Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

daniel gregg wrote:Je viens de redécouvrir le prochain film de ton parcours et quel film ! :D
Curieux de le revoir car le moins qu'on puisse dire est que c'est peut-être son western le moins bien considéré. Content d'en revenir à Delmer daves ; ça faisait un moment :)
daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by daniel gregg »

Jeremy Fox wrote:
daniel gregg wrote:Je viens de redécouvrir le prochain film de ton parcours et quel film ! :D
Curieux de le revoir car le moins qu'on puisse dire est que c'est peut-être son western le moins bien considéré. Content d'en revenir à Delmer daves ; ça faisait un moment :)
Moyen + alors, non ?
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

daniel gregg wrote:
Jeremy Fox wrote:
Curieux de le revoir car le moins qu'on puisse dire est que c'est peut-être son western le moins bien considéré. Content d'en revenir à Delmer daves ; ça faisait un moment :)
Moyen + alors, non ?
6.5, ça reste très bien dans mon barême.
Sans aucun doute un bon film mais le moins satisfaisant de ses westerns je trouve : il lui manque les deux éléments qui caractérisent habituellement le plus l'un de mes trois cinéastes préférés : la sensibilité et le lyrisme. Et puis, le scénario manque un peu de rigueur et la jeune première est bien fade ; Daves n'avait pas encore trouvé son actrice de prédilection, Felicia Farr. Bref, superbement réalisé mais manque d'ampleur et d'émotion. Une semi-déception donc mais un western que je conseillerais quand même ; Daves est quand même pour moi l'équivalent de Dwan pour toi :wink:
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Jeremy Fox
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Drum Beat

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L'Aigle solitaire (Drum Beat, 1954) de Delmer Daves
WARNER


Avec Alan Ladd, Charles Bronson, Rodolfo Acosta, Audrey Dalton, Marisa Pavan, Robert Keith, Anthony Caruso, Elisha Cook Jr
Scénario : Delmer Daves
Musique : Victor Young
Photographie : J. Peverell Marley (Warnercolor 2.55)
Un film produit par Delmer Daves & Alan Ladd pour la Warner


Sortie USA : 10 novembre 1954


Delmer Daves n’était pas revenu au western depuis le formidable succès de sa première et encore unique tentative dans le genre, le très beau La Flèche brisée (Broken Arrow) en ce tout début de décennie. C’est lui qui avec ce film avait réellement lancé la vague du western pro-indien (plus qu’Anthony Mann et son pourtant sublime Devil’s Doorway – La Porte du diable qui était malheureusement passé totalement inaperçu, phagocyté par le triomphe du film de Daves) ; pour son retour à ce qui restera son genre de prédilection (avant sa dernière partie de carrière consacrée au mélodrame, il ne réalisera plus pendant cinq ans que des westerns ; et quels westerns !), il choisit à nouveau un thème semblable qu’il écrit et scénarise lui-même. Comme si ça ne suffisait pas, il le produit en collaboration avec Alan Ladd pour la nouvelle compagnie créée par ce dernier, Jaguar Production. On ne peut donc pas dire que ce ne soit pas un film personnel, aucun producteur n’ayant pu interférer dans les intentions premières du réalisateur ; Daves le considérait d’ailleurs comme son film le plus authentique. Et bien paradoxalement, lorsque l’on adore autant que moi ce cinéaste, Drum Beat a de grandes chances de décevoir, Daves ne répondant pas suffisamment ce coup-ci à nos attentes au vu de ce qu’il avait déjà été capable de faire jusqu’à présent et (si on s’avance un peu dans le temps) en comparaison de ses films suivants. Daves, en général plus à son aise dans la ‘chronique’ que dans l’historique, rate ici paradoxalement toutes les digressions s’éloignant des faits réels narrés ; mais son Drum Beat, quoique bancal, n’en demeure pas moins dans l’ensemble une honorable et intéressante réussite.


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1872, le chasseur d’indiens Johnny Mackay (Alan Ladd) est convoqué à la Maison Blanche par le Président Ulysses S. Grant (Hayden Rorke). Ce dernier a entendu parler du climat de violence qui règne à la frontière de la Californie et de l’Oregon. Les pionniers sont en effet attaqués sans discontinuer par le leader des renégats de la tribu des Modocs, Captain Jack (Charles Bronson). Connaissant sa grande connaissance du terrain et des indiens, Grant donne à Johnny pour mission d’aller négocier la paix et , pour se faire, tenter de convaincre le chef des rebelles Modocs de réintégrer la réserve d’où il s’est enfui. Sur le chemin du retour, Johnny escorte Nancy (Audrey Dalton), la nièce d’un colonel à la retraite qu’elle vient rejoindre dans l’Ouest. Leur diligence est attaquée, l’amie du conducteur tué. Peu de temps après, ils découvrent la famille de Nancy massacrée. Ils se rendent à Fort Klamath où Toby (Marisa Pavan) et son frère Manok (Anthony Caruso) apprennent aux soldats que la majorité des membres de leur tribu, les Modocs, souhaitent la paix et qu’ils se désolidarisent de Captain Jack. A Lost River, Johnny rencontre ce dernier qui ne veut rien entendre aux propositions du nouveau ‘pacificateur’, estimant qu’il n’a pas à lâcher un quelconque hectare des terres de ses ancêtres. La tension monte d’un cran lorsqu’un des hommes du Captain Jack est tué de sang froid par le conducteur de diligence qui, depuis la mort violente de son amie, ne pensait qu’à se venger. Les raids sanglants contre les pionniers reprennent de plus belle ; la diplomatie ayant échoué, il va falloir employer les grands moyens et aller déloger de force les indiens récalcitrants...


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De la part d’un cinéaste dont la sensibilité imprégnait tous les différents genres qu’il avait jusque là abordé (le film de guerre avec Destination Tokyo, la comédie musicale avec Hollywood Canteen, le drame avec La Maison rouge, le film noir avec Les Passagers de la nuit…), L’Aigle solitaire s’avère donc un peu décevant. Il lui manque en effet les principaux éléments qui faisaient de ses meilleurs films des merveilles d’émotivité : la sensibilité, l’attention extrême portée aux personnages, le lyrisme, la douceur de ton… Dommage que l’authenticité recherchée se soit faite au détriment de ce pour quoi le réalisateur s’était fait jusqu’à présent très justement remarquer. Proche de La Flèche brisée par son intrigue, Drum Beat reprend l’histoire d’un homme que l’on envoie faire signer un traité de paix aux indiens afin de pacifier des régions infectées par la haine et les massacres de part et d’autre, les indiens ne voulant pas que l’on s’installe sur leur territoire, les pionniers étant maintenant implantés depuis une vingtaine d’années et s’estimant eux aussi désormais propriétaires de leurs lopins de terre. Mais si Thomas Jeffords avait à faire au raisonnable Cochise, le chef des Apaches Chiricahuas, Johnny Mackay devra déployer des trésors de diplomatie face à l’intraitable Captain Jack de la tribu des Modocs superbement campé par un Charles Bronson charismatique à souhait : un guerrier présomptueux et inconséquent, d’autant plus dangereux qu’il est facilement influençable par d’autres chefs de clans encore plus cruels que lui. Au sein des guerres indiennes, on a souvent abordé l’histoire des Sioux, Apaches ou Cheyennes mais assez peu les conflits qui eurent lieu entre américains et autres peuplades indiennes. Drum Beat s’inspire d’un fait historique réel, celui communément appelé ‘La Guerre des Modoc’ s’étant déroulée entre 1872 et 1873 et qui causa pour l’unique fois la mort d’un Général américain qui aura cette répartie durant le film "Sometimes it is as necessary to take risks to win peace as it is in war to win victories."


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Rapide topo historique pour ceux que les guerres indiennes intéressent. Les Modocs, petite tribu du Nord de la Californie, ayant du mal à vivre en bonne entente avec les pionniers qui vinrent s’installer dans la région de ‘Lost River’, durent céder leurs terres aux États-Unis en 1864 puis s’exiler dans une réserve en Oregon où avait déjà été déplacée la tribu des Klamath. Or, les deux tribus se détestaient cordialement. Certains Modocs ne supportant pas de vivre aux côtés de leurs ex-ennemis, un groupe d’une cinquantaine d’hommes sous le commandement de Kintpuash (plus connu sous l’appellation de Captain Jack pour son amour des uniformes) retourna vivre sur ses terres d’origine, quittant la réserve sans violence ni affrontements. Bientôt un autre groupe mené par Hooker Jim fit de même mais commettant au passage quelques exactions contre les colons avant de rejoindre Captain Jack. Refusant de retourner s’installer dans la réserve qu’ils avaient quittés, l’armée fut réquisitionnée afin de reconduire les indiens récalcitrants ; c’est ainsi que fut déclenchée la ‘Modoc War’ le 28 novembre 1872, des membres de chaque camp ayant été tués à cette occasion. Captain Jack et ses hommes vont s’installer sur une position quasi-imprenable, un immense rocher d’origine volcanique que l’on appela ‘la forteresse de Jack’ situé dans les Lava Beds à la frontière de la Californie et de l’Oregon. Le 16 janvier 1873, 400 tuniques bleues voulurent prendre d’assaut la forteresse sans autre résultats que 16 morts et 44 blessés, les indiens n’ayant eu à subir aucune perte. Des négociations de paix furent engagées au cours desquelles le chef indien assassina le 11 avril le Général Canby. Ce ‘meurtre’ commis sous la bannière du drapeau blanc scandalisa l’opinion publique. Les forces armées se réunirent pour se venger mais il leur fallu encore quelques mois avant que les Modocs ne capitulent ou soient capturés. Passé devant une cour martiale, Captain Jack fut pendu le 03 octobre 1873 à Fort Klamath ; ses hommes furent envoyés dans une réserve de l’Oklahoma.


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Malgré quelques libertés prises par rapport aux dates et à la réalité historique, les faits ont été semble-t-il assez bien décrits par Delmer Daves qui s’était penché sur le sujet avec attention. Les lieux de l’action ne sont pas les mêmes que ceux du tournage, la façon de se vêtir des Modocs dans le film ressemble plutôt à celle des Apaches mais hormis quelques petits détails de cette nature et quelques omissions, Drum Beat est un des films pro-indiens dont l’authenticité ne peut être remise en cause. Il est d’ailleurs étonnant de lire sous la plume de certains une accusation de racisme à son encontre ; sachant que Delmer Daves a vécu quelques mois dans les camps indiens pour apprendre à connaître leurs coutumes, qu’il écrira l’année suivante le scénario de White Feather, il est totalement inconcevable d’appuyer cet avis. Rappelons d’ailleurs ce que disait le réalisateur à Bertrand Tavernier à propos de Broken Arrow : "J’aime beaucoup Broken Arrow parce que j’ai pu montrer dans cette œuvre l’Indien comme un homme d’honneur et de principes, comme un être humain et non comme une brute sanguinaire. C’était la première fois qu’on le faisait parler comme un homme civilisé parlerait à son peuple, de ses problèmes et de son avenir. L’ONU décerna des louanges considérables à ce film parce qu’il présentait un monde où les gens en conflit se respectaient. L’on trouvait des salauds chez les blancs, mais aussi des types recommandables, de même qu’il y avait des Indiens faméliques mais aussi des hommes en qui l’on pouvait avoir confiance. Une vérité première… A partir de ce moment, Hollywood cessa de peindre les Indiens comme des sauvages." Il n’y avait aucun manichéisme dans ce premier western puisque dans un camp comme dans l’autre, on y trouvait des âmes droites et sincères ainsi que des gens fourbes et belliqueux. Il en va de même pour Drum Beat, Delmer Daves ayant pris un peu plus de risques en dépeignant le chef indien comme un être sanguinaire refusant toute forme de paix, les tentatives de négociations allant être bien difficiles, voire impossible.

