George Stevens (1904-1975)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Jeremy Fox »

Test du Bluray de Shane (L'homme des vallées perdues)

Le comparatif DVD/BR au travers des captures fait très très mal.
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Rick Blaine
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:Test du Bluray de Shane (L'homme des vallées perdues)

Le comparatif DVD/BR au travers des captures fait très très mal.
:shock:
C'est spectaculaire.
Dommage que ce soit pour un film que je ne rachetterais pas. :mrgreen:
Brandon de Wilde en HD, je pense que je fais une attaque cardiaque...
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Jeremy Fox
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:Brandon de Wilde en HD, je pense que je fais une attaque cardiaque...
:lol:


Pauvre Brandon : il n'a pas vraiment la cote ici.
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Commissaire Juve
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Commissaire Juve »

Ah oui, le monstre ! :mrgreen:
-- Bang ! Bang ! ... Bang ! Bang !
-- Ça suffit, Joey !
-- Bang ! ... Bang ! Bang ! Bang ! ... Bang !
-- Tu vas la fermer ta gueule, oui ?
:lol:


EDIT : je viens d'en découvrir une bien bonne... Dans la VF, c'est le père de Catherine Deneuve qui a doublé Alan Ladd ! :o
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by kiemavel »

Commissaire Juve wrote:Ah oui, le monstre ! :mrgreen:
-- Bang ! Bang ! ... Bang ! Bang !
-- Ça suffit, Joey !
-- Bang ! ... Bang ! Bang ! Bang ! ... Bang !
-- Tu vas la fermer ta gueule, oui ?
:lol:


EDIT : je viens d'en découvrir une bien bonne... Dans la VF, c'est le père de Catherine Deneuve qui a doublé Alan Ladd ! :o
Ladd a été doublé comme la plupart des acteurs américains par plusieurs voix françaises mais Maurice Dorléac a doublé la plupart des films les plus célèbres du comédien : L'homme des vallées perdues, La clé de verre, La brigade héroïque, Montagne rouge, La maîtresse de fer, etc..Il a été aussi le doubleur n° 1 pour Cary Grant sur sa fin de carrière…et de bien d'autres même si par la suite, je crois qu'il a surtout supervisé le doublage de nombreux films. Tu as du le voir comme moi crédité le plus souvent en toute fin de générique, sur la page concernant la version française d'un tas de films ricains.
Geoffrey Carter
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Geoffrey Carter »

Jeremy Fox wrote:Test du Bluray de Shane (L'homme des vallées perdues)

Le comparatif DVD/BR au travers des captures fait très très mal.
Tout simplement éblouissant, à l'image de la photographie du film d'ailleurs.
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Profondo Rosso
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Profondo Rosso »

The More the Merrier (1943)

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La crise du logement qui sévit aux Etats-Unis pendant la dernière guerre, oblige la jeune Connie à louer un appartement à un vieux monsieur, Benjamin Dingle. Celui-ci, de son côté, le sous-loue au jeune officier Carter...

Un an après l'excellent La Justice des hommes (1942), George Stevens retrouve Jean Arthur pour une nouvelle merveille de romance en huis-clos avec cet excellent The More the Merrier. S'il ne part pas dans les réflexions philosophiques de son prédécesseur, le film s'inscrit avec humour dans une réalité d'alors à savoir la pénurie de logement au sein de cette Amérique en guerre. La scène d'ouverture amuse ainsi par son décalage avec sa voix off vantant les vertus de l'accueil à Washington tandis qu'à l'image s'enchaîne les visions d'hôtels et de pensions saturées. C'est dans ce contexte que va se profiler une promiscuité inattendue entre nos trois héros. Benjamin Dingle (Charles Coburn) est un homme politique venu justement à Washington pour mettre en place un programme immobilier et va ironiquement se trouver à la rue le temps de son séjour. Il va avec roublardise et insistance réussir à sous-louer une chambre à Connie (Jean Arthur) jeune célibataire qui aurait préféré la compagnie d'une autre femme. Les manières coincées et l'organisation rigoureuse de Connie s'opposent à la désinvolture rigolarde de Dingle et George Stevens par son sens du rythme et sa gestion de l'espace fait de l'appartement un hilarant théâtre de ces deux caractères opposés. Le procédé est poussé plus loin encore lorsque Dingle va sous-louer sa propre chambre à Carter (Joel McCrea) un jeune officier de passage, et à l'insu de Connie bien sûr. A ces mouvements perpétuels désordonnés s'ajoutera ainsi une hilarante partie de cache-cache où Charles Coburn est absolument génial dans ses efforts à dissimuler sa duperie tandis que ses deux colocataires vaquent à leurs occupations.

Après avoir introduit les personnages dans les entrechoquements de cet espace restreint, Stevens met la pédale douce sur les gros gags pour développer subtilement leur caractère. Charles Coburn s'avère aussi volontariste que désinvolte dans ses actions sociales et dans son rôle d'entremetteur goguenard qu'il interprète avec un plaisir non dissimulé. Jean Arthur est une nouvelle bouleversante quand se dessine peu à peu la solitude de Connie sous l'attitude psychorigide, "fiancée" à un homme surtout préoccupé par sa carrière et pour qui cette compagnie un autant un dérangement qu'un piquant dans son quotidien morne. Joel MCrea est également très subtil en soldat de passage à l'attitude détachée, ses responsabilité ne lui permettant pas de se lier trop longuement à qui que ce soit (la première rencontre avec Dingle où il est constamment allusif sur ses activités). La fragilité et le charme de Connie vont pourtant faire vaciller progressivement cette froideur. Ce rapprochement se fait dans le quotidien, le temps de quelques séquences anodines (un petit déjeuner à trois, une séance de bronzage...) d'un charme fou où Dingle a recours à des procédés grossiers pour briser la retenue des deux jeunes gens. Connie est trop fière et distinguée pour faire le premier pas, Carter n'est même pas conscient d'être en train de tomber amoureux. Les dialogues sont tordants lorsque les deux hommes mettent à mal la patience de Connie (toutes les piques sur son fiancé) et l'on passe un vrai bon moment.

Comme La Justice des hommes, Stevens brise cet aparté de manière un peu artificielle dans l'avalanche de rebondissement de la dernière partie alors que le romantisme se développait bien mieux dans l'attente. Néanmoins les situations sont suffisamment drôles pour susciter l'adhésion, comme ce moment où se vérifie les tirades de Charles Coburn sur la pénurie d'hommes à Washington (huit femmes pour un homme) et où Carter est subitement assailli de prétendantes dans un restaurant. On pense aussi à la réaction ahurie du fiancé (Richard Gaines) lorsqu'il découvrira les liens curieux unissant nos trois héros. La magie opère définitivement dans les purs moments romantiques où le film se détache de sa mécanique et ose ralentir. Deux moments de grâce fonctionnent ainsi en parallèle. Connie et Carter dans leurs chambres respectives, allongés, s'avouent leur amour, le mur séparant les deux pièces semblant disparaitre par la finesse du montage laissant croire qu'ils sont côté à côte. La dernière scène répond à ce moment, quand devant se séparer notre couple reprend une attitude distante pour cacher sa détresse. A l'inverse, la mise en scène de Stevens filmant ce passage de l'extérieur fait supposer qu'ils sont séparés et en fait le mur a cette fois (littéralement) disparu. Le rapprochement mutuel se sera fait en domptant leur cœur et cet espace, idée que conjugue avec brio le réalisateur par la seule image (et assez ironiquement l'aveu amoureux se fait dans une promiscuité indécente par le montage, l'hypocrisie revient alors que la relation est "régularisée" beau pied de nez au Code Hays). Un petit bijou de comédie romantique et Jean Arthur est définitivement la plus craquante des "girl next door" du cinéma américain. 5/6
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Profondo Rosso
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Profondo Rosso »

I Remember Mama (1948)

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Au début du XXe siècle, la famille Hansen quitte sa Norvège d'origine pour s'installer à San Francisco. Au cours des années qui suivent, autour de la mère qui dirige le clan avec très peu de moyens, la famille connaît des joies, des peines et aspire au bonheur, comme tout nouveaux américains...

Spécialistes du divertissement hollywoodien le plus enlevé depuis ces débuts et ce quel que soit le registre (comédie musicale avec Sur les ailes de la danse (1936), le film d'aventures pour Gunga Din (1939) et surtout la screwball comedy sur les géniaux Mariage Incognito (1938), Plus on est de fous (1943) ou La Justice des hommes (1942)) George Stevens verra le ton de ses films évoluer vers une tonalité plus dramatique après son expérience de la guerre. Engagé lors de la Seconde Guerre mondiale dans les services cinématographiques de l'armée américaine, Stevens filmera notamment le Débarquement en Normandie mais également les premières images des horreurs des camps de concentration avec la libération du camp de Dachau. Marqué durablement par l'expérience, ses films futurs n'auront plus jamais l'insouciance de ses premiers classiques, le plus marquant étant bien sûr le très sombre revers du rêve américain montré avec Une Place au soleil (1951). Avant de s'attaquer à ces sujets plus sérieux (dont une adaptation du Journal d'Anne Frank en 1959), Stevens semble avec I Remember Mama vouloir effectuer un retour vers un passé idéalisé et heureux, loin des horreurs auxquelles il vient d'assister. Le film est l'adaptation du roman Mama's Bank Account de Kathryn Forbes, en partie autobiographique puis s'inspirant de son enfance à San Francisco auprès de ses parents émigrants norvégiens. Plus précisément, le film transpose l'adaptation théâtrale qui fut tirée du livre à Broadway par John Van Druten.

Cela se ressent vraiment dans construction du film, sans vraie intrigue linéaire mais plutôt partagée en trois actes et moments nostalgiques mettant en valeur à chaque fois sous un nouvel angle la bonté de cette famille et plus précisément cette mère si aimante. La force du film est de créer une émotion sincère dans la capture de l'anodin. Les caractères de cette famille sont dépeints dans leur environnement modeste, la rigueur et la bienveillance de Mama (Irene Dunne méconnaissable et vieillie par le maquillage pour incarner cette matriarche), la nature rêveuse de Katrin, l'obstination de sa sœur Christina (Peggy McIntyre), la sagesse du père (Philip Dorn) ou encore l'attachement aux animaux de la cadette Dagmar (June Hedin). De simples archétypes dans la scène d'ouverture où la famille compte ses économies pour les échéances à venir, les personnages prennent un tour de plus en plus attachant au fil des trois actes. Dans le premier Mama cherchera par tous les moyens à souhaiter bonne nuit à la petite Dagmar hospitalisée et à laquelle on lui interdit le contact avant le lendemain de son opération. On s'amuse des stratagèmes employés par cette mère mais le comique s'estompe vite face à son angoisse puis à cette scène d'une infinie tendresse où elle peut entonner sa berceuse, cette aura maternelle s'avérant universelle face aux yeux captivés des autres enfants de la chambre d'hôpital. Tout le film fonctionne ainsi, célébrant l'abnégation et l'amour de Mama capable de tout surmonter toutes les difficultés. Vu à travers le regard idéalisé de l'enfant, Mama semble pouvoir ressusciter les chats, sacrifier ses objets les plus précieux ou contribuer de manière surprenante à la carrière d'écrivain de sa fille. Jamais niais ni gratuitement mélodramatique le scénario st toujours authentique dans l'émotion, porté par une Irene Dunne habitée de bout en bout.

Parallèlement le film dessine une vision plus nuancée et amusée de cette communauté norvégienne expatriée avec ses personnages hauts en couleurs, les trois tantes coincées et acariâtres mais surtout l'Oncle Chris (Oskar Homolka dans un personnage inventé pour la pièce) dont la présence tonitruante dissimule un même souci des autres. Là aussi ces personnages naviguent du cliché comique et de la caricature vers quelque chose de plus authentique avec les bonheurs du mariage pour Trina (Ellen Corby), vieille fille à l'amour tardif. Même des acteurs secondaires du récit dégagent cette même bonté en dépit d'actes discutables comme le locataire Jonathan Hyde (Cedric Hardwicke) qui fera gouter aux joies de la lecture collective toute la famille. C'est par cette même voie que se conclura l'histoire bouclant la boucle à l'écoute d'une ultime histoire, celle de leurs propres souvenirs. 5/6
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Kevin95
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Kevin95 »

