Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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feb
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by feb »

Merci.
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Tommy Udo
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by Tommy Udo »

feb wrote:Merci.
Ou pas... Car je suppose que tu aurais préféré la version allemande, non ? :mrgreen:
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feb
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by feb »

Tu me connais parfaitement. :mrgreen:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Tommy Udo
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by Tommy Udo »

:mrgreen:
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Commissaire Juve
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by Commissaire Juve »

Commissaire Juve wrote:
Commissaire Juve wrote:Pour compléter ma collec Louis Jouvet.

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Reçu aujourd'hui. J'ai jeté un coup d'œil : l'image upscalée m'a semblé pas mal du tout. 8)
EDIT : finalement, le film n'est pas très captivant. Les rôles principaux -- Christl Mardayn, Dorville, Valéry Inkijinoff, Linh-Nam -- sont assez ternes, Louis Jouvet -- en mode "je reviens du monde des morts" -- vaut à peine mieux (j'ajoute qu'il n'apparaît qu'au bout d'une demi-heure et qu'il n'a que deux scènes intéressantes*), l'arrière-plan politique est franchement rasoir (à la fin, ces défilés qui n'en finissent pas, oh !). Seuls Raymond Rouleau, André Alerme et Elina Labourdette apportent un peu de fraîcheur à l'ensemble, mais leurs apparitions sont noyées dans une histoire cotonneuse à souhait.

J'ajoute qu'on a connu Henri Jeanson plus inspiré (il y a quelques bons mots, les deux scènes de Jouvet, mais le reste...).

* dont une rappelle beaucoup son évocation du passé avec Marie Bell dans "Un carnet de bal".
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Thaddeus
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by Thaddeus »

Image



Loulou
Jeune fille insouciante à la perversité innocente, qui mène les hommes à leur perte selon son caprice, Loulou rit, danse, pleure, jouit et meurt sans un cri. Offerte mais impénétrable, elle est l’une des premières femmes fatales de l’histoire du cinéma, et Louise Brooks la franche incarnation de la sensualité libre, vénéneuse et provocante, avec sa coiffure à la garçonne, ses dents étincelantes, ses lèvres fraîches, la luminosité de sa peau et sa féminité flapper qui projette une déconcertante bisexualité. La faisant passer par tous les stades, de la servitude à la libération amoureuse, Pabst étrille la morale bourgeoise, oppose la vitalité pulsionnelle aux tabous d’une société prisonnière de sa culture, le long d’une tragédie de passion, de sang et de mort nimbée de nuit aux couleurs d’un rêve opalescent. 4/6

Le journal d’une fille perdue
Le réalisme bien particulier de Pabst trouve dans un expressionnisme contrôlé sa force d’accusation, mais aussi cette dimension trouble, ce goût séducteur de la misère qu’on pourrait qualifier de fantastique social. Son penchant pour les effets de clairs-obscurs et les ambiances singulières, au confluent des influences de Sternberg et Stroheim, se teinte d’une fascination pour le spectacle des aberrations qu’il dévoile. Louise Brooks est ici plus passive qu’active, mais sa seule présence semble changer le cours des évènements, tandis que le propos du cinéaste articule la dénonciation et la révolte d’un enjeu mélodramatique prononcé. Car la violence de son constat est indéniable : il est très préférable pour une fille allemande de 1929 de vivre dans un bordel que dans une maison de redressement. 4/6

L’enfer blanc du Piz Palü
Entrepris comme un film d’aventures au succès quasi assuré, cette haletante et prodigieuse équipée chauffe jusqu’à incandescence le lyrisme tellurique du romantisme allemand. Le traumatisme originel y est comme greffé sur la majesté terrible des sites naturels, et la force visuelle de la mise en scène atteint un degré hystérique de figuration spatiale qui pousse tous les curseurs de pureté à leur point limite. Blancheur immaculée d’une glace figeant les visages en masques mortuaires, violence tellurique des éléments déchaînés, forêts de stalactites en fusion, masses écrasantes de brumes nuageuses, lueurs surréalisantes des torches éclairant les abysses de la montagne en pleine nuit composent une symphonie plastique où se joue toute la grandeur de la survie, de l’abnégation et de l’exploit humain. 5/6

L’opéra de quat’sous
Brecht s’estima trahi et fut notoirement mécontent de la transposition cinématographique qu’en fit Pabst, où celui-ci refuse de choisir entre fascination et leçon politique. S’il est vrai que le film tire le pamphlet du côté de la féérie, il n’en demeure pas moins adapté aux crises qui secouaient alors l’Europe. Le réalisateur y cherche une atmosphère de gueuserie à la Notre Dame de Paris, mixte de manière plus ou moins heureuse les ingrédients du vaudeville, du mélodrame policier, de la satire sociale, et tire de la partie de cache-cache entre truands et policiers une sorte d’arlequinade grinçante brodant sur les inégalités de classes, dont l’action est narquoisement commentée par la musique de Kurt Weill. Mais le temps n’a pas fait que du bien à cette espèce d’opérette populiste. 3/6

La tragédie de la mine
Si le cinéma minier de fiction a creusé sa propre galerie, alors cette œuvre inspirée de la catastrophe de Courrières pourrait en être l’un des fameux jalons. Se voulant un hymne à la solidarité internationale, il montre des sauveteurs allemands de Westphalie dépasser l’hostilité prégnante depuis la Grande Guerre et venir à l’aide des mineurs français pris au piège de la terre – même si la fin voit l’échec momentané du célèbre mot d’ordre de Marx, tandis que les antagonismes nationaux l’emportent sur la fraternité des ouvriers et la solidarité de classe. Servi par une image très travaillée, intégrant de manière originale les bruits de la mine comme sa propre musique, il pousse l’expressionnisme lui-même (du moins la part qui en subsiste, toujours distanciée) au service d’une objectivité quasi documentaire. 4/6


Mon top :

1. L’enfer blanc du Piz Palü (1929)
2. Loulou (1929)
3. Le journal d’une fille perdue (1929)
4. La tragédie de la mine (1931)
5. L’opéra de quat’sous (1931)

Quelques films difficilement cernables mais pourtant assez caractéristiques dans leur unité, leur inspiration, les registres convoqués et la récurrence de leurs motifs : attirance mortelle des profondeurs, transfiguration par la lumière d’une réalité portée à incandescence par la passion. Entre raison froide et romantisme, lucidité et fascination, ils sont symptomatiques d’un certain esprit germanique de l’entre-deux-guerres.
Last edited by Thaddeus on 28 Aug 18, 12:02, edited 1 time in total.
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Demi-Lune
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by Demi-Lune »

Thaddeus, Pabst n'a tourné que quelques scènes d'intérieur (celles dans le chalet) pour L'enfer blanc du Piz Palü. Tout le reste, on le doit à Arnold Fanck, spécialiste des films d'alpinisme - et ça se voit.
Même si les deux cinéastes sont co-crédités à la réalisation, je trouve que c'est malaisé de le considérer comme "un film de Georg Wilhelm Pabst".
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Alexandre Angel
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by Alexandre Angel »

Demi-Lune wrote:Thaddeus, Pabst n'a tourné que quelques scènes d'intérieur (celles dans le chalet) pour L'enfer blanc du Piz Palü. Tout le reste, on le doit à Arnold Fanck, spécialiste des films d'alpinisme - et ça se voit.Même si les deux cinéastes sont co-crédités à la réalisation, je trouve que c'est malaisé de le considérer comme "un film de Georg Wilhelm Pabst".
C'est la faute à Tarantino! :mrgreen:
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Demi-Lune
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by Demi-Lune »

