Fred Niblo (1874-1948)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Kurtz

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Ben-Hur (Fred Niblo, 1925)

Quel film !
Après Intolérance, le film le plus cher du muet. Et ça se voit à l'écran. Une superproduction qui, 80 ans après, n'a rien perdu de sa puissance. La scène de la course de chars est impressionnante, n'a pas à rougir à la comparaison avec le remake. C'est puissant et dynamique grâce à un découpage savant. Il y a des caméras partout, même au sol ! Comme si les caméras de l'époque, très lourdes, étaient aussi faciles à manier qu'aujourd'hui ! Il y a également la scène de la bataille navale, filmée par 48 ( ! ) caméras ! Un record encore aujourd'hui. Mais toute cette logistique serait inutile si elle n'était pas employé par un brillant réalisateur: Fred Niblo, non content de gérer parfaitement les morceaux de bravoure se montre très inspiré en tournant certaines scènes qui touchent au sublime: ainsi, la première rencontre entre Ben-Hur et le Christ. Jésus n'est jamais montré à l'image. Il faut voir cette scène pour se rendre compte la grâce qui s'en dégage. Une beauté qui n'a rien à envier aux maîtres européens. D'une manière générale, tout ce qui a Jésus est finement traité: en parallèle avec l'histoire de Ben-Hur, il y a des scènes en couleur ( ! ) racontées par les textes des apôtres dans lesquelles on suit l'évolution du charpentier l
La musique, lyrique et puissante mais jamais agaçante participe grandement à la force de Ben-Hur.
Signalons tout de même quelques reproches: le manque de charisme de l'acteur principal, certains cartons redondants et le message parfois trop appuyé. En effet, parfois capable d'une subtilité incroyable (la scène où sa mère, lépreuse, retrouve son fils), Niblo n'échappe pas toujours à la lourdeur qui caractérise les superproductions de l'époque, notamment à la fin.
Ben-Hur n'en reste pas moins un film génial et puissant, qui n'a rien perdu de sa superbe.
Il rentre direct dans mon top 5 muet.

5/6
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Spongebob
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Post by Spongebob »

Tout à fait d'accord avec toi Kurtz ! Ce film est vraiment sublime ! L'apparition de la couleur m'a complétement abasourdi.
O'Malley
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Post by O'Malley »

Ben Hur de Fred Niblo: une superproduction muette qui reste tout aussi spectaculaire 80 ans après son tournage et qui n'a pas à rougir de la comparaison avec la version de Wyler... si, les personnages sont cependant moins travaillés (le personnage de Messala est caricatural, bien loin du jeu subtil de Stephen Boyd),le film est une succession de scènes de toute beauté: la Nativité (encore plus poétique que la seconde version), la bataille navale et la course de char, d'une ampleur et d'un modernisme à couper le souffle... et les scènes sulpiciennes en Technicolor sont peut-être naives mais possèdent une beauté plastique indéniable...
de plus, la présence de scènes de nu montre l'audace du cinéma hollywoodien dans l'érotisme bien avant le Code Hays...
un chef d'oeuvre donc...
Kurtz

Post by Kurtz »

O'Malley wrote:Ben Hur de Fred Niblo: une superproduction muette qui reste tout aussi spectaculaire 80 ans après son tournage et qui n'a pas à rougir de la comparaison avec la version de Wyler... si, les personnages sont cependant moins travaillés (le personnage de Messala est caricatural, bien loin du jeu subtil de Stephen Boyd),le film est une succession de scènes de toute beauté: la Nativité (encore plus poétique que la seconde version), la bataille navale et la course de char, d'une ampleur et d'un modernisme à couper le souffle... et les scènes sulpiciennes en Technicolor sont peut-être naives mais possèdent une beauté plastique indéniable...
de plus, la présence de scènes de nu montre l'audace du cinéma hollywoodien dans l'érotisme bien avant le Code Hays...
un chef d'oeuvre donc...
OUI OUI OUI ET RE-OUI (sauf que je ne suis pas sûr que les scènes en couleurs l'aient été grâce au procédé Technicolor)

Viens en parler dans le topic sur les films muets !! :D
O'Malley
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Post by O'Malley »

Kurtz wrote:
O'Malley wrote:Ben Hur de Fred Niblo: une superproduction muette qui reste tout aussi spectaculaire 80 ans après son tournage et qui n'a pas à rougir de la comparaison avec la version de Wyler... si, les personnages sont cependant moins travaillés (le personnage de Messala est caricatural, bien loin du jeu subtil de Stephen Boyd),le film est une succession de scènes de toute beauté: la Nativité (encore plus poétique que la seconde version), la bataille navale et la course de char, d'une ampleur et d'un modernisme à couper le souffle... et les scènes sulpiciennes en Technicolor sont peut-être naives mais possèdent une beauté plastique indéniable...
de plus, la présence de scènes de nu montre l'audace du cinéma hollywoodien dans l'érotisme bien avant le Code Hays...
un chef d'oeuvre donc...
OUI OUI OUI ET RE-OUI (sauf que je ne suis pas sûr que les scènes en couleurs l'aient été grâce au procédé Technicolor)

Viens en parler dans le topic sur les films muets !! :D
avec plaisir mais dans quelques temps, AJ8, je ne peux rester qu'une dizaine de minutes... :wink:
Majordome
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Post by Majordome »

O'Malley wrote:
Kurtz wrote:

OUI OUI OUI ET RE-OUI (sauf que je ne suis pas sûr que les scènes en couleurs l'aient été grâce au procédé Technicolor)

Viens en parler dans le topic sur les films muets !! :D
avec plaisir mais dans quelques temps, AJ8, je ne peux rester qu'une dizaine de minutes... :wink:
Il me semble que c'est du technicolor bi-bande et qu'un sujet du forum en parlait, je crois bien.
Kurtz

Post by Kurtz »

Majordome wrote:
O'Malley wrote:
avec plaisir mais dans quelques temps, AJ8, je ne peux rester qu'une dizaine de minutes... :wink:
Il me semble que c'est du technicolor bi-bande et qu'un sujet du forum en parlait, je crois bien.
où l'on apprend que Wyler était un assistant de Niblo sur ce film.
Où l'on apprend que Mary Pickford, Douglais Fairbanks, Harold Lloyd et autres stars faisaient partie du public de la course chars.
http://www.udenap.org/groupe_de_pages_0 ... r_1925.htm

et sinon, ce film n'est pas la première mais la seconde version de Ben-Hur. la première a vu le jour en 1907.
O'Malley
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Post by O'Malley »

Kurtz wrote:
Majordome wrote:
Il me semble que c'est du technicolor bi-bande et qu'un sujet du forum en parlait, je crois bien.
où l'on apprend que Wyler était un assistant de Niblo sur ce film.
Où l'on apprend que Mary Pickford, Douglais Fairbanks, Harold Lloyd et autres stars faisaient partie du public de la course chars.
http://www.udenap.org/groupe_de_pages_0 ... r_1925.htm

et sinon, ce film n'est pas la première mais la seconde version de Ben-Hur. la première a vu le jour en 1907.
oui... et dans la version de 1959, parmi le public de la course de char, il y avait le couple Audrey Hepburn - Mel Ferrer...
par ailleurs MGM aimait bien cacher ses stars dans ses films antiques...idem pour Elizabeth Taylor en figurante dans Quo Vadis de Mervyn LeRoy...

sinon, oui c'est un Technicolor bichrome mais qui a de la gueule pour certaines scènes: le repas de Paques et l'arrivée triomphale de Ben-Hur à Rome...
Aska
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Re: Le cinéma muet

Post by Aska »

Le Signe de Zorro (1920) de Fred Niblo
Conditions : Archives.org

Star du cinéma d'aventure, l'inventeur plus ou moins du Swashbuckler au cinéma, le virevoltant Douglas Fairbanks s'empare de la légende de Zorro. Je connaissais le Douglas Fairbanks bondissant, il fait ici des merveilles dans ce Signe de Zorro, mais le double rôle Zorro/Diego permet de voir Fairbanks sous un angle comique inattendu. Don Diego ne peut révéler son identité secrète et donc révéler son amour à Lolita (Marguerite De La Motte). Toutefois, ses allures de minet et ses mouchoirs livrent un sous-texte qui m'a semblé homosexuel et assez gonflé surtout quand il n'accepte un mariage que par dépit :"My father insists that i get married. It's an awful nuisance... but i suppose one must please one's father". Les intertitres sont d'ailleurs parmi les plus drôles que j'ai lus dans un film muet. Le secret de Don Diego ne serait donc pas d'être Zorro mais d'être gay !

Sa relation avec son père, qui considère Diego comme un faible, est également intéressante. Fairbanks trouve les mines les plus justes et touchantes dans les scènes plus graves, parfois assez douloureuses. Et évidemment, il est un Zorro crédible et magnifique. Peu avant sa première apparition, quand Diego sort d'un bar dans l'ombre, de dos avec son manteau noir, il est déjà Zorro. Il est même un Zorro quelque peu frivole au début et assez peu concerné par le sort des pauvres si ce n'est par son discours (un politicien quoi) mais arrange tout sur la fin en ralliant à sa cause les nobles de Californie (!). Moment drôle, ou cynique : quand il part libérer ses alliés et sa belle de prison, il ne libère pas tous les prisonniers de la cellule, les laissant à leur triste sort !

Derrière la caméra, Fred Niblo laisse Douglas Fairbanks assurer le spectacle mais impose quelques scènes excellentes typiques de l'époque d'où peut jaillir une violence inattendue (les coups de fouet sur le moine) et un travail sur les ombres ici très réussi. Accusant parfois son âge, nanti d'une musique un peu kitch, Le Signe de Zorro avec son joli dernier moment romantique (avec un baiser "au mouchoir") est un bon film d'aventure, à voir pour un Douglas Fairbanks "total". 7/10
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feb
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Fred Niblo (1874-1948)

Post by feb »

Fred Niblo, né Frederick Liedtke, est un réalisateur américain qui a travaillé majoritairement dans le Hollywood des années 10 et 20 en réalisant de nombreux "classiques" qui voient se côtoyer Douglas Fairbanks, Rudolph Valentino ou une jeune Greta Garbo : Le Signe de Zorro (The Mark of Zorro), Les Trois Mousquetaires (The Three Musketeers), Arènes sanglantes (Blood and Sand), Ben-Hur: A Tale of the Christ, La tentatrice (The Temptress), Camille, La Belle Ténébreuse (The Mysterious Lady). En 1930, il réalise son premier parlant, Redemption, avec John Gilbert and Renée Adorée mais ne tournera que 6 fois jusqu'en 1932, année de sa fin de carrière, avec son dernier film Diamond Cut Diamond. A noter que le réalisateur a fait partie des fondateurs de la Academy of Motion Picture Arts and Sciences.

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The temptress (1926)
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Manuel (Antonio Moreno) rencontre la très belle Elena (Greta Garbo), dont il tombe amoureux, lors d'un bal masqué à Paris. Déçu d'apprendre que la jeune femme est mariée au marquis de Torre Bianca, il préfère se concentrer sur sa carrière d'ingénieur et décide de partir pour l'Argentine afin de participer à la construction d'un barrage.
Manuel et Elena se rencontrent quelques temps plus tard en Argentine, que la jeune a rejoint avec son mari afin d'échapper à un scandale en Europe. Un soir, Manos, un bandit minable qui rode sur le chantier, insulte Elena et un duel au fouet éclate entre les 2 hommes. Gravement blessé lors du combat, Manuel est soigné par Elena qui se rapproche un peu plus de lui mais Manos veut se venger....


Initialement prévu comme réalisateur, Mauritz Stiller l'homme qui a "apporté" Garbo à la MGM, est très rapidement remercié par Irving Thalberg (10 jours de tournage dont les bobines sont perdues) qui ne supporte pas le caractère du réalisateur suédois et met fin au contrat qui le lie à la MGM tout en prenant soin de mettre Garbo du bon coté. Thalberg met à la place le réalisateur Fred Niblo, qui sort auréolé du succès de son adaptation de Ben-Hur, remplace le directeur photo initial par William H. Daniels et tourne le 2nd film MGM de Garbo en 83 jours.

Garbo interprète donc cette Tentatrice qui séduit les hommes et les conduit à leur perte sans un remord, une veuve noire qui s'accroche à sa proie sans jamais la relacher. The temptress est seulement le 2ème film MGM de l'actrice mais on y trouve déjà tous les éléments qui vont participer à la création du "mythe" et que la Major s'efforcera d'exploiter au maximum : le visage et le regard de l'actrice, parfaitement mis en photo par Wiliam Daniels, le jeu parfois un peu trop appuyé mais qui fait tout son charme et surtout ce rôle de femme presque fatale qui lui sera souvent proposé dans sa période muette. Agée de seulement 21 ans, Garbo eclipse déjà son partenaire masculin, illumine la caméra lors des nombreux gros plans qui composent le film et crée un personnage de femme désirable, inaccessible pour l'homme qui la croise ou alors au péril de sa vie. C'est sur cette dernière description que repose toute l'histoire puisque le réalisateur Fred Niblo démarre son film sur la rencontre entre Manuel et Elena pour glisser sur les conséquences qu'entrainent une telle rencontre : l'homme va être poursuivi par cette femme que ce soit par la pensée ou dans la réalité. Au delà de cette histoire convenue et somme toute assez basique (une femme mal mariée s'éprend d'autres hommes tel un jeu), c'est avant tout le travail de Fred Niblo et du directeur photo William Daniels qu'il faut mettre en avant : la mise en scène sait se montrer dynamique dès le début du film avec la scène du bal à Paris, la photo sait parfaitement mettre en avant, tout au long du film, le visage de Garbo par le biais de très beaux soft-focus et Niblo prend soin de présenter par ses découpages, ses plans centrés sur un détail ou par une mise en scène bien définie certains des personnages : Elena (les plans où elle retire son masque, sa descente de calèche, ses arrivées en haut des escaliers) ou le méchant Manos lors de son entrée face à Manuel. Ainsi chaque scène qui compose le film est parfaitement travaillée et on trouve dans chacune d'elle la marque d'un travail sur la photo et/ou la mise en scène.

La tentatrice n'atteint pas la beauté et la puissance du Love réalisé par Edmund Gouliding mais on a déjà à faire à tout ce qui fait le charme de Greta Garbo et le réalisateur Fred Niblo l'a bien compris en se focalisant sur l'actrice, en la plaçant au centre de cette histoire où elle est l'élément perturbateur qui va causer d'énormes "dommages collatéraux" : suicide, duel, mort, destruction du barrage...La Tentatrice est un film marqué par le jeu et par la présence de l'actrice, un film où tout ce qui la caractérise apparait à l'image et qui va participer à la création du "mythe".

Le masque : première rencontre entre Manuel et Elena lors d'un bal, elle ôte son masque et on comprend à son visage qu'il est amoureux...
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La découverte : Manuel se rend chez son ami le Marquis de Torre Bianca et découvre qu'elle est mariée...
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Le banquet : le banquier Fontenoy la rend responsable de sa faillite, emploie pour la première fois le terme de Temptress avant de se suicider....mais Fontenoy est déjà oublié et Manuel est de nouveau la proie.
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L'Argentine : la Tentatrice entre en scène...
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...la jalousie hatise les convoitises et la destruction...
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..dépité et pret à la tuer, Manuel ne peut accomplir son geste...
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Et comme pour Love un an plus tard, The temptress propose également une fin positive et une plus sombre.
6 ans après la destruction du barrage, Manuel est salué pour son travail de reconstruction...il reconnait Elena dans la foule et va à sa rencontre.
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On retrouve Manuel et sa femme Celinda à Paris où on découvre une Elena détruite par l'alcool, qui ne reconnait plus l'homme qui l'a aimé et qui va se perdre dans les rues de Paris
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Père Jules
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Re: Fred Niblo (1874-1948)

Post by Père Jules »

Plus on avance dans le temps, plus feb se "julienléonardise" et se "jeremyfoxise" :mrgreen:
Très bonne chronique !

Pour ma part je n'ai vu que son Ben-Hur lors d'une diffusion l'année dernière à la cinémathèque. De belles images mais au final un ennui poli.
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feb
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Re: Fred Niblo (1874-1948)

Post by feb »

Merci Père Jules :wink:
Père Jules wrote:Plus on avance dans le temps, plus feb se "julienléonardise" et se "jeremyfoxise" :mrgreen:
:mrgreen:
C'est un réel plaisir d'être comparé à eux mais je crois que j'en suis encore loin :roll: Disons que pour le moment je me febise :mrgreen: texte minimal et captures à la pelle :fiou:
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feb
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Re: Fred Niblo (1874-1948)

Post by feb »

The Red Lily - Fred Niblo (1924)
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En Bretagne, Jean Leonnec (Ramon Novarro) est amoureux de la fille du sabotier Marise La Noue (Enid Bennett) mais le père du jeune homme, également maire du village, n'est pas de cet avis. Suite au décès du père de Marise, la jeune femme est expulsée de la maison familiale et doit rejoindre sa famille la plus proche où elle subit les violences du père. Elle s'enfuit de cette maison et retourne à celle de son enfance où elle passe la nuit auprès de Jean mais ils sont tous les 2 contraints de quitter le village. Ils prennent le train pour Paris et, arrivé à la gare, Jean est arrêté par deux hommes envoyés par son père qui le soupçonne d'avoir volé de l'argent. Il réussit à échapper aux 2 hommes et rejoint Paris mais ne retrouve pas celle qu'il aime sur le quai de la gare. Les jours, les mois passent mais Jean et Marise n'arrivent pas à se retrouver. Jean devient un voleur et Marise sombre peu à peu dans la prostitution...
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Un an avant Ben-Hur, Fred Niblo retrouve Ramon Novarro dans un film aux prétentions bien plus modestes que le péplum mais qui ne peut laisser indifférent tout ceux qui apprécient les belles histoires d'amour. Niblo propose un film émouvant, simple, riche en émotions, dont la photo est un plaisir pour les yeux et où Ramon Novarro et Enid Bennett (Mme Niblo à la ville) trouvent 2 magnifiques rôles. The Red Lily fait partie de ses muets méconnus, peu diffusés et qui sont pourtant de petits bijoux car emprunts de tout ce qui fait la force et la beauté de ces films : une émotion simple, des visages et des regards qui suffisent à ressentir les sentiments et un superbe travail sur la lumière.
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Le réalisateur nous offre durant 80 minutes une histoire d'amour qui ne sombre jamais dans le mélodrame ou dans la simplicité. La naïveté et la sincérité qui découlent de cette histoire d'amour se lisent sur le visage de ces 2 jeunes amoureux et Niblo sait parfaitement "exploiter" le potentiel de ces 2 interprètes. Plus que de simples marionnettes devant la caméra, Novarro et Bennett donnent vie à leur personnage et y apportent un supplément d'âme qui rend sensible à leur histoire. Une histoire que Fred Niblo sait parfaitement raconter par un très beau travail sur ses cadres, son montage et surtout son utilisation magnifique des teintes et des lumières. Le DVD Warner Archive rend réellement honneur au travail des techniciens MGM puisque la copie proposée est un réel plaisir pour les yeux avec son N&B subtil et ses teintes sépia et bleue qui apportent une force supplémentaire à l'histoire. Le réalisateur montre un savoir-faire et une maitrise de son outil qu'il est impossible de nier tant certains de ses plans semblent créer une scène prête à être peinte sur une toile.
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Ramon Novarro, qui a toujours préféré son travail durant la partie muette, trouve ici un de ses plus beaux rôles, un rôle qui se dégrade au fur et à mesure du film : du jeune amoureux qui refuse d'abandonner celle qu'il aime, il va glisser vers les petits larcins au contact du personnage de Bo-Bo (excellent Wallace Beery qui se prête idéalement à ce personnage de voleur roublard et charmeur). Cette dégradation du personnage crée également une baisse de l'empathie de la part du spectateur pour son personnage car il devient égoïste et arrogant au point de rejeter et de blesser Marise lorsqu'il la retrouve après des années de séparation. Ce personnage, si amoureux au début du métrage, n'est maintenant plus que l'ombre de lui-même et son salut va passer une fois de plus par le sacrifice du personnage féminin. Rejetée par le village, séparée de celui qu'elle aime et obligée de vendre son corps pour survivre, le personnage de Marise est marquée par une souffrance continue et silencieuse qui atteint son paroxysme lorsqu'elle retrouve Jean dans sa chambre de bonne sous les toits de Paris...complètement désarçonné par la vision de ce visage qui n'est plus celui du visage d'ange qu'il connaissait tant, le jeune homme frappe la femme avant de la quitter.
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Enid Bennett est une actrice dont le jeu et le visage rappelle celui de Lillian Gish. Son personnage va endurer les pires épreuves pour tenter de vivre dans un Paris où se côtoient richesse et pauvreté, un Paris qui n'offre aucune chance aux plus faibles et qui l'oblige à se prostituer pour survivre. Fragile, touchante, émouvante, Marise va se transformer au contact de cette ville, subissant une à une les étapes qui se dressent devant elle et ne jugeant jamais le comportement de Jean à son égard - la violence de son geste, la médisance vis-à-vis de sa situation, son refus de l'accepter telle qu'elle est -.
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Malgré toutes ces épreuves, Marise va aller jusqu'à se sacrifier pour sauver celui qu'elle aime, lui offrant la possibilité de racheter ses crimes et de commencer une vie nouvelle. Si Ramon Novarro se montre versatile dans son rôle, Enid Bennett est absolument divine dans celui de Marise, un personnage qui se transforme physiquement et psychologiquement. Telle les plus belles actrices de cette période muet, Bennett semble faire corps avec son personnage, lui insufflant énergie, souffrance, désespoir et sachant transmettre à la caméra ce qu'il ressent réellement. La beauté de l'actrice muette prend ici tout son sens, un regard, un geste discret, un sourire suffisent à faire vivre le personnage et à nous faire partager ses émotions.
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The Red Lily est un très beau film, de ceux que l'on aimerait voir restauré et mis en avant, car il est un exemple du cinéma muet dans tout ce qu'il a de plus fort : des images qui nous captivent, une histoire qui nous interpelle, des acteurs - plus ou moins oubliés - qui fascinent par leur jeu, leur visage et par les émotions qu'ils transmettent.
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someone1600
Euphémiste
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Re: Fred Niblo (1874-1948)

Post by someone1600 »

Ca a l'air superbe en effet. :D