Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Dave Bannion
Doublure lumière
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by Dave Bannion »

kiemavel wrote:
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Alerte à Singapour (World for Ransom)

1954
Réalisation : Robert Aldrich
Scénario : Lindsay Hardy et Hugo Butler
Image : Joseph Biroc
Musique : Frank De Vol
Produit par Robert Aldrich et Bernard Tabakin
Allied Artists Pictures

Durée : 82 min

Avec :

Dan Duryea (Mike Callahan/Corrigan)
Patric Knowles (Julian March)
Marian Carr (Frennessey march)
Gene Lockhart (Alexis Pederas)
Nigel Bruce (Le gouverneur Coutts)
Reginald Denny (Le major Bone)

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Un détective privé d'origine irlandaise installé à Singapour est contacté par Frennessey March, son ex petite amie qui soupçonne son mari Julian de s'être embarqué dans une affaire douteuse et qui craint pour sa vie. Callahan commence donc sa surveillance mais il est très vite capturé et agressé par Johnny Chan, le chef d'un gang local et ses hommes qui lui ordonnent de convaincre son ami Julian et ses nouveaux amis membres d'un gang rival composé d'expatriés européens, de renoncer à contrôler une base arrière de son organisation située en pleine jungle à proximité d'un village abandonné. Chan les soupçonne en effet de chercher à le supplanter et à s'approprier cette planque dans le but de s'en servir comme base arrière pour un gros coup à venir. Callahan poursuit son enquête, surveille les agissements de March et découvre que celui ci est devenu un proche d'Alexis Pederas, un racketteur et trafiquant notoire et qu'avec ses hommes, Ils projetent d'enlever un scientifique de premier plan, le physicien Sean O'Connor...


2ème long métrage de Robert Aldrich après Big Leaguer (1953), World for Ransom fut tourné en 1954 juste avant ses premières très grandes réussites Bronco Apache et Vera Cruz. Le film s'inspire d'une série tv China Smith diffusée en 1952 dont Robert Aldrich avait réalisé 4 épisodes qu'il prolonge sur grand écran en reprenant le même interprète principal, Dan Duryea ainsi qu'une partie des interprètes secondaires. C'est ce film qui fit véritablement remarquer le metteur en scène et qui -dit-on- incita Burt Lancaster a faire appel à lui pour les deux films mentionnés plus haut qui furent tournés en cette même année 1954. On y retrouve de manière certes imparfaite déjà la griffe d'Aldrich. Il reprend ici des "standards" du film noir et malaxe le tout pour en faire -déjà- un film très personnel. Malaxer, ce n'est même pas tellement approprié car Robert Aldrich casse aussi beaucoup ! L'intrigue est pourtant très basique : Un détective privé un peu paumé. Une ex/future ? petite amie chanteuse de night-club. Un ami - et par ailleurs le rival amoureux- qui trempe dans des affaires louches et tombe sur de biens plus méchants que lui….voila pour les présentations.

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Premier point singulier, en tout cas assez rare pour être signalé, Aldrich déplace son intrigue de film noir dans un cadre exotique, Singapour. Une Singapour nocturne aux grandes artères saturées de néons dont les multiples enseignes lumineuses désignent les établissements de nuit peuplés d'aventuriers, d'expatriés douteux évoluant sous la surveillance assez lâche des colons britanniques. Dès que l'on s'éloigne des lumières, ce ne sont que recoins sombres propice aux embuscades, aux bagarres, aux enlèvements, aux meurtres. Aldrich filme les impasses, les ruelles, une multitude d'escaliers parcourus par des personnages pressés. Mais après 20 minutes, à partir de l'enlèvement du scientifique, le film tourne progressivement au thriller d'espionnage sur fond de guerre froide mais sans pour autant que le film se rattache aux films de propagande anti communiste puisque -pas difficile- les malfaiteurs cherchent à vendre leur captif aux plus offrants. L'affaire intéresse beaucoup de monde car O'Connor est une sommité dans son genre et le chantage exercé par les ravisseurs permet à Aldrich de placer pour la première fois une de ses obsessions, le péril nucléaire !!! Le titre original, World for Ransom (Le monde pour rançon) prend alors tout son sens sauf qu'ici ce n'est qu'une toile fond, un "truc" pour faire dériver le pur film noir d'abord vers le thriller d'espionnage, puis vers le film d'action voir le film de guerre. Une bascule de genres qui se matérialise aussi très concrètement sur l'écran car on passe brutalement d'un univers totalement urbain et nocturne à un univers rural de villages cernés par la jungle.

Autre point singulier, le coté pour le moins non conventionnel du détective privé Mike Callahan qui est joué par un génial Dan Duryea. C'est l'un des Private Eyes les plus déglingué que j'ai jamais vu. La moiteur de Singapour aidant, on le le voit jamais autrement que suant et haletant. Son costume blanc est peut être celui du redresseur de tord sans reproche mais il n'a pas du voir le pressing depuis un bon moment. Callahan est parfois tabassé mais il ne donne pas sa part aux chiens, cognant ses amis presque autant que ses ennemis. Tous ses efforts désordonnés pour dénouer cette intrigue et pour tirer -croit-on- son ami du guêpier dans lequel il s'est fourré n'ont sans doute qu'un but, récupérer le grand amour perdu. Calahan avait été le petit amie de Frennessey March et il évoque fréquemment ce passé heureux mais on ne sait pas, et on ne saura jamais -surtout à la lumière des scènes finales - si cette "âge d'or" était réel ou seulement le fruit de son imagination mais ces évocations parfois tendres permettent tout de même de montrer parfois un autre versant de la personnalité fébrile et nerveuse de Callahan. Illusoire ou pas, l'idylle avait été brisé en raison de sa loyauté et de sa droiture car bien d'autres ressortissants britanniques dont son ami Julian March s'était planqués durant la guerre alors que lui ne s'était pas dérobé mais à son retour il avait été remplacé et ne s'en était jamais remis. Des années plus tard, il se plaint toujours amèrement de la trahison de Frennessey et de celle de Julian. Il se plaint de l'infidélité des amis, vitupère, geint contre l'inconstance des femmes, il violente parfois Frennessey...puis tente de se racheter. Duryea joue çà dans le registre de la fébrilité, on le voit tour à tour haletant, geignant, violent…mais finalement trompé atrocement et pour finir, touchant, bouleversant...seul, atrocement seul. A ce stade, on ne peut même plus parler de (anti)-héros "romantique" désabusé !

L'intrigue amoureuse était potentiellement passionnante mais on n'en perçoit toute la richesse et la complexité qu'à la lumière des dernières scènes entre Callahan et Frennessey. Ce personnage est interprété par Marion Carr, la Friday de Kiss Me Deadly. Jusqu'au bout le personnage demeure une énigme. Aldrich glisse sans doute au passage un hommage à Joseph von Sternberg car l'on découvre Frennessey dans un numéro de music Hall dans lequel, grimée en homme, elle fait obligatoirement penser à Marlene Dietrich, sans même parler du cadre du film qui évoque lui aussi quelques films du maitre. Je ne développe pas plus mais à l'évidence Aldrich a sans doute édulcoré certains aspects du personnage et l'a rendu moins explicite qu'il n'aurait du…Quoique, l'autocensure a parfois du bon, ici, je ne saurais le dire.

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On peut voir ce film comme un brouillon de certaines oeuvres futures d'Aldrich. La construction de ses films n'a jamais été le soucis principal de ce génial metteur en scène mais ici l'intrigue pourra paraitre un peu trop embrouillée et certains personnages secondaires sont peut-être en trop, notamment un photographe informateur de Callahan qui se trouve un peu trop heureusement au bon endroit, au bon moment. On a aussi droit à quelques péripéties pas indispensables, un coup monté avec faux-témoignage et forcément le moins pourri qui se retrouve soupçonné par la police. En cours de route, aux personnages principaux déjà nombreux, aux malfaiteurs, au gang rival, viennent s'ajouter : la police locale, les autorités britanniques, le contre-espionnage et l'armée. Çà fait beaucoup ! J'ajoute que la dernière partie qui appartient au film d'action voir même au film de guerre m'a beaucoup moins intéressé même si Aldrich réussit encore quelques scènes formidables, notamment un bluff monumental de Callahan. Enfin, le final -sublime- nous ramène au point de départ à Singapour dans une scène qui ironiquement renvoie à la scène d'ouverture du film, un Callahan -rejeté, lessivé, désespéré- retrouvant la petite diseuse de bonne aventure qui ironiquement lui avait prédit "un bel avenir".

Bilan : Un film foutraque si l'on s'acharne à regarder dans les coins. Il n'est certes pas sans défauts mais c'est le genre de films qui me donnent envie de repartir à la pêche aux raretés…quand bien même les bonnes surprises commenceraient à se faire rare. Même si à l'évidence, le film a été tourné à la va vite -parait-il en 10 jours- on sent aussi immédiatement la griffe d'Aldrich par le sens des cadrages, quelques plans inventifs et surtout par sa façon de montrer un "héros" pour le moins non conventionnel. Bien qu'il assène encore quelques âneries, pour l'analyse de la mise en scène, je renvoie le lecteur vers le texte remarquable d'Alain Silver dans son encyclopédie du film noir ainsi que les lignes tout aussi intéressantes que Noël Simsolo consacre au film dans "Le Film Noir, vrais et faux cauchemars". Ce film a été diffusé à la TV mais c'est l'un des sous titrage "professionnel" les plus médiocres que j'ai jamais vu, surement l'oeuvre d'une petite cousine du directeur de la boite (rien à voir avec la boite de pandore). Je ne devrais peut-être plus trop faire le programme :mrgreen: mais le prochain devrait être Les yeux dans les ténèbres qui est lui aussi un des premier film d'un cinéaste important : Fred Zinnemann.

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Ta critique est trés juste ; le film est loin d'être parfait mais il porte la marque du Gros Bob qui était un vrai génie du cadre. Cela se voit déjà ds ce film, très agréable à regarder. duryea y est parfait !!
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Supfiction
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Usual bad guy

Post by Supfiction »

On peut voir ce film comme un brouillon de certaines oeuvres futures d'Aldrich.
Le thème de la bombe atomique, obsession de l'époque, sera d'ailleurs repris quelques années après..
Dave Bannion wrote: Ta critique est trés juste ; le film est loin d'être parfait mais il porte la marque du Gros Bob qui était un vrai génie du cadre. Cela se voit déjà ds ce film, très agréable à regarder.
Oui, les cadrages et les très beaux mouvements de caméra sont ce qu'il y a de plus réussi dans ce film. Il y a notamment des plans étonnants, comme celui pris depuis l'arrière d'une vitre de réverbère en plongée sur les passants, ou encore celui filmé derrière la toile du lit de la femme de March.
Dave Bannion wrote:duryea y est parfait !!
Duryea rules!
C'est bien la première fois que je le voyais dans le rôle d'un good guy fatigué (sauf quand il saute par les fenêtres) et pas d'un salaud ou d'un hors la loi (parfois sympathique) comme d'habitude. Il y est très convaincant notamment dans les scènes d'"amour" avec Marion Carr plutôt réussies.

J'ai lu qu'une scène aurait été censurée dans laquelle la femme dont est amoureux Dan lui déclare être en fait lesbienne, ce qu'il aurait beaucoup de mal à avaler..
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Re: Usual bad guy

Post by kiemavel »

Supfiction wrote:J'ai lu qu'une scène aurait été censurée dans laquelle la femme dont est amoureux Dan lui déclare être en fait lesbienne, ce qu'il aurait beaucoup de mal à avaler..
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Ce n'est pas exactement çà. 1ère chose, la plupart de ceux qui ont évoqué le film ont rapporté la même ânerie au sujet de la fin du film (Alain Silver, Jean-Pierre Piton, François Guérif, etc…) le film est difficile à voir et l'était encore plus à l'époque de la rédaction des articles ou des livres dans lesquels ce film est évoqué et il a sans doute fallu qu'un premier commentateur rapporte une ânerie pour que les autres la répète…Je ne vois pas d'autre explication car ils colportent la même erreur. Ils prétendent que Frennessey fini par repousser Callahan en lui avouant que le contact physique avec les hommes l'a toujours dégoutté et qu'elle n'a jamais aimé aucun homme (ce qu'on peut considérer comme la révélation de son homosexualité…mais pas obligatoirement). Il n'en est rien. la jeune fille de 18 ans avait été séduite par l'amour tendre du jeune Callahan. Quand il avait été appelé pour combattre, elle s'était livrée à la prostitution pour survivre et Julian l'avait alors pris pour elle même, pour la femme qu'elle était devenu, une chose que n'aurait pas pu faire Calahan qui la mettait sur un piédestal. Pour résumer, elle a préféré le baiseur au joli coeur :mrgreen: et c'est ce qu'elle dit à Callahan mais en termes Hollywoodiens :mrgreen: Par contre, Aldrich a déclaré qu'il aurait voulu montrer son homosexualité ou son ambiguité sexuelle. La scène censurée serait en fait un baiser que Frennessey échangeait avec une femme au cours de son tour de chant lorsqu'on la voit sur scène grimée en homme. Il est d'ailleurs fort possible que si Aldrich avait pu montrer cet aspect la du personnage, la scène finale aurait alors été plus proche de celle "rêvée" par les commentateurs du film.
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

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Le fauve en liberté (Kiss Tomorrow Goodbye)

1950
Réalisation : Gordon Douglas
Scénario : Harry Brown d'après Horace McCoy
Image : J. Pecerell Marley
Musique : Carmen Dragon
Produit par William Cagney
Warner

Durée : 102 min

Avec :
James Cagney (Ralph Cotter)
Barbara Payton (Holiday Carleton)
Helena Carter (Margaret Dobson)
Ward Bond (Lt. Weber)
Barton MacLane ( Lt. Reece)
Steve Brodie (Jinx Raynor )
Luther Adler (Cherokee Mandon)

Un procès débute avec 7 inculpés qui ont été tous impliqués à des degrés divers dans les crimes et délits commis par Ralph Cotter. On retrouve l'ancien gardien chef d'une prison, 2 policiers corrompus, son avocat, sa compagne et ses deux complices. Le premier inculpé, Peter Cobbett, un ancien gardien d'une ferme pénitencière qui avait favorisé l'évasion de Cotter 4 mois plus tôt est appelé en premier à la barre et raconte l'évasion de Cotter et de Carleton, un de ses co-détenu. Ce dernier est blessé par les tirs des gardiens et Cotter n'hésite pas à l'abattre pour ne pas qu'il ralentisse sa fuite. Dans l'automobile qui l'attend, il retrouve Jinx, un vieux complice et Holiday, la soeur de l'homme abattu qui soupçonne que les faits ayant conduit à la mort de son frère ne sont pas ceux que relate Cotter mais elle n'en a pas la preuve et une idylle débute même très rapidement entre eux deux. Avec ses anciens complices, Cotter se remet très vite à l'ouvrage et commet un premier vol. La suite nous montrera tout le parcours de Cotter au cours des mois suivants…

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La boule de nerf haute comme 3 pommes a encore frappé !!! Jimmy Grapefruit strikes again ! Après le pamplemousse écrasé, puis un peu plus tard le gosse écrasé, c'est Jimmy qui cette fois finira par s'écraser devant la détermination et la rage d'une femme car cette fois, mon gangster préféré est vraiment très heureux en amour, il en a trouvé une comme lui !!! Alors qu'ils viennent de se rencontrer et que Jimmy a déjà manifesté son intérêt pour Holiday, à la suite d'une discussion houleuse au sujet de la mort de son frère au cours de l'évasion, elle lance un couteau en direction de Cotter, il l'évite et en retour se saisit d'une serviette de toilette humide et lui en balaye le visage...Et vous savez quoi les gars, ben çà marche. Comme quoi les gonzesses faut juste savoir y faire. La scène finit en éclats de rire et la belle se blottie dans les bras de son Jimmy. Plus tard, alors que Cotter est rentré très tard et que Holiday le soupçonne d'entretenir une liaison avec une jeune héritière qu'il vient de rencontrer, elle fait une crise de jalousie et au cours du petit déjeuner, elle lui balance au visage tout ce qui lui tombe sous la main au fur et à mesure des sarcasmes de Jimmy. Une provocation...Le café, une moquerie…Paf...Une assiette. Et c'est tout le déjeuner qui vole ainsi au travers de la pièce. Gentille mais elle coute cher en vaisselle !

Le festival Jimmy se poursuit ainsi durant toute la première partie du film. Un garagiste essaie de trahir et de doubler Cotter. Il se rend à son garage, arbore son sourire carnassier, le frappe à coups de révolver, l'achève, traine le corps jusqu'à une fosse, le jète dedans et s'arrête un instant semblant éprouver un certain contentement puis penche la tête légèrement de coté comme s'il cherchait un meilleur point de vue pour mieux profiter d'une tableau. On croise d'autres cinglés dans son genre mais avec un peu d'humour noir include. Un ancien avocat véreux Darius Green est complètement givré. Cet ancien associé de la pègre locale s'est reconverti en prédicateur vindicatif, c'est une sorte de gourou aux discours fumeux qui favorise la rencontre avec Cherokee Mandon, un avocat véreux et Margaret Dobson, la fille d'un homme d'affaire important et un des hommes les plus influents de l'état. Même si le festival Cagney se poursuit encore un peu, dès que l'idylle avec Margaret prend forme, on assiste à un changement assez radical de ton et le film en devient beaucoup moins intéressant. Malgré tout, entre temps, on aura encore pu le voir agir comme un gangster presque "normal". Des policiers véreux tentent de le doubler et de s'approprier le produit d'un vol ? Jimmy enregistre une conversation prouvant la corruption des officiers et à partir de là peut tout se permettre : Il réussit à rentrer dans le commissariat comme chez lui et enlève lui-même ou presque les mauvaises feuilles de son casier judiciaire. Il prépare des coups avec des uniformes de la police fournit…par la police. Bref, la routine.

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Come je l'ai dit, je préfère passer sous silence la suite qui est presque sans intérêt à partir du développement d'une idylle avec la fille de l'homme d'affaire. On y apprend juste qu'un businessman influant pèse plus qu'un gangster aussi survitaminé soit-il…Néanmoins une ou deux scènes sont dans la lignée de ce que l'on a vu pendant une heure. La nouvelle petite amie -une héritière d'un type douteux mais une héritière quand même- veut impressionner le coriace Cotter au cours d'une balade en voiture, genre : "moi aussi j'ai un bon grain". Elle roule très vite et de manière brutale. Il se saisit alors du volant et accélère encore davantage sous les yeux effarés de sa compagne, traversant une voie ferrée juste avant le passage d'un train. Au concours du plus fêlé, Jimmy, number one ! Je pense qu'on doit pouvoir trouver qu'il en fait beaucoup sur celui là. On a droit à tout l'éventail des mimiques du Little Big Violent Man et le fort en gueule ne l'avait sans doute jamais été autant jusque là. Surement pour les bons clients du bonhomme mais un film intéressant sans être un chef d'oeuvre.

Anecdotes :
Neville Brand, qui en était à son 5ème film, mourrait encore avant la fin de la première péloche. Le compagnon de Cotter qu'il abat au cours de l'évasion, c'est lui. Dans les seconds, seconds rôles, on aperçoit William Cagney, le frère de James (et le producteur du film) comme frère...de son véritable frère. Steve Brodie, qui joue le complice principal de James Cagney (je n'ose pas dire son ami) est un grand petit second rôle du genre mais il a occasionnellement occupé la tête d'affiche dans de très bons polars. Dans Desperate d'Anthony Mann, il était le petit transporteur routier pris au piège par ses anciennes douteuses relations et Anthony Mann l'emploiera encore par la suite mais pour des rôles secondaires. On le verra aussi notamment dans plusieurs polars de Fleischer et de Robert Wise.
Vu en VF, passe encore, mais une VF des années 70 ou 80. C'est cette version qui a été diffusée lors des dernières diffusion TV et c'est celle que l'on retrouvait aussi sur la vhs du commerce…Revu ensuite au printemps dernier dans la VF d'époque et çà change pas mal la donne même si j'attend toujours de pouvoir enfin découvrir ce film en vost. Un peu fumiste pour le coup car j'aurais peut-être pu prendre la peine de le revoir car cette re-vision déjà ancienne a peut-être entrainé plus d'âneries que d'habitude :mrgreen: .
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Une photo de studio symbolisant assez bien la dernière partie de ce film : Helena Carter/James Cagney/Barbara Payton
Last edited by kiemavel on 12 Jan 14, 14:21, edited 1 time in total.
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

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Escape in the Fog

1945
Réalisation : Budd Boetticher
Scénario : Aubrey Wisberg
Image : George Meehan
Produit par Wallace MacDonald
Columbia

Durée : 65 min

Avec :

Nina Foch (Eileen Carr)
Otto Kruger (Paul Devon)
William Wright (Barry Malcolm)
Konstantin Shayne (Schiller)
Ivan Triesault (Hausmer)

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A la fin de la seconde guerre mondiale, Barry Malcolm, un agent des services secrets américains, se rend à un rendez-vous fixé avec ses supérieurs et reçoit la liste des agents opérant en Asie avec pour mission de coordonner leurs actions d'infiltration. Quelques jours auparavant, Barry avait fait la connaissance d'une voisine, Eileen Caar, une jeune femme fragile qui avait servi comme infirmière et qui avait subi un grave traumatisme suite au torpillage du navire-hôpital sur lequel elle travaillait. Réveillée à nouveau par un terrible cauchemar dans lequel elle a vu Barry, son nouveau voisin, un matin elle se confie à lui et intrigue le jeune homme car ces cauchemars qu'Eileen croit incohérents ne semblent pas si irréels à Barry et en tout cas il ne sont pas incompatibles avec son activité d'espion…D'ailleurs, à peine commencée, sa mission -à laquelle Eileen va accidentellement se trouver mêlée- est menacée. Des espions nazis qui le surveillait en ont eu connaissance et vont tout faire pour les empêcher de quitter la ville…


5ème film réalisé par Budd qui tournait à l'époque sous son nom de naissance, Oscar Boetticher jr. Ce n'est pas un film noir mais un thriller d'espionnage visuellement très soigné dont l'esthétique fait davantage penser à un film noir qu'à un film de propagande de série B…ce qu'il est par son intrigue qui ne mérite même pas tout à fait cette classification car il est "ailleurs", pouvant sans doute être considéré comme un thriller d'espionnage plaisant et baignant dans une atmosphère onirique par les uns…ou comme un nanard sans intérêt et totalement irréaliste par les autres. Pourtant la mise en scène au cordeau de Boetticher est déjà (malgré ce qu'il a pu en dire dans ses mémoires) très maitrisée mais malheureusement le talent du directeur de la photographie et celui déjà évident du metteur en scène servent un script un peu trop fantaisiste qui comportait pourtant en germe des choses intéressantes, y compris par l'irruption du surnaturel dans un thriller. Même si les cauchemars prémonitoires d'Eileen sortis d'un roman ou d'un film gothique semblent curieux et totalement irréels dans une telle intrigue, ils révèlent -même si c'est un arrière plan pas assez exploité- les séquelles encore vives de la guerre. Ses cauchemars s'ils sont traités en apparence sur un mode fantaisiste révèlent un traumatisme profond. Ils sont l'expression des troubles psychologiques d'Eileen et le prolongement de ses angoisses profondes engendrées par son expérience de la guerre qu'elle avait passé comme infirmière. Elle raconte notamment le naufrage du navire-hôpital sur lequel elle servait et qui avait été coulé par la flotte allemande. Si l'on en croit le film (et pour le coup, il faudrait être un peu crédule), Eileen a de bonnes raisons d'être terrorisée car le cauchemar nazi est bien vivace, ils continuent d'agir sur le territoire américain et ses terreurs anciennes trouvent un prolongement dans l'action des espions nazis qui les traquent.

