Basil Dearden (1911-1971)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Basil Dearden (1911-1971)

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Dearden passa de la mise en scène de théâtre au monde du cinéma en travaillant comme assistant de Basil Dean. Il devait changer son propre nom en Dearden pour éviter toute confusion avec son mentor.

C'est au sein des studios Ealing, qu'il commença sa carrière de cinéaste en coréalisant des comédies avec Will Hay, dont The Goose Steps Out (1942) et My Learned Friend (1943). En 1945, il figura parmi les auteurs du classique du cinéma d'épouvante Au cœur de la nuit (Dead of Night). L'un de ses derniers films de sa période Ealing fut La Lampe bleue (The Blue Lamp, 1950), un drame policier dans lequel apparaissait pour la première fois le personnage de "Dixon de Dock Green".

Plus tard dans sa carrière, il s'associa avec l'écrivain et producteur Michael Relph, et ensemble ils dirigèrent des films aux sujets rarement abordés dans des films des années 1950 et du début des années 1960. Parmi ces thèmes : l'homosexualité, dans La Victime (Victim, 1961) et les relations interraciales dans Les Trafiquants du Dunbar (Pool of London, 1951) et Opération Scotland Yard (Sapphire, 1959). À la fin des années 1960, Dearden mit également en scène quelques films à grand spectacle comme Khartoum (1966), avec Charlton Heston, et la comédie noire située dans le cadre de l'époque victorienne : Assassinats en tous genres (The Assassination Bureau, 1969), produit par Relph.

Son dernier film fut La Seconde Mort d'Harold Pelham (The Man Who Haunted Himself) avec Roger Moore, avec lequel il avait également tourné quelques épisodes de la série télévisée Amicalement vôtre (The Persuaders !).

Dearden se tua dans un accident de la route en 1971. Il avait deux fils, Torquil Dearden et le scénariste et réalisateur James Dearden.

1939 : Under Suspicion (TV)
1942 : The Black Sheep of Whitehall
1942 : The Goose Steps Out
1943 : The Bells Go Down
1943 : My Learned Friend
1944 : l'Auberge fantôme (The Halfway House)
1945 : They Came to a City
1945 : Au cœur de la nuit (Dead of Night) : sketch de liaison et Le Cocher de corbillard
1946 : J'étais un prisonnier/ Cœur captif (The Captive Heart)
1947 : Frieda
1948 : Sarabande (Saraband for Dead Lovers)
1950 : La Lampe bleue (The Blue Lamp)
1950 : La Cage d'or (Cage of Gold)
1951 : Les Trafiquants du Dunbar (Pool of London)
1952 : I Believe in You
1952 : Un si noble tueur (The Gentle Gunman)
1953 : The Square Ring
1954 : Casaque arc-en-ciel (The Rainbow Jacket)
1955 : Out of the Clouds
1955 : Le Bateau qui mourut de honte (The Ship That Died of Shame)
1956 : The Green Man
1956 : Who Done It ?
1957 : Sous le plus petit chapiteau du monde (The Smallest Show on Earth)
1958 : Violent Playground
1958 : Nowhere to Go
1959 : Opération Scotland Yard (Sapphire)
1960 : Man in the Moon
1960 : Hold-up à Londres (The League of Gentlemen)
1961 : Scotland Yard contre X (The Secret Partner)
1961 : La Victime (Victim)
1962 : Tout au long de la nuit (All Night Long)
1962 : Accusé, levez-vous (Life for Ruth)
1963 : The Mind Benders
1963 : A Place to Go
1964 : La Femme de paille (Woman of Straw)
1965 : Doubles masques et agents doubles (Masquerade)
1966 : Khartoum
1968 : Trio d'escrocs (Only When I Larf)
1969 : Assassinats en tous genres (The Assassination Bureau)
1970 : La Seconde Mort d'Harold Pelham (The Man Who Haunted Himself)
1974 : Mission: Monte Carlo
https://fr.wikipedia.org/wiki/Basil_Dearden
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Re: Basil Dearden

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Au Coeur de la nuit (1945)

