Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Hitchcock
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by Hitchcock »

J'ai un excellent souvenir de ce Hathaway également.
Dave Bannion
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by Dave Bannion »

kiemavel wrote:
Dave Bannion wrote:Kiemavel, ton érudition m'épate !!!!
Ça fait qq temps que je n'étais pas venu te lire et je découvre plein de nouvelles chroniques.
Je vais lire les dernières car bcp de films que je ne connais pas.
Highway Dragnet, par contre, je connais et c'est pas top comme tu le dis bien, pas grand chose à en tirer.

J'attends le suivant ' under the gun " avec impatience !!!
Parler d'érudition à mon propos, çà pourrait être très mal pris par certains :P . Faut vraiment que tu ne sois pas venu lire depuis un bon moment...les interventions d'un certain nombre de rédacteurs qui interviennent dans le coin. Je suis trop lucide (oh la vache la prétention) pour prendre au sérieux ce genre de propos mais merci Dave, çà partait d'un bon sentiment :wink: . Ce qui est vrai en revanche, c'est que je commence à accumuler "les heures de vol" dans l'exploration du genre…et ce n'est pas fini. Au sujet d'Under the Gun, comme je l'ai dit à Supfiction, tu as raison d'attendre ce film car c'est sans doute le meilleur de la mini série en cours consacrée à Richard Conte.
Je persiste : je ne connais pas d'équivalent à tes chroniques sur des films pas ou peu connus. Ces films n'ont jamais été chroniqués ds aucune revue ou livres spécialisés. Aucune flatterie ds mes propos !!!!!
Pour les amateurs de films noirs , dont je fais partie, c'est une mine d'info.
Moi qui (pensais..) bien connaitre les films noirs......j'ai encore du boulot.
Il y en a encore à découvrir !!!! Quel bonheur.
Je ne trouve plus....ou plus très souvent dans le western autant de films dont j'ignorais même l'existence.

Under the gun, il faut que je le trouve.
Dave Bannion
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by Dave Bannion »

kiemavel wrote:
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The System (1953)

Réalisation : Lewis Seiler
Scénario : Jo Eisinger
Image : Edwin B. DuPar
Musique : David Buttolph
Production : Samuel Bischoff
Warner

Avec :

Frank Lovejoy (John Merrick)
Joan Weldon (Felice Stuart)
Robert Arthur (Rex Merrick)
Don Beddoe (Jerry Allen)
Paul Picerni (David Willey)
Jerome Cowan (Barry X. Brady)

A Clarkton, une petite ville du centre des États-Unis, un adolescent est abattu par la police pendant le casse d'une bijouterie. Ce garçon sans histoire s'était endetté auprès d'un bookmaker et c'est pour tenter de rembourser sa dette qu'il s'était improvisé voleur. Révolté par cette mort tragique et instrumentalisé par le propriétaire du journal local, son rédacteur en chef multiplie alors les éditoriaux assassins désignant comme responsable de cette mort, John Merrick, un homme d'affaires jusque là respecté mais bien connu pour avoir la mainmise sur tous les bookmakers de la ville. Bientôt, la publicité faite autour de cette affaire met Merrick en difficulté. Il est progressivement rejeté par sa communauté, se retrouve menacé par ses partenaires de la mafia tandis qu'une commission d'enquête sénatoriale arrive à Clarkton et commence ses investigations….

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The System, celui qui est dénoncé d'abord par la presse, puis sur lequel enquête la commission sénatoriale, c'est l'organisation des paris clandestins générant plusieurs dizaines de milliers de $ par jour dans une ville de moyenne importance du Midwest comme celle présentée dans le film, celle de Clarkton. John Merrick supervise les activités de tous les bookmakers de la ville mais il n'est lui-même que le dirigeant local d'une organisation qui règne de Chicago à St Louis. Le portrait du "parrain" est ici assez singulier car on est très loin de ceux que l'on voyait dans 2 films marquants que j'ai déjà évoqué dans mon message de retour. Dans 711 Ocean Drive, le parrain élégant campé par Otto Kruger était un monstre de froideur qui dirigeait son "entreprise" comme une multinationale entouré de son conseil d'administration…mais qui ordonnait fermement bien qu'en usant d'euphémismes l'exécution d'un collaborateur dont les résultats étaient jugés insuffisants comme s'il licenciait un cadre incompétent. C'est ce qui était montré de cette bureaucratie du crime qui était passionnant dans un film par ailleurs inégal et qui ne tenait pas toutes ses promesses. Celui interprété par Broderick Crawford dans New-York Confidential était beaucoup plus brutal, en paroles comme en actes. Il gérait les problèmes de famille comme ses affaires…à la baguette sauf qu'on ne dessoude tout de même pas le(s) prétendant(s) insistant de sa progéniture comme on élimine un concurrent gênant…surtout si l'on se trouve sous le regard réprobateur de sa maman ! J'avais parlé -pour m'amuser un peu- de Peyton Place chez les truands mais tout ce qui était montré du fonctionnement de la mafia et de ses codes restait passionnant. Quant au butor campé par Crawford, c'était déjà, en caricaturant à peine, le papa des gros beaufs incultes et aboyeurs que l'on verra plus tard chez Leone (Once Upon a Time in America) ou parfois chez Scorcese et les frères Coen.

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Celui campé par Frank Lovejoy est très différent. Ce n'est pas un chef de gang évoluant en marge de la société, c'est un citoyen respecté dont tous les habitants de Clarkton connaissent les activités liés au jeu…et seulement au jeu, ce qui explique sans doute que le scénariste Jo Eisinger (qui écrivit ceux des forbans de la nuit, The Sleeping City et Crime of Passion) en ai fait un personnage plus respecté que craint fréquentant le Country Club avec les notables de la ville. Merrick n'est pas entouré de tueurs mais d'un comptable, d'un avocat et de quelques bookmakers et il ne sera qu'une fois impliqué dans un acte violent et encore, uniquement lorsqu'il ira bousculer le bookmaker responsable de l'endettement du jeune garçon abattu par la police. Son soucis de respectabilité s'est aussi transmis à sa progéniture car -comme un symbole- il est très fier de la réussite de son fils unique qui étudie le droit…Comme dans le film de Russel Rouse déjà évoqué plus haut (NYC), le film de Seiler mêle d'ailleurs très étroitement la vie privé et les affaires du personnage principal, les deux sont même ici encore plus imbriqués sans que cela nuise au récit.

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Rex, le chien…Heu pardon, le fils de Merrick est un ami d'enfance et partage sa chambre d'étudiant avec le fils de Jerry Allen, l'éditorialiste du journal responsable des articles qui dénoncent les activité de Merrick et ce dernier rentre comme chez lui chez le dit éditorialiste dont il est un familier. Lewis Seiler et son scénariste "privatisent" même l'origine des problèmes de Merrick en montrant que cette croisade contre le crime est au moins pour une part la conséquence de la liaison qu'il entretient avec Felice, la fille de Roger Stuart, le propriétaire du journal qui voit d'un très mauvais oeil cette liaison. Alors que l'homme d'affaires avait tout fait pendant 20 ans pour se construire une respectabilité, les articles d'Allen télécommandés par Stuart, créent une mauvaise publicité sur les activités de la mafia et entrainent des ennuis qui s'accumulent très vite pour Merrick :

Les notables de la ville commencent à le trouver soudainement infréquentable, puis ses supérieurs dans l'organisation des paris, 2 parrains venus de Chicago et leurs hommes de main arrivent à Clarkton, tout comme une commission sénatoriale qui commence ses investigations…Même ses partenaires de Clarkton (malheureusement pas assez inquiétants pour que l'on se demande qui va vouloir être calife…) commencent à s'inquiéter…et le spectateur aussi car c'est la que les ennuis commencent et pas seulement pour Merrick. Lewis Seiler et Jo Eisinger s'étaient amusés jusque là à déconstruire habilement le portrait du "parrain" et de son entourage. Malgré un sujet potentiellement dangereux, la prise de conscience progressive par un malfrat des conséquences parfois dramatiques de son business, ils avaient su éviter un coté moralisateur en partie grâce à l'interprétation tout en nuances de Frank Lovejoy et avaient su maitriser leur histoire. Même les aspects privés de la vie du truand -un aspect la aussi potentiellement casse-gueule- tenaient assez bien debout et ceci bien que l'idylle entre la fille de Stuart et John Merrick n'était pas très passionnante, car selon moi c'était toujours mieux que les excès (mélo)dramatiques que l'on voyait dans le film de Russell Rouse dans lequel le quintette : le truand, sa mère, sa maitresse, sa fille et son prétendant était parfois assez indigeste (un point qui peut se discuter…).

