Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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AliceZinzin
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by AliceZinzin »

Dave Bannion wrote:
Chip wrote:Quant à mes bouquins CINE auxquels fait allusion Kermaviel, le nombre avoisine les 500 ouvrages, dont plus de la moitié en anglais, souvent achetés à la défunte librairie " Contacts" qui était située au 24 rue du colisée, dans le 8ème arrondissement, on pouvait y croiser aussi des gens du cinéma, comme Tavernier, Jean -Marc Barr, Eddy Mitchell, pour ne citer que ceux que j'ai rencontrés. La librairie déménagea ensuite pour s'installer au 14 rue St Sulpice, mais elle a comme la plupart de ces librairies , cessé toute activité( because internet). La librairie Galignani rue de Rivoli propose pas mal d'ouvrages en anglais sur le cinéma et les " cinglés du cinéma" d' Argenteuil (fin septembre, tous les ans) est un bon endroit pour trouver des bouquins depuis longtemps épuisés.

Je me rappelle bien de la librairie Contacts : ils étaient presque les seuls à avoir des bouquins en Anglais : Le premier que j'avais acheté était un bouquin sur Peckinpah " Crucified Héros "; Il n'y avait rien en Français sur le cinéaste.

Plus ancien encore la librairie Le zinzin d'Hollywood, rue des Ursulines. A l'époque, une mine d'or pour les cinéphiles aujourd'hui fermée.

Il en reste ( au moins..) une : Scaramouche rue St Martin à côté de Beaubourg. beaucoup de bouquins dont pas mal en Anglais. Qq vieilles revues et tenu par un passionné assez sympa.
Bonjour,

Je sais que ça date mais je suis la fille du fondateur du Zinzin d'Hollywood et je suis tombée sur votre message en faisant des recherches. C'est émouvant de voir que l'on se souvient de la boutique !
La librairie parisienne est bien fermée mais nous avons désormais un site internet ! Il est encore jeune donc il n'y a qu'une petite partie du stock visible mais il va grandir :) Vous le trouverez en tapant Le Zinzin d'Hollywood + librairie sur internet. Vous pouvez également nous suivre sur Facebook.

Bonne soirée
AliceZinzin
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by AliceZinzin »

Chip wrote:J'ai fréquenté aussi " le zinzin de Hollywood" dans les années 70, je me souviens y avoir acheté le bouquin Citadel sur John Garfield " the films of John Garfield" de Howard Gelman, celle de la rue St Martin un peu moins.
Bonjour,

Je sais que ça date mais je suis la fille du fondateur du Zinzin d'Hollywood et je suis tombée sur votre message en faisant des recherches. C'est émouvant de voir que l'on se souvient de la boutique !
La librairie parisienne est bien fermée mais nous avons désormais un site internet ! Il est encore jeune donc il n'y a qu'une petite partie du stock visible mais il va grandir :) Vous le trouverez en tapant Le Zinzin d'Hollywood + librairie sur internet. Vous pouvez également nous suivre sur Facebook.

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Supfiction
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Supfiction »

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A Touch of Larceny - Un brin d'escroquerie (1959)


Réalisation : Guy Hamilton, assisté de Peter Yates
Scénario : Roger MacDougall, Guy Hamilton et Ivan Foxwell d'après le roman Jeu d’espions, jeu de vilains (The Megstone Plot) d'Andrew Garve
Photographie : John Wilcox
Musique : Philip Green


A la frontière du film noir, on pourra considérer A Touch of Larceny (1959) comme faisant partie du genre à la marge de la comédie et du drame romantique léger.
Quoiqu'il en soit, je voulais en dire un mot car ce film délicieux est une petite merveille, et ce principalement grâce à un James Mason absolument génial en héros de guerre mais surtout prédateur/charmeur (cf. topic Wenstein pour la nuance) sexuel jetant son dévolu au premier regard sur la fiancée d'un ancien compagnon de guerre, Vera Miles. Leur couple de cinéma est adorable, leurs jeux de séduction charmants. Je n'étais pas fan de Vera Miles, mais là je l'ai trouvée absolument formidable (comme dirait Michel Ciment). Elle voit venir Mason à des kilomètres mais ne le repousse jamais vraiment.

