Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 90043
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Arrow in the Dust

Post by Jeremy Fox »

Image



Le Défi des fleches – Emboscado (Arrow in the Dust, 1954) de Lesley Selander
ALLIED ARTISTS


Avec Sterling Hayden, Coleen Gray, Keith Larsen, Tudor Owen, Lee Van Cleef, Jimmy Wakely
Scénario : Don Martin d’après une histoire de L.L. Foreman
Musique : Marlin Skiles
Photographie : Ellis W. Carter (Technicolor 1.37)
Un film produit par Hayes Goetz pour la Allied Artists


Sortie USA : 25 avril 1954

Après la découverte du sympathique Le Justicier de la Sierra (Panhandle) et de l’excellent Fort Osage, je fondais de beaux espoirs sur la possibilité de faire encore de jolies découvertes avec Lesley Selander. Mais à la vision de Arrow in the Dust, il se confirme que les scénaristes Blake Edwards (oui, le fameux réalisateur de La Panthère rose) et Daniel B. Ullman devaient être les principaux instigateurs de la qualité de ces deux précédents films. Malgré le fait d’avoir loupé d'innombrables westerns de Selander, ce 56ème ne me fait plus trop regretter (probablement à tort) de n’avoir pas eu l’occasion d’en voir plus car Le Défi des flèches s’avère être un navet de première catégorie, aussi mauvais qu’inconsistant, aussi bâclé qu’ennuyeux, aussi laid que léthargique. Quant une équipe entière (aussi bien technique qu’artistique) se fiche à ce point de son travail, pas besoin d'aller cautionner longtemps le résultat !


Image
Image


Bart Laish (Sterling Hayden), un déserteur en route pour l’Oregon, tombe sur un convoi de pionniers massacré par les indiens. Le seul survivant appartient à l’escorte militaire qui était chargée de le protéger, le Major Andy Pepperis, un cousin éloigné ayant fait ses classes avec lui à West Point. Mourant, faisant appel à son sens de l’honneur, il fait promettre à Laish d’aller rejoindre l’avant du convoi, parti un peu avant l’attaque, pour les conduire jusqu’au Fort Laramie. Il refuse tout d’abord mais tombant une seconde fois sur une caravane décimée, il décide de prendre l’uniforme de l’officier décédé et de s’octroyer son identité. Ayant rejoint le convoi, il prend la tête des opérations ; il doit se défendre contre les assauts incessants des Apaches et des Pawnees, les deux tribus s’étant réunies, semblant vouloir s’emparer de marchandises cachées dans le chariot du chef de convoi, un homme à priori peu recommandable ; des armes et munitions sans doute ?! Ignorant tout de sa véritable identité, tout le monde obéit sans discuter aux ordres de Bart. L’éclaireur Crowshaw (Tom Tully) l’a en revanche reconnu mais décide de faire comme si de rien n’était, ayant plus confiance au déserteur qu’au précédent commandant, trouvant que ce dernier manquait par trop de poigne et d’initiative…


Image
Image


Premier film en Technicolor du studio de la Poverty Row, Allied Artists, Le Défi des flèches était également sorti en France sous le titre Emboscado, tactique mexicaine utilisée par le personnage de Sterling Hayden et qui consiste "à persuader l’ennemi qu’il vous a mis en fuite pour pouvoir ensuite contre-attaquer avec un plus grand effet de surprise". Qu’importe le titre mais avec ce film de Lesley Selander, on ne compte plus le nombre de mauvais westerns avec Sterling Hayden en tête d’affiche. Son talent de comédien n’était d’ailleurs pas inné car lorsqu’il n’eut pas de grands réalisateurs pour le diriger, il s’avérait médiocre ; pour sa défense, il faut dire que l’idiotie des scripts des westerns dans lesquels il eut à tourner ne risquait pas de l’aider à faire des efforts. Ici, il interprète un déserteur qui se retrouve du jour au lendemain à la tête d’un détachement de cavalerie sous une fausse identité sans que personne ne s’aperçoive qu’il n’a jamais eu à commander jusqu’à présent ; auparavant, il était tombé sur un convoi décimé dont le seul survivant était… un cousin à lui. Une fois sa mission accompli, on lui avoue qu’on savait qui il était et on lui laisse réintégrer l’armée sans rechigner ! Entre temps, il aura eu à combattre toujours de la même façon des indiens aussi idiots que mollassons, se laissant tirer comme des lapins, n’ayant pas compris la tactique de leur ennemi après pourtant des vingtaines d’attaques répétées. Le ridicule des situations n’a d’égal que le bâclage de la mise en scène ou encore la laideur plastique de l’ensemble (avec stock-shots en pagaille), les plans se suivant sans continuité dans l’éclairage voire même des décors, les cavaliers passant d’un paysage montagneux à un paysage de plaine en deux temps trois mouvements, le tout sans non plus aucun sens du rythme de la part du monteur.