THE ONLY GAME IN TOWN - George Stevens (1970) découverte

Le film a une réputation exécrable mais comme George Stevens ne jouit pas non plus d'une cote folle (en tout cas chez nous),peut-être que moins par moins ça fait plus. Or c'est effectivement le cas puisque The Only Game in Town a pleinement marché chez bibi, petite comédie romantico-dramatique réjouissante dans un Las Vagas irréelle - façon One from the Heart de Francis Ford Coppola - entre deux paumés, une danseuse plus vraiment de première fraicheur et un jeune coq roublard. La différence d'âge (et de tour de taille) entre Elizabeth Taylor et Warren Beatty a beau bruler les yeux (à la base ce devait être Frank Sinatra pour jouer le rôle du joueur invétéré), on l'oublie vite tant Beatty est parfait dans le style roulement de mécaniques et que Taylor se chausse parfaitement des chaussons de la vieille fille bercée par ses rêves et s'occupant en regardant de vieux films hollywoodiens. Entre deux joutes verbales, ces deux là vont s'aimer pour de faux, trop effrayer à se livrer l'un l'autre. Entre un ancien amant et le gout immodéré du personnage de Beatty pour le jeu (et la dèche), rien ne va plus. C'est sans compter une longue scène finale, jusqu'au petit matin, où l'un et l'autre vont résister jusqu'au bout pour ne pas flancher et se donner comme amoureux. Charmant, un tantinet vieille école (on est en 1970, l'époque a d'autres chats à fouetter) mais mignon comme tout. Même Maurice Jarre s'adonne à la musique pop, c'est dire.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Thaddeus
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Thaddeus »

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Sur les ailes de la danse
Même si l’on n’est pas expert en la matière (c’est mon cas), on ne s’avance pas trop en affirmant qu’il s’agit ici de la plus célèbre et archétypique des comédies musicales avec Fred Astaire et Ginger Rogers, duo alchimique entre tous. Leur complicité amoureuse, le sentiment de la fantaisie et du romanesque qui les unit, lui entreprenant et vif, elle plus rêveuse et réservée, favorisent une intrigue attendue mais parfaitement orchestrée. Puisque celle-ci se déroule dans un monde allégé par l’irréalité des décors, impossible de douter de l’heureuse issue des quiproquos : ne reste qu’à prendre garde aux mouvements et aux jeux qui la qualifient, et à savourer l’inventivité et la perfection des danses (en duo ou en solo, sur une idée de pantomime ou un élément visuel), qui traduisent les figures de ce marivaudage. 4/6

Gunga Din
Tiré d’un poème de Kipling, cette épopée orientale est un film d’aventures bien construit mais assez conventionnel qui reproduit – époque oblige – tous les clichés de l’idéologie colonialiste. Trois sergents anglais en mission dans les régions montagneuses de l’Inde affrontent une armée de Thugs sanguinaires : l’argument est exotique, le traitement parfaitement désinvolte, voire franchement humoristique, malgré l’ampleur de la figuration et l’orchestration impeccable des scènes d’action. Cary Grant, obnubilé par l’or, s’y montre aussi déchaîné et clownesque que dans ses comédies, Douglas Fairbanks, après avoir été tenté par l’amour, sacrifie Joan Fontaine à l’uniforme et à l’amitié virile (le fou), et Victor McLaglen rejoue les colosses mi-rouspéteurs mi-chaleureux comme il sait le faire. Dépaysant. 4/6

Une place au soleil
Où un jeune homme intelligent mais pauvre apprend à ses dépends, dans le cadre vénéneux d’une riche villa lacustre, que le rêve américain s’accommode mal des infériorités de classe. Filmé dans un écrin ouaté de fondus, d’ombres et de lumières, le drame fait briller les thèmes de l’ascension sociale et de ses désillusions avec une ambigüité étrangement âpre et sulfureuse, et miroiter les images artificielles de la réussite comme autant de pièges morbides. L’intrigue serrée du film noir délaisse la satire au profit de l’exploration psychologique, des affres et des tourments de la culpabilité, et scelle la rencontre hyper glamour entre deux stars au sommet de leur charisme : Montgomery Clift, pas la moitié d’une bombe, et Liz Taylor, dans la beauté irradiante de ses vingt ans. Sans doute l’un des films-clés du cinéma américain des années 50. 5/6
Top 10 Année 1951