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L'expression du danger nazi tient la aussi de la fantasmagorie plus que du récit réaliste d'un film d'espionnage "classique". Pour commencer, dans un récit d'un peu plus d'une heure, on ne doit pas perdre de temps et les personnages ici galopent…Pour donner une idée des raccourcis empruntés et de l'atmosphère de ce film, voici une rapide description du (presque) début. Le matin suivant la nuit ou Eileen avait réveillé ses voisins en raison de ses cris de terreur, elle retrouve et prend le déjeuner avec Barry sur la terrasse de leur résidence. A peine ont-ils fait connaissance que le jeune homme reçoit un coup de téléphone et est contraint de se rendre à un rendez-vous professionnel…et il emmène Eileen avec lui a ce rendez-vous pourtant un peu particulier, un rdv d'espions avec ses supérieurs des services secrets américains au domicile de Paul Devon, le responsable du service pour la cote ouest. A peine sont-ils partis que le réceptionniste de la résidence téléphone à un horloger pour rendre compte du départ de Barry. Il laisse alors tomber son travail en route et se rend au même rdv. Après que Barry ai pris connaissance de sa mission, l'horloger se présente chez Paul Devon, prétexte une réparation sur l'horloge du grand salon et profitant de la distraction du domestique, récupère le cylindre sur lequel toute la conversation a été enregistrée.

Voilà pour l'ambiance. Des espions réceptionniste d'hôtel et un horloger qui cache des micros dans les comtoises !..et le tueur à gages, c'est un barbier ? Non, mais c'est surement un indice. Bref, la toile d'araignée tissée par les espions est fine..Mais les ficelles sont grosses. Pas grave, on en a vu d'autres. Les développements de l'intrigue sont très compliquées et on se demande même par quel miracle Boetticher parvient tout de même à faire tenir debout cette intrigue minimaliste à coups de péripéties allant du classique ( tout ce qui tourne autour d'un document compromettant pouvant mettre la vie de dizaines d'agents en danger), au plus fantaisiste (le devenir du fameux document) et jusqu'au surnaturel qui est amené avec les cauchemars d'Eileen. C'est par un de ses cauchemars que s'ouvrait le film. Ce n'est pas le seul moment ou l'on verra Nina Foch "Escape in the Fog " mais il faut dire que même si l'on peut trouver cet irruption du fantastique peu convaincante, visuellement cela donne de biens belles images : L'utilisation du brouillard pour créer un effet de claustrophobie est simple mais efficace dans des scènes de cauchemars traitées sur un mode réaliste. Les scènes filmées de nuit sur un pont qui est censé être le Golden Gate Bridge sont superbes et cette onirisme baigne tout le film. Au delà de ces scènes nocturnes de rêves et de cauchemars, c'est tout le film qui est plastiquement très réussi du début à la fin.

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Les véritables premiers rôles étaient Nina Foch et William Wright mais ce dernier, bien qu'il apparaissait dans un film antérieur de Boetticher, One Mysterious Night, étant trop peu connu, c'est Otto Kruger qui occupait la tête d'affiche même s'il ne tenait qu'un rôle secondaire. Il campait bien souvent des méchants sirupeux et policés mais ici, toujours avec son coté guindé, il était du coté de la loi, incarnant le chef du réseau d'agents américains. On reconnait aussi parmi les seconds rôles quelques bonnes têtes de traitre, en premier lieu Ivan Triesault. Il jouait souvent les allemands dans de nombreux films de guerre et d'espionnage mais était né dans l'empire russe à Tallin (Estonie). C'était un acteur de caractère, en l'occurrence un acteur à accent et ici c'était encore le cas. Son rôle le plus connu est sans doute celui de Mathis dans Notorious. Parmi ses complices, on retrouvait Konstantin Shayne (vu notamment dans vertigo) et du reste Otto Kruger avait lui aussi travaillé sous la direction d'Hitchcock, dans Saboteur. Je signale aussi qu'on aperçoit une presque méconnaissable et toute jeunette Shelley Winters en chauffeur de taxi.

Bilan : Sans doute facilement oubliable mais je suis assez peu client de ces histoires mêlant le mystère -et même en l'occurrence le surnaturel- et l'espionnage. En tout cas, ce n'est sans doute pas le meilleur film d'Oscar Boetticher. Je vais revenir rapidement sur 2 autres films de sa 1ère période : One Mysterious Night (1944) et Assigned to Danger (1948). Je ne connais pas les autres en dehors de Behind Locked Doors (1948) qui a été édité en DVD chez Bach Films (A priori çà fait peur mais c'est un assez bon DVD)

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Nina Foch au matin du premier cauchemar
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

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One Mysterious Night

1944
Réalisation : Budd Boetticher
Scénario : Jack Boyle
Image : L. William O'Connell
Produit par Ted Richmond
Columbia

Durée : 61 min

Avec :

Chester Morris (Boston Blackie)
Janis Carter (Dorothy Anderson)
Dorothy Malone (Eileen Daley)
William Wright (Paul Martens)
Richard Lane (L'inspecteur Farraday)
George E. Stone (The Runt)

Lorqu'un célèbre diamant, l'étoile bleue du Nil est volé malgré les importantes forces de police qui avait été mobilisées pour assurer la sécurité d'une exposition publique de bijoux, l'inspecteur Farraday qui mène l'enquête a l'idée d'accuser du vol Boston Blackie, un ancien célèbre voleur de bijoux reconverti dans des affaires apparemment honnêtes, en sachant qu'il n'en est probablement pas l'auteur, afin qu'il se découvre et aide les services de police à découvrir les véritables coupables. Le stratagème fonctionne, Blackie se présente de lui même à la police et commence à enquêter, trouve rapidement l'identité du coupable mais des complications surviennent...

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Premier film signé par Oscar Boetticher Jr. sous son nom seul mais il est réputé avoir participé au tournage de 2 films avant celui là. Il n'aura tourné que cet opus d'une série à succès mettant en scène les exploits d'un ancien voleur de bijoux astucieux, spécialiste de l'usurpation d'identité et adepte du déguisement. C'était le n° 7 d'une série de 14 films produits par la Columbia qui avait débutée en 1941 avec Meet Boston Blackie et qui se poursuivra jusqu'en 1949 avec Boston Blackie's Chinese Venture, avec toujours Chester Morris dans le rôle principal. C'est donc forcément un film de série peu personnel mais assez amusant, tourné en 10 jours avec un budget réduit mais c'est déjà un film techniquement très maitrisé et visuellement très soigné. Par contre, je n'en dirais pas autant du scénario qui à force d'accélérations frise le parcours incontrolable et en tout cas le véhicule coupe parfois la route et prend des raccourcis surprenants. Comme souvent dans ces histoires de détectives au passé plus ou moins douteux, on est plongé dans une ambiance de comédie policière plus que dans un film criminel tout à fait sérieux, bien que l'intrigue en elle même comporte des aspects tout à fait sérieux, deux meurtres jalonnent notamment cette histoire…mais les 2 sont assez loufoques.

L'homme au passé douteux qui doit sans cesse faire la preuve qu'il est passé de l'autre coté, du coté de la loi, c'est un classique. C'est le cas de Boston Blackie, ex voleur dont l'art du camouflage et du déguisement peut s'avérer utile. Ici, il se grime en vieux professeur pour infiltrer l'hôtel ou le vol a été commis, pour reconstituer les faits et comprendre comment le vol a pu être commis malgré la surveillance étroite de la police. Il faut dire que les flics que l'on voit ne sont pas des flèches, notamment le sergent crétin qui dirigeait l'équipe de surveillance. Blackie farfouille donc et comprend très vite qu'un employé de l'hôtel, le jeune sous directeur, a du jouer un rôle dans le vol et que le jeune homme est déjà ou sera très vite soumis aux pressions des commanditaires du vol. Blackie cherche à les confondre en épargnant les vies de possibles victimes collatérales, le jeune homme confronté à de vrais crapules ainsi que sa soeur Eileen (Dorothy Malone) involontairement impliquée elle aussi. Mais les deux petites frappes qui attendent de récupérer le précieux bijoux n'ont pas l'intention de le laisser échapper. Les investigations de Blackie se poursuivent ainsi malgré qu'il soit filé par une jeune journaliste fouineuse (jouée par janis Carter) qui suit Blackie à la trace et rend compte de l'affaire dans son journal manquant ainsi de dévoiler les investigations de la police.

Plusieurs scènes amusantes : Blackie et son assistant, capturés par les méchants et attachés la tête en bas dans un lit-placard et qui devisent : çà va toi ? Un peu mal à la tête ? Ce serait bien la première fois ! Plus tard, un prêteur sur gages cache les 2 escrocs qui demeurent "invisibles" par la police alors qu'ils sont justes figés comme des mannequins…Je signale aux amateurs que 2 beautés débutantes tiennent des rôles secondaires dans ce film. Janis Carter est la journaliste fouineuse et toujours là ou il faut et Dorothy Malone, absolument sublime, tient celui de la jeune soeur protectrice d'un petit frère qui s'était un peu imprudemment acoquiné avec de vrais crapules. La série des Boston Blackie n'a pas du être distribuée en France mais il est possible que certains épisodes aient été diffusé à la télévision chez nous. J'aimerais bien découvrir le premier film de la série, "Meet Boston Blackie" que signa Robert Florey en 1941. Il est réputé être le meilleur de la série. D'autres metteurs en scène prestigieux ont fait leurs armes dans cette série : Edward Dmytryk, Michael Gordon et William Castle. A suivre : Assigned to Danger
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

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Je ne connais pas ce Escape in the Fog, par contre je connais sa suite, Out of the fog.(humour)

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Ann Harding en avait fait la chronique, que je remets ici :
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Ann Harding wrote:Image

Out of The Fog (1941, A. Litvak) avec John Garfield, Ida Lupino, Thomas Mitchell et John Qualen

A Brooklyn, Jonah Goodwin (T. Mitchell) et Olaf Johnson (J. Qualen), des pêcheurs à la ligne, sont victimes d'un racketteur, Harold Goff (J. Garfield). Ils doivent lui payer 5$ par semaine pour éviter de retrouver leur barque incendiée. Puis, Goff commence à tourner autour de Stella (I. Lupino), la fille de Goodwin...

Cette production Warner fait partie des premiers films américains de Litvak. Adapté d'une pièce d'Irwin Shaw, The Gentle People, le film nous plonge dans l'atmosphère poisseuse de la zone portuaire de Brooklyn. Les gens sont laborieux et pauvres. La pêche est le seul loisir de Goodwin (T. Mitchell), un tailleur, et d'Olaf (J. Qualen), un cuisinier harcelé par sa patronne. Au milieu de ces braves gens, il y a le voyou ricanant et sans morale joué par John Garfield. Il s'en donne à coeur joie en mauvais garçon sans foi ni loi qui connait toutes les ficelles pour échapper à la loi. Si on refuse de le payer, il incendie ou il tabasse avec méchanceté. Le personnage est totalement noir et n'engendre aucune sympathie. On apprécie cependant la performance de Garfield qui joue le rôle à fond dans la noirceur. Ida Lupino est à nouveau une pauvre fille qui se laisse séduire par ce racketteur aux poches bien garnies. Elle ne veut pas croire qu'il soit capable de meurtre ou de violence. Elle est fatiguée par son travail de téléphoniste et elle supporte de moins en moins son petit ami (Eddie Albert) qui ne lui offre aucune perspective. Les manigances odieuses de Garfield vont pousser Thomas Mitchell à agir pour protéger sa fille. On sent que la censure à du passer par là pour permettre à Mitchell et à Qualen de se débarrasser de Garfield sans être inquiété par loi. Ce quasi film noir est bien réalisé par Litvak aidé par un James Wong Howe en pleine forme derrière la caméra. Mais, je trouve que les personnages sont juste un tout petit peu trop caricaturaux pour être totalement crédibles. Ce manichéisme nuit à la crédibilité. De tous, je trouve que Thomas Mitchell est celui qui se sort le mieux de son rôle. Il est le plus humain et le plus sensible. Victime de racket, tabassé, il va trouver le courage d'affronter son bourreau. Garfield et Lupino sont tous deux excellents, mais leurs personnages n'ont pas de zones d'ombres. les seconds rôles sont de très grande qualité avec le scandinave Qualen, Aline MacMahon (dans un rôle sacrifié) et un jeune Eddie Albert en jeune homme honnête et sentimental. Donc, ce n'est pas un très grand film, mais une production honnête et bien réalisée par Litvak. Le film est disponible en Warner Archive (très belle copie).
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

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Supfiction wrote:Je ne connais pas ce Escape in the Fog, par contre je connais sa suite, Out of the fog.(humour)
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Pour çà, tu seras Executed in the Fog…si la bêttte de ton dernier avatar ne t'as pas Masacred in the lake avant
Pour le reste, entièrement d'accord avec le texte d'Ann Harding, y compris jusque dans les nuances qu'elle exprime au sujet de certains personnages...mais je serais encore plus sévère pour le coté caricatural des personnages et par extension pour le jeu de certains interprètes, surtout pour celui de John Garfield. J'adore cet acteur mais il avait sans doute besoin d'un directeur d'acteurs, surtout à ses débuts, or s'il avait déjà été très bon très tôt chez Curtiz par exemple, Litvak était récidiviste dans la direction freestyle car il l'avait déjà dirigé un an plus tôt dans Castle on the Hudson (Page 13 du topic), un film de prison doublé d'un film de gangsters tournant au mélo dans lequel Garfield -et Ann Sheridan, mais à un degré moindre- étaient aussi très caricaturaux. Je trouve même Garfield carrément mauvais dans celui là…et c'est presque un cas unique. Litvak s'est aussi ramassé sur son remake du Jour se lève (The Long Night) (page 5 du topic) mais pouvait-on faire mieux, je crois que oui mais refaire un chef d'oeuvre est toujours délicat. Dans le genre, il a tout de même aussi donné les bien plus réussis Ville conquise et Raccrochez, c'est une erreur et le plaisant Blues in the Night (Page 16 du topic) qui est un des quelques films mêlant le film musical et le film noir.
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by Supfiction »

kiemavel wrote:Litvak s'est aussi ramassé sur son remake du Jour se lève (The Long Night) (page 5 du topic) mais pouvait-on faire mieux, je crois que oui mais refaire un chef d'oeuvre est toujours délicat. Dans le genre, il a tout de même aussi donné les bien plus réussis Ville conquise et Raccrochez, c'est une erreur et le plaisant Blues in the Night (Page 16 du topic) qui est un des quelques films mêlant le film musical et le film noir.
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Malgré tout mon amour pour Burt Lancaster et la grande Stanwyck, ce Raccrochez, c'est une erreur acheté et vu il y 4-5 ans avait été pour ma part une grosse déception, je dois dire. La faute sans doute au concept figé (Barbara est handicapée et bloquée au lit je crois) et théatral du film. Un suspens très verbeux en quasi tant réel.
Je dis ça mais en même temps cela ne m'a évidemment jamais empêché d'adorer "Fenêtre sur cour". Mais Hitch avait l'art de rajouter des choses tout autour, en particulier la relation subtile entre Jimmy Stewart et Grace Kelly, bref des nuances et de la vie qui manquait dans ce Sorry, wrong number. A l'inverse, et pour contredire ce que je viens tout juste de dire, le coup de la femme qui soupçonne son mari de vouloir la tuer se retrouve également chez Hitchcock (Soupçons, avec un autre couple mythique, Cary Grant et Joan Fontaine) mais sans m'avoir non plus passionné.
Stanwyck fut nommée à l'Oscar 1948 (avec Ingrid Bergman, Olivia de Havilland, et Irene Dunne) mais ce fut Jane Wyman qui l'emporta pour Johnny Belinda.. M'enfin les Oscars.. Joan Fontaine la même année fut totalement oubliée alors qu'elle était magistrale dans le rôle de sa carrière (Lettre d'une inconnue).
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

Supfiction wrote:Malgré tout mon amour pour Burt Lancaster et la grande Stanwyck, ce Raccrochez, c'est une erreur acheté et vu il y 4-5 ans avait été pour ma part une grosse déception, je dois dire. La faute sans doute au concept figé (Barbara est handicapée et bloquée au lit je crois) et théatral du film. Un suspens très verbeux en quasi tant réel.
Je dis ça mais en même temps cela ne m'a évidemment jamais empêché d'adorer "Fenêtre sur cour". Mais Hitch avait l'art de rajouter des choses tout autour, en particulier la relation subtile entre Jimmy Stewart et Grace Kelly, bref des nuances et de la vie qui manquait dans ce Sorry, wrong number. A l'inverse, et pour contredire ce que je viens tout juste de dire, le coup de la femme qui soupçonne son mari de vouloir la tuer se retrouve également chez Hitchcock (Soupçons, avec un autre couple mythique, Cary Grant et Joan Fontaine) mais sans m'avoir non plus passionné.
Stanwyck fut nommée à l'Oscar 1948 (avec Ingrid Bergman, Olivia de Havilland, et Irene Dunne) mais ce fut Jane Wyman qui l'emporta pour Johnny Belinda.. M'enfin les Oscars.. Joan Fontaine la même année fut totalement oubliée alors qu'elle était magistrale dans le rôle de sa carrière (Lettre d'une inconnue).
Le coup de la femme terrorisée par son mari, on la souvent vu mais il est vrai qu'en raison de la claustration de la femme en danger de mort, la situation était forcément figée dans l'espace et je trouve que c'est d'autant plus fort d'être parvenu à rendre cette histoire prenante de bout en bout, c'est en tout cas mon avis. Faire tenir debout cette histoire était d'autre part extrêmement complexe. Il fallait un scénario en béton et que la mise en image suive. Pour moi c'est le cas à tous points de vue. Le scénario et la structure du film sont sans doute trop alambiqués et trop complexes mais comment faire autrement pour parvenir à captiver le public avec une situation de départ "figé" sans cela. C'est pourquoi on a ces flashbacks successifs et même si ma mémoire est bonne une figure audacieuse, un double flashback enchainé :wink: Le coup des coups de téléphone successifs…est téléphoné, mais la aussi, je trouve qu'ils entrainent une accentuation du suspense. Et enfin, on a droit à un final sans une autre figure vue souvent ailleurs, la pirouette, qui contredirait la noirceur du film et enfin une performance magistrale de Barbara Stanwyck. Avec tout çà, moi content (J'exprime un avis un peu trop tranché alors que j'exprime l'impression qui me reste alors que je n'ai pas vu ce film depuis des années. A revoir donc pour éventuellement réviser ce jugement. Facile, je possède aussi le zone 1)

Au sujet des oscars, d'accord pour Joan Fontaine mais Jane Wyman était aussi très bien dans cet autre grand mélo qu'est Johnny Belinda (Celui ci est également sorti en zone 1 avec vost)
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

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kiemavel wrote:
Supfiction wrote:Malgré tout mon amour pour Burt Lancaster et la grande Stanwyck, ce Raccrochez, c'est une erreur acheté et vu il y 4-5 ans avait été pour ma part une grosse déception, je dois dire. La faute sans doute au concept figé (Barbara est handicapée et bloquée au lit je crois) et théatral du film. Un suspens très verbeux en quasi tant réel.
Je dis ça mais en même temps cela ne m'a évidemment jamais empêché d'adorer "Fenêtre sur cour". Mais Hitch avait l'art de rajouter des choses tout autour, en particulier la relation subtile entre Jimmy Stewart et Grace Kelly, bref des nuances et de la vie qui manquait dans ce Sorry, wrong number. A l'inverse, et pour contredire ce que je viens tout juste de dire, le coup de la femme qui soupçonne son mari de vouloir la tuer se retrouve également chez Hitchcock (Soupçons, avec un autre couple mythique, Cary Grant et Joan Fontaine) mais sans m'avoir non plus passionné.
Stanwyck fut nommée à l'Oscar 1948 (avec Ingrid Bergman, Olivia de Havilland, et Irene Dunne) mais ce fut Jane Wyman qui l'emporta pour Johnny Belinda.. M'enfin les Oscars.. Joan Fontaine la même année fut totalement oubliée alors qu'elle était magistrale dans le rôle de sa carrière (Lettre d'une inconnue).
Le coup de la femme terrorisée par son mari, on la souvent vu mais il est vrai qu'en raison de la claustration de la femme en danger de mort, la situation était forcément figée dans l'espace et je trouve que c'est d'autant plus fort d'être parvenu à rendre cette histoire prenante de bout en bout, c'est en tout cas mon avis. Faire tenir debout cette histoire était d'autre part extrêmement complexe. Il fallait un scénario en béton et que la mise en image suive. Pour moi c'est le cas à tous points de vue. Le scénario et la structure du film sont sans doute trop alambiqués et trop complexes mais comment faire autrement pour parvenir à captiver le public avec une situation de départ "figé" sans cela. C'est pourquoi on a ces flashbacks successifs et même si ma mémoire est bonne une figure audacieuse, un double flashback enchainé :wink: Le coup des coups de téléphone successifs…est téléphoné, mais la aussi, je trouve qu'ils entrainent une accentuation du suspense. Et enfin, on a droit à un final sans une autre figure vue souvent ailleurs, la pirouette, qui contredirait la noirceur du film et enfin une performance magistrale de Barbara Stanwyck. Avec tout çà, moi content (J'exprime un avis un peu trop tranché alors que j'exprime l'impression qui me reste alors que je n'ai pas vu ce film depuis des années. A revoir donc pour éventuellement réviser ce jugement. Facile, je possède aussi le zone 1)

Au sujet des oscars, d'accord pour Joan Fontaine mais Jane Wyman était aussi très bien dans cet autre grand mélo qu'est Johnny Belinda (Celui ci est également sorti en zone 1 avec vost)
Je trouve que B Stanwyck est étonnante mais le film tient bien la route. La fin surprend des happy end habituels.
Le film passe cette semaine sur Paramount Channel ; c'est l'occasion de revoir, ou non, son appréciation...

Escape in the fog, je ne connais pas mais il m'intéresse !!!
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Re: Bodyguard (1948, de Richard Fleischer)

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Bodyguard (1948, de Richard Fleischer)


Le film commence de la même façon que le Bodyguard de 1993 (vrai faux remake): un flic démissionne et se voit proposer de travailler comme garde du corps pour une riche propriétaire menacée de mort, refuse dans un premier temps avant finalement d’accepter à contrecœur… (la comparaison s’arrête là, le remake de 1993, très malin, y ajoutant une histoire d’amour en transformant la riche vieille propriétaire en jolie chanteuse pop rock). A signaler que Robert Altman (Robert B. Altman) a fait ses débuts de scénariste pour ce film.

C’est le deuxième film de Richard Fleischer, étonnant cinéaste qui débuta comme scénariste pour le département actualité de la RKO, réalisa son premier long en 1946 (Child of divorce) et termina sa carrière dans les années 80 en réalisant pour de Laurentiis des films d’heroic fantasy bas de gamme avec Arnold Schwarzennegger (Conan le destructeur et Kalidor) et même un film d’horreur en 3D (Amityville 3D).

Entretemps, il aura réalisé de très grands films noirs (L’etrangleur de Boston et Les inconnus dans la ville) et de très gros succès populaires tel-que Les vikings (1958), 20000 lieux sous les mers, Tora! Tora! Tora! ou Le voyage fantastique (1966).

Le bodyguard est incarné par Lawrence Tierney, acteur modérément charismatique, au regard dur et au jeu minimaliste, surtout connu pour ses rôles de gangsters brutaux (Dillinger première version) ou psychopathes (Born to kill). Tierney finit d’ailleurs sa carrière en 1991 dans Reservoir Dogs. Rien d’étonnant à cela connaissant Tarantino, son goût pour le recyclage et la série B.

Tierney se voit très vite mêlé à un meurtre et contraint de prouver son innocence, aidé en cela par la très belle Priscilla Lane (vue chez Hitchcock et Capra) dont la présence toujours charmante adoucie quelque peu le récit en compensant le côté abrupt de la réalisation et la dureté naturelle de Tierney. Soit le mélange détonnant du tough guy et de la girl next door (ou presque!). Priscilla Lane arrêta sa carrière juste après ce film, malheureusement pour nous.

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Fleischer était sans doute un remarquable technicien (comme il en fera la démonstration avec L’étrangleur de Boston et son étonnant split screen, procédé pas nouveau mais amélioré et stylisé, et dont on retrouve l’inspiration encore chez De Palma en 2013).

Il en donne la preuve dès ce deuxième long-métrage avec quelques effets de mise en scène (le train fonçant sur la voiture dans lequel le héros se réveille juste à temps) et trouvailles diverses (cet œil en gros plan, le disque enregistré qui « répond » à son auditeur).

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Re: Bodyguard (1948, de Richard Fleischer)

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Supfiction wrote: Bodyguard (1948, de Richard Fleischer)

Le film commence de la même façon que le Bodyguard de 1993 (vrai faux remake): un flic démissionne et se voit proposer de travailler comme garde du corps pour une riche propriétaire menacée de mort, refuse dans un premier temps avant finalement d’accepter à contrecœur… (la comparaison s’arrête là, le remake de 1993, très malin, y ajoutant une histoire d’amour en transformant la riche vieille propriétaire en jolie chanteuse pop rock). A signaler que Robert Altman (Robert B. Altman) a fait ses débuts de scénariste pour ce film.

C’est le deuxième film de Richard Fleischer, étonnant cinéaste qui débuta comme scénariste pour le département actualité de la RKO, réalisa son premier long en 1946 (Child of divorce) et termina sa carrière dans les années 80 en réalisant pour de Laurentiis des films d’heroic fantasy bas de gamme avec Arnold Schwarzennegger (Conan le destructeur et Kalidor) et même un film d’horreur en 3D (Amityville 3D).

Entretemps, il aura réalisé de très grands films noirs (L’etrangleur de Boston et Les inconnus dans la ville) et de très gros succès populaires tel-que Les vikings (1958), 20000 lieux sous les mers, Tora! Tora! Tora! ou Le voyage fantastique (1966).

Le bodyguard est incarné par Lawrence Tierney, acteur modérément charismatique, au regard dur et au jeu minimaliste, surtout connu pour ses rôles de gangsters brutaux (Dillinger première version) ou psychopathes (Born to kill). Tierney finit d’ailleurs sa carrière en 1991 dans Reservoir Dogs. Rien d’étonnant à cela connaissant Tarantino, son goût pour le recyclage et la série B.

Tierney se voit très vite mêlé à un meurtre et contraint de prouver son innocence, aidé en cela par la très belle Priscilla Lane (vue chez Hitchcock et Capra) dont la présence toujours charmante adoucie quelque peu le récit en compensant le côté abrupt de la réalisation et la dureté naturelle de Tierney. Soit le mélange détonnant du tough guy et de la girl next door (ou presque!). Priscilla Lane arrêta sa carrière juste après ce film, malheureusement pour nous.

Fleischer était sans doute un remarquable technicien (comme il en fera la démonstration avec L’étrangleur de Boston et son étonnant split screen, procédé pas nouveau mais amélioré et stylisé, et dont on retrouve l’inspiration encore chez De Palma en 2013).

Il en donne la preuve dès ce deuxième long-métrage avec quelques effets de mise en scène (le train fonçant sur la voiture dans lequel le héros se réveille juste à temps) et trouvailles diverses (cet œil en gros plan, le disque enregistré qui « répond » à son auditeur).
Merci pour la piqure de rappel car je me souviens mal de celui là. J'en ai plutôt un bon souvenir avec notamment des scènes assez glauques dans les abattoirs de ? . Je parlais de lui il y a quelques jours mais voilà encore un film dans lequel le petit Steve Brodie apparaissait. Il faisait je ne sais plus trop quoi.. à l'abattoir justement. Pour Lawrence Tierney, on est d'accord, ce n'était pas l'acteur le plus expressif du monde mais il faisait très bien le psychopathe/tique. Son regard était l'un des plus durs et froids du Noir avec parfois ceux de Richard Conte et de Dane Clark (Bien vu pour l'oeil de Lawrence…). Il tenait encore le rôle principal dans d'autres petits polars de guère plus d'une heure : The Hoodlum, The Devil Thumbs a Ride, Shakedown. Dans le premier, le metteur en scène est manifestement fasciné par ce regard et la seule présence de Tierney car il multiplie les gros plans sur lui. Le metteur en scène en était Max Nosseck avec lequel Tierney tourna 3 ou 4 fois, le plus connu et le meilleur étant Dillinger.

Pour Priscilla Lane, je découvre qu'il s'agissait de son dernier film. Ce que tu dis du contraste avec Tierney est très juste, de même que l'appellation Girl next Door qui s'applique effectivement à son "type". Elle tenait un rôle important dans une saga familiale dont tous les "épisodes" étaient signés par Michael Curtiz et dans laquelle John Garfield a débuté : Four Daughters/Four Wives/Four Mothers (Four Divorced n'a pas été tourné :mrgreen: ) . 2 de ses soeurs jouaient dans la série. Elle était encore dans Dust be my Destiny à nouveau auprès de John Garfield ; dans Les fantastiques années 20 de Walsh et Blues in the Night dans lequel elle interprétait une chanteuse d'un groupe de jazz pris dans un règlement de comptes entre gangsters. Tous sont passés à la TV chez nous à l'exception du dernier alors que celui de Walsh est édité en zone 1 et 2

Quant au tout premier film de Richard Fleischer, Child of Divorce, c'est un film remarquable soufrant peut-être d'interprètes pas extraordinaires même si leur amateurisme ne choque pas dans un film montrant de manière ordinaire et quasi documentaire la séparation des adultes du point de vue des enfants. Je ne l'ai pas vu depuis longtemps mais j'avais beaucoup aimé ce petit film édité chez nous aux éditions Montparnasse (seulement dans un coffret comportant également Armored car Robbery et L'énigme du Chicago Express). Le prochain Film Noir sera posté à priori demain et il comportera de manière inhabituel plusieurs spoilers.
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

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Strange Impersonation

1946
Réalisation : Anthony Mann
Scénario : Mindret Lord et Ann Wington
d'après une histoire de Ann Wington et Lewis Herman
Image : Robert Pittack
Musique : Alexander laszlo
Republic (W. Lee Wilder)

Durée : 68 min

Avec :

Brenda Marshall (Nora Goodrich)
Hillary Brooke (Arline Cole)
William Gargan (Stephen Lindstrom)
Ruth Ford (Jane Karaski)
George Chandler (Rinse)
H.B. Warner (le docteur Mansfield)

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Nora Goodrich, une jeune chercheuse sur le point de se marier avec Stephen Lindstrom, un de ses collègues, décide de tester avec sur elle-même sous la surveillance de son assistante Arline Cole le nouvel anesthésique qu'elle vient de développer. Mais après que Nora se soit endormi, son assistante secrètement envieuse de ses succès et amoureuse du même homme, provoque un incendie qui passe pour accidentel. Malgré l'irruption de Stephen, celui ci parvient à la sauver mais Nora est gravement brulée et défigurée dans l'incendie. A l'hôpital, Nora s'interroge sur son avenir avec Stephen et se replie sur elle-même, Arline en profite alors pour instiller le doute dans l'esprit des fiancés et provoque leur rupture…
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Enfin de retour chez elle, Nora reçoit la visite de Jane Karaski, une jeune femme perdue que Nora avait accidentellement renversée un soir en rentrant du laboratoire alors que la jeune femme traversait la rue en titubant. Manipulée par un avocat douteux qui la persuade de tenter de soutirer de l'argent à Nora, elle se présente chez elle ivre et lui réclame une forte somme d'argent comme dédommagement puis sort une arme, la menace et se saisit de son sac à main. Dans la lutte qui suit, un coup de feu atteint accidentellement Jane, elle bascule dans le vide et s'écrase dans la rue. Nora affolée sort de l'immeuble mais à le temps d'entendre les premiers secours décliner l'identité de la défenestrée...Nora Goodrich. Profitant de la confusion, Nora prend la fuite et tente de recommencer une nouvelle vie. Elle s'installe à Los Angeles et contacte un chirurgien pour qu'il lui reconstruise un visage…
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4ème film noir d'Anthony Mann, Strange Impersonation (qu'on peut traduire par Étrange emprunt d'identité) est celui dont le scénario est le plus extravagant, davantage même que celui de Strangers in the Night tourné 2 ans auparavant, qui était déjà assez extravagant surtout dans sa partie finale. Ce scénario est même un des plus dément que j'ai jamais vu, fou comme un cauchemar incompréhensible qu'il faudrait décoder au réveil avec l'assistance d'un spécialiste. Les prémices sont concevables : la manipulation de l'assistante, le repli sur elle-même de la jeune femme défigurée et la poursuite de la même stratégie -séparer les fiancés- est logique de la part de la collaboratrice envieuse mais à partir de la sortie de l'hôpital de Nora, le film devient de plus en plus invraisemblable et çà ira crescendo jusqu'à la fin du récit. Si l'histoire racontée ressemble à un long cauchemar, visuellement Anthony Mann et son chef opérateur filment ce récit avec brio mais sans trop d'effets visant à accentuer le coté cauchemardesque du récit qui s'approche par moment du fantastique. Les recherches visuelles concernent d'ailleurs surtout les personnages secondaires, Jane Karaski et son avocat par exemple mais quelques scènes éparses
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(quelques plans montrant la panique et l'isolement de Nora au cours de sa fuite après le décès accidentel de Jane, puis certaines séquences dans la clinique de chirurgie esthétique)
impliquent aussi les personnages principaux surtout dans la partie finale. Avant ce final délirant, Anthony Mann avait même présenté les scientifiques de manière ordinaire et froide et montré presque sans recherches visuelles, comme un scientifique ou comme s'il filmait la quotidienneté, les prémices de cette histoire et je pense que c'est un parti pris payant. Je dirais même que la fadeur de l'acteur principal sert les intérêts du récit car je pense que c'est l'un des rares films noirs dominé par ses 3 personnages féminins. Par contre, sans être moqueur, on a tout de même du mal à croire que c'est ce personnage (surtout en raison de l'acteur qui l'incarne)) qui déclenche tant de passion.

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Il a l'air bougrement ennuyeux, prudent, mou, notre Stephen. Il est présenté comme un scientifique de renom mais c'est bel et bien Nora qui est l'inventrice de cet anesthésique révolutionnaire et la seule fois qu'on le voit pénétrer dans le labo, il y déclenche involontairement un incendie ! On a d'ailleurs l'impression qu'il est jaloux de la carrière de Nora car à plusieurs reprises, il cherche à la persuader de lâcher un peu ses études, veut hâter leur mariage et tente de la convaincre de se consacrer un peu plus à lui…Bref, c'est un gros boulet. Est ce que les scénaristes ont été inspirés par le nouveau statut professionnel des femmes à la suite de la seconde guerre mondiale ?..Toujours est-il que Nora est montrée comme beaucoup plus dynamique, indépendante, moderne. Elle aime Stephen mais très impliquée dans son travail, pour l'instant elle privilégie sa carrière. C'est parfaitement montré quand elle repousse une nouvelle fois le mariage pour faire le fameux essai clandestin du nouveau produit qu'elle a créé. La seconde femme, c'est Arline, la femme fatale classique du genre même si dans les premiers instants elle n'en a pas l'air. La dernière, Jane Karaski, tiendra un rôle moindre (quoique…). C'est la seconde victime, toute désignée celle là. C'est la fille perdue, The Tramp…que l'on découvre ivre et titubante, heurtée par la voiture de Nora. On la voit dans son environnement sordide, puis par la suite, sous l'influence d'un avocat tout aussi miteux, elle tentera une manipulation maladroite et se révélera une piètre maitre chanteuse.

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A partir de la tentative d'assassinat, qui passe aux yeux de tous pour un accident malheureux qui s'était produit au cours de l'expérimentation, c'est le début des figures libres. La plupart sont tout de même répertoriées et ont été vues ailleurs mais pas toutes ensemble et avec un tel enchainement stupéfiant. Je dirais -avant de brandir un spoiler- que çà se présente comme ceci : Jalousie maladive+tentative de meurtre+défiguration+chantage+mort accidentelle valant meurtre+usurpation d'identité+ chirurgie plastique+vengeance…et il manque encore toute la partie finale…sans même parler du chat noir qui saute par la fenêtre à la toute fin, surprenant encore une fois tout le monde (pardon ?)
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A partir de l'incendie qui défigure Nora, Stephen la soutient mollement mais c'est Arline qui s'occupe d'elle principalement, qui réussit à tromper Stephen et qui réussira même plus tard à se faire épouser. Pendant ce temps, Nora qui a fuit pour échapper à la police autant que pour fuir son passé trop douloureux décide d'endosser totalement l'identité de Jane Karaski. Elle est admise dans une clinique et demande au chirurgien de lui faire son visage, prétendant qu'il s'agissait du sien avant la défiguration subie. Cette phase transitoire au cours de laquelle Nora se transforme en Jane se fait de manière paradoxalement plus réaliste que dans d'autres films. La métamorphose nécessite plusieurs opérations qui s'étalent sur un an permettant à Mann et à son scénariste de montrer, en même tant que la transformation physique, l'évolution psychologique de Nora qui progressivement va comprendre la manipulation dont elle a été victime. Elle se rend compte en apprenant le mariage de Stephen et Arline que celle ci a probablement provoqué l'incendie afin de l'évincer et décide alors de se venger. Elle prend la décision de revenir à New-York, parvient à se faire embaucher dans le laboratoire de Stephen en se faisant passer pour une vieille amie de Nora connue pendant ses études….et Steve retombe amoureux de la même femme sans le savoir. Malheureusement, Nora/Jane était identifiée comme la meurtrière de…Nora Goodrich en raison des empreintes relevées sur l'arme retrouvé près du corps de…Jane Taraski…Vous avez suivit ? Et ce n'est pas tout car un dernier rebondissement vient conclure le film.

Malgré le coté délirant de tout ceci, ce qui est montré de l'évolution du personnage est intéressant car après que le chirurgien lui ai donné une nouvelle tête -et celle qu'il lui refait est d'ailleurs très belle- cela pourrait être le signal d'un nouveau départ inespéré pour Nora après toutes ces épreuves. Même chose pour son parcours psychologique. Elle était présenté comme une scientifique assez froide et un peu aveugle aux désirs des autres, principalement -mais pas sans raisons- à ceux de Stephen...et ces épreuves lui font prendre conscience qu'il existe d'autres valeurs que l'épanouissement personnel dans le travail. C'est en perdant tout qu'elle va prendre conscience des vrais valeurs de la vie mais ironiquement elle va surtout vouloir s'en servir de manière négative, désirant avant tout détruire et se venger d'Arline sans jamais toutefois que le personnage n'en arrive à la folie propre à ce type de personnage lorsqu'il est employé dans le cinéma fantastique
Tous les petits Films Noirs (au sens large) des années d'apprentissage d'Anthony Mann tournés en quelques jours pour Eagle Lion, PRC ou Republic sont plutôt réputés (Lourcelles parlait d'une série remarquable). Anthony Mann prétendait que le premier film ou il avait franchi un cap, c'était Desperate (1947) et je trouve qu'il avait raison. La différence qualitative me parait évidente. Cela dit, ses premiers films dont plusieurs tiennent surtout du polar mais qui s'approche du cinéma fantastique sont loin d'être sans intérêts. Je vais en évoquer un autre rapidement.

Le ou la défiguré, c'est un personnage que l'on retrouve dans pas mal de films noirs ou apparentés. Il y a plusieurs variantes. Le défiguré volontaire qui fait appel à la chirurgie pour changer de tête et d'identité : Bogart dans Les passagers de la nuit ou Kent Smith dans L'amant sans visage. Le mutilé volontaire : Paul Henreid dans Le balafré. Le défiguré accidentel ou victime d'un acte criminel : Peter Lorre dans The Face Behind the Mask ou Gloria Grahame dans Règlement de comptes. Evidemment, le défiguré a été encore plus utilisé dans le cinéma fantastique avec les mêmes variantes. Je cite uniquement la défiguration accidentelle d'Edith Scobb dans Les yeux sans visage car on arrive vers le fantastique et l'horreur qui est un peu hors sujet dans ce topic (et c'est de toute façon un genre que je connais mal). Je viens d'énumérer quelques cas dans le cinéma classique. A Hollywood, encore aujourd'hui le défiguré est encore une figure courante et la défiguration volontaire est en vogue. Dernière tendance : la bouche à la Donald Duck. Je vais encore faire au moins un détour par Anthony Mann mais je ne sais pas ce qui va venir en premier, Mann ou Boetticher.
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Supfiction
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by Supfiction »

kiemavel wrote: Blues in the Night (Page 16 du topic) qui est un des quelques films mêlant le film musical et le film noir.
Un film qui vaut effectivement beaucoup pour la très bonne musique jazz qu'on y entend. Priscilla Lane pousse même la chansonnette (doublée ?).
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