Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by daniel gregg »

Jeremy Fox wrote:
feb wrote:Et on n'a pas le droit de laisser Yvonne seule avec sa peine :mrgreen:
M'enfin là, elle était en train de se demander si elle ne ferait pas un procès à son coiffeur et à son maquilleur :|
:lol:
feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by feb »

Jeremy Fox wrote:
feb wrote:Et on n'a pas le droit de laisser Yvonne seule avec sa peine :mrgreen:
M'enfin là, elle était en train de se demander si elle ne ferait pas un procès à son coiffeur et à son maquilleur :|
J'ai ton adresse toi, ne sois pas inquiet si tu vois un mec débouler devant chez toi... :mrgreen:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

Encore un western que je ne connais pas... a découvrir bien sur. :D
feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by feb »

Jeremy Fox n'est pas encore arrivé à ces années mais ce sont les 2 premiers westerns du mois de juin sur Ciné Géants :

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Le cavalier du crépuscule (Love Me Tender) - Robert D. Webb (1956) / Les rôdeurs de la plaine (Flaming Star) - Don Siegel (1960)

Un avis sur ces 2 films Sherif...ou tu préfères attendre d'arriver en 1956 et 1960 ? :mrgreen:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

feb wrote:Jeremy Fox n'est pas encore arrivé à ces années mais ce sont les 2 premiers westerns du mois de juin sur Ciné Géants :

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Le cavalier du crépuscule (Love Me Tender) - Robert D. Webb (1956) / Les rôdeurs de la plaine (Flaming Star) - Don Siegel (1960)

Un avis sur ces 2 films Sherif...ou tu préfères attendre d'arriver en 1956 et 1960 ? :mrgreen:
Le second est un des très bons films de Don Siegel et j'ai trouvé le premier très sympathique :wink:

Bref, ne pas hésiter à les découvrir tous deux !
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The Raid

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Le Raid (The Raid, 1954) de Hugo Fregonese
PANORAMIC PRODUCTION


Avec Van Heflin, Anne Bancroft, Richard Boone, Lee Marvin, Peter Graves, James Best, Claude Akins
Scénario : Sydney Boehm
Musique : Roy Webb
Photographie : Lucien Ballard (Technicolor 1.37)
Un film produit par Robert L. Jacks & Leonard Goldstein pour la Panoramic Production distribué par la 20th Century Fox


Sortie USA : 04 août 1954

The Raid est le troisième et dernier western américain du cinéaste originaire d’Argentine, Hugo Fregonese. Le suivant, il le tournera dix ans plus tard en Yougoslavie ; ce sera une une coproduction allemano-franco-italo-yougoslave, l’un des films de la franchise Winnetou adaptée des romans de l’écrivain Karl May : Les Cavaliers rouges (Old Shatterhand) avec Lex Barker et Pierre Brice. Autant dire que nous ne serons alors plus du tout dans la même veine que celle de ses westerns des années 50 ; cependant ça ne nous étonne guère de la part d’un réalisateur à la filmographie aussi surprenante et éclectique (y compris qualitativement parlant). D’ailleurs, bien avant ça, les spectateurs américains de 1954 avaient déjà dû se demander si, avec The Raid, Fregonese retrouverait la qualité de Quand les tambours s’arrêteront (Apache Drums) ou s’il allait perpétuer la fadeur de Passage interdit (Untamed Frontier). Ne laissons pas trainer le suspense plus longtemps : The Raid n’est pas loin de se situer au niveau de son premier western, la perfection plastique (due en grande partie à Val Lewton) et l’intensité dramatique en moins. Bref, néanmoins un excellent film de série B qui n’était jamais sorti en France, sa première diffusion dans notre pays ayant eu lieu par l’intermédiaire de l’émission de télévision ‘La dernière séance’ présentée par Eddy Mitchell, produite par Gérard Jourd’hui et Patrick Brion ; émission qui, rappelons le, fut à l’origine pour beaucoup d’entre nous de leur amour pour le cinéma de genre hollywoodien. En tout cas, Patrick Brion nous dit que la diffusion de ce film alors rarissime fut récompensé par un beau succès d'audience.

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"Ceci est une histoire vraie. Elle commence la nuit du 26 Septembre 1864 dans une prison de l'Union à Plattsburgh dans l'État du Vermont, non loin de la frontière canadienne." Un petit groupe d’officier sudiste, commandé par le Major Neal Benton (Van Heflin), s’en évade. Les sept soldats ont pour mission de s’infiltrer à St. Albans, petite bourgade Yankee située juste de l’autre côté de la frontière, pour en préparer la mise à sac. L’objectif à atteindre, délivré lors d’une réunion au sommet par le Colonel Tucker (Paul Cavanagh), est de disperser les troupes nordistes trop concentrés au Sud autour d’un Général Lee aux abois et de piller l’or contenu dans les trois banques de la ville, manne financière qui permettrait d’alimenter les caisses de la cause confédérée. Benton se fait passer pour un homme d’affaire canadien et vient se faire héberger dans une pension où il doit côtoyer quotidiennement un officier nordiste ayant perdu un bras lors des combats, le Capitaine Lionel Foster (Richard Boone). Avant le jour J, afin de conserver l'anonymat (condition sine qua non pour la réussite des opérations), il devra tempérer les ardeurs meurtrières de certains de ses hommes, et notamment du lieutenant Keating (Lee Marvin). Il éprouve désormais quelques scrupules à mener à bien sa mission de dévastation d’autant qu’il s’est pris d’amitié pour les habitants de la ville et est tombé sous le charme de la veuve qui l’héberge, Katie Bishop (Anne Bancroft) et de son tout jeune fills (Tommy Rettig). Il n'en rêve pas moins dans le même temps de se venger des destructions par les Tuniques Bleues de Savannah et Chatanooga où sa famille s’était faite décimer…

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L’histoire signée Sydney Boehm est donc tirée d’un fait historique réel s’étant déroulé à la fin de la Guerre de Sécession, au moment où la Confédération commençait dangereusement à perdre du terrain, acculée par l’armée américaine et à court d’argent pour poursuivre décemment le combat. Un petit groupe de soldats évadés d’une prison canadienne avait donc été envoyé en mission pour incendier une ville du Vermont, s’emparer de tout l’or de ses banques afin de le reverser dans les caisses de l’armée du Général Lee. Très confiant dans le succès de ces pillages prémédités, ils comptaient même ensuite faire de même dans toutes les autres bourgades alentour. Dans la réalité, seul St. Albans en aura fait les frais sans même que cette attaque n'ait quasiment occasionné de mort ni même d’habitations détruites (même si ce fut planifié ainsi) alors que le western de Fregonese se termine par une mise à sac de la ville à l'aide de bouteilles de nitroglycérine occasionnant l’incendie des principaux bâtiments. Il n'y eut pas non plus comme dans le film de troupe unioniste venue se reposer le temps de quelques journées alors que les espions sudistes étaient prêt à mettre en marche leur attaque. Même si les auteurs ont refusé presque tout spectaculaire, le dernier quart d’heure l’est bel et bien, mais avec les moyens du bord qui semblent ici avoir été très modestes. Si le dépouillement sied bien avec l’atmosphère créée par le cinéaste et son scénariste, il est évident qu’ils n’ont de toute manière pas eu le choix, le film ayant été tourné pour une toute petite compagnie, la mal nommée Panoramic Production, The Raid ayant été filmé en format carré alors même que le Cinémascope commençait à fleurir un peu partout ; deuxième paradoxe, le studio distributeur du film, la 20th Century Fox, était justement à l’origine du nouveau format panoramique.

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Petite production pour un film assez classique d’aspect voire même quasi théâtral tellement certains décors paraissent nus (celui du hall de la gare par exemple). Ce qui ne nuit en rien à sa vision car, comme je le disais juste avant, les auteurs ont avant tout insisté sur l’écriture, l’aspect visuel passant ici au second plan à l’inverse du premier western de son auteur, Apache Drums. Beaucoup parlent d'originalité à propos de l'intrigue de The Raid déjà par le fait de nous montrer des 'héros' sudistes ; c'est assez mal connaître l'histoire du genre comme le précise Bertrand Tavernier lors de sa présentation du film, critiquant avec un peu de condescendance 'les internautes incultes' (sic !) ; seulement, avec tout le respect que je lui dois et avec toute l'admiration que je lui porte, quand la seconde d'après il affirme quasiment le contraire, à savoir que le cinéma hollywoodien (et plus précisément le western) a été majoritairement pro-sudiste, me semble tout aussi (voire même plus) grossièrement exagéré. A mon humble avis, la balance est assez équilibrée à ce sujet, Fort Bravo étant sorti peu de temps avant pour contredire les premiers alors que d'un autre côté tout un pan du western militaire avait fait des 'soldats bleus' ses héros. Qu'il y ait eu de détestables Carpetbaggers dans une multitude de westerns ne change rien à l'affaire ; des profiteurs de guerre, il y en eut dans tous les conflits et à l'intérieur de tous les camps ; les unionistes ayant été vainqueurs, il s'avère logique que les profiteurs soient venus du Nord. Repensez à Thunder over the Plains (la Trahison du Capitaine Porter) de André de Toth : que Randolph Scott, commandant d'une garnison de tuniques bleues, prenne partie pour ceux qui luttaient contre ces profiteurs n'en faisait pas moins un honorable héros ne reniant pas ses convictions pour autant. Les auteurs sont souvent lucides quant à la situation de l'après-guerre et les conséquences fâcheuses pour les perdants (il y eut toute cette vague de western mettant en scène les hors la loi célèbres, la plupart étant passés du mauvais côté de la barrière pour au départ lutter contre les injustices amenées suite à la défaite des états confédérés) mais ce n'est pas pour autant qu'ils récusent la cause et les convictions du Nord.

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Bref, à mon avis, rien à l'époque de 'politiquement incorrect' ni de très courageux à faire des confédérés les personnages principaux d'un western d'autant plus que Sydney Boehm refuse tout manichéisme et que le personnage le plus haïssable porte justement l'uniforme gris. Il s'agit de celui joué par un étonnant Lee Marvin, le Lieutenant Keating, un va-t-en guerre qui ne pense en arrivant en ville qu'au tas de cendres que représenteront bientôt tout ces beaux bâtiments, qu'aux civils qu'il va pouvoir s'amuser à tuer. Un véritable sociopathe qui met constamment en danger la mission et qui par ce fait est pour une grande part à l'origine de la montée de la tension et du suspense tout au long du film, Van Heflin ayant constamment à le surveiller afin qu'il ne dévoile pas inopportunément leurs véritables identités aux habitants de la ville. La séquence dans l'église au cours de laquelle Lee Marvin, éméché, se prend la tête entre les mains avant de péter un plomb doit tout au comédien qui prouvait une fois encore qu'il était au cinéma, l'un des 'Bad Guy' les plus inquiétants de l'époque. A l'inverse, c'est Richard Boone qui se voit octroyer le protagoniste le plus attachant du film, celui d'un célèbre officier nordiste, un vétéran mis sur la touche après avoir perdu son bras. D'autant plus attachant (et à partir de maintenant, ceux que les spoilers dérangent devraient directement passer au paragraphe suivant) qu'on nous le présentait de prime abord comme un homme acerbe et peu sympathique, prônant la destruction pure et simple des ennemis. On se rendra compte qu'en fait de héros de la guerre, il avait cherché lui même à se blesser (sans nécessairement vouloir devenir manchot) afin de fuir le front et ses combats meurtriers. Son sacrifice final lui fera retrouver le respect et la dignité qu'il pensait avoir perdu et l'on peut dire que c'est le seul personnage qui sortira véritablement grandi de cette histoire.

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Car , si l'on pensait que l'officier sudiste joué par Van Heflin allait pouvoir trouver une échappatoire non violente à sa mission après être tombé sous le charme d'une veuve 'ennemie' et s'être pris d'affection pour le fils de cette dernière, il n'en sera rien : même s'il est troublé par les conséquences de ses actions à venir, les scrupules qu'il pouvait avoir seront balayés d'un revers de main dès lors que l'opération aura été mise en branle. Alors que le doute et les hésitations s'étaient emparés de sa conscience, alors que cette dernière entamait une âpre lutte entre ses sentiments et son devoir, il finira par choisir tout en ayant pleinement conscience de ce qu’il perd en suivant la voie du patriotisme ; son dernier regard attristé sur la ville qu’il quitte en 'tortionnaire' nous fait penser que l'autre alternative délaissée (la vie de famille) va le hanter un bon bout de temps. Une fin assez amère à l’image de ce film empreint dune belle dignité qui en définitive nous montre sous un jour inhabituel les absurdités d’une guerre civile ; pas nécessairement l’horreur physique mais également l’horreur morale ; comment un même peuple peut-il se déchirer de la sorte, peut concevoir une telle haine pour son voisin alors que peu de choses les séparent finalement …

