblé très peu fouillé (et péniblement interprété), comme condamné à subir l'étroitesse d'une place finalement superficielle dans le cours du récit là où sa meilleure amie métisse capte systématiquement l'intérêt et les feux de la caméra. C'est d'ailleurs lorsqu'elle se prend une dérouillée par son petit ami que l'intrigue redémarre. Avec toujours ce constat : c'est la relation complexe entre Sarah Jane et Annie qui tire sans cesse le film vers le haut. C'est une relation mère-fille très inhabituelle (cette idée de la fille blanche en apparence et qui cherche à être Blanche est franchement géniale) et que le réalisateur traite avec beaucoup d'habileté, malgré l'agaçant sourire angélique greffé sur le visage de Juanita Moore et une fin assez lourde dans le pathos (après on y adhère ou pas, mais je trouve que là, ça n'y va pas avec le dos de la cuillère). Dans les scènes entre la mère noire et sa fille, on retrouve la méchanceté et la dureté psychologique du Sirk des grands jours. Le regard est sévère également pour le personnage de Lana Turner, mais c'est surtout dans son évocation du racisme intime que Mirage de la vie frappe où ça fait mal. Mention spéciale à l'incandescente Susan Kohner (qui m'a fait penser à Miss Nobody... enfin, à Natalie Wood... enfin, vous comprenez quoi :) ). Elle a un beau personnage. Lana Turner se montre également plutôt très convaincante dans un rôle difficile, d'abord empathique puis ensuite agaçant d'égocentrisme.

Question mise en scène, c'est toujours un régal. S'il n'a pas son génie visuel (cette faculté de trouver des images fortes pour raconter une histoire), Sirk partage en revanche du Hitchcock de la même époque un même brio plastique. La photo de Russell Metty est à nouveau à tomber et magnifie un style vestimentaire et décoratif qui semble rétrospectivement assez irréel. J'étais en territoire connu mais ce qui m'a interpellé cette fois-ci, c'est la manière dont Sirk orchestre souvent son plan de telle sorte que les couleurs dominantes dans les décors trouvent un écho dans les couleurs des vêtements portés par les personnages. Ça m'a rappelé le travail esthétique de Demy et je me demandais s'il avait déjà cité Sirk comme influence, tant ça me paraît manifeste.