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Par contre, plus le film avance, plus Seiler et Eisinger perdent le fil de leur histoire qui vire même presque au grotesque dans la partie finale durant les témoignages devant la commission sénatoriale. Le truand pris de scrupules, passe encore…mais à partir de l'irruption en ville des vrais truands puis des membres de la commission, les choses se gâtent et on rentre dans un autre film. Oubliées les petites touches assez fines pour dessiner le portrait original d'un truand, c'est remplacé par le pittoresque de personnages caricaturaux (les truands) et par les gros effets (les témoins surprises et leurs revirements devant la commission). Je suis à peu près sûr que pour le premier point, c'est volontaire car le pittoresque d'un certain nombre de personnages secondaires est délibéré et ces personnages sont traités avec un certain humour. Le premier de ces personnages, c'est le garde du corps du fils Merrick (qui n'est jamais nommé ainsi mais c'est bien sa fonction). C'est un ancien boxeur qui a manifestement souffert sur le ring et qui y a abandonné un peu de sa santé mentale. Ce personnage est à la fois pathétique et amusant, une caractérisation à l'évidence volontaire de la part du scénariste mais déjà tranchant avec le reste du propos. Le second, c'est un bookmaker de Clarkton interprété de manière voyante par Bruno VeSota mais ce n'est rien à coté des deux truands pittoresques qui arrivent en ville qui ont du recevoir tout petit des panoplies de gangster tant ils semblent fait pour çà…et même un peu trop. Ils sont eux mêmes dépassés par leurs 2 hommes de main, 2 incroyables crétins interprétés par Victor Perrin (Little Harry, un crétin tendance vrai taré psychopathe) et par Henry Corden (de son vrai nom Henry Cohen, un acteur québécois) qui est énooorme dans le rôle du tueur Specs qui n'arrive pas à se faire comprendre par le crétin susnommé…Bref, je pense que certains vont aimer cette galerie de seconds rôles pour certains formidables mais comme je l'ai déjà laissé entendre, les plus typiques gangsters que l'on croise peuvent faire sourire (je n'ai pu réprimer quelques sourires en coin…), et on doit même pouvoir les trouver grotesques. Cela dit, il ne faut pas croire que tout le récit prend une tournure ironique ou décalé, le film s'achève même tragiquement par la mort de plusieurs des protagonistes principaux.

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Un petit mot sur la fille de notre histoire, Joan Weldon. The System était le premier rôle au cinéma de cette actrice et chanteuse dont la carrière fut très brève, de 1953 à 1958. Avant et après çà, elle fut chanteuse mais n'a bizarrement été employé que 2 fois dans des Musicals et encore pour des rôles secondaires notamment dans le Deep in my Heart de Donen (elle y chante...une chanson) mais a surtout été employée dans le western mais aucun des 4 que je connais n'est vraiment transcendant même les deux que signait pourtant Andre de Toth. Photographie et mise en scène assez anonyme. Lewis Seiler avait débuté sa carrière de metteur en scène dans les années 20 mais on connait de lui surtout les films qu'il tourna à partir de son engagement par la Warner à la fin des années 30. Il y tourna surtout des films de gangsters, surement les scénarios refusés par Curtiz et Walsh...ou qu'on n'osait pas leur présenter :P . Je peux citer L'école du crime (1938), Hommes sans loi et Le châtiment (1939), Le caïd (1942), tous avec Bogart comme tête d'affiche…et tous diffusés à la TV chez nous. Ce dernier était également au générique de Rendez-vous à minuit avec Ann Sheridan mais c'était pour une comédie policière assez distrayante et inhabituelle. A signaler aussi un des premiers films de John Garfield, Jeunesse triomphante (Dust be my Destiny) avec Priscilla Lane et Femmes en prison qui détournait le Femmes en cage de John Cromwell avec un casting presque aussi impressionnant (Ida Lupino, Jan Sterling, Audrey Totter, Cleo Moore, Phyllis Thaxter + Howard Duff). Un bon film d'ailleurs mais ne valant pas le Cromwell. Son autre spécialité était le film de guerre mais il y a trop longtemps que je n'ai pas vu Guadalcanal (DVD zone 2) et Les tanks arrivent pour en parler. Je vais essayer de poursuivre l'exploration de la filmo de Frank Lovejoy avec Shack out on 101 avec Terry Moore et Lee Marvin et avec The Crooked Web de Nathan Juran mais je ne donne plus d'échéance et surtout, à priori ce ne seront pas les prochains à apparaitre dans ce topic.
Moins sévère que toi sur la deuxième partie du film, sans doute plus conventionnelle, mais qui ne nuit pas à l'intrigue.
Bon polar pour ma part.
Je ne l'ai qu'en vo nst. Et toi ?
kiemavel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

Dave Bannion wrote:Moins sévère que toi sur la deuxième partie du film, sans doute plus conventionnelle, mais qui ne nuit pas à l'intrigue.
Bon polar pour ma part.
Je ne l'ai qu'en vo nst. Et toi ?
Très belle copie en vost Anglais. Au sujet de la seconde partie, j'ai rendu compte de certains aspects (le pittoresque des gangsters) en tenant compte de manière plus ou moins intuitive de l'impression que ces personnages peuvent donner car ils sont quand même assez carabinés, surtout les 2 tueurs
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qui zigouillent l'éditorialiste du canard
Pour le reste, ce sont surtout et même presque exclusivement certaines scènes au cours des audiences de la commission sénatoriale qui me gêne car il y a certains rebondissements qui ne s'imposaient pas, y compris la "déprime" qui saisit le parrain et ses conséquences…Mais j'ai bien aimé ce film, avec quelques réserves.

Edit : Pour ce que tu dis des westerns dans ton message précédent, c'est exact mais c'est que les éditeurs ont déjà pas mal tapé (Hallelujah !) dans les fonds de tiroir ou tout au moins dans le catalogue des westerns de série B. J'attends qu'ils se décident à éditer autant de polars de Joseph M. Newman qu'ils n'ont édités de westerns de ce metteur en scène ou bien qu'ils nous sortent l'intégrale des noirs de Joseph Pevney…ou au moins autant de films qu'ils ne l'ont fait pour les westerns d'un metteur en scène de second ordre comme peut l'être Lesley Selander. On en est pas là…et on est même très loin du compte. Sidonis avait bien commencé l'an dernier avec 3 films dont un qui était relativement difficile à voir (New-York Confidential) mais il faut croire qu'ils n'ont pas fait un tabac car la collection s'est arrêté là.
kiemavel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

