Dorothy Arzner (1897-1979)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by bruce randylan »

Anybody's woman (1930)
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Après un Dance, girl, dance qui ne m'a laissé aucune impression il y a de années, je découvre un peu mieux la carrière de la réalisatrice à la Cinémathèque qui lui consacre un cycle en ce moment.
Anybody's woman qui ouvre le bal pour moi possède autrement plus de caractère et de personnalité que ma première tentative.
Ce n'est toute fois pas une pleine réussite à cause d'une direction d'acteurs pour le moins inégale et d'une réalisation rigide. Pourtant Arzner sait composé des cadres avec un vrai travail sur l'intégration des personnages dans le mobilier et le décor : long couloir richement décoré et légèrement floue qui accentue la solide du personnages, des pièces assez vides, un long escalier qui ridiculise l'héroïne, des fauteuils dans l'arrière plan, tous orientés dans la même direction, qui symbolise l'absence de communication du couple...
Le début est ainsi savoureux avec l’appartement de deux hommes alcoolisés dont une fenêtre donne sur une modeste chambre où deux femmes souffrent de la chaleur. La profondeur de champ est bien exploitée, les variations des cadrage dans la chambre "féminine" permet de comprendre tout de suite leurs origines et leur quotidien d'autant que les focales et les objectifs accentuent la place des personnages dans l'environnement. Enfin l'idée du ventilateur qui porte la voix des deux amies dans l’appartement voisin est assez originale.
Arzner sait donc créer des cadres et des images mais elle a plus de mal à les rendre vivants. Passé cette séquence de présentation, le film souffre rapidement d'une raideur statique plombante qui est loin de compenser les défauts d'une interprétation souvent maladroite : Clive Brooks est mauvais comme un cochon tandis que Paul Lukas est impérial. Quant à Ruth Chatterton, elle peut-être tour à tour admirable ou totalement fausse comme lorsqu'elle se saoule à un diner mondain et n'arrive plus à se contenir.
A cause de tout ça, j'ai vraiment eu du mal à m'attacher aux personnages et à croire aux passions qui rythment ce triangle amoureux. Il est par exemple dommage que les amis qui se trouvaient dans la première séquence disparaissent du récit sans justification.
C'est dommage car sur le principe, l'écriture et la psychologie sont vraiment intéressantes et plutôt fouillées. On pourrait même dire assez moderne en parvenant à sortir des pures stéréotypes. Chatterton principalement est assez complexe et certainement pas unilatéral. La réalisatrice en fait autant une femme incroyablement sexuée (le début avec la moiteur, le ukulélé et sa tenue pour le moins légère) qu'une épouse fragile ou encore une farouche indépendante. C'est évidement sur cet aspect qu'Anybody's woman marque les esprits.


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Honor among lovers (1931) ne souffre plus des défauts de ce style engoncée. Le style est beaucoup plus fluide et dynamique même si du coup, c'est un peu plus passe-partout et dans le moule de l'époque. Mais il y a toujours des moments pertinents pour retranscrire visuellement les relations entre les personnages.
Là aussi, le personnage féminin sort des sentiers battus en refusant certains dictats consensuels. Il est en revanche dommage que la dernière partie use d'artifices usitées pour retomber sur ses pieds avec un virage "policier" mal amené.
Sinon difficile de bouder son plaisir avec Claudette Cobert, Fredreich March ou Charles Ruggles pour un casting dès plus stimulant.

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Sarah et son fils (Sarah and son - 1930) est par contre assez pénible à cause cette fois d'un scénario édifiant et surtout de Ruth Chatterton indigente au possible dans son rôle d'immigrée allemande séparée de son enfant et qui retrouve sa trace une douzaine d'année plus tard. Il y avait pourtant des choses intéressantes qui auraient mérités d'être mieux traitées comme la misère des années 1910 et quelques éléments psychologiques qui essaient de complexifier les rapports humains. Ainsi Ruth Chatteron est presque inquiétante quand elle imagine avoir retrouvé son fils (en réalité un subterfuge des parents adoptifs) tandis que la fin offre des personnages plus compréhensifs et donc touchants.
Mais pour le reste, c'est gros sabots, chantage affectif (la berceuse chantée à 3 reprises !) et invraisemblances.
J'étais pas loin des rires moqueurs et sarcastiques à plusieurs reprises. :|
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bruce randylan
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by bruce randylan »

Duel dans la nuit (First Comes Courage - 1943)

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Durant la seconde guerre mondiale dans un petit village norvégien, une jeune femme méprisée par ses voisins pour côtoyer les nazis est en réalité un membre de la résistance. Alors qu'un commando anglais est sur le point de débarquer, elle commence à éveiller les soupçons des envahisseurs.