L’homme des vallées perdues
L’équivocité qui parcourait le titre précédent semble s’être totalement évaporée. Ne reste désormais, dans ce surwestern rudimentaire, presque squelettique, qu’une sorte de romantisme idéaliste, manichéen, très suranné, qui encroûte le film dans la banalité plus qu’il ne l’élève aux dimensions du mythe. Les intentions de Stevens sont sans doute de s’interroger sur les fondements d’un pays et ses légendes intemporelles, en optant pour le ton du conte, de la fable et de l’initiation (tout est vu par les yeux de l’enfant, qui se cherche un père de substitution). Mais la mollesse de la réalisation et la fadeur du casting, couplées aux grosses ficelles psychanalytiques des enjeux, ne les concrétisent jamais véritablement. Une œuvre pas désagréable mais très en-deçà de sa flatteuse réputation. 3/6

Géant
Pour ses détracteurs, ce soap opera texan aux fastes gigantesques est confit dans le plus impavide pompiérisme hollywoodien. Et pourtant quelle grandeur, quel souffle, quelle puissance figurative ! En racontant sur un quart de siècle le basculement du règne des ranchers à celui des rois du pétrole, Stevens analyse les tensions d’une société patriarcale, raciste, paralysée par son obsolescence, qu’une femme libre et aimante (magnifique Liz Taylor) va faire évoluer. Les paysages sont immenses et poussiéreux, le sens de l’espace témoigne d’un goût fructueux de l’épopée visuelle, la thématique s’articule avec brio autour de l’émancipation, de la réussite, du pouvoir et de la solitude (James Dean, rongé par la haine et le désir de revanche sociale, y est un véritable Daniel Plainview avant l’heure). Une admirable saga familiale. 5/6
Top 10 Année 1956


Mon top :

1. Une place au soleil (1951)
2. Géant (1956)
3. Sur les ailes de la danse (1936)
4. Gunga Din (1939)
5. L’homme des vallées perdues (1953)

En jugeant de ces cinq films parfois très célèbres, je dirais de George Stevens qu’il est un pur produit de son pays, tout-à-fait représentatif du prestige de l’industrie hollywoodienne, en même temps qu’un cinéaste brillant dont l’inspiration s’abreuve à la culture, la civilisation et la société américaines.
Last edited by Thaddeus on 21 Jul 20, 09:48, edited 1 time in total.
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Supfiction »

Dossier complet sur George Stevens dans le dernier numéro de Positif, en librairie.
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by AtCloseRange »

Kevin95 wrote:THE ONLY GAME IN TOWN - George Stevens (1970) découverte

Le film a une réputation exécrable mais comme George Stevens ne jouit pas non plus d'une cote folle (en tout cas chez nous),peut-être que moins par moins ça fait plus. Or c'est effectivement le cas puisque The Only Game in Town a pleinement marché chez bibi, petite comédie romantico-dramatique réjouissante dans un Las Vagas irréelle - façon One from the Heart de Francis Ford Coppola - entre deux paumés, une danseuse plus vraiment de première fraicheur et un jeune coq roublard. La différence d'âge (et de tour de taille) entre Elizabeth Taylor et Warren Beatty a beau bruler les yeux (à la base ce devait être Frank Sinatra pour jouer le rôle du joueur invétéré), on l'oublie vite tant Beatty est parfait dans le style roulement de mécaniques et que Taylor se chausse parfaitement des chaussons de la vieille fille bercée par ses rêves et s'occupant en regardant de vieux films hollywoodiens. Entre deux joutes verbales, ces deux là vont s'aimer pour de faux, trop effrayer à se livrer l'un l'autre. Entre un ancien amant et le gout immodéré du personnage de Beatty pour le jeu (et la dèche), rien ne va plus. C'est sans compter une longue scène finale, jusqu'au petit matin, où l'un et l'autre vont résister jusqu'au bout pour ne pas flancher et se donner comme amoureux. Charmant, un tantinet vieille école (on est en 1970, l'époque a d'autres chats à fouetter) mais mignon comme tout. Même Maurice Jarre s'adonne à la musique pop, c'est dire.
Le générique est sublime. Bon, ensuite, j'ai très rapidement décroché.
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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Supfiction »

AtCloseRange wrote:
Kevin95 wrote:THE ONLY GAME IN TOWN - George Stevens (1970) découverte

Le film a une réputation exécrable mais comme George Stevens ne jouit pas non plus d'une cote folle (en tout cas chez nous),peut-être que moins par moins ça fait plus. Or c'est effectivement le cas puisque The Only Game in Town a pleinement marché chez bibi, petite comédie romantico-dramatique réjouissante dans un Las Vagas irréelle - façon One from the Heart de Francis Ford Coppola - entre deux paumés, une danseuse plus vraiment de première fraicheur et un jeune coq roublard. La différence d'âge (et de tour de taille) entre Elizabeth Taylor et Warren Beatty a beau bruler les yeux (à la base ce devait être Frank Sinatra pour jouer le rôle du joueur invétéré), on l'oublie vite tant Beatty est parfait dans le style roulement de mécaniques et que Taylor se chausse parfaitement des chaussons de la vieille fille bercée par ses rêves et s'occupant en regardant de vieux films hollywoodiens. Entre deux joutes verbales, ces deux là vont s'aimer pour de faux, trop effrayer à se livrer l'un l'autre. Entre un ancien amant et le gout immodéré du personnage de Beatty pour le jeu (et la dèche), rien ne va plus. C'est sans compter une longue scène finale, jusqu'au petit matin, où l'un et l'autre vont résister jusqu'au bout pour ne pas flancher et se donner comme amoureux. Charmant, un tantinet vieille école (on est en 1970, l'époque a d'autres chats à fouetter) mais mignon comme tout. Même Maurice Jarre s'adonne à la musique pop, c'est dire.
Le générique est sublime. Bon, ensuite, j'ai très rapidement décroché.
Voilà un film que j'aime beaucoup et sur lequel j'avais pour ambition d'écrire depuis deux ans pour le topic Warren Beatty. Kevin m'a pris de vitesse.
Forcement, il n'y a pas grand chose d'original dans le scénario qui peut paraitre très désuet aujourd'hui. Le film repose presque intégralement sur ses deux stars. Mais leur charme, Beatty en tête, emporte l'enthousiasme. A condition d'y être sensible..

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Re: George Stevens (1904-1975)

Post by Profondo Rosso »

La Chanson du passé (1941)

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Julie Gardiner Adams revit les souvenirs de sa rencontre avec Roger en écoutant la chanson Penny serenade. Dès lors, elle se souvient aussi du tremblement de terre qui lui fit perdre son enfant et le chagrin qui sépara le couple avant qu’ils n’adoptent une petite fille...

La Chanson du passé marque un tournant dans la filmographie de George Stevens. De ses débuts de directeur photo pour Laurel et Hardy ou Hal Roach à sa propre carrière de réalisateur, George Stevens était associé au divertissement bondissant quel que soit le genre abordé, du film d'aventures Gunga Din (1939) à la comédie musicale Sur les ailes de la danse (1936) en passant par la comédie romantique comme Mariage Incognito (1937). Sous la légèreté Stevens faisait montre d'une préoccupation sociale, d'une tendresse et sensibilité palpable pour ses personnages qui se manifesterait avec des œuvres plus personnelles comme les charmants La Justice des hommes (1942) et Plus on est de fous (1943). Néanmoins on situe le virage "sérieux" du réalisateur après 1945 où engagé dans les services cinématographiques de l'armée américaine durant la Deuxième Guerre Mondiale, il fut marqué à vie lorsqu'il filma les images de la libération du camp de concentration de Dachau. Le divertissement pur n'aura plus cours dans la suite de sa filmographie, de l'épopée intime I remember Mama (1948) à la tragédie du célébré Une place au soleil (1951) où la transcendance héroïque (Shane (1953)), épique (Géant (1956) ou religieuse (La Plus Grande Histoire jamais contée (1965)). Pourtant tous ces éléments s'amorcent dans La Chanson du passé, un des premiers films réellement dramatiques de George Stevens. La narration en flashback et la vision délicate de l'amour parental de I remember Mama, le questionnement des institutions de La Justice des hommes et toute la noirceur à venir s'expriment déjà ici.