Supfiction wrote:
kiemavel wrote:Richard Conte

Quelque part dans la nuit (1946). Joseph Mankiewicz (DVD zone 2)
Appelez nord 777 (1948). Henry Hathaway (DVD zone 2)
La proie (1948). Robert Siodmak (DVD zone 2)
La maison des étrangers (1949). Joseph Mankiewicz (DVD zone 1)
Les bas-fonds de Frisco (1949). Jules Dassin (DVD zone 2)
Le mystérieux docteur Korvo (1949). Otto Preminger (DVD zone 2)
La femme au gardénia (1953). Fritz lang (DVD zone 2)
Association criminelle (1955). Joseph H. Lewis (DVD zone 2)
New-York Confidentiel (1955). Russell Rouse (DVD zone 2)
Les frères Rico (1957). Phil Karlson (DVD zone 1)
Je crois les avoir tous vus (sauf peut-être New York confidentiel) et je place La maison des étrangers de Joseph Mankiewicz très largement au-dessus du lot.
Dans les déceptions, j'ai gardé un souvenir assez mitigé de Whirlpool/Le mystérieux docteur Korvo et très très mitigé d'Appelez nord 777 (c'est rare qu'un film de Jimmie Stewart m'ennuie).
Que tu l'aimes particulièrement, OK mais très largement au dessus du lot, vu les titres concernés, je ne suis pas du tout d'accord. C'est que tu as raté quelque chose ou plus surement que tu exagères. J'aime beaucoup ce film de Mankiewicz mais d'une part ce qui m'intéresse le plus dans celui là ce n'est pas l'aspect film noir -et j'ai l'impression que ce n'est pas non plus ce qui intéressait le metteur en scène- mais l'ultra classique drame familial avec vieux patriarche, fils adoré et fils honni(s) qui se promène dans la littérature (puis le cinéma) depuis au moins The Baillebeule. Le scénario quand il se concentre sur l'essentiel est génial. Il nous balade en nous montrant un Max Moretti, puis un autre…On est avec Max puis le regard que l'on porte sur le personnage interprété par Richard Conte change radicalement…puis lui même fait sa prise de conscience. Tout ceci est passionnant. Sa prise de conscience tardive, le renoncement à la vengeance de ce fils adoré qui se foutait radicalement que le bon papa écrabouille la gueule de ses autres enfants du moment que lui était "l'héritier" désigné, c'est encore une fois remarquable. La métamorphose doit aussi beaucoup à un personnage féminin excellemment interprété par Susan Hayward (une fois n'est pas coutume…comme quoi elle aussi il fallait juste la mater :twisted: ) . Le salaud qui clouait le bec à tout le monde en concluant ses phrases par des "Period !!! " péremptoire, une sorte d'équivalent poli à "Ferme ta gueule !!!" et qui fait ce chemin là, c'est forcément intéressant. Ce qui fait 2 formidables personnages. La mama aussi est très bien mais Maria (Debra Paget) et les frères sont eux des personnages (et des interprètes) beaucoup plus faibles. J'ajoute un personnage sur lequel je suis déjà un peu plus nuancé. Le patriarche (Robinson) est remarquable en banquier proche du peuple, "vrai" italien adepte de la combinatiooonnnne et des petits arrangements pas trop réglo (On va quand même pas s'emmerder avec un comptable ! :o ). Bref, pas le genre Wall Street comme banquier mais il est quand même un poil pittoresque le patriarche. Robinson a du s'amuser à incarner cet italien mais on peut préférer les plus ou moins vrais italiens et les (faux) grecs d'un autre film noir -et pour le coup un vrai- que je présentais de mon coté comme étant un des prioritaires à voir avec Richard Conte : les bas fonds New-yorkais.

C'est la ou je voulais en venir…Si je devais choisir, ce qui serait un peu dommage car encore une fois j'aime beaucoup aussi le Mankiewicz, je choisirais le film de Dassin. Lorsque Mankiewicz se concentre sur la tragédie de "sa" famille d'italiens et sur les personnages principaux, j'adore mais l'enrobage m'intéresse moins et me semble céder parfois au pittoresque et à l'anecdotique. Dassin jamais. Son film est moins riche et moins ambitieux mais plus "parfait". Je préfère le portrait de groupe plus cohérent et qui me semble plus authentique du film de Dassin. Je crois plus aux prolos de Dassin qu'aux italiens de Mankiewicz. C'est surement un critère très secondaire pour un certain nombre d'amateurs de noir mais çà compte quand même un peu à mes yeux. Je crois au gros butor grossiste en fruits et légumes, racketteur et arnaqueur incarné remarquablement par Lee J. Cobb, je crois aux routiers (Conte, Millard Mitchell, Jack Oakie et Jo Pevney) et à la prostituée magnifiquement interprétée par Valentina Cortese. Et surtout, au drame familial excellemment construit mais ultra classique, je préfère le petit et modeste " raisins de la colère " à la mode Dassin (moi aussi j'aurais fini en cabane dans les fifties :P ). Cela dit, évidement les deux sont indispensables !
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Thieves' Highway (Jules Dassin)

Post by Supfiction »

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kiemavel wrote:
Supfiction wrote:
Je crois les avoir tous vus (sauf peut-être New York confidentiel) et je place La maison des étrangers de Joseph Mankiewicz très largement au-dessus du lot.
Dans les déceptions, j'ai gardé un souvenir assez mitigé de Whirlpool/Le mystérieux docteur Korvo et très très mitigé d'Appelez nord 777 (c'est rare qu'un film de Jimmie Stewart m'ennuie).
Que tu l'aimes particulièrement, OK mais très largement au dessus du lot, vu les titres concernés, je ne suis pas du tout d'accord. C'est que tu as raté quelque chose ou plus surement que tu exagères. J'aime beaucoup ce film de Mankiewicz mais d'une part ce qui m'intéresse le plus dans celui là ce n'est pas l'aspect film noir -et j'ai l'impression que ce n'est pas non plus ce qui intéressait le metteur en scène- mais l'ultra classique drame familial avec vieux patriarche, fils adoré et fils honni(s) qui se promène dans la littérature (puis le cinéma) depuis au moins The Baillebeule. Le scénario quand il se concentre sur l'essentiel est génial. Il nous balade en nous montrant un Max Moretti, puis un autre…On est avec Max puis le regard que l'on porte sur le personnage interprété par Richard Conte change radicalement…puis lui même fait sa prise de conscience. Tout ceci est passionnant. Sa prise de conscience tardive, le renoncement à la vengeance de ce fils adoré qui se foutait radicalement que le bon papa écrabouille la gueule de ses autres enfants du moment que lui était "l'héritier" désigné, c'est encore une fois remarquable. La métamorphose doit aussi beaucoup à un personnage féminin excellemment interprété par Susan Hayward (une fois n'est pas coutume…comme quoi elle aussi il fallait juste la mater :twisted: ) . Le salaud qui clouait le bec à tout le monde en concluant ses phrases par des "Period !!! " péremptoire, une sorte d'équivalent poli à "Ferme ta gueule !!!" et qui fait ce chemin là, c'est forcément intéressant. Ce qui fait 2 formidables personnages. La mama aussi est très bien mais Maria (Debra Paget) et les frères sont eux des personnages (et des interprètes) beaucoup plus faibles. J'ajoute un personnage sur lequel je suis déjà un peu plus nuancé. Le patriarche (Robinson) est remarquable en banquier proche du peuple, "vrai" italien adepte de la combinatiooonnnne et des petits arrangements pas trop réglo (On va quand même pas s'emmerder avec un comptable ! :o ). Bref, pas le genre Wall Street comme banquier mais il est quand même un poil pittoresque le patriarche. Robinson a du s'amuser à incarner cet italien mais on peut préférer les plus ou moins vrais italiens et les (faux) grecs d'un autre film noir -et pour le coup un vrai- que je présentais de mon coté comme étant un des prioritaires à voir avec Richard Conte : les bas fonds New-yorkais.

C'est la ou je voulais en venir…Si je devais choisir, ce qui serait un peu dommage car encore une fois j'aime beaucoup aussi le Mankiewicz, je choisirais le film de Dassin. Lorsque Mankiewicz se concentre sur la tragédie de "sa" famille d'italiens et sur les personnages principaux, j'adore mais l'enrobage m'intéresse moins et me semble céder parfois au pittoresque et à l'anecdotique. Dassin jamais. Son film est moins riche et moins ambitieux mais plus "parfait". Je préfère le portrait de groupe plus cohérent et qui me semble plus authentique du film de Dassin. Je crois plus aux prolos de Dassin qu'aux italiens de Mankiewicz. C'est surement un critère très secondaire pour un certain nombre d'amateurs de noir mais çà compte quand même un peu à mes yeux. Je crois au gros butor grossiste en fruits et légumes, racketteur et arnaqueur incarné remarquablement par Lee J. Cobb, je crois aux routiers (Conte, Millard Mitchell, Jack Oakie et Jo Pevney) et à la prostituée magnifiquement interprétée par Valentina Cortese. Et surtout, au drame familial excellemment construit mais ultra classique, je préfère le petit et modeste " raisins de la colère " à la mode Dassin (moi aussi j'aurais fini en cabane dans les fifties :P ). Cela dit, évidement les deux sont indispensables !
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Les bas fonds New-yorkais/Thieves' Highway est - je te l'accorde volontiers Kiemavel - un putain de bon film et je dois bien avouer m'être quelque-peu laissé emporté par mon enthousiasme pour le film de Mankiewicz (comme je le fais pour tous les films qui font partie de mon Top100).

Ce noir signé du grand Joe Dassin père est effectivement quasi-parfait.
A un détail près peut-être, si je peux me permettre: je trouve les flics très conciliants et perspicaces lors du dénouement. Une fin plus noire aurait été plus en accord avec le pessimisme latent du film et du réalisateur. Ou alors il aurait fallu au moins un semblant d'enquête et de procès pour démêler l'affaire de façon plus réaliste. Mais c'est sûr que ça n'aurait pas été le top pour le rythme du film (dont c'est l'une des grandes forces puisqu'on n'a pas le temps de souffler une minute)!

Le casting est très bon, avec notamment les gueules Millard Mitchell (WINCHESTER 73, SINGIN’ IN THE RAIN) et Jack Oakie parfaitement convaincants et bien que du "bon côté" jamais totalement tout blancs. C'est cela qui est génial dans ce film : c'est la rue dans ce qu'il y a de plus sale et en même temps attachant : personne n'est irréprochable, personne n'est dupe ni naïf sur les intentions de chacun. Les vautours et les chacals rodent..

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Jack Oakie

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Valentina Cortese - Millard Mitchell


Même Lee J. Cobb n'est pas totalement caricatural, on se laisserait presque avoir par l'escroc soi-même. Quant à Valentina Cortese, ce n'est pas une grande beauté mais cela rajoute au réalisme du film. Quelques années auparavant on aurait vu Marlène Dietrich dans ce type de rôle. Valentina est moins glamour mais diablement convaincante et touchante.

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Bref, si on devait trancher tout le temps entre des films comme La maison des étrangers et Les bas fonds ..., ce serait la panacée. Deux films différents dans la forme (Les bas fonds de Frisco a un côté Cent mille dollars au soleil et They Drive by Night de Walsh avec une touche de Sur les Quais) mais aux thématiques pas si éloignées que ça : le retour du film prodigue, la filiation, la réussite, la vengeance, la trahison féminine ..
Ma préférence va au premier mais c'est vrai qu'objectivement les deux sont très proches et frôlent la perfection. Richard Conte yeh ! 8)
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

C'est en voyant le titre en gras tel que tu l'as repris que j'ai percuté. Tu as fait la même erreur que moi, ce n'est pas Les bas-fonds New-Yorkais, lui aussi excellent mais Les bas-fonds de Frisco qu'a réalisé Jules Dassin. En dehors des Bas-fonds de Renoir puis Kurosawa, le titre a été pas mal utilisé dans le cycle noir. Les bas-fonds, il y en a partout ! En dehors des 4 déjà nommés, il y a aussi Les bas-fonds d'Hawaï forcément plus sympa car il est bien connu que la misère est moins pénible au soleil et Dans les bas-fonds de Chicago, pratique car en cas d'embrouille, on peut se carapater au Canada tout proche. Bref, d'accord avec tout ce que tu dis et de toute façon, d'aucun trouverait que j'ai sans doute moi aussi exagéré le coté authentique des immigrants et des prolos du film de Dassin. Pour Valentina Cortese, la touchante petite prostituée, OK, elle était moins glamour et peut-être moins jolie que d'autres mais je préfère çà car les autres je ne pourrais pas me les payer. Je l'adore Valentina. Elle vit à Milan et doit avoir pas loin de 90 ans. En conclusion, je pompe sur toi : Richard Conte 8)
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

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Strangers in the Night (1944)

Réalisation : Anthony Mann
Production : Rudolph E. Abel (Republic Pictures)
Scénario : Bryant Fort et Paul Gangelin d'après une histoire de Philip MacDonald
Image : Reggie Lanning
Musique : Joseph Dubin

Avec :

William Terry (Le Sgt Johnny Meadows)
Virginia Grey (Le docteur Leslie Ross)
Helen Thiming (Hilda Blake)
Edith Barrett (Ivy Miller)
Anne O'Neal (L'infirmière Thompson)

Le sergent Johnny Meadows blessé au combat durant la guerre du Pacifique est rapatrié vers les États-Unis. Il souhaite se rapprocher de Monteflores en Californie ou vit une jeune femme avec laquelle il a noué des liens très forts sans jamais l'avoir rencontré ni même avoir seulement vu une photo d'elle, uniquement par les lettres qu'ils ont échangées et qui lui ont permis de tenir le coup durant sa convalescence. Dans le train qui l'amène en Californie, Johnny rencontre Leslie Ross, une jeune femme nouvellement installée comme médecin à Monteflores et qui connait la famille de Rosemary. Il arrive enfin à son domicile, une villa surplombant l'océan, y est accueilli par Hilda, la mère de Rosemary et par Ivy, sa gouvernante mais apprend que Rosemary est absente depuis plusieurs jours. Il est toutefois invité à séjourner à la villa en attendant son retour et découvre son portrait qui trône dans le salon. Les jours passent sans que Rosemary se manifeste. Bientôt, Johnny commence à se rapprocher de Leslie et il ne peut que constater le comportement de plus en plus étrange d'Hilda et de Ivy…

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J'aime bien ce film malgré qu'il présente de sérieux défauts. Une fois n'est pas coutume, je commence par là…et par le plus grave, l'épilogue, car les 3 ou 4 dernières minutes, c'est à dire les deux dernières séquences, sont assez catastrophiques. La 1ère séquence met en scène la dernière astuce imaginée par le méchant pour se débarrasser des héros et la seconde nous propose une version du jugement dernier visuellement spectaculaire qui recycle et réinterprète Laura sur un mode involontairement burlesque (par contre çà, c'est volontairement énigmatique)…et elle est encore pire. Pour cette dernière, je défie quiconque -même le moins blasé- de ne pas ricaner un peu. Autre soucis, le manque de charisme du couple "vedette". Les deux interprètes principaux ne sont guère passionnants. William Terry aura tourné dans 10 films entre 1943 à 1945 avant sans doute de se consacrer à une autre activité professionnelle…quand il en a eu assez que sa progéniture lui demande : "Papa, on a faim " ? La déjà expérimentée Virginia Grey était un peu mieux mais d'une courte tête qu'elle avait du reste jolie (avec ses faux airs de Jan Sterling). Pour en finir avec les griefs, j'ajoute que l'on voit un peu trop un certain nombre de sources d'inspiration des scénaristes, c'est peu de le dire. Pour l'atmosphère et la gouvernante inquiète autant qu'inquiétante, je demande à Mr le scénariste : "Et tu as aimé Rebecca mon cochon ? ". Pour le portrait de l'invisible Rosemary accroché dans le salon, cette absente/omniprésente, je me demande s'il ne s'inspirerait pas un peu de Laura et enfin, pour le crime commis nuitamment dans le manoir, un méchant décalque de Soupçons, le scénariste aurait mérité de boire la ciguë.

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Cependant, je l'aime ce petit film. Visuellement, c'est le plus beau des films d'Anthony Mann 1ère manière (jusqu'à La brigade du suicide). En moins d'une heure et avec sans doute les moyens d'une superproduction :wink: , bien épaulé par son directeur de la photographie, l'obscur Reggie Lanning, qui a très rarement eu l'occasion de travailler avec des metteurs en scène de ce calibre, il propose un produit fini extrèmement léché assez surprenant pour un film Republic et il trousse un film à l'ambiance gothique, option film noir, réellement prenant. L'intrigue tourne évidemment autour de l'absente, la mystérieuse Rosemary. D'elle, Johnny Meadows ne connaitra d'abord que le magnifique portrait ornant le salon et la chambre qu'Hilda lui fera visiter…Perdant patience (ben oui, 3 ans d'armée quand même), il commencera à se rapprocher de la jeune médecin nouvellement installée à Monteflores et ce sera pour lui le début des ennuis. L'ex soldat qui avait aimé une jeune femme par correspondance et donc sans vraiment la connaitre se retrouve dans une maison hantée alors il faut comprendre que le jeune romantique amoureux d'une ombre tombe sous le charme d'une autre jeune femme tout à fait concrète.

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Alors, on anticipe à peu près tout, on dénoue très vite à peu près toute la pelote mais qu'importe, c'est la manière dont tout le récit est amené qui m'intéresse ici et surtout l'atmosphère angoissante, par moment envoutante que Mann et certains de ses interprètes parviennent à créer qui suscite l'intérêt avec peu de choses : Une vieille dame, sa gouvernante, une belle demeure perchée sur une falaise au bord de l'océan. Les voici ces personnages. On a d'abord Hilda, la mère handicapée. Une femme cassante, solitaire et aigri, délaissée par sa fille Rosemary. Elle accueille avec bienveillance le fiancé de sa fille et déclare ne vouloir que son bonheur. Elle en dresse un portrait idéalisé, comme l'est peut-être le portrait qui orne la pièce principale de la maison et n'aime pas du tout d'emblée l'irruption d'un nouveau médecin en ville, la trop jolie Leslie Ross. On peut d'ailleurs supposer que c'est la beauté du nouveau médecin de Monteflores qui provoque l'hostilité d'Hilda à son égard. L'adoration qu'elle voue à cette fille absente en deviendrait presque suspecte et malsaine d'autant plus que derrière son apparence tranquille et bienveillante apparait parfois un sourire inquiétant. D'ailleurs, l'air inquiet de la gouvernante de la maison nous met tout de suite la puce à l'oreille. Ivy est d'ailleurs autant inquiète qu'inquiétante et elle est dans une relation très ambiguë avec sa patronne.
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Car Ivy est piégée dans une relation malsaine pour avoir laissé sa maitresse s'enfoncer dans un fantasme qu'elle a été contrainte d'épouser aussi. L'emprise psychologique qu'Hilda a sur elle et la crainte qu'elle lui inspire ne l'empêchera pas de tenter d'avertir le jeune couple du danger qui pèse sur eux. C'est cette aspect du récit, l'aspect conte cauchemardesque qui m'a personnellement touché : un conte sombre sur la frustration, les rêves perdus et la décrépitude
.
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Coté interprétation, si le couple vedette comme je l'ai déjà dit est assez terne, les deux habitantes du manoir sont excellentes. Helene Thiming (Hilda, la maman) née en Autriche était d'une grande famille d'acteurs et elle avait été la femme de Max Reinhardt jusqu'à la mort de celui ci en 1943. Donc beaucoup de théâtre et malheureusement quelques films seulement aux USA durant leurs exils forcés pour fuir le nazisme mais on l'a voyait dans un Val Lewton, L'ile des morts qui appartient à la même famille que ce film d'Anthony Mann. Quant à sa gouvernante, elle est interprétée par Edith Barrett, elle aussi une actrice de théâtre, elle aussi mariée 10 ans de 1938 à 1948 à une célébrité du film gothique (Vincent Price) et qui elle aussi fit partie de l'écurie Val Lewton car on la verra notamment dans Vaudou et dans Le vaisseau fantôme. Ce film était le 6ème réalisé par Anthony Mann et son premier film noir. Malgré les défauts exposés en préambule, il est selon moi à voir. Pour conclure, je reprends les propos que je tenais au sujet d'un des premiers films d'Anthony Mann chroniqué à la page 30 du topic, Strange Impersonation. Tous les petits films noirs (au sens large) des années d'apprentissage d'Anthony Mann tournés en quelques jours pour Eagle Lion, PRC ou Republic sont plutôt réputés (Jacques Lourcelles parlait d'une série remarquable). Anthony Mann affirmait de son coté que le premier film ou il avait franchi un cap, c'était Desperate (1947) et je trouve qu'il avait raison. La différence qualitative me parait évidente. Cela dit, ses premiers films dont plusieurs tiennent surtout du polar mais qui s'approche du cinéma fantastique sont loin d'être sans intérêts, y compris ce Strangers in the Night.
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

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2 visages de Mrs Reinhardt, "l'inconnue" Helene Thiming
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La Proie/Cry of the city

Post by Supfiction »

kiemavel wrote:Richard Conte 8)
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Bien joué Kiemavel, à mettre Richard Conte en avant (acteur sans domiciles fixes sur le forum..), tu m'as poussé à faire quelques révisions.
En l’occurrence La Proie/Cry of the city de Siodmak, que je n'avais sans doute pas revu depuis l'achat du dvd à sa sortie par Carlotta en 2005. Soit, déjà presque 10 ans (prions pour qu'ils aient toujours les droits et l'ambition de sortir leur ancienne collection en BR)..

Et 10 ans ont suffi à me faire complètement oublié le film, d'où une redécouverte totale comme si je ne l'avais jamais vu. C'est cool Alzheimer, sans cesse de nouveaux films à voir! :lol:

En quelques mots, le face à face Richard Conte (le bad guy, le gars de la rue qui a choisit le mauvais chemin mais tout de même sympathique et partiellement innocent) vs Victor Mature (le flic, le gars de la rue qui a bien tourné) est savoureux. Et le règlement de compte final vraiment très réussi (je parlais plus haut de dénouement un peu décevant dans Thieves' Highway, ici c'est le contraire et l'on sort du film totalement enthousiaste).
Richard Conte est bien le "héros" du film, le personnage principal, et pourtant étrangement le visage de Victor Mature apparait en gros sur l'affiche, et c'est son nom qui apparait le premier au générique. Sans doute avait-il plus la côte au Box-office et/ou dans les studios à cette époque ou bien était-ce une façon de mettre en avant pour la morale le bon plutôt que le truand.

En l’occurrence, Victor Mature est effectivement épatant dans ce rôle de flic tenace et pourtant humain (il a grandit dans les mêmes quartier, il rend visite à la mère du gangster qu'il pourchasse et tente de remettre dans le droit chemin le petit frère). Cela fait plaisir de le voir dans un tel rôle, alors qu'on l'avait souvent vu auparavant dans de sales rôles (comme dans The Shanghai Gesture) ou ambigus (en Doc Holliday par exemple).

Point de femme fatale ici, c'est plutôt un film d'hommes. Mais les femmes sont tout de même présentes, épisodiquement.
Conte en cavale est aidé successivement par sa mamma, puis par une nurse compatissante d'âge mûr, puis hébergé par le molosse Hope Emerson (un sacré physique et une personnalité au diapason vu très souvent dans des rôles secondaires, de Thieves' Highway à Convoi de femmes, Femmes en cage et La maison des étrangers, c'est un peu la grande sœur de "Requin" et on l'aurait bien vu dans un James Bond faire de la charpie de Sean ou Roger!).
Shelley Winters fait également une petite scène dans un taxi.
Et enfin Debra Paget dont c'est le premier film apparait telle un ange innocent rédempteur dans une église dans la grande scène finale.
Last edited by Supfiction on 21 Mar 18, 19:49, edited 1 time in total.
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Re: La Proie/Cry of the city

Post by kiemavel »

Supfiction wrote:
kiemavel wrote:Richard Conte 8)
Bien joué Kiemavel, à mettre Richard Conte en avant (acteur sans domiciles fixes sur le forum..), tu m'as poussé à faire quelques révisions.
En l’occurrence La Proie/Cry of the city de Siodmak, que je n'avais sans doute pas revu depuis l'achat du dvd à sa sortie par Carlotta en 2005. Soit, déjà presque 10 ans (prions pour qu'ils aient toujours les droits et l'ambition de sortir leur ancienne collection en BR)..

Et 10 ans ont suffi à me faire complètement oublié le film, d'où une redécouverte totale comme si je ne l'avais jamais vu. C'est cool Alzheimer, sans cesse de nouveaux films à voir! :lol:

En quelques mots, le face à face Richard Conte (le bad guy, le gars de la rue qui a choisit le mauvais chemin mais tout de même sympathique et partiellement innocent) vs Victor Mature (le flic, le gars de la rue qui a bien tourné) est savoureux. Et le règlement de compte final vraiment très réussi (je parlais plus haut de dénouement un peu décevant dans Thieves' Highway, ici c'est le contraire et l'on sort du film totalement enthousiaste).
Richard Conte est bien le "héros" du film, le personnage principal, et pourtant étrangement le visage de Victor Mature apparait en gros sur l'affiche, et c'est son nom qui apparait le premier au générique. Sans doute avait-il plus la côte au Box-office et/ou dans les studios à cette époque ou bien était-ce une façon de mettre en avant pour la morale le bon plutôt que le truand.

En l’occurrence, Victor Mature est effectivement épatant dans ce rôle de flic tenace et pourtant humain (il a grandit dans les mêmes quartier, il rend visite à la mère du gangster qu'il pourchasse et tente de remettre dans le droit chemin le petit frère). Cela fait plaisir de le voir dans un tel rôle, alors qu'on l'avait souvent vu auparavant dans de sales rôles (comme dans The Shanghai Gesture) ou ambigus (en Doc Holliday par exemple).