Après avoir servi avec succès à bord d'un sous-marin pendant la Seconde Guerre mondiale, le commandant Max Easton (James Mason) est affecté à l'Amirauté. Par l'intermédiaire de son ami Sir Charles Holland (George Sanders), il fait la rencontre de la riche veuve américaine Virginia Killain (Vera Miles). Pour la séduire, il imagine une escroquerie complexe qui l'oblige à se faire passer pour un agent double au service des Soviétiques.

Le scénario est tiré d'une adaptation du roman The Megstone Plot d'Andrew Garve (alias Paul Winterton, écrivain et journaliste britannique) dont plusieurs travaux furent adaptés au cinéma (Ne me quitte jamais adaptation de Came the Dawn, avec Clark Gable et Gene Tierney, Un brin d'escroquerie adaptation de The Megstone Plot, The Desperate Man/Beginner's Luck, Two Letter Alibi/Mort contre la montre).
The Megstone Plot fut publiée en 1956 et traduit en France en 1959 sous le titre Jeu d’espions, jeu de vilains au sein de la collection L'Aventure criminelle, collection littéraire de roman d'espionnage et de roman policier. Concurrente de la collection Série noire, L’Aventure criminelle privilégiait le roman d’espionnage.

Egalement au casting, George Sanders, bien entendu malveillant. :P Mais aussi des visages familiers comme Duncan Lamont et l'impeccable Harry Andrews.

Un dvd italien existe. J'adorerai tellement le voir un jour en HD..


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Profondo Rosso
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Profondo Rosso »

Les Amants du crime de Felix Feist (1951)

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Incarcéré, dès l'âge de 13 ans, pour avoir assassiné son propre père, Bill Clark est libéré. Il vient de purger une peine de plus de 18 ans de prison. Après une expérience malheureuse, il erre dans New York et croise la route de Kay, taxi-girl dans un dancing. Il en tombe sincèrement amoureux et la raccompagne à son domicile. Là, il découvre qu'elle a une liaison avec un policier. Une bagarre s'ensuit qui tourne au désavantage de Bill. Ce dernier s'écroule, inconscient. Contraints de fuir, les deux amants rencontrent la famille Dawson qui se propose de les héberger chez eux à Salinas...

Les Amants du crime est la plus grande réussite du petit maître du film noir Felix Feist et s'avère un avatar surprenant du genre. Dans un premier temps le récit semble déployer des motifs bien connus qui conduiront à un récit de couple criminel asocial en cavale façon Les Amants de la nuit (1948). C'est d'abord la caractérisation des personnages plutôt que les situations qui sort des sentiers battus. Steve Cochran (remplaçant Burt Lancaster initialement envisagé) plus habitué au rôle de brute épaisse et séducteur fameux dans la réalité incarne ainsi Bill Clark, homme-enfant projeté dans le monde réel après avoir été incarcéré depuis l'âge de treize pour le meurtre de son père. Le passif de dur à cuire de l'acteur se conjugue ainsi à une vulnérabilité palpable où son ignorance le montre en décalage tant par l'attitude (regard trop insistant avec les femmes, la curiosité enfantine face à une voiture décapotable) que son ignorance des éléments du quotidien (bière à commander dans un bar, prix d'un ticket de bus). Son enfance meurtrie en fait une proie facile constamment rattrapée par ce passé douloureux. A l'inverse c'est dans un âge adulte désabusé que se morfond Kay (Ruth Roman), jeune taxi-girl dont va s'éprendre Bill.

Les deux personnages se côtoient dans un mélange d'attirance et de méfiance au sein d'un paysage urbain synonyme de fatalité où la violence va les rattraper et les forcer à la cavale. Cette fuite repose sur un mensonge quant au crime initial mais désinhibe également le couple, la cohabitation forcée permettant de rapprocher leur solitude. La bascule du pur film criminel (bien présent dans l'imagerie lors des scènes de fuite) se fait ainsi par un pur motif émotionnel. Ce sera par l'émotion subtile d'un dialogue quand Bill annonce faussement détaché sa volonté d'épouser Kay pour assurer leur fausse identité mais cette dernière abandonne pour la première fois son cynisme initial par l'émotion qu'elle trahie face à cette annonce. Ce masque urbain dépassionné se volatilise symboliquement quand elle abandonne sa teinture blonde platine pour retrouver sa chevelure brune. En adoptant ces nouveaux noms/apparences le couple peut paradoxalement être enfin lui-même, plus le criminel juvénile épié pour Clark et plus la fille perdue des villes pour Kay.