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Miss Nobody wrote:
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« Mirage de la vie » c'est un peu le mélodrame ultime, l'archétype qui brasse tous les codes, tous les clichés, toutes les figures imposées du genre, pour un résultat exemplaire. C'est aussi l'adieu magnifique de Douglas Sirk à Hollywood, aux actrices vieillissantes qu'il avait su si bien sublimer (ici Lana Turner), à leurs partenaires masculins toujours un peu trop beaux et trop lisses (ici John Gavin), aux teintes contrastées du Technicolor et aux clairs-obscurs dont il avait fait une marque de fabrique.
Le film est construit autour de l'histoire de deux femmes, l'une blanche, l'autre noire, deux veuves avec chacune un enfant à charge, dont les chemins se croisent un jour dans la misère, et se séparent dix ans plus tard dans le faste.
Lana Turner est la blonde ambitieuse et intègre, qui part en quête de gloire sur les planches new-yorkaises. Juanita Moore est l'amie fidèle et servante dévouée, qui se dirige dès le premier jour vers la cuisine pour y effectuer les tâches domestiques que sa couleur de peau lui impose. De l'ambition découle la vanité. Lana/Lora qui refuse de se prostituer d'abord, qui envoie balader son amoureux trop exclusif ensuite, finit par s'offrir au metteur en scène qui lui vaut son premier succès. Elle multiplie les contrats, gravit les marches du succès, puis s'offre le confort d'un petit palace et le luxe de choisir ses rôles. Mais tandis que son univers s'élargit, que son orgueil grandit, elle s'éloigne des réalités et de ses proches... De la piété découle l'aveuglement. Juanita/Annie, pétrie de moralité et des meilleures intentions chrétiennes, est une femme généreuse, à l'écoute, et pourtant incapable de percevoir combien le mal-être de sa fille, blanche de peau et noire de sang, est profond. Elle s'impose à elle dans un excès d'amour, lui prie de rester sage et d'accepter sa condition : celle de l'ombre, où l'on subit sans broncher les peines quotidiennes et les injustices et où l'on rêve, non sans ironie, au plus beau jour de sa vie, ...celui de ses funérailles.
Quête d'amour, quête de réussite, quête de bonheur, l'intrigue de « Mirage de la vie » est finalement assez simple. La richesse du film se situe dans le fait qu'aucun personnage n'est univoque, ou foncièrement bon, au delà des apparences premières; chacun possèdant au contraire une ambivalence qui les rend pour partie responsables du sort qui les frappe. Parmi les deux trames qui s'entremêlent dans « Mirage de la vie », néanmoins, l'une prend définitivement le pas sur l'autre. La partie « blanche » paraît aujourd'hui bien conventionnelle tandis que toute la tranche traitant de la ségrégation dégage une vraie puissance émotionnelle. Sujet rare au cinéma, le malaise identitaire de cette jeune-fille, déchirée entre ses racines noires et son apparence blanche, entre l'être et le paraître, produit des scènes assez bouleversantes. C'est alors l'occasion pour Sirk d'égratigner une société américaine raciste, qui ne permet pas l'ambiguïté ou le mélange, et qui ne supporte pas la différence. Derrière les artifices cinégéniques, le message est clair: le rêve américain n'est qu'un mirage. Pour peu qu'on soit femme, qu'on soit mère, qu'on soit noir ou marginal, l'accomplissement et le bonheur miroités semblent inaccessibles. Et, engoncé dans des normes et des valeurs désuètes, l'avenir de la jeune génération ne semble pas plus prometteur.

Grand succès populaire, malgré les critiques peu tendres de l'époque, « Mirage de la vie » est un film qui plait encore aujourd'hui malgré ses excès, et qui s'enrichit même, sans doute, de notre regard rétrospectif, dévoilant avec l'âge des aspects plus ironiques et des constats impitoyables...
Jeremy Fox wrote:Pas spécialement amateur du cinéaste, j'avoue avoir été happé par son dernier mélo américain qui fait parfaitement le pont avec le quartet qu'allait réaliser Delmer Daves, ses mélos sur la jeunesse. On trouve d'ailleurs ici Sandra Dee et Troy Donahue qui allaient se retrouver dans le premier d'entre eux, le magnifique A Summer Place. Mais pour en revenir à Sirk, rarement je n'avais remarqué à ce point une telle maitrise (génie) de la composition, du cadrage, de l'utilisation de la couleur... pour les yeux (avec également un goût absolument parfait dans le choix des costumes, décors, objets...), c'est un véritable régal de chaque instant ! Pour les oreilles aussi d'ailleurs, Frank Skinner étant sur la même longueur d'onde que le cinéaste dont la mise en scène m'a réjouit par son lyrisme échevelé. Tout comme le scénario qui brasse pas mal de thèmes intéressants tels le racisme, l'éducation, les relations mères-filles, l'ambition, la difficile intégration des minorités, le succès... Tous les acteurs sont excellents à commencer par une Lana Turner à fond dans son rôle, l'émouvante Juanita Moore, le beau John Gavin et Surtout Susan Kohner que je connaissais surtout comme l'indienne dans La Dernière caravane. Peut-être pas autant ému que je l'aurais voulu mais complètement sous le charme plastique du film. Un grand mélo !
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Re: Mirage de la Vie (Douglas Sirk - 1959)

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Tant qu’il y aura des femmes



Aux âmes aristocratiques, l'aspiration au bonheur des personnages de Mirage de la Vie pourra paraître plébéienne. D'aucuns diront que le malheur de vouloir être heureux n'est plus de mise dans le cinéma aujourd'hui. À d'autres, ce songe semblera une chimère féminine. On peut se demander si le film gagnerait encore la faveur du public si ses personnages principaux étaient masculins. Est-ce à dire qu'il est plus simple de traiter de cette question avec une héroïne, ou que l'on se convainc qu'un tel propos ne sera pas ridicule s'il s'agit d'une femme ? D'emblée le film est placé sous le signe de l'élément féminin. Il raconte l'histoire de Lora Meredith et d'Annie Johnson qui élèvent seules leurs filles, privées de la présence d'un père : mort dans le cas de Susie ; qui les a abandonnées elle et sa mère dans le cas de Sarah Jane. Face à Lora, trois hommes dont l'instinct génésique est tenu en lisières : l'imprésario Alan Loomis lui offre un lit qu'elle refuse ; le dramaturge David Edwards lui offre une carrière mais ne la comble guère ; le patient photographe Steve Archer lui offre une deuxième opportunité. Le succès est pour elle, perdue dans son rêve de gloire, un substitut du désir et du plaisir sexuel, absents selon toute apparence de la vie d'Annie, plongée dans le silence et la foi. La plénitude que poursuivent Lora, Susie et Sarah Jane la métisse n'est pas une promesse de marchand d'orviétan mais davantage un "arc-en-ciel" évoqué par Steve, une première fois lorsque Lora et lui-même sont encore inconnus puis, dix ans plus tard, quand il lui rappelle sa quête qui n'est autre que celle du bien-être. Seule à ne pas clamer ce besoin, Annie est une inconnue pour ses proches, surtout pour l’actrice qui ne voit en elle qu'une femme cantonnée à l'office. Au cours de la soirée qui précède la fête de remise des diplômes, Lora s'étonne qu'Annie ait de nombreuses relations ; celle-ci répond par un laconique "Jamais vous ne m'avez posé de questions", ce qui résume la place discrète dévolue à une femme noire. Pourtant, le drame d’Annie et Sarah Jane prendra, le long de l’itinéraire dramatique, sensiblement le pas sur celui de Lora, la protagoniste "officielle".


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Peu de films ont comme Mirage de la Vie allié un jeu formel aussi évident à une émotion aussi brute. C'est de cette dialectique qu’il tire toute sa force, entre un sujet mélodramatique et une rhétorique visible, sans que l'un ait à souffrir de l'autre. De nombreuses scènes sont exemplaires de cette dualité, comme la conversation qui se situe dans l'escalier de l'immeuble où habite Lora et qui débute sur le palier devant son appartement. Steve est venu la chercher pour l’accompagner au marché de Noël. En quelques minutes le photographe fera une proposition de mariage, la jeune femme recevra une proposition de rôle, et la seconde seulement ayant été acceptée on assiste en définitive à une triste rupture. Se dessine déjà le choix de la comédienne qui toute sa vie privilégiera sa carrière aux dépens de ses sentiments. Au fur et à mesure des échanges, les positions respectives des personnages évoluent. Un gros monsieur passe dans le couloir, ce qui les oblige à se séparer ; le téléphone sonne, elle le quitte, s'arrête à la porte, il la rejoint, elle va répondre puis revient. Quand ils descendent l'escalier, le plan fixe alterne avec le travelling, le cadrage serré avec l’américain. Jusqu'à ce que Steve, en position dominante sur une marche plus haute, condamne son égoïsme, et qu'ils s'en aillent séparément. Plan d'extérieur de la porte, sous la neige fondue. Le travail de mise en scène est d’une telle fluidité qu’il allège et détourne les explications, parce qu’on est au cinéma et que, si l'art ne peut atteindre la vie, il doit lui apporter sa qualité propre. La même superposition apparaît dans une séquence plus tardive au cours de laquelle Sarah Jane se fait rosser par son petit ami. Elle se déroule de nuit, dans une rue où la lumière artificielle donne aux vitrines des émulsions vertes, et en trois plans très brefs l'action est enlevée. Tout d'abord le garçon est appuyé à la devanture et on voit à côté de lui le reflet de la jeune fille, dont la robe jaune se détache comme un flamboiement. Lorsqu’il commence à la frapper tout est vu dans la glace, et enfin on revient à une vision directe tandis qu'il lui assène encore quelques coups avant de l'abandonner, étendue, à terre. Action d'autant plus saisissante qu'elle n'a pas été préparée, et qu’elle s'accompagne d'une technique sophistiquée à l'extrême. Elle est la seule où se manifeste une expression réelle de racisme, et pourtant elle est traitée de la manière la plus irréelle qui soit.


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Ainsi que l'ont prédit les sibylles et les prophètes, nul pouvoir ne pourra briser la forme donnée qui vit en se développant. C'est ce qui advient à Sarah Jane qui, enfant, refuse la poupée noire que lui tend Susie et demande si Jésus était noir, puis, devenue adulte, se rebelle avant de se réfugier dans l'art de la représentation. Dans une moindre mesure, l'aveuglement conduit Lora à évincer Steve, à éloigner Susie bien malgré elle, à mésestimer Annie et à accorder trop d'importance au théâtre. Ce destin assigné à chacun d'entre nous au moment de sa naissance éreinte celui ou celle qui refuse le sort qui lui est échu et veut être un autre. Mais qu'on ne se méprenne pas, le cinéaste ne prône pas la résignation pour autant que l'attitude d'Annie invite à le croire quand elle dit que le Seigneur a ses raisons pour créer les Blancs et les Noirs, ou bien encore que sa fille est née pour souffrir. Toute l'ambiguïté du propos est là : croire à la fatalité et accepter la malédiction biblique que, depuis le mythe de Noé, les racistes font peser sur la descendance de Cham, ou rompre les amarres. Grande œuvre sur la vie, l’amour et la mort, Mirage de la Vie poursuit l’analyse implacable développée par le cinéaste sur les contradictions de l’Amérique et l’aliénation des êtres qui tentent désespérément de faire de leurs pensées et de leurs aspirations leur bien propre. Rarement un film aura montré avec autant d’indifférence polie la médiocrité de l’american dream, sa fureur midinette, sa bravoure bête. Aucun des personnages ne se rend compte que tout, idées, désirs, rêves, est directement conditionné par la réalité sociale. Lorsqu’à la fin Lora, Susie et Sarah Jane, assises sur la banquette arrière de la voiture, sourient malgré tout à l’existence et se prennent la main, Sirk prend soin de filmer Steve, seul à l'avant, qui les regarde ému. La quête du bonheur propre au mélodrame se heurte à l’inéluctabilité de la providence, et dès lors le libre arbitre est une vague qui se brise contre une digue.

Chez Annie s'incarne une double tension : l'humilité de la victime, chère au genre, est affermie par l'orgueil d'une héroïne de tragédie. Autour d'elle, deux forces dramatiques contraires traversent le récit : un élan vital tendu vers le haut et un poids qui étreint au point que le film oscille entre l'accablement et l'apaisement. Pour Lora, le succès ne se dément pas, et pourtant elle est une mère minée par un sentiment d'échec. De même, dans une des scènes les plus poignantes, Annie est épuisée par ce trop-plein d'amour qu'elle éprouve pour Sarah Jane, qui la renie devant une danseuse partageant sa loge au music-hall. Moment terrible, car plus la fille parle méchamment à sa mère, plus celle-ci paraît pathétique. Ce qui est cruel est qu’on peut les comprendre l’une comme l’autre, qu’elles ont toutes les deux raison et que nul ne pourra les aider. À moins de changer le monde. Et tous les spectateurs d’étancher leur larmes, parce qu’il est si difficile de changer le monde. L’œuvre culmine dans le regressus ad uterum cathartique de Sarah Jane face au cercueil d’Annie, qui n'annonce pas une réelle réconciliation mais plutôt un retour à l'ordre : malgré son affection, Lora ne peut imaginer que Sarah Jane et Susie partagent les mêmes droits civils. D'ailleurs la réunion est brève, car cette dernière quitte le nid familial pour aller étudier à Denver, et Steve ne remet pas en cause l'ordre social. Sirk œuvre tantôt comme un lapidaire qui cherche des arêtes vives, tantôt comme un maître verrier épris des couleurs pures d'un vitrail. Il est aidé en cela par l'orchestration des teintes chaudes et contrastées de la photographie, qui se joue des valeurs, délaisse les ombres et délivre comme une saveur de fruit trop mûr. Cette puissance visuelle, redoublée par le jeu exaspéré de certaines actrices, crée un monde de formes pleines, de contours nets et de surfaces mates, où la fusion des êtres est un leurre. Chacun s'y trouve face à une glace dont le tain brouille la vue, mais permet aussi l'ivresse qui délivre de l'illusion, car on sait que l’on vit une imitation de la vie, que la vraie vie est ailleurs, mais où ?


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Ainsi le film hausse le quotidien jusqu'à l'exceptionnel, l'homme se sent roi et la femme devient reine, comme Annie dont les funérailles ont la pompe d'un cortège royal. Mahalia Jackson se met à chanter Trouble in the world, quatre chevaux blancs tirent un carrosse noir chargé d’un monceau de roses blanches. La mauvaise fille arrive presque trop tard pour étreindre la bière en criant "I killed her". On se souvient alors de ce moment où Annie, déjà malade, disait avec fierté avoir réglé son enterrement dans ses moindres détails. Puis de cet autre où Lora découvrait avec la surprise idiote des patrons blancs compréhensifs que que son employée existait en dehors d’elle, qu’elle s’occupait de religion, appartenait à de nombreuses loges, qu’elle était baptiste et bigote, un peu Tante Tom, mais qu’elle avait beaucoup d’amis. Et voilà qu’ils sont tous là, ses amis. Des gamins en habits du dimanche aux prêtres à l’air grave. Le gospel, la dignité, le peuple noir en deuil : swing high, swing low, sweet chariot. Le dénouement, qui voit tous les problèmes non pas résolus ni évacués mais "digérés", transcendés par la déflagration libératoire de ce qui s’y joue, est inoubliable. C’est bien parce qu’elle a eu cette idée immodeste et revancharde qu’Annie accède post mortem au statut d’image. La fameuse dernière scène de Mirage de la Vie, c’est aussi : bienvenue au royaume de l’imitation, chère Annie. Or le faux, ça se fabrique, c’est tout un métier. Pendant le générique de début, une pluie de pierres précieuses s’écoule lentement sur du velours noir, tandis que les crédits viennent s’inscrire sur cette accumulation chatoyante de gemmes. Et lorsque le mot FIN se surimprime sur ce visuel, on se rend compte que les bijoux qui emplissent l’écran sont blancs, brillants, mais aussi translucides : derrière eux, c’est bien le fond noir qui en fait ressortir l’éclat. De même, c’est dans des toilettes toujours plus luxueuses que Lana Turner, overdressed et underplaying, se débat, souffre, affronte les dilemmes ou accueille les triomphes. La croix qu’elle porte est cloutée de diamants ou d’émeraudes, sa tunique de martyre est bordée de chinchilla. Mais tout ce soin pour farder, vêtir et revêtir, vieillir et rajeunir cette "imitation de la star" qu’était alors Lana Turner n’est peut-être là que pour nous tromper, pour suggérer que c’est ailleurs qu’il aurait fallu regarder. Car une mère en a caché une autre. La noire est la bonne, la blanche est un artefact.

