Notez les films naphtas

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Kevin95
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GOOD NEIGHBOR SAM (David Swift, 1964) découverte

David Swift se rêve en Billy Wilder, reprend le Jack Lemmon de The Apartment (employé modèle donc exploité) tandis que certaines séquences se calquent sur celles de The Seven Year Itch. Passons sur ces références écrasantes pour mieux saluer le gout prononcé d'un ancien animateur de chez Disney pour les couleurs pastelles et le ton bon-enfant. Le film est un marivaudage classique, sans éclats mais avec quelques petites idées savoureuses. Derrière l'imagerie proprette, le récit d'un couple d'américains frustrés, agrichés par un ménage à trois avec une copine européenne (Romy Schneider aussi drôle qu'une porte de prison) puis par une proposition d’échangisme. C'est discret, peut-être inconscient mais sensible. Pas contre deux heures au compteur, c'est du luxe ! 7/10

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AMANTI D'OLTRETOMBA (Mario Caiano, 1965) découverte

Barbara Steele est double. Elle est Muriel, brune, perfide, un tantinet garce et torturée à mort au bout de quelques minutes pour avoir trompée son mari avec le gouleyant jardinier. Puis elle est Jenny, blonde, niaise, sortie de son nid pour découvrir avec effroi que sa cousine l’obsède et la hante. Une obsession qui prend l’allure d’hallucinations et d'un morceau au piano envoutant de Morricone. Caiano se joue du budget ridicule, ne rechigne pas à utiliser les trois pans de mur de son décor pour amplifier l’étouffement d'un lieu unique que l'on ne quittera jamais. Pris de fièvre, le réalisateur signe pour le coup une des dernières pièces majeures du gothique italien. 8/10
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Kevin95
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MILANO VIOLENTA (Mario Caiano, 1976) révision

Pour le premier de ses trois poliziottesco, Mario Caiano se coltine une humeur de chien, une imagerie cafardeuse et une volonté de ne jamais aller vers la flamboyance. Milan est terne et gris, le décorum se réduit à des endroits étroits (appartements exigus), insalubres (décharge, abattoir) ou déserts (la villa) tandis que les personnages appellent peu d'empathie. Les bandits au cœur du film cavalent mais ne réfléchissent pas, se tirent dans les pattes sans calculer leur intérêt, agissent en automates jusqu'à n'être plus capable que de parler fric (voir le mot "argent" répété frénétiquement par le personnage principal). Les flics enquêtent, attendent que les hors-la-loi se fatiguent avant de leur tirer une balle dans le dos dans une foret paisible. Efficace (le film hein !). 8,5/10

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MADEMOISELLE ET SON GANG (Jean Boyer, 1957) découverte

Line Renaud en vedette, ça pose un film ! Couillonnade servant de véhicule à la chanteuse comme une sorte d’ancêtre du Bang-Bang de Sheila. Là où le film des sixties parodie les films d'espionnages, c'est ici la série noire qui est passé à la moulinette de la comédie du samedi soir. Le dico d'argot est essoré pendant que les trognes patibulaires (mais presque) viennent faire leur numéro aux cotés de la star gaullienne. Celle-ci est ni bonne, ni mauvaise, juste invisible (hormis lors d'une chanson évidemment immonde) et ce n'est pas sa manière très septuagénaire de porter les jeans qui la rend charismatique. Heureusement elle est rattrapée par d'excellents seconds rôles dont le duo Jean Carmet/Christian Duvaleix aux mœurs troubles. Inutile mais sympatoche. 6/10
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Rick Blaine
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Kevin95 wrote: MILANO VIOLENTA (Mario Caiano, 1976) révision

Pour le premier de ses trois poliziottesco, Mario Caiano se coltine une humeur de chien, une imagerie cafardeuse et une volonté de ne jamais aller vers la flamboyance. Milan est terne et gris, le décorum se réduit à des endroits étroits (appartements exigus), insalubres (décharge, abattoir) ou déserts (la villa) tandis que les personnages appellent peu d'empathie. Les bandits au cœur du film cavalent mais ne réfléchissent pas, se tirent dans les pattes sans calculer leur intérêt, agissent en automates jusqu'à n'être plus capable que de parler fric (voir le mot "argent" répété frénétiquement par le personnage principal). Les flics enquêtent, attendent que les hors-la-loi se fatiguent avant de leur tirer une balle dans le dos dans une foret paisible. Efficace (le film hein !). 8,5/10
Tu l'as vu comment ? Il existe un DVD ?
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cinephage
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Rick Blaine wrote:
Kevin95 wrote: MILANO VIOLENTA (Mario Caiano, 1976) révision

Pour le premier de ses trois poliziottesco, Mario Caiano se coltine une humeur de chien, une imagerie cafardeuse et une volonté de ne jamais aller vers la flamboyance. Milan est terne et gris, le décorum se réduit à des endroits étroits (appartements exigus), insalubres (décharge, abattoir) ou déserts (la villa) tandis que les personnages appellent peu d'empathie. Les bandits au cœur du film cavalent mais ne réfléchissent pas, se tirent dans les pattes sans calculer leur intérêt, agissent en automates jusqu'à n'être plus capable que de parler fric (voir le mot "argent" répété frénétiquement par le personnage principal). Les flics enquêtent, attendent que les hors-la-loi se fatiguent avant de leur tirer une balle dans le dos dans une foret paisible. Efficace (le film hein !). 8,5/10
Tu l'as vu comment ? Il existe un DVD ?
Non, enfin, j'imagine : copie défraichie et en VF projetée à une soirée Cinéma bis de la Cinémathèque. :wink:
Le film est assez sympa, en effet, et frappe notamment par l'incapacité des bandits à anticiper, à se mettre d'accord, à faire face. De l'autre coté, les policiers discutent gentiment boulot et se contentent de suivre les traces (comprendre : les cadavres) laissées par les bandits qu'ils poursuivent. L'intrigue est linéaire, assez logique dans son déroulement, et son issue ne laisse aucun doute.
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
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Kevin95
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cinephage wrote:
Rick Blaine wrote:
Tu l'as vu comment ? Il existe un DVD ?
Non, enfin, j'imagine : copie défraichie et en VF projetée à une soirée Cinéma bis de la Cinémathèque. :wink:
Vala ! :wink:
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Merci à tout les deux.
Je me doutais un peu, mais on peut quand même tenter ! :D
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BLOOD ALLEY (William A. Wellman, 1955) découverte

Malaimé dans la filmo de Wellman en raison sans doute de son discours anti-rouge, c'est balayer un peu vite d'une part que la banderole américaine n'est pas si énorme que ça (les méchants cocos sont une menace quasi-invisible et le réalisateur évite la caricature bulldozer) et de l'autre sa mise en scène flamboyante comme son récit passionnant. Wayne est un éléphant dans une boutique de porcelaine, n'hésite pas à se faire agressif sans pour autant masquer une tendresse pour le peuple chinois. Comme souvent chez le réalisateur, la violence se fait brusque et inattendue comme cet enfant objet de chantage ou cette séquence superbe et muette d'une attaque en pleine tempête. Non décidément, c'est du bon boulot. 8/10
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CLEOPATRA (Cecil B. DeMille, 1934) découverte

Délaissé de ses thématiques américano-catholiques, Cecil B. DeMille est comme nu et sa mise en scène mégalo ou son penchant fétichiste pour les séquences orgiaques éclatent sans voile sur grand écran. Le réalisateur ne retient des relations entre Rome et l’Égypte que des scènes de fêtes et un pouvoir ne passant (c'en est presque une règle) que par le sexe, sous toutes ses formes (l'homosexualité est discrètement sous-entendus). On balance entre splendeur d'une mise en scène démesurée et kitch tout droit sorti du cerveau gourmand du cinéaste (femmes palourde, femmes tigre voir femme tapis). On reste scotché devant l'entreprise, devant l'audace de son instigateur (qui écrit son nom plus gros que le reste). Fou ! 9/10
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DIO PERDONA... IO NO ! (Giuseppe Colizzi, 1967) découverte

Première rencontre entre Terence Hill et Bud Spencer même si le duo n'est pas encore véritablement formé (il faudra attendre le Trinità de Barboni). C'est d’ailleurs étonnant et reposant de voir les deux comédiens jouer sobrement leurs rôles dans un western italien pas encore versé dans la parodie. De son coté, Giuseppe Colizzi donne à son film des airs de film noir stylisé avec enquête, flash back et mort pas vraiment mort. Le cinéaste s'amuse à jouer avec le zoomorphisme et mets en scène les trois personnages principaux comme des animaux : Terence Hill est un chat (qui saute aux arbres et craint l'eau), Bud Spencer est un chien (qui aboie et use de sa force) tandis que le méchant Frank Wolff est un renard (roux, fourbe, les yeux malicieux). Une vrai fable de La Fontaine. 8/10
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THE LADYKILLERS (Alexander Mackendrick, 1955) révision

On ne dira jamais assez combien il est difficile de butter une vieille, surtout quand celle-ci est anglaise, mimi comme tout et aussi hardcore qu'un thé chaud avec des petits gâteaux. Mackendrick profite d'un cadenas scénaristique simple pour pousser au maximum le ridicule des tueurs du titre (dont Alec Guinness tout en sourire Ultra Brite et ombre Mlemaudiesque) sans tomber dans la bouffonnerie fatigante, travaille l'espace réduit d'une maisonnette aussi exiguë qu’irréelle ou offrir en cadeau Bonux une mise en scène stylisée et des séquences de film noir d'une beauté que n'aurait pas renié le Carol Reed de The Third Man (le train, la fumée et les paquets lancés). Avec classe, le réalisateur filme une comédie anglaise haute couture. Nice shot my dear. 9/10

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SWEET SMELL OF SUCCESS (Alexander Mackendrick, 1957) découverte

New-York, 1957. Une nuit, une faune urbaine, des lumières scintillantes, une musique d'Elmer Bernstein qui sonne comme une prolongement tendu et grave de son score sur The Man With the Golden Arm de Preminger quand enfin Tony Curtis déboule sur l'écran, frêle, aux aguets, attendant impatiemment la distribution d'un journal comme on attend son destin. Mackendrick les a bien accrochés quand pour son premier film sur sa terre natale, il filme la vie culturelle et mondaine dans ce qu'elle a de plus dure et de plus acide. Le réalisateur n'a peur de rien, Lancaster le suit (en co-produisant) et joue les salopards comme jamais, manipulateur, trouble, violent. Curtis n'est pas en reste en bouffon du roi, régulièrement en arrière plan et ne cessant de gesticuler pour être de tous les plans (dans les deux sens du terme). Scorsese adore le film, comme tout le monde. Chef d’œuvre. 10/10
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DON'T MAKE WAVES (Alexander Mackendrick, 1967) découverte

Après le semi-échec de son génial A High Wind in Jamaica, Mackendrick veut se refaire et croit trouver la bonne affaire en surfant sur les surfeurs, la pop musique, les comédies tout en scope-couleur et le Summer of Love. Pas de bol il est complétement déconnecté avec le contemporain de son pays et ne semble retenir du mouvement que sa couverture. Tony Curtis est de la partie et cabotine outrageusement pour combler un scénario en congé, Claudia Cardinale est sur la photo mais pas dans le film, Sharon Tate est en papier ultra glacé pendant que l'humour fond sous le soleil californien. Quelques micros amuse-gueules (l'intro muette, le bodybuildeur ultra touchant) mais rien de très épicé ne vient donner de la saveur au plat. Pouf pouf, on (se) dit que ce métrage cafardeux n'était qu'une erreur et que High Wind est le vrai dernier film du réalisateur. 4,5/10
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RENDEZ-VOUS À PARIS (Gilles Grangier, 1947) découverte

Bienvenue à Monsieur Cinéma. Le quiz s'organise en trois questions, les trois parties du film de Gilles Grangier. On y va : un paquebot, des gens de la haute, une romance à l'abri des regards... Ah mais c'est Love Affair de McCarey, manque que la visite à la Mama et l'imitation serait complète. Ça reprend : des escrocs, Jean Tissier en voleur un peu branque, un collier... J'étais une aventurière bien sur. Dernière manche, une histoire d'amour impossible, un homme recherché par toutes les polices, un adieu, un bateau... évidemment suis-je bête, Pépé le Moko. Le jeu est rigolo et le film "puzzle" de Grangier pas désagréable. Si comme on peut le voir, ce n'est pas l'originalité qui l'étouffe, il n'en demeure pas moins sympathique, mignon même malgré une Marguerite Moreno à baffer ou un troisième acte maladroit et expédié. La nostalgie de l'avant-guerre. 7/10
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WHISKY GALORE ! (Alexander Mackendrick, 1949) découverte

Au vu de la réputation du film, on pouvait s'attendre à mieux. Le pitch est rigolo mais ne tient la route que dix minutes et laisse le récit tourner en rond avec ce point de départ maigrichon. Il faudra attendre la moitié du film pour qu'enfin les soiffards de l'ile dédaignent piquer la cargaison qui leur tend les bras et que se déclenche une vague intrigue mais un modeste suspense. Le reste du film est sympatoche même si l'identification envers les habitants a du mal à se faire (trop grotesques et chauvins pour attiser l’empathie). L'ironie c'est qu'on éprouve plus de sympathie envers Basil Radford (brave rondouillard qui ne fait que son boulot) alors même que toute l'ile va se liguer pour le faire chier tout du long. Son dernier gros plan est d’ailleurs touchant et nous éloigne encore plus des habitants et de leur alcoolisme maladif. 7/10
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SAMMY GOING SOUTH (Alexander Mackendrick, 1963) découverte

Lawrence of Arabia en culottes courtes. L'odyssée du petit Sammy qui va se farcir toute l'Afrique du Nord au Sud suite à la disparition brutale de ses parents. Une épopée où le gamin va rencontrer la mort, en tant que témoin mais pas que. Une violence constante plane le long du parcours de Sammy que Mackendrick va sous-entendre via des images anodines donc marquantes : une chaussure au sol, un voile qui féminise un visage et qui annonce un possible viol, un animal tué de sang froid devant son petit... L'enfant deviendra grand, passera d'une position assise (premier plan) à une position debout (dernier plan) sans pour autant perdre son âme de rêveur. Comme dans A High Wind in Jamaica, le réalisateur filme l'enfance dans un entre-deux, entre émerveillement et cruauté. Sa mise en scène flirte avec l'esthétique de pub Cote d'or mais embrasse franchement le cinéma à grand spectacle. Dépaysant. 8,5/10
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ESCAPE TO WITCH MOUNTAIN (John Hough, 1975) découverte

Film Disney qui... non mais ne vous barrez pas ! C'est même un des plus regardables de la période, bien plus que La Coccinelle à Tourcoing ou L'Espion au pattes de velours qui m'aimait. Walter a eu la bonne idée de confier la mise en scène non pas à un réalisateur au sourire guimauve et aux doigts suffisamment fins pour faire les poches des mômes mais au réalisateur de Twins of Evil ou Dirty Mary Crazy Larry. John Hough ne pirate pas la machine (Disney a les yeux derrière la tête) mais filme sobrement cette sucrerie, sans effet ni hystérie, et va jusqu'à exploiter les codes du cinéma fantastique adulte lors de certaines scènes comme l'attaque du balais (ne riez pas s’il-vous-plait). Les deux gamins extra-terrestres tout droit sortis du Village of the Damned peuvent devenir flippant si l'on a l’esprit déplacé, preuve en est le regard tendu des méchants : Donald je dois avoir un frère jumeau pour jouer dans autant de films Pleasence et Ray Milland (mais siii, Dial M for Murder). Un film naïf, tout public mais agréable quand le cerveau commence à peser. Spielberg doit l'avoir dans sa vidéothèque puisqu'une scène du film est littéralement celle d'E.T. (un barrage, des aliens, un car en lévitation, you know what i mean ?). 6,5/10

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ANNI DIFFICILI (Luigi Zampa, 1948) découverte

Fresque mélodramatique autour d'une famille sur près de dix ans, entre l'inscription (à priori) anodine du père de famille au parti fasciste jusqu'à son contrecoup dix ans plus tard au sortir de la guerre. Le film peut se voir comme le prolongement de Vivere en pace mais dans un cadre urbain, dans un temps plus vaste et avec un personnage non plus héro malgré lui mais lâche malgré lui. Un même sentiment mélancolique unit les deux films (et plus généralement le Zampa de cette époque), un même sentiment de gâchis mais aussi de mêmes maladresses, la main du réalisateur toujours aussi lourde dans l’utilisation des larmes et des violons. Le moteur émotionnelle reste son personnage principale, ce pauvre employé perdu dans ses dossiers et qui peine à retirer ses bottes noirs (tu le sens mon symbole !). Un anonyme, qui voit ses camarades user leurs vestes à trop la retourner, voir des résistants se terrer derrière une pharmacie et ensuite faire la leçon aux autres, voir un gouvernement fricoter avec celui qui a le pistolet chargé. Sa descente en enfer est poignante. 8/10

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ANNI FACILI (Luigi Zampa, 1953) découverte

Pour arriver au nerf du film - à savoir la satire kafkaïenne de l'administration italienne post-fascisme - il va falloir passer par de multiples chemins annexes, pas tous en rapport avec le sujet, pas tous de première qualité (la séquences avec les néo-fascistes qui tire en longueur). Il faut donc attendre un bon quart d'heure pour qu'enfin le film commence (les amuses-gueules en intro ne sont pas désagréables mais sont des fausses pistes) et que se mettent en place un croisement goûtu entre La Maison des fous des Douze Travaux d'Astérix et la paperasserie italienne bien dans le sens du vent d'Il conformista. Nino Taranto (sorte de Totò en moins aristocrate et moins filou) se paume dans les couloirs de Rome, graisse des pattes pour gagner deux places dans la file d'attente et réveille malgré lui de vieux démons. La machine satirique marche très bien avant un dernier acte plus tragique et christique, annoncé par les nombreux crucifix et diverses croix dans le champ. Le fameux retour de bâton où les violons entrent en scène à l'improviste. Zampa se tient droit, verse une larme pour ses concitoyens peu regardants vis à vis de la corruption et travaille une figure qui le hante, le père de famille déchu. Le réalisateur - comme d'hab - tire un peu sur la ligne au cas où deux trois spectateurs n'aient pas versé leur larmiche mais Anni facili est l'une des plus belles réussites de sa première période. 8,5/10
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