Alexandre Angel wrote:
Demi-Lune wrote:Thaddeus, Pabst n'a tourné que quelques scènes d'intérieur (celles dans le chalet) pour L'enfer blanc du Piz Palü. Tout le reste, on le doit à Arnold Fanck, spécialiste des films d'alpinisme - et ça se voit.Même si les deux cinéastes sont co-crédités à la réalisation, je trouve que c'est malaisé de le considérer comme "un film de Georg Wilhelm Pabst".
Tarantino, on t'a reconnu! :mrgreen:
Oui voilà, même dans Inglourious basterds, c'est Pabst qui est finalement mis en avant grâce aux monographies du personnage de Fassbender. Thaddeus n'est donc pas le premier à commettre cette (petite) injustice. Disons que ça aide peut-être au prestige et à la mise en lumière de ce film (encore trop méconnu malheureusement, malgré la désormais célèbre séquence de la taverne dans le Tarantino où Fassbender brode autour du film) que de faire pencher la balance du côté de la paternité de Pabst, qui est un cinéaste important de cette époque, "noble". Arnold Fanck, comparativement, est un cinéaste plus confidentiel, et dont la spécialisation dans ce sous-genre du film alpin, avec la sulfureuse Leni Riefenstahl pour vedette récurrente, condamne peut-être à une image ingrate. Mais c'est vraiment lui le génie visuel qui est à l’œuvre derrière L'enfer blanc du Piz Palü.
Le mec a eu une trajectoire intéressante: il ne s'est encarté au parti nazi que par impératif de survie économique. Mais les Alliés ne lui pardonneront pas les commandes qu'il a honorées pour le régime, et il est interdit de tournage. Il a dû se reconvertir comme ouvrier forestier...
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Thaddeus
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by Thaddeus »

Demi-Lune wrote:Thaddeus, Pabst n'a tourné que quelques scènes d'intérieur (celles dans le chalet) pour L'enfer blanc du Piz Palü. Tout le reste, on le doit à Arnold Fanck, spécialiste des films d'alpinisme - et ça se voit.
Même si les deux cinéastes sont co-crédités à la réalisation, je trouve que c'est malaisé de le considérer comme "un film de Georg Wilhelm Pabst".
Oui, je savais que cette entreprise avait été signée à deux mains mais j'ignorais dans quelles proportions. Parce que le film est bardé d'idées poétiques et formelles, je m'étais bêtement imaginé que l'apport de Fanck n'était que d'ordre strictement technique. C'est vrai que le cadre et le genre tranchent assez radicalement avec les mélos naturalistes troubles et sulfureux pour lesquels Pabst reste le plus célèbre - ceci expliquant sans doute cela.

Edit : merci, c'est encore plus clair avec tes explications intermédiaires.
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feb
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by feb »

Ann Harding wrote:Image
Il n'y avait aucun topic dédié à ce grand réalisateur allemand. Alors, j'ai pensé qu'il fallait en créer un. D'autant plus que sa carrière couvre l'Allemagne expressionniste, la France des années 30 et même Hollywood (pour un seul film). C'est d'ailleurs ce film américain que j'ai découvert hier.


ImageImage
A Modern Hero (1934) de G.W. Pabst avec Richard Barthelmess, Jean Muir, Marjorie Rambeau et Florence Eldridge
Spoiler (cliquez pour afficher)
Aux Etats-Unis, avant la première guerre mondiale, Pierre Radier (R. Barthelmess) est écuyer dans un cirque ambulant avec sa mère (M. Rambeau). Il séduit une jeune fille, Joanna (J. Muir), avant de l'abandonner alors qu'elle est enceinte. Pierre rêve de devenir un riche homme d'affaire...

La seule incursion de Georg Wilhelm Pabst dans l'univers Hollywoodien a produit un film pour la Warner qui se révèle plus noir et immoral que la production habituelle de ce studio. Le héros du titre n'en est pas un. Richard Barthelmess, qui fut le héros au coeur pur des films muets de Griffith et Henry King, s'était reconverti dans les années 30 dans les personnages victimes de l'après-guerre avec deux grands chefs d'oeuvres: The Last Flight (1931, W. Dieterle) et Heroes for Sale (1933, Wm A. Wellman). Dans ce film de Pabst, Barthelmess est un séducteur sans scrupules qui ne pense égoïstement qu'à faire fortune. Il séduit prestement l'innocent Joanna et s'introduit même dans sa chambre dès leur premier rendez-vous. Celle-ci n'est pas dute et se rend bien compte qu'il ne restera pas. Elle choisit de son propre gré d'en épouser un autre qui lui offrira un marriage solide. Pierre est un émigré français qui gagne sa vie dans un cirque avec sa mère, une ancienne dompteuse aigrie, jouée par Marjorie Rambeau. Elle a perdu un bras et noie son chagrin dans l'alcool. Pierre ne songe qu'à trouver une petite affaire pour quitter le cirque et faire fortune. L'opportunité se présente grâce à une certaine Leah (Florence Eldridge) qui lui prête de l'argent alors qu'il devient son amant. Il va monter rapidement les échelons de la fortune et épouser une riche héritière. Sa réussite financière ne lui apporte néanmoins pas le bonheur. Il est sans enfant et il souhaite revoir ce fils qu'il n'a pas reconnu. Une série de catastrophes va le laisser seul et démuni. La trajectoire montante et descendante de Pierre est l'occasion pour Pabst de montrer le revers de la société américaine. Son 'héros' n'hésite pas à utiliser ses charmes pour obtenir de l'argent auprès des femmes ou à spéculer avec des margoulins à la bourse. Cette obsession de la réussite lui fait oublier toutes les valeurs humaines d'honnêteté et d'abnégation. Il va le payer très cher. Mais, on ne ressent pas cette scène finale comme une sanction moralisatrice, mais plutôt, comme le résultat inévitable de sa cupidité. Dans ce rôle, Barthelmess apporte une ambiguité intéressante. Lui qui fut toujours l'image de l'honnêteté est ici un homme égoïste obsédé par l'argent et le pouvoir. On ressent pour lui un mélange de compassion et d'écoeurement. Le film appelle un chat un chat, car il fait encore partie de la production pre-code. Il aurait été fort difficile de réaliser le même film l'année suivante. Même s'il ne s'agit pas d'un chef d'oeuvre, ce film de Pabst est fort intéressant.
Dispo le 5/6 chez WAC
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ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Watkinssien
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by Watkinssien »

Outre ses réussites de sa période muette comme La rue sans joie ou encore Loulou, j'ai vraiment pris un très grand plaisir à visionner Die 3 Groschen-Oper et sa version française L'Opéra de Quat'Sous. J'ai trouvé cela aérien, en même temps que très solide dans sa narration, dans sa mise en scène et son charme suranné fonctionne remarquablement.
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bruce randylan
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by bruce randylan »

Y-a du Pabst à la Cinémathèque (si c'est pas une intégrale, c'est pas loin)

L'occasion de se pencher sur ses films des années 40-50.

Profondeurs mystérieuses (Geheimnisvolle Tiefe - 1949)
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Un biologiste féru de spéléologie et d'archéologie commence à négliger sa fiancée qui trouve ses passions trop envahissantes. Elle se laisse courtiser par un homme d'affaire cynique.

Une étonnante curiosité qui montre que Pabst en avait encore sous le capot tout en restant cependant bancale et inégale. Il y a ainsi quelques passages forts naïfs et kitsch à souhait dont quelques intermèdes musicaux pour le moins saugrenus. Je me demande si les producteurs n'ont d'ailleurs pas imposés certaines choses ou alourdit le cahier des charges, comme la fin malheureusement assez ratée et expédiée.
C'est quand même dans l'ensemble souvent stimulant avec une direction artistique remarquable, pour ne pas dire époustouflante. La photographie fusionne littéralement avec les décors pour des plans très riches, chargés et débordants de détails et d'informations. C'est loin d'être gratuit, et c'est même le cœur du film : le fétichisme collectionneur, les artifices à la fois superficiels et fascinants d'un luxe d'apparat qui finit par devenir étouffant et inquiétant.
Certains pièces/décors se transforment en toile d'araignée baroque par des cadrages mettant en valeur leur potentiel pénitentiaire (configuration circulaire ou en spirale, lignes verticales ou horizontales) que renforce sa photo contrastée. On est devant une sorte de baroque expressionniste, avec un petit virage gothique pour une séquence de cauchemar sous influence Gustave Doré.
A l'inverse les séquences d'explorations des vastes grottes, sont finalement moins oppressantes visuellement, plus éclairée et unifiée (avec des problèmes de cohérence dramaturgique, puisqu'on ne sent jamais l'obscurité).
Le revers de la médaille, c'est que Pabst a passé trop de temps à peaufiner la dimension plastique de son film et oubli quand même les personnages, ses acteurs et la psychologie qui n'existent par ce que la réalisation en fait. On aimerait ainsi que la dernière partie gagne en lyrisme, en poésie, en sentiment d'absolu et que la passion trouve "écho" dans ses sous-terrains.

Pour le coup, c'est un film à remettre en avant dans la carrière du cinéaste. Il y a cependant un gros handicap : il n'existe semble-t-il plus que l'unique copie de la Cinémathèque Française (sauvegardée au début des années 90) et et celle-ci est déjà bien usée et fatiguée, plus proche d'une bonne 16mm que d'une resplendissante 35mm. Et en plus les sous-titres français sont incrustés dans l'image. :?

