New York, New York (Martin Scorsese - 1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

User avatar
Watkinssien
Etanche
Posts: 16519
Joined: 6 May 06, 12:53
Location: Xanadu

Re: New York, New York (Martin Scorsese - 1977)

Post by Watkinssien »

:D
Image

Mother, I miss you :(
Bogus
Electro
Posts: 902
Joined: 14 Jul 14, 19:02

Re: New York, New York (Martin Scorsese - 1977)

Post by Bogus »

Le film m'a conquis sur la fin mais ce fut laborieux, la faute à une première partie peut-être trop longue et pas toujours très intéressante.
La faute sans doute aussi à la relation tumultueuse, rivalité artistique mise à part, qui nous est donnée à voir. Dès le départ on sait que ça ne sera pas un long fleuve tranquille et on suit les différentes engueulades sans surprise.
C'est vraiment arrivé dans le derniers tiers, lorsque Jimmy comprend amèrement que Francine lui échappe, qu'elle deviendra une star et pas lui, que le film trouve son rythme de croisière. Tout est alors limpide, l'émotion et le gigantisme de la mise en scène de Scorsese se combinent (enfin) parfaitement et c'est superbe jusqu'au générique final.
User avatar
Alexandre Angel
Une couille cache l'autre
Posts: 12456
Joined: 18 Mar 14, 08:41

Re: New York, New York (Martin Scorsese - 1977)

Post by Alexandre Angel »

Image

J’ai revu New York New York.
Cela faisait longtemps alors que c’est un des Scorsese que je voyais régulièrement il fut un temps. Le dvd MGM en ma possession n’a pas aidé à la revisitation tout non-anamorphique qu’il est.
J’ai donc revu le film sur le câble, en replay et en 16/9.

Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié les commentaires de mes prédécesseurs sur ce fil qui m’ont semblé souvent justes et sentis.
Oui, le film est un peu bancal, livré à lui-même, donc relativement monstrueux et oui, c’est ce qui fait son charme: de ce charme, au sens d'envoutement, que l’on ressent face à Reds, à La Porte du Paradis, à Apocalypse Now ou, en effet Demi-Lune,à 1941 dans lequel se font sentir des échos de New York New York (les séquences «à la Glenn Miller ou à la Tommy Dorset» avec GI et Marines déchaînés).

De même, je souscris à l’idée que le film tire sa beauté singulière de sa schizophrénie: mélodrame estampillé ET dérive névrotique ultra-moderne. Le tout, dans un décorum assez somptueux (gloire à Boris Leven), pour ne pas dire somptuaire. Dans une mesure tout de même moindre et toute proportion gardée, Scorsese a fait sa "Porte du Paradis" car ce fut son premier budget sans entrave. Je pense qu’il faudra attendre Casino, pour que Scorsese retrouve cette latitude opératoire.
Mais en 1977, on en est pas à la veine caravagesque du réalisateur, on en est juste à la goyesque. C’est moins coûteux mais c’est plus spontanément génial.

J’ai vu ce film à sa sortie, alors dans sa version tronquée (notamment sans le numéro "Happy Endings»). J’avais tout juste 11 ans et demi et c’était à peine avant le 31 décembre 1977. A ce moment-là, je n’avais qu’un film en tête: La Guerre des Etoiles, que j’allais enfin découvrir le 2 Janvier 1978. J’étais au sport d’hiver et je suis allé voir New York avec une copine. Ce fut la première fois de ma vie que j’allais au ciné sans un adulte avec moi.
Pourquoi ce film-ci? Pas la moindre idée: je ne connaissais pas Scorsese (à 11 ans, je n’avais de toute façon pas conscience des réalisateurs, sauf peut-être, je dis bien peut-être, Hitchcock parce que c’était un réalisateur-star), je ne connaissais pas Robert De Niro mais je connaissais Liza Minnelli pour l’avoir vue dans des émissions de variété à la télé. Et justement, elle devait être invitée pour la sortie dans la célèbre émission de Michel Drucker, Les Rendez-vous du Dimanche, dans laquelle avait été montré un extrait de New York New York, celui, banalement, de l’interprétation par Minnelli de la chanson-titre.

En 1986, il y eu, au cours de ma première année estudiantine, une rétrospective Martin Scorsese à Strasbourg qui me scorsesiait pour l’éternité.
J’y découvris New York New York dans sa version intégrale mais surtout, je découvrais à quel point ce film portait la marque de son auteur, dans les mouvements d’appareils, l’énergie urbaine (malgré les contingences du studio), les soubresauts névrotiques, presque la violence latente.
Et c’est curieux mais plus petit, cela ne m’avait pas frappé. Si je fais l’effort de me souvenir de ce que j’avais ressenti au sortir du film en cette fin de l’année 1977, je dirais qu’il s’agissait d’une sensation de film hollywoodien à l’ancienne mais particulièrement vitaminé.
Je ne m’étais pas du tout ennuyé, plein de scènes me marquaient (Liza Minnelli qui apprend à De Niro qu’elle est enceinte et ce dernier qui grimpe les escaliers avant de redescendre pour l’entendre confirmer ce qu’elle venait de dire). Mais il n’y a rien à faire: quand on est trop jeune, on est trop jeune.
En 1986, là oui, fort de l’ambiance de la rétrospective, je me retrouvais assigné en Scorsésie, sans autre forme de procès. Et là, ce fut le point de non-retour.

Revoir New York New York, c’est prendre la mesure de l’extrême talent de son réalisateur, de sa capacité dès ses débuts (Mean Streets vieillit incroyablement bien de ce point de vue) d’affronter la toile de son film comme si il y mettait les mêmes plâtrées chamarrées et expressionnistes que celles que balance fébrilement, face à son chevalet, le peintre de Life Lessons, première histoire de New York Stories.

C’est apprécier la maîtrise, à la fois sophistiquée et primitive, de la pâte filmique, à l’aune des moyens octroyés par Robert Chartoff et Irwin Winkler.
Comme cela a été dit plus haut, c’est également retrouver, en amont, les cheminements de la déréliction conjugale, celle de Casino notamment. Mais aussi la mélancolie romanesque du Temps de l’Innocence à l’occasion d’une fin d’une très grande qualité dramaturgique et émotionnelle.

Puisque New York New York est inévitablement un film musical, on est encore plus impressionné en 2022 par le côté musicologique du film, évoquant, l’air de rien, les grandes ramifications du jazz de la seconde moitié des années 40 : chanson mondaine, comédie musicale, swing orchestral, be-bop et avènement discret mais décelable du free-jazz (que semble programmer, dans son club, Jimmy Doyle, dont l’ouverture d’esprit musicale est une des rares qualités).
Scorsese y démontre qu’il est un grand filmeur de musique (le plus grand?) accompagnant de sa caméra les surgissements de cuivres, caressant voluptueusement les volumes des instruments comme il le fera de la "balabushkha" de Tom Cruise dans l’euphorisant et magnifique Color of Money.
«Ce type aime encore plus la musique que le cinéma!» me lançait un ami professeur au sortir de Shine A Light.

Revoir New York New York, enfin, c’est peut-être prendre conscience que Scorsese ne se contente pas de rendre hommage à des genres cinématographiques et musicaux qui ont marqué son imaginaire. Bien plus intimement et à 35 ans à peine, il évoque le New York de son enfance, voire de sa préadolescence en une fantasmagorie onirique et proustienne.
"Jane Fonda, la star des Vendredis de Décembre"