Robert Lamoureux (1920-2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Kevin95
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Robert Lamoureux (1920-2011)

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Mais où est donc passée la septième compagnie ? (Robert Lamoureux) Image

Et oui et oui, je me suis décidé à replonger dans la trilogie aujourd'hui culte (du petit écran) et qui (je le confesse) à bercé mon enfance de cinéphile. 7 ans après l'énorme carton de La Grande Vadrouille, le comique troupier Robert Lamoureux avec l'aide du producteur Alain Sarde décide de mettre en scène une nouvelle comédie populaire autours de l'époque sensible de 39-45.
Evidemment (comme Oury) le réalisateur ne va pas faire de politique et s'amuse seulement de cette "drôle de guerre", de la lâcheté comme de la position inédite pour la France, de pays occupé. Premier opus (qui devait à la base être unique) où l'humour et la narration sont proche d'un Candide, à savoir des héros (qui n'en sont pas) qui malgré eux vont faire l'Histoire et vont, sans s'en rendre compte, faire leur boulot... être des soldats. Pour la blague, se seront bien sur des loosers pas tentés dans les rôles principaux, à ce petit jeu, les comédiens choisit s'en donnent à cœur joie (Pierre Mondy rules dans ce film... en fait dans la trilogie, en chef ridicule).
Mais Lamoureux n'est pas Oury et donc l'épopée filmée s'avère certes synaptique mais jamais vraiment très très drôle (on sourit mais on ne se tient pas les cotes) ni même jamais vraiment prenant vis à vis du suspense mis en place. Mais où est donc passée la septième compagnie ? doit en fait surtout aux moyens (financiers entre autres) employés pour le spectaculaire du film et (surtout) au cabotinage des comédiens immanquablement jouissif.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Kevin95
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Post by Kevin95 »

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On a retrouvé la 7e compagnie (Robert Lamoureux) Image

Deuxième opus donc, où Henri Guybet remplace un Aldo Maccione désirant faire cavalier seul (ah ah ah), et... bah c'est vachement bien !
A cela, il n'y a pas 10 000 explications, il suffit de regarder le générique et de constater qu'au poste de scénariste, Robert Lamoureux n'est plus seul, il est accompagné du tout jeune Jean-Marie Poiré sortit de l'écurie d'Audiard. Et le comique troupier prend un bon bol d'air, les gags sont plus travaillés et s'enchainent moins mécaniquement que dans le film précédent. Ca veut pas dire qu'on frôle le chef d'œuvre, Lamoureux est un piètre réalisateur, mais les trouvailles (même les running gags) marchent complètement, par exemple la scène des matelas a beau durer un bon quart d'heure, jamais on ne s'en lasse car le rythme est tenu.
Très bonne comédie au final (les comédiens bien sur, sont toujours aussi attachants).
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
Cathy
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Re: Notez les films naphtas - Avril 2009

Post by Cathy »

"Le fil rouge sur le bouton blanc, le fil vert sur le bouton rouge", "touche pas à ça p'tit con" "Groupier". Je pense que c'est le meilleur de la série, et je ne me lasse pas de cette série certes désuète mais à l'humour bon enfant, jamais vulgaire. La scène des matelas et de la partie d'échec est très bonne, et c'est vrai que les acteurs sont attachants y compris Robert Lamoureux :) !
Alligator
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Robert Lamoureux (1920-)

Post by Alligator »

Impossible... pas français (Robert Lamoureux, 1974) :

http://alligatographe.blogspot.com/2010 ... ncais.html

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Je n'irais pas jusqu'à dire que j'adore Robert Lamoureux, mais j'avoue que je comprends mal le dédain, voire la triste indifférence qu'il suscite généralement alors qu'il est l'auteur de deux séries importantes dans la comédie française. Le diptyque "Papa, maman..." et la trilogie "7e compagnie". Je ne connais pas bien le premier qu'il me faudrait revoir. Par contre, je connais par cœur la 7e cie, série qui ne cesse de me fasciner. Là, pour le coup, je peux parler d'adoration. Et je situe tout aussi mal cette dévotion, ce besoin fréquent de revoir ces films. J'y reviendrai, un jour, quand je trouverai le courage de la chroniquer. C'est un peu mon Everest.

Revoir "Impossible pas français" et le chroniquer est peut-être pour moi une sorte de mise en bouche, un entrainement, un test, un échauffement, un orteil dans l'eau, en espérant que ce ne soit pas un coup d'épée. C'est pourtant un film presque aussi difficile à chroniquer car je l'aime bien sans trop savoir non plus pourquoi.

Après le succès du premier épisode de la 7e cie, Lamoureux a voulu retrouver ses camarades de jeu (Lefebvre, Mondy, Tornade) dans une comédie contemporaine. Il écrit un scénario très différent, décrivant les mésaventures de personnages non plus lâches et sombres crétins mais plutôt des démerdards, toujours des français moyens, de ceux qui ne parviennent pas à dormir la nuit parce qu'ils héritent d'une grosse somme d'argent. Lamoureux se fait le chantre des classes moyennes. Artiste de seul-en-scène, il a fait d'abord son succès sur ce fond là un personnage humble dans une famille simple ce qui parle à la majorité des français de son époque, un humour forcément populaire.

