L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by Jeremy Fox »

Kevin95 wrote:
Mais je comprends Demi-Lune car il en fut de même pour moi il y a aujourd’hui bien longtemp (Jeremy Fox pourra en temoigner), une époque où je conspuai Rio Grande et She Wore a Yellow Ribbon au profil des Django et Pour une poignée de dollars. Aujourd’hui j’aime les deux !
Je m'en rappelle très bien ; content si j'ai pu contribuer (ne serait-ce que pour une infime part) à te faire changer d'avis :)
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Kevin95
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by Kevin95 »

Ohhh mais oui et je t'en remercie. La révision au calme de She Wore a Yellow Ribbon il y a quelques années m'a enthousiasmée (là où à sa découverte il n'y avait qu'un "gentil" western) et fut le début d'une réconciliation avec mister Ford (même si j'ai toujours vu en The Searchers le plus beau western américain).

Mais nous derivons de Liberty Valance...
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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cinephage
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by cinephage »

Demi-Lune wrote:
cinephage wrote:Peut-être auras-tu plus de facilité avec des films policiers [...] que tu ne peux t'empêcher de comparer avec les films plus modernes, justement en rupture avec ces codes anciens...
Je suis un adorateur des films noirs des années 40-50. :wink: C'est un genre qui me parle bien plus que le western, du moins le western de cette époque.
Ca va tout à fait dans le sens de mon impression : plus que le film lui-même, ce sont ses codes qui te gênent, qui détonnent trop par rapport à ceux des westerns ultérieurs (qui se sont précisément faits "contre" les westerns classiques, qu'il était impossible de dépasser).

Le film noir n'a pas connu une telle rupture, comme en témoigne le bouquin de Brion, l'héritage du film noir, qui laisse voir une véritable continuité entre les films "classiques" et les films ultérieurs.

Peut-être alors que ta découverte du western classique, mon cher Demi-Lune, devrait plutôt passer par Anthony Mann, grand réalisateur par ailleurs de films noirs, et qui tournait en extérieurs. L'homme de La plaine (édité pour que l'information reste pertinente) ou Je suis un aventurier seraient de bonnes occasions de te faire un avis, par exemple.

L'homme qui tua Liberty Valance était un film qui se réclamait du clacissisme hollywoodien : c'était déja inhabituel de tourner en noir & blanc et intégralement en studio, en 1962. L'évocation des "premiers temps" de l'ouest se devait donc de se faire à la façon des westerns des premiers temps.
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
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Demi-Lune
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by Demi-Lune »

cinephage wrote:Peut-être alors que ta découverte du western classique, mon cher Demi-Lune, devrait plutôt passer par Anthony Mann, grand réalisateur par ailleurs de films noirs, et qui tournait en extérieurs. L'homme de Laramie ou Je suis un aventurier seraient de bonnes occasions de te faire un avis, par exemple.
J'en prends bonne note. :wink:
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Jeremy Fox
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by Jeremy Fox »

cinephage wrote: L'homme de Laramie
L'homme de la plaine = The Man from Laramie :wink:
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cinephage
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by cinephage »

Jeremy Fox wrote:
cinephage wrote: L'homme de Laramie
L'homme de la plaine = The Man from Laramie :wink:
:oops:
Je m'emmêle les pinceaux avec ces titres français... Ces hommes de trucmachin, ces cavaleries,chevauchées ou courses héroïques, fantastiques ou infernales, on finit par s'y perdre. :|
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Cathy
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by Cathy »

cinephage wrote:
Jeremy Fox wrote:
L'homme de la plaine = The Man from Laramie :wink:
:oops:
Je m'emmêle les pinceaux avec ces titres français... Ces hommes de trucmachin, ces cavaleries,chevauchées ou courses héroïques, fantastiques ou infernales, on finit par s'y perdre. :|
Ca il faut dire que les traducteurs ont surfé sur les hommes de, les charges, chevauchée ou autre poursuite où je me perds tout autant.

Sinon je sais que quand j'avais vu jeune l'homme qui tua Liberty Valance, le film m'avait ennuyé alors que de lors d'une révision il y a une dizaine d'années, j'avais beaucoup plus apprécié ! Il faudrait d'ailleurs que je le revois !
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Watkinssien
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by Watkinssien »

De toute manière les films de Ford s'apprécient plus quand on les revoit. Cela m'a fait ça à chaque redécouverte. Même s'il y a des films que j'ai immédiatement adorés, les visionnements suivants sont encore meilleurs. Comme si les émotions et les sensibilités se dévoilaient progressivement.

C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle j'adore le cinéma de John Ford.
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Strum
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by Strum »

Demi-Lune wrote:Ce n'est qu'à la toute fin, avec sa célèbre réplique, interrogation pleine d'intelligence sur la notion d'Histoire et sur la falsification de celle-ci, que le film a commencé à s'ouvrir à moi - bien trop tard, malheureusement.
Si le film s'est ouvert à toi sur sa fin, alors il est fort possible que tu l'apprécies nettement plus dans quelques années quand tu le reverras. Il m'a fallu plusieurs visions du film pour que l'Homme qui tua Liberty Valance devienne mon film préféré, et je crois que c'est un film qu'on apprécie davantage lorsque l'on est plus âgé. Lorsque l'on revoit le film avec la connaissance de ce qui va advenir, les scènes et les thèmes du film résonnent différemment. Tout le début notamment prend une force nostalgique extraordinaire.

Tu parles de "figures fantomatiques et droites à propos des personnages", et je suis assez d'accord avec cela. Sauf que tu le vois comme un défaut, et que je le vois, moi, comme quelque chose qui participe de la puissance du film, qui lui est consubstantiel. Plusieurs des personnages du film sont des archétypes, qui représentent quelque chose qui va au-delà des personnages (la violence individuelle qui désorganise, la force individuelle qui protège, la civilisation qui leur substitue des institutions), même les visages des trois protagonistes sont comme des masques, avec leurs cheveux gris ne correspondant pas à leur âge, à dessein. Et la mise en scène de Ford, expressionniste et théâtrale, traduit également cette approche où les personnages sont vus comme des comédiens de théâtre, des représentants de quelque chose d'autre. De quelque chose d'autre qui est d'ailleurs éphémère, comme toute chose, et parfois disparait (Tom Doniphon est comme le fantome du passé de l'Ouest et du passé de Ransom Stoddard). Quant à la rectitude...j'aime que le cinéma montre la rectitude, car seule l'art peut la montrer absolument puisqu'elle n'existe pas dans la vraie vie. Mais ici, Ford est si intelligent, si intuitif qu'il montre une rectitude qui n'est pas absolue, une rectitude à laquelle on a tant cru, et surtout dont on a tant parlé, qu'on est incapable de l'assumer et de s'y plier (cf, le mensonge de Stoddard sur lequel il bâtit sa vie).

Du point du réalisme, c'est un film qui par ce qu'il raconte, et il raconte quelque chose de beaucoup plus proche de la vraie vie que de la légende du cinéma qu'il démystifie, est beaucoup plus réaliste que les westerns picaresques de Leone, où ce sont des personnages plus grands que nature, absolument pas réalistes, qui tirent l'action derrière eux (alors que c'est l'inverse chez Ford, où l' univers précède les personnages ; et c'est ce qui rend Ford plus profond).

Quant à l'humour, c'est l'humour désespéré et grotesque d'un ivrogne lucide (Ford), qui regarde derrière lui (il démythifie le mythe de l'Ouest qu'il a lui-même construit) alors qu'il ne lui reste que quelques années à vivre. Il a encore la force de rire, mais c'est un rire forcé. Parfois, et c'est très rare, in vino veritas.

La musique est une des plus belles jamais utilisée au cinéma (j'en parle dans la quinzaine thématique musique consacrée au film).

Je me force à m'arrêter là, et à retourner hiberner, L'Homme qui tua Liberty Valance faisant partie de ces quelques films qui me forcent à parler et dont je peux parler des heures au fil de l'eau et sans discontinuer.
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Jeremy Fox
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by Jeremy Fox »

Strum wrote:
Je me force à m'arrêter là, et à retourner hiberner, L'Homme qui tua Liberty Valance faisant partie de ces quelques films qui me forcent à parler et dont je peux parler des heures au fil de l'eau et sans discontinuer.
On t'en prie, ne te gêne pas :wink:

Et je plussoie fortement ta phrase sur la rectitude.
O'Malley
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by O'Malley »

Mon avis posté il y a un peu plus de deux ans rejoint celui de Demi-Lune...
Et j'avoue rester de marbre devant les westerns de Ford (sauf l'épisode La guerre civile de La conquête de l'Ouest :mrgreen: ), même si j'en ai plus revu depuis deux ans, tout en étant fan de western classique... Et je ne peux que conseiller, à l'instar de Cinéphage, à Demi-Lune de découvrir les westerns de Hawks, Mann, Aldrich et de Sturges qui lui feront peut-être changer d'avis sur le genre...
Mate-toi La captive aux yeux clairs cet été : il me semble qu'il est difficile de resister au lyrisme panthéiste du film ,au rythme fluvial, au noir et blanc majestueux, à la sublime musique de Dimitri Tiomkin et à cette émouvante histoire d'amité et d'amour entre Kirk Douglas, Dewey Martin et Elisabeth Threatt qui vaut une leçon de vie magistrale...
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Demi-Lune
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by Demi-Lune »

Strum wrote:Je me force à m'arrêter là, et à retourner hiberner, L'Homme qui tua Liberty Valance faisant partie de ces quelques films qui me forcent à parler et dont je peux parler des heures au fil de l'eau et sans discontinuer.
C'est dommage de te retenir, car ton intervention, qui transpire effectivement ton affection pour ce film, est tout à fait intéressante - tout comme toute la discussion qui a succédé à mon petit commentaire (qui, comme je m'y attendais, n'est pas passé inaperçu :mrgreen: :oops: ).
O'Malley wrote:Mate-toi La captive aux yeux clairs cet été
Ne doit-il justement pas être diffusé par Arte, tout prochainement ?
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Jeremy Fox
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by Jeremy Fox »

O'Malley wrote:
Mate-toi La captive aux yeux clairs cet été : il me semble qu'il est difficile de resister au lyrisme pathéiste du film ,au rythme fluvial, au noir et blanc majestueux, à la sublime musique de Dimitri Tiomkin et à cette émouvante histoire d'amité et d'amour entre Kirk Douglas, Dewey Martin et Elisabeth Threatt qui vaut une leçon de vie magistrale...
Par quel biais as-tu pu un jour t'en rendre compte ? :mrgreen:

Je connais quand même pas mal de monde ayant eu beaucoup de mal avec ce film que je considère pourtant comme un chef-d'oeuvre ; j'aurais plutôt tendance à l'envoyer d'abord voir du côté du Anthony Mann de Laramie moi aussi ou vers le Vera Cruz d'Aldrich
O'Malley
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by O'Malley »

Demi-Lune wrote:
Strum wrote:Je me force à m'arrêter là, et à retourner hiberner, L'Homme qui tua Liberty Valance faisant partie de ces quelques films qui me forcent à parler et dont je peux parler des heures au fil de l'eau et sans discontinuer.
C'est dommage de te retenir, car ton intervention, qui transpire effectivement ton affection pour ce film, est tout à fait intéressante - tout comme toute la discussion qui a succédé à mon petit commentaire (qui, comme je m'y attendais, n'est pas passé inaperçu :mrgreen: :oops: ).
O'Malley wrote:Mate-toi La captive aux yeux clairs cet été
Ne doit-il justement pas être diffusé par Arte, tout prochainement ?
oui justement... c'est pour cela que je le lui conseillais (car sinon il n'y a que du Ford dans le cycle ou un mauvais Sturges)
Sinon, as-tu déjà vu Réglements de comptes à Ok Corral?
Last edited by O'Malley on 13 Jul 10, 15:08, edited 1 time in total.
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Re: L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford - 1962)

Post by O'Malley »

Jeremy Fox wrote:Par quel biais as-tu pu un jour t'en rendre compte ? :mrgreen:
Dès la première vision... :mrgreen:

On dira que je suis plus hawksien que fordien, voilà! :evil: