Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Chip
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Chip »

C'est bien une couverte grise souple pour " 20 ans de cinéma américain ". Quelques perles:
Pour Lesley Selander on apprend que " the raiders" (l'heure de la vengeance) avec Richard Conte est un film de cape et d'épée. Dans la filmo de Thomas Carr on apprend que " Gunsmoke in Tucson" (fusillade à Tucson) est un honorable western interprété par Joel Mc Crea et Virginia Mayo, confusion avec " the tall stranger" (violence dans la vallée) ?
On découvre que Sam Newfield a réalisé " femmes hors-la-loi " interprété par Joan Fontaine et Jayne Mansfield( le film est joué par Marie Windsor, Jacqueline Fontaine, Richard Rober ) et " Fury at Showdown " de Gerd Oswald est joué par John Derek et James Craig, toujours de du même " Valerie " serait joué par Sterling Hayden, Anita Ekberg et Richard Egan.
Et je pourrais poursuivre, car il y bien une ou deux erreurs par page. J'avais acheté ce bouquin dans une défunte librairie du 9ième arrondissement, au début des années 70, payé 150 F, sur la première était écrit au crayon: épuisé et rare.
kiemavel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by kiemavel »

:shock:
Bon là effectivement, c’est toi qui avait raison. Entre les archives de Cinéma, revue à laquelle tous deux - comme BT- ont collaboré ; la littérature de l'époque en français et en anglais ou même leurs relations dans les milieux cinéphiles, il devait y avoir diverses sources fiables qui auraient permis d'éviter la majorité des erreurs, à condition de s'en donner la peine. "Quand on a pas de mémoire, il faut être organisé", aurait pu leur dire François Truffaut. Tiens, rien qu'en faisant Turbigo 52-12 (ou bien Balzac 23-45 :wink: ), dans les petits cahiers et dossiers se trouvant dans les placards des Films du Carrosse, il devait y avoir toutes les filmos mises à jour avec soin, bande de petits branle... ou - pour rester dans le ton du topic - association de malfaiteurs ! :mrgreen:
Chip
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Chip »

30 ANS DE CINEMA AMERICAIN n'est pas dépourvu d'erreurs, j'en ai recensé une bonne trentaine. Je cite les pages chercher les erreurs :lol: rien à gagner.
116, 130, 141, 265, 267, 292, 295, 309, 318, 343, 422, 431, 441, 443, 446,459, 471, 475, 482, 487, 492, 499, 570, 581.
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Thesix
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Thesix »

Chip wrote: 22 Sep 20, 22:05 30 ANS DE CINEMA AMERICAIN n'est pas dépourvu d'erreurs, j'en ai recensé une bonne trentaine. Je cite les pages chercher les erreurs :lol: rien à gagner.
116, 130, 141, 265, 267, 292, 295, 309, 318, 343, 422, 431, 441, 443, 446,459, 471, 475, 482, 487, 492, 499, 570, 581.
Ah ?!? Un nouveau quiz :?:
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Amazon, c'est le mal (avec l'augmentation des débits). 8)
Chip
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Chip »

Si on veut :) j'ai les réponses pour ceux que ça intéresse. " 50 ans de cinéma américain" me semble moins erroné, quoique dans celui-ci, je ne me suis pas amusé à chercher l'erreur.
kiemavel
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Code Two - L'auto sanglante

Post by kiemavel »

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Code Two (L'auto sanglante) de Fred M. Wilcox sur un scénario de Marcy Klauber. Produit par William Grady Jr. pour MGM (1953). Directeur de la photographie : Ray June. Musique : Alberto Colombo. Durée : 69 min. U.S.A.
avec Ralph Meeker (Chuck O'Flair), Elaine Stewart (Jane Anderson), Sally Forrest (Mary Hartley), Keenan Wynn (Le Sgt. Jumbo Culdane), Robert Horton (Russ Hartley), James Craig (Lt. Redmon), Jeff Richards (Harry Whenlon)

À l'Académie de police de Los Angeles, les nouvelles recrues Chuck O'Flair, Harry Whenlon et Russ Hardley deviennent amis au cours de la formation. Après que tous trois aient obtenus leur diplôme et soient entrés en fonction, la routine de leurs affectations respectives et la rencontre fortuite avec un policier de l'escouade motocycliste entraînent les 3 amis à compléter leur formation pour devenir eux aussi policiers à moto. Une fois diplômés, une nuit, stationnés à un carrefour, Chuck et Harry voient un camion passer en excès de vitesse. La moto de Chuck refusant de démarrer, bien qu'en fin de service, c'est Harry qui prend en chasse le camion afin de le contrôler. Lorsqu'il demande à voir le chargement, il est violemment frappé par un des chauffeurs avant d'être écrasé par le camion qui prend la fuite. Se sentant responsable de la mort de son ami, Chuck demande à participer à l'enquête afin de retrouver ceux qu'il prend pour de simples chauffards ...
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Un court (1h09) film policier à petit budget (tournage en 12 jours) très sympathique mettant en avant une catégorie de policiers peu montrée à l'écran : les motards, qui ne furent mis au premier plan que dans une poignée de petits films et celui ci, du peu prolifique Fred M. Wilcox – malgré sa modestie - semble le plus regardable. Même s'il parait que l'uniforme fait rêver - comme il était, parait-il, très difficile d'emballer une fille en lui disant que l'on rêvait d'être flic dans l'après mai 68, il est possible que quelques mois plus tard, ce film aurait pu passer pour ringard ou gentillet auprès d'un jeune public rebelle, épris de liberté et « d'idéal vroum vroum » (co. P. Desproges). En effet, James Dean, Paul Newman se profilaient ... et, encore plus près, 6 mois plus tard, sortait The Wild One (L'équipée sauvage). Et d'ailleurs, le personnage principal - remarquablement interprété par Ralph Meeker – n'est, au démarrage du film, pas si loin des personnages de rebelles de l'autre bord, de ceux que l'on verra bientôt sur les écrans.

C'est son parcours, du jeune frondeur adolescent au jeune adulte responsable, qui fait l'un des principaux intérêts du film. Cela dit, c'est à ces 3 cadets de la police que l'on s'attache tant leur personnalité ont été assez bien préméditées. J'ai déjà évoqué Chuck, le jeune homme hâbleur, sûr de lui jusqu'à l'arrogance, charmeur et séducteur entreprenant … Les autres sont Russ (Robert Horton), l'homme plus mur et déjà marié et Harry (Jeff Richards), le jeune homme tranquille, effacé et timide avec les femmes.
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Une bonne moitié du film nous montre de manière presque documentaire leur formation ; d'abord l'initiale, puis plus longuement, celle spécifique des motards. On ne nous épargne pas le cliché de l'instructeur (le Sgt. Jumbo Culdane interprété par Keenan Wynn) dur mais au fond brave type qui sait repérer – quitte à affronter sa hiérarchie - derrière la forte tête (Chuck), l’élément de valeur et le former. Leur « affrontement » donne quelques séquences amusantes (Chuck prend quelques leçons qui refrènent son tempérament) et surtout leurs sorties à moto sur des terrains accidentés sont assez spectaculaires et il semblerait qu'au moins une partie de ces séquences aient été réalisées sans faire appel à des cascadeurs. Ces séquences, ainsi que celles montrant les progrès faits par les cadets pour domestiquer leur engin sur les pistes du centre de formation (ainsi que plus tard une longue course poursuite entre un camion et une moto) vont plus particulièrement faire plaisir aux amateurs de gros cubes vintage (différents modèles de Harley)

L'enquête policière est, elle, originale, dans le sens où il n'y en a pas vraiment (mais je n'en dis pas plus). Évidemment, la confrontation entre les tueurs et les amis du motard exécuté a bien lieu et cet épilogue est même assez violent, bien conduit et sa localisation dans un abattoir clandestin fourni un décor singulier à ce règlement de compte final qui se passe au milieu de carcasses de bovins pendues à des crochets de boucher … avec à proximité un bassin d'acide plein de promesse ^^
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Cela dit, ce qui fait vraiment le prix de ce petit film, c'est le solide travail de caractérisation des personnages pour un film de ce métrage. Des tas de petits détails sonnent très justes, telles les séquences illustrant de manière très simple mais « naturaliste » la relation d'amitié entre les 3 cadets : dans un bar, au cours d'une soirée barbecue, au bal de la promotion, etc … de même que les petites touches permettant d'ajuster l'image que l'on aura pu se faire de Chuck : lorsqu'il s'invective lui-même pour avoir blessé sans le vouloir son ami Harry et s'en veut d'avoir une fois de plus ouvert sa « grande gueule ». Ce que ce même Chuck dit à plusieurs reprises au sujet des motivations simplettes – mais qui font « vrai » - qui le poussent à vouloir devenir motard. De plus, même si les personnages féminins sont un peu en retrait dans cette histoire d'amitié masculine, les 2 femmes jouent leur rôle. L'une, Mary (Sally Forrest), l'épouse de Russ, est juste une jeune femme prudente et protectrice (Russ n'ose pas lui dire qu'il a troqué son emploi de bureau monotone pour un poste de motard plus exposé) mais sa sœur Jane (Elaine Stewart) a un rôle plus important puisqu'elle est draguée de manière très directe par l'extraverti Chuck … tout en préférant le timide Harry. La rivalité amoureuse divisant les amis, c'est comme l'instructeur « peau de vache » et d'autres aspects du film mais ici tous ces lieux communs restent intéressants tant ils sont traités avec un minimum d'originalité.
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Bilan : un petit policier soigné, sympathique mais dispensable. Vu (à peu près) en vost.
Des années 30 aux années 50, à ma connaissance, seulement quelques films ont mis au premier plan des policiers motorisés, le moins inconnu étant un tout petit film de Sam Newfield : Motor Patrol avec Don Castle. Tony Curtis était un motard de la police dans The Midnight Story (Rendez-vous avec une ombre) de Joseph Pevney mais on ne le voyait sur une bécane dans les toutes premières séquences. Plus tard, la télévision s’est un peu rattrapée avec la série : Chips (années 80) mais je n'en garde pas un bon souvenir et je l'ai, à vrai dire, très peu regardée.

Les deux filles :
Sally Forrest
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Elaine Stewart
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kiemavel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by kiemavel »

Chip wrote: 22 Sep 20, 22:05 30 ANS DE CINEMA AMERICAIN n'est pas dépourvu d'erreurs, j'en ai recensé une bonne trentaine. Je cite les pages chercher les erreurs :lol: rien à gagner.
116, 130, 141, 265, 267, 292, 295, 309, 318, 343, 422, 431, 441, 443, 446,459, 471, 475, 482, 487, 492, 499, 570, 581.
Je ne peux pas jouer :wink: Je n'ai que le 50 ans .... en version poche.
Par contre, pour le coup, 30 erreurs, dans un tel pavé, ça ne me choque pas
Chip
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Chip »

Steve Mc Queen est arrivé trop tard, le film était pour lui :)
kiemavel
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Re: The Argyle Secrets

Post by kiemavel »

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The Argyles Secrets de Cyril Endfield, d'après son scénario écrit à partir de sa pièce radiophonique. Produit par Eronel Productions (Sam X. Abarbanel et Alan H. Posner. Distribution : Film Classics. 1948 Directeur de la photographie : Mack Stengler. Musique : Raoul Kraushaar (crédité sous le nom de Ralph Stanley). Durée : 64 min. U.S.A.

avec Wiliam Gargan (Harry Mitchell), Marjorie Lord (Marla), Ralph Byrd (le Lt. Samson), Jack Reitzen (Panama), John Banner (Winter), Barbara Billingsley (Elizabeth Court), Alex Frazer (McBrod), Peter Brocco (Scanlon)
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Gravement malade du cœur et hospitalisé à Washington, Allen Pierce, l'éditorialiste influent d'un grand journal qui travaillait à une enquête sur des personnalités américaines qui auraient eu des sympathies nazis ou qui auraient fait des affaires avec le régime, n'accepte à son chevet qu'un seul de ses confrères, Harry Mitchell, à qui il remet la photocopie de la couverture du dossier « Argyle « , qu'il détient et qui contient les noms des traîtres. Aussitôt après, Pierce meurt soudainement et, pour gagner du temps sur la concurrence, Mitchell demande à son photographe d'empêcher ses confrères de pénétrer dans la chambre. Mais quand on retrouve un scalpel planté dans le ventre de Pierce et le photographe mort lui aussi, Mitchell est aussitôt soupçonné du crime et recherché. Bientôt, il se retrouve pourchassé par la police, par un des affairistes et ses hommes, par des maîtres chanteurs souhaitant s'emparer du dossier pour en tirer le maximum tandis qu'une intrigante l'aide autant qu'elle tente de le manipuler …

Ce film, le 3ème réalisé par Cyril Endfield, qui bénéficiait d'un budget minimal, de 8 jours de tournage et d'un casting de bras cassés, n'est certes pas du niveau de son chef d’œuvre américain, The Sound of Fury (Try and Get me), ni même de celui de The Underworld Story, mais c'est néanmoins un film qui portait déjà absolument sa marque mais au lieu d'aborder frontalement les thèmes qui lui étaient chers, ici surtout la corruption des élites économiques, politiques et intellectuelles, il le faisait au travers d'une fable sarcastique sur la cupidité. L'influence directe du scénario, du à Cyril Endfield qui adaptait sa pièce radiophonique (1), est à l'évidence The Maltese Falcon réalisé 7 ans plus tôt :
Même quête d'un « objet » insaisissable convoité par une foule de personnages tous plus rapaces les uns que les autres et qui sont en concurrence. Même personnage féminin d'aventurière séductrice et manipulatrice, qui parvient parfois provisoirement à ses fins mais qui finit toujours par être doublée, trompée, parfois écartée violemment par celui qui est son rival mais avec lequel elle entretient une relation complexe, faite de méfiance et de rivalité mais aussi de séduction et qui tente de s'en faire un allié puisque – très concrètement – c'est elle qui, par deux fois, donne plusieurs clés du mystère au journaliste, lui racontant notamment ce qu'elle sait de la découverte du dossier en Allemagne et lui donnant plus tard des informations sur les divers personnages qui le convoite.
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Le problème, c'est que même si le journaliste est à peine plus recommandable que ses concurrents et s'il emploie souvent des méthodes brutales pour parvenir à ses fins, fondamentalement Mitchell (William Gargan) agit probablement avant tout pour rendre hommage à son confrère et pour faire éclater la vérité ; et même si c'était pour faire un scoop, ses objectifs sont loin de ceux de Marla (Marjorie Lord) qui roule avant tout pour elle et qui agit par cupidité, avec le même objectif en tête que ses nombreux concurrents : se servir du dossier pour faire chanter les personnalités compromises. On la découvre faisant partie de l'équipe de Winter – l'un des méchants – qui détient la particularité de figurer dans le fameux dossier … mais de souhaiter surtout s'en emparer pour ensuite lui aussi monnayer ses informations.

On croise ensuite un grand nombre de personnages : Panama, un géant corpulent avec un fort accent du sud dont l'arme favorite est une canne épée et qui agit pour un homme de l'ombre. McBrod, dont l'activité de marin secouriste est une couverture et qui détint, un temps, le dossier. Scanlon, un membre de l'équipe de Winter agissant aussi pour son propre compte. Et d'autres encore. Dans un -court- long métrage d'une heure, Endfield parvient à faire rentrer un nombre conséquent de personnages bénéficiant tous de dialogues assez importants tout en maintenant et en maitrisant un rythme soutenu.

Cela dit, à partir de cette trame de film noir, Endfield s'écarte en permanence des sentiers battus et nous amuse, se montrant ici comme un très lointain ancêtre des frères Coen tant il décale vers l'humour caustique et l'absurde les situations les plus dramatiques, des déviations qui contrebalancent vraiment le pessimisme profond qu'il semble manifester pour les pulsions humaines. Car le film est parsemé de très nombreuses séquences violentes presque toutes présentant des aspects vraiment drolatiques :

Mitchell, gêné et emprunté -et s’excusant avant et après d'avoir à le faire - mais tabassant quand même la secrétaire de son confrère mort pour la mettre ko et ainsi pouvoir fouiller à son aise leur appartement.

Puis, après que Mitchell ait été tabassé par les hommes de main de Winter - lequel est convaincu que le journaliste détient déjà le dossier - et après que Marla, qui fait pourtant partie de la bande, ait tenté de faire de Mitchell un allié en le renseignant longuement sur l'histoire du dossier, il l'étrangle avec son consentement, pour ainsi justifier son évasion alors qu'il est censé être sous sa surveillance, tout en s'excusant de le faire et l'embrassant même entre deux serrements de kiki et ceci jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse :mrgreen: (Tandis qu'il l'étrangle, la voix off de Mitchell dévoilant donc ses pensées dit : " It was a Funny Experience, choking a woman deliberately. I squeezed pretty hard, scuffing bruises at her throat to make it look good. I got so mixed up I didn't know what I was doing and I stopped once and kissed her very hard ". Chelou quand même le " bon" !
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Mitchell s'échappe alors et tombe sur une famille qui le reconnaît, l'accueille malgré son allure débraillée et ne pose pas de questions sur son état (il est couvert d’ecchymoses et son manteau est déchiré) ; puis, quand le fils policier rentre au bercail porteur d'un journal sur lequel figure Mitchell en première page, un jeu d'évitement hilarant va lui permettre de s'échapper avant que la famille ne s’aperçoive qu'il est recherché.

Et ça va être comme ça tout du long : le tueur interrompu par un coup de téléphone inopportun et fatal, les tueurs maladroits qui s’entretuent (par deux fois), les flics stupides, la victime dont on apprend qu'elle aura été " tuée " deux fois – empoisonnée et poignardée- dont une fois pour rien donc, la malice de Mitchell qui aura raison jusqu'au bout de Marla … et le fameux dossier qui demeure jusqu'à la fin un modèle de macguffin. A cela s'ajoute les dialogues très brillants et imagés de Endfield. Juste avant l'évasion du journaliste, Marla termine ainsi le récit de la découverte du dossier en Allemagne à la fin de la guerre : «  Une bombe alliée a fait mouche. Un coffre-fort s'est ouvert comme une boîte de conserve gâtée et a révélé ses secrets pourris. Puis vinrent les charognards, les pillards qui suivaient toujours les raids aériens, et avec eux les Winters, qui trouvèrent parmi les débris les documents prouvant les trahisons ».

Par contre, si la photographie semble avoir été aussi soignée que le reste, les très nombreuses séquences nocturnes étant en tout cas prometteuses, pour en profiter il va falloir une hypothétique restauration car les seules copies disponibles dans l'immédiat sont affreuses. Mais j'ai perdu patience et craqué ... et ne le regrette nullement. Si la liste des films noirs visibles à ce jour dans de mauvaises copies est assez conséquente, celui ci est selon moi à faire passer parmi les prioritaires. Vite, une restauration ! Vu ' à peu près ' en vost


Les deux principaux films noirs américains de Enfield sont déjà dans ce topic.
The Sound of Fury https://www.dvdclassik.com/forum/viewto ... 3#p2304043
The Underworld Story https://www.dvdclassik.com/forum/viewto ... 5#p2481675

(1) La pièce fut diffusée deux fois sur CBS. la première fois en 1945 avec en vedette Robert Taylor. La seconde en 1947 avec Edmond O' Brien. Pour les anglophones, ces pièces et bien d'autres de la série "Suspense" sont écoutables sur ce site : https://archive.org/details/OTRR_Suspense_Singles
Chip
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

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Kiemavel ou l'art de dégoter ce qui est souvent occulté dans les ouvrages du genre NOIR, plus classiques et consensuels. Rares doivent être les cinéphiles ayant vu cet obscur premier film de Cyril Enfield, il n'empêche qu'un petit dvd ferait bien plaisir, mais là, je n'y crois pas trop. " 50 ans de cinéma américain "dans la page consacrée à Enfield, évoque le film et Brion s'est fendu d'une notule dans son dernier ouvrage. Je ne sais pas si le film recèle un casting de " bras cassés ", je ne connais pas trop William Gargan, mais il a quand même une centaine de films à son actif,une carrière au théâtre et à la TV, Marjorie Lord, j'ai du la voir dans un ou deux films.
Impatient de découvrir d'autres perles du genre :wink:
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Hot Cars

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Déjà réprimandé la veille pour avoir trop longuement baladé une cliente sans conclure la vente, quand Nick Dunn, vendeur de voitures d'occasion chez Big John à Culver City, rate une nouvelle opportunité pour avoir été trop franc avec son acheteur au sujet de l'état réel du véhicule qui l'intéressait, il est licencié par son patron. Il est vite contacté par Arthur Markel, ce dernier client qui, involontairement lui avait valu son licenciement. Il dirige lui même un vaste réseau de vente de voitures d'occasion et il prétend que c'est l’honnêteté de Nick qui l'a incité à le recruter. Mais assez vite, ce dernier se rend compte que l’honnêteté de Markel semble toute relative, les conditions très avantageuses accordées aux acheteurs semblant suspectes. Puis, après qu'un policier soit passé à son dépôt à la recherche de voitures volées, un soir, Nick reçoit une livraison de voitures d'origine douteuse. Mais pris à la gorge financièrement, il reste néanmoins à son poste et prend même du galon …
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Pour ce qui restera son seul film tourné pour le cinéma, le réalisateur de télévision Don McDougall signait un bon et court film noir qui débutait comme un modèle du genre avec ses scènes d'exposition présentant des personnages rentrant parfaitement dans les canons du genre : un homme d'affaires trempant dans des affaires illicites, ici un important trafic de voitures volés, organisant leur maquillage dans un atelier clandestin et leur remise sur le marché au sein de son réseau de revendeurs, faisant donc refroidir ces « Hot Cars » afin de les écouler en toute tranquillité. Ensuite, un brave type, prototype de l'américain moyen, recruté, ironiquement – j'y reviendrais - en raison de son honnêteté … et enfin, un appât, une femme fatale qui est secrètement la moll du businessman véreux.

Car Karen, l'acheteuse potentielle avec laquelle Dunn n'avait pas réussi à conclure de vente mais qu'il avait baladé sur la côte, flirtant un peu avec elle dans un bar de bord de mer – pour la bonne cause, en pro de la vente, pas avec une idée derrière la tête – était en fait venue à lui en éclaireuse et en allumeuse, et donc comme appât. C'est dès le lendemain que son amant était passé au garage pour jauger le vendeur qui était donc recruté sur son honnêteté, sa droiture, des qualités pouvant s'avérer utiles en cas de problèmes avec la police car on peut attendre d'un tel homme de la loyauté – surtout si financièrement parlant il n'a pas trop les moyens d'avoir des états d'âme - ou bien, si besoin, le naïf peut aussi faire office de parfait bouc émissaire.
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Dans le cas présent, si la vie de Dunn, la dite « bonne poire » ou en anglais, le « sucker »(1) se complique après son embauche par Markel, assez vite l'atmosphère de film noir perd de son potentiel angoissant et à tous points de vue, que ce soit esthétiquement (ici pas de recherches au niveau des cadres et de la photographie afin d'entretenir un climat oppressant) ou dans les développements de l'intrigue, rien n'atteignait des sommets de noirceur. En dehors du très spectaculaire épilogue, ici pas de séquences violentes (le seul meurtre est commis hors champ), de tension exacerbée, de personnages dont on sent par avance le destin funeste, même celui du brave type « poussé au crime ». Car même s'il s'agit d'une histoire de manipulation, même si la situation du personnage principal se dégrade progressivement puisqu'il est contraint de se compromettre et devient – à l'insu de son plein gré - un rouage important d'une organisation criminelle et s'il s'enlise donc peu à peu, se retrouvant finalement pris au piège et accusé d'un crime qu'il n'a pas commis et dont il tente de se disculper, à aucun moment on ne perçoit le solide et équilibré Nick Dunn comme un homme condamné d'avance.

Car assez vite, le ton employé éloigne le film du pur film noir pour le faire dévier vers un certain réalisme social, et pas seulement en raison de la photographie «  téléfilm ». Cela tient à la personnalité de Nick Dunn, cet américain moyen, grand et beau gosse baraqué et pas compliqué (dans ses limites, John Bromfield était l'interprète parfait pour ce rôle) ; aux séquences montrant le couple, où s'expriment des soucis quotidiens : leurs difficultés financières, la mauvaise santé de leur jeune fils (C’est d'ailleurs une hospitalisation en urgence de l'enfant qui pousse Dunn a poursuivre sa collaboration avec Markel). Au fait que – contre toute attente – il résiste tant bien que mal à la très voyante et assez spectaculaire femme fatale interprétée par Joi Lansing … même s'il tombe quand même dans un piège dans lequel son rôle est primordial.
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Cela tient aussi au trafic de Markel, qui comme il l'explique lui-même, ne fait de mal à personne. Les « volés » sont assurés, les voitures revendues sont en parfait état de marche … La nature de son entreprise criminelle n'est pas censée engendrer de grande violence … Théoriquement. Mais ça, c'est pour les ultimes développements du récit … Son trafic discret et bien organisé attire quand même l'attention d'un flic (interprété par Dabbs Greer) qui ne paye pas de mine mais qui est tenace, malin et fouineur et qui va commencer par cuisiner sans en avoir l'air notre brave gars pas compliqué. C’est ainsi que les ennuis de Dunn s'aggrave …

Je m'arrête là quant à l'intrigue et finis sur les attraits périphériques, à commencer par celui représenté par les nombreuses séquences tournées en extérieur dans des coins inhabituels de Californie du sud, à Culver City, Santa Monica et à la limite de Venice, sur le front de mer ; le point culminant étant – et pas d'un peu – le grand final tourné au Pacific Ocean Park, lieu d'un épilogue – peut-être gratuit – mais très spectaculaire (2).
Autre attrait, la très bonne musique jazzy signée Les Baxter. Vu ' à peu près' en vost.
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(1) C’est ainsi qu'il est appelé par son premier patron, Big John, campé par Robert Osterloh, comme toujours impeccable quelque soit l'importance du rôle qu'on lui donne, ici celui d'un patron imposant et fort en gueule
(2) Un final qui apparente le film à House of Bamboo et surtout à Woman on The Run, 1950 et Man in the Dark, 1953, tournés au même endroit mais c'est, de loin, dans le film de McDougall que la séquence est la plus spectaculaire et réussie.

Le grand final :
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

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Image publicitaire. Remarquez ces chromes rutilants, cette calandre, ce carénage, ce galbe impressionnant des, des ... :oops: :arrow:

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

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Chip wrote: 29 Sep 20, 15:08 Kiemavel ou l'art de dégoter ce qui est souvent occulté dans les ouvrages du genre NOIR, plus classiques et consensuels. Rares doivent être les cinéphiles ayant vu cet obscur premier film de Cyril Enfield, il n'empêche qu'un petit dvd ferait bien plaisir, mais là, je n'y crois pas trop. " 50 ans de cinéma américain "dans la page consacrée à Enfield, évoque le film et Brion s'est fendu d'une notule dans son dernier ouvrage. Je ne sais pas si le film recèle un casting de " bras cassés ", je ne connais pas trop William Gargan, mais il a quand même une centaine de films à son actif,une carrière au théâtre et à la TV, Marjorie Lord, j'ai du la voir dans un ou deux films.
Impatient de découvrir d'autres perles du genre :wink:
:wink:
Le Brion, je ne l'ai pas consulté, mais après écriture de mon texte, j'ai repris le Tavernier/Coursodon puisque c'est à la suite d'un message lu sur un forum espagnol de fan de film noir dans lequel un gars citait les titres de quelques films noirs rares, difficiles à voir ou qui le sont mais dans des copies déplorables, qui étaient encensés dans 50 ans ..., liste où figurait donc le film de Endfield, que j'ai enfin décidé de le voir. Quand j'ai vu qu'ils relevaient certaines des séquences que j'avais retenu moi aussi, j'ai failli modifier ... et puis non. Ce sont les séquences les plus ouvertement décalées, même s'il y en a quelques autres moins faciles à décrire car l'humour y passe avant tout dans les dialogues.

"Bras cassés", c'était imagé mais pas trop approprié. J'aurais du écrire " 3ème couteaux" qui est plus juste. Car le casting, à 2 exceptions près, est vraiment très bien, même si Gargan n'était pas un gamin et était en fin de carrière. Il était sur le pont depuis le début des années 30 et a tourné dans pas mal de films de gangsters, puis dans des policiers et films noirs, parfois réalisés par des bons (A. Mann, mais à ses débuts. Fritz Lang ...) mais son ordinaire c'était plutôt les W. Berke, L. Landers ... le moins inconnu de l'époque du film de Endfield, c'est Night Editor de Henry Levin, avec ta copine Janis Carter. Celui là a du passer à la TV chez nous. Je n'ai pas du tout aimé mais le film a des amateurs je crois.
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Alexandre Angel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by Alexandre Angel »

Cy Endfield, en tant que réalisateur, est probablement une des mes plus grosses lacunes américaines: je n'ai vu que Zoulou (qui est un film anglais et que j'adore).
C'est scandaleux.
kiemavel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Post by kiemavel »

Alexandre Angel wrote: 30 Sep 20, 07:43 Cy Endfield, en tant que réalisateur, est probablement une des mes plus grosses lacunes américaines: je n'ai vu que Zoulou (qui est un film anglais et que j'adore).
C'est scandaleux.
Ce n'est pas aussi scandaleux que vraiment regrettable.
Tu peux déjà lâcher quelques euros pour le DVD (trouvable en occaz) de Hell Drivers. Thriller "social" dans lequel des chauffeurs routiers étaient exploités et incités à prendre, sur des routes dangereuses, des risques inconsidérés avec leurs bahuts ; certains employés rentrant dans la logique du patronat (Henri Krazucki m'a beaucoup influencé étant plus jeune) en voulant être le plus performant possible et se tirant même la bourre pour être le meilleur de la boite... d'autres - des rouges, surement - refusant de risquer ainsi leur peau et s’opposant aux précédents. Les séquences routières étaient admirablement filmées par Endfield et sinon, c'était vraiment un film "poil aux pattes" avec un casting de mâles anglais bien couillus ( n'en déplaise à Edith Cresson) : Stanley Baker, P. McGoohan, S. Connery ... et au final, on retenait peut-être davantage le film d'action que le film social. Une seule fille - de mémoire - Peggy "Gun Crazy " Cummins.
Très bon film mais Endfield a fait mieux mais on attend que les éditeurs se sortent les doigts (du carbu)