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Première réalisation avec un des meilleurs sketches du film Le Pilote automobile
Un pilote de course ayant miraculeusement échappé à la mort à des visions d'un personnage mystérieux et macabre l'invitant dans une voiture où une place lui est réservé pour le royaume des morts. Trop bref pour parvenir à réellement effrayer, ce sketch (aux faux airs de Destination Finale avant l'heure) marque tout de même les esprits par une fascinante scène chargée d'atmosphère où le héros se voit appelé depuis sa chambre d'hôpital par une voiture d'outre tombe lui annonçant qu'il y reste une place pour lui, bien inquiétant. Globalement la nature "réaliste" des sketches ancrés dans le quotidien et donc à contre courant d'un cinéma américain plus flamboyant et gothique dans son imagerie et ses créatures (toutes la production Universal) donne la touche unique ambigüe et inquiétante du film.

Sapphire (1959)

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Une jeune femme, Sapphire, est retrouvée assassinée dans un parc de Londres. L'inspecteur Hazard est charge de l'enquête. Il découvre que cette fille discrète, fiancée à un architecte, menait une double vie, sous deux identités et deux couleurs de peau.

Sapphire est un très bon polar où Dearden aborde le racisme ordinaire régnant alors en Angleterre en traitant du phénomène du passing. Le passing est l'action par laquelle des noirs à la peau très claire profitèrent de cette particularité physique pour s'intégrer aux milieux blancs notamment aux Etats-Unis. Le cinéma s'était penché sur ce thème avec bien sûr le chef d'œuvre de Douglas Sirk Mirage de la Vie (1959) et en littérature Boris Vian signa son fameux J'irai cracher sur vos tombes en 1946. Dearden à travers le remarquable scénario de Janet Green dépeint ainsi une Angleterre d'après-guerre refermée sur elle-même et où règne la peur de l'autre.

Le film s'ouvre sur la découverte macabre du corps d'une jeune femme dans un parc londonien. L'intrigue déroule donc au départ une construction policière classique l'enquête de L'inspecteur Hazard (Nigel Terry) et Learoyd (Michael Craig) survole le passé de la victime, sonde ses amis et son environnement. Des signes précurseurs (une garde-robe secrète aux tenues bien plus criardes et voyantes que la sobriété de façade) annoncent la révélation qui remet tout le récit en question avec la découverte du frère de Sapphire, noir. Sapphire pratiquait donc le passing et dès lors de son petit ami blanc et sa famille en passant par la communauté noire londonienne, les suspects se multiplient selon leur intolérance et le fait qu'ils soient au courant du subterfuge de Sapphire. Plus que l'enquête, c'est réellement l'étude de mœurs qui intéresse là Dearden qui nous fait découvrir un Londres interlope et multiracial rarement vu jusque-là, la bande-son jazzy de Philip Green nous promenant de bar dansants enfumés en squats insalubre. La division est pourtant claire avec l'autre Londres plus blanc, séparation que Dearden affiche une séquence au saisissant surréalisme urbain lorsqu'un suspect noir traqué par la police fait face à la haine et menace au fil de brèves rencontres nocturnes (même si la dernière plus bienveillante atténue l'impression) où sa couleur ne fait vraiment pas de lui le bienvenu.

Nigel Terry promène son flegme impeccable face aux personnages plus outrés qui l'entourent, sa neutralité contrastant avec l'intolérance présente chez les noirs comme les blancs. Dearden évite aussi le piège du racisme involontaire avec certains noirs exubérants et caricaturaux (mais signe d'un certain comportement existant) contrebalancé par d'autres plus posés et réfléchis comme le frère joué par Earl Cameron. Les blancs ne sont de même pas tous des racistes belliqueux mais la réalité d'une vraie discrimination nous apparait le temps de séquences presque documentaire (la tenancière d'hôtel refusant l'entrée d'un noir pour ne pas perdre sa clientèle, un bar se levant comme un seul homme à l'entrée d'un noir...). C'est dans ce rejet viscéral de l'autre que la puissante scène finale nous révèlera le coupable dans une tension étouffante. Une belle réussite dont le message progressiste marqua l'opinion si l'on en croit les récompenses obtenues avec un BAFTA du meilleur film et une nomination pour le script de Janet Green. Dearden prendra encore plus de risque deux ans plus tard en dénonçant le chantage envers les homosexuels dans le thriller Victim (1961). 4,5/6
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

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Pool of London (1951)

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Le Dunbar, un navire de commerce britannique, rentre à quai à Londres. Dan (Bonar Colleano), jeune marin, fait un peu de trafic pour arrondir ses fins de mois, important notamment des bas nylons en contrebande. Pour ne pas éveiller les soupçons, il demande parfois à son ami jamaïcain Johnny (Earl Cameron), de lui donner un coup de main. Mais alors que Johnny refuse de s’impliquer davantage, Dan accepte une proposition pour un gros coup.