Ultime réalisation pour Arzner qui signe un honnête petit film de guerre/propagande.
Une nouvelle fois, l'originalité vient du personnage féminin bien moins lisse que la moyenne. Elle est loin d'être une simple victime à sauver mais se révèle totalement et pleinement intègre à sa mission. Ca donnera d'ailleurs une fin assez réussie qui déjoue pas mal d'attente et tourna habillement le dos à un happy-end mièvre.
De quoi relever la moyenne d'un film assez anecdotique autrement, souffrant d'un scénario invraisemblable et jamais crédible avec des personnages qui font souvent beaucoup de mauvais choix alors qu'en réfléchissant deux secondes ils auraient pu se sauver pas mal de situations. Et contrairement à Fritz Lang, cette idée de l'échec n'est pas vraiment au cœur du récit. On devine plus des ficelles plus ou moins grossières et plus ou moins faciles à avaler (comme le cousin traître).
Ca se retourne du coup contre certains personnages qui auraient pu être mieux étoffés comme l'officier nazi amoureux de Merle Oberon. Dans le même ordre d'idée, certaines séquences sont un peu trop rapidement expédié alors qu'il aurait du constituer de vrais climax comme le mariage face à l'assemblée allemande.

Après, le rythme est soutenu, le suspens s'installe à quelques reprises, le final est rondement mené (à défaut d'être crédible) et, chose étonnante, certaines moments sont d'une violence et d'une brutalité assez stupéfiante comme un combat dans un grange avec des fourches qu'on verrait plus volontiers chez Hathaway que chez Arzner.


L'obsession de Madame Craig (Craig's Wife - 1936)
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Marié depuis deux ans, Madame Craig semble privilégier sa demeure, et principalement son salon qu'elle a décoré, à la vie sociale. La mort d'un couple d'ami de son mari risque de briser son microcosme.

Il est presque dommage que le titre français explicite un peu trop le contenue du film car le titre original est beaucoup plus subtil et peut prendre plusieurs sens, a commencer par un rang social sur lequel l'héroïne a construit toute sa vie et qui demeure sa seule et unique motivation : garder une apparence parfaite cachant difficilement une froideur clinique et misanthrope.

C'est assez réussi malgré un matériel un brin trop théâtral même si l'unité de lieux (75% doit se dérouler dans la maison) est indispensable et primordial vu son sujet. C'est d'ailleurs le film où Arzner pousse le plus loin sa thématique de la caractérisation des personnages par le du décor/mobilier. C'est même le centre du récit et la dynamique psychologique.
Malgré tout, le film est loin d'être parfait. L'écriture manque régulièrement de finesse dans sa clarification de la névrose de Madame Craig tandis que d'autres thèmes sont abordés avec beaucoup plus d'intelligence comme le suicide/meurtre du couple d'ami, brillamment intégré au récit sans en faire trop, laissant planer une possibilité de thriller qu'il ne prendra pas.

Le vernis qui régit la vie de Rosalind Russell dérange et agace durant la première moitié avec de surcroît une interprétation cynique bien trop collé au pied de la lettre. Mais quand ce vernis craque et que ses projets d’apparence parfaite pleinement maîtrisée se retournent contre elle et que ses proches la délaisse les uns après les l'autre, Arzner et sa comédienne parviennent à nous faire partager ce monde qui s'écroule sous ses pieds. Sans désormais juger son héroïne et en injectant beaucoup d'empathie et fragilité, on commence par prendre en pitié ce personnage haïssable et égoïste jusque là. Ce glissement est fait avec brio car quelques minutes avant, on savourait les quatre vérités que lui lançait sa tante. On commence alors à saisir ses peurs, ses doutes, sa perte de repère, sa névrose et une solitude finalement déchirante et suffocante. Les dernières minutes ne sont plus dans la froideur mais glaçantes.

Malgré quelques défauts de construction et une interprétation pas toujours adéquat, la modernité de l'étude de ce portrait féminin est assez passionnant et très en avance sur son temps. Il y a par exemple déjà là pratiquement tous les éléments qui fleuriront quelques années pus tard avec la vague des films psychanalytiques. De plus, même si le Code Hayes est cette fois pleinement actif, Arzner parvient toujours à corrompre un peu l'univers comme lorsque que le mari s'assoit sur le lit de son épouse avant de se faire sèchement remettre à sa place, laissant clairement sous entendre que sa vie sexuelle est désormais inexistante.
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by Supfiction »

bruce randylan wrote:Image
AHonor among lovers (1931) ne souffre plus des défauts de ce style engoncée. Le style est beaucoup plus fluide et dynamique même si du coup, c'est un peu plus passe-partout et dans le moule de l'époque. Mais il y a toujours des moments pertinents pour retranscrire visuellement les relations entre les personnages.
Là aussi, le personnage féminin sort des sentiers battus en refusant certains dictats consensuels. Il est en revanche dommage que la dernière partie use d'artifices usitées pour retomber sur ses pieds avec un virage "policier" mal amené.
Sinon difficile de bouder son plaisir avec Claudette Cobert, Fredreich March ou Charles Ruggles pour un casting dès plus stimulant.
Vu ce week-end tiens, justement. Un film dans la veine des drames amoureux de l'époque (avec Irene Dunne ou Kay Francis surtout) dont le principal intérêt se trouve dans l'alchimie formidable entre une déjà excellente Claudette Colbert et son partenaire masculin Fredric March (onze ans de carrière à son actif en 1931). Claudette a déjà la personnalité qu'on lui connaît.
Egalement au casting, pour la curiosité, Ginger Rogers dans l'une de ses premières apparitions et qui étrangement avait plutôt un rôle de cruche/simplette (petite voix méconnaissable à l'appui), bien loin de son futur personnage de fille un peu (beaucoup) revêche.


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Viggy Simmons
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by Viggy Simmons »

Personne n'a vu MERRILY WE GO TO HELL? Pour moi, le meilleur film d'Arzner parmi ceux que j'ai pu voir. SIlvia Sidney et Fredric March sont fantastiques.
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by Alexandre Angel »

Viggy Simmons wrote:Personne n'a vu MERRILY WE GO TO HELL? Pour moi, le meilleur film d'Arzner parmi ceux que j'ai pu voir. SIlvia Sidney et Fredric March sont fantastiques.
Vu sur YouTube, c'est excellent..
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Supfiction
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by Supfiction »

Viggy Simmons wrote:Personne n'a vu MERRILY WE GO TO HELL? Pour moi, le meilleur film d'Arzner parmi ceux que j'ai pu voir. SIlvia Sidney et Fredric March sont fantastiques.
Revu également récemment.
Scénario très convenu (pas à l'epoque cela dit) mais forte interprétation de Fredric March.
Cary Grant également de la partie dans un second rôle.
Il est présent dans ce coffret dvd :

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bruce randylan
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by bruce randylan »

J'ai pas réussi à trouver le temps de le voir mais comme j'ai ce coffret, je pourrai faire une séance de rattrapage. :)

Et pour continuer, dernières séances de cette rétro :
L'inconnu du palace (The Bride Wore Red - 1937)
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Lors d'une soirée arrosée, un homme fortuné veut montrer à son ami qu'il se trompe sur sa vision du déterminisme social. Il "engage" donc une chantage de cabaret pour qu'elle joue durant plusieurs jours une femme du monde dans le même hôtel où ce dernier descend pour vacances avec sa fiancée et sa famille.

Le début est très encourageant pour une comédie sophistiquée et enlevée qui ne manque pas de sous-texte social percutant. On voit que Joseph L. Mankiewicz est producteur et l'on retrouve un traitement assez intelligent, dynamique et rempli de bons mots : l'introduction est rapide, nerveuse en allant droit à l'essentiel avec des personnages attachants tout en ayant du caractère et des motivations réelles. Les séquences introductives, l'arrivée à la petite gare isolée ou les premiers moments entre Joan Crawford et Franchot Tone sont assez savoureux.
Mais une fois que le film est placé sur les rails, c'est un peu pilotage automatique qui aurait oublié d'alimenter la locomotive en charbon. D'une mise en place brillante, on bascule doucement dans un film conventionnel, prévisible et qui fait beaucoup de surplace. Le dernier tiers en devient atone à force d'étirer chaque séquences pour des enjeux pourtant rapidement identifié.
La fin redresse un peu la barre et évite les pièges de la confession "Capraesque" avec des comportement assez dignes et humains. On retrouve alors la finesse d'écriture de Arzner et la réaction de Crawford sur sa robe rouge se révèle lucide et touchante, comme sa relation avec la fiancée de Robert Young.
Cependant, je suis pas sûr que Joan Crawford soit vraiment à l'aise dans ce personnage, comme Robert Young un peu fade, loin du charisme de Franchot Tone.

