Notez les films naphtas

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Profondo Rosso
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Les Copains d'Eddie Coyle de Peter Yates (1973)

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Eddie Coyle est un bandit sans envergure qui vit de petits boulots, de trafic d’armes et de contrebande. Pour échapper à une condamnation et éviter de finir ses jours derrière les barreaux il accepte de travailler comme indic pour Dave Foley, un agent du FBI.

Le méconnu The Friends of Eddie Coyle est pourtant un des meilleurs polars des 70's tout en constituant un des très grands rôles de Robert Mitchum. La star avait remarquablement su se réinventer avec l'âge mûr, délaissant la séduction et la dangerosité virile d'antan pour des rôles où il se montre plus vulnérable et joue de sa vieillesse dans La Fille de Ryan de David Lean (1970), Yakuza de Sidney Pollack (1975) ou plus tard Maria's Lovers de Andreï Kontchalovski (1984). The Friends of Eddie Coyle est la plus belle illustration de cette grandeur dans la modestie avec ce rôle de petite main de la criminalité de Boston. Le film adapte le roman éponyme de George V. Higgins. C'est le premier ouvrage de l'auteur qui comme dans le reste de son œuvre s'inspire grandement de son expérience de procureur adjoint général du Massachusetts où il plaida devant la cour suprême une soixantaine d'affaires impliquant des activités illégales de la mafia. Cette connaissance du milieu donnait une réalité palpable aux mœurs et langage criminel dépeint et The Friends of Eddie Coyle revisite la tragique fin de Billy O'Brien, petit malfrat de Boston assassiné en 1967. Le coupable était le psychotique et paranoïaque James "Whitey" Bulger (récemment incarné brillamment par Johnny Depp dans Strictly Criminal (2015)) qui le soupçonnait d'être un informateur - ironiquement Bulger s'avéra lui une vraie balance du FBI donnant ses rivaux pour asseoir son pouvoir.

L'histoire part donc du même postulat avec un Eddie Coyle (Robert Mitchum) en sursis et pris entre deux feux. Sous le coup d'une condamnation qu'il cherche à éviter pour préserver sa famille, son seul espoir serait d'être indic pour le manipulateur agent du FBI Dave Foley (Richard Jordan). Cela l'exposerait pourtant s'il était démasqué à des représailles fatales de la part de ses acolytes criminels. Coyle joue ainsi sur les deux tableaux en étant l'entremetteur pour fournir les armes à un gang de braqueur de banque tout en négociant sa survie avec le FBI. Peter Yates rend remarquablement justice à George V. Higgins (tout comme le fera bien plus tard et dans un registre plus ironique le très bon Cogan: Killing Them Softly (2012) seule autre adaptation de l'auteur) par sa déglamourisation du monde criminel. Les rencontres et deal se font dans les squares abandonnés, les parkings de supermarchés et les bars les plus miteux. Les rapports et la hiérarchie des malfrats se fait à travers le degré d'intimidation et une place progressivement déployée sur l'échiquier criminel où chacun es constamment le jouet d'un autre plus aguerris, expérimenté et dangereux. Coyle en impose ainsi le temps de quelques tirades viriles au minable vendeur d'armes Jackie (Steven Keats) qui lui-même joue les dure à cuire face à sa clientèle la plus minable (un couple de marginaux en quête d'arme lourde et des voleurs minables). Coyle est quant à lui dans ses petits souliers face aux braqueurs qu'il alimente en armes, ces derniers s'avérant aussi pathétiques dans leur quotidien (l'entrevue avec un acolyte louant un mobile-home avec une bimbo vulgaire) que dans l'exécution de leurs métier avec une méthode (prendre en otage la famille du directeur de banque pour le soumettre, argument réutilisé d'ailleurs bien plus tard et en plus léger dans le Bandits (2000) de Barry Levinson) manquant singulièrement de panache. Tous et plus particulièrement Coyle sont les jouets de haute sphères manipulatrice qui remportent une mise bien plus ambitieuse, que ce soit l'avancement pour l'agent Dave Foley ou la disparition de comparses trop gourmand et imprévisible pour le fascinant personnage de Dillon (Peter Boyle). Celui-ci est clairement inspiré de James "Whitey" Bulger par son double jeu et sa dangerosité d'homme de main de la mafia. L'interprétation glaçante de Peter Boyle tout comme l'aura dont l'entoure Peter Yates le rendent sacrément menaçant sans qu'on l'ait vu en action - si ce n'est de façon tout aussi abjecte que ses comparses durant l'épilogue.

Robert Mitchum traîne une carcasse fatiguée et arbore une allure résignée qui semble le condamner dès le départ. Hormis quelques scènes de braquage tendue et à la violence sèche, Peter Yates déploie ainsi un polar urbain sinistre dans le Boston le plus crapoteux possible baigné dans la photo automnale et dépressive de Victor J. Kemper - seul le score groovy de Dave Grusin amène un semblant d'allant. Le final tragique attendu se montrera minable, sans emphase et finalement poignant dans le destin du héros. 5/6
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Profondo Rosso
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Le Soldat Laforêt de Guy Chavagnac (1974)

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Juin 1940. Le jeune soldat Laforêt perd malencontreusement son régiment au détour d’une route. Il tente de retrouver ses camarades, en vain. Il se met alors à errer à travers les paysages de l’Aveyron. Son vagabondage l’amène à croiser toute une galerie de personnages singuliers…

Unique film de Guy Chavagnac, Le Soldat Laforêt est une belle curiosité imprégnée de son époque. Ancien assistant de Jean Renoir, Guy Chavagnac fonde en 1970 la société de production Unité 3 avec Paul Vecchiali et Liliane de Kermadec. De cette structure destinée à lancer des projets plus libres sortiront donc L'Étrangleur de Paul Vecchiali (1972), Le Soldat Laforêt, Home Sweet Home (1972) et Aloïse (1975) de Liliane de Kermadec ainsi que Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman (1975). Les premières années seront difficiles puisque L'Étrangleur et Le Soldat Laforêt ne sortiront en salle que respectivement 2 et 4 ans après la création de Unité 3, mal distribués et passant un peu inaperçus. Un destin assez injuste notamment pour le film de Guy Chavagnac.

Le réalisateur paie formellement son tribut au mentor Jean Renoir (nous ne sommes d'ailleurs pas si loin des soldats sans but du Caporal épinglé (1962) tout en inscrivant le film dans l'idéologie pacifiste des 70's. Le scénario se déleste pourtant de tout message politique puisque ce n'est pas la désertion mais plutôt son penchant à la rêverie qui sépare Laforêt (Roger Van Hool) de son régiment dans la campagne de l'Aveyron. Après de vaines tentatives pour le retrouver, Laforêt va alors s'abandonner à la flânerie (avec ce moment symbolique où il troque son casque de soldat pour un chapeau de promeneur pris sur un épouvantail), se perdre et faire de singulières rencontres. Le contexte de la débâcle de Juin 1940 où les familles avaient fuient leurs domiciles dans la précipitation participent à l'atmosphère étrange où notre héros traverse des villages désertiques, séjourne dans des maisons, églises et châteaux abandonnés. Dès lors chaque rencontre est le reflet de cette ère agitée et la manière dont chacun l'accepte. Laforêt croise ainsi la route d'un adjudant (Bernard Haller) vivant nettement moins bien la perte de son régiment et ayant sombré dans la paranoïa et la folie douce. L'émotion gagne avec cette touchante entrevue avec cet homme (Jacques Rispal) mortifié par la solitude dans sa ferme, vivant dans le souvenir de sa femme qui l'a quitté. Pourtant pas plus que cette épouse disparue que l'arrivée imminente des allemands ne sauraient lui faire quitter ces lieux auxquels il est temps attaché. C'est d'ailleurs là que réside la plus belle réussite du film, les cadrages majestueux de Guy Cavagnac et la photo aux teintes automnales/sépia de Georges Strouvé donnant des allures de tableaux impressionniste à chaque image. Les rayons du soleil traversent la pinède des forêts avec poésie et nuances et les grands espaces ruraux s'offrent de façon absolument grandiose dans les plans d'ensemble où se perd la silhouette de Laforêt. Cavagnac réussit même le temps d'une scène le mariage parfait entre l'inspiration picturale, cinématographique (on pense au Déjeuner sur l'herbe de Manet tout comme au film de Renoir) et l'idéologie hippie du film quand Laforêt va croiser des jeunes filles se prélassant nues et jouant de la guitare pour leurs hommes en pleine nature.

Aucune continuité narrative ni dramatisation concrète ne vient perturber le rythme d'un récit fonctionnant sur le bonheur de l'instant, furtif et éphémère. Dès que les choses pourraient prendre une tournure plus grave, une ellipse ou un rire viendra désamorcer la possible tension. Tout doit servir ce charme du moment, à l'image du triangle amoureux (avec Francisco Rabal et une délicieuse Catherine Rouvel) où la rivalité s'estompe vite. Dès que l'instinct de possession et d'exclusivité propre au monde réel ressurgit, il sera temps de voguer vers d'autres horizons. Le contexte historique semblerait presque s'oublier dans cette ballade célébrant l'innocence et l'imagerie pastorale mais se rappelle à notre souvenir dans un final abrupt. La gravité se dessinant sur le visage si constamment insouciant de Laforêt jusque-là suffira à comprendre que le rêve est fini et que la réalité reprend ses droits. 4,5/6

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bruce randylan
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Soirée Bis à la Cinémathèque

Hitler / La vie privée d'Hitler (Stuart Heisler – 1962)

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Tout est dans le titre : la vie (et la mort accessoirement) d'Hitler, de l'écriture de Mein Kampf jusqu'à son suicide dans son bunker.

Dernier film de Stuart Heisler qui aurait pu prendre sa retraite un peu plus tôt. A part quelques mouvements de caméra, c'est totalement ennuyant, plat et régulièrement risible grâce à l’interprétation très Razzie Award de Basil Basehart. On ne passerait pas notre temps à bailler, on ricanerait volontiers devant les scènes intimistes entre Hitler et la gente féminine. Des rapports aux femmes rendues compliquées par son impuissance et son complexe d’œdipe un brin envahissant qui le pousse à modeler sa nièce et Eva Braun à sa maman.

A côté de ça, les grandes dates sont égrenées sans imagination : l'incendie du Reichstag, la nuit des longs couteaux, la débâcle depuis son bunker (où les russes ne sont jamais évoqués curieusement, seulement la progression des américains sur le front ouest).
Mieux vaut revoir l'excellent Hitler's gang de John Farrow, autrement plus nerveux et virtuose.

The magic face (Frank Tuttle – 1951)

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Janus, un acteur célèbre pour ses talents de déguisement et d'imitation, est enfermé en prison après que son épouse soit devenue la maîtresse d'Hitler. Il promet de se venger du IIIème Reich et attend une occasion pour s'évader, ce qu'il parviendra à faire en se grimant en directeur de sa prison. Son but est désormais de devenir le majordome personnel d'Hitler pour prendre la place de ce dernier !

C'est pour ce second film de la soirée que j'avais fait le déplacement, le film étant très apprécié de Chris Marker. Et on le comprend ! C'est un film assez jubilatoire qui repose sur un postulat tellement improbable qu'on a qu'une envie : y croire.
La première heure est un vrai régal avec son scénario suffisamment bien construit pour qu'on se prenne rapidement au jeu d'autant que Luther Adler y trouve le rôle de sa vie. Il est excellent dans tous ses rôles (soit 4). La fluidité de la narration, les astuces habiles du scénario et l’interprétation font oublier les nombreux raccourcis comme le fait que tout le monde possède la même morphologie.
Une fois que Janus a pris la place d'Hitler, le film perd un peu de son intérêt car les ficelles se font plus grossières en occultant totalement la question des juifs. :?
Du coup, on perd en implication face à l'accumulation un peu répétitive de scènes où Janus/Hitler procède au dernier moment à des changements de stratégies absurdes qui nuisent à l'armée allemande.
Le final dans le bunker vient heureusement redresser la barre avec un joli face à face, brillamment photographié avec de fort contraste.
De manière générale d'ailleurs, le film bénéficie d'une belle direction artistique pour un film solide, jamais démonstratif mais souvent bien cadré, de nombreuses scènes reposant sur l'observation d'Adler dans les coulisses. Les ellipses et le montage sont également maitrisés pour n'avoir aucun temps mort malgré une intrigue complexe, riches en péripéties et personnages.

Une vraie pépite extrêmement rare qui est inédit en DVD.
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bruce randylan
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Josef Katus, Provo (Wim Verstappen - 1966)

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Josef revient, sans le sou, à Amsterdam après avoirvoyagé dans différents pays. Il renoue avec son ancienne copine, déambule dans les villes, fréquente un peu les provos (premier mouvement de jeunesse anarchiste et libertaire), s'inquiète pour une douleur à l'abdomen et découvre qu'il est suivi par un inconnu

Programmé dans le cadre de le Dutch sex wave à la cinémathèque (mais dénué d'érotisme dans le cas présent), ce premier film s'inscrit surtout pleinement dans l'esprit nouvelle vague qui secouait le monde cinématographique : caméra et équipe légère, improvisation, scénario libre, acteurs et techniciens débutants ou amateurs (deuxième fois que Jan de Bont touchait une caméra par exemple après un court-métrage) et un mélange entre cinéma direct et fiction dans pour une approche assez curieuse qui opte pour une sorte de pastiche du reportage télé. Josef est en effet suivi par une équipe de reportage, ce qu'on ne comprendra qu'à la moitié du film malgré la présence d'une voix-off. Approche un peu gratuite qui n'apporte pas grand chose à la démarche sociologique générale du film et qui sonne davantage comme une excuse aux nombreuses séquences saisies dans la rue, et ses conséquences (passants regardant la caméra, perches et micro apparaissant dans le cadre...).
On touche rapidement les limites du film : une démarche bordélique qui avance sans trop savoir où, courant plusieurs lièvres à la fois. Le film tourne rapidement à vide, alternant creux de remplissage et d'autres passages qui accrochent un peu plus, surtout l'ambiance un peu Kafka avec l'inconnu suivant Katus ou l'étrange rituel avec la bouteille de vin dans une valise consignée. Et Rudolf Lucieer, le comédien principal, a un je-ne-sais-quoi de magnétique qui correspond bien à son tempérament blasé, cynique et mélancolique d'un homme insatisfait par son existence et qui ne se reconnait pas dans la soif d'Idéal de sa génération.
Fondamentalement, ce n'est pas inintéressant en ce qu'il capte une certaine époque et jeunesse, avec une spontanéité permise par sa méthode de tournage. Mais je ne suis pas sur que ça méritait un long-métrage.

Pour la précision, le titre d'origine est De Minder gelukkige terugkeer van Joszef Katus naar het land van Rembrandt soit "Le retour pas très heureux de Josef Katus dans la ville de Rembrandt"
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bruce randylan
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Dernier film découvert dans ce cadre Dutch Sex wave (et qui n'avait la aussi pas grand chose de "sexué")

Le braqueur / De Inbreker (Frans Weisz - 1972)

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Un braqueur de coffre forts est embauché par un homme d'affaire pour retrouver sa fille disparue. Sentant un coup fourré, il accepte le boulot mais reste - à raison - sur ses gardes.

Voila un titre qui surfe sur le revival des néo-films noirs décontractés qui fleurissaient à la même période aux USA. Je pensais d'ailleurs qu'il était antérieur au Privé d'Altman mais c'est finalement l'inverse. C'est plutôt sympathique sans pour autant répondre aux attentes d'une première demi-heure assez réussie avec son anti-héros nonchalant et roublard, loin d'être un sex symbol beau-gosse et bien bâti. Davantage le type de 40-45 ans, un peu dégarni et avec un peu de bide. Ca n'empêche pas le comédien Rijk de Gooyer de faire preuve d'une vraie présence à l'écran et d'être immédiatement attachant.
Frank Weisz impose au début une cadence très soutenue avec des ellipses très percutantes, une réelle sens de la concision avec quelques dialogues sympathiques, la musique groovy qui va bien et un scénario très basique mais bien construit. Par contre une fois que la fille est retrouvée, et re-disparait de manière définitive, le braqueur sort les charentaises et s'avachit dans le hamac. Le rythme se fait plus conventionnel, la narration manque de dynamisme, la caméra s'oublie dans un coin du décor et le scénario lasse avec ses sinuosités pas très passionnantes en fin de compte. Par contre l'arrivée d'un nouveau personnage féminin relance la machine vers un buddy-movie assez atypique, plus proche cette fois d'un Stanley Donen façon Charade (moins pop quand même). C'est assez improbable (la fille est mineure) mais le duo fonctionne bien et pour peu on aurait bien voulu les voir davantage à l'écran. Ca réhausse son gros tiers central en pilotage automatique et au script incompréhensible, fidèle au genre cela dit. Un des problèmes du film vient peut-être d'un manque de budget qui ne permet pas au cinéaste de donner libre court à ses ambitions comme en témoigne une poursuite en voiture très bricolé qui voudraient côtoyer ses homologues américains et qui dégagent presque une dimension touchante par ses maladresses.

Pour l'aspect sex wave, à part une visite dans un club de strip-tease, il n'y a à relever. Ce qui n'est absolument pas un défaut. Après tout le principal est de découvrir une cinématographie qui m'était totalement inconnu.
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Dans Toute la mémoire du monde 2019

Between the lines (Joan Micklin Silver - 1977)

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A Boston, le quotidien de la rédaction d'un journal local indépendant alors qu'une rumeur de rachat par un grand groupe plane sur eux.

A l'image de l'équipe quil met en scène, Between the lines est un pur film indépendant et il est a parier que la cinéaste avait en tête ce parallèle en s'attaquant à ce projet.
Sur le principe, ça avait tout pour me plaire mais en fait ce qui m'intéressait le plus - les journalistes sur le point de perdre leur liberté façon Park Row ou Bas les masques - est très en retrait et l'ensemble du récit est plutôt centrer sur leurs histoires de coeurs/culs et doutes professionnels : est-ce que je dois suivre mon copain à New-York ? Est-ce que je vais réussir à finir mon premier livre ? Je me mets en couple ou pas ? Pourquoi le comptable qui me drague ne comprend-il pas que je me fous de lui ? C'est pas possible d'avoir une augmentation ?
J'avoue que ces interrogations m'ont un peu laissé de marbre avec une interprétation inégale composée de jeunes comédiens qui ne demandaient qu'à percer (comme John Heard ou Jeff Goldblum en roue libre tout à tour agaçant ou amusant), une mise en scène "effacée" et une construction chorale où 75% des séquences pourraient être interverties tandis que d'autres tombe franchement à l'eau (le jeune qui se fait tabassait par des mafieux)
Après, ça n'empêche une certaine justesse dans l'écriture de plusieurs séquences qu'elle soit intimiste ou humoristique, et le film capte assez bien la fin d'une époque (mutation musicale, début des gros conglomérat médiatique, une certaine désillusion au lendemain des 60's...).
Ah oui, et il y a plusieurs chansons de Southside Johnny (dont 2 jouées en live dans un petit bar).
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Zelda Zonk
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Re: Notez les films naphtas

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Winter Kills [Les magnats du pouvoir / Qui a tué le Président ? (on trouve les deux titres en français)] (William Richert – 1979)

Dix-neuf ans après l’assassinat de son demi-frère, alors président des États-Unis, Nick Kean est contacté par un homme qui prétend être le deuxième tireur. Kegan se lance alors à la recherche de la vérité et pénètre dans le monde délirant des théories conspirationnistes.

Curieux film que voilà ! Commençons par dire que le casting est étincelant : Jeff Bridges, John Huston, Eli Wallach, Anthony Perkins, Sterling Hayden, Toshirô Mifune, et même Elisabeth Taylor dans un petit cameo (non créditée au générique). N'en jetez plus !… Pourtant, si le film s'inscrit bel et bien dans la mouvance très seventies des thrillers paranoïaques réécrivant l'assassinat de J.F.K, le film n'atteint jamais les sommets d'un Parallax View ou de Conversation secrète, la faute à un scénario bancal et inégal, gâché par quelques incohérences et invraisemblances, et surtout à sa tonalité déconcertante, oscillant constamment entre le sérieux de l'enquête et la farce, le drame et les situations loufoques. Cette approche hybride m'a quelque peu décontenancé et fait sortir du film à plusieurs reprises, ne sachant jamais vraiment sur quel pied danser. Dommage, car la mise en scène est plutôt réussie pour un premier film, d'autant mieux qu'elle est servie par la photo de Vilmos Zsigmond. Et John Huston est toujours aussi impressionnant de charisme et de justesse quand il est devant la caméra.
Bref, une curiosité pour le moins déconcertante, mais qui vaut tout de même le détour, surtout si vous êtes client(e) de ce climat conspirationniste au cinéma.
[Dispo en VOD sur de nombreuses plateformes, dans la collection « Make My Day » de Jean-Baptiste Thoret]

6/10

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Re: Notez les films naphtas

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bruce randylan wrote: 14 Mar 19, 12:33 Dans Toute la mémoire du monde 2019

Between the lines (Joan Micklin Silver - 1977)

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A Boston, le quotidien de la rédaction d'un journal local indépendant alors qu'une rumeur de rachat par un grand groupe plane sur eux.

A l'image de l'équipe quil met en scène, Between the lines est un pur film indépendant et il est a parier que la cinéaste avait en tête ce parallèle en s'attaquant à ce projet.
Sur le principe, ça avait tout pour me plaire mais en fait ce qui m'intéressait le plus - les journalistes sur le point de perdre leur liberté façon Park Row ou Bas les masques - est très en retrait et l'ensemble du récit est plutôt centrer sur leurs histoires de coeurs/culs et doutes professionnels : est-ce que je dois suivre mon copain à New-York ? Est-ce que je vais réussir à finir mon premier livre ? Je me mets en couple ou pas ? Pourquoi le comptable qui me drague ne comprend-il pas que je me fous de lui ? C'est pas possible d'avoir une augmentation ?
J'avoue que ces interrogations m'ont un peu laissé de marbre avec une interprétation inégale composée de jeunes comédiens qui ne demandaient qu'à percer (comme John Heard ou Jeff Goldblum en roue libre tout à tour agaçant ou amusant), une mise en scène "effacée" et une construction chorale où 75% des séquences pourraient être interverties tandis que d'autres tombe franchement à l'eau (le jeune qui se fait tabassait par des mafieux)
Après, ça n'empêche une certaine justesse dans l'écriture de plusieurs séquences qu'elle soit intimiste ou humoristique, et le film capte assez bien la fin d'une époque (mutation musicale, début des gros conglomérat médiatique, une certaine désillusion au lendemain des 60's...).
Ah oui, et il y a plusieurs chansons de Southside Johnny (dont 2 jouées en live dans un petit bar).
la remontée du topic par Zelda me permet de tomber sur l'avis (meme si mitigé) de bruce sur Between the lines, sympathique coincidence.
"On peut revenir au sujet du topic ?" (Jack Carter)
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Re: Notez les films naphtas

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Cérémonies sanglantes de Jorge Grau (1973)

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Au début du XVIIe siècle en Europe centrale, la riche comtesse hongroise Erzsébet Báthory, soucieuse de son vieillissement, fit tuer une centaine de jeunes filles vierges afin de se baigner dans leur sang, persuadée que ce rituel macabre pourrait conserver sa beauté et sa jeunesse. Alors que son époux, le marquis Karl Ziemmer, assiste à un procès posthume pour juger un médecin mort accusé d'être un vampire, sa femme remarque que quelques gouttes de sang tombées sur sa peau l'ont rajeunie. Influencée par sa suivante, la comtesse part à la quête meurtrière pour constituer sa fontaine de Jouvence afin de plaire éternellement et, surtout, cacher son vrai âge à son nouvel amoureux, un jeune soldat fou d'elle.

Cérémonies sanglantes s’inscrit dans un certain attrait du cinéma espagnol pour le fantastique depuis la fin des années 60. C’est également une des premières productions à exploiter la figure de la Comtesse Bathory, cette noble hongroise du 17e siècle dont la légende sanglante prétend qu’elle se baignait dans le sang de jeunes filles vierge pour préserver sa jeunesse. Les Lèvres rouges de Harry Kümel (1971) avait constitué la plus fameuse de ces premières illustrations filmiques de la Comtesse Bathory mais faisait le choix d’un environnement contemporain. Cérémonies sanglantes se démarque donc en exploitant le premier un environnement historique et esthétique explicitement situé dans un cadre de pays de l’est. Avec le temps et les apports d’historiens, la véracité de la « légende » de la Comtesse Báthory fut de plus en plus discutée et les fait fut plutôt interprété à l’aune d’un complot dont elle fut victime à cause de sa richesse et pouvoir grandissant dans le pays. La plupart des films préfèrent exploiter l’imagerie plus folklorique, gothique et sanglante de Báthory mais récemment La Comtesse de Julie (2009) avait su marier cette rigueur historique avec une veine plus sensationnaliste. Cérémonies sanglantes finalement plus drame historique et intimiste que film d’horreur anticipe donc le film de Julie Delpy sur ce point.

Nous plongeons dans un monde obscurantiste (dont les pratiques les plus étranges sont avérée comme ce puceau nu sur un cheval qui doit le guider vers une tombe de vampire) où la croyance oscille entre desseins pécuniaires et vraie folie. Erzsébet Báthory (Lucia Bosè) délaissée par son époux met ainsi cet abandon sur le compte des marques du temps sur son physique et va choisir la voie que l’on sait pour préserver la beauté de ses traits. Il est fortement sous-entendu que le marquis (Espartaco Santoni) est possiblement impuissant au vu de son abandon du lit conjugal, mais aussi de ses tentatives avortées de répondre aux avances qui lui sont faites notamment la belle Marina (la suédoise Ewa Aulin). Dès lors le couple retrouve de sa complicité en s’associant dans une machination meurtrière où l’une a l’illusion de retrouver sa beauté, et l’autre celle de réveiller sa virilité.

L’érotisme et la dimension rituelle macabre sont bien là (les visites nocturne "vampirique" du marquis), tout en remettant en cause le surnaturel pour miser sur la folie des protagonistes. Cela est pour la dimension intimiste mais le propos s’avère tout aussi cinglant à l’échelle de cette société lorsqu’on comprendre progressivement qu’une accusation et procès initial pour vampirisme semble un prétexte pour exproprier une famille et s’adjoindre leur terrain. Le film jongle avec brio entre veine sociale, horrifique et psychologique à travers une mise en scène élégante où Jorge Grau sait s’abandonner à quelques débordements bis lors des sacrifices (la photo écarlate et baroque de Fernando Arribas et Oberdan Troiani du plus bel effet). L’atmosphère trouble et gothique est très réussie malgré quelques petites longueurs. Même si notre préférence reste au définitif La Comtesse de Julie Delpy, ce précurseur s’avère un objet tout à fait intéressant. 4/6
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Re: Notez les films naphtas

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Le métro de la mort (Death Line - Gary Sherman, 1972)

Une série de disparitions dans une station de métro entraine la police sur la piste d'une histoire sordide, celle d'ouvriers enfermés vivants des décennies plus tôt, lors de l'abandon d'un chantier.

Très étonnant film d'horreur qui n'en est pas vraiment un, refusant les reflexes du plan choc et toutes les mécaniques habituelles pour un récit qui s'orienterait plus vers le drame humain, celui d'hommes et de femmes descendus au plus bas de la condition humaine, vivant à côté d'une société pas forcément reluisante comme l'illustre la première séquence ou un officier de l'empire qui se comporte comme un goujat avec une passagère avant d'être attaqué par les cannibales des sous sols : qui est le monstre ?
Sherman choisit une forme inhabituelle pour le genre, privilégiant un rythme très posé et les long plans, comme ce très beau long (faux) plan séquence qui nous dévoile au tiers du film les deux derniers "cannibales" du métro et leur environnement. un plan qui donne le ton du film, avec sa très belle lumière, et une humanité évidente mêlée à l'horreur "brute" des images. Une drôle d'atmosphère, particulièrement réussie, qui vise à l'ambiguïté. Sentiment prolongé par le génial Donald Pleasance dans le rôle de l'inspecteur qui mène l'enquête, à la fois drôle, désabusé, maniaque et obsessif, l'acteur invente à chaque plan, pour une interprétation mémorable. Le tout est bien dosé, dans un film ni trop court ni trop long, et d'une assez grande justesse dans la peinture de ses personnage. Une belle B.O qui oscille du classique au plus expérimentale accompagne les sentiments mitigés et complexes que nous procure le film. Une vraie belle découverte, et une très grande réussite du "genre".