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Les comédiens (Komödianten - 1940) est beaucoup moins aboutis malgré ses ambitions plastiques qui font parfois furieusement pensé à Josef von Sternberg d'autant que la meilleure séquence se déroule en Russie pour une série de plans gorgés de détails foisonnants, de mouvements, de figurants, de décors imposants et d'une photo virtuose.
Le reste du film est moins délirant que ces quelques minutes mais font toujours preuve de recherches visuelles évidentes.
Par contre, ça n'évite pas l'académisme avec une mise en scène figée, manquant cruellement de vie. L’interprétation très guindée n'aide pas non plus et il faut vraiment attendre le dernier tiers pour que les personnages émergent un peu. C'est toujours gênant quand ça se voudrait un hommage vibrant à des artistes engagés et intègres.
Au moins, les personnages féminins sont les plus écrits et le film évite de tomber dans la propagande nazie. Il semble même vouloir faire passer quelques thèmes subrepticement comme l'impasse de la recherche d'une pureté de "classe".

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Tournée en France, Jeunes filles en détresse (1939) bénéficie de davantage de fraîcheur avec cette histoire d'enfants de divorcés - placées en pensionnat - s'indignant de leur situation. Les comédiennes (dont Micheline Presle) ne manquent pas de spontanéité, d'une certaine justesse. Mine de rien, pas mal d'idées sont en avance sur leur temps : divorce, désengagement des parents, droits des enfants...
C'est charmant quand il faut, touchant quand il faut, léger quand il faut... Pabst et ses auteurs n'ont pas envie d'en faire un film à thèses et les bons sentiments prédominent largement. Mais c'est fait à hauteur d'enfants, en se mettant à leur niveau, leur bonne volonté et leur candeur.
Le style de Pabst est plus en retrait tout en étant au dessus de la moyenne avec une réalisation assez alerte et dynamique qui colle aux émotions des héroïnes.

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C'est arrivée le 20 juillet (Es geschah am 20. Juli - 1955) évoque la fameuse tentative d'assassinat ratée sur Hitler. La mise en place de l'attentat n'occupe qu'un quart du récit qui décrit plutôt ses conséquences avec une dizaine d'officiers allemands essayant d'enchaîner sur un coup d'état pour emprisonner les proches d'Hitler, tout en doutant de l'issue de leur opération... Surtout quand leur cible est toujours en vie. Ce qui qui complique la vie des opérateurs radio recevant des ordres contradictoires :mrgreen: .
Ca pourrait donner un film palpitant et implacable... à condition de musclée la réalisation et de mieux présenter l'organigramme du régime ou les nombreux protagonistes. A moins d'être un fin connaisseur, on est un peu perdu dans la dizaine de nom de colonels régulièrement balancés. De toute façon, la réalisation est médiocre avec ses décors en studio trop voyant (les murs hauts ; les gros projecteurs qui éclairent uniformément la scène) pour un académisme digne d'un mauvais téléfilm.
Il y a avait pourtant une volonté de rapidité et de concision (aucune scène d'exposition ; moins de 80 minutes) qui n'arrive jamais être transposer en mise en scène. C'est ainsi principalement un film où des militaires franchissent des portes et téléphonent.
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bruce randylan
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by bruce randylan »

La maison du silence (La Voce del silenzio - 1952)

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En Italie, un pickpocket se réfugie dans un monastère en plein centre ville pour échapper à la police. Il s'agit d'une sorte d'hospice où des hommes s'isolent du monde dans le silence pour quelques jours afin de méditer sur leur existence.