Image
Image


Un exemple pour mieux appréhender le 'j’menfoutisme' de l’ensemble de ce petit western militaire de série dont même l’intrigue sentimentale vient là comme un cheveu sur la soupe (pauvre Coleen Gray, totalement sacrifiée) ! Sterling Hayden propose à ce que le convoi parte de nuit, les indiens n’étant pas censé attaquer en nocturne. Quelques séquences plus loin, les chariots avancent en pleine lumière ; pas très grave car une ellipse aurait très bien pu nous transporter plusieurs heures plus tard. Mais voilà qu’un protagoniste vient nous le rappeler en nous disant bien clairement et bien fort qu’il est minuit, les soldats transpirant et plissant leurs yeux gênés par le soleil !!!! Pas même une nuit américaine, aussi laide soit-elle ; Selander préfère filmer une pleine nuit dans une lumière radieuse. Comme si ça ne suffisait pas, le film est intempestivement bavard sur des dialogues inintéressants au possible, les cascadeurs et les figurants ne semblent pas très vifs ni convaincants, mal grimés en indiens ; bref, c’est mal joué, mal filmé, mal monté, mal photographié, mal dialogué, mou comme ce n’est pas permis, répétitif et ennuyeux. Esthétiquement, pas un plan pour rattraper l’autre : un résultat calamiteux pour un film à fuir. La seule chose qui aurait pu retenir notre attention était l’agréable chanson ‘I’m no longer a stranger’ si elle n’était pas chantée à plus de cinq reprises. Sachant un peu à l’avance les plats de résistance qui suivent, nous n’allons pas nous attarder plus avant sur ce mets peu ragoutant.
User avatar
Rick Blaine
Howard Hughes
Posts: 19882
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

Waow, ça a l'air bien... :mrgreen:
Jeremy Fox wrote:Malgré le fait d’avoir loupé d'innombrables westerns de Selander, ce 56ème ne me fait plus trop regretter (probablement à tort) de n’avoir pas eu l’occasion d’en voir plus
Pour les deux Selander que j'ai vu (Panhandle et Shotgun) , les qualités étaient plutôt à chercher dans l’écriture et éventuellement l’interprétation que dans la mise en scène elle même, relativement anodine.
Du coup il y a tout de même fort à parier que la production de Selander soit globalement peu intéressante, et que les éventuelles réussites soit des exceptions dont la cause est extérieure. D’ailleurs les commentaires de Brion/Tavernier sur la carrière de Selander sur les deux récents DVD Sidonis sous-entendent un peu ça.
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 90043
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Le seul autre film de lui que j'ai vu en dehors des westerns est Flight to mars, un bon gros navet de SF lui aussi. J'ai encore un dernière espoir avec la furieuse chevauchée
User avatar
Rick Blaine
Howard Hughes
Posts: 19882
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:J'ai encore un dernière espoir avec la furieuse chevauchée
Comme dit justement Tavernier, chaque film devrait être présumé innocent avant d'être vu. Tu vas peut-être tomber sur une pépite! Sinon, bon courage! :D
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 90043
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:chaque film devrait être présumé innocent avant d'être vu.
Je ne connaissais pas cette phrase mais j'adhère à 100% et c'est ce que j'essaie de faire ; on ne devrait jamais avoir aucun à priori (même si ce n'est pas facile) et ne jamais comparer un film avec sa source initiale (roman...). Et puis dans la cas Selander, j'ai au moins déjà ma pépite avec Fort Osage ; j'en suis bien content et espère qu'il sortira en DVD
User avatar
Rick Blaine
Howard Hughes
Posts: 19882
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:
Rick Blaine wrote:chaque film devrait être présumé innocent avant d'être vu.
Je ne connaissais pas cette phrase mais j'adhère à 100%
C'est la conclusion d'une de ses interventions sur la dernière salve Sidonis, j'y adhère à 100%.
fargo
Doublure lumière
Posts: 349
Joined: 16 Jan 10, 17:31

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by fargo »

J'espère Jeremy, que tu seras indulgent avec les 2 films suivants,que j'apprécie au plus haut point ( tes derniers commentaires m'inquiètent un peu au sujet du premier :? ).
En plus, ils font partie des rares westerns que je connais bien. :)
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 90043
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

fargo wrote:J'espère Jeremy, que tu seras indulgent avec les 2 films suivants,que j'apprécie au plus haut point ( tes derniers commentaires m'inquiètent un peu au sujet du premier :? ).
En plus, ils font partie des rares westerns que je connais bien. :)
Lui ayant attribué une note de 5/10, mon commentaire sera logiquement... moyen :wink: :oops:

Quand je vois tout ce que j'ai déjà visionné avant, il fait vraiment pâle figure dans l'ensemble ; d'autant plus décevant que très réputé.
Lord Henry
A mes délires
Posts: 9466
Joined: 3 Jan 04, 01:49
Location: 17 Paseo Verde

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Lord Henry »

Rick Blaine wrote:Comme dit justement Tavernier, chaque film devrait être présumé innocent avant d'être vu.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image
"Che ne chuis pas d'accord! Chertains films méritent d'être mis en garde à vue!"
Last edited by Lord Henry on 21 Apr 12, 12:51, edited 2 times in total.
Image
User avatar
Rick Blaine
Howard Hughes
Posts: 19882
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

Lord Henry wrote:
Rick Blaine wrote:Comme dit justement Tavernier, chaque film devrait être présumé innocent avant d'être vu.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image
"Che ne chuis pas d'accord! Chertains films méritent d'être mis en garde-à-vue!"
:lol: :mrgreen:
daniel gregg
Producteur Exécutif
Posts: 7073
Joined: 23 Feb 04, 23:31

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by daniel gregg »

Je ne vois pas l'image.
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 90043
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Pour le plus grand plaisir du Commissaire Juve, les premières captures en cinémascope de ce parcours arrivent sous peu :mrgreen:
User avatar
Rick Blaine
Howard Hughes
Posts: 19882
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

daniel gregg wrote:Je ne vois pas l'image.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Voilà! :mrgreen:
Image
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 90043
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

River of no Return

Post by Jeremy Fox »

Image



La Rivière sans retour (River of no Return, 1954) de Otto Preminger
20TH CENTURY FOX


Avec Robert Mitchum, Marilyn Monroe, Rory Calhoun, Tommy Rettig, Murvyn Vye, Douglas Spencer
Scénario : Frank Fenton d’après une histoire de Louis Lantz
Musique : Cyril J. Mockridge
Photographie : Joseph LaShelle (Technicolor 2.55)
Un film produit par Stanley Rubin pour la 20th Century Fox


