Notez les films naphtas - Novembre 2010

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alligator
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Re: Notez les films naphtas - Novembre 2010

Post by Alligator »

Best Friends (Noel Nosseck, 1975) :
4/10 (rapprochement)

http://alligatographe.blogspot.com/2010 ... iends.html

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Petit road-movie de Crown International Pictures, sans grande surprise. Deux amis de toujours partent en vadrouille à travers les États-Unis avec leur copine respective. L'un des deux, Doug Chapin, revient du service militaire blessé à la main et peut-être un peu gamin. Il rêve de faire la route avec son copain d'enfance. L'autre, Richard Hatch (un des bogosses de Galactica première version), plus mature est déjà un adulte et revendique son envie de créer une famille, de se poser enfin. En somme, les deux types ne sont plus sur la même longueur d'ondes. Mais Doug Chapin laisse apparaitre au cours du voyage sa véritable nature, un problème psychologique plus grave qu'une simple difficulté à entrer dans l'âge adulte. Pervers, manipulateur et d'une possessivité maladive, il devient de plus en plus agressif et dangereux.

Ce qui est le plus embêtant dans ce film, ce ne sont pas les longueurs prises en raison d'un montage très lâche, ni le jeu parfois approximatif des comédiens (surtout Doug Chapin, le pauvre) mais bien certains éléments du scénario quelque peu incohérents. On a du mal à croire par exemple que Richard Hatch mette autant de temps à réaliser que son meilleur ami est psychopathe. De même, il semble difficile d'envisager que les personnages face à un si grand malade ne soient pas foutus d'en parler et de prendre des initiatives nécessaires, élémentaires. L'apathie des personnages fait vite la démonstration de leur bêtise qui finit par décrédibiliser cette histoire mal fagotée. On n'y croit jamais et on s'emmerde. Heureusement, le film ne dépasse pas l'heure et demie.

L'idée de base avait du jus mais le scénario est beaucoup trop médiocre pour étayer et rendre consistante cette histoire.

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Trip with the Teacher (Earl Barton, 1975) :
4.5/10 (rapprochement)

http://alligatographe.blogspot.com/2010 ... acher.html

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Petite production de Crown International Pictures, un peu trop dépourvue de moyens pour réellement faire sensation.

Le suspense n'est pas très éprouvant car le scénario est trop prévisible. Le personnage central, un psychopathe ce qu'il y a de plus conventionnel, susceptible, figé, caché derrière ses lunettes et ses rictus imbéciles est interprété de manière assez correcte par Zalman King mais n'inquiète pas outre mesure non plus, englué qu'il est des situations convenues et une mise en image passable.

Les acteurs ne sont pas mauvais mais Barton filme son histoire avec une saisissante banalité. Malgré cette intrigue qui aurait pu être terrifiante il ne parvient pas vraiment à créer et encore moins à maintenir une tension véritable. C'est filmé si platement mais surtout le rythme n'est pas du tout maitrisé.

Quelques idées de cadrages restent trop isolées dans une mise en scène paresseuse. On s'est contenté du strict minimum et c'est loin d'être suffisant.
Manque de moyen criant. Mais n'y a-t-il pas surtout un manque de talents?
O'Malley
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Re: Notez les films naphtas - Novembre 2010

Post by O'Malley »

Le Fürher en folie de Philippe Clair (1974)

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Il faut le voir pour le croire! Presque de l'expérimental...
Last edited by O'Malley on 11 Nov 10, 12:02, edited 1 time in total.
blaisdell
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Re: Notez les films naphtas - Novembre 2010

Post by blaisdell »

O'Malley wrote:Le Fürher en folie de Philippe Clair (1974)

Il faut le voir pour le croire! Presque de l'expérimental...
Il faut d'abord oser vouloir le voir...
O'Malley
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Re: Notez les films naphtas - Novembre 2010

Post by O'Malley »

blaisdell wrote:
O'Malley wrote:Le Fürher en folie de Philippe Clair (1974)

Il faut le voir pour le croire! Presque de l'expérimental...
Il faut d'abord oser vouloir le voir...
Il a fallu d'abord oser le produire (ah! quand la Warner investissait en France dans les années 70) :mrgreen:
Profondo Rosso
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Re: Notez les films naphtas - Novembre 2010

Post by Profondo Rosso »

Alice's Adventures in Wonderland de William Sterling (1972)

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Moins connue que la version Disney ou la plus récente de Burton, une bien belle adaptation produite par le cinéma anglais pour fêter le centenaire de la sortie de De l'autre côté du miroir. C'est probablement la plus fidèle à ce jour, et ce même dans des subtilités que seuls les plus maniaques des amateurs de Lewis Caroll peuvent connaître. Il faut ainsi savoir que Alice au Pays des Merveille naît d'une ballade en barque que Caroll effectua avec son collègue pasteur Duckworth en compagnie des trois filles du doyen de Christ Church. C'est pour amuser la cadette d'entre elles, Alice Lidell que Caroll se met à improviser une histoire constituant les prémisses de son chef d'oeuvre, qui paraîtra dans sa version définitive 3 ans après la fameuse ballade et dont il offrira gracieusement le premier exemplaire à la fillette.

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Le film de Sterling pousse donc la fidélité à adopter le même point de départ que celui qui inspira le livre à savoir une ballade en barque entre les deux jeunes hommes Dodgson (vrai nom de Lewis Caroll), Dukworth et les trois soeurs Lorina, Edith et bien évidemment Alice Lidell jouée par la jeune Fiona Fullerton (plus adolescente que fillette déjà 16 ans contre les 10 de la "vraie" Alice). La promenade semble grandement ennuyer Alice, Dodgson se met donc à lui raconter une histoire, elle ferme les yeux et l'aventure peut commencer...

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Contrairement à la majorité des adaptations qui ne pouvaient s'empêcher de croiser les éléments des deux livres, William Sterling (également au scénario) s'en tient strictement à Alice au pays des merveilles. On retrouve donc tout ce qui fait la tonalité unique du récit originel : l'absence d'intrigue directrice au profit d'une suite de séquences surréaliste et absurdes, la tonalité satirique, les jeux de mots sur la langues anglaises (vo non sous titrée oblige certains m'ont échappés néanmoins). Plutôt que de jongler ou d'associer certains éléments du réel comme certaines versions le feront maladroitement, le parti pris du rêve et de l'imaginaire est un fait d'emblée et sert parfaitement le propos. Tourné entièrement dans les studios anglais de Shepperton, le film est extrêmement kitsch et factice dans son esthétique (les costumes sont extraordinaires) mais devait déjà l'être à l'époque. Le but est clairement de parler autant aux adultes (ce côté factice servant la farce) qu'aux enfants pour qui le débordements de couleurs, de décors étranges et de personnages farfelus offre un spectacle inoubliable et plus "consistant" que le dessin animé de Disney. Les effets spéciaux sont très bons notamment tout ce qui concerne les changements de taille d'Alice, et vu l'époque de sortie les différentes absorption de boissons et gélules multicolores qui les causes rejoignent l'interprétation qu'en font les hippies sur les paradis artificiel, la chanson de Jefferson Airplane n'est pas loin.

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Le film prend le parti pris de la comédie musicale, chaque chanson servant à illustrer les états d'âmes d'Alice ou ses rencontres avec les délirants personnages du Pays des Merveilles. A la partition le maestro John Barry délivre un de ses scores les plus envoûtant et lumineux porté par des chansons merveilleuses écrite par son parolier Don Black (qui a écrit nombre de paroles de chansons de James Bond composés par Barry). On oubliera pas de sitôt la féérie de Curioser Curioser entonné par une Alice dépitée par ce monde étrange. Fiona Fullerton fait une Alice parfaite, pleine de candeur de maladresse et respecte la politesse exacerbée de l'héroïne du roman. La crème du cinéma anglais de l'époque l'accompagne dans ses aventures Michael Crawford en Lapin Blanc, Roy Kinnear en Cheshire, Ralph Richardson en Chenille, Peter Sellers en Lièvre de Mars et aussi Dennis Price (le héros de Noblesse oblige !) et Flora Robson en Roi et Reine de Coeur.

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Le non sens et l'absurde de Caroll conservé tel quel peut déconcerter les nons connaisseurs du livre puisque tout est gardé sans altération : la partie de thé endiablée entre le Chapelier Fou et le Lièvre de Mars, les chansons illogiques de Tweedledee et Tweedledum... Il en résulte un film au rythme un peu bancal et étrange, mais un sacré voyage malgré une réalisation parfois un peu trop statique de Sterling. C'est d'ailleurs d'une belle ironie que Tim Burton en s'appropriant le matériau ait délivrer un objet bien plus conventionnel et sans surprise que cette adaptation littérale constamment surprenante. 5/6

Et une petite chanson quand même !

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Rick Blaine
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Re: Notez les films naphtas - Novembre 2010

Post by Rick Blaine »

Sahara de Zoltan Korda (1943)


Un film de Guerre agréable, et prenant. Si la mise en scène de Zoltan Korda est loin d'être mémorable, mise à part la scène de bataille finale, l'ensemble est bien écrit, et évite régulièrement de sombrer dans le pathos inhérent à ce type de productions propagandistes. Cela n'empêche évidemment pas une tonalité politique très marqué par l'époque, mais la sècheresse du ton prévient les exagérations habituelles, au point que l'on pourrait reprocher au film de ne pas assez étoffer ses personnages, au moins dans la première partie du film. Tout cela ne nous empêche pas de vibrer devant leurs aventures, notamment grâce à un casting 4 étoiles, avec Bogart en tête évidemment, mais aussi Dan Duryea, Lloyd Bridges, et l'excellent Louis Mercier.
Un divertissement très réussi.

7/10

Un Taxi pour Tobrouk de Denys de la Patellière

L'aventure désertique et assoiffée de Sahara m'a incité à revoir dans la foulée un Taxi pour Tobrouk, bien m'en a pris. J'avais déjà beaucoup aimé ce film lorsque je l'avais découvert, mais je m'en souvenais finalement assez mal. Quelle surprise alors de voir Patellière, cinéaste que j'apprécie beaucoup, notamment pour Les Grandes Familles ou rue des Prairies, mais que je ne considérais pas comme un esthète extraordinaire, obtenir un tel résultat visuel sur ce film. Sa gestion du scope noir et blanc est magnifique, tant par la qualité de la photo que par la composition de l'image et la justesse des mouvements d'appareil. Tout cela viens soutenir une histoire très réussi, récit antimilitariste sans pathos, ne sombrant jamais dans la philosophie de comptoir, magnifié par le dialogue d'Audiard, exceptionnel de bout en bout. La distribution est évidement remarquable. Si German Cobos, qui a un assez beau CV, est un peu perdu ici (sa présence est certainement lié à la coproduction, le film étant tourné en Espagne), Ventura, Aznavour, Krüger et Biraud sont exceptionnel.
Grand divertissement, film intelligent, image magnifique... Voilà une redécouverte qui fait plaisir, et le film pourrait bien intégrer mon top 120.

9/10