Point de femme fatale ici, c'est plutôt un film d'hommes. Mais les femmes sont tout de même présentes, épisodiquement.
Conte en cavale est aidé successivement par sa mamma, puis par une nurse compatissante d'âge mûr, puis hébergé par le molosse Hope Emerson (un sacré physique et une personnalité au diapason vu très souvent dans des rôles secondaires, de Thieves' Highway à Convoi de femmes, Femmes en cage et La maison des étrangers, c'est un peu la grande sœur de "Requin" et on l'aurait bien vu dans un James Bond faire de la charpie de Sean ou Roger!).
Shelley Winters fait également une petite scène dans un taxi.
Et enfin Debra Paget dont c'est le premier film apparait telle un ange innocent rédempteur dans une église dans la grande scène finale.
Plusieurs remarques. Tant mieux si cette petite série peut donner envie de revisiter la filmo noir d'un grand du genre comme a pu l'être Richard Conte dont je découvre étonné qu'il n'a pas de topic dédié, ce qui était aussi le cas d'un autre (un peu moins) grand avant que tu t'y colles : John Payne. C'est d'ailleurs surement sur lui que je vais me pencher prochainement pour une série de 3 à 5 films.

La piqure de rappel au sujet de La proie vaut aussi pour moi d'ailleurs car c'est un film qui m'a marqué pour ce que tu relèves, cad l'affrontement entre Conte et Mature et comme toi, j'avais plus particulièrement remarqué l'interprétation de ce dernier car à l'époque du dernier visionnage (et peut-être le seul d'ailleurs) je n'appréciais pas tellement cet acteur. Je suis sûr d'avoir découvert le film dans les mêmes circonstances, à la faveur de la parution du DVD, à l'époque ou Carlotta avait sorti une série d'une dizaine de films noirs dont d'ailleurs celui dont tu disais ces jours ci ne pas avoir gardé un bon souvenir, le film d'Henry Hathaway Appelez Nord 777. Depuis, il était sorti moins d'une dizaine de noirs par an, jusqu'à ce que certaines filiales françaises de Majors sortent quelques unes de leurs "étoiles" et autres "Trésors" mais l'euphorie n'a pas durée. Cette paresse ou plutôt cette frilosité des éditeurs çà donnerait presque des envies de s'installer comme faussaire et faire du pressurage (je suis plus dans le raisin que dans le DVD habituellement) de DVD à la demande.

Pour revenir au film de Siodmak, il faut donc que je le revoie moi aussi car je ne me souvenais même pas de Debra Paget la dedans et pas plus de Shelley Winters :oops:
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Alias Nick Beal / Un pacte avec le diable (John Farrow, 1949

Post by Supfiction »

joe-ernst wrote:
Hitchcock wrote: Très belle actrice, effectivement, aussi dans le célèbre The Postman Always Rings Twice, malgré un rôle assez anecdotique
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si mes souvenirs sont bons, elle joue la fille que Garfield séduit par hasard sur un parking, vers la fin du film
Une des grandes dames du noir et une de mes préférées, à admirer également dans Lady in the Lake. :wink:

A propos d'Audrey Totter, et à défaut d'avoir encore vu Under the Gun à mon grand regret, un petit mot sur :

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Alias Nick Beal / Un pacte avec le diable (1949)


Réalisation : John Farrow
Avec: Ray Milland, Audrey Totter, Thomas Mitchell
Scenario : Jonathan Latimer, Mindret Lord


Alias Nick Beal, un film de John Farrow de 1949 avec Ray Milland et Thomas Mitchell très peu évoqué ici, et pour cause seul Lord Henry semblait l'avoir vu et visiblement adoré. Ce qui n'a pas été mon cas malheureusement.

Il s'agit d'une nouvelle transposition du mythe de Faust dans l'univers du film noir mi-fantastique mi-satire politique. Dans le registre de la satire/parabole politique, on est quand même loin du Capra de référence de L'homme de la rue et Mr Smith au Senat. Le scénario m'a paru ultra-prévisible et lourd (voir les passages avec la bible, on se croirait dans Dracula). Je crois bien que les films mettant en scène le diable m'ennuient particulièrement (sauf si c'est dans le registre comique).

Mais le film est sauvé par l'interprétation très inspirée du britannique Ray Milland (dans le rôle casse-gueule du diable, à la fois charmant, mystérieux et inquiétant, froid et rusé) qui était certainement à cette époque dans la meilleure passe de sa carrière. Il a la quarantaine triomphante, beau et charmant alors.

Une décennie fantastique commence pour lui en 1939, lorsqu'il acquiert une notoriété définitive en partageant la vedette de Beau Geste, réalisé par William Wellman, avec Gary Cooper. Durant la seconde guerre mondiale, alors qu'il travaille comme instructeur dans l'armée de l'air, il continue pourtant de faire des films. Il tourna excusez du peu pour Cecil B. DeMille (Les naufrageurs des mers du sud, 1942), Frank Borzage (dans le splendide Till We Meet Again en 1944 que j'avais chroniqué ici), Mitchell Leisen trois fois (Arise, My Love en 1940 sur un scénario de Billy Wilder déjà, Les nuits ensorcelées en 1944 et Les anneaux d'or en 1947), Fritz Lang (Espions sur la Tamise, 1944), John Farrow trois fois (Californie terre promise en 1947, l'excellent noir La grande horloge en 1948 et un western raté en 1950, Terre Damnée).
Et surtout pour l'immense Billy Wilder également à deux reprises (le génial Uniformes et jupon court en 1942 puis bien sûr The Lost Weekend en 1945, drame sur l'alcoolisme qui lui vaut un Oscar et un prix d'interprétation à Cannes)!
Mitchell Leisen et John Farrow trois fois, Billy Wilder deux fois en à peine quelques années. On peut dire qu'il était apprécié par ceux pour qui il travaillait!
Alors qu'il avait débuté plutôt dans des rôles romantiques et des comédies légères, comme Le docteur se marie (de Alexander Hall, en 1940, dont vous trouverez la chronique ici), il incarna progressivement des rôles de plus en plus sombres dans lesquels il excellait, avec comme point d'orgue bien entendu le mari assassin dans Le crime était presque parfait d'Alfred Hitchcock. Par ses expressions du visage subtilement inquiétantes et son grand talent, son physique se prêtait aux personnages ambigus.

Dans Alias Nick Beal, il compose avec grand talent un personnage maléfique dont la seule présence, parfois en retrait en arrière plan suffit (pour mieux manipuler ses victimes avec qui il joue comme aux marionnettes). Son Nick Beal apparaît et disparaît sur un caprice. Sans besoin de beaucoup de mots, Milland lui donne le pouvoir à travers ses yeux et ses expressions : un demi-sourire narquois ou un regard qui tue.

Outre Milland, vous reconnaitrez le second rôle Roger Mitchell qui joue le politicien candidat au poste de gouverneur (contre un certain Kennedy!) et qui pactise peu à peu avec le diable. Personnellement, je le trouve trop léger pour être totalement crédible en homme politique d'envergure. En revanche, il joue toujours bien (souvenez vous de lui en oncle menant à la faillite dans It's a wonderfull world) les hommes indécis et faibles, se laissant facilement manipuler.

La présence magnétique d'Audrey Totter en revanche me comble de bonheur. C'est une actrice que je trouve toujours parfaite dans le film noir, qu'elle soit la mauvaise fille manipulatrice, vénéneuse à souhait, ou bien la gentille fille .. un peu manipulatrice quand même ou à l'insu de son plein gré comme ici où elle est également victime des manipulations du diable Ray Milland et de la tentation (un manteau de vison sur une femme est toujours imparable dans le noir!), se métamorphosant en quelques minutes de fille de rue en femme du monde. C'est probablement mon actrice de film noir favorite, en faisant abstraction des stars à l'incursion occasionnelle dans des films à plus gros budget (Gene Tierney, Barbara Stanwyck, Susan Hayward...).

Alias Nick Beal est un film tout à fait honorable que se laisse voir mais si l'on a déjà vu ce genre de film faustien (de Gérard Philippe à De Palma), on a une forte impression de déjà vu et de lassitude qui gâche un peu le plaisir.
Si ça vous intéresse, je suis tombé par hasard sur ce site référençant les films dans lesquels il est question du diable.