Sortie USA : 30 avril 1954

Film emblématique de mon amour pour le western, l’un de ceux que tout un chacun a du apprécier en le découvrant enfant (ce qui fut mon cas), il perd malheureusement de sa magie au fil des visions et je dois dire qu’au sein du parcours chronologique que j’ai entamé, il fait désormais pâle figure ; je commence à ne plus en voir que les défauts qui, il faut le dire, sautent à la figure ! Même si je n’aime pas dire ça, je ne peux pas m’empêcher de commencer à croire que sans ses deux stars en tête d’affiche, sans le fait que ce soit l’unique western de Preminger et l’un des tous premiers films du genre en cinémascope, il n’aurait pas eu cette place privilégiée dans l’histoire du western. Rivière sans retour me confirme aussi (même si je comprend que cette idée ne soit pas non plus partagée par tout le monde) que les cinéastes d’origine européenne n’avaient dans l’ensemble que peu d’affinités avec les grands espaces de l’Ouest américain (à l’exception de Michael Curtiz et de Jacques Tourneur) ; en effet, même si Fritz Lang a parfois réussi à insuffler une touche assez personnelle et une certaine originalité de ton (dans Rancho Notorious - L'Ange des maudits notamment, même si le film ne me convainc guère), que ce soit lui, Douglas Sirk ou Otto Preminger, on a l’impression qu’ils ne sont pas arrivés à capter l’essence du western. C’est d'ailleurs plus attristant pour Sirk, qui tenait vraiment à en réaliser un et qui a complètement raté son essai (Taza, fils de Cochise), que pour Preminger dont il s’agissait d’une commande qu’il n’avait pas forcément envie d’honorer et qu’il n’a jamais tenté de défendre par la suite.


Image


1875 dans les Rocheuses. Emprisonné pour meurtre, à sa sortie de prison, le veuf Matt Calder (Robert Mitchum) vient récupérer dans un camp de chercheurs d’or son fils de neuf ans, Mark (Tommy Rettig), qu’il n’a pas revu depuis longtemps. N’aspirant désormais qu’à la quiétude, il décide de vivre en tant que fermier et s’installe dans une petite cabane perdue dans les immensités d’une verdoyante vallée. Peu de temps après, il doit cependant s’enfuir à bord d’un radeau suite à une attaque indienne sur son havre de paix ; à leurs côtés, Kay (Marilyn Monroe), une chanteuse de saloon qui se trouvait là après que Harry Weston (Rory Calhoun), son amant, soit parti acheter une concession à Council City, l’abandonnant dans ce coin dangereux et perdu sans armes ni chevaux. C’est le début d’un périple éreintant au milieu et sur les bords de cette ‘rivière sans retour’ mais en même temps d’un voyage initiatique pour ce trio de fortune qui se consolidera au fur et à mesure que ses membres apprendront à mieux se connaître et surtout à mieux se comprendre. Le but de Matt : retrouver et se venger du petit ami de Kay à cause de qui les Indiens ont brûlé sa cabane, les ayant mis dans une telle fâcheuse situation ; au départ, Kay fera tout pour retarder l’avancée de leur embarcation pour protéger Harry…


Image


Marilyn disait qu'il s'agissait du plus mauvais film de sa carrière. ‘The Picture of no Return’, tel l’appelait ironiquement Robert Mitchum qui détestait ce western ! Quant au cinéaste, par contrat, il devait encore un film à Darryl Zanuck pour la 20th Century Fox : il ne put donc refuser cette commande sur laquelle il n’eut pas (pour la première fois depuis longtemps) ‘le final cut’. Se sentant spolié de ses prérogatives totales sur son œuvre (certaines séquences ayant même été rajoutées après coup, tournées par Jean Negulesco, paradoxalement les plus mémorables), est-ce pour cette raison qu’il ne le tiendra jamais en haute estime, disant qu’il n’avait guère de souvenirs à son propos ? A moins qu’il ait immédiatement reconnu que le résultat était bien moyen préférant ensuite s’en détacher ? Quoiqu’il en soit, Zanuck exigea la collaboration de Preminger, surtout pour assoir la notoriété de la star féminine maison, Marilyn Monroe, qui venait de remporter succès sur succès. L’occasion de diriger une étoile montante presque à son zénith et de tourner en extérieurs dans les grandioses paysages canadiens de la région d’Alberta le fit néanmoins accepter sans déplaisir. Il retrouvait aussi Robert Mitchum, un acteur avec qui il s’entendait plutôt bien et pouvait aussi tester sa capacité à utiliser le nouveau format très large lancé peu de mois plus tôt par le studio.