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Van Heflin interprète ce rôle pas facile avec justesse et sobriété, touchant même dans ses relations avec le jeune Tommy Rettig (Rivière sans retour). On peut d’ailleurs ici louer les choix de l’acteur, l’un des rares avec Alan Ladd qui, dans le domaine du western, aura quasiment fait un parcours sans faute. Ils s’étaient d’ailleurs tous deux retrouvés dans Shane de George Stevens mais avant ça, Van Heflin nous avait déjà fait forte impression dans le Tomahawk de George Sherman après avoir fait une petite apparition dans La Piste de Santa Fe de Michael Curtiz. A ses côtés, son bras droit interprété par un jeune Peter Graves, futur héros de la série ‘Mission impossible’, une Anne Bancroft peu reconnaissable dont on regrette que Sydney Boehm n’ait pas pris plus de temps pour enrichir son personnage qui, malgré son importance au sein de l’intrigue, manque un peu d’épaisseur, un Lee Marvin qui dévore l’écran dès qu’il est devant la caméra et enfin un Richard Boone qui obtient ici peut-être le rôle le plus intéressant du film. Beau casting pour une histoire très bien écrite par un ancien journaliste qui aura surtout été célébré dans le domaine du film noir pour entre autres des petites pépites du genre telles La Rue de la mort (Side Street) d’Anthony Mann, Le Mystère de la plage perdue (Mystery Street) de John Sturges, Midi gare centrale (Union Station) de Rudolph Maté, Règlements de compte (The Big Heat) de Fritz Lang ou encore Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday) de Richard Fleischer l’année suivant The Raid. D’ailleurs dans ces deux derniers films, Sydney Boehm s’amusera à planter son action dans le décor d’une petite ville tranquille où la violence va finir par exploser. Ici, une bourgade qui vit au rythme des évènements de la lointaine guerre civile, les nouvelles du front étant annoncées quotidiennement par la cloche de l’église invitant les citoyens à venir lire les dernières dépêches, l’avancée du Général Sherman et sa destruction des places fortes confédérées.

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Une progression dramatique implacable, la tension ne cessant de croître au fur et à mesure de l’avancée du film. Sachant la date fixée par les Sudistes pour le saccage de la ville, chaque journée débutant par l’affichage du nouveau jour, nous savons que l’échéance est proche et même si nous ne souhaitons pas l’éclatement de la violence, nous avons dans le même temps envie que les plans de Van Heflin réussissent ! Quant nous assistons à l’arrivée inopinée d’une patrouille yankee en ville le jour même choisi par les ennemis pour lancer les opérations, nous sommes aussi dépités que ces derniers. Une belle preuve de la grande qualité d’un scénario qui ne laisse rien au hasard. Dommage qu’il lui manque juste un peu d’âme, qu’il soit un peu trop froid et sec et que la psychologie des personnages n'ait pas été encore plus riche ; auquel cas contraire nous aurions pu nous approcher du chef-d’œuvre. En l’état, il s’agit déjà d’une très belle réussite que ce huis-clos urbain incisif et assez dense qui ne tombe quasiment jamais dans la facilité du pathos, du sentimentalisme ou du manichéisme, décrivant les deux camps avec nuance et les protagonistes avec intelligence, renforçant ainsi la crédibilité des situations. Sydney Boehm flirte également avec la romance sans jamais s’y complaire, les deux ‘amoureux’ n’ayant même pas l’occasion d’échanger un baiser.

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La mise en scène est à l’image de l’intrigue et sert parfaitement son propos : sobre, dépouillée, discrète et refusant tout spectaculaire. La caméra est constamment à hauteur d’hommes, la virtuosité que l’on pouvait trouver dans Apache Drums, la recherche plastique qui était la principale qualité de l’ennuyeux Untamed Frontier, étant expressément absentes de The Raid sans que ça ne soit gênant, étant avant tout un western où l’accent a été mis sur l’écriture et l’interprétation. De bons dialogues, une efficace partition signée Roy Webb viennent renforcer la qualité d'un film efficacement découpé et dont le message très noble est de nous montrer les conséquences sur le plan humain d'une guerre civile fratricide qui déchire deux camps dont les membres n'ont finalement qu'assez peu de divergences.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Après la Lance brisée, avant de poursuivre l'année 1954, je reviendrais sur les années précédentes grâce à la nouvelle fournée Sidonis. Il y aura donc Frenchie de Louis King, Hellgate de Charles Marquis warren et enfin Wings of the Hawk de Budd Boetticher.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Père Jules »

Chouette film que The Raid. Nettement au-dessus du médiocre Passage interdit, je trouve qu'il ne souffre pas trop la comparaison avec l'encensé Apache Drums qui souffre je trouve de quelques moments creux. Et puis Van Heflin, quel acteur ! Le mec sait tout jouer.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Père Jules wrote:Chouette film que The Raid. Nettement au-dessus du médiocre Passage interdit, je trouve qu'il ne souffre pas trop la comparaison avec l'encensé Apache Drums qui souffre je trouve de quelques moments creux. Et puis Van Heflin, quel acteur ! Le mec sait tout jouer.
Voilà ; bien résumé ! :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Père Jules »

Voilà ce que c'est de ne pas se relire ; il y a deux fois "je trouve" et "souffre" dans la même phrase.
J'en profite pour ajouter que la présence de Lee Marvin au générique d'un film est le plus souvent gage de qualité.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

Père Jules wrote:Chouette film que The Raid. Nettement au-dessus du médiocre Passage interdit, je trouve qu'il ne souffre pas trop la comparaison avec l'encensé Apache Drums qui souffre je trouve de quelques moments creux. Et puis Van Heflin, quel acteur ! Le mec sait tout jouer.

On est tout à fait d'accord, The Raid est une excellente réussite, sans problème au niveau d'Apache Drums, et dominant nettement le faiblard Passage Interdit. Et Van Heflin est l’assurance tout risque du cinéma, je ne l'ai jamais vu faible dans quelque rôle que ce soit, même dans des films qui ne me plaisent pas trop. Comme dans l'ensemble, il a plutôt fait les bons choix, il est le gage d'un excellent moment de cinéma.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Alphonse Tram »

Bien résumé. Je préfère justement The raid pour la qualité de son scénario, avec des acteurs et une réalisation à la hauteur. Pour moi c'est la cohésion de l'ensemble qui fait la différence.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

Encore un film qui a l'air bien intéresant.

Et une chronique bien alléchante de Jeremy de plus. Quel parcours ! :D
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monk
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by monk »

Ha ! The raid...wishlisté depuis des lustres, je crois qu'après ça je vais le faire remonter dans les priorités ! Surtout que si Apache drums m'avait laissé une sensation de "moyen +"après le visionnage, il est passé à un bon gros "bien" en vieillissant !
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Jeremy Fox
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Broken Lance

Post by Jeremy Fox »

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La Lance brisée (Broken Lance, 1954) de Edward Dmytryk
20TH CENTURY FOX


Avec Spencer Tracy, Richard Widmark, Robert Wagner, Katy Jurado, Hugh O'Brian, Jean Peters, Earl Holliman
Scénario : Richard Murphy
Musique : Leigh Harline
Photographie : Joseph MacDonald (Technicolor 2.55)
Un film produit par Sol C. Siegel pour la 20th Century Fox