Pool of London est la seconde incursion de Basil Dearden dans le polar au sein d'Ealing après The Blue Lamp (1950). C'est clairement le genre de prédilection du réalisateur qui même après son départ d'Ealing apposera une patte singulière en y intégrant des sujets sociaux forts et inédits dans le cinéma anglais d'alors, que ce soit le racisme dans Sapphire (1959) ou l'homosexualité dans Victim (1961). Pool of London nous plonge dans les bas-fonds du port de Londres à travers le destin de quelques marins du Dunbar fraîchement accosté. La première partie nous introduit donc chaleureusement les personnages tout en disséminant les éléments de la trame criminelle à venir. Le contrôle traditionnel des douanes offre donc une séquence savoureuse où nos marins tentent de faire passer en douce alcools, cigarettes, et bas-nylons divers pour les petites amies. Parmi eux on repère Dan (Bonar Colleano), plus roublard que les autres et qui arrondit ses fins de mois grâce à la contrebande. Pour l'occasion il demandera à son ami jamaïcain Johnny (Earl Cameron) de lui faire passer un paquet de cigarettes. Si Johnny malgré ce coup de pouce refuse d'aller plus loin, Dan trop confiant va accepter une offre plus dangereuse de la part de criminels locaux.

Si le fil rouge du film s'inscrit dans le polar, Basil Dearden brasse bien plus de thèmes à travers un véritable film choral. La solitude et le manque d'attache du marin l'expose ainsi aux tentations criminelles avec Dan ou une certaine désinvolture avec la gente féminine dont sera victime Sally (Renée Asherson), employée du port attendant en vain la visite de son fiancé engagé sur le Dunbar. Johnny traverse habituellement comme un fantôme les ports où il s'arrête mais cette fois va vivre un début de romance avec Pat (Susan Shaw) jeune vendeuse de ticket de cabaret. Earl Cameron fut le premier acteur noir à avoir un premier rôle dans une production anglaise et Dearden amorce ici les questionnements raciaux qui auront cours dans Sapphire. Ce sera à travers le racisme ordinaire dont est victime Johnny lors de séquences anodines (un vigile récalcitrant dans un club, une remarque désobligeante...) et qui expriment le complexe du personnage. C'est ce qui le rend si timoré dans sa relation avec Pat, presque surpris de l'intérêt de la jeune femme pour lui. Les balles timides du couple offrent de jolis moments où la mise en scène de Basil Dearden se fait superbement contemplative (les vues des toits londoniens et ces magnifiques plans d'ensemble) et intimiste, capturant le moindre regard tendre et geste gauche d'un Earl Cameron très touchant. Là aussi il s'agit de la première romance interraciale vue dans le cinéma anglais même si le scénario n'ose pas totalement franchir le tabou vu que tout cela reste extrêmement chaste.

La fluidité du récit et la gestion des ruptures de ton est assez remarquable, notamment lors des retours à la trame criminelle. Durant la promenade sur les toits du couple, ceux pensent apercevoir une silhouette qui disparait aussitôt. C'est en fait le hold-up longuement préparé qui s'amorce dans une séquence inventive (car jouant des capacités physiques d'un protagoniste innocemment introduites plus tôt) et tendue dont la tournure violente tient à un détail fortuit. La dernière partie du film prend un tour essentiellement nocturne et oppressant (photo somptueuse de Gordon Dines), la veine relativement documentaire du début de film s'orne d'une stylisation plus marquées des environnements urbains ou ruelle menaçantes alternent avec bars enfumés. Il s'agit à la fois de traduire la paranoïa et la solitude de Dan désormais fugitif et de Johnny, ramené à sa son sentiment d'exclusion. Une sensation de cauchemar éveillé magnifiquement traduite par Dearden tout en accélération brutale (fusillade et poursuite en voiture fabuleuse de nervosité) et ralentissements inquiétants (l'errance alcoolisée de Johnny dans une partie de Londres en ruines). C'est pourtant bien l'amitié entre les deux personnages qui permets un sursaut d'humanité dans ces bas-fonds où tout le monde est prêt à se trahir (éléments habilement amené en amont aussi avec la réaction de la petite amie de Dan pour ses "cadeaux") dans une belle conclusion où se disputent la tragédie et l'espoir. Un grand polar qui affirme définitivement Dearden en maître anglais du genre. 5,5/6
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

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Victim (1961)

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Melville Farr (Dirk Bogarde), un avocat londonien réputé et père de famille, mène une vie de couple apparemment heureuse et sans histoire : il va obtenir une promotion et pourrait prétendre à une carrière de juge.Tout change lorsque Jack "Boy" Barrett (Peter McEnery) fait appel à son nom en plein travail. Le passé lui attrape alors. C'est un des anciens amants qui avait volé deux mille trois cent livres à l'entreprise où il travaillait et est désormais recherché par la police. De peur qu'il soit découvert et privé de sa carrière promise, Melville Farr refuse de l'aider.Ne trouvant aucun soutien, Jack est arrêté et refuse de révéler ce qu'il a fait de l'argent avant de se suicider par pendaison dans une cellule au commissariat.Ayant appris cette nouvelle, il est bouleversé et décide de poursuivre la trace des maîtres-chanteurs.

Victim est un film important pour le cinéma anglais puisqu’il est le premier à traiter ouvertement (notamment en prononçant le mot tabou) d’homosexualité. La Grande-Bretagne resta longtemps une des nations occidentale démocratiques les plus répressives envers les homosexuels avec un passif plutôt violent puisque le penchant était passible de peine de mort (jusqu’en 1836) puis de prison au XIXe siècle avec comme victime emblématique Oscar Wilde. Au moment de la production de Victim, ces lois ont encore cours (bien que pas réellement appliquées par la police) et le message du film tend à les dénoncer en évoquant les dérapages et drames qu’elles peuvent susciter. Pour ce faire, le script intègre son propos à une authentique ambiance de thriller et de film noir les « coupables » d'homosexualité sont victimes de truands sans scrupules ayant monté un business de chantage particulièrement bien organisé. Tous ne sont pas logés à la même enseigne, les plus riches payent les sommes demandés et finissent par avoir la paix tandis que les plus démunis subissent une épuisante pression les obligeant à dénoncer leur semblables s’ils ne peuvent payer. C'est ce qui arrive à un ancien amant du héros incarné par Dirk Bogarde qui pour le protéger se suicide. Ce dernier se sentant coupable de ne pas avoir répondu à ses appels au secours pour préserver sa réputation va alors remonter la piste des maîtres chanteur. Dans un Londres cossu mais néanmoins inquiétant, Dearden instaure une ambiance de paranoïa et de délation palpable, sentiment d'autant plus appuyé lorsqu'on découvrira l'aspect en apparence inoffensif des auteurs du chantage.

Le film surprend par sa façon frontale d'aborder l'homosexualité, pas de scènes explicites évidemment mais les dialogues sont clairs sont clair sur la chose dont il est question. Cette audace est néanmoins atténué par le fait d’inscrire cette facette du héros comme une faute, une tare issu d’un passé qu’il renie car désormais marié mais qu’il va devoir assumer au fil de l’avancée de son enquête. Dearden use donc aussi de l’angle culpabilisant déjà employé par William Wyler dans La Rumeur (sorti cette même année et abordant aussi le sujet) à travers la tragédie du personnage de Shirley MacLaine. Si l’on peut en parler et dénoncer les abus, l’homosexualité demeure donc encore une tare, une malédiction. Cette facette se vérifie avec plus de force encore par l’interprétation puissante de Dirk Bogarde. L’acteur fut la seule star de premier plan à accepter sans hésitation parmi toutes celles auxquelles fut proposées Victim. Homosexuel mais aussi superstars et sex symbol national, l’acteur devait ainsi cloisonner sa vie privée et s’afficher avec de magnifiques créatures féminines pour donner le change de cette image de séducteur. La dimension autobiographique aura donc forcément joué dans sa prestation. La prise de risque paiera puisque ce rôle (pour lequel il recevra le BAFTA du meilleur acteur) l’ouvrira à des prestations plus complexes par la suite notamment par sa collaboration avec Joseph Losey (The Servant, Pour l’exemple).

Déterminé dans sa quête de vengeance mais tiraillé par ses pulsions contradictoires (et les conséquences que pourraient avoir l'affaire sur son couple et sa carrière), il éclabousse le film de son charisme. Hormis quelques moments parfois trop appuyés (les tirades homophobes assez lourdement amenées pour appuyer le message), l’ensemble offre un récit puissant, lucide et désespéré sur un travers qui se verra corrigé en 1967 par le Sexual Offences Act autorisant lune relation consentante entre hommes de plus de 21 ans. Nul doute que l’accueil positif du film témoin de l’ouverture de de l’opinion sur la question aura aidé à contribuer à cette avancée.
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

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Assassinats en tous genres (1969)

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Jeune femme indépendante qui cherche à faire carrière dans le journalisme, Miss Winter (Diana Rigg) enquête sur une entreprise assez spéciale : le bureau des assassinats. Elle vend son projet d’article au propriétaire d’un gros journal anglais Lord Bostwick (Terry Savalas) et se fait passer pour le commanditaire d’un assassinat pour rencontrer le directeur du bureau, un certain Ivan Dragomiloff (Oliver Reed). Celui-ci est quelque peu surpris quand il apprend l’identité de la victime, mais accepte la mission au nom du bureau.

Basil Dearden signe un divertissement de haute volée avec The Assassination Bureau, drôle, trépidant et classieux. Le film a pour origine un roman inachevé de Jack London, dont l'ami et auteur Sinclair Lewis lui suggéra l’idée d'un récit traitant d'une société secrète d'assassin. Jack London se lança donc en 1910 mais, incapable d'en donner une conclusion satisfaisante mis le roman de côté pour un temps et celui-ci resta inachevé à sa mort en 1916. Bien plus tard en 1963, l'auteur Robert L. Fish se basant sur des notes de Jack London achève le roman qui peut enfin paraître. En ces 60's pop marquée par le succès des James Bond, une adaptation est rapidement mise en route par le producteur Michael Relph qui convoque pour le mettre en scène son vieil ami Basil Dearden dont il fut le directeur artistique sur de nombreux films à la Ealing comme Au cœur de la nuit (1945) ou Saraband for Dead Lovers (1948). Marqué par ses créateurs de renom, le film marquera donc une première rupture avec le roman en se déroulant en Europe plutôt qu'aux Etats-Unis et étant bien plus marqué par un certain esprit british.

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Le récit conjugue habilement questionnement moral, réflexion sur la féminité et un jeu astucieux sur le contexte politique européen explosif de l'avant Première Guerre Mondiale. Comme le montre un hilarant pré générique, l'assassinat est plus matière à ridiculiser la maladresse ou la virtuosité des tueurs officiant plus par l'amour du sport que par volonté politique. C'est la vertu détachée de l'Assassination Bureau dirigé par Ivan Dragomiloff (Oliver Reed), pour peu que la cible ait eu des agissements répréhensibles et que le cachet soit lucratif. Cette ambiguïté morale va le rattraper lorsque l'apprentie journaliste Miss Winter (Diana Rigg) remonte la piste du Bureau pour commanditer son propre meurtre. Ivan par amour du jeu relève le défi et se voit traqué à travers l'Europe par ses anciens collègues mais la manœuvre cache un complot plus vaste. Le ton ludique conjugué à une narration enlevée et pleine de rebondissements fait passer tous les écarts (notamment narratifs voir la facilité avec laquelle Miss Winter infiltre le Bureau même si on aura une explication)) grâce à la richesse du propos sous la légèreté. Cela passe notamment par une délicieuse Diana Rigg. Miss Winter est une jeune femme portée par sa seule ambition et velléités féministe, dont la rigueur morale et le désintérêt pour la frivolité relève plus du manque de vécu. Révoltée par le principe de l'Assassination Bureau, elle va pourtant user d'un procédé douteux pour le démanteler et tirer un bon sujet d'article par la même occasion. Suivant bien malgré lui Ivan dans son périple à travers l'Europe où il essaie de devancer ses poursuivants, Miss Winter va bientôt vaciller en tombant amoureuse de lui.

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Chaque étape et pays visité permet d'aborder une ambiance et une tonalité différente incarnée notamment par le tueur auquel se confronte nos héros. Le Paris libertin de la Belle Epoque nous vaudra une visite dans une rutilante maison close dirigée par le vénal Lucoville (Philippe Noiret). Le décor pétaradant joue autant du fantasme que l'on se fait de cette période que de l'esthétique pop et de la liberté de ton des 60's avec ces jeunes filles courte vêtues, la manière dérobée dont on accède à ses lieux de plaisirs. Oliver Reed se situe l'humour en plus dans le sillage du Love de Ken Russell avec des personnages élégants et loin des rôles de rustres qui l'on fait connaître. Il associe cette classe à un transformisme à la Arsène Lupin et une présence virile à la James Bond qui le rend irrésistible dans les différents stratagèmes qu'il monte pour méduser ses poursuivants. On s'amuse beaucoup de la complicité naissante avec une Miss Winter qui se déride au fil de l'aventure et de ses propres mésaventures. Diana Rigg alterne avec brio ingénuité (notamment durant les scènes avec un Telly Savalas qu'elle recroisera cette même année dans le grandiose Au service secret de sa majesté), présence sexy et forte personnalité. La scène où elle se retrouve en petite tenue, subit une rafle policière et garde tant bien que mal sa dignité en réclamant l'ambassadeur anglais est un régal. Cette vulnérabilité et féminité subie devient naturelle au fil du récit, sa vision se faisant moins binaire avec les sentiments naissants pour Ivan. Là encore de jolis moments (la scène où elle cherche une bombe dans sa chambre où celle où elle sauve Ivan en oubliant son investissement initial) vienne ponctuer la transformation dans les attitudes plus séduisantes et la présence de plus en plus sexy de Diana Rigg.

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Même si l'on traverse une sorte d'Europe décalée à la Tintin (passant par Venise, Vienne ou Paris) le sujet est intéressant dans son enjeu voyant l'assassinat revêtir des vertus politique en vue de manipulation en cette ère pré Première Guerre Mondiale. Ivan est presque le garant d'une époque plus morale et insouciante malgré son statut d'assassin tandis que les adversaires seront des adeptes du complot et du chaos. Cette vilenie ordinaire est parfaitement représentée par la veuve pulpeuse qu'incarne Annabella Incontrera. Michael Relph offre une splendide direction artistique parfaitement mise en valeur par Dearden avec des visions chatoyantes de cette Europe reconstituée à Pinewood, appuyant sur un faste et un rococo dont l'éclat cherche à masque le danger tapis dans chaque recoin (le face à face entre Ivan et Annabella Incontrera dans le somptueux palais vénitien). Trépidant de bout en bout, le film s'offre même un final sacrément spectaculaire entre James Bond rétro et steampunk avec un long affrontement en Zeppelin lourdement armé. Dearden joue autant des intérieurs tortueux de l'engin que des visions impressionnantes le montrant avancer et vaciller dans les airs. Les transparences sont certes assez voyantes mais c'est mis en scène avec un tel panache qu'on reste bien accroché. Seul regret le scénario retrouve un semblant d'élan machiste (alors que c'était parfaitement équilibré jusque-là) en ne faisant pas réellement participer Diana Rigg au sauvetage final même si cela vaudra un bon dernier gag. Un thriller et film d'aventures originale et ludique épatant donc, bonne surprise. 5/6

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Jeremy Fox
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

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Diana ! :oops:

De Dearden je crois n'avoir vu qu'un seul film il y a très longtemps (la preuve, en prime time sur TF1 un dimanche soir :mrgreen: ) : Un Hold-Up extraordinaire. Très agréable souvenir d'ailleurs.
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

Post by Profondo Rosso »

Jeremy Fox wrote:Diana ! :oops:

De Dearden je crois n'avoir vu qu'un seul film il y a très longtemps (la preuve, en prime time sur TF1 un dimanche soir :mrgreen: ) : Un Hold-Up extraordinaire. Très agréable souvenir d'ailleurs.
Et c'est de Ronald Neame pas de Dearden même s'il a bien donner dans le film de casse détendu aussi :wink:
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