La magnificence du style, les complications de lumières et de couleurs, les amorces troublants, tout charge le plan autant qu’il décharge une vérité qui prend au piège et somme de rendre justice aux sensations. Assistant aux obsèques grandioses d’Annie, qui oserait avouer qu’il s’est plu à croire qu’on n’enterrait pas une domestique noire à la vie brisée par la rupture de son enfant, mais une impératrice viennoise ou l’épouse d’un célèbre gangster de La Nouvelle-Orléans ? La vérité n’est pas dans le contre-pied des récits mais dans la rêverie que brode le plaisir d’y adhérer sans retenue et positivement. Secret magnifique que cette tentation optimiste faisant la splendeur des mélodrames. À l’instar des miroirs, aussi présents chez le cinéaste que les Indiens dans les westerns, elle renvoie au visage la capacité éprouvée à rêver que les choses se passent autrement, à figurer une réalité chimérique, mais dont on peut être certain. En déclarant que l’art doit établir des distances, Sirk affirme sa conviction à vouloir donner des impressions lointaines, si faibles qu’elles semblent avoir été tamisées. Sa préoccupation majeure est de distraire l'impact affectif pour le suppléer par une forme esthétique. L'artifice sert de filtre, l'expression artistique se pose comme langage particulier, donc "éloigne" la réalité qu'elle traite. Mais elle n'affaiblit pas l'émotion qu'aurait pu susciter celle-ci : bien au contraire, elle en prend le relais. Ainsi le classicisme de Sirk trouve-t-il sa raison d'être en permettant au cinéma d’établir ses distances avec la réalité et, dans le même temps, de faire naître le ressenti le plus fort. C'est le miracle de Mirage de la Vie qu'une leçon de cinéma fasse autant pleurer, et avec une telle nécessité.


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Watkinssien
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Re: Mirage de la Vie (Douglas Sirk - 1959)

Post by Watkinssien »

Je me joins au concert de louanges. Oeuvre majeure de Sirk, qui clôt magistralement sa période mélodramatique flamboyante des années 50 et une interprétation haut de gamme.
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Mother, I miss you :(
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Alexandre Angel
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Re: Mirage de la Vie (Douglas Sirk - 1959)

Post by Alexandre Angel »

Il y a, dans le texte de Thaddeus, comme souvent, pour ne pas dire toujours, des choses absolument essentielles comme ce paragraphe sur le sens de la sublimation à l'œuvre dans la séquence finale (je précise que je suis extrêmement sensible à l'art exercé par les maîtres du mélodrame qui consiste à rechercher la vérité d'une émotion en convoquant l'iconographie la plus artificielle : ce que démontre Thaddeus dans son dernier paragraphe).
Cela dit, Mirages de la Vie n'est pas mon Sirk préféré (je lui préfère Tout ce que le ciel permet) et je crois, à charge de le ré expérimenter, que j'aime bien mieux la version John M.Stahl, réalisateur dont j'admire de plus en plus une griffe qui conjugue modestie avec intelligence.
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tenia
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Re: Mirage de la Vie (Douglas Sirk - 1959)

Post by tenia »

Je tends aussi à lui préférer Tout ce que le ciel permet, mais Mirage de la vie, c'est quand même résolument formidable. Ce sont très clairement les 2 films qui m'ont fait me dire que je devrais peut-être m'intéresser au genre.
Et ils ont tous 2 un côté universel et intemporel qui continuent de m'impressionner. On dirait 2 films que personne ne pourrait détester mais aussi qui ne vieilliront jamais.
Max Schreck
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Re: Mirage de la Vie (Douglas Sirk - 1959)

Post by Max Schreck »

Découvert dans de mauvaises conditions (enregistrement VHS d'une copie fatiguée en 4/3). Rien néanmoins qui m'ait empêché d'apprécier ce beau film qui se montre en réalité vraiment sévère avec ses personnages, aucun d'eux ne semblant au final avoir réellement trouvé sa place et son accomplissement. Sirk traite avec pas mal d'audaces de certaines réalités sociales de son temps, en particulier le rôle accordé aux femmes. Photo et mise en scène réservent de superbes moments, et certains passages sont vraiment déchirants.
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