Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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When the redskins rode

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La Hache de la vengeance (When the Redskins Rode - 1951) de Lew Landers
COLUMBIA


Avec John Hall, Mary Castle, James Seay, John Ridgely
Scénario : Robert E. Kent
Musique : Mischa Bakaleinikoff
Photographie : Lester White (1.37 Supercinecolor)
Un film produit par Sam Katzman pour la Columbia


Sortie USA : 30 mai 1951


1753 en Virginie. Le Colonel George Washington (James Seay) et l’éclaireur Christopher Gist (John Ridgely) introduisent le prince Hannoc (John Hall) de la tribu des Delaware dans la bonne société de Williamsburg. Grâce à leur protégé, ils espèrent conclure une alliance avec la tribu indienne dans le but qu’elle ne rallie pas –comme bon nombre d’entre elles- les français dans le conflit anglo-français qui s’avère imminent. Mais Elizabeth Leeds (Mary Castle), une charmante espionne française, tente d’envouter le prince indien pour faire échouer ces négociations. Les français, apprenant de la bouche de Hannoc la prochaine rencontre des anglais avec son père, le chef Shingiss (Pedro De Cordoba), tendent un piège à la petite troupe de 40 hommes conduite par Washington. Hannoc sauve le détachement militaire qui n'est pourtant pas au bout de sa peine ; il va même se retrouver bloqué à Fort Necessity entouré pas les français trois fois plus nombreux…


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Les faits historiques narrés étant plus passionnants que le film qui les raconte, appesantissons-nous très brièvement dessus d’autant plus que le nombre de films hollywoodiens consacrés à cette période l’histoire de l’Amérique reste assez chiche, les deux plus connus étant Le Grand Passage (Northwest Passage) de King Vidor ainsi que le magnifique Sur la piste des Mohawks (Drums along the Mohawk) de John Ford, l’intrigue de ces deux films se déroulant quelques années après celle de When The Redskins Rode. Au milieu du 18ème siècle, les français et les anglais se disputent âprement pour la domination coloniale les terres du Nord des USA, chacun s’étant allié avec des tribus indiennes, les iroquois pour les anglais, quasiment toutes les autres pour les français. Le 3 juillet 1754 a lieu la bataille de Fort Necessity -le fait historique qui termine le film de Lew Landers- opposant 700 français à 200 anglais bloqués à l’intérieur de la forteresse de fortune sous le commandant du futur premier président des États-Unis, un George Washington alors âgé de seulement 22 ans. Avec un tel postulat de départ fourni de plus par des faits véridiques, il y avait vraiment de quoi faire un film historiquement captivant à partir de cette histoire réelle mettant en scène un célèbre futur homme politique essayant d’allier les anglais à une tribu indienne -les Delaware- dans les vallées verdoyantes de l’Ohio ; mais ce sera au final un nanar hautement fantaisiste.


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Plutôt que de dénigrer moi-même le réalisateur Lew Landers –ce qui serait totalement gratuit ne connaissant qu’un autre film de sa prolifique carrière, le totalement niais Captain John Smith and Pocahontas en 1953- je vous invite à aller lire la page que Bertrand Tavernier et Jean-Louis Coursodon lui consacrent dans 50 ans de cinéma américain, l’une des plus méchamment jubilatoires de leurs livres, très probablement injuste aux dires de certains mais qui au vu de ces deux westerns peut tout à fait se comprendre. Cette seconde de mauvais esprit devant être immédiatement oubliée et évacuée, La Hache de la vengeance se révèle néanmoins un peu plus sympathique que son film sur Pocahontas ; sa naïveté, son côté kitchissime –les costumes du prince des Delaware semblant sortis tout droit d’un spectacle de fin d’années d’école primaire-, la beauté des couleurs du procédé Supercinecolor, le personnage de l’espionne française peu farouche interprété par la charmante Mary Castle ainsi qu’une ‘certaine’ efficacité pour les scènes d’action –et j’insiste bien sur la nuance ‘certaine’ car il ne faut pas y regarder non plus de trop près : si certains plans lors des scènes de batailles font leur petit effet par leur sécheresse et leur pouvoir d’évocation, les bagarres à poings nus sont assez mal fichues- arrivent parfois à sortir le spectateur de sa torpeur.


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Il faut dire aussi que, hormis l'agréable John Ridgely, l’attrayante Mary Castle et le toujours excellent John Dehner –néanmoins ici complètement sous employé-, le reste du casting est loin de faire des étincelles ; et ce sont les indiens les plus mal lotis, tous très mal campés par des acteurs bien blancs dont parmi eux le principal protagoniste, le prince Hannoc, médiocrement interprété par un spécialiste des rôles exotiques dans des films d’aventures bariolés et dépaysants -la plupart produit par Sam Katzman pour la Columbia- le totalement fadasse John Hall qui voyagera dans l’espace et le temps des Mers du Sud aux contes des Mille et une nuits en passant par l’Égypte ancienne ou comme ici par le Nord de l'Amérique durant la guerre de la conquête communément appelée dans sa langue originale ‘French and Indian War’. D'emblée un signe aurait pu nous mettre la puce à l’oreille quant à la médiocrité de l’ensemble : alors que le film débute, on va assister à une après midi de festivité en extérieurs en l’honneur du prince indien : un plan s’arrête une bonne vingtaine de secondes sur le détail du programme et je peux vous assurer que 20 secondes paraissent interminables lorsqu’il s’agit de se fixer sur un texte sans aucun intérêt pas plus pour le spectateur que pour l’intrigue. Dès lors on se dit que les auteurs semblent vouloir faire trainer et c'est effectivement ce qui arrivera avec notamment beaucoup de bavardage intempestif.


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Un 'pré-western' qui pourra faire passer un moment pas trop désagréable lors d'un après midi pluvieux mais sous plusieurs conditions dont voici énumérées quelques unes seulement : ne s’attendre d'emblée à rien de spécial pour pouvoir galner quelques menus plaisirs, ne pas avoir peur du kitsch, accepter des nuits américaines complètement 'foirées' et également qu’un film se déroulant dans le Nord des USA ne cache pas ses lieux de tournage californiens -ce qui représente quand même un sacré grand écart géographique... Pour résumer, à moins d'apprécier le charme naïf des sympathiques nanars, ceux qui ne peuvent s'en contenter peuvent d'ors et déjà passer leur chemin !
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hellrick
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by hellrick »

Merci beaucoup !!! :D
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someone1600
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

Jeremy Fox wrote:Image
Olala... :oops:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

someone1600 wrote: Olala... :oops:

Tu aurais une réaction encore plus accentuée à la vue des deux séquences où la 'coquine' fait des effets de jambe à Kirk Douglas. Ca vaut sacrément le détour :oops: :mrgreen:
someone1600
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

Je n'en doute pas. :fiou:
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feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by feb »

Merci Jeremy pour cette excellente chronique (et ces belles captures...elle est charmante quand même la petite Virginia :oops: ), un peu de lecture le soir au boulot c'est vachement agréable :mrgreen:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Julien Léonard »

J'ai le DVD, mais je ne l'ai pas encore visionné en fait. Ta chronique me donne envie d'explorer une fois de plus les capacités de l'un de mes cinéastes favoris. On verra bien ce qu'il en est, car jusqu'ici, même si j'ai pu voir des films moins bons que d'autres, je n'ai jamais été déçu au point de dire que c'était réellement mauvais.

Ce n'est visiblement pas le cas de ce film, mais je prévoyais mieux que ça. Bref, il me tarde de voir ce qu'il en est, et tes captures sont très belles (dont l'une d'elles... :mrgreen: ).
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Jeremy Fox
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Little Big Horn

Post by Jeremy Fox »

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La Rivière de la mort (Little Big Horn - 1951) de Charles Marquis Warren
LIPPERT PICTURES


Avec Lloyd Bridges, John Ireland, Marie Windsor, Reed Hadley
Scénario : Charles Marquis Warren d’après une histoire de Harold Shumate
Musique : Paul Dunlap
Photographie : Ernest Miller (Noir et blanc 1.37)
Un film produit par Carl K. Hittleman pour Lippert Pictures


Sortie USA : 15 juin 1951


1876. Fort Lincoln dans le Montana où se trouve un détachement du 7ème régiment de cavalerie. Le Lieutenant Haywood (John Ireland) s’apprête à quitter l’armée pour pouvoir refaire sa vie avec sa maîtresse (Marie Windsor) qui n’est autre que l’épouse négligée du Capitaine Donlin (Lloyd Bridges). Ce dernier, revenu à l’improviste, les surprend dans les bras l’un de l’autre. Il ne fait pas d’esclandre mais repart dès le lendemain en prenant le commandement d’une patrouille qui doit aller surveiller les mouvements des Indiens qui commencent à inquiéter par leur ampleur. Il est bientôt rejoint par un détachement commandé par Haywood qui a pour mission de rapatrier tous les soldats à cause du danger imminent d’une révolte indienne. Donlin refuse d’obéir aux ordres : il trouve plus important d’aller prévenir d’urgence le général Custer du péril qui le menace et lui dire de ne pas quitter son camp de Yellowstone avec le gros de ses troupes au risque de se faire piéger puis massacrer par les Sioux qui se rassemblent en grand nombre près Little Big Horn. C’est un voyage harassant de plus de 400 km que les soldats doivent accomplir le plus rapidement possible. Haywood pense qu’ils vont au suicide mais ne peut faire autrement que de suivre Donlin qui l’a engagé comme second. Est-ce en espérant que son rival en amour y perdra la vie ?


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Dans les bonus du DVD sorti ces dernières semaines chez Sidonis, Bertrand Tavernier nous rappelle à quel point ce film était devenu difficile à voir en France, n’ayant pour sa part réussi à le découvrir que grâce à Jacques Lourcelles qui avait déniché une copie 16mm. Avant ça, ce fut longtemps l’un des westerns qu’il avait souhaité le plus ardemment visionner depuis qu’il était tombé sur le top d’un critique américain pour qui il avait beaucoup d’estime élisant Little Big Horn comme film de l’année 1951. C’est me concernant sacrément exagéré, estimant que rien que dans le domaine du western des films comme Tomahawk de George Sherman, Apache Drums (Quand les tambours s’arrêteront) de Hugo Fregonese ou encore les deux chefs-d’œuvre de William Wellman (Convoi de Femmes et Au-delà du Missouri) lui sont quand même nettement supérieurs. Ceci étant dit, la flatteuse réputation du premier film de Charles Marquis Warren est loin d’être usurpée. [Ceux n'appréciant pas les spoilers, même si ces derniers ne sont guère surprenants, sont priés d'arrêter ici la lecture ]. Il faut savoir d’emblée que le titre américain de ce western assez déconcertant est assez trompeur. En effet, le film ne traite absolument pas de la tristement célèbre bataille de Little Big Horn (comme la mémoire défaillante d’Yves Boisset semblait nous le faire croire) mais narre l’odyssée tragique d’un petit détachement parti à la rencontre de Custer et ses hommes pour les prévenir du piège dans lesquels ils risquent de tomber à cet endroit, les Sioux s’étant réunis en nombre pour les y attendre. Une fois n’est pas coutume, le titre français est donc plus représentatif du film, que ce soit par rapport à son pitch que pour son atmosphère un peu mortifère. Ce fait historique peu connu est tout à fait véridique mais il n’aura eu aucune incidence sur le ‘Waterloo’ de Custer ; il aura juste démontré le courage de ces soldats finalement morts pour rien. Et ce n’est pas gâcher la surprise que de le dévoiler puisque l’on sent dès le départ que personne ne réchappera à cette mission suicide, pas plus que ceux ayant participé à la fameuse bataille.


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Charles Marquis Warren, tout d’abord écrivain, avait consacré de nombreux de ses romans à l’histoire de l’Ouest, privilégiant les faits peu connus, les thèmes originaux, les personnages atypiques. Avant d’être réalisateur il fut également un scénariste parfois très efficace et très intéressant, écrivant par exemple pour son deuxième essai le sympathique Streets of Laredo (La Chevauchée de l’honneur) de Leslie Fenton ou un peu plus tard le script diablement réjouissant de l’excellent La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle) d’André de Toth avec Gary Cooper, un des rares ‘westerns d’espionnage’. Quant au début des années 50, on lui proposa de passer derrière la caméra, il le fit sans hésitation, demandant néanmoins des conseils à Budd Boetticher. Le résultat fut cet excellent Little Big Horn qui malheureusement sera suivi (tout du moins parmi le peu de ses films que j’ai eu l’occasion de voir) par le navrant et raciste Arrowhead (Le Sorcier du Rio Grande), un Hellgate (Les Portes de l’enfer) qui tenait précédemment un peu mieux la route grâce surtout au décor unique choisi pour y implanter son intrigue et enfin, malgré une idée de départ séduisante, l'extrêmement mauvais Trooper Hook d’une immense platitude, sans aucune vigueur ni rigueur, sa direction d’acteur se révélant tout aussi inefficace, trouvant le moyen de rendre totalement amorphes Joel McCrea et, bien plus surprenant, Barbara Stanwyck ! Autant dire que la découverte de son premier film en tant que cinéaste fut agréablement surprenante.


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"This is a story based upon a strange and little known incident in America's history. From such incidents has risen the greatest fighting force in the world today-The United States Army-to which this picture is respectfully dedicated." Contrairement à cet avant-propos, le western de Marquis Warren ne sera pas un film cherchant bêtement à glorifier l’armée américaine même si les soldats décrits par l’auteur se révèlent au final comme des modèles de courage et pour certains de probité. Little Big Horn surprend d’emblée par ses premières séquences que l’on dirait sorti tout droit d’un mélodrame et mettant en scène le couple formé par John Ireland et Marie Windsor. C’est un peu comme si nous arrivions à mi-film sans préambule et comme si nous connaissions déjà bien les personnages. Si Marquis Warren a pris des leçons de mise en scène de Budd Boetticher, ce dernier et ses scénaristes ont probablement dû se souvenir de ce film pour leurs chefs-d’œuvre à venir possédant ce même génie de la concision, de l’entrée en matière, de l’ellipse. Car pour en revenir à ce tout début, après ces scènes romantiques d’une douceur, d’une tendresse et d’une sensibilité que l’on n’attendait pas sous la plume et la caméra de Marquis Warren, le troisième personnage fait subrepticement son apparition, prenant en flagrant délit sa femme et son sous officier dans les bras l’un de l’autre, ayant surpris leur conversation quant à leurs projets communs. Encore un motif d’agréable surprise : les réactions attendues se révèlent toutes autres. Le mari trompé ne fait pas d’esclandre, malgré sa déception et sa colère rentrée, semblant comprendre les raisons de son épouse ; l’amant se trouve plutôt gêné, prenant quasiment son supérieur en pitié ; quant à la femme, d’une formidable franchise, c’est le protagoniste fort du trio à ce moment là, n’ayant pas peur de dire ses quatre vérités à son mari que son travail accaparait bien trop au point de l’avoir totalement délaissé. Un triangle amoureux digne des meilleurs mélodrames. Dommage que l’excellente Marie Windsor n'apparaisse ensuite dans aucune autres scènes hormis lors d’un touchant flash-back.


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Car une fois passée la présentation succincte mais efficace de ces trois personnages principaux, une ellipse nous emmène immédiatement à la suite de la troupe conduite par Lloyd Bridges ; le film se déroulera désormais tout le temps en extérieurs, au sein de quelques décors en studio lors des scènes de nuit et en véritables décors naturels pour le reste. Et presque immédiatement, une deuxième séquence vient nous confirmer l’originalité du film et la qualité de son écriture, les auteurs utilisant certains petits détails très réalistes pour rendre le tout plus convaincant et pour donner des indices sur les portraits en fait très nuancés des différents protagonistes. C’est celle où les soldats harassés trouvent enfin un point d’eau après plusieurs jours de marche. Alors que dans la majorité des westerns, les hommes se seraient jetés tête la première dans cette petite étendue d’eau, dans Little Big Horn, leur commandant les en empêche. Si l’on prend au départ cette décision pour un caprice 'autoritariste', il n’en est finalement rien, s’agissant au contraire de la plus extrême prudence. En effet, l’eau aurait pu être croupie et faire des dégâts parmi ses hommes. Il envoie alors un ‘spécialiste’ chargé de tester si l’eau est ou non potable avant de laisser ses hommes s'abreuver. Ca n’a l’air de rien raconté comme ceci mais ça en dit long sur la rigueur du scénario et l’envie de ne rien laisser au hasard. De plus, cette situation commence dès lors à nuancer le caractère despotique du Capitaine Donlin superbement campé par Lloyd Bridges. Ce n’est pas nécessairement un va-t-en-guerre au caractère rude mais un chef qui prend soin de ses hommes. Son évolution tout au long du film sera elle aussi intelligemment décrite, par petites touches successives ; tout comme ses relations avec son rival en amour qui se termineront par un combat à mains nus dans les règles de l’art. En effet, entre temps Donlin aura appris à apprécier le lieutenant Haywood au point de lui laisser un moment les prérogatives quant au choix des éclaireurs à dépêcher à l’avant, ayant peut-être des problèmes de conscience en rapport avec ceux qu’il a déjà envoyé au casse-pipe. Entre temps, il aura également laissé faire le sort en demandant à ses hommes de se désigner en jouant aux cartes (mémorable séquence elle aussi).


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L’homme dont Donlin a décidé de faire son bras droit n’est donc autre que celui qui lui a ravi son épouse. Dans cette histoire d’adultère, pendant une bonne partie du film, les soldats prendront faits et causes pour le mari trompé, leur commandant, auquel certains arrivent même à s’identifier pour avoir vécu la même situation sans jamais avoir pu mettre la main sur leur rival ; ils espérèrent ainsi se venger de leur propre situation par personnes interposées. Mais Haywood va se révéler tellement noble et courageux, capable de soutenir ses sous-officiers face à son supérieur, que leurs regards sur lui vont également évoluer dans le bon sens. Haywood, c’est probablement le plus beau personnage qu’ait eu à interpréter l’excellent John Ireland qui trouvera d’ailleurs ses plus grands rôles au sein du studio Lippert (c’est cette petite structure qui lui aura offert l’une de ses rares apparitions en tête d'affiche, non moins que dans le premier film de Samuel Fuller, le très intéressant J’ai tué Jesse James – I Shot Jesse James). Tout comme Lloyd Bridges, Ireland s’avère lui aussi remarquable, admirable de sobriété, tout comme d’ailleurs tous les autres seconds rôles, personne n’en faisant trop ni ne prenant jamais l’ascendant sur quiconque, que ce soit Reed Hadley, Jim Davis, Hugh O’ Brian, King Donovan... Leurs personnages ne sont d’ailleurs pour aucun dénués d’humanité sans que Marquis Warren n’ait eu besoin d’en passer par une trop grande caractérisation ni par un quelconque manichéisme. Au sein de cette galerie de soldats, on y trouve la jeune recrue s’étant portée volontaire pour cette mission suicide afin de rejoindre son père faisant partie du régiment de Custer, le soldat qui attend sa promise qu’il ne connait encore qu’à travers une photographie et qu’il va retrouver d’une manière tragique durant son périple (séquence d’une retenue absolument admirable), le joueur de cartes qui va tricher non pas pour se défiler mais au contraire pour affronter le danger à la place de ses camarades, celui qui attend des nouvelles de sa femme sur le point d’accoucher et qui va être rassuré par un ‘mensonge décent’ de son supérieur, le soldat raciste qui va être sauvé par le seul indien du détachement à qui il finira par rendre hommage… Non seulement une direction d’acteurs impeccable mais une écriture très riche et toujours nuancée des personnages, chacun ayant leur importance dans le déroulement du récit.


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Sur la forme, le western de Marquis Warren est loin non plus d’être inintéressant : la photographie est magnifiquement contrastée et la mise en scène ne manque ni de vigueur ni d’idées, arrivant à nous rendre prégnante cette constante présence du danger qui guette les soldats, nous prenant par surprise lors des rares mais spectaculaires irruptions de violence ; enfin, pour ne rien gâcher, les combats et batailles (assez peu nombreux, budget oblige) sont assez efficacement filmées contrairement à ce que j’ai pu lire ici et là. Au final, une belle découverte que ce western sans fioritures, sans emphase, assez insolite, parfois déroutant et en tout cas très réussi sur le thème souvent utilisé de ‘la patrouille perdue en territoire hostile’. Une œuvre sombre et funèbre mais constamment délicate et profondément humaine. Merci à l'éditeur Sidonis de nous avoir déniché cette petite pépite de la série B !
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by cinephage »

Jeremy Fox wrote:
Julien Léonard wrote:je n'ai jamais été déçu au point de dire que c'était réellement mauvais.
Moi non plus excepté peut-être OHMS
Bof, ce n'est pas un grand film, mais ce n'est pas un mauvais film non plus...
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

cinephage wrote:
Jeremy Fox wrote:
Moi non plus excepté peut-être OHMS
Bof, ce n'est pas un grand film, mais ce n'est pas un mauvais film non plus...
D'accord avec cinephage, c'est un bon petit film.
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Jeremy Fox
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Fort Worth

Post by Jeremy Fox »

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La Furie du Texas (Fort Worth, 1951) de Edwin L. Marin
WARNER



Avec Randolph Scott, Ray Teal, Helena Carter, David Brian, Phyllis Thaxter, Chubby Johnson, Bob Steele
Scénario : John Twist
Musique : David Buttolph
Photographie : Sidney Hickox
Une production Anthony Veiller pour la Warner


Sortie USA : 14 juillet 1951


Edwin L. Marin n’assistera pas à la première de son dernier film puisqu’il décéda quelques semaines avant. Revenons donc rapidement sur sa carrière avant de le quitter définitivement. Né en 1899, il arrive à Hollywood au début de 1930. D’abord assistant metteur en scène, il signe son premier film en 1933 et en réalise plus de trente cinq avant d’aborder le genre qui nous intéresse ici. Ce sera en 1944 pour la RKO avec L’Amazone aux Yeux Verts (Tall in the Saddle) : John Wayne en était la tête d’affiche et il était accompagné par Ella Raines dans un rôle de femme-forte qui faisait forte impression. Ceci dit, ce western-policier ne se révélait que tout juste plaisant tout comme celui qui suivit, Abilene Town où le cinéaste fit tourner Randolph Scott pour la première fois. Ce furent pourtant, de ceux que j’ai pu voir, ses meilleurs westerns si on leur ajoute l’intéressant Raton Pass avec Patricia Neal, mélange de western et de mélodrame. Juste moyens mais pas déplaisants. Parmi ses sept autres westerns, six ont Randolph Scott comme acteur principal. Trois bénéficient de titres ‘exotiques’ aux parfums d’aventure pour le moins alléchants : Canadian Pacific, The Cariboo Trail ou Fighting Man of the Plains. Ils furent produits par l’indépendant Nat Holt et distribués par la Fox mais sont malheureusement difficiles à voir. Les trois autres, plus connus par le fait d’être plus souvent diffusés, ont été tournés pour la Warner. Dans le domaine de la série B westernienne, le studio nous proposant depuis quelques années le bas du panier, Colt 45 et Sugarfoot n’ont en effet pas grand intérêt (le second étant même un sombre navet) et il en est de même concernant son ultime film, Fort Worth baptisé en français La Furie du Texas, on se demande bien pourquoi, le personnage féminin interprété par Phyllis Thaxter n’ayant que peu d'importance et n'étant en rien une harpie.


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Ancien tireur d’élite, Ned Britt (Randolph Scott), a troqué son six-coups contre un stylo depuis qu’il dirige un journal au Kansas, souhaitant désormais combattre les injustices d’une manière plus pacifique. Avec ses partenaires Ben Garvin (Emerson Treacy) et Luther Wick (Dick Jones), il se dirige au sein d’une caravane de pionniers, vers San Antonio pour ouvrir un nouveau journal. Sur leur route, Flora Talbot (Phyllis Thaxter) rejoint la caravane. Ned la connait bien puisqu’il fut l’employé de son père des années auparavant à Fort Worth. Elle lui apprend qu’elle projette de se marier avec Blair Lunsford (David Brian), ancien ami et complice de Ned, désormais richissime vendeur de bétail. Gabe Clevenger (Ray Teal), chef d’un redoutable gang qui terrorise la ville de Fort Worth et qui a déjà eu maille à partir avec Ned 14 ans auparavant, ne souhaite pas que ce dernier revienne s’installer dans son fief. Un de ses hommes déclenche une panique au sein d’un troupeau de bétail, ce qui cause la mort d’un jeune garçon faisant partie du convoi et dont Ned s’était pris d’amitié. Au grand dam de Flora, Ned refuse néanmoins de se servir de ses armes pour punir les ‘meurtriers’. A leur arrivée à Fort Worth, Blair persuade Ned d’ouvrir le journal dans sa ville qui attend instamment l’arrivée du chemin de fer et qui devrait très vite prospérer. Une chose chiffonne néanmoins Ned : comment son ancien ami s’est-il débrouillé pour s’approprier autant de terres à si bas prix et aussi rapidement ? Serait-il en chevilles avec Clevenger ? Ne se serait-il pas considérablement enrichi en escroquant les terres de la population menacée par le banditisme florissant soutenu par lui-même ? Quoiqu’il en soit, dans le doute, ils travaillent en bonne entente. Et quand les mots ne s’avèreront pas assez puissants pour déloger la mauvaise herbe, Ned n’hésitera pas à s’emparer de l’insigne de shérif qui se trouve sur le torse d’un couard, et d’aller régler ses comptes à coups de revolver…


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Hormis le fait de trouver Randolph Scott dans la peau d’un journaliste n’hésitant pas à endosser le tablier d’imprimeur à l’occasion, proférant à plusieurs reprises préférer l’efficacité des mots à celle des armes à feu, rien de bien nouveau à se mettre sous la dent ! Fort Worth étant produit par la Warner, les conventions scénaristiques vont même bon train et les personnages caricaturaux foisonnent. Edwin L. Marin n’étant pas un très bon metteur en scène, il est clair qu’il n’allait certainement pas pouvoir relever le niveau ; bref la cuvée s’annonce plutôt terne. Heureusement, Fort Worth bénéficie d’un ‘méchant’ flamboyant de tout premier ordre, superbement interprété par un David Brian sacrément charismatique et qui vole carrément la vedette à Randolph Scott, ce qui n’empêche pas ce dernier d’avoir toujours autant de classe et d’élégance. Le personnage de Blair Lunsford, arriviste visionnaire et sans scrupule est quasiment la seule bonne chose de ce western plus que faiblard. Très ambigu, on ne sait jamais dans quel camp il se situe, on ne sait jamais s’il ment ou dit la vérité mais il s’avère crédible dans tous les cas. Son sourire carnassier, sa manière de se servir de deux armes à la fois, ses voltefaces permanentes, sa prestance et son bagout font de Blair Lunsford un personnage assez passionnant ; il le restera d’ailleurs jusqu’au bout, toutes les équivoques n’ayant pas été levées alors qu’il succombe. Voulant s’approprier le maximum de terres (pour cela, il capitalise sur la peur des habitants face à la terreur que fait régner Clevenger et rachète leur propriété à prix plancher quant ils décident de fuir la région) et devenir gouverneur du Texas, sa mégalomanie dictatoriale est toujours accompagnée d’une bonhommie et d’une intelligence qui peut faire croire que ses idées de grandeur veulent peut-être servir l’état du Texas et non seulement ses intérêts personnels. On pense parfois au personnage d’Errol Flynn dans La Rivière d’argent (Silver River) ou à celui de Vincent Price dans Le Baron de l’Arizona de Samuel Fuller.


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A ses côtés, des seconds-rôles peu marquants, un ‘Bad Guy’ peu convaincant et encore moins effrayant en la personne de Ray Teal ainsi qu’un personnage féminin sous employé. Bref, David Brian porte le film sur ses épaules ce qui évite qu’on s’y ennuie. Mais il est bien le seul à nous tenir éveillé au sein d’une intrigue inutilement embrouillée et sinon plutôt convenue. L’impression de déjà-vu pour le reste est amplifiée par le fait de nous retrouver devant des situations et même des plans et séquences repris intégralement de Dodge City de Michael Curtiz : la mort d’un enfant piétiné, la course entre une diligence et un train, la fusillade dans le wagon en flammes… On y trouve néanmoins un technicolor toujours aussi réjouissant pour les mirettes et quelques moments assez efficaces, notamment les fusillades très bien menées : l’échange des revolvers à la volée entre Randolph Scott et David Brian alors qu’ils étaient tenus en joue est même assez jouissif. Dans l’ensemble, ce n’est guère mieux que Colt 45 pour ceux qui connaîtraient ce dernier mais moins idiot que Sugarfoot ; dans tous les cas, hormis les fans de Randolph Scott ou les aficionados de la série B peu difficiles ou regardants, La Furie du Texas ne pourra probablement pas plaire à grand monde. On peut facilement faire l’impasse si on veut ne pas être trop vite lassé du western américain classique. Pas grand chose à en dire de plus en tout cas.
Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Julien Léonard »

Un petit western sans prétention, effectivement. Une série que je juge d'honnête facture et que tu as parfaitement cerné, avec tous ses défauts.

A noter que ce triple feature propose trois films franchement mineurs (le dernier est peut-être le meilleur). L'autre triple feature avec Randolph Scott contient trois films d'un autre calibre, avec surtout deux films d'André de Toth !
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Warpath

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Le Sentier de l'enfer (Warpath, 1951) de Byron Haskin
PARAMOUNT


Avec Edmond O'Brien, Dean Jagger, Paul Fix, Forrest Tucker, Harry Carey Jr. James Millican
Scénario : Frank Gruber
Musique : Paul Sawtell
Photographie : Ray Rennahan (Technicolor)
Un film produit par Nat Holt pour la Paramount


Sortie USA : Août 1951

A force de suivre la production westernienne pas à pas dans l'ordre de sortie des films, on finit par arriver à reconnaître quel studio les a mis en chantier et ce, sans bien évidemment avoir regardé leurs génériques de début. C'est ainsi qu'il est assez aisé de savoir si nous avons à faire à un western Warner, Fox, Universal ou MGM. Avec un œil encore plus acéré, une habitude encore plus grande, il vous est même finalement tout aussi facile de repérer une production Harry Joe Brown pour la Columbia ou Nat Holt pour la Paramount. Hormis des éléments communs et bien identifiables à chacun des films à l'intérieur d'une même structure de production, concernant ces deux exemples, vous êtes à peu près certains pour les premiers de tomber sur des films très réussis, pour les seconds sur des œuvrettes médiocre. Si le style Nath Holt est coloré et remuant, les scénarios qu'il impose (souvent écrits pour le pire par Frank Gruber) se révèlent pour la plupart infantiles et dépourvus de chair quant ils ne tombent pas dans les travers du racisme et de la xénophobie les plus pénibles. Différents réalisateurs accouchèrent d'ailleurs la plupart du temps de leurs plus mauvais films sous la férule de ce producteur à la réputation peu flatteuse humainement parlant : Ray Enright avec Les Flèches brûlées (Flaming Feathers) et même Gordon Douglas avec Les Rebelles du Missouri (The Great Missouri Raid). Byron Haskin n'a pas eu de chances puisque trois sur quatre de ses westerns ont été produits par Nat Holt. Vous aurez dès lors vite compris que je ne les porte pas en très haute estime.


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A peine arrivé en ville, John Vickers (Edmond O'Brien) se retrouve nez à nez avec Herb Woodson à qui il demande de dégainer, auquel cas contraire il l'abattrait sans qu'il ait pu se défendre. N'ayant jamais vu John, Herb lui demande les raisons de cette provocation ; sur quoi John lui rappelle qu'avec deux complices il a, huit années auparavant, tué une femme qui n'était autre que sa fiancée. Depuis ce temps là, John n'a eu de cesse de poursuivre les trois hommes dans le but de se venger. Blessé à mort, Herb révèle les noms de ses deux acolytes en lui disant que l'un d'eux s'est engagé depuis dans le 7ème régiment de cavalerie. John se rend donc à Bismarck dans le Nord Dakota pour se faire enrôler dans ce corps d'armée dont le général n'est autre que George Armstrong Custer (James Millican). Le Sergent O'Hara (Forrest Tucker), n'ayant pas supporté de se faire humilier par John juste avant que ce dernier ne revête l'uniforme, lui mène la vie dure d'autant que le nouvel arrivant tourne autour de la jolie Molly Quade (Polly Bergen) sur qui il avait également des vues. Molly est la fille de Sam (Dean Jagger), l'épicier de Fort Lincoln, qui semble être en étroite relation avec le Sergent O'Hara. Quelques jours plus tard, la compagnie est envoyée en mission, à la poursuite d'indiens ayant massacré une caravane de pionniers. Mais les soldats se retrouvent pris au piège, assiégés sur un ilot située au milieu de la rivière. On ordonne à John de se porter volontaire afin d'aller chercher de l'aide au fort. Mais alors qu'il se faufile subrepticement entre les lignes indiennes, il se fait tirer dessus. Il semblerait que certains au sein du régiment aient deviné les intentions de John en s'engageant à leurs côtés et qu'ils craignent d'être reconnus...


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Frank Gruber n'est pas assez fin pour ne pas nous avoir laissé deviner en à peine dix minutes l'identité des deux hommes que recherche activement le personnage joué par George O'Brien. Ce ne serait pas bien grave si le reste de son scénario avait été captivant, ce qui est loin d'être la cas. Ca bouge énormément mais étant donné que l'écriture des protagoniste est d'une grande pauvreté, on ne s'intéresse guère à ce qui peut leur arriver. Et puis décidément, George O' Brien était loin d'être convaincant dans le genre ; au vu des dialogues ineptes qu'on lui fait dire, des scénarios médiocres qu'on lui colle entre les mains, ça peut également se justifier. Lorsque Polly Bergen lui fait comprendre que se venger n'est pas une bonne chose, il lui rétorque que ce n'est pas la vengeance qu'il recherche, qu'il souhaite juste les châtier par la mort. Comprenne qui pourra ! A moins qu'il y ait une grande différence entre la vengeance et le châtiment ?!


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Il y avait pourtant au départ une situation assez intéressante, l'imbrication d'une histoire de vengeance et la description d'un régiment de cavalerie et de ses missions ; il y avait un contexte historique tout à fait captivant, celui des prémisses de la bataille de Little Big Horn au cours de laquelle Custer s'est fait massacrer par les Sioux ; il y avait tout un panachage de comédiens connus et sympathiques, de Dean Jagger à Harry Carey Jr en passant par Forrest Tucker ou Paul Fix ; il y avait comme une volonté de creuser le chemin ouvert par John Ford avec le portrait de la vie quotidienne dans un fort avec ses bals, ses corvées, ses forts en gueule, ses femmes douces et aimantes. Byron Haskin reprenait même certains acteurs de la famille fordienne et les mêmes airs militaires que l'on pouvait entendre au sein de sa fameuse trilogie cavalerie. Le rappel constant de ces trois merveilleux films n'est malheureusement pas à l'avantage de Warpath qui ne leur arrive évidemment pas à la cheville. Même en ne cherchant pas à les comparer, le western de Byron Haskin s'avère mauvais car, outre un scénario médiocre, la mise en scène s'avère bien souvent sans intérêt. Et pourtant, il y avait une sacrée figuration à disposition pour les scènes de batailles et ces dernières débutaient de la plus belle des façons par de superbes plans d'ensemble sur les lieux du drame à venir avec la vue en plan fixe des centaines de cavaliers arrivant du haut des collines. Mais une fois le combat engagé, le cinéaste et le monteur, ont l'air de ne pas savoir comment s'y prendre, semblant incapables de donner le moindre souffle à leurs séquences, plus amorphes que dynamiques.


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On se souviendra quand même longtemps de ces plans sur le paysage de l'ilot au milieu de la rivière avec les indiens venant de tous les côtés assiéger les tuniques bleues. Le budget ayant eu l'air d'être conséquent, on se demande bien pourquoi pour certains plans, la production a préféré faire rouler une maquette de train sur fond de toile peinte !!!! C'est une des preuves de l'incohérence de ces productions Nat Holt, passant sans aucune harmonie ni rigueur d'une esthétique de film à grand spectacle pour, la scène suivante, nous faire penser que nous nous retrouvons devant un film de la Poverty Row. Le postulat de départ, celui de cet ancien officier sudiste, en pleine guerres indiennes, se réengageant dans l'US Cavalerie pour pouvoir enquêter sur l'identité des deux meurtriers de sa fiancée, les démasquer et s'en venger était on ne peut plus alléchant. Frank Gruber, Nath Holt et Byron Haskin le gâchent tout du long, n'arrivant à nous faire sortir de notre torpeur que le temps de quelques introductions à différentes scènes de combats. Pour le reste, certains y prendront probablement du plaisir (j'arrive bien à en prendre à certaines productions Universal dénuées d'intérêt), d'autres s'y ennuieront à mourir malgré de beaux extérieurs, une belle photo signé Ray Rennahan et un score assez réussi de Paul Sawtell. Après avoir quitté le giron de Nath Holt, Byron Haskin se révèlera bien meilleur dans le domaine de la science-fiction avec sa version de La Guerre des mondes ou dans le film d'aventure avec Quand le Marabunta Gronde. La même année que Warpath, toujours sous la férule de Nat Holt, Byron Haskin réalisera Silver City dont je vous reparle dans quelques jours. Va-t-il me faire mentir ou confirmer mes craintes ?
someone1600
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

En tout cas, la copie a l'air magnifique. :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

A venir donc, en fin de semaine prochaine, un curieux et très bon western assez peu connu, L'énigme du lac noir

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