Un peu partagé donc, et surtout frustré.


Les endiablées (The Wild Party - 1929)
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Peu avant la rentrée, la pétillante et délurée Stella Ames rejoint son collège pour jeunes femmes. Elle constate que le nouveau professeur d'anthropologie est l'homme séduisant qu'elle a rencontré dans le train quelques heures plus tôt où elle s'était mise dans une situation délicate.

Ce véhicule pour Clara Bow a pris un méchant coup de vieux où tout, ou presque, sonne faux à commencer par des comédiennes qui ne font pas leur âges. C'est surtout l'interprétation qui date cruellement cette comédie dramatico-romantique qui passionne difficilement. La réalisation n'est pas en reste et s'avère assez médiocre, comme un certain nombre de films qui ont encore un pied dans le cinéma muet et abuse d'accélérés. Il y a quelques bonnes pistes dans le scénario tout de même (la dimension sexualisée de cet internat féminin, la rebellion contre une administration butée, le "sacrifice" de Clara Bow). Sauf que les enjeux sont assez maigres et ne semblent convaincre personne.
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Kevin95
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

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THE BRIDE WORE RED - Dorothy Arzner (1937) découverte

L'argument de départ n'est pas de première fraicheur (un riche cynique donne une petite somme à une fille des rues pour séjourner dans un palace et ainsi prouver que tout le monde peut être de la haute) mais permet à Dorothy Arzner non seulement de jouer avec les codes sociaux entre l'élite et le populo mais aussi - et ce n’est pas rien - de rendre Joan Crawford aussi belle que touchante (un quasi miracle à mes yeux). L'actrice est ici sublimée dans un double rôle, tantôt fille revêche qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, tantôt "dame" tombant amoureuse d'un riche jeune homme, moins par amour que par ambition. Pris en tenaille entre son plan de vie (monter les échelons) et ses véritables penchants (love story avec un gars du village), Joan va hésiter, va se tromper mais va garder la tête haute. La sortie de scène dans une longue cape noire à quelque chose de superbe, comme si Greta Garbo avait remplacé sa camarade. Joli film, The Bride Wore Red s'adonne à quelques naïvetés mais son charme passe bien au-dessus de tout esprit nunuche. Classe.
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by Kevin95 »

ANYBODY'S WOMAN - Dorothy Arzner (1930) découverte

Une fille de la rue s'accole à un riche vaguement alcoolique (mais qui ne l'est pas chez Dorothy Azner), passe un pacte pour vivre en concubinage sans s'enticher et… devinez quoi. Philippe Garnier parle du chef d'œuvre de sa réalisatrice, comme il y va ! Anybody's Woman est certes une romance amusante, parfois brillante mais terriblement ankylosée par son origine théâtrale et donc, par quatre camions de dialogue et un parquet que l'en entend craquer. Seulement, la première et la dernière scène rachètent le tout, entre joutes verbales et ventilateurs, ces deux séquences sont admirables et bien au-dessus du cœur du film. Une petite rom com agréable sans être inoubliable.
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by Kevin95 »

MERRILY WE GO TO HELL - Dorothy Arzner (1932)

Descente en enfer d'un couple mal assorti mais qui s'aime terriblement. Petite merveille d'à peine une heure et quart, Merrily We Go to Hell trottine avec une classe folle, sans trop en faire, de la comédie trépidante au mélo le plus terrible. Fredric March est un noceur invétéré (pour être poli) qui ne voit pas qu'il détruit tout autour de lui, Sylvia Sidney est une riche héritière qui se débarrasserait de tout pour garder son amour intacte, les deux pensent vivre dans une comédie romantique avant de se rendre compte qu’ils sont en pleine tragédie. March tient là un de ses plus beaux rôles tandis que Sidney est comme toujours magnifique. Le haut du panier de Dorothy Arzner, incontestablement.
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by Kevin95 »

WORKING GIRLS - Dorothy Arzner (1931) découverte

Comédie carrée autour de deux sœurs prêtes à tout pour se faire une place au soleil, aidés du cocktail cynisme + opportunisme. Le rythme est là, les punch lines aussi, manque juste un peu d'âme à l'entreprise pour pleinement convaincre. Les deux sœurs sont un tantinet imbuvables et leur réussite est plus mathématique que touchante. Heureusement que les personnages secondaires sont un peu plus épais et la peinture du dortoir (où le lesbianisme est évidant mais ne dit pas son nom) amusante. Musclé mais sec.
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by Kevin95 »

THE WILD PARTY - Dorothy Arzner (1929) découverte

L'intrigue est passablement neuneu (une jeune fille s'entiche de son prof, lui n’est pas contre, un type se fait buter et le film tente de faire un truc avec) or bizarrement, Dorothy Arzner surmonte l’obstacle par une sacrée patate et une interprète principale (Clara Bow) à l'aise comme ce n'est pas permis dans le rôle de leader un peu fofolle d'un collègue de filles. Bow envoie tout péter avec style, Arzner cavale derrière elle et March rit sous sa moustache. Derrière la niaiserie affichée, une petite douceur attachante et un one woman show/Bow. Bien joué la môme.
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by francesco »

Évidemment, ça faisait des lustres qu'un cycle à la cinémathèque ne m'avait pas motivé comme ça et il fallut que ça tombe la seule semaine de l'année où j'étais absolument indisponible.

J'ai réussi à voir Nana néanmoins, que j'ai trouvé très réussi, sans y chercher évidemment une réelle adaptation de Zola (ça flirte beaucoup avec Camille et autre Sapho) mais j'ai trouvé le portrait de la courtisane assez fascinant et attachant, néanmoins. Très belle reconstitution, à peine stylisée art déco, magnifique performance d'Anna Sten - hyper sensible, sans doute trop maniérée, mais c'est le genre de jeu auquel je suis très sensible ... et elle m'a fait hurler de rire - dynamisme réel de la mise en scène (dans les numéros musicaux par exemple) et quelques idées frappantes (dont celle des deux femmes qui s'embrassent par fraise interposée - qu'on aille pas me dire que Arzner ne savait pas ce qu'elle faisait pour cette séquence). Anna Sten, qui est très belle, est superbement mise en valeur et il faut absolument vanter les gros plans sur les visages (je n'ai pas noté qui était le chef op') tous plus somptueux les uns que les autres.
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by Kevin95 »

HONOR AMONG LOVERS - Dorothy Arzner (1931) découverte

Claudette Colbert et Fredric March s'aiment sans se le dire, problème : ils sont respectivement secrétaire et patron, en plus d'avoir chacun un parti à la maison. Honor Among Lovers aurait pu viser haut, donner dans le mélo tremblotant mais Dorothy Arzner coupe court (une heure et quart au compteur) et cavale passant d'une comédie romantique à la crise d’un couple alcoolisé (décidément un leitmotiv chez la réalisatrice). Pas d'apitoiements, c'est dommage, on aurait aimé que le salopard de service (l'homme officiel de Colbert) soit un peu plus qu'un simple ado jaloux. Il n'empêche, Honor Among Lovers suit sa route avec professionnalisme, pas d'ennui, quelques sourires et la confirmation de March n'est jamais meilleur que devant la caméra de Dorothy Arzner.
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Re: Dorothy Arzner (1897-1979)

Post by Kevin95 »

GET YOUR MAN - Dorothy Arzner (1927) découverte

Un des premiers films de Dorothy Arzner (partiellement perdu), laquelle se fait la main dans cette petite comédie de boulevard, trop vieille pour être parlante, trop jeune pour être théâtrale. Car du rythme, Get Your Man en a à revendre et ce, malgré un scénario sans grandes originalités (un jeune homme, une jeune fille, ils s'aiment mais les parents du riche garçon le destinent à une autre). Et qu'est ce qu'on dit ? Merci Clara Bow ! La dame file une pêche dingue au film, grimace un poil mais toujours pour le compte de la réalisatrice qui sait parfaitement lui donner du terrain pour s'amuser. La séquence au Musée Grévin est d'ailleurs une petite merveille, malheureusement amochée par les manques (copie brulée ou plans disparus). Cette joie de vivre donne au film un peu plus de standing que ce qui était prévu. Joli coup.
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