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Last edited by Supfiction on 1 Aug 15, 12:35, edited 3 times in total.
Dave Bannion
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by Dave Bannion »

kiemavel wrote:
Supfiction wrote:
Je crois les avoir tous vus (sauf peut-être New York confidentiel) et je place La maison des étrangers de Joseph Mankiewicz très largement au-dessus du lot.
Dans les déceptions, j'ai gardé un souvenir assez mitigé de Whirlpool/Le mystérieux docteur Korvo et très très mitigé d'Appelez nord 777 (c'est rare qu'un film de Jimmie Stewart m'ennuie).
Que tu l'aimes particulièrement, OK mais très largement au dessus du lot, vu les titres concernés, je ne suis pas du tout d'accord. C'est que tu as raté quelque chose ou plus surement que tu exagères. J'aime beaucoup ce film de Mankiewicz mais d'une part ce qui m'intéresse le plus dans celui là ce n'est pas l'aspect film noir -et j'ai l'impression que ce n'est pas non plus ce qui intéressait le metteur en scène- mais l'ultra classique drame familial avec vieux patriarche, fils adoré et fils honni(s) qui se promène dans la littérature (puis le cinéma) depuis au moins The Baillebeule. Le scénario quand il se concentre sur l'essentiel est génial. Il nous balade en nous montrant un Max Moretti, puis un autre…On est avec Max puis le regard que l'on porte sur le personnage interprété par Richard Conte change radicalement…puis lui même fait sa prise de conscience. Tout ceci est passionnant. Sa prise de conscience tardive, le renoncement à la vengeance de ce fils adoré qui se foutait radicalement que le bon papa écrabouille la gueule de ses autres enfants du moment que lui était "l'héritier" désigné, c'est encore une fois remarquable. La métamorphose doit aussi beaucoup à un personnage féminin excellemment interprété par Susan Hayward (une fois n'est pas coutume…comme quoi elle aussi il fallait juste la mater :twisted: ) . Le salaud qui clouait le bec à tout le monde en concluant ses phrases par des "Period !!! " péremptoire, une sorte d'équivalent poli à "Ferme ta gueule !!!" et qui fait ce chemin là, c'est forcément intéressant. Ce qui fait 2 formidables personnages. La mama aussi est très bien mais Maria (Debra Paget) et les frères sont eux des personnages (et des interprètes) beaucoup plus faibles. J'ajoute un personnage sur lequel je suis déjà un peu plus nuancé. Le patriarche (Robinson) est remarquable en banquier proche du peuple, "vrai" italien adepte de la combinatiooonnnne et des petits arrangements pas trop réglo (On va quand même pas s'emmerder avec un comptable ! :o ). Bref, pas le genre Wall Street comme banquier mais il est quand même un poil pittoresque le patriarche. Robinson a du s'amuser à incarner cet italien mais on peut préférer les plus ou moins vrais italiens et les (faux) grecs d'un autre film noir -et pour le coup un vrai- que je présentais de mon coté comme étant un des prioritaires à voir avec Richard Conte : les bas fonds New-yorkais.

C'est la ou je voulais en venir…Si je devais choisir, ce qui serait un peu dommage car encore une fois j'aime beaucoup aussi le Mankiewicz, je choisirais le film de Dassin. Lorsque Mankiewicz se concentre sur la tragédie de "sa" famille d'italiens et sur les personnages principaux, j'adore mais l'enrobage m'intéresse moins et me semble céder parfois au pittoresque et à l'anecdotique. Dassin jamais. Son film est moins riche et moins ambitieux mais plus "parfait". Je préfère le portrait de groupe plus cohérent et qui me semble plus authentique du film de Dassin. Je crois plus aux prolos de Dassin qu'aux italiens de Mankiewicz. C'est surement un critère très secondaire pour un certain nombre d'amateurs de noir mais çà compte quand même un peu à mes yeux. Je crois au gros butor grossiste en fruits et légumes, racketteur et arnaqueur incarné remarquablement par Lee J. Cobb, je crois aux routiers (Conte, Millard Mitchell, Jack Oakie et Jo Pevney) et à la prostituée magnifiquement interprétée par Valentina Cortese. Et surtout, au drame familial excellemment construit mais ultra classique, je préfère le petit et modeste " raisins de la colère " à la mode Dassin (moi aussi j'aurais fini en cabane dans les fifties :P ). Cela dit, évidement les deux sont indispensables !
Difficile de choisir ds cette liste.
Le Dassin : les bas fonds de Frisco est peut être celui que je préfère ds les 4, pourtant très bons, noirs qu'il a tourné même si j'ai toujours un faible pour la fin, géniale, de la cité sans voiles.
Le Lewis : géant !!! L'affrontement Conte/wilde et la photo de J Alton, je ne m'en lasse pas.
J'aime bien aussi le Karlson, adaptation de Simenon où R Conte, rangé des voitures est rattrapé par son passé.
Bien sûr le Mankiewicz est très bon !!!

C'est sans doute Korvo qui m'emballe le moins. Preminger a fait bcp mieux même si G Tierney est toujours aussi craquante.
Idem pour le Lang : il me paraît mineur ds la filmo noire du maître.

Pour Richard Conte, son rôle ds le Parrain a donné des idées aux italiens : il a terminé sa carrière en jouant des gangsters ou des Mafiosos ds toute une série de séries B italiennes. Certaines sont assez sympas...au second degré.

Très bonne idée, cette série sur Richard Conte !!
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

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Les iles de l'enfer (Hell's Island) 1955

Réalisation : Phil Karlson
Produit par William H. Pine et William C. Thomas (Paramount)
Scénario : Maxwell Shane d'après une histoire de Martin Goldsmith et Jack leonard
Image : Lionel Lindon
Musique : Miklos Rozsa

Avec :

John Payne (Mike Cormack)
Mary Murphy (Janet)
Francis L. Sullivan (Barzland)
Eduardo Noriega (l'inspecteur Pena)
Arnold Moss (Paul Armand)

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Mike Cormack, un ancien avocat, avait touché le fond à la suite d'une déception amoureuse. Devenu alcoolique, il avait été licencié par le cabinet qui l'employait. Commençant à reprendre le dessus, il avait retrouvé un emploi de videur dans un casino de las Vegas. Un soir, Il y est contacté par Barzland, un trafiquant opérant dans les Caraïbes et se voit proposer une mission, retrouver un rubis de grande valeur disparu dans un accident d'avion au large de l'ile de San Rosario. Si Barzland l'a choisit, c'est qu'il soupçonne que le rubis n'a pas disparu pour tout le monde et qu'il a en réalité été volé par Eduardo Martin, l'homme qui avait été chargé de convoyer la pierre. Celui ci est en effet le mari de Janet, l'ex petite amie de Cormack et il espère que cette ancienne relation lui facilitera la tache pour se voir restituer la pierre. Cormack arrive sur l'ile de San Rosario et retrouve Janet…

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Ce film, ressorti dans les années 60 sous le titre lui aussi évocateur de South Sea Fury, n'est pas déshonorant pour un Little Big Man du film noir mais ce n'est tout de même pas le meilleur film que Phil Karlson aura donné au genre. C'est un film noir en Technicolor et dans le format large Vistavision de la Paramount. Je ne rentre pas dans les considérations du style : un film noir peut-il être en couleurs ? ici, l'emploi de la couleur est parfaitement justifié par l'exotisme des lieux ou se déroulent l'action et par les petits bouts d'aventure inclus dans l'intrigue de polar. L'action se déroule presque entièrement dans les Caraïbes et il a d'ailleurs été partiellement tourné sur place, ce qui veut dire qu'on profite du ciel bleu et de l'océan et que l'ambiance n'est point trop nocturne et que les trottoirs ne sont point pluvieux. Il s'ouvre curieusement puisque sur le générique se surinpressionne les images du règlement de compte final ce qui est tout de même assez troublant même si on ne perçoit qu'une partie de l'action et qu'elle est en partie tronquée. On enchaine ensuite sur les images de Cormack allongé sur une table d'opération qui, interrogé par des policiers, commence à raconter son histoire. Commence alors un très long flashback qui occupe la presque totalité du film.

Cormack, le personnage central n'est pas un inconnu. C''est un pauvre type tombé bien bassss à cause d'une femme et qui replonge malgré la haine viscérale qu'elle semble d'abord lui inspirer. La minuscule Mary Murphy en femme fatale, c'est un choix étonnant mais une grande sensualité se dégage d'elle et Karlson lui offre quelques unes des meilleurs scènes. Le coté mante religieuse de la femme fatale trouve son expression tout à fait concrète dans la façon qu'elle a de tourner autour de son ex amant. Elle cherche son regard, le frôle, le touche, pose sa main sur la sienne, s'accroche à lui pour lui dire au revoir, teste ses résistances et il est évident que Karlson s'est amusé à jouer de la différence physique entre les deux comédiens pour montrer à quel point le plus faible des deux n'est pas celui qu'on croit car Cormack aura beau essayer de la repousser et de se débattre, il finira par tomber.