Sortie USA : 25 septembre 1954

Après 15 années derrière la caméra et une vingtaine de longs métrages à son actif, Edward Dmytryk réalise avec La Lance brisée son premier western. Un cinéaste dont l’évolution de carrière demeure assez étrange (et je ne parle pas ici –ou très rapidement pour m’en débarrasser- de son adhésion au parti communiste, de sa mise à l’index par la Commission des Activités Anti-américaines, de son exil en Angleterre ni de ses dénonciations après avoir fait partie de la 'liste des dix' ; comme pour Elia Kazan, il y a désormais prescription et ces 'frasques' extra-cinématographiques ne devraient pas nous concerner lorsque l’on parle de leurs œuvres). Artistiquement parlant donc (après une bonne dizaine de films totalement inconnus), révélé en 1944 par Adieu ma belle (Murder my Sweet), film noir d’un baroquisme plastique assez délirant, on aurait pu croire que le cinéaste allait devenir un des grands formalistes hollywoodiens ; ce qui ne sera en définitive pas du tout le cas, beaucoup de ses films suivants sombrant souvent au contraire dans un académisme un peu pesant et ennuyeux. Il sera la plupart du temps, comme d’ailleurs dans le film qui nous concerne, un bon technicien et le faire-valoir de brillants interprètes (ici, non moins que Spencer Tracy, Jean Peters, Katy Jurado, Robert Wagner et Richard Widmark) mais pas un grand metteur en scène. Ce qui a pour résultat une filmographie pas forcément désagréable mais dont la plupart des titres ont du mal à nous passionner plus avant. Ses œuvres, souvent ambitieuses au départ, manquent pour une grande majorité d’ampleur, de rythme et plus globalement … de vie et de passion. La Lance brisée en est un parfait exemple et représente assez bien le cinéma de Dmytryk avec ses qualités et ses défauts.

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Après avoir purgé trois années de prison, le jeune Joe Devereaux (Robert Wagner) est libéré. Avant de faire quoique ce soit, on l’oblige à aller rencontrer ses trois frères, Ben (Richard Widmark), Mike (Hugh O'Brian) et Denny (Earl Holliman) ; ces derniers lui proposent une grosse somme d’argent à condition qu’il quitte la région. Ils ne souhaitent effectivement pas que Joe se mêle des affaires familiales qu’ils se sont mis à gérer à la mort de leur père et préfèrent ‘l’expatrier’. Joe refuse en jetant la liasse de billets dans un crachoir. Le voici chevauchant au sein d’immenses plaines jusqu’à un ranch à l’abandon. Là, sur un mur, un tableau intimidant d’un patriarche qui n’est autre que son père. C’est le début d’un long Flash Back qui va peut-être nous renseigner sur les raisons de l’emprisonnement de Joe ainsi que sur celles de la mort du chef de famille... Riche éleveur de bétail, Matt Devereaux (Spencer Tracy), un veuf tyrannique, dirige son ranch en Arizona avec une poigne de fer. Rude avec ses hommes, impitoyable avec ses trois fils avec qui il entretient des rapports tumultueux, il s'avère au contraire un mari affectueux envers sa seconde épouse (Katy Jurado), la fille d’un chef Comanche, et un père attentif pour son quatrième rejeton, leur fils Joe. Ce dernier est amoureux de Barbara (Jean Peters), la fille du gouverneur ; ce dernier, meilleur ami de Matt, voit pourtant cette idylle d’un mauvais œil sachant Joe métis. Cette amitié branlante et ces tensions familiales sont provisoirement laissées de côté le jour où les déchets d’une mine de cuivre viennent à polluer la rivière où les troupeaux des Devereaux s’abreuvent, décimant quelques bêtes. Une expédition punitive est dirigée contre la mine et ses travailleurs…

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On le sent au résumé de l’intrigue ; les ambitions de départ étaient très fortes, le scénario cherchant à brasser drame familial, portraits psychologiques, réflexions sur l’écologie et le racisme, tableau d’un début de siècle qui voit se profiler de grands changements dus à la révolution industrielle, les tyranniques Cattle Baron n’ayant plus vraiment lieu d’être... Malheureusement chaque piste intéressante sur quelque sujet que ce soit est vite abandonnée sans que le scénariste ait pris le temps de l’approfondir ; le mélange de tous ces thèmes au sein d’un script manquant de rigueur rend l’ensemble moyennement harmonieux et pas franchement captivant. Si les auteurs avaient eu l’intention de peindre une ample fresque familiale il aurait fallu accorder au film une durée bien plus longue que ces courtes 95 minutes au cours desquelles nous n’avons pas vraiment le temps de nous habituer aux personnages, de nous attacher à l’histoire. Un western trop succinct au vu de ses prétentions et qui se révèle finalement manquer de souffle, de rythme et de passion là où tous ces éléments étaient attendus. Car La Lance brisée marche sur les traces d’autres "mélodrames westerniens familiaux" tels Duel au soleil de King Vidor ou The Furies d’Anthony Mann sans l’intensité dramatique de ces derniers par faute d’un scénario déséquilibré et bavard ainsi que d’une mise en scène bien paresseuse. Il se rapprocherait donc plutôt de Sea of Grass (Le Maître de la prairie) d’Elia Kazan (avec déjà Spencer Tracy interprétant un personnage similaire aux côtés de Katharine Hepburn) ou de Passage interdit (Untamed Frontier) de Hugo Fregonese, en néanmoins un peu plus séduisant que ces deux films dans l’ensemble bien ratés.

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Broken Lance est un remake à peine déguisé de La Maison des étrangers (House of Strangers) de Joseph Mankiewicz qui, comme le roman de Joseph Weidman, se déroulait à l’époque contemporaine de son tournage dans le milieu bancaire. Cinq ans plus tard, Richard Murphy (puisque Philip Yordan n’aurait été qu’un prête-nom sur les deux films, chasse aux sorcières oblige) reprend l’argument principal du Mankiewicz, à savoir la sortie de prison d’un homme ayant purgé une peine à la place de son père et sa difficile réinsertion auprès des autres membres de sa famille qu’il estime s’être désolidarisé de lui alors qu’entre temps son père est décédé, pour le transposer au début du siècle dans des décors de western. Après une brillante mise en place, le film se lance dans un flash-back de près d’une heure permettant de connaître les raisons de la situation de départ : pourquoi Joe a-t-il été emprisonné ? Pourquoi ses relations avec ses frères sont-elles aussi tendues ? Pourquoi des indiens viennent-ils l’accueillir aux portes du ranch familial désormais vide de ses habitants ? Puissante séquence que celle qui démarre ce retour arrière, à la limite du fantastique avec cette vision du ranch qu’on dirait hanté, ce tableau imposant du patriarche, le vent s’engouffrant dans ces pièces vides et abandonnées… La mélancolique photographie de Joe MacDonald et la superbe partition de Leigh Harline (pleine de panache et de souffle dans la mouvance d’Alfred Newman, le compositeur numéro 1 de la 20th Century Fox) renforcent cette atmosphère loin d’être inintéressante et même assez prenante. La suite le sera malheureusement un peu moins faute donc à une histoire moyennement bien construite partant dans de nombreuses directions sans jamais vraiment les creuser ni pleinement nous satisfaire.

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Le film nous parle du déclin inexorable d’une famille de ranchers suite au virage opéré en ce début du 20ème siècle, l’industrie allant doucement remplacer l’élevage en Arizona, les méthodes de ‘management’ allant devoir s’assouplir pour que la tyrannie cesse de régner au sein de certains domaines. Il aborde rapidement les problèmes de pollution qui découlent des avancées technologiques (ici, la pollution de l’eau due à l’extraction d’un minerai) et effleure celui d’un racisme toujours prégnant alors que les guerres indiennes sont désormais terminées depuis une dizaine d’années. Il nous octroie quelques portraits de personnages assez denses, psychologiquement intéressants, notamment celui qu’interprète Richard Widmark, le même que les scénaristes, à court d’idées, transforment en ‘Bad Guy’ à la toute fin du film dans le probable but de donner au spectateur au moins une séquence d’action qui malheureusement n’avait rien à faire là. Ben, grâce aussi à l’immense talent du comédien, est probablement le protagoniste le plus attachant du film ; un homme qui s’est toujours senti rejeté par un père que de son côté il vénérait. Au moment où on le découvre pour la première fois, son amour filial s’est transformé en profonde rancœur ; ce qui sera à l’origine de séquences à la fois tendues et touchantes entre le père et le fils dont la dernière qui les rassemble dans le ranch et où Ben balance toute son amertume à la tête d’un Matt affaibli. La scène la plus puissante du film confrontant deux acteurs extraordinaires, Richard Widmark et Spencer Tracy ; dommage que ce dernier se soit parfois encore cru dans une comédie de George Cukor (notamment dans la longue séquence du procès), ce qui déstabilise encore plus le film. Les deux acteurs portent néanmoins La Lance brisée sur leurs larges épaules et suffisent à rendre le film tout à fait regardable.

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Car sinon, pourquoi avoir choisi une fratrie composée de quatre membres alors que les personnages joués par Earl Holliman et Hugh O’Brian sont totalement sacrifiés par le scénariste, ne servant absolument à rien au sein de l’intrigue ? Pourquoi une aussi bonne actrice que Jean Peters se voit-elle attribuer un personnage aussi intéressant mais à ce point sous-exploité ? Idem pour Katy Jurado qui, bien que touchante, n’a pas la place qu’elle aurait mérité. Quant à Robert Wagner, on lui a surement collé l’étiquette d’acteur fade par le seul fait d’être un beau gosse (c'est monnaie courante ; jalousie ?) car il s’avère loin d’être mauvais même si manquant un peu de charisme. Mais, pour en revenir au personnage archétypal de l’intransigeant Cattle Baron superbement joué par Spencer Tracy (même s'il se laisse aller à 'surjouer' à deux ou trois reprises), il faut dire que son écriture est en revanche vraiment riche. A la fois haïssable et touchant, Matt Devereaux est le second protagoniste intéressant (car complexe) de ce film. Il est le représentant d’un monde finissant à l’orée du 20ème siècle, d’une caste tendant à disparaitre, celle des riches propriétaires tenant une région sous leur coupe et se croyant au dessus de lois par le fait de tirer les ficelles de tous les membres de l’administration locale qui n'osent pas lui opposer quelconque résistance. Un homme ambigu et très critiquable par certains de ses comportements, capable d’accès de violence incontrôlables tout en étant doux et aimant avec son épouse indienne qu’il protège du racisme ambiant, donnant le bon exemple des relations amicales qu’il faut désormais entretenir avec la nation indienne. D’ailleurs, la plupart de ses hommes sont issus de la tribu de sa femme (un élément assez original du scénario). Incapable de comprendre ni même d’écouter ses fils issus d’un premier mariage, il est au contraire prêt à tout accepter du fils de sa seconde épouse ; ce qui provoque des jalousies et de violentes confrontations entre les demi-frères.

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Si l’ensemble manque de rigueur, on trouve au cours du film de superbes séquences qui en font malgré tout un western tout à fait honorable : celle pleine de piquant (c’est le cas de le dire même au sens propre) du repas entre tous les membres de la famille Devereaux et celle du gouverneur ; le bannissement des trois fils ; l’arrivée des hommes de main (indiens) aux abords de la cité minière ; la scène d'affrontement entre Spencer Tracy et le gouverneur à propos de l’incapacité de ce dernier à faire fi de la race de celui qui aurait voulu devenir son futur gendre et au cours de laquelle Matt est dépité de voir qu’une si forte amitié puisse se briser pour cette raison ; le face à face déjà cité, d’une grande intensité, au cours duquel Widmark opère le clash définitif d’avec son père pourtant diminué et incapable de pouvoir se défendre… Et puis, même si la mise en scène s’avère assez quelconque, il faut louer la science du cadrage et la superbe utilisation du cinémascope que ce soit en extérieurs (les paysages ressemblent souvent à des tableaux) ou en intérieurs avec de superbes placements de personnages à l’intérieur du large rectangle. Grâce donc surtout à de magnifiques images et à une très bonne interprétation d'ensemble, ce western aux résonances humanistes et sociales reste tout à fait honorable quoique bien trop sage. On aurait aimé que ce regard lucide et un peu mélancolique sur les évolutions historiques et les changements de l’époque (non pas seulement industriels mais aussi dans les mentalités) ait accouché d’un film plus ample et passionnant, que ces thèmes n’aient été abordées qu’en filigrane. On se contentera de ces multiples pistes lancées mais peu creusées. Pour amateurs surtout de drames familiaux, les westernophiles pouvant se sentir un peu lésés. C'est surtout qu'au vu des intentions, on pouvait prétendre à tout autre chose de bien plus puissant. Une fois cela dit, le film est loin d'être déplaisant.