President Ulysses S. Grant : “What kind of man is he?”
Johnny MacKay : “Well, some people say he's got a little white blood in him because of his white eye... but I think it's mostly bad blood.”


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D’un autre côté, il nous fait immédiatement comprendre qu’une majorité de la tribu s’oppose au Captain Jack à travers les personnages de Toby et Manok, la sœur étant même tombé amoureuse du négociateur blanc. Bref, le film n’est aucunement anti-indien ; il pose le problème de l’époque : vu que désormais il est devenu inéluctable que deux peuples se trouvent en présence sur les mêmes terres, il s’agit maintenant de cohabiter ou de combattre. Pour que la paix l’emporte, il ne faut plus de va-t-en-guerre de part et d’autre, en l’occurrence pas plus de Captain Jack que de conducteur de diligence haineux (car Delmer Daves n’oublie pas de nous rappeler que du côté des blancs, les préjugés et les rancœurs étaient tenaces : "You see, Doc, out this way, the Bible and brotherly love get all mixed up with injun hate."). Une fois les belligérants mis hors d’état de nuire, la discussion pourra s’installer entre l’État américain et le peuple indien qui, dans sa majorité, souhaite l’arrêt des conflits pour pouvoir enfin vivre en paix même si ça doit se faire au sein de réserves. Tout ceci est intelligemment montré mais le discours se fait parfois un peu appuyé, un peu trop didactique et non dépourvu d’angélisme comme la conclusion dite en voix-off par le narrateur : "And thus ended the killing in the Modoc country, and the peace began amoung our people that lives to this day. A peace that wasn't won by just wanting it, but costs plenty - but left scars. But it showed the country something we had to learn and remember - that among the Indians, as amongst our people, the good in heart outnumber the bad, and they will offer their lives to prove it."


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Si la partie historique est pleinement réussie, tout ce qui tourne autour déçoit et notamment les romances entre Alan Ladd/Marisa Pavan d’une part, Alan Ladd/Audrey Dalton de l’autre. Il faut avouer que l’interprétation n’est pas le point fort du film et, excepté Hayden Rorke qui campe avec talent le Président Grant et Charles Bronson, peut-être le plus convaincant des acteurs blancs dans la peau d’un indien et l’une de ses interprétations les plus mémorables (belle séquence finale entre lui et Alan Ladd), le reste du casting ne fait guère d’étincelles et notamment les actrices qui rendent leurs personnages encore plus ternes qu’ils devaient l’être sur la papier. L’année suivante, Daves allait trouver sa comédienne de prédilection (Felicia Farr) mais en l’occurrence, Audrey Dalton s’avère bien mauvaise comédienne ce qui rend son intrigue sentimentale avec Alan Ladd totalement inintéressante, manquant de passion, l’acteur semblant également un peu fatigué. Un scénario donc dans l'ensemble assez bancal manquant d’une certaine rigueur ; Daves aurait du faire comme Mann l’a fait pour son film La Porte du diable, filer tout droit sans aucune digressions. Ici, il louvoie et en arrive même à nous faire ressentir comme de gros trous au sein de son intrigue par ailleurs pas spécialement bien rythmée.


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Delmer Daves rachète le manque d’ampleur et de fermeté de son scénario par une mise en scène magnifique soutenue par une belle partition lyrique de Victor Young (qui ne se loupe par envahissement incongru que lors de la scène de bagarre entre Ladd et Bronson dans le lit d’une rivière) et par la splendide photographie de J. Peverell Marley (mais alors pourquoi ces quelques toiles peintes nocturnes 'warnerienne' qui sont très peu raccord ?). Rare sont les réalisateurs ayant un tel sens de l'espace et du scope. De ce point de vue, l'attaque du rocher par la cavalerie à pied qui se déploie sur une seule ligne est d’une beauté plastique qui préfigure les figures géométriques composées par l’armée romaine lors des scènes de bataille dans Spartacus. Le cinéaste nous offre aussi quelques mouvements de grue absolument splendides comme celui qui suit les trois ‘négociateurs’ se faisant encercler par les indiens, passant néanmoins en leur milieu sans s’arrêter, la caméra s’élevant pour les voir partir au galop puis retournant en arrière pour aller recadrer les indiens qui décident de se lancer à leur poursuite. D’autres images risquent de vous entêter comme l’arrivée d’Alan Ladd dans la cabane de Charles Bonson par laquelle on entre par le toit. Bref, malgré quelques défauts dans l’écriture, malgré une interprétation d’ensemble pas vraiment à la hauteur, la sincérité et la beauté plastique du film emportent le morceau et finissent d’en faire une belle fresque historique dans laquelle blancs et indiens sont mis à égalité, certains portraits d’hommes blancs n’étant guère plus valorisants que beaucoup des leaders belliqueux qui se trouvent aux côtés de Captain Jack : Robert Keith en irresponsable raciste, Elisha Cook Jr en trafiquant d’armes, le révérend engoncé dans ses certitudes... De bonnes intentions pour un bon film à condition de ne pas en attendre monts et merveilles.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by bruce randylan »

Ah, tu me rassures un peu parce que j'avais été relativement déçu aussi. Je souscris donc exactement aux mêmes réserves (personnages pas forcément attachant, manque de lyrisme) que toi tout en reconnaissant de la même manière les mêmes qualités (contexte historique, réalisme, qualité de la mise - encore qu'elle m'a moins marqué que toi).
J'ai découvert peu de temps après l'or du hollandais qui m'a déjà bien plus satisfait.
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Jeremy Fox
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The Yellow Mountain

Post by Jeremy Fox »

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La Montagne Jaune (The Yellow Mountain, 1954) de Jesse Hibbs
UNIVERSAL


Avec Lex Barker, Howard Duff, Mala Powers, John McIntire
Scénario : George Zuckerman, Russell S. Hughes & Robert Blees
Musique : sous la direction de Joseph Gershenson
Photographie : George Robinson (Technicolor 2.00)
Un film produit par Ross Hunter pour la Universal


Sortie USA : 16 novembre 1954

Menlo (Howard Duff) et Bannon (John McIntire) sont concurrents dans la petite ville du Nevada de Goldfield en cette année 1880 ; non seulement ils possèdent chacun leur saloon de chaque côté de la rue principale mais ils sont également les principaux propriétaires des terrains miniers alentours. Menlo voit arriver son ex-partenaire Andy (Lex Barker) qui n’a pas apprécié s’être fait flouer et qui le lui annonce d’emblée lors de leurs retrouvailles en lui envoyant de grands coups de poings en guise de poignée de mains. Mais leur amitié va vite refaire surface malgré aussi leur rivalité concernant Nevada (Mala Powers), ravissante fille de Jackpot (William Demarest), un prospecteur malchanceux (William Demarest). Ils vont de nouveau s’associer pour contrer les tentatives de malversations de Bannon qui ne sort jamais sans être accompagné de Drake (Leo Gordon), son inquiétant homme de main sans scrupules…