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Si Mary Murphy est une surprenante mais pas décevante femme fatale (au moins dans la 1ère partie du film), John Payne est lui d'emblée assez décevant. Dès ses débuts dans le genre avec Larceny (1948), on l'avait vu par instant mais par instant seulement, tendu, l'oeil sombre et les mâchoires crispées, contenant une colère qui finissait par exploser. Ses rictus de rage ou l'expression d'un dégout prenaient encore plus de place dans un film comme L'affaire de la 99ème rue (chroniqué par Supfiction sur ce topic) mais ici j'ai l'impression de voir la caricature d'un acteur qui n'était déjà pas le plus subtil du monde mais qui bien dirigé et canalisé pouvait dans ce registre là donner de bonnes performances, notamment dans l'expression de la frustration et de la violence.

Dans Hell's Island, on le découvre surveillant les tables de jeu du casino qui l'emploie et 30 secondes plus tard…il est contraint de sortir un râleur en le saisissant par le col et en le jetant au dehors. Il se montre ensuite hargneux lorsqu'il découvre les raisons qui ont poussé Barzland a faire appel à lui. Il ne peut réprimer sa colère quand il sent qu'il veut le mettre au défi de se retrouver face à la femme qui l'a fait tant souffrir…et il va être comme çà tout du long ou presque, dans l'excès…Certes, c'est en partie en raison du personnage qu'il incarne car dès lors qu'il retrouve Janet, Cormack hésite entre désir de vengeance et de reconquête mais il est clair que c'est la rancoeur qui domine d'emblée chez lui, un sentiment qui se transformera en haine quand il comprendra que Janet le manipule et cette haine ira crescendo malgré des parenthèses ou ils sembleront (re)commencer à se faire mutuellement confiance.

Le problème, c'est que plus le film avance et plus on se lasse de cette succession de scènes ou les cris, les coups, les pleurs succèdent aux baisers et aux "Je t'aime" et au bout d'un moment, ce n'est plus seulement le jeu de Payne qui est outrée mais celui des deux, tant ils sont dans l'excès dans l'expression des sentiments éprouvés (…ce qui finit par éprouver le spectateur). Les mensonges répétés de l'héroïne, le personnage incarné par John Payne et leurs relations font penser à celles de Jane Greer et de Robert Mitchum dans le chef d'oeuvre de Tourneur La griffe du passé…sauf que l'on a l'impression d'assister à son pastiche.

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Un mot sur l'énigme. Même si les investigations de Cormack sont en grande partie téléguidée par Janet, ses mensonges et ses demi-vérités et que cette relation est vraiment au coeur du film, on croise tout de même quelques personnages secondaires plus ou moins intéressants, tous impliqués dans la disparition/dissimulation de la pierre précieuse ou lancés eux aussi à sa recherche. Si un certain nombre de personnages -des hommes de main de Barzland à la police locale- sont sans ambiguité et tomberont plus ou moins méchamment sur le dos de Cormack, on s'interrogera longtemps sur le rôle joué par Paul Armand (Arnold Moss), un mystérieux antiquaire et un ami de Janet. Mêmes interrogations au sujet d'Eduardo (Paul Picerni), le mari de Janet très longtemps invisible. Et enfin, (le meilleur pour la fin), on croise surtout l'affreux Barzland, le méchant en fauteuil roulant ! Si le père Noël est une ordure…je ne vois pas pourquoi les mecs en fauteuil roulant seraient forcément de braves types. Ici, notre salopard en chef est donc un handicapé qui ne se contente d'ailleurs pas d'ordonner à ses hommes de main de donner des (sales) coups (de main) ou de descendre les gêneurs mais qui met lui-même la main à la pâte (il faut voir le contentement exprimé par Francis Sullivan lorsqu'il peut assèner une bonne manchette ou réclamer à un de ses sbires le flingue qu'il tenait à la main pour finir lui-même le travail). Comme toujours le Francis est assez savoureux dans ce registre là mais on a quand même du mal lui aussi à le prendre au sérieux.

Trois bonnes scènes à signaler. D'abord un meurtre original : un témoin clé est assassiné pendant un combat de coq avec une arme inédite . Puis (on la sent venir de loin celle là), Cormack contribue au nourrissage des crocodiles (domestiques mais pas tant que çà) affamés s'agitant dans le bassin d'un de ses hôtes en leur fournissant de la chair fraiche (le Yankee bien nourri, c'est plein de vitamines). Ensuite, une balade nocturne en bateau se conclut de manière inattendue. Enfin le final est lui aussi un peu frustrant (et en partie raté). La scène de la découverte du rubis est déconcertante mais permet de se rendre compte après coup (…mais peut-être que des plus perspicaces que moi...) que Karlson et ses scénaristes avaient semé des tas d'indices sur la localisation de la fameuse pierre. Le point culminant n'est d'ailleurs pas là, c'est le règlement de comptes que l'on avait entrevu durant le générique. Ce final qui tient du Carrefour de la mort et de The Lineup en plus spectaculaire est très réussi. Bilan : très moyen. En tout cas, des trois collaborations Payne/Karlson, celui ci est assez nettement le moins bon. Supfiction a évoqué L'affaire de la 99ème rue (99 River Street) à la page 26 du topic. J'avais évoqué un autre thriller de Phil Karlson, Key Witness à la page 17. Plus que 10 ! (et même plus que çà si je compte ses derniers policiers des années 70). A priori Hell's Island n'a été diffusé chez nous qu'en vf, je ne l'ai en tout cas jamais vu autrement.
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

Dave Bannion wrote:Difficile de choisir ds cette liste.
Le Dassin : les bas fonds de Frisco est peut être celui que je préfère ds les 4, pourtant très bons, noirs qu'il a tourné même si j'ai toujours un faible pour la fin, géniale, de la cité sans voiles.
Le Lewis : géant !!! L'affrontement Conte/wilde et la photo de J Alton, je ne m'en lasse pas.
J'aime bien aussi le Karlson, adaptation de Simenon où R Conte, rangé des voitures est rattrapé par son passé.
Bien sûr le Mankiewicz est très bon !!!

C'est sans doute Korvo qui m'emballe le moins. Preminger a fait bcp mieux même si G Tierney est toujours aussi craquante.
Idem pour le Lang : il me paraît mineur ds la filmo noire du maître.

Pour Richard Conte, son rôle ds le Parrain a donné des idées aux italiens : il a terminé sa carrière en jouant des gangsters ou des Mafiosos ds toute une série de séries B italiennes. Certaines sont assez sympas...au second degré.

Très bonne idée, cette série sur Richard Conte !!
Le 4ème de Dassin, c'est lequel ? Tu pensais aux noirs américains sans doute et donc à Brute Force mais je trouve que celui qui rivalise le plus avec ses 3 grands films américains c'est Rififi qui est lui un noir transposé simplement dans le milieu du gangstérisme français. Quoiqu'il en soit, Brute Force n'en manque pas mais c'est surtout un film impressionnant et fait pour çà (il multiplie les scènes chocs (le chalumeau, le gus accroché au wagonnet, l'émeute, etc…), les interprétations spectaculaires (à commencer par celle de Hume Cronyn) mais c'est peut-être, d'une part pas vraiment un noir, et surtout un film un brin roublard mais qui reste très fort ! Les 4 autres sont pour moi au dessus même La cité sans voiles que j'adore.

Comme dit Supfiction, si tous les jours on avait à trancher entre des films pareils, ce serait le paradis mais j'ose : n°1 Les forbans de la nuit. 2 Les bas-fonds de Frisco. 3 La cité sans voiles. 4 Rififi. 5 Les démons de la liberté 6. Two Smart People (qui est un peu tout à la fois mais qui tient un peu du film noir). Et oui, j'ai beau adorer Frisco, c'est quand même Les forbans de la nuit mon préféré.

Pour Richard Conte, comme pour le reste, après Les Tony Rome, en dehors du Parrain, je ne connais rien !..et ce que tu en dis ne donne pas trop envie. C'est mal vendu, Dave :wink:

Et enfin, un mot pour Supfiction. Je ne peux pas faire de commentaires sur Alias Nick Beal dans la mesure ou je ne l'ai pas vu depuis 10 ans, que j'en ai un souvenir très vague mais je me souviens par contre que je ne l'avais pas aimé des masses. Mais je l'ai en vost. A revoir donc mais il y a déjà tellement de film à voir…

Bien vu pour la trouvaille avec Frank Lovejoy et Audrey Totter !