Post by Jeremy Fox »

Profondo Rosso wrote:
Jeremy Fox wrote:Diana ! :oops:

De Dearden je crois n'avoir vu qu'un seul film il y a très longtemps (la preuve, en prime time sur TF1 un dimanche soir :mrgreen: ) : Un Hold-Up extraordinaire. Très agréable souvenir d'ailleurs.
Et c'est de Ronald Neame pas de Dearden même s'il a bien donner dans le film de casse détendu aussi :wink:

:oops: Effectivement. Bon ben oubliez ma minable intervention :arrow: J'ai confondu avec Hold-up à Londres.
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

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Jeremy Fox wrote:Diana ! :oops:

De Dearden je crois n'avoir vu qu'un seul film il y a très longtemps (la preuve, en prime time sur TF1 un dimanche soir :mrgreen: ) : Un Hold-Up extraordinaire. Très agréable souvenir d'ailleurs.
Ronald Neame.
Vu et oublié dans la foulée :mrgreen: :oops:

De Dearden ,j'ai vu les excellents The Victim et All Night long mais je dois en avoir d'autres en stock.
"On peut revenir au sujet du topic ?" (Jack Carter)
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

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Jeremy Fox wrote:
Profondo Rosso wrote:
Et c'est de Ronald Neame pas de Dearden même s'il a bien donner dans le film de casse détendu aussi :wink:

:oops: Effectivement. Bon ben oubliez ma minable intervention :arrow: J'ai confondu avec Hold-up à Londres.

:mrgreen: Assassinats en tout genre dans le genre trhiller cool élégant 60's (et Dianaaaaaaaaa) devrait te plaire dans ce cas c'est dans l'esprit Un hold-up extraordinaire !
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

Post by Rick Blaine »

Un cinéaste que je trouve très intéressant. Deux avis que j'avais posté il y a quelques temps :

The Blue Lamp (Police sans Armes/La Lanterne Bleue - Basil Dearden, 1950)
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Dans l'immédiat après guerre, le quotidien des policiers de Paddington Green, dont l’expérimenté George Dixon et la recrue Andy Mitchell. Mal préparé à affronter une nouvelle génération de délinquants, Dixon tombe sous les balles du jeune truand Tom Riley après le casse d'un cinéma.

The Blue Lamp est un film criminel que l'on pourrait classer dans la catégorie 'procedural'. Toute la première partie du film est consacré au quotidiens des bobbies de New Scotland Yard, leur rondes et leurs taches classiques : chiens perdus, enfants fugueurs, vendeurs à la sauvette,... Cette première partie a un aspect documentaire très marqué, proposant une intéressante peinture de l’Angleterre de l’immédiat après guerre et nous rendant éminemment sympathique ces policiers. D'ailleurs, l'ensemble du film est une ode aux policiers, le scénario étant écrit par un ex-policier, T. E. B. Clarke, avec la collaboration d'Alexander Mackendrick.
En parallèle, Dearden dépeint également le quotidien de petites frappes, menées par l'excellent Dirk Bogarde et insiste sur leur décalage avec le milieu classique, qui les trouve incontrôlable. C'est ce décalage qui est illustré lors de la mort de Dixon, qui marche sur le truand armé sans conscience du danger. Ces gangsters qui ne répondent plus aux codes classiques sont le symbole d'une Angleterre qui change et d'une police dépassé par un banditisme aveugle. Les relations dans le groupe criminel se détériorent d'ailleurs rapidement après le casse, évoquant en cela, de manière mineur, ce que l'on avait pu voir dans Payroll.
A la chronique quotidienne s'ajoute alors la peinture habile de l’enquête policière, qui se conclut par une course poursuite remarquable d'intensité.
Tout au long du film, Dearden fait preuve d'un grand sens esthétique, entre documentaire et film noir. La composition des cadres, notamment en extérieur, est remarquable et participe nettement à la réussite documentaire du film.
L’enquête en elle même est finalement secondaire, elle est la conséquence d'une peinture sociale réussie, éloge de la police mais également constat de son impuissance. En ce sens, le titre français Police sans Armes est pour une fois intelligent. The Blue Lamp se regarde comme une chronique du quotidiens de personnages attachants, traitée avec beaucoup d'humour (notamment une sympathique chanson inventée par Dixon), qui rend d'autant plus touchante la mort du principal personnage. Cela n’empêche évidement pas le changement de vitesse de Dearden dans le final, qui, dans une atmosphère très noire, est une réussite exceptionnelle.
The Blue Lamp est également porté par une excellent casting, avec au dessus du lot Jack Warner (George Dixon), Jimmy Hanley (Andy Mitchell) et surtout un Dirk Bogarde remarquable en petite frappe instable.
Superbe film 'socio-criminel', The Blue Lamp est une nouvelle preuve, après ma découverte il y a quelques jours de The League of Gentlemen, du talent visuel et narratif de Dearden. Un réalisateur aussi brillant sur le terrain criminel ne peut que m’intéresser au plus haut point, je vais continuer à creuser son œuvre dans les plus brefs délais.
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