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Au sein de la courte filmographie au cinéma de Jesse Hibbs (seulement 11 films avant de ne plus travailler que pour la télévision pour qui il réalisera pas mal d’épisodes de séries dont beaucoup pour Rawhide et Gunsmoke), La Montagne Jaune se situe à peu près à mi-parcours. Avec L’étoile brisée (Ride a Crooked Tail) en 1958, Jesse Hibbs mettra un terme à sa carrière cinématographique, faisant une dernière fois tourner Audie Murphy, son acteur de prédilection. Deux ans plus tôt il avait réalisé Walk the Proud Land (L’Homme de San Carlos) avec déjà ce même comédien qui tournera donc six fois avec le réalisateur, une honorable et digne réussite, un western pro-Indien assez inhabituel par sa quasi-absence d'action et la non-violence de son héros principal. L’année précédente, il avait dirigé Audie Murphy alors qu’il interprétait son propre rôle dans un film basé sur sa vie de soldat et de héros de la Seconde Guerre mondiale, L'Enfer des hommes (To Hell and Back) ; grâce à ce fait assez rare dans l'histoire du cinéma, il s'agit encore aujourd’hui de son œuvre la plus connue. Mais avant de passer derrière la caméra, Jesse Hibbs fut footballeur avant de devenir assistant réalisateur auprès, entre autres, de John Ford, Anthony Mann - pas moins que sur Winchester 73 - et Ray Enright qui sera en quelque sorte son mentor.


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Dans le domaine du western, il avait débuté par le très plaisant Chevauchée avec le diable (Ride Clear at Diablo) qui voyait la rencontre jubilatoire entre Audie Murphy et Dan Duryea. Puis ce fut, avec John Payne, le très agréable Seul contre tous (Rails into Laramie), avant qu'il ne tourne Les Forbans (The Spoilers), une cinquième adaptation du célèbre roman de Rex Beach avec le duo Rory Calhoun / Jeff Chandler, une version assez terne surtout si on la compare avec celle de Ray Enright qui mettait en scène un duo de stars bien plus prestigieuses, John Wayne et Randolph Scott. La réputation de Hibbs auprès de la critique française a toujours été désastreuse ; malgré cette extrême sévérité, son petit corpus westernien nous a pourtant octroyé, à défaut de grands films, quelques œuvres pour la plupart très divertissantes si l’on excepte à mon humble avis le très mauvais Black Horse Canyon. La Montagne Jaune ne déroge pas à la règle, petite série B en Technicolor sans prétention mais bien écrite et efficacement troussée. Il faut dire que les trois scénaristes ne sont pas ni des débutants ni des médiocres ; pour s'en persuader en ne citant que deux films dont ils sont chacun auteurs, Incident de frontière (Border Incident) de Anthony Mann ou Ecrit sur du Vent (Written on the Wind) de Douglas Sirk pour George Zuckerman, Des Monstres attaquent la ville (Them !) de Gordon Douglas ou L’homme de nulle part (Jubal) de Delmer Daves pour Russell S. Hughes, et enfin pour Robert Blees, Deux rouquines dans la bagarre (Slightly Scarlett) de Allan Dwan ou Le Secret magnifique (The Magnificent Obsession) de Douglas Sirk. On a connu pire comme cartes de visite !


