Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Rick Blaine
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

Belle chronique, tu m'as donné envie de réévaluer Fort Bravo.
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feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by feb »

Et n'oublie pas le "second effet Eleanor Parker" Rick :fiou: :mrgreen:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Rick Blaine
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

feb wrote:Et n'oublie pas le "second effet Eleanor Parker" Rick :fiou: :mrgreen:
:D

Argument toujours extrêmement pertinent! Bon si j'ai le temps après une découverte, je le revois ce soir. :mrgreen:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Bon et puis, si jamais quelqu'un tombe sur Jack Slade le damné lors d'une diffusion TV, qu'il n'oublie pas de m'en faire part :fiou: :wink:
daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by daniel gregg »

Jeremy Fox wrote:Bon et puis, si jamais quelqu'un tombe sur Jack Slade le damné lors d'une diffusion TV, qu'il n'oublie pas de m'en faire part :fiou: :wink:
Apparemment, il n'a pas été rediffusé, comme indiqué ci dessus, depuis 1997.
Un an seulement avant que je ne m'abonne à Classic... :|
Lord Henry
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Lord Henry »

Je me demande si c'est la chronique qui fait honneur au film, ou le film qui fait honneur à la chronique.

Il y a comme cela dans la filmographie de certains cinéastes, des moments miraculeux, ceux d'un équilibre parfait dans une même œuvre. En même temps, cette dimension miraculeuse en souligne le caractère exceptionnel. Paradoxalement, Sturges était plus l'homme des petits ou des moyens budgets que celui des grosses productions.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Je me demande si c'est la chronique qui fait honneur au film, ou le film qui fait honneur à la chronique.
:oops:
Paradoxalement, Sturges était plus l'homme des petits ou des moyens budgets que celui des grosses productions
Paradoxalement au vu de ses oeuvres les plus célèbres, totalement d'accord. Sturges est surtout connu par le grand public pas spécialement pour ses meilleurs films.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

daniel gregg wrote:
Jeremy Fox wrote:Bon et puis, si jamais quelqu'un tombe sur Jack Slade le damné lors d'une diffusion TV, qu'il n'oublie pas de m'en faire part :fiou: :wink:
Apparemment, il n'a pas été rediffusé, comme indiqué ci dessus, depuis 1997.
Un an seulement avant que je ne m'abonne à Classic... :|
Je l'ai rajouté dans mon résumé de 1953 car je l'avais effectivement oublié par le fait qu'il ne soit pas référencé dans le bouquin de Phil Hardy dans la partie notules.
Lord Henry
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Lord Henry »

Au passage, il y a plein de bonnes choses à dénicher dans la période MGM de John Sturges - jusqu'à Bad Day at Black Rock.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Lord Henry wrote:Au passage, il y a plein de bonnes choses à dénicher dans la période MGM de John Sturges - jusqu'à Bad Day at Black Rock.
Jeopardy par exemple
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Rick Blaine
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

Lord Henry wrote:Au passage, il y a plein de bonnes choses à dénicher dans la période MGM de John Sturges - jusqu'à Bad Day at Black Rock.

Notamment le très bon Mystery Street (que tu avais évoqué dans le topic film noir je crois).
Jeremy Fox wrote: Jeopardy par exemple
Je l'ai en rayon celui ci, je vais peut être me tenter un petit doublé Sturges ce soir...
Chip
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Chip »

Je dois avoir un enregistrement vhs de "Jack Slade " lors de son avant dernier passage télé (1994) en vo s/t, si Jeremy Fox le veut pas de problème, j'ai le film en plusieurs exemplaires ( 2 vhs, vo s/t et un enregistrement dvd en vo s/t que je garde, en attendant un éventuel dvd du commerce, who knows....)
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Jeremy Fox
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War Arrow

Post by Jeremy Fox »

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A l'Assaut de Fort Clark (War Arrow, 1954) de George Sherman
UNIVERSAL


Avec Maureen O'Hara, Jeff Chandler, John McIntire, Suzan Ball, Noah Beery Jr., Charles Drake, Henry Brandon, Dennis Weaver, Jay Silverheels, Jim Bannon, Stephen Wyman, Bradford Jackson
Scénario : John Michael Hayes
Musique : Joseph Gershenson
Photographie : William H. Daniels (Technicolor)
Un film produit par John W. Rogers pour la Universal


Sortie USA : Janvier 1954

On avait terminé l’année 53 en compagnie des Tuniques bleues commandées par William Holden ; c'était dans l'excellent Fort Bravo. On débute la nouvelle cuvée avec cette même cavalerie mais avec cette fois Jeff Chandler à leur tête. Alors que le film de John Sturges était enthousiasmant, ce qui se déroule à Fort Clark s’avère beaucoup moins captivant, chacun des participants au film accusant un sacré ventre mou à commencer par George Sherman qui nous avait jusqu’à présent habitué à bien mieux. Cinq westerns Universal abordés ici, cinq réussites plus ou moins grandes incluant même une petite merveille, le magnifique et méconnu Tomahawk. La sale réputation que s'est coltinée un bon bout de temps George Sherman auprès de certains (dont moi) devait être due en partie à des films aussi inconsistants que ce War Arrow, dépourvu de l'énergie habituelle du cinéaste, de son sens de l'espace et du paysage. Dommage car le postulat de départ aurait pu donner lieu à une bonne série B comme le réalisateur nous avait prouvé savoir en mettre en boite avec une belle efficacité : outre les titres dont nous parlerons au sein de cette critique, rappelons aussi le sympathique Black Bart (Bandit de grand chemin) et le très bon La Fille des prairies (Calamity Jane and Sam Bass).


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Depuis quelques années, les tribus Kiowas lancent des raids meurtriers contre les colons sur le territoire de l’Oklahoma. Le Major Howell Brady (Jeff Chandler) est envoyé à Fort Clark pour aider le commandant de la place, le Colonel Jackson Meade (John McIntire), à mettre fin à ces violentes attaques. Brady a pour idée de recruter des Indiens Séminoles pour combattre les Kiowas. Les Séminoles, contre qui l’armée américaine s’était battue en Floride, vivent désormais dans la misère la plus totale, les membres de la tribu ayant été éparpillés par le gouvernement pour qu’ils ne représentent plus aucun danger. Mais connaissant leur ancienne capacité à se battre, Brady propose l’idée à Meade qui lui rit au nez n’ayant confiance en aucun 'Peau Rouge'. Aucune importance ! Brady ne se démonte pas et part quand même rencontrer les Séminoles. Dans un premier temps réticent à reprendre les armes, le chef Maygro (Henry Brandon) décide finalement d’accepter, poussé par sa fille Avis (Susan Cabot) qui souhaite une vie meilleure, par certains de ses jeunes guerriers qui préfèrent entrer dans le conflit plutôt que de mourir de faim, et par la promesse que leur fait Brady de recevoir par le gouvernement, après six mois de service, une bonne terre riche et verdoyante...


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Dans A l’assaut de Fort Clark sont réunis deux acteurs des précédents films de George Sherman, à savoir Jeff Chandler (Au Mépris des lois - The Battle of Apache Pass) et Maureen O’Hara (Sur le territoire des Comanches - Comanche Territory). Nous y trouvons à nouveaux des Indiens mais Comanches et Apaches laissent cette fois la place aux Séminoles et aux Kiowas. L’action se déplace des paysages désertiques du Sud des Etats-Unis aux plaines plus accueillantes de l’Oklahoma où les tribus Kiowas s'en prennent avec violence aux colons qu'ils massacrent allègrement. Le Major Brady est envoyé à Fort Clark pour aider le commandant de la place à mettre fin à ces agissements meurtriers. Comme dans sa guerre contre les Apaches, la cavalerie américaine décide de s’adjoindre les services d’une tribu indienne (les Séminoles) pour en combattre une autre (les Kiowas) malgré les réticences de certains hauts gradés qui, haïssant les Indiens, ne font confiance à aucun d’entre eux. C’est Brady qui a cette idée d’autant plus que Les Séminoles, contre qui l’armée américaine s’était battue en Floride (Voir Seminole - L'Expédition de Fort King de Budd Boetticher qui narrait ces faits historiques), vivent désormais dans le dénuement le plus complet, les membres de la tribu ayant été éparpillés par le gouvernement voici quelques années afin que, séparés, ils ne représentent plus aucun danger.