C'est un tout autre film qui commence alors avec une œuvre baignée de réalisme social avec une rédemption rurale et par le travail évoquant Les Raisins de la colère (1940) de John Ford, Notre pain quotidien (1934) de King Vidor ou pour rester dans le simili film noir Sang et or (194) de Robert Rossen. La force de la communauté, l'abnégation du travail et l'entraide constituent enfin l'écrin auquel aspiraient Kay et Clark. La relation sincère du couple et le souci de l'autre les éloignent désormais de l'égoïsme inhérent à leur passé, la longue détention sans avenir de Clark et la dérive morale urbaine de Kay. Cela passe notamment par une remarquable scène où Clark harassé par une première journée de travail manque d'abandonner avant de se reprendre. Cette rupture de ton rend finalement le film aussi attachant qu'inclassable et est grandement due à la patte du scénariste Guy Endorre, membre du Parti Communiste (et bientôt blacklisté par le maccarthysme) qui y prolonge là ses préoccupations sociales. La fatalité inhérente au film noir se heurte ainsi à la bienveillance du récit social dans une conclusion bricolée et ne sachant complètement choisir entre noirceur criminelle et happy-end improbable. Belle réussite. 5/6
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Alexandre Angel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Alexandre Angel »

Profondo Rosso wrote: Cette rupture de ton rend finalement le film aussi attachant qu'inclassable et est grandement due à la patte du scénariste Guy Endorre, membre du Parti Communiste (et bientôt blacklisté par le maccarthysme) qui y prolonge là ses préoccupations sociales
On leur doit beaucoup à ces mecs de gauche, quand même! :mrgreen: :D
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El Dadal
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by El Dadal »

Belle petite claque que le Témoin de la dernière heure, aka Highway 301 d'Andrew Stone. Produit en 1950 par la Warner, ce petit bijou défie vraiment un paquet d'attentes et de préconceptions, navigue à vue et change brutalement de genres à plusieurs reprises.

L'introduction lénifiante avec les 3 gouverneurs des états de Caroline du Nord, Maryland et Virginie venant nous tirer les oreilles fait craindre un spectacle placé sous le signe de la bien-pensance. Une sorte de variation filmée des préambules de mises en garde de films de gangster tels qu'on a pu en voir après le Scarface de Hawks. Mais que nenni, le film démarre sur les chapeaux de roue avec braquage, meurtres, trahisons et gifle assénée au restaurant dans le plus grand flegme qui soit, le tout avant la barre des 10 minutes. Malgré la présence d'une voix off présentant le point de vue des forces de l'ordre, la puissance et la versatilité de la mise en scène (grand caractère d'adaptation aux variations entre tournage en studio et on location - L.A. représentant la côte est) rendent l'ensemble tellement vif, brutal et sans concession (tout le monde y passe, personne n'est à l'abri) que si l'on sent les ajouts de studio pour éviter les confrontations avec le comité de censure, on s'en balance finalement pas mal. Et par le biais d'une interprétation globale de très bel ordre, le film de gangster verse rapidement vers le drame puis le film noir avant de revenir en plate-bandes plus connues.

La première force majeure de ce spectacle racé et sec (80 minutes tout emballé) reste Steve Cochran, monstre de charisme imprévisible et égocentrique, exsudant un vice et une colère primitive de chien enragé, et totalement décomplexé. Une belle ordure.

L'autre atout est sa séquence centrale de 15 minutes pendant laquelle le film vire au noir total, digne de Welles, Hitch et les meilleurs. Un suspense intense, principalement dû à la mise en place qui a précédé et nous a fait comprendre que cette pauvre Lee n'a pas grand chose à espérer, malgré tous les efforts qu'elle fait pour survivre quelques minutes de plus. Ce suspense sadique qui s'étire m'a immédiatement rappelé au meilleur de De Palma (la poursuite nocturne de Nancy Allen dans Pulsions), dans sa gouaille et son pur plaisir de mise en scène.

Le caractère frontal, inextricable et acide de l'ensemble achève de rendre l'ensemble très moderne. Une sorte de Friedkin avant l'heure pour résumer.
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Alexandre Angel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Alexandre Angel »

Voilà qui fait bien envie!
Avec Andrew Stone, je suis jamais trop sorti de Stormy Weather :|
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Jeremy Fox
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote: Avec Andrew Stone, je suis jamais trop sorti de Stormy Weather :|
C'est clair qu'avec ce simple film ça ne donne pas trop envie de continuer. Ce doit être un de ses moins bons films.
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Alexandre Angel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Alexandre Angel »

Jeremy Fox wrote:
Alexandre Angel wrote: Avec Andrew Stone, je suis jamais trop sorti de Stormy Weather :|
C'est clair qu'avec ce simple film ça ne donne pas trop envie de continuer. Ce doit être un de ses moins bons films.
Ah non moi j'aime bien. Les Nicholas Brothers à la fin, ce n'est pas rien! (bien sûr la réalisation est complètement anonyme mais le film est tellement évocateur).
Et de toutes façons ce type était un artisan à tout faire comme il y en avait beaucoup mais je suis sûr qu'il doit y avoir des choses à découvrir comme plus haut et j'ai du voir un autre film noir sans me souvenir du titre.
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Re: La Proie/Cry of the city

Post by Supfiction »

Supfiction wrote:
kiemavel wrote:Richard Conte 8)
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En quelques mots, le face à face Richard Conte (le bad guy, le gars de la rue qui a choisit le mauvais chemin mais tout de même sympathique et partiellement innocent) vs Victor Mature (le flic, le gars de la rue qui a bien tourné) est savoureux. Et le règlement de compte final vraiment très réussi (je parlais plus haut de dénouement un peu décevant dans Thieves' Highway, ici c'est le contraire et l'on sort du film totalement enthousiaste).
Richard Conte est bien le "héros" du film, le personnage principal, et pourtant étrangement le visage de Victor Mature apparait en gros sur l'affiche, et c'est son nom qui apparait le premier au générique. Sans doute avait-il plus la côte au Box-office et/ou dans les studios à cette époque ou bien était-ce une façon de mettre en avant pour la morale le bon plutôt que le truand.

En l’occurrence, Victor Mature est effectivement épatant dans ce rôle de flic tenace et pourtant humain (il a grandit dans les mêmes quartier, il rend visite à la mère du gangster qu'il pourchasse et tente de remettre dans le droit chemin le petit frère). Cela fait plaisir de le voir dans un tel rôle, alors qu'on l'avait souvent vu auparavant dans de sales rôles (comme dans The Shanghai Gesture) ou ambigus (en Doc Holliday par exemple).

Point de femme fatale ici, c'est plutôt un film d'hommes. Mais les femmes sont tout de même présentes, épisodiquement.
Conte en cavale est aidé successivement par sa mamma, puis par une nurse compatissante d'âge mûr, puis hébergé par le molosse Hope Emerson (un sacré physique et une personnalité au diapason vu très souvent dans des rôles secondaires, de Thieves' Highway à Convoi de femmes, Femmes en cage et La maison des étrangers, c'est un peu la grande sœur de "Requin" et on l'aurait bien vu dans un James Bond faire de la charpie de Sean ou Roger!).
Shelley Winters fait également une petite scène dans un taxi.
Et enfin Debra Paget dont c'est le premier film apparait telle un ange innocent rédempteur dans une église dans la grande scène finale.
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Tout vient à point...

Sortie le 24 Avril 2018.