George Stevens se plait ici à confronter les personas filmiques de son couple vedette Cary Grant/Irene Dunne. La légèreté de Cary Grant se confronte à l'aura plus grave d'Irenne Dunne qui, si elle se montrer assez extraordinaire dans le registre comique (la screwball comedy déjantée Theodora devient folle (1936)) est surtout célébrée pour ses grands rôles dans le mélodrame (Back Street (1933) et la première version du Secret Magnifique (1935) de John Stahl, Elle et lui (1939) de Leo McCarey). Si les flashbacks introduits par de superbes transitions musicales s'amorcent par le regard mélancolique d'Irene Dunne, le sentiment est plus fluctuant tout au long du récit. Le charme ahuri et maladroit de Cary Grant éclaire la gravité de sa partenaire lors de la magnifique scène de rencontre mais c'est cette même insouciance immature qui pèsera sur le couple. George Stevens en joue dans par sa mise en situation pour faire savourer la malice de Cary Grant (ce plan large où accapare l'attention d'Irene Dunne en lui apportant une pile de disque à écouter dans la boutique) où l'émotion d'Irene Dunne (ce gros plan sur son visage charmé et narquois quand elle saisit un autre subterfuge de séduction grossier). Les ellipses et les séquences rallongées se dédoublent pour exprimer une même émotion, notamment le désir du couple, d'abord amoureux transis retenant difficilement leur ardeur lors de la scène à la plage et jeunes mariés consommant leur union avec empressement dans un wagon de train. Cet écho alternativement furtif ou appuyé fonction durant tout le film, l'immaturité de Cary Grant mettant à mal le ménage à ses prémisses et le brisant presque définitivement par sa réaction au drame auquel ils sont confrontés à la fin de l'histoire. Le désir de foyer stable et maternité d'Irene Dunne s'oppose donc constamment à l'ambition et l'égoïsme de Cary Grant, la grande tragédie s'invitant sous les formes les plus diverses pour signifier une union impossible.

Si le message s'inscrit dans les valeurs familiales hollywoodiennes attendues (le couple ne peut s'épanouir qu'à travers la parenté), George Stevens peut compter sur de superbes prestations pour l'exprimer. Le comique tendre s'illustre dans le désarroi du couple face à ce nourrisson dont il faut s'occuper, et l'émotion touche au cœur tant le ton sait se faire subtil. On retrouve ce jeu de l'ellipse et de la longueur, les atermoiements amusant (premier bain, première couche et première veille nocturne laborieuse du bébé) laissant place à un moment bouleversant lors de la tirade vibrante de Cary Grant face au juge d'adoption pour obtenir la garde. L'acteur se met à nu comme rarement à cet instant et l'ensemble de sa prestation lui vaudra une nomination à l'Oscar. Cette narration en flashback dramatise avec force chaque épisode qui constitue une vraie tranche de vie intense à la tonalité guidée par la pièce musicale qui l'amène, et Stevens magnifiera ce mode narratif dans I remember Mama. Le drame n'est jamais appuyé avec lourdeur par ces ellipses qui escamotent les rebondissements tragiques pour faire ressentir la douleur de "l'après" chez les personnages, dont la caractérisation initiale rend de plus en plus distant l'un de l'autre. Seule la conclusion cède à une certaine facilité mis ne saurait gâcher la force de ce beau mélo. 5/6
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Boubakar
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Re: George Stevens (1904-1975)

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Jeremy Fox wrote:Test du Bluray de Shane (L'homme des vallées perdues)

Le comparatif DVD/BR au travers des captures fait très très mal.
Oui, le comparatif est impressionnant, à tel point que j'ai redécouvert le film, avec cette sublime image.
Il mériterait une belle édition chez SIdonis, car il y aurait sans doute des tas de choses à dire, notamment ce qui influencera Clint Eastwood, ou la photo (oscarisée à juste titre). Il y a aussi une chose qui m'a étonné pour un western de cette époque ; c'est que les personnages ne sont pas toujours montrés à leur avantage, avec leurs fringues déchirées, les visages sales, la sueur... Contrairement à beaucoup ici, je trouve Brandon De Wilde plutôt bon, j'ai plus été gêné par Jean Arthur qui me parait un peu trop âgée en comparaison d'Alan Ladd ou Van Heflin. Mais ça n'empêche que L'homme des vallées perdues est un grand western.