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Le sujet de départ, basé sur des faits réels, pouvait sembler captivant et amener une réflexion non dépourvue d’intérêt. Malheureusement le scénario de John Michael Hayes manque de la plus élémentaire des rigueurs et, de ce fait, n’arrive jamais à nous passionner plus avant. Etonnant de la part d’un homme qui nous donnera par la suite quelques perles signées Hitchcock et qui ne sont autres que les superbes Fenêtre sur cour et Mais qui a tué Harry. Son script pour War Arrow date seulement d’une année auparavant mais il est décousu, haché, sans passion, et vire au bâclage sur le final. Nous avons parfois du mal à comprendre certaines réactions de personnages comme celui joué par Maureen O’Hara, et les éléments humoristiques qui parsèment le film - qui sont dévolus au duo d’acteur Noah Berry et Charles Drake - alourdissent le propos plutôt que de lui apporter une bouffée d’air frais qui aurait été la bienvenue. Le seul point positif que l’on puisse trouver au travail de John Michael Hayes est dans sa description des relations tendues qui s’établissent entre Brady et Meade à propos des Indiens : deux conceptions très différentes de leur mission et des relations à avoir avec les tribus indiennes, qui offrent les séquences les plus réussies du film. Les dialogues arrivent parfois aussi à être spirituels, maniant le second degré et les allusions coquines avec talent, notamment à l’occasion de la rencontre entre Brady et la veuve Corwin lors du bal. Mais le travail d’écriture du scénario n’est pas seul en cause dans l’impression de platitude que nous laisse ce western, George Sherman y a aussi sa part de responsabilité.


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Sans aucune idée, sans saveur ni rythme, sa mise en scène est purement fonctionnelle et n’arrive jamais à faire décoller ce western routinier monté à coups de fondus enchainés déstabilisants, le scénariste maniant très mal l'ellipse. Même les scènes d’action, y compris l’assaut final sur le fort, nous semblent assez peu spectaculaires et en partie sabordées par un réalisateur et un monteur qui ne semblent pas du tout concernés par leur film, sans parler des cascadeurs qui n'étaient apparemment pas dans un bon jour. Heureusement, il nous reste une belle photographie de William H. Daniels, une partition assez agréable de Joseph Gershenson et des acteurs principaux qui font ce qu’ils peuvent pour sauver les meubles. Jeff Chandler, après avoir été Cochise dans Au mépris des lois et bien évidemment aussi dans La Flèche brisée de Delmer Daves, passe cette fois du côté des Tuniques Bleues, dans le rôle d’un soldat consciencieux, droit et ne mâchant pas ses mots ; sa prestance et son charisme font ici encore un peu d’effet même s'il a l'air déjà ailleurs, cherchant à cette époque des rôles plus intéressants (ou différents) que ceux que la Universal lui proposait depuis quelques années. Face à lui, John McIntire nous offre quelques scènes intéressantes ; malgré sa haine farouche envers les Indiens, il arrive à nous rendre attachant son personnage pourtant assez antipathique.


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Maureen O’Hara, délurée et fougueuse dans Comanche Territory, est ici un peu en retrait et se retrouve à jouer les utilités mais le scénariste lui a néanmoins offert quelques minimes occasions de briller (la scène de bal du début déjà évoquée). Elle écrivait d'ailleurs dans ses mémoires que si Jeff Chandler était un bel homme, il ne lui faisait aucun effet ; on s'en serait douté au vu du couple peu convaincant qu'ils forment tous deux. Le reste de la distribution n’accomplit pas plus de prouesses même si Suzan Ball, dans son personnage d’Indienne à forte tête, essaie de rivaliser de beauté et de sensualité avec sa partenaire. Si l’excellent sujet de départ est mollement exploité par le scénariste et le cinéaste, le film ne dure finalement que 77 petites minutes qui peuvent néanmoins arriver à divertir le 'westernophile' le plus aguerri s’il sait ne pas s’attendre à frissonner de plaisir. Mais c'est vraiment plus que moyen et probablement le premier western Universal à tant nous décevoir !
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Jeremy Fox
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Border River

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Les Rebelles (Border River, 1954) de George Sherman
UNIVERSAL


Avec Joel McCrea, Yvonne De Carlo, Pedro Armendáriz, Howard Petrie, Erika Nordin, Alfonso Bedoya, Ivan Triesault, George J. Lewis, George Wallace, Lane Chandler, Charles Horvath
Scénario : William Sackheim & Louis Stevens
Musique : William Lava, Herman Stein & Henry Mancini
Photographie : Irving Glassberg (Technicolor)
Un film produit par Albert J. Cohen pour la Universal


Sortie USA : 06 Janvier 1954

Au vu de ce qu’il nous avait montré en début de décennie, on ne pouvait que se réjouir du fait que George Sherman allait faire deux fois l’actualité en ce début d’année 1954 ; malheureusement, ce furent deux rendez-vous manqués, lui qui nous avait habitué depuis quelques temps à nous offrir de véritables petits fleurons de la série B westernienne chez le studio alors roi du genre, la Universal. A tel point qu’il est légitime de se poser la question à savoir s’il s’agit du même George Sherman à avoir réalisé tout d’abord Tomahawk ou The Battle of Apache Pass (Au Mépris des lois) puis War Arrow (A l’assaut de Fort Clark) et Border River, tellement ces deux derniers ont perdu au passage toutes les qualités que l’on trouvait dans beaucoup de ses westerns précédents : sens du cadre, de l’espace, du rythme, ampleur des mouvements de caméra, intrigues captivantes, personnages fouillés… Après ses vingt premières minutes, Les Rebelles devient encore plus inintéressant que pouvait déjà l’être War Arrow et George Sherman de continuer à fortement nous décevoir. Heureusement que la sculpturale Yvonne De Carlo est de la partie et qu’Irving Glassberg a quelques somptueux paysages à photographier sinon nous aurions déjà décroché depuis un bon moment malgré la courte durée du film (moins de 80 minutes).


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1864. La ‘Zona Libre’ est une enclave neutre sur les rives du Rio Grande côté mexicain, contrôlée par le Général Calleja (Pedro Armendariz), despote opposé au régime de Juarez et qui s’accapare 20% de toutes les transactions se déroulant sur son territoire ; c’est néanmoins une terre d’accueil où viennent se réfugier toutes sortes de hors-la-loi et d’aventuriers. Quant débute le film, Clete Mattson (Joel McCrea), un officier confédéré ayant servi sous les ordres du Général Lee, traverse le Rio Grande pris pour cible par les Tuniques Bleues. Il a dérobé un convoi d’or à l’Union et souhaite l’échanger contre des armes pour en faire bénéficier l’armée sudiste en pleine débâcle. L’or de Mattson (d’une valeur de 2 Millions de dollars) devient alors fort convoité et fait beaucoup d’envieux qui cherchent tous à savoir où il a été caché, à commencer par le vil second de Calleja, le Capitaine Vargas (Alfonso Bedoya), ou encore un baron allemand trafiquant d’armes (Yvon Triesault). Menacé de toute part, Mattson trouve néanmoins de l’aide auprès de la patronne de la taverne locale, Carmelita (Yvonne De Carlo), que le Général Calleja convoite ardemment sans réussir à s'en faire une maîtresse.


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En 1954, George Sherman tourne donc Border River qui s’éloigne des schémas pro-Indiens et antiracistes de ses œuvres précédentes. Finies les bonnes intentions parfois un peu lénifiantes (Comanche Territory) mais souvent louables surtout quant elles aboutissaient à un pamphlet aussi beau et puissant que Tomahawk ; le cynisme est ici de mise pour Border River se déroulant à la fin de la Guerre de Sécession sur le territoire mexicain, plus exactement dans la 'zona libre', une enclave neutre sur les rives du Rio Grande contrôlée par un despote opposé au régime de Juarez. Malgré son administration dictatoriale, c’est une terre d’accueil où se déverse toute la lie de la région, où viennent se réfugier toutes sortes de hors-la-loi et d’aventuriers. Le personnage interprété par Pedro Armendariz (un des trois parrains du bébé du Fils du désert de John Ford) existait déjà sous un autre nom dans Le Traître du Texas (Horizons West) de Budd Boetticher sous les traits de Rodolfo Acosta. Un dictateur d’opérette d’une zone franche (comme nommée dans la VF sans doute pour ne pas rappeler à certains des souvenirs de la Seconde Guerre Mondiale) qui a bel et bien existé et dont la seule idée aurait pu être source de pittoresque et de picaresque dont le film est totalement dépourvu.


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Le film débute par un magnifique plan d’ensemble fixe voyant Clete Mattson, un officier confédéré, traverser le Rio Grande pris pour cible par les Tuniques Bleues. Sur l’autre rive, celle vers laquelle il se dirige, on prend en rigolant les paris sur la réussite ou non de sa traversée. On apprend ensuite que Mattson se faisait poursuivre pour avoir dérobé un convoi d’or à l’Union, et qu’il souhaite l’échanger contre des armes pour en faire bénéficier l’armée sudiste en pleine déroute. L’or de Mattson devient alors fort convoité et l’officier confédéré se retrouve être menacé de toute part, chacun cherchant à apprendre par tous les moyens la cachette du butin ; le film ne repose alors plus désormais que sur le ‘suspense’ de savoir comment Joel McCrea va arriver à garder l’or caché sans se faire tuer ou voler. Alors que les scénaristes avaient instauré de très intéressantes relations entre les personnages de Joel McCrea et Yvonne de Carlo et que les enjeux posés allaient s’avérer captivants, il nous faut très vite déchanter car une fois le premier tiers passé, au fur et à mesure de son avancée, le scénario devient de moins en moins original, de plus en plus inconsistant jusqu’à ce languissant et insignifiant final. La première séquence restera donc comme l'une des plus belles qu’a pu mettre en scène le cinéaste, mais elle ne sera malheureusement pas parvenue à faire décoller ce western paresseux et sans rythme, les quelques minimes contrecoups de l’intrigue n’arrivant que difficilement à nous faire sortir de notre torpeur.


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C’est d’autant plus dommage que Joel McCrea et surtout Yvonne de Carlo maîtrisent leurs rôles et s’avèrent plutôt convaincants (contrairement à d’autres acteurs comme l’insupportable Alfonso Bedoya, tellement pénible qu’on se surprend à jubiler méchamment lorsque son personnage se fait enfin descendre avant que le film ait dépassé la première heure - tellement mauvais qu’il est plus tolérable en VF !!), que certaines idées de mise en scène, comme le plan de l’apparition d’Yvonne de Carlo à travers les trous d’une roue de loterie en mouvement, s’avèrent sympathiques et que les paysages au bord du Rio Grande (en fait la rivière Colorado dans la région de Moab en Utah) valent le coup d’œil, assez bien mis en valeur par le cinéaste et la belle photo en Technicolor d’Irving Glassberg, le fabuleux chef opérateur de Bend of the River (Les Affameurs) d’Anthony Mann pour ne citer que son travail le plus mémorable. Cependant Border River se déroule plus souvent en intérieur et n’a ainsi guère l’occasion de nous faire sortir du studio pour nous faire prendre l’air. Après War Arrow, une nouvelle occasion ratée pour George Sherman de nous délivrer ne serait-ce qu’un honnête divertissement. Un western manquant singulièrement de punch, de passion, de rigueur et de rythme pour arriver à nous tenir en haleine une fois les personnages présentés. Un doublé désolant de la part d’un cinéaste que je tenais jusque là en haute estime ; espérons un sursaut d’orgueil de sa part dans les mois à venir.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

Je ne me rappelais pas que c'était aussi mauvais. A vrai dire, je ne m'en rappelle pas du tout, ce qui n'est pas bon signe non plus.

Jeremy Fox wrote:Aujourd'hui même, deuxième anniversaire du parcours ; c’est donc reparti pour une troisième année !
Bravo et longue vie à ce parcours!