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Supfiction »

Frances wrote:
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La seconde madame Carroll - The two misses Carrolls - (1946) - Peter Godfrey – Humphrey Bogart, Barbara Stanwyck, Nigel Bruce, Patrick O’Moore.
Geoffrey Carroll peint des modèles dont il tombe amoureux. Condition sine qua non pour stimuler son talent et créer de nouvelles œuvres. Le film s’ouvre sur une séance de pose en plein air avec le peintre (H. Bogart) et son modèle (B. Stanwyck) sous un ciel Irlandais. Mais l’orage menace avant d’éclater annonçant le chaos qui succédera à l’idylle du couple bientôt marié.
Ici les ficelles sont trop grosses et le procédé un peu éventé pour remporter l’adhésion. Bogart est loin d’être crédible en artiste torturé. Il s’agit plus d’un prétexte pour soutenir la progression de l’intrigue. A mesure qu’elle se déroule nous verrons le peintre se métamorphoser, prisonnier de ses propres démons. Quant à la seconde madame Carroll amoureuse et forcément aveugle, elle ne percera le secret de son mari que fort tardivement. On peut néanmoins prendre un certain plaisir devant ce film un peu à part dans la carrière des deux acteurs. Avec une Barbara Stanwyck très juste mais un Humphrey Bogart moins convaincant. A leurs côtés une palette de seconds rôles un peu taillés à l’emporte pièce mais qui apporte des respirations nécessaires au climat oppressant de la dernière partie. La seconde madame Carroll s’inscrit clairement dans le sillage de Soupçon (Hitchcock) – On retrouve d’ailleurs ici le truculent Nigel Bruce – et pourquoi pas dans celui du château du dragon (Mankiewicz). La réalisation de Peter Godfrey est fluide et son utilisation de la profondeur de champ se révèle souvent judicieuse. Note : 4/10
Grosse déception à la vision de ce thriller qui constitue pourtant une rencontre au sommet entre deux des plus grandes légendes d’hollywood : Bogart-Stanwyck.
En cause avant tout un scénario d’une grande platitude et sans surprise vu de 2018 (évidemment). Car on a vu ce genre d’histoires des dizaines de fois et en beaucoup mieux. Seul la qualité de peintre de Bogart aurait pu apporter une originalité mais effectivement, non seulement ce n’est que très peu exploité mais surtout on ne croit à aucun moment à Bogart en peintre torturé.
Stanwyck est impeccable mais pour connaître Sorry wrong number, j’ai eu l’impression de revoir par moments les mêmes scènes et tant qu’à faire je préfère Burt Lancaster à Bogart.
Même vu de 1947, le film n’est pas original, Hitchcock ayant déjà plusieurs fois traité le sujet.
Seul Alexis Smith apporte quelque chose, outre le plaisir de la voir, malheureusement son rôle est plutôt limité.
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

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New York Confidential de Russel Rouse (1955)

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Nick Magellan travaille pour Charlie Lupo, homme d'affaire corrompu et patron du syndicat du crime de Manhattan et étend son emprise sur les sénateurs new yorkais, eux-mêmes affiliés au syndicat. Charlie est le père d'une jeune fille récalcitrante, Kathy, amoureuse de Nick. Celui-ci protège Kathy lorsqu'elle quitte le domicile familial. Alors qu'il a toujours été épargné, Charlie Lupo se retrouve au centre d'une affaire de fraude, après l'interview d'un sénateur trop bavard.

New York Confidential constitue dans le film noir une sorte de chaînon manquant dans la description de la Mafia à l'écran. Cela passe par l'emploi même du terme "Syndicat du crime" popularisé par la presse à l'époque, mais la modernité se ressent surtout par ce mélange de business criminel géré comme une entreprise capitaliste qui s'entrecroise aux manières demeurées brutales et expéditives des gangsters. Le règlement de compte qui ouvre le film est d'ailleurs une affaire personnelle qui vient interférer le business. Le boss du syndicat Charlie Lupo (Broderick Crawford) va donc, comme pour chaque problème qui s'oppose aux bénéfices, enrôler un tueur pour ramener les choses à la normale. Les réunions de bureau où l'on discute chiffres et parts de marché s'enchaîne ainsi avec un assassinat sec et brutal de l'homme de main Nick Magellan (Richard Conte).

Suite à ce coup d'éclat, Nick devient l'homme de confiance de Lupo. Tout le film oppose ainsi les pulsions et émois humains à une froideur matérielle et détachée du business. Lupo malgré ses fonctions haut placées est un sanguin au tempérament latin possessif notamment avec sa fille Kathy (Anne Bancroft) torturée qui rejette tout ce qu'il représente. A l'opposé Nick refuse tout attachement, ayant toujours à l'esprit que les amis d'aujourd'hui peuvent être les ennemis de demain qu'il aura éventuellement à liquider. Richard Conte ainsi dégage une présence tour à tour chaleureuse ou glaciale selon qu'il laisse ponctuellement ressortir ses émotions, notamment son attirance contenue pour Kathy. On anticipe clairement Le Parrain dans les projets criminels à grande envergure (ici de la corruption gouvernementale autour du pétrole) dans lesquels viennent interférer des conflits familiaux. Mais à la dimension opératique qu'amènera Coppola, Russel Rouse propose une sorte de rigueur documentaire (notamment la voix-off sentencieuse qui se fait ponctuellement entendre pour évoquer le tentaculaire syndicat) où les ruelles mal famées du film noir ont été troquées pour les salles des réunions où réside désormais le vrai pouvoir de vie et de mort. On anticipe également Les Affranchis de Martin Scorsese avec ces mafieux finalement toujours rustres sous le vernis respectable, notamment Lupo incapable d'exprimer son affection pour sa fille autrement que par la brutalité et un sentiment de possession primaire.

C'est précisément en frottant cette violence au plus complexe monde politique que tout vole en éclat, les méthodes simples de nos mafieux n'y fonctionnant pas si aisément. La machine implacable du Syndicat va alors broyer les personnages selon ses règles bien connues désormais, de manière tragique (pour Kathy) et pathétique selon le degré d'implication. La différence est que contrairement au début du film nous avons vivre les protagonistes, suivre la loi du Syndicat et finalement être brisés par les lois qu'ils ont eux-mêmes édictés. Une œuvre passionnante et la croisée des chemins du genre donc ! 4,5/6
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Supfiction »

Profondo Rosso wrote:New York Confidential de Russel Rouse (1955)
"Froideur", "glacial", "rigueur", je retrouve ces mots dans ton analyse qui correspondent bien à mon ressenti à l'époque où j'ai découvert le film.
Et pour ces raisons, j'avais trouvé qu'il manquait de chair. Mais le film s'inscrit ainsi dans un mouvement documentariste du film noir qui a ses adeptes et admirateurs mais qui m'a toujours laissé de marbre et ennuyé (cela vaut par exemple pour Appelez nord 777.


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Vu Dans la gueule du loup (The mob) de Robert Parrish (1951) il y a peu de temps, et c'est un peu dans la même veine sèche et ultra réaliste. Broderick Crawford est impressionnant. Un film d'hommes (on y croise rapidement un tout jeune Charles Bronson), brutal et sec, totalement anti-glamour!
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Supfiction »

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The Chase - L'Évadée (1946)



Réalisation : Arthur Ripley
Scénario : Philip Yordan (Johnny Guitar, L’homme de la plaine, Le Cid , Les 55 jours de Pékin..) d'après l'œuvre originale de Cornell Woolrich alias William Irish, grand auteur de polars américains. De nombreux metteurs en scène ont adapté les romans et nouvelles de ce maître du suspense, notamment Alfred Hitchcock pour Fenêtre sur cour, d'après la nouvelle éponyme, et François Truffaut à deux reprises pour La mariée était en noir et pour La Sirène du Mississipi, ou encore Robert Siodmak en 1944 avec Les Mains qui tuent (Phantom Lady). William Irish a également écrit des récits fantastiques.

Avec : Robert Cummings, Michèle Morgan, Steve Cochran et Peter Lorre

Chuck Scott, vétéran tourmenté de la Seconde Guerre mondiale, est embauché comme chauffeur du gangster Eddie Roman pour lui avoir rendu son portefeuille trouvé par terre et rempli de billets. Il fait ainsi la connaissance de Gino, le bras droit d'Eddie, et de Lorna, la femme du truand. Vivant sous l'emprise d'un mari sadique et imprévisible, elle finit par s'enfuir avec Chuck à Cuba (les deux jeunes gens étant tombés amoureux l'un de l'autre), provoquant la rage d'Eddie...

Le duo maléfique Steve Cochran et Peter Lorre fait des merveilles de crapulerie et de vice dans ce film et Michèle Morgan est parfaitement mise en valeur (dans le style d'une Virginia Mayo ou de Gloria Grahame, la distinction française en plus) pour incarnée l'innocente prise au piège entre leurs griffes. Malheureusement, il n'y a pas grand chose autour de ce trio pour que le film fonctionne vraiment. Je dis trio car je trouve que Robert Cummings n'est pas à la hauteur de ses partenaires : terne, lisse et ne communiquant ni le désarroi auquel il est confronté, ni le charme nécessaire pour que l'on croit une seconde à son histoire avec Morgan. Par conséquent, on se dit qu'elle est tombé sur le premier sucker pour sortir de sa situation.
La mise en scène est sans inspiration, la photographie sans style et le montage n'est pas particulièrement inspiré, alternant longueurs et changements brutaux de situations ou d'époques. Le spectateur doit être attentif au risque d'être perdu ou déstabilisé alors que le scénario est assez simple à la base (une femme prise entre les griffes d'un mafieux, un héros pour la secourir). En fait, le scénario est tellement simple qu'il a fallu l'usage grossier d'un subterfuge de mise en scène pour en tirer un long métrage à l'aide d'un twist grossier (le genre de twist que certains osent encore de nos jours cela dit, par exemple dans le thriller de 2000 Reindeer Games, le premier qui me vient en tête).

Néanmoins, le film a un petit charme et mérite d'être découvert.
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Profondo Rosso
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

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Dial 1119 de Gerald Meyer (1950)

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Un jeune homme s'échappe d'un asile psychiatrique avec la ferme intention de tuer le médecin responsable de son enfermement. Il se réfugie dans un bar avoisinant d'où il peut surveiller la demeure du médecin. Repéré comme l'assassin du conducteur de bus, le jeune homme prend alors les clients en otage...

Dial 1119 est une curiosité puisqu'il s'agit d'une série B MGM, créneau où le studio ne brillait pas autant que ces concurrents. L'autre aspect singulier en coulisse est le fait qu'il soit réalisé par Gerald Meyer neveu du fondateur et patron de la MGM Louis B. Meyer. Le film constitue un huis-clos concis et tendu dans un bar entre un déséquilibré évadé d'un asile (Marshall Thompson) et la clientèle qu'il a pris en otage. L'atout principal repose sur la prestation de Marshall Thompson, visage poupin passant du masque vide meurtrier à l'homme-enfant vulnérable en un instant. C'est une figure opaque et insaisissable qui renvoie tous les clients à leurs défauts dans cette situation qui les exacerbe. L'ambition contrariée d'un journaliste ne pouvant couvrir les faits dont il est l'acteur, l'autodestruction d'une femme alcoolique, la culpabilité d'une vieille fille en quête d'affection, toute la caractérisation exprimée en amont s'exprime pour rendre les personnages antipathiques dans leur réaction. Paradoxalement et malgré ses actes meurtriers, la personnalité de Thompson touche notamment à l'aune d'une révélation finale sur son parcours.

Une des dimensions originales du scénario est son rapport aux médias. Opportunistes et manipulateurs, les médias sont dépeints grossièrement dans leur vision des journalistes et tandis qu'un jeu subtil dans le lien aux écrans. Miroir déformant du réel, les écrans (à travers la télévision trônant fièrement dans le bar) annoncent, accélèrent et provoquent le drame dans l'impact qu'ils ont sur la personnalité du déséquilibré. Le rebondissement sur son passé de soldat est donc une conséquence direct de ce rapport à l'image et qui déclenche sa folie initiale. La structure de série B resserrée privilégie le suspense à cette facette réflexive mais qui fonctionne assez bien. Plutôt intéressant donc et assez surprenant à voir en pensant à la suite de la carrière qui jouera bien plus tard le gentil vétérinaire de la série tv Daktari. 4/6