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L’histoire qu’ils ont écrits en commun est très classique et ne devrait pas soulever l’enthousiasme mais elle a le mérite d’être carrée, efficace et de se dérouler dans un milieu que - si on le compare à d'autres - nous aurons finalement assez peu eu l’occasion de côtoyer dans le western, celui des propriétaires de mines et des ‘essayeurs’ (les chimistes qui devaient identifier la présence ou le degré d’or contenu dans les échantillons de roches apportés par les prospecteurs) ; ici en plus, la personne qui exerce ce métier est une femme, la ravissante Mala Powers dont on comprend qu’elle suscite la gentille rivalité amoureuse entre les deux associés, Howard Duff et Lex Barker. Alors qu’habituellement Jesse Hibbs avait fait tourner sous sa direction des spécialistes du genre - Audie Murphy, Joel McCrea ou John Payne -, pour La Montagne Jaune il a préféré embaucher ces trois comédiens qui n’étaient pas vraiment des habitués du western même si les deux hommes en avaient déjà tournés quelques uns ; d’où peut-être la plus grande rareté et difficulté jusqu'ici à visionner ce film en rapport aux autres de sa filmographie ?! Et pourtant l’on peut constater que le trio fonctionne parfaitement bien : Howard Duff (inoubliable Sam Bass dans La Fille des prairies de George Sherman, étant même parvenu à nous arracher quelques larmes au final) en businessman filou mais pas mauvais bougre, Lex Barker, l’ex-Tarzan et futur Old Shatterland des adaptations de Karl May (qui feront de lui une star internationale dans les années 60) en associé un peu naïf, le cœur sur la main mais avec le coup de poing facile, ainsi que Mala Powers (Outrage de Ida Lupino, elle-même épouse à la ville de Howard Duff) semblent s’être bien amusés sur le tournage, et en tout cas si ce ne fut pas le cas, leur chaleureux trio fait plaisir à voir jusqu’au plaisant happy-end.


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A leurs côtés, d’autres très bons acteurs : John McIntire dans un de ses innombrables rôles de salauds et hommes d’affaires corrompus jusqu’à la moelle (le plus inoubliable étant dans Je suis un aventurier – The Far Country de Anthony Mann) qui ici tente de déposséder ses adversaires en essayant par tous les moyens de semer la discorde entre eux ; William Demarest, comme très souvent lui aussi, à nouveau dans la peau d’un vieil homme amical mais candide ; sans oublier Leo Gordon qui nous aura une fois de plus paru extrêmement inquiétant et dangereux avec ses glaçants yeux bleus aciers. Quelques notations intéressantes sur la concurrence que se faisaient les propriétaires de mines en jouant sur l’augmentation journalière du salaire de leur main d’œuvre ainsi que sur les règles juridiques concernant les mines, galeries et gisements. Ce récit de rivalité pour une femme et des terrains miniers n’aura été jamais surprenant ni réellement captivant mais constamment plaisant avec ses multiples et incessantes alliances et mésalliances, ses cavalcades et séquences d’action parfaitement maitrisées et réglées par des cascadeurs chevronnés - que ce soit la poursuite du chariot rempli d’or en plein désert ou ce Gunfight final en milieu de rue-, la beauté des paysages naturels du désert de Mojave ainsi que la légèreté de son ton d’ensemble, le spectateur ayant compris dès la première scène que tout ceci ne porterait pas à conséquences et que nos gentils mais roublards protagonistes principaux s’en sortiraient envers et contre tout.


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L’ensemble ne va pas sans quelques lourdeurs (les rencontres souvent viriles des deux associés), la romance n’est pas spécialement émouvante mais l’impression finale restera plutôt très agréable d’autant que la musique supervisée par Joseph Gershenson et la photo ‘technicolorisée’ de George Robinson (Joe Dakota) se révèlent elles aussi plutôt inspirées : il faut dire que dans le domaine de la série B destinée aux doubles programmes, les westerns Universal de l’époque étaient ce qui se faisaient de plus professionnels dans le genre et que les équipes techniques étaient alors parfaitement rodées. Sans génie, sans surprises et sans prétention mais également sans défauts apparents : du travail d’artisan bien troussé pour un film rare, sympathique, solide et bien rythmé qui méritait de sortir de l’oubli ; si nous l'aurons sans doute oublié un mois après l'avoir visionné, nous aurons pu tout du moins passer devant lui un bon après midi en famille.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by bruce randylan »

Voilà, pas extraordinaire et bien moins ambitieux (et à la rigueur, c'est plus un film de casse qu'un western), mais c'est solide, y-a du suspens et des personnages moins hématiques qu'on pourrait croire (jolie relation entre Borgnine et une prostituée)
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

et un de plus a voir !
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

daniel gregg wrote: Deux rouquines dans la bagarre est un très bon film noir, La reine de la prairie et Tornade, deux westerns rousseauistes d'une sensibilité rare. :wink:
Ce message vous a été délivré par un fan absolu d'Allan Dwan. :mrgreen:
Autant j'ai été déçu à la revoyure par Tornade, autant au contraire le redécouverte de La Reine de la prairie fut un ravissement ; un western qu'il faut voir avec son âme d'enfant et alors là, ça fonctionne à merveille malgré les défauts de son scénario et (ou grâce à) sa grande ingénuité. Sorte de retour aux sources totalement anachronique pour l'époque mais assez réjouissant. Critique la semaine prochaine.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by daniel gregg »

Jeremy Fox wrote:
daniel gregg wrote: Deux rouquines dans la bagarre est un très bon film noir, La reine de la prairie et Tornade, deux westerns rousseauistes d'une sensibilité rare. :wink:
Ce message vous a été délivré par un fan absolu d'Allan Dwan. :mrgreen:
Autant j'ai été déçu à la revoyure par Tornade, autant au contraire le redécouverte de La Reine de la prairie fut un ravissement ; un western qu'il faut voir avec son âme d'enfant et alors là, ça fonctionne à merveille malgré les défauts de son scénario et (ou grâce à) sa grande ingénuité. Sorte de retour aux sources totalement anachronique pour l'époque mais assez réjouissant. Critique la semaine prochaine.
:D Voilà mon petit coeur comblé pour le week end.
Vivement la semaine prochaine !
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Boubakar
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Boubakar »

Je ne connais pas ce film, mais je connais néanmoins très un extrait devenu célèbre grâce à La classe américaine :

bruce randylan
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Re: Drum Beat

Post by bruce randylan »

Jeremy Fox wrote:
L'Aigle solitaire (Drum Beat, 1954) de Delmer Daves
WARNER



Vu à partir d’un enregistrement TCM en VOST et format respecté (pas en 16/9 par contre) ; vivement un DVD !
Il passe sur ciné-classic en ce moment et en 16/9ème :D
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onvaalapub
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Re: Drum Beat

Post by onvaalapub »

bruce randylan wrote:
Il passe sur ciné-classic en ce moment et en 16/9ème :D
Je confirme, c'est aussi par ce biais que je l'ai vu. Pour faire court, je suis d'accord avec toi Jérémy: Bronson (ex-Buchinsky :) ) est très bon, Alan Ladd fait le boulot mais sans réelle implication et les deux actrices sont bien pâles (encore que Marisa Pavan me parait meilleure comédienne et peut-être sous employée...). Un western plaisant mais sans génie quoi, malgré le métier de Daves. :?
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Jeremy Fox
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Re: Drum Beat

Post by Jeremy Fox »

onvaalapub wrote: les deux actrices sont bien pâles (encore que Marisa Pavan me parait meilleure comédienne et peut-être sous employée...).
C'est vrai : Marisa Pavan est nettement plus convaincante que sa partenaire quand même. Quel mauvais choix de casting pour la jeune première !
ballantrae
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by ballantrae »

Alan Ladd+implication= oxymore!!!
Cet acteur au visage poupin demeure un mystère complet film après film: comment a t'on pu en faire un acteur fétiche du western??? Comparativement, Glenn Ford possède une palette incommensurable et une intelligence wellesienne...c'est pour dire!
A mon avis, il n'est pas pour rien dans la (relative) déception que constitue ce film dans une carrière formidable mais comme le dit bien Jeremy, l'ampleur de la mise en scène de Daves rattrape bcp de faiblesses.
Je te trouve injuste envers Badlanders qui sans égaler bien sûr Yuma, hanging tree ou Broken arrow demeure un western de belle facture d'un auteur complexe qui est peut-être celui qui continue à me surprendre le plus dans le genre avec Wellmann ( en attendant d'explorer Boetticher et Dwann).