Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Lone Star

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L’Etoile du Destin (Lone Star, 1952) de Vincent Sherman
MGM


Avec Clark Gable, Ava Gardner, Broderick Crawford, Lionel Barrymore, Beulah Bondi, Ed Begley
Scénario : Borden Chase
Musique : David Buttolph
Photographie : Harold Rosson
Une production Z. Wayne Griffin pour la MGM


Sortie USA : 31 janvier 1952



Après Bend of the River (Les Affameurs), c’est à nouveau Borden Chase que nous retrouvons en tant que scénariste sur le seul western réalisé par Vincent Sherman. Il est dit que le projet initial avait été prévu d’atterrir entre les mains de George mais qu’un concours de circonstances l’a fait se retrouver entre celles d’un autre Sherman, Vincent, l’un des réalisateurs hollywoodiens dont la spécialité était dès la fin des années 30, à l’instar de George Cukor, de donner les rôles principaux à des actrices (Bette Davis, Ann Sheridan, Joan Crawford…) ; bref, de faire des ‘Women Pictures’. Mais cette ‘légende’ parait un peu tirée par les cheveux d’autant que si George Sherman était un spécialiste du western, il n’est pas du tout certain qu’une telle intrigue ‘historico-romantico-politique’ lui aurait convenu. Quoiqu’il en soit, le film bénéficia d’un important budget alloué par la firme du lion et obtint un succès confortable. Il n’a pourtant pas fait son trou au sein des différentes histoires du cinéma et reste aujourd’hui en France relativement peu connu. Sans être inoubliable, il n’en demeure pas moins loin d’être déplaisant.


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1843. Le Texas est divisé entre les indépendantistes et ceux qui seraient bien plus favorables à l’annexion de leur territoire par les États-Unis d’Amérique. L’ancien Président Andrew Jackson (Lionel Barrymore) qui souhaiterait que ce grand État rejoigne l’Union demande à Devereaux Burke (Clark Gable), rancher et aventurier, de l’aider à prévenir un traité qui pourrait instamment se signer entre la République du Texas et le Mexique. Pour cela, il faudrait qu’il aille retrouver Sam Houston (Morono Olson), occupé au sein des tribus Apaches à les pacifier, le seul homme capable selon lui de retourner l’opinion publique, alors favorable dans une grande majorité à l’indépendance, favorable à ce que le Texas demeure un ‘Lone Star State’. Car si Houston s’est prononcé pour l’indépendance, Andrew Jackson pense qu’il ne s’agit que d’une ruse pour temporiser. Devereaux refuse la mission dans un premier temps, prétextant n’avoir plus aucun intérêt pour la politique. Il finit cependant par accepter si en contrepartie il obtient le contrat qui stipulerait qu’il sera le fournisseur en viande des futures troupes de soldats allant combattre contre le Mexique. Car l’annexion du Texas à l’Union aura quasi obligatoirement comme néfaste conséquence ce conflit meurtrier. En route, Devereaux sauve la vie de Thomas Craden (Broderick Crawford), tombé dans une embuscade tendue par les Comanches. Sachant parfaitement que Craden est à la tête des indépendantistes purs et durs, il n’en fait rien savoir pour mieux infiltrer ce groupe politique contre lequel il va avoir à lutter. En arrivant à Austin, Tom lui présente sa fiancée, l’éditrice du journal local, Martha Ronda (Ava Gardner). Devereaux tombe immédiatement amoureux d’elle...


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Bref rappel historique concernant le Texas puisque l’intrigue de Lone Star tourne autour de son annexion au milieu du 19ème siècle. Vers 1820, des pionniers venus des états de l’Est eurent l’autorisation d’acheter des terres sur le territoire du Texas, alors propriété du Mexique. En effet, le gouvernement mexicain espérait que la présence de ces nouveaux habitants venant peupler le Nord du pays (alors encore quasiment désert) serait un repoussoir à l’attaque des Comanches. Les anglo-saxons furent vite majoritaires dans cette partie du Mexique et exprimèrent assez rapidement leur mécontentement quant aux lois que le gouvernement leur imposait. Déclarant leur indépendance, ils entrèrent en guerre contre le Mexique (avec en point d’orgue la tristement célèbre bataille de Fort Alamo) et en sortirent vainqueurs en 1836, année où ils créèrent la République du Texas. Le Mexique ne reconnut pas ce nouveau ‘statut’ mais ne chercha pas à reprendre le combat immédiatement. Le Sénat américain ayant peur d’un conflit avec le Mexique, deux premières tentatives d’annexions du Texas par les USA échouèrent. Mais l’opinion publique étant majoritairement devenue favorable à son entrée au sein des États-Unis, l’annexion du Texas eut finalement lieu le 29 décembre 1845 ; une 28ème étoile vint s’ajouter au drapeau américain. La guerre américano-mexicaine tant redoutée fut déclenchée et dura jusqu’en 1848.