Le sujet ne fais pas rêver, mais cette coproduction franco-italienne mérite un coup d'oeil. Au casting, Daniel Gélin, Jean Marais, Franck Villard ou encore Aldo Fabrizi se partagent l'écran dans un film choral où différents flash-backs vont expliquer les raisons de cette retraite spirituelle : sentiment de culpabilité d'un résistant à cause d'actions commises durant la guerre, désillusion amoureuse d'un soldat porté disparu, un écrivain dont les livres sont jugés immoraux ou encore un jeune prêtre doutant de son engagement dans les ordres. D'autre sont présents pour des raisons plus matériels comme un industriel espérant renouveler un contrat sur la vente de ses cierges ; sans parler du voleur.
Même si ce n'est pas profondément subtile ni sophistiqué, l'écriture évite le manichéisme ou le discours moralisateur. Pour certains protagonistes, ces quelques jours d'introspection ne vont rien changer ou n'apporteront pas de réponse tandis que d'autres espèrent toujours que la religion leur apportera un salut. Le ton alterne donc moments légers avec du mélodrame, des questions existentielles et considérations dimensions sociétales parfois très crues.
Il est cependant curieux que les personnages les plus intéressants sur le papier soit les moins présents à l'image, donnant l'avantage au délinquant et à l'industriel, déséquilibrant un peu la répartition. D'où parfois une impression de superficialité et d'inconsistance.
Le sujet et le cadre ont cependant visiblement inspiré Pabst qui développe par certain aspects techniques l’expressionnisme par sa photographie ou des trouvailles visuelles très intéressantes (comme les flash-backs autour de l'écrivain avec décors artificiels ou des tâches sur l'objectif déformant l'image).


Le destructeur (Das Bekenntnis der Ina Kahr - 1954)

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Lors de son procès, une femme accusée d'avoir assassiné son mari refuse se défendre et accepte sa condamnation à mort. Son avocat et son père essaient de comprendre les raisons pour rouvrir le dossier.

Le début fait plutôt illusion positivement avec les mystères et zones d'ombres dans cette affaire criminelle. De plus l'appréhension de l'espace et la photographie avec une très belle palette de gris participent à l'immersion dans ce drame intriguant. Seulement, le récit devient rapidement assommant quand se lance le long flash-back central. La réalisation perd toute saveur tandis que les personnages finissent par agacer. L'amour de l'héroïne pour un homme aussi égoïste qu'infidèle produit l'effet inverse à celui escompté et annule tout envie d'empathie et de compréhension. Le mec la trompe, elle le quitte avant de lui accorder sa confiance une nouvelle fois. Et c'est pas moins de 3 fois le cas, avec en plus le mépris et les humiliations. La dimension auto-destructice de Curd Jürgens comme la candeur de Elisabeth Müller sont trop minces pour justifier ces deux heures académiques et ennuyeuses.


scandale autour d'eva (Skandal um Eva - 1930)

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Une institutrice apprend que son fiancé, un ministre, a un enfant de 4 ans qu'il n'a pour ainsi dire jamais vu. Elle décide d'aller dans la famille adoptive du garçon et l'adopte. Mais voir une femme célibataire avec un enfant choque les mentalités.

Premier film vraiment parlant pour Pabst qui a encore quelques idées originales dans le traitement du son (comme les bruits de pas dans la salle de classe au début). Il ne choisit d'ailleurs pas la facilité avec beaucoup de séquences en extérieur et notamment des séquences musicales en pleine nature.
Le sujet pourrait être un bon gros mélodrame des familles mais le scénario privilégie heureusement la comédie de mœurs en se moquant de la bienséance et l'hypocrisie des donneurs de leçon. La première moitié est plutôt charmante et fraîche entre les rapports de l’héroïne avec sa classe, les quelques chansons et une interprétation malicieuse d'Henny Porten.
Le scénario met du temps à installer ses enjeux mais l'atmosphère tendre et légère fonctionne à merveille. C'est pas totalement le cas de la seconde moitié où l'héroïne fait face à ses collègues et son fiancé qui sont venus avoir des explications sur l'identité de cet enfant. Chaque personne vient à tour de rôle dans l’appartement et au lieux de s'accélérer, le rythme stagne et mouline dans le vide, comme si Pabst avait eu peur que trop d'informations allait perdre le spectateur ou le fatiguer. Le film avait pourtant tout pour prendre la direction d'un vaudeville endiablé en huit clos se déroulant simultanément dans plusieurs pièces. Et au final, on obtient une suite de scènes statiques et répétitives qui peinent à créer une émulsion.
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John Holden
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Re: Georg Wilhelm Pabst (1885-1967)

Post by John Holden »

Je vais toutefois tacher de me programmer rapidement La maison du silence.
Merci une nouvelle fois pour ces retours si précieux de tes séances.