Le Septième Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alligator
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Post by Alligator »

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7.5/10

Au risque de passer pour le premier sot venu. Je dirais... aïe... une forte déception, un goût amer. Ce n'est pas le Bergman que j'ai découvert. Toute la problématique mystique, le questionnement sur la mort ne me touche pas encore et il me faudra sûrement le revoir pour en goûter la substance plus riche j'imagine. Et ce ne sera pas de refus, j'ai été bien des fois charmé par les dialogues, certaines scènes sont de toute beauté également. La déception ne va pas jusqu'au dégoût. Je lui redonnerai une chance, jen suis sûr quand les préoccupations du cinéaste seront miennes.
Jipi
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Re: Le septième sceau

Post by Jipi »

« Moi Antonius Blok je joue aux échecs avec la mort ».

La peste noire doublement présente dans la réalité et sur fresques accentue les interrogations d’un esprit errant revenu de dix ans de croisades. L’initiation divine se quête en gagnant un temps nécessaire à la collecte de réponses, pour cela il faut entretenir la longévité d’une partie d’échecs en récupérant une stratégie captée faussement derrière les barreaux d’un confessionnal de fortune par une mort à visage humain habillant une entité dispensée par nature de moralité.

« Le vide est le miroir de mon visage, je veux savoir pour ne plus croire. Je veux que dieu me tende la main, qu'il me dévoile son visage et qu'il me parle ».

Antonius cherche à l’aide de ses interlocuteurs temporaires la mise en pages de ses réflexions, l’espoir d’une révélation consciente, une compréhension religieuse pure conquise dans le pré ou lors de la traversée de ces villages tuméfiés. Une découverte faisant de cet indécis un homme libre acquis à une croyance dévoilée par une image, un comportement ou un mot révélateur contre argument envers une époque souillée par les démences d’individus mystiquement isolés dans un moyen age dévasté par les épidémies et les malédictions.

L’étude se poursuit en croisant un chrétien naïf persuadé d’avoir vu la vierge. Les yeux exorbités d’une sorcière au bûcher scrutés intensément afin d’y percevoir une vérité au seuil du passage dans l’au delà s’avèrent décevant, ils ne conduisent qu’a un diagnostic primaire repositionnant Antonius dans un processus de questions sans réponses. Qui a-t-il après la mort ? A quoi sert la vie ? Quelle est notre mission sur terre ?

Ingmar Bergman signe une œuvre difficile, souvent hermétique, le contexte médiéval assoiffe ces âmes à la recherche d’un repos terrestre impossible. Manipulées par les désordres de leurs terres ils réactualisent les écritures apocalyptiques en y rajoutant l’outrance du désespoir.

Les configurations offertes ne procurent que peu de positionnement réfléchis. L’homme n’est plus homme, il se réfugie dans une prophétie réactualisée. Antonius ne dispose pas d’éléments pour travailler sur ses interrogations, l’époque est vide de lumière, croupie sous les superstitions, ses composants pillent les cadavres, rôtissent les illuminés, sarabandes sur les crêtes.

Un monde en dérive espère la rédemption dans des processions abusives pendant qu’un interrogatif recherche désespérément un apaisement dans ses conflits métaphysiques.

Le maître ne se cacherait-il pas sous les traits d'Antonius?
Chaque individu a le devoir de se réaliser par l'esprit dans le contexte historique de son époque.
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Watkinssien
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Re: Le septième sceau (Ingmar Bergman)

Post by Watkinssien »

Un film époustouflant, intelligent, autant crédible dans ses réflexions métaphysiques que dans une reconstitution médiévale où l'on sent la puanteur, la violence et les questionnememts d'une certaine époque.

Bergman signe une mise en scène visuellement splendide, aussi riche que son propos, ce qui rend le film admirable !
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someone1600
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Re: Notez les films naphtalinés d'octobre 2008

Post by someone1600 »

Sjunde inseglet, Det (1957) TCM

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Premier film de Bergman que je découvre, grace à TCM. J'ai bien apprécié le film, bien amusant avec les scenes avec la Mort qui suit le chevalier dans son parcourt. Également avec le forgeron (je crois :? ) qui poursuit sa femme qui s'est enfui avec l'acteur. Une suite de scenes magnifiques, particulierement le défilé religieux dans le village et le final au chateau du religieux, quelques scenes droles et des acteurs que j'ai bien apprécié. Les sous-titres anglais sur le film suedois ne m'ont pas dérangé, le film se suivait tres bien. J'espere que TCM passera d'autres films de ce realisateur que je puisse le découvrir un peu plus. Une bonne chance d'etre mon film du mois d'octobre.

Note : 9 / 10
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Brody
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Re: Le Septieme Sceau

Post by Brody »

Découverte hier soir de cette oeuvre réputée comme majeure du cinéaste... et déception. Il y a une photo superbe, des images très fortes, de jolies scènes, mais sur le fond et la longueur je crois être passé complètement à côté du film, le thème ne me touchant pas et les réflexions me faisant vraiment l'effet d'élucubrations absconses. J'ai vraiment eu l'impression assez désagréable de ne pas être au niveau, la fatigue sans doute ; il faudra vraiment que je le revoie dans un état d'esprit différent, et plus en forme. Mais en l'état c'est une sacrée déception, une frustration plutôt.
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Major Tom
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Re: Le Septieme Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Post by Major Tom »

Personnellement j'avais adoré. C'était mon film du mois de mars 2009. Ce que j'en avais écrit :
Major Tom wrote:Avec des acteurs au jeu plein de retenue, une image très dépouillée et des dialogues monocordes, le film présente diverses énigmes que je n'ai pas saisies pleinement, du moins à cette première vision. Bergman semble obéir au principe selon lequel tout ce qui est facile à comprendre est plat et ennuyeux. Mais son talent a cela de remarquable qu'il laisse le public convaincu qu'il a tort de ne pas comprendre ce qu'il ne comprend pas. :)
Un grand film.
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Brody
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Re: Le Septieme Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Post by Brody »

Major Tom wrote:Mais son talent a cela de remarquable qu'il laisse le public convaincu qu'il a tort de ne pas comprendre ce qu'il ne comprend pas
La partie en gras est exactement ce que j'ai ressenti, quant à dire qu'il s'agit là de son talent ou de sa principale qualité, je serai nettement plus réservé. Un film qui donne l'impression de se sentir idiot ne fait pas partager une expérience de cinéma forcément très satisfaisante. La où je pourrai éventuellement te rejoindre, c'est sur l'envie que j'ai de revoir ce septième sceau pour mieux le comprendre, dans quelques temps et après avoir exploré le reste de sa filmo (vu seulement le beau Crise, Ville portuaire relativement banal, et Persona qui avait été une claque monumentale).
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Major Tom
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Re: Le Septieme Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Post by Major Tom »

Brody wrote:
Major Tom wrote:Mais son talent a cela de remarquable qu'il laisse le public convaincu qu'il a tort de ne pas comprendre ce qu'il ne comprend pas
La partie en gras est exactement ce que j'ai ressenti, quant à dire qu'il s'agit là de son talent ou de sa principale qualité, je serai nettement plus réservé. Un film qui donne l'impression de se sentir idiot ne fait pas partager une expérience de cinéma forcément très satisfaisante.
Et Lynch? ;)
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Brody
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Re: Le Septieme Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Post by Brody »

Lynch crée des puzzles, propose un cinéma totalement sensoriel, dont on a envie (ou pas, ça peut en laisser sur le carreau aussi) de décrypter le sens.
Dans le 7ème sceau, je trouve qu'on est loin de Lynch, on est dans un questionnement métaphysique purement intellectuel ; il faudrait plutôt voir du côté de Persona que je mentionnais plus haut pour faire un rapprochement entre les 2 cinéastes. Je ne serais pas étonné que Lynch cite ce dernier en influence forte, tant la thématique du brouillage de l'identité est proche entre Persona et Mulholland Drive ou Lost highway pour ne citer que les plus évidents.
Sur le 7ème sceau, je n'ai pas été largué au niveau de l'intrigue, relativement simple et linéaire, mais été plutôt peu impliqué sur la symbolique générale et le sens caché des dialogues, pour lesquels je devine une richesse plus grande que celle que j'ai comprise mais pour laquelle il me faudra faire un effort pas forcément immédiatement plaisant de re-vision (même si au final j'espère y trouver mon compte).

Je réagissai juste à ta phrase dans le sens ou si la promesse de Bergman est de te faire sentir petit intellectuellement, cela n'aidera pas à effacer sa réputation d'austérité et de difficulté (qu'il mérite peut-être, après tout ; je serai bien incapable aujourd'hui de généraliser vu le peu d'oeuvres vues).
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Major Tom
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Re: Le Septieme Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Post by Major Tom »

Brody wrote:Je réagissai juste à ta phrase dans le sens ou si la promesse de Bergman est de te faire sentir petit intellectuellement, cela n'aidera pas à effacer sa réputation d'austérité et de difficulté (qu'il mérite peut-être, après tout ; je serai bien incapable aujourd'hui de généraliser vu le peu d'oeuvres vues).
Ce n'était pas mon idée, pas plus que je n'ai dit que c'était sa principale qualité.
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Demi-Lune
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Re: Le Septieme Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Post by Demi-Lune »

Je profite de cette remontée de topic : quelqu'un ici a-t-il acheté l'édition collector Criterion remasterisée ? Si oui, peut-on me dire rapidement ce qu'elle vaut, et si le film peut être compréhensible en dépit des sous-titres anglais ? Merci d'avance. :wink:
Shin Cyberlapinou
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Re: Le Septieme Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Post by Shin Cyberlapinou »

Pour avoir la vieille édition, je me souviens d'un registre de langue plutôt élevé, mais qui n'avait pas posé de problème à l'angliciste que je suis. Dans la mesure où le film est quand même assez costaud (même si je m'attendais à nettement plus "indigeste"), le découvrir dans ses conditions sans avoir un bon niveau d'anglais est peut-être un peu téméraire.

Quant au DVD même, c'est a priori du tout bon.
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Jeremy Fox
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Re: Le Septieme Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Post by Jeremy Fox »

La critique de Jean-Gavril Sluka à l'occasion de sa reprise en salles
Federico
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Re: Le Septieme Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Post by Federico »

Belle analyse d'un méga-classique... que je n'ai pas vu depuis une éternité.

A propos des défauts de reconstitution notés par Jean-Gavril Sluka, le film fut tourné avec un budget réduit et en temps limité (un mois), en grande partie dans les studios Filmstaden de Stockholm. Les documents de tournage cassent un peu le mythe d'une oeuvre austère et morbide : la bonne humeur et la décontraction semblent de mise (parait que c'est souvent le cas sur les films de cette tonalité et inversement sur les comédies pouêt-pouêt)... comme ici où Max von Sydow et Gunnar Björnstrand se bidonnent à la pause-pipi parce qu'ils n'arrivent pas à trouver leur braguette dans leur costard moyenâgeux. :uhuh:
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- Camelot ! Camelot !!
- It's only a model...
Bergman lui-même s'en amusa, notant qu'à un moment, on peut distinguer derrière les arbres de la forêt médiévale le reflet du soleil dans la fenêtre d'un immeuble. Un tournage gentiment bordélique, avec un vieil accessoiriste démerdard (croisement du Bernard Menez de La nuit américaine et de Mr Magoo) et même - pour la fameuse séquence du bûcher - l'aide d'un... pompier pyromane !
(anecdotes lues dans The Ingmar Bergman Archives / les captures sont issues du DVD qui accompagne l'épais volume)
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
semmelweis
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Location: Bordeaux

Re: Le Septieme Sceau (Ingmar Bergman - 1957)

Post by semmelweis »

Le septième sceau est le film par lequel j'ai découvert que le cinéma pouvait être autre chose que du divertissement. Il est aussi le film qui m'a fait découvert Bergman. Aujourd'hui, de mes souvenirs, il me parait plus démonstratif et sans doute moins fort qu'un Cris ou chuchotements ou Le silence !