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The League of Gentlemen (Hold-up à Londres - Basil Dearden, 1960)
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Le lieutenant colonel Hyde (Jack Hawkins), récemment mis à la retraite de force, réunit une équipe d'ancien militaires pour commettre un casse.

Ce film de Basil Dearden a la réputation d'être l'archétype du film de casse. Réputation méritée! The League of Gentlemen est construit selon une structure extrêmement classique: présentation du cerveau, constitution de l'équipe, mise en place du plan, casse et résolution. Rien de plus, Dearden ne se propose pas ici de faire une étude psychologique des membres du groupes (comme on a pu le voir dans un Payroll détaillé plus haut), mais se propose simplement de décrire, avec humour, rythme et en train, la mise en place d'un casse spectaculaire. Cet objectif est entièrement rempli: dialogues efficaces et drôles, rythme soutenus, personnages attachants, The League of Gentlemen est un divertissement de tout les instants, à la mise en scène classique et élégante. L'écriture (signé Bryan Forbes, qui réalisera avec Deadfall un film de casse plus atypique quelques années plus tard) est très efficace et truffée de bonnes idées, qui apparaissent dès l'ouverture, où l'on voit Hawkins contacter ses futurs acolytes, en leur envoyant un livre et des billets découpés en deux ainsi qu'une lettre les invitants à récupérer la seconde moitié lors d'un diner, qui permet une présentation efficace des différents personnages.
Ces derniers sont un autre point fort du film, porté par un casting très haut de gamme. En tête de celui-ci, le toujours excellent Jack Hawkins est entouré, notamment, de Richard Attenborough, Roger Livesey et de Nigel Patrick. Tous sont parfait dans leurs rôles, leur donnant suffisamment de personnalité pour exister, mais ne cherchant jamais à tirer la couverture à eux.
Durant 1h50, The League of Gentlemen n'ennuie pas un seul instant, plus que l'archétype du film de casse, il en est le mètre-étalon en en définissant à la perfection toutes les situations classiques sur un ton décontracté typiquement British. Un film qui tient ses objectifs à la perfection, celui d'être un divertissement de haute volée. Pour un amateur du genre comme moi, c'est un formidable plaisir!
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Rick Blaine
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

Post by Rick Blaine »

J'ai beaucoup aimé Sapphire également. Finalement pour l'instant ma seule relative déception est Khartoum, que je trouve tout à fait anodin.
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Profondo Rosso
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

Post by Profondo Rosso »

Ah tu fais bien baver pour The Blue Lamp Rick; BR en décembre chez Studiocanal

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Commissaire Juve
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Re: Basil Dearden (1911-1971)

Post by Commissaire Juve »

Rick Blaine wrote: Finalement pour l'instant ma seule relative déception est Khartoum, que je trouve tout à fait anodin.
Ah tiens ? Perso, ça reste un film d'enfance mythique (au même titre qu'Alamo ou La Canonnière du Yang-Tsé). Au collège, je m'en étais servi pour faire une rédaction. La prof n'y avait vu que du feu (elle a cru que j'avais réutilisé des souvenirs de lecture :uhuh: ) et j'avais eu une bonne note.

EDIT : je viens de voir le BLU ci-dessus. Là, plus de doute, StudioCanal se fout vraiment de nous ! :x
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...