Image


Revoyant aujourd’hui Rivière sans retour, on peut tout à fait comprendre les réticences de ses interprètes et de son metteur en scène au vu du scénario plus que faiblard du scénariste Frank Fenton capable du meilleur (Fort Bravo de John Sturges) comme du pire (The Wild North - Au Pays de la peur de Andrew Marton avec qui le film de Preminger entretient quelques points communs à commencer par cet itinéraire au sein d'une nature menaçante). Non seulement il manque de finesse dans la description de ses personnages par trop monolithiques (malgré leur évolution au cours du film), mais l’intrigue, assez artificielle, ressemble plus à une succession de scènes sans harmonie ni liant qu’à un modèle d’écriture du style La Captive aux yeux clairs (The Big Sky) d’Howard Hawks, Le Convoi des braves (Wagonmaster) de John Ford ou Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri) si on veut le comparer à d’autres westerns qui érigent la nonchalance au niveau d’un art. Car il s'agit d'un western dont les digressions sont plus nombreuses que les scènes d'action, ces dernières disséminées avec parcimonie. Pourtant, le film semble presque vide d’enjeu ; mais pourquoi pas après tout ?! Oui, pourquoi Preminger n'aurait il pas voulu faire un simple et limpide film d'aventure, un pur divertissement ? Plus d'un chef-d'œuvre a découlé d'aussi faibles ambitions dramatiques ou psychologiques car le cinéma peut aussi être un spectacle. Mais, le script de Fenton, outre être dépourvu de la poésie qui aurait dû découler d'une œuvre contemplative, n’est malheureusement pas non plus en manque ni d’incohérences ni d’invraisemblances ni mêmes de quelques situations à la limite du ridicule comme le final au cours duquel Rory Calhoun quitte la scène. Ceci étant dit, je suis loin de le juger aussi sévèrement que l’acteur principal qui semble effectivement s’y être ennuyé, sa prestation demeurant dans l'ensemble un peu décevante, tout comme celle de sa partenaire féminine qui paraît toujours vouloir ‘surjouer’ au contraire. Comme le disait le cinéaste dans son autobiographie, " la répétitrice de Marilyn sur le tournage, l’Allemande Natasha Lytess, fut coupable de gâcher le naturel ébouriffant de la comédienne" ; ce qui se révèle tout à fait vraisemblable à la vision du film. C'est quasiment Rory Calhoun qui s'en sort le mieux malgré son faible temps de présence à l'écran ; il faut dire qu'il était bien plus habitué au western que ses principaux partenaires.


Image


Jean-Louis Rieupeyrout écrivait dans sa grande histoire du western : "Avec Rivière sans retour, Preminger échoua son radeau sur une anecdote aussi plate qu'un banc de sable mais franchit victorieusement les écueils du cinémascope". Car Preminger se voit offrir l’occasion de tester toutes les possibilités de ce nouveau format très étiré (l'image était alors 2.55 fois plus large que haute). Et effectivement, on a l’impression qu’il a de toute temps travaillé avec le scope ; sa maîtrise du cadre est impressionnante dès la première image voyant Mitchum abattre un arbre sur fond de vallée profonde ; le somptueux et virtuose louvoiement de la grue à travers le Saloon peu de temps après laisse également pantois ! Il faut se rendre à l’évidence, le réalisateur européen semble avoir pris un plaisir fou à ‘jouer’ avec l’écran large ! Plaisir qui rejaillit sur nous, spectateurs, émerveillés par la beauté de grand nombre de plans (voir les captures), que ce soient ceux d’ensemble sur les majestueux paysages canadiens ou les plans américains en contre plongée sur les personnages qui nous paraissent ainsi ‘Bigger than Life’, comme vus à travers les yeux d’un enfant (l'acteur enfant du film étant d'ailleurs celui qui jouait l'année précédente dans le fascinant Les 5000 doigts du Dr T de Roy Rowlands). Seulement, à côté de ça, il faut se coltiner d’hideuses transparences et de nombreux plans en studio très mal intégrés à l’ensemble comme par exemple le premier nous faisant découvrir les Indiens en haut de la colline : le travelling avant vers leurs visages grimaçants devant des rochers visiblement en carton-pâte casse d’emblée la majesté qu’avait réussi à installer Preminger. Tout comme le ratage esthétique du plan de l’attaque du puma, les seaux d’eau jetés sur les acteurs lorsque leurs personnages sont pris dans les rapides… Jamais un studio comme Universal (surtout avec un budget aussi confortable) n'aurait laissé passer ça contrairement à la Fox !


Image


Bref, le film, à l'exception de certains sublimes plans et cadrages, n'est pas plastiquement aussi beau qu'on se plait souvent à le dire. Paradoxalement, et quoi que l'on pense de La Brigade héroïque (Saskatchewan), à mon avis Walsh a mieux capté la majesté et la beauté de ces lieux en format carré que Preminger en format large (si je les compare, c'est que les deux films ont été tournés en même temps et aux mêmes endroits -à quelques kilomètres près- et qu'ils partent tous deux d'un postulat de départ assez naïf et enfantin ; ce qui n'est pas à priori pour me déplaire). Si Preminger reste un maitre du cadrage et du mouvement de grue, sous sa caméra, ces paysages semblent manquer de vie contrairement aux mêmes filmés par Walsh. On ne remettra cependant pas en cause le superbe travail de Joseph LaShelle à la photo qui nous offre quelques éclairages de toute beauté : outre la lumière avec laquelle il filme les paysages, son travail dans le camp de mineur (probablement filmé en studio) est magnifique. D'ailleurs, l'arrivée de Mitchum dans la ville champignon est sublimement bien réalisée, le cadre grouillant littéralement de vie sans que ça ne fasse trop factice. Dommage que le film ne soit pas tout le temps du niveau de son premier quart d'heure durant lequel on découvre aussi l'attachant personnage joué par Marilyn susurrant la première de ses 4 chansons : 'One Silver Dollar'. Lionel Newman lui en écrira trois autres toutes aussi mémorables alors que la musique de Cyril J. Mockridge, excepté le sublime thème principal, s'avèrera par trop envahissante et même pénible parfois.


Image


Marilyn se révèle donc ici bien meilleure chanteuse qu'actrice. Elle s’entendit d'ailleurs très mal avec son réalisateur, Preminger allant jusqu’à déclarer que "diriger Marilyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut faire quatorze prises pour obtenir l’aboiement adéquat" ! On la sentirait presque agacée d'être devant la caméra à quelques reprises. Mais dès qu'elle se met à chanter, on oublie qu'elle a et sera bien meilleure dans d'autres occasions. Tour à tour évanescente dans 'One Silver Dollar', aguichante dans 'I'm Gonna File my Claim', maternelle dans 'Down in the Meadow' ou mélancolique dans la splendide ballade que représente 'River of no Return', elle fait partie intégrante de ces séquences qui ne s'oublient pas comme dans cette autre, mythique, qui la voit se faire masser les pieds par Robert Mitchum, instant d’une sensualité et d'une puissance érotique incroyable ; dommage que Jean Negulesco n'ait pas été mentionné au générique puisqu'il en est le maître d'œuvre tout comme de la séquence finale au cours de laquelle Mitchum vient 'enlever' la saloon gal sur ses épaules pour l'emmener chez lui.


Image


Malgré tous ses défauts et l'ennui qui vient nous attraper de temps en temps, il reste assez de belles scènes pour ne pas faire de ce film un ratage total. Sa réputation ne peut néanmoins que lui faire beaucoup de mal car n'importe qui aujourd'hui tomberait sur les scènes de la descente des rapides en radeau trouverait le film avoir horriblement vieilli esthétiquement parlant. Même si Preminger a bien mieux utilisé le scope que David Butler précédemment dans The Command, l'Ouest américain n'en est pour l'instant pas encore ressorti spécialement grandi. Mais Henry Hathaway n'a plus longtemps à attendre son tour... Concernant Rivière sans retour, j'arrête là car je ne saurais pas quoi en dire de plus et je ne voudrais surtout pas plus longtemps faire souffrir les nombreux fans du film.
User avatar
feb
I want to be alone with Garbo
Posts: 8764
Joined: 4 Nov 10, 07:47
Location: San Galgano

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by feb »

Bin moi j'attends le prochain :fiou: :mrgreen: :arrow:
Sinon très bonne critique Jeremy :wink:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)