Charles Vidor (1900-1959)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Profondo Rosso
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

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Le Cygne (1956)

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Vers 1910, la princesse Béatrice rêve de voir sa fille Alexandra épouser son cousin Albert. Une rencontre est organisée, mais Albert fait peu attention à sa cousine. Dès lors, Béatrice décide de frapper fort et d'exciter la jalousie du fier prince...

The Swan est un film en forme de prémonition puisque dans cet avant-dernier rôle avant la rencontre et le mariage avec le Prince Rainier (le dernier étant la comédie musicale Haute Société la même année) Grace Kelly incarne déjà une princesse. Le film est la troisième adaptation de la pièce de Ferenc Molnár après celle muette réalisée en 1925 et One Romantic Night (1930), seconde version parlante avec Lilian Gish. L'humour piquant, le marivaudage et le luxe flamboyant des décors et costumes dans ce pétaradant technicolor laisse à penser que l'on va assister à un joli conte de fée moderne. Cette facette demeure surtout dans l'esthétique finalement puisque le ton va s'avérer étonnement cruel et mélancolique.

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C'est l'effervescence au château de la princesse Béatrice (Jessie Royce Landis) depuis que cousin Albert et Prince héritier a annoncé sa visite. Béatrice souhaite en effet voir le prince succomber au charme de sa fille la magnifique Alexandra surnommée "le cygne" et voir celle-ci redorer le blason de la famille en devenant la future reine. Problème le prince s'avère un piètre séducteur, enfantin, lunaire et peu attentif à Alexandra. Dès lors Béatrice décide d'employer une autre méthode en titillant la jalousie d'Albert grâce au beau précepteur français (Louis Jourdan) officiant au château mais sans en mesurer les conséquences. Le début du film est des plus enlevé grâce à l'abattage de Jessie Royce Landis en marieuse affairée, le tourbillon de couleurs de la direction artistique somptueuse est un régal pour les yeux et la maladresse (voir la goujaterie) involontaire d'Alec Guinness offre de joyeux moments comiques. A l'aise en toute circonstance, le prince préfère donc faire une longue grasse matinée ou encore aller jouer au football avec les enfants plutôt que de faire la cour à une Grace Kelly dépitée. Sous cette légèreté le drame s'annonce pourtant à travers les regards à la dérobée et énamouré du modeste Louis Jourdan qui a bien du mal à contenir ses sentiments.

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Le sort n'en sera que plus cruel quand il se verra sollicité par Alexandra et comprendra qu'il n'a été qu'un instrument pour en attirer un autre. Louis Jourdan, "french lover" attitré d'Hollywood à l'époque et plus habitué à la séduction fourbe d'ordinaire (Lettre d'une Inconnue, La Flibustière des Antilles, Madame Bovary) met tous les atouts de ses rôles lus trouble au service d'une sincérité qui le rend très touchant. La mièvrerie n'est jamais loin mais il trouve toujours le ton juste tel cette échappée en chariot avec Grace Kelly, sa colère finale où il laisse enfin exploser ses sentiments après s'être tant contenu et répond au prince en personne. Grace Kelly est tout aussi émouvante, jeune femme ambitieuse au départ mais peu attirée par Guinness et qui se laissera déborder par des sentiments inattendus face à l'ardeur de Jourdan, une scène d'escrime ayant sobrement souligné le lien sentimental et érotique les liants. Plutôt glaciale au départ, l'actrice s'orne d'une innocence et d'une candeur très attachante comme surprise de ce qu'elle ressent et comme Jourdan la mièvrerie pointe sans jamais se manifester lors des scènes d'amour tout en retenue entre eux. Alec Guinness navigue entre les deux, insouciant puis bienveillant lorsqu'il verra sa chance passée. Agnes Moorhead en Reine est assez irrésistible aussi lors de son apparition finale.