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L’histoire de L’étoile du destin débute donc alors que le congrès texan est sur le point de voter pour ou contre l’annexion de son territoire par les Etats-Unis. Borden Chase a dit en substance à propos de Lone Star qu’aucun autre film n’avait trahi son travail de la sorte et qu'il s’agissait là du résultat le plus calamiteux d’après l’un de ses scénarios. Même si sa collaboration avec Howard Hawks et Anthony Mann a évidement accouché d’œuvres bien plus éclatantes, son affirmation reste très exagérée ; avait-il à ce moment là occulté certains de ses scripts aussi minables que celui, pour n’en citer qu’un, de The Fighting Seabees (Alerte aux Marines) de Edward Ludwig, qui plus est d’un racisme outrancier et pénible ? Ca ne fait aucun doute car celui de ce western, s’il reste conventionnel sur certains points, n’en demeure pas moins extrêmement intéressant et bien mené malgré des dialogues abondants mais jamais ennuyeux. Et puis existe-t-il beaucoup d’autres westerns qui portent une aussi grande attention à l’aspect politique et historique ? Puisque Lone Star, comme nous l’avons déjà dit, narre (avec néanmoins pas mal de fantaisie) la page d’histoire mouvementée de la lutte pour l’annexion du Texas par les États-Unis, alors que la majorité de la population était alors plutôt favorable à un rattachement au Mexique. Les deux conceptions, les deux prises de position sont bien explicités et assez captivantes, tout comme la ruse politique de Sam Houston. Un aventurier est d’ailleurs chargé par un ex-président des USA de retrouver ce vieux héros de l’Indépendance (actuellement occupé à pacifier les tribus Apaches) qui serait le seul à pouvoir faire pencher la balance en faveur du rattachement à son pays.


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L’aventurier, c’est Clark Gable égal à lui-même dans un rôle qui ressemble beaucoup à celui de Rhett Butler dans Autant en emporte le vent (Gone with the Wind), un homme cynique qui dit n’avoir pas de convictions, seulement préoccupé par les femmes et l’argent (" I’m riding and fighting for money for ten years." ). Il forme ici pour la première fois un duo avec Ava Gardner, actrice qu’il retrouvera l’année suivante dans le Mogambo de John Ford. Et déjà ce couple se révèle extrêmement convaincant, l’alchimie fonctionnant parfaitement ; la romance de ce western historique, même si elle n’est pas l’élément le plus passionnant de cette intrigue (à cause du personnage joué par Ava Gardner malheureusement un peu sacrifié), n’en demeure pas moins tout à fait plaisante. Outre l’histoire d’amour entre ces deux personnages aux idées politiques opposées, de nombreuses intéressantes discussions entre des personnages historiques réels, le jeu fascinant des alliances et trahisons, Vincent Sherman n’en oublie pas non plus de faire la part belle aux scènes mouvementées avec notamment une efficace poursuite à cheval au cours de laquelle on fait la connaissance d’un Geronimo encore adolescent. Ceci dit, au vu de la calamiteuse attaque indienne du début et surtout de la décevante bataille finale au centre ville d’Austin entre les pros et antis annexion, on se dit que l’action n’était pas spécialement la tasse de thé du cinéaste tellement ce qui aurait du être le climax du film s’avère brouillon et plutôt mollasson. Hormis les images des cavaliers transportant des troncs d’arbres pour s’en servir comme béliers, la façon qu’à Sherman de mener et boucler sa séquence se révèle bien décevante.


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Sinon, une assez bonne utilisation de grandioses paysages, une belle photographie laiteuse en noir et blanc d’Harold Rosson , d’excellents dialogues ainsi qu’une robuste bande originale de David Buttolph qui n’est pas sans posséder une certaine vigueur (le générique est même très martial) et qui nous propose un love thème vite entêtant d’autant que la sculpturale Ava le chantera divinement au travers la chanson "Lovers Are Meant to Cry" lors d’une séquence où elle se retrouve seule en compagnie de Clark Gable. Et enfin, aux côtés du couple-star glamour, des seconds rôles tous bien choisis, de Broderick Crawford à Beulah Bondi en passant par Ed Begley, William Conrad ou encore Lionel Barrymore dans la peau d’un Andrew Jackson (qu’il avait déjà personnifié en 1936) qui clôturera sa carrière après plus de trente ans de bons et loyaux services pour la Metro Goldwin Mayer. Un western classique à la vision duquel vous ne risquez pas d’être bouleversé, loin s’en faut, mais qui peut parfaitement faire passer un agréable moment.
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Flaming Feather

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Les Flèches brûlées (Flaming Feather, 1952) de Ray Enright
PARAMOUNT


Avec Sterling Hayden, Forrest Tucker, Richard Arlen, Victor Jory, Barbara Rush, Ian MacDonald, Edgar Buchanan.
Scénario : Gerald Drayson Adams
Musique : Paul Sawtell
Photographie : Ray Rennahan
Une production Nat Holt pour la Paramount


Sortie USA : Février 1952


Dieu que ces Flèches Brûlées sont mal affûtées ! Même si Ray Enright ne nous a jamais totalement convaincu, il est triste de le voir finir sa filmographie ‘westernienne’ de cette façon calamiteuse. Car, comment ne pas donner raison à Bertrand Tavernier quant il affirmait qu’il s’agissait du plus mauvais film de son metteur en scène. Pour ma part, n’ayant pas vu beaucoup de ses œuvres hormis dans le genre qui nous intéresse ici, je confirme au moins qu’il s’agit de son western le plus imbuvable, pire encore que son Montana avec Errol Flynn ! Mais, pour ne pas finir avec Ray Enright sur une note aussi négative vu que nous ne le recroiserons plus sur notre chemin, rappelons brièvement sa carrière au sein du western. Son cursus comprend une quinzaine de titres sur une durée d’à peu près une décennie. Sans studio attitré, il vaqua de la RKO à la Warner en passant par la Columbia, la Universal et la Paramount. Au sein d’une production plutôt médiocre, on peut néanmoins sauver trois sympathiques réussites : Ton heure a sonné (Coroner Creek) avec Randolph Scott ainsi que les deux films qu’il a tourné pour la Universal (quand je ne cesse de vous répéter qu’il s’agissait alors du studio roi dans le domaine ; ça se vérifie à nouveau !), Kansas Raiders avec Audie Murphy et avant ça, son film le plus notoire, Les Ecumeurs (The Spoilers), surtout célèbre pour son trio d’acteurs, à savoir, excusez du peu, John Wayne, Randolph Scott et Marlene Dietrich. Préférons nous rappeler de cet agréable petit tiercé (dans le désordre) pour faire passer la pilule Flaming Feather sur lequel nous n’allons pas nous attarder longuement.


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Depuis une vingtaine d’années, un mystérieux hors-la-loi nommé ‘The Sidewinder – La Rafale en français’, à la tête d’un groupe d’indiens rebelles, dévaste l’Arizona par ses attaques, massacres, vol de chevaux et bétail. Le jour où il incendie le ranch de Tex McCloud (Sterling Hayden) et tue l’un de ses hommes, il ne sait pas encore qu’il n’en a plus pour longtemps à mettre la région à feu et à sang. En effet, Tex promet à son ami mourant qu’il est bien décidé à le venger. Un soir qu’il est accoudé dans le saloon où se produit la chanteuse Carolina (Arleen Whelan), il critique la cavalerie pour son incompétence à éluder le mystère ‘La Rafale’. Vexé, le lieutenant Tom Blaine (Forrest Tucker), parie avec Tex que sa troupe capturera l’énigmatique outlaw avant lui. Carolina se propose de couvrir la moitié du pari de Tex et de lui donner quelques éléments qui lui permettraient de trouver ‘La Rafale’ rapidement à condition qu’il l’aide à récupérer une dette que lui doit Lucky Lee (Victor Jory) qu’elle n’ose pas aller relancer. Lucky est un homme éminent de la petite ville de Fort Savage, sur le point d’épouser la jolie Nora Logan (Barbara Rush) ; puisque Tex refuse d’entrer dans ses combines, Carolina projette de faire enlever la jeune fiancée pour arriver à ses fins avec Lucky. Quant à Tex, il se rend néanmoins à Fort Savage où il pense poursuivre son ‘enquête’. Tout le monde se retrouve là-bas…


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Au vu du résumé ci-dessus, tout ceci semble bien alambiqué ! Mais finalement, à la vision du film, on oublie vite cet embrouillamini pour ne malheureusement se focaliser que sur l’idiotie du scénario ! Le très beau premier plan sur un ranch enflammé en Technicolor était pourtant porteur de promesses qui se volatilisent pourtant immédiatement après. Voir le mexicain agonisant demander à ce que son patron le venge s’avère pour commencer assez peu "aimable" ; un homme sur le point de rendre son dernier souffle n’a-t-il pas autre chose de mieux à penser qu’à ce qu’on le venge ? Déjà qu’il nous avait quelques minutes avant éraillé les oreilles avec sa guitare et son chant ; en tant que spectateurs, nous sommes soulagés que ce personnage ait été envoyé Ad Patres (Oops) ! Malgré ça, bien plus noble et loyal, Sterling Hayden décide d’obéir aux dernières volontés de son "écorcheur musical" et le voilà parti pour exécuter les représailles. C’était donc bien mal parti et ça ne s'arrangera jamais d’autant que Paul Sawtell à la composition ne fait pas dans la dentelle, accentuant et soulignant tout avec une pénible lourdeur. Il en va de même pour la plupart des comédiens qui entament un concours de cabotinage : l’habituellement sympathique Edgar Buchanan en fait ici des tonnes en faire valoir comique de Forrest Tucker ; Arleen Whelan veut bien faire comprendre qu’elle est une sacrée enjôleuse, soulevant son sourcil gauche toutes les dix secondes ; la jeune indienne (Carole Thurston ressemble à tout sauf à une indienne) ne décrispe pas tout du long au cas où nous n'aurions pas saisi qu'elle était folle de jalousie ; Victor Jory grimace à tout va… Bref, la direction d’acteur laisse à désirer. Sterling Hayden (plutôt bon précédemment dans El Paso) et le toujours agréable Forrest Tucker (idem dans The Nevadan) possèdent une belle prestance mais les personnages qu’on leur fait interpréter ne leur permettent pas non plus de faire montre de leur talent. Quant à Barbara Rush, elle a beau posséder un charmant minois, contrairement à elle, Gail Russell prévue au départ aurait peut-être réussi à nous faire sortir de notre torpeur !


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Quant à la mise en scène, Ray Enright semble avoir abdiqué. Il est facile de s’en rendre compte à la vision des scènes d’action totalement amorphes, mal montées, mal découpées, sans souffle ni vigueur. La dernière séquence, celle de l’importante attaque indienne, est minable ; on devine qu’il y a bataille à cause de la fumée des coups de feu mais on n’arrive à entrapercevoir quasiment rien d’autre. Pour accentuer le désastre, le scénariste inclut au sein du combat un humour au raz des pâquerettes qui fait pitié pour les comédiens qui s’y livrent. Les paysages où l’action se déroulent ont beau être très photogéniques, l’indigence de la réalisation ne les mettent pas spécialement en valeur. Dommage car c’était la première fois que nous pouvions admirer (en Technicolor qui plus est) l'étrange lieu que représente Montezuma Castle où se passe la dernière scène. Il s’agit d’un village indien troglodyte creusé dans le roc à flanc de falaise (que l'on voit d'ailleurs sur l'affiche). Flaming Feather a beau regorger d’action et de rebondissements (prévisibles), c’est l’ennui qui emporte la donne. Vous l’aurez compris, l'ultime western de Ray Enright ne s'avère être malheureusement qu'un navrant navet dans lequel il est difficile de trouver grand-chose à sauver si ce n’est une agréable chanson entonnée par Arleen Whelan et deux acteurs principaux qui font se qu’ils peuvent pour sauver les meubles. Peine perdue ; Ray Enright nous quitte sur une sacrée fausse note, pas même divertissante.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

ca n a vraiment pas l air joyeux ...
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

someone1600 wrote:ca n a vraiment pas l air joyeux ...
On peut résumer ça comme ça :lol:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Juste pour vous faire savoir que si j'essaie d'intervenir au moins une fois entre chaque texte, c'est pour garder une place au chaud pour d'éventuels westerns susceptibles un jour de venir s'intégrer entre deux autres.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Cathy »

