Henri Decoin (1890-1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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nobody smith
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by nobody smith »

Vu mon premier Henri Decoin avec La Fille Du Diable. Je ne suis pas totalement convaincu par cette première incursion. Je suis le premier emmerdé à dire une chose pareil mais ça sent un peu trop le cinéma de papa cette affaire. Le film n’est pas exempt de qualités. La mise en scène n’est pas avare en idées et certaines séquences sont étonnantes. J’ai d’ailleurs été assez scotché par l’ouverture avec le gangster assiégé où ça se mitraille dans tous les sens. Mais l’ensemble a un côté terriblement artificiel. En fait, j’ai décroché de l’histoire dès qu’elle se met en place. La scène de la substitution d’identité sonne terriblement fausse (la rencontre, le type déblatérant son histoire dans un horripilant franglais, l’ellipse après l’accident) et j’ai en conséquence eu beaucoup mal à avaler tout ce qui va suivre. Le scénario semble également avoir beaucoup de difficulté à faire cohabiter le parcours de l’imposteur et de la demoiselle du titre. Le passage juste avant le final faisant le lien entre les deux tombe à cet effet comme un cheveu sur la soupe. Bref, il y a de gros soucis de crédibilité dans le script. Je dirais que son problème est moins d’être trop calculé que mal calculé. Parce l’histoire n’est franchement pas inintéressante. Sa noirceur a quelque chose de captivante par la description du conformisme et du mépris de ce patelin de campagne. De même, le jeu de manipulation entre le gangster et le docteur n’est pas dénué de piquant. Dommage donc que l’intrigue peine à tenir la route.
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Commissaire Juve
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by Commissaire Juve »

Cathy wrote:
Les inconnus dans la maison (1942)

Un avocat qui a sombré dans l'alcoolisme vit seul avec sa fille. Une nuit, un homme est assassiné chez eux, et très vite les soupçons se portent sur le petit ami de sa fille qu'il accepte de défendre.

...
Le film qui est basé essentiellement sur le procès, atteint son paroxysme dans la fameuse plaidoirie de l'avocat enfin sobre qui va comme dans nombre de films de procès, faire la critique de cette société et de ces parents qui font ce que leurs enfants sont... Le film vaut pour son numéro d'acteur, son rythme et ses dialogues excellents. Un chef d'oeuvre du film français mené par un Raimu exceptionnel !
Revu hier soir (je n'en gardais qu'un vague souvenir... celui de l'identité du coupable uniquement).

J'avoue être resté sur ma faim. Au fond, à part le numéro de Raimu pendant le procès, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les jeunes ne sont pas très intéressants. Pas très attachants non plus. Côté enquête policière, on ne peut pas dire que ça soit très captivant. Que reste-t-il ? Une ambiance. C'est parfois (souvent ?) ce qu'on reproche à Simenon : 150 pages d'ambiance et cinq pages de dénouement qui ne convainquent pas toujours !
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Commissaire Juve
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by Commissaire Juve »

Commissaire Juve wrote: à part le numéro de Raimu pendant le procès, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent...
Suite : j'ai vu hier que le chroniqueur de Télérama faisait le parallèle avec la plaidoirie de Danielle Darrieux dans "Abus de confiance" (1938). Film signé Decoin également. Oui, pourquoi pas.

Mais le coup de la plaidoirie sur les parents qui élèvent mal leurs enfants m'a plutôt fait penser à "Avant le déluge" de Cayatte (1954).
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Kevin95
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by Kevin95 »

LES INCONNUS DANS LA MAISON (Henri Decoin - 1942) découverte

Classique du cinéma français sous l'Occupation surtout (re)connu pour son monologue final. Avant d'en arriver là, le film d'Henri Decoin est surtout une formidable adaptation de Georges Simenon par un Henri-Georges Clouzot à ses débuts qui n'a pas oublié d'être bon. Pesant, méchant, trouble, Les Inconnus dans la maison cultive un sentiment mal-aimable, où tout le monde semble avoir quelque chose à cacher (Clouzot et l'Occupation sont dans le coup), où tout se monde se regarde du coin d’œil et où au final, tout le monde est aussi coupable de le réel coupable. Un film construit en deux parties, d'abord une intrigue policière (brumeuse et complexe) puis les plaidoiries où arrive (justement) ce fameux morceau de bravoure. Car surtout, Les Inconnus dans la maison est un numéro tonitruant de Raimu, dans l'un de ses plus beaux rôles. Cabot mais profond, pépère livre une sacrée prestation qui va crescendo jusqu'au monologue se terminant par un "j'ai soif" ironique. Direct sur mon podium des meilleurs films de la période "cinéma français en laisse" (je serai curieux de voir comment quelques années plus tard, Georges Lautner s'en est tiré avec le texte de Simenon).
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by beb »

Retour à l'aube : excellent film avec une Danielle Darrieux brillante dans plusieurs registres.

Je pensais que le film avait été tourné entierement en studio, mais j'étais intrigué par quelques scènes où on voit Darrieux se promener dans une ville qui semble etre Budapest.
Et effectivement toute l'équipe de tournage a passé quelques jours ou semaines en hongrie et notamment à Zichyújfalu (entre Budapest et le lac Balaton) avant de terminer le film en studio à Joinville. Plus d'information ici : http://danielledarrieux.canalblog.com/a ... 25288.html

La fameuse gare dirigée par Pierre Dux existe toujours...en moins romantique

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Commissaire Juve
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by Commissaire Juve »

beb wrote: La fameuse gare dirigée par Pierre Dux existe toujours...en moins romantique
Elle a résisté à la guerre, au communisme, tout ça. C'est beau.
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Alexandre Angel
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by Alexandre Angel »

Commissaire Juve wrote:Elle a résisté à la guerre, au communisme, tout ça. C'est beau.
Formidable et curieux à la fois de voir la vraie gare. J'aurais juré que c'était tourné en banlieue parisienne tant ce début folklorique parait un peu toc. Ce qui n'empêche nullement que le film soit très bon et même étonnant. Une de mes belles découvertes récentes.
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beb
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by beb »

Alexandre Angel wrote:J'aurais juré que c'était tourné en banlieue parisienne tant ce début folklorique parait un peu toc
Je pensais exactement la meme chose !
En tout cas un indice permet de confirmer qu'une partie du film, en tout cas les intérieurs du commissariat, a été tourné en France : il y a une inscription en alphabet cyrillique dans la pièce où Darrieux va voir le corps de l'escroc. Curieux que personne n'ait vu ce raté pendant le tournage.
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Commissaire Juve
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by Commissaire Juve »

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Parias de la gloire (Henry Decoin, 1964)

Henri avec un "y"... pour faire "américain" peut-être.

Comme disait Line Renaud :
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Il s'appelle Johnny Hallyday parce que son père est américain.
Il faut en vouloir pour consacrer 93 minutes de sa vie à visionner ce film. La guerre d'Indochine dans un bac à sable*, avec un sergent-chef de 120-140 kilos (Folco Lulli), un gars qui sonne le réveil avec un saxophone, des coupes de cheveux pas vraiment réglementaires, des gens qui disent "mes respects, mon lieutenant" (de mon temps, c'était "bonjour, mon lieutenant"... "mes respects" ne commençait qu'à partir du grade de capitaine), des personnages qui font "aaah ! je meurs" quand ils meurent, des personnages qui font des blagues qui annoncent la série des Bidasses, une chanteuse vietnamienne yéyé (Tiny Young), Curd Jürgens -- ivre -- qui défile au milieu des joncs sur fond de "Ein Heller und ein Batzen" (plus connue pour son refrain : "Heidi Heido Heida !")... n'en jetez plus.

Il paraît qu'il faut y voir une ôde à la réconciliation franco-allemande : "ennemis d'hier, vous êtes les z'amis de demain". Oué. En prenant la peine de chercher (ce que j'aurais dû faire), on découvre aussi que c'est l'avant-dernier film de Decoin, qu'il devait être bien fatigué (74 ans) et que tout ça est à ranger dans ce qu'il a fait de moins bien.

* en dépit du scope, c'est cadré serré sur un terrain très limité et...
Spoiler (cliquez pour afficher)
... planté de cannes de Provence. J'imagine que ça été tourné en Camargue, quelque part dans le Sud de la France... mais je peux me tromper
Gardez vos sous pour acheter autre chose ! (d'autant que le DVD n'est vraiment pas terrible) Vous pouvez aussi en profiter pour revoir La 317e section.

Je suis furibard. J'aurais dû prendre le dernier Albert Préjean (La Piste du Sud, 1938). Quoique...
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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Boubakar
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by Boubakar »

Jeremy Fox wrote:Premier rendez vous
Très joli film en effet ; je suis d'ailleurs surpris du débit très rapide de Danielle Darrieux, qui rappelle de manière plus contemporaine Catherine Deneuve.
D'ailleurs, c'est aussi dans ce film qu'on aperçoit un jeune Daniel Gélin (en élève).
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Boubakar
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by Boubakar »

Je ne sais pas quel fut le contexte du tournage, mais Henri Decoin est crédité à la supervision de la réalisation de La café du cadran, le premier film de Jean Gehret ;

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, qui raconte la reprise d'un café parisien du même nom (près de la place de l'Opéra) par un couple d'Auvergnats que jouent Bernard Blier et Blanchette Brunoy.
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John Holden
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by John Holden »

Excellent petit film d'atmosphère (unité de lieu strictement observée, et c'est fort parce qu'à aucun moment on a cette impression de théâtralité, de mise en scène engoncée) d'après un scénario du rédacteur en chef du canard enchaîné de l'époque, Pierre Bénard. Il me semble que ce café existe encore selon Tavernier. Bernard Blier, sous les traits d'un bistrotier touchant de naturel et de naïveté, est entouré par une petite troupe de comédiens pittoresque, parmi lesquels Aimé Clariond, le "grateux" et Félix Oudart, qui écluse son amertume à volonté du matin au soir. Un des rares films français ayant su capter avec autant de justesse et de sincérité le quotidien des journalistes, petites gens modestes.
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Erich
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by Erich »

Je ne sais pas quel fut le contexte du tournage, mais Henri Decoin est crédité à la supervision de la réalisation de La café du cadran, le premier film de Jean Gehret
Dans sa très bonne biographie de Bernard Blier (Bernard Blier un homme façon puzzle, Robert Laffont, 2009), Jean-Philippe Guérand explique que, au moment du tournage, Decoin "est sous le coup d'une suspension sans traitement de 74 jours qui lui a été notifiée le 24 octobre 1945 par la section cinéma du Comité régional interprofessionnel d'épuration statuant sur la peine à infliger aux réalisateurs ayant tourné pour la Continental". Apparemment, le film a été mis en scène par Decoin tandis que Gehret a servi en quelque sorte de prête-nom. Blier raconte que Gehret, présent quand même sur le plateau, se contentait de demander à Decoin : "Tu me préviendras quand je pourrai dire Moteur !" Toujours selon Blier, Gehret était "un Suisse très gentil, très marrant, mais qui ne pouvait pas être metteur en scène." Malgré tout, Jean Gehret a quand même réalisé par la suite quatre autres films.
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John Holden
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by John Holden »

Merci Erich pour la précision. :wink:
J'aimerais bien voir ses 3 films suivants d'ailleurs, le dernier, La loterie du bonheur étant plus anecdotique.
Malheureusement difficiles à trouver.
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Ikebukuro
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Re: Henri Decoin (1890-1969)

Post by Ikebukuro »

Commissaire Juve wrote: 13 Mar 17, 14:30
Cathy wrote:
Les inconnus dans la maison (1942)

Un avocat qui a sombré dans l'alcoolisme vit seul avec sa fille. Une nuit, un homme est assassiné chez eux, et très vite les soupçons se portent sur le petit ami de sa fille qu'il accepte de défendre.

...
Le film qui est basé essentiellement sur le procès, atteint son paroxysme dans la fameuse plaidoirie de l'avocat enfin sobre qui va comme dans nombre de films de procès, faire la critique de cette société et de ces parents qui font ce que leurs enfants sont... Le film vaut pour son numéro d'acteur, son rythme et ses dialogues excellents. Un chef d'oeuvre du film français mené par un Raimu exceptionnel !
Revu hier soir (je n'en gardais qu'un vague souvenir... celui de l'identité du coupable uniquement).

J'avoue être resté sur ma faim. Au fond, à part le numéro de Raimu pendant le procès, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les jeunes ne sont pas très intéressants. Pas très attachants non plus. Côté enquête policière, on ne peut pas dire que ça soit très captivant. Que reste-t-il ? Une ambiance. C'est parfois (souvent ?) ce qu'on reproche à Simenon : 150 pages d'ambiance et cinq pages de dénouement qui ne convainquent pas toujours !
Pas d'accord, un des plus beaux plans d'ouverture jamais vu : la ville qui est survolée, cette ambiance oppressante et intimiste... du beau travail.
Mon blog sur le Japon : http://japon.canalblog.com/
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