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On relève surtout les performances des acteurs dans la réussite tant la mise en scène de Charles Vidor semble fonctionnelle. Le cadre est mis en valeur de manière très impersonnelle malgré le faste de la MGM, des séquences qui appelaient à plus de démesure comme la scène de bal brillent plus pour leur direction artistique que l'illustration qu'en donne Vidor. On aura néanmoins quelque cadrage intéressant dans le placement des personnages dans l'espace pour dynamiser les nombreuses scènes de dialogues mais rien de vraiment impressionnant. Sous le marivaudage le film se montre d'une étonnante noirceur où les sentiments sincères se voient sacrifiés au nom de l'apparat et vite étouffés par pudeur ou par étiquette. Le titre de la version de 1930 One Romantic Night soulignait le caractère éphémère de ce rapprochement possible des classes et de cette passion et c'est ce même sentiment qui domine lors du final où tout doit revenir à sa place, pas forcément par les entraves que l'on croit. Grace Kelly est formidable dans ces derniers instants et mérite enfin cette appellation de Cygne dont elle doit adopter l'attitude désormais : élégante, gracieuse froide et imperméable à ce qui l'entoure. 4,5/6

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someone1600
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

Post by someone1600 »

Pas vu celui-la, mais ca a l'air plutot intéressant.
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Ann Harding
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

Post by Ann Harding »

Profondo Rosso wrote:Le film est la troisième adaptation de la pièce de Ferenc Molnár après celle muette réalisée en 1925 et One Romantic Night (1930), seconde version parlante avec Lilian Gish.
j'ai parlé de la version avec Lillian Gish ici sur le forum. pas très emballée...
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Profondo Rosso
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

Post by Profondo Rosso »

Ann Harding wrote:
Profondo Rosso wrote:Le film est la troisième adaptation de la pièce de Ferenc Molnár après celle muette réalisée en 1925 et One Romantic Night (1930), seconde version parlante avec Lilian Gish.
j'ai parlé de la version avec Lillian Gish ici sur le forum. pas très emballée...
Ah oui ça n'a pas l'air fameux, malgré les défauts celle de Charles Vidor est la plus honorable finalement !
Kimm
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

Post by Kimm »

La scène du bal se voyant rapprocher les deux protagonsites, à savoir Louis Jourdan et Grace Kelly, celle-ci se resserrant inexorablement vers son partenaire, inconsciente (ou non?) de ses sentiments naissants, est un pur moment de bonheur :D

J'aime beaucoup ce film; merci pour les captures!
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Profondo Rosso
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

Post by Profondo Rosso »

J'aime beaucoup cette scène aussi Grace Kelly est vraiment fabuleuse à ce moment là alors qu'elle a été assez glaciale dans la première partie. La scène m'a beaucoup rappelé un passage du Rouge et le Noir de Stendhal où on a le personnage très hautain de Mathilde qui se trouve soudainement bouleversée en pleine réception par l'amour qu'elle se découvre pour Rodolphe les sensations sont brillamment décrite c'est un peu cet esprit là dans la scène du film même s'il n'y a pas rapprochement dans le bouquin.
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Kimm
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

Post by Kimm »

On peut effectivement penser à la cristallisation au sens stendhalien, lors de cette découverte du sentiment amoureux.
Cette scène de bal est tout simplement un moment de grace (sans vouloir faire de jeux de mot! :uhuh:) , véritable point d'orgue du film selon moi du film: on a envie quelle dure longtemps :D !! c'est une scène contemplative, bon contrepoint à l'humour distillé avec éclat par les autres protagonsites, avec en tête Jessie Royce Landis, dont je suis fan!
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Profondo Rosso
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

Post by Profondo Rosso »

Coup de foudre (1944)

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Une jeune femme, Mrs Crandall, maire d'une petite ville de province, arrive à New-York afin d'y rencontrer un sculpteur célèbre, Corday, en vue de lui commander la statue de son défunt mari, grand notable et descendant des fondateurs de la ville. Dès leur première rencontre, c'est le "Coup de foudre». Mais Mrs Crandall, à la mort de son mari, a promis à sa fille de ne pas se remarier. En s'apercevant qu'elle est tombée amoureuse de Corday, la voilà terrorisée par la perspective de devoir rompre sa promesse si elle lui commande la statue, et le fait venir pour cela dans sa province. Elle s'enfuit en refusant de revoir Corday, et retourne dans sa maison. Dès le lendemain, Corday arrive à l'improviste...

Charles Vidor signe une comédie romantique pleine de charme et fantaisie avec ce ravissant Together Again. C'est un récit placé sous le signe de la reconstruction et de la redécouverte de sa féminité avec le personnage d'Anne Crandall (Irene Dunne) vivant encore dans le souvenir de son époux disparu. Cette présence du défunt se fait à la fois visible et insidieuse, Anne ayant repris ses anciennes fonction de maire d'une petite ville de province et ne s'étant jamais remariée. Une idolâtrie qui frappe de façon plus marquée encore sa belle-fille Diana (Mona Freeman) vivant dans le culte de son père et notamment de la statue de lui érigée au milieu de la ville. Une situation qui agace profondément le beau-père d'd'Anne (Charles Coburn) qui l'incite sans succès à refaire sa vie. Les éléments (ou symboliquement le mari disparu comme il est plusieurs fois sous-entendu) vont se charger d'arranger la situation lorsque la foudre va frapper et décapiter la fameuse statue, obligeant Anne à se rendre à New York en quête d'un sculpteur. Celui-ci aura les traits charmant de George Corday (Charles Boyer) et le coup de foudre sera immédiat mais il faudra encore composer avec les réticences d'Anne et sa "fidélité" au disparu.

Charles Vidor use de motifs très amusants et subtils pour dépeindre ce chassé-croisé amoureux en usant beaucoup de la symbolique. Irene Dunne avec ses traits et son charme juvénile semble ainsi en décalage par ses attitudes et tenues de matriarche. S'essayant à une tenue plus élégante lorsqu'elle se rend à New York, c'est cette fois son comportement gauche, gêné et surpris (hilarante entrevue avec le garçon d'étage) par les réactions qu'elle suscite qui provoque l'amusement. L'effet est renforcé lorsqu'apparait Charles Boyer en sculpteur décontracté, son regard séducteur et ses questions dérangeantes. Afin de mieux capturer l'âme de l'homme qu'il doit sculpter, il interroge ainsi Anne sur leur vie commune, comprend la solitude de celle-ci et en tombe amoureux. Cette opposition de caractère trouve son apogée dans la scène où il l'emmène dans un club de strip tease où un quiproquo faisant malencontreusement prendre Anne pour la danseuse attitrée (détail amusant la strip teaseuse s'appelle Gilda et a un petit air de Rita Hayworth comme une anticipation du classique à venir de Charles Vidor) des lieux. Amusée et bousculée, notre héroïne préfèrera fuir ses propres sentiments et retourner dans sa bourgade paisible mais Corday n'a pas dit son dernier mot.

Le film traite à la fois d'éveil et de réveil amoureux. Le réveil concerne évidemment Anne jouée avec une maladresse irrésistible par Irene Dunn et l'union finale passera par l'éveil de la belle-fille qu'incarne Mona Freeman. La longue absence d'une présence masculine amène ainsi une sorte d'œdipe tardif ou Diana tombera également amoureuse de Corday avec son lot de malentendus et quiproquos très drôles. Cet œdipe se croise à la promesse passée d'Anne de ne jamais se remarier à la fillette d'alors et c'est en éprouvant ces premiers émois qu'elle saura à son tour accepter que sa belle-mère reconstruise sa vie. Charles Boyer offre son numéro habituel de séducteur plein de bagout et sûr de son fait mais qui sera plus d'une fois dépassé par les emportements des personnages féminins. La fin est un petit bijou d'inventivité, un simple grondement de tonnerre faisant le lien entre passé et présent, détachant Anne de ses obligations et réunissant les amoureux par une ellipse parfaite. 4,5/6
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

Post by Sybille »

Profondo Rosso wrote:Coup de foudre (1944)
Effectivement une très jolie comédie, plaisante, plutôt bien menée, le tout dans une ambiance de légèreté bienveillante.
Irene Dunne est adorable, simplement irrésistible, décidément quelle merveilleuse actrice !
La fin est un petit bijou d'inventivité, un simple grondement de tonnerre faisant le lien entre passé et présent, détachant Anne de ses obligations et réunissant les amoureux par une ellipse parfaite.
La manoeuvre du beau-père pour, littéralement, obliger sa belle-fille à abandonner ses activités de maire, sous le couvert de l'humour, est en réalité plus que douteuse.
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Jeremy Fox
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

Post by Jeremy Fox »

Aujourd'hui, chronique de Les Pièges de la passion et test du DVD américain all zones.
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Jeremy Fox
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Re: Charles Vidor (1900-1959)

Post by Jeremy Fox »

Belle surprise que Le Cygne, dernier rôle de Grace Kelly (d'une beauté absolument sidérante), film plus amer et moins mièvre qu'attendu. La fin est même un peu démoralisante pour ce faux conte de fées moderne souvent très amusant et surtout superbement interprété notamment par Alec Guiness et Brian Aherne. En gros en accord avec le texte de Profondo Rosso situé en haut de page.