De toute façon, logiquement avec les forums phpbb on peut faire des collages et des montages :) !
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Cathy wrote:De toute façon, logiquement avec les forums phpbb on peut faire des collages et des montages :) !
Oui mais c'aurait été dommage que chaque film n'ai pas son post dédié. On va dire que je suis un peu maniaque :oops:

Et de toute manière, je ne me force quasiment jamais ; il y a toujours quelque chose à dire suite à vos interventions, ne serait-ce qu'un remerciement sincère pour vos encouragements à continuer. C'est toujours sur la bonne voie jusqu'à présent :) Bon allez, j'arrête de vous ennuyer avec mes états d'âme car j'ai rendez-vous avec Kirk Douglas.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Julien Léonard »

Jeremy Fox wrote:
Cathy wrote:De toute façon, logiquement avec les forums phpbb on peut faire des collages et des montages :) !
Oui mais c'aurait été dommage que chaque film n'ai pas son post dédié. On va dire que je suis un peu maniaque :oops:

Et de toute manière, je ne me force quasiment jamais ; il y a toujours quelque chose à dire suite à vos interventions, ne serait-ce qu'un remerciement sincère pour vos encouragements à continuer. C'est toujours sur la bonne voie jusqu'à présent :) Bon allez, j'arrête de vous ennuyer avec mes états d'âme car j'ai rendez-vous avec Kirk Douglas.
Ayant commandé La vallée des géants il y a peu, j'ai hâte de savoir ce que tu en penses... :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Julien Léonard wrote:
Ayant commandé La vallée des géants il y a peu, j'ai hâte de savoir ce que tu en penses... :wink:
Demain soir probablement :wink: Pour résumer ; un film loin d'être désagréable (même si niveau mise en scène, c'est pas bien fameux ; même si niveau scénario c'est bien routinier) avec un grand Kirk Douglas qui porte le film sur ses larges épaules.
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The Big Trees

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La Vallée des géants (The Big Trees, 1952) de Felix Feist
WARNER


Avec Kirk Douglas, Eve Miller, Patrice Wymore, Edgar Buchanan, John Archer, Alan Hale, Jr., Ellen Corby
Scénario : John Twist & James R. Webb
Musique : Heinz Roemheld
Photographie : Bert Glennon (Technicolor)
Une production de Louis F. Edelman pour la Warner


Sortie USA : 05 Février 1952


Alicia Chadwick : - Men have been known to change.
Yukon Burns : - The biggest mistake a woman can make is to pick the wrong man and try to make him right.

On croirait revivre le dialogue de la pomme pourrie entre James Stewart et Jay C. Flippen dans Les Affameurs sauf qu'en l'occurrence, il s'agit de Edgar Buchanan refusant de croire en la rédemption des hommes mauvais face à Eve Miller qui souhaite le détromper. Quelques semaines après la sortie de Bend of the River d’Anthony Mann, les spectateurs se retrouvaient à nouveau plongés dans une histoire de rachat moral. Mais si James Stewart tentait de faire bonne figure dès le début de l’intrigue, il faudra à Kirk Douglas 70 minutes avant qu’il ne retourne sa veste. Quoiqu’il en soit, excepté cette thématique semblable (reléguée cependant en arrière fond), les films n’ont pas grand-chose à voir entre eux.


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En début de carrière, Kirk Douglas avait signé un contrat à long terme avec la Warner qui stipulait qu’il devrait obligatoirement tourner pour le studio au moins un film par an. Après sa très désagréable expérience avec Raoul Walsh sur le tournage de Along the Great Divide (Une corde pour te pendre, son premier western), il en eut vite assez. Quand Louis F. Edelman et les pontes de la Warner lui assignèrent d’être acteur dans The Big Trees l’année suivante, Kirk Douglas leur fit une offre qu’ils ne purent refuser : il ne toucherait aucun salaire pour ce film à condition que ce dernier mette fin à leur ‘alliance’. Jack Warner obtempéra ; La Vallée des Géants marque donc la rupture de contrat entre le studio et le comédien. Il s’agit de la quatrième adaptation d’un roman de Kenneth Earl après celles sorties en 1919, 1927 et 1938, cette dernière réalisée par William Keighley avec Wayne Morris dans le rôle de Jim Fallon. On trouve d’ailleurs dans le film de Felix Feist, des plans en extérieurs directement repris de la version précédente.


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1900. Jim Fallon (Kirk Douglas), patron ambitieux et sans scrupules d’une entreprise de bois de charpente, décide d’abandonner sa société du Wisconsin sans même avoir versé le salaire de ses bucherons. Il vient en effet d’apprendre la nouvelle loi votée par le congrès concernant les concessions des forêts du Nord de la Californie. Une lacune juridique dans ce texte fait que chacun pourra acquérir des hectares de ces fameuses forêts peuplées de séquoias géants sans débourser un centime et malgré le fait qu’il y ait déjà depuis des décennies des habitants sur ces terres. Et en effet, se trouve installée sur les lieux, une communauté de Quakers qui ne souhaite pas le moins du monde voir ces arbres millénaires (qui leurs servent de lieu de culte) tomber entre les mains d’exploitants forestiers qui les détruiront. Avec l’aide de Yukon Burns (Edgar Buchanan), l’ex-associé de Fallon qui n’a pas voulu le suivre dans ses crapuleuses magouilles, les religieux vont farouchement s’opposer à l’abatage des arbres. Une bataille pour le contrôle de ces terres s’engage, parfois avec violence. Cependant, Alicia Chadwick (Eve Miller), une jeune veuve faisant partie de la communauté, tombée sous le charme de Fallon, va tout tenter pour faire revenir ce dernier dans le droit chemin, ce qui dans le même temps permettrait d’aplanir le conflit en douceur. Quant Fallon finit par changer son fusil d’épaule, il trouve face à lui certains de ses anciens ouvriers, et notamment Frenchy LeCroix (John Archer), son ex chef de chantier…


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Remplacez la bataille entre ranchers et fermiers par une main de fer entre bucherons et Quakers, les arides plaines du Texas par des forêts de séquoias et finalement, l’histoire reste la même, une âpre lutte pour des terres et l’utilisation que l’on veut en faire. Le western de Felix Feist, s’il possède un côté exotique par le fait de se dérouler au début du 20ème siècle au sein de paysages rarement montrés dans un western (le Nord de la Californie), ne nous délivre cependant pas un scénario vraiment original. L’Ange et le mauvais garçon (The Angel and the Badman) nous avait déjà offert l’histoire d’une jeune Quaker tentant de faire revenir un bandit dans le droit chemin. Kirk Douglas s’avère cependant bien plus coriace et moins malléable que ne l’était le John Wayne d’alors. Nous est même brossé par l’intermédiaire d’un Kirk Douglas en pleine forme le portrait d’un véritable salopard, au moins aussi charismatique/haïssable que son Chuck Tatum dans Ace in the Hole (le Gouffre aux Chimères) de Billy Wilder) ou que son Jonathan Shields dans The Bad and the Beautiful (Les Ensorcelés) de Vincente Minnelli (Attention, qualitativement, le film de Felix Feist ne supporte évidemment pas la comparaison avec ces deux chefs-d’œuvre). Jim Fallon est un affairiste baratineur qui retourne ses hommes comme des crêpes ; un embobineur de première qui ne s’embarrasse guère de scrupules ("Nous avons la loi pour nous ") quant il s’agit de mettre en branle ses sales combines et de voler des terres quitte à en chasser leurs habitants sans même les dédommager financièrement ; un mufle qui ne se sert des femmes que pour son bénéfice personnel. En même temps, ce roi des roublards possède un charme fou et un humour sarcastique qui lui permettent de nous mener en bateau et de mettre dans sa poche pas mal de monde y compris le spectateur. Malgré le dédain de Kirk Douglas pour ce rôle (le décrivant comme le plus mauvais qu’il ait eu à jouer), force est de constater qu’il s’y révélait formidable, portant d’ailleurs le film sur ses larges épaules.


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Il lui faudra la mort d’un homme et une virulente leçon de morale assénée avec force par une femme qu’il admire pour le ramener à la raison, le faire changer de camp et abdiquer ses préceptes malsains. S’entendre dire qu’il a du naître sans une once de bonté lui fait même venir les larmes aux yeux d’autant qu’il se trouve être dans le même temps sur la tombe d’un ancien ami. Et c’est la jolie Eve Miller qui parvient à le faire se racheter ; Kirk Douglas délaisse alors la saloon gal jouée par Patrice Wymore pour suivre la jeune Quaker. En revanche, il oblige la communauté à se prendre en charge dans la lutte pour sauvegarder les séquoias qu’ils considèrent un peu comme le toit de leur église. Il faudra qu’ils participent à la lutte même s’ils doivent pour se faire employer la violence. Tout se terminera par des séquences d’action assez efficaces même si quelque peu gâchées par de vilaines transparence : le sauvetage par Kirk Douglas d’Eve Miller enfermée dans train fou lancé à toute vapeur, sans conducteurs et transportant d’énormes troncs ; un pont qui s’effondre sous le poids des wagons qui dégringolent au fond d’une rivière ; un combat à poings nus au dessus d'un barrage prêt à exploser puis, enfin, ladite explosion, gigantesque ! L’action, il aura fallu attendre les dix dernières minutes pour l’avoir mais nous ne sommes pas déçu. Ce qui aura précédé n’aura pourtant pas été ennuyeux grâce à une efficace écriture scénaristique et à un bon casting d’ensemble.


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Pour entourer Kirk Douglas, des acteurs donc plutôt convaincants. Tout d’abord Edgar Buchanan (décidément très présent en ce moment) bien meilleur et bien moins cabotin que dans son film précédent, le médiocre Les Flèches brûlées (Flaming Feather) ; son personnage n’en est pas pour autant dépourvu d’humour. Alors qu’on est sur le point de le nommer shérif, le juge lui dit “Mr. Burns, I've heard you were an honest man and good with a gun. But I also heard you confessed to weakness for liquor, cards and women.” ; sur quoi Burns lui rétorque “Not women, your Honor. They ain't for the weak”. Les deux personnages féminins sont la charmante Eve Miller ainsi que Patrice Wymore (surtout connue pour avoir été la dernière épouse d’Errol Flynn). John Archer s’avère également très bon et c’est avec lui qu’aura lieu le combat final au dessus du barrage. Tous ces comédiens semblent bénéficier d’une bonne direction d’acteur de la part de Felix Feist ; dommage que ce dernier ne soit pas aussi doué niveau mise en scène. Excepté le mouvement de caméra qui suit en contre plongée Kirk Douglas faire le tour d’un séquoia pour en mesurer la circonférence, pas grand-chose à se mettre sous la dent techniquement et plastiquement parlant ; même les beaux paysages cette région de Californie ne sont pas spécialement bien mis en valeur, pas plus que les séquoias qui font pourtant presque office de personnages principaux. Ce qui n’empêche pas le film d’être constamment plaisant. Bref, pas de quoi s’en relever la nuit, rien de bien excitant, d’original ni de simplement mémorable mais un honnête divertissement, jamais ennuyeux. Ce qui n'est déjà pas si mal !
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

Encore une chronique passionnante. :D
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

someone1600 wrote:Encore une chronique passionnante. :D
Merci :)

Je serais quand même curieux de savoir s'il existe une édition potable de ce film.
Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Julien Léonard »

Très intéressant, mine de rien ça donne envie de voir le film. Je l'ai reçu aujourd'hui (le hasard fait bien les choses), il s'agit de l'édition Aventi. Il parait qu'elle est potable, en tout cas je la trouve très limite mais pas plus que les captures que tu as mis. :wink:
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O'Malley
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by O'Malley »

J'ai toujours voulu découvrir ce western mais j'attends toujours une bonne édition pour franchir le pas! J'espère qu'il sortira dans les Trésors de la Warner avec un minimum de restauration!
En tout cas, cette critique de Mr Fox ne fait que redoubler ma curiosité.

Et en passant, bravo pour la très complète chronique des Affameurs!
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Merci beaucoup mais ne vous attendez à rien d'autre qu'à un festival Kirk Douglas et à un western plutôt plaisant au risque d'être déçu.