"Impossible pas français" est totalement dans cette veine. Trois hommes, trois français moyens, un détective patron de sa petite agence, un chômeur et un père de famille qui vivait sur les allocations familiales sont à la suite d'un concours de circonstances amenés à faire un juteux marché avec un riche homme d'affaire. Mais des péripéties les obligent à courir après la montre.

Mais bien entendu cette histoire rocambolesque n'est pas du tout importante. Lamoureux met en scène des personnages dans des situations simples et joue sur l'idée de rupure, que ce soit dans ces situations comme dans les dialogues d'ailleurs. Ruptures de situations pour tous les personnages : Pierre Tornade perd ses agents dans un accident de voiture et se voit contraint d'engager les deux autres loustics ; Pierre Mondy perd son emploi car son patron a perdu gros aux courses ; Jean Lefebvre doit bosser parce que ses enfants réussissent leurs examens et vont à l'université. Pierre Mondy parvient sans vraiment le vouloir à copiner avec l'élite industrialo-commerciale française dans un ball-trap. Par pudeur, il tait sa modeste condition, s'en invente une dans l'import-export. Il fait affaire avec un négociant mais perd le chèque de la moitié de la transaction sur un terrain de golf. Un jardinier joué par Lamoureux le retrouve et l'encaisse. Mondy doit respecter le contrat à tout prix d'autant plus que les épouses de ces messieurs ont eu l'heureuse idée d'acheter commerce et atelier. A une situation A, Lamoureux ajoute aussitôt une situation B, la peau de banane qui fait rouler tout ce petit monde et il n'a plus qu'à tirer la ficelle jusqu'à ce que la pelote soit dévidée.

Ruptures dans les dialogues également avec cette maitrise des rythmes comiques qui sont respectés. La direction d'acteurs chez Lamoureux ne varie guère de film en film : la cadence du débit et la manière d'assener les répliques sont toujours aussi bonnes. A une logique succède une autre logique qui provoque le rire. Contraste, absurde, exagération et quelques rares jeux de mots forment le ciment de ces dialogues. L'humour de Lamoureux comme je l'évoque plus haut est bien davantage nourri de l'espèce de connivence que les situations et les personnages forment avec le public, relation privilégiée majorée par le grand succès du premier opus de la 7e cie qui a installé les principaux comédiens sur un piédestal. Leur capital sympathie est démultiplié et profite de l'affection du spectateur. Les films de Lamoureux souffrent aujourd'hui d'une image nanarde. La 7e cie est la trilogie du ringardisme française. Lefebvre, Mondy et Guybet sont les beaufs par excellence dans l'imagerie cinéphile. C'est parfaitement injustifiable. Certes, la réalisation de Lamoureux est toujours d'une confondante platitude. Sans être laide, le cinéaste n'apporte aucune espèce de commencement de début d'idée filmique à sa mise en image. Rien que de l'ordinaire, du basique. Champ/contre-champ, du fixe, point barre. "Sans ambition" ne signifie pas "merdique". Du reste il faut savoir ce que l'on jauge. Lamoureux n'a pas eu l'intention de créer un bel objet mais seulement de proposer des situations qui suscitent le sourire. La forme lui importe peu. Aussi à quoi bon pérorer sur la réalisation si elle n'accroche pas l'oeil avec des zooms ou des mouvements de caméras ineptes? Va-t-on reprocher à Tarkovsky l'absence de gags toutes les trois secondes dans "L'enfance d'Ivan" puisque ce n'est pas le propos?

D'aucuns pourraient décrier la facilité à jouer sur une certaine forme de caresse dans le sens du poil que justifierait la propension de Lamoureux à dépeindre les classes moyennes. D'une part, si c'était si facile tout le monde le ferait. D'autre part, je trouve "facile" cette lecture rapide de ses films. "Impossible pas français" sans aller jusqu'à parler de diatribe subversive distille gentiment une toute petite note d'anti-conformisme. Je n'irais pas jusqu'à dire que le personnage de Jean Lefebvre fait l'apologie d'une certaine forme d'anarchisme mais au moins qu'il donne à la paresse un visage humain fort réjouissant et sympathique. Lefebvre qui joue souvent l'abruti parvient notamment dans une scène téléphonique avec Mondy à donner une très belle illustration de cet effondrement émotionnel qui détruit le petit bonheur paisible qu'il s'était bâti à force d'évitement. Mondy lui apprend qu'il leur a trouvé un emploi à tous deux. Il hurle : "du travail!" Lefebvre, abasourdi : "du quoi?
- Du tra-vail!!!
- Du travail?.... Ah, merci quand même..." Il raccroche, tout ruiné. Adieu les petites démerdes, adieu les parties de carte au bistrot, l'horrible turbin pointe le bout de son nez! C'est intéressant de voir comment un tel personnage pouvait en ce temps là encore provoquer un rire bourgeois, celui d'une époque, les 30 glorieuses, où la paresse était un hobby. Lamoureux se moque finalement des valeurs de ses propres parents. Etre fainéant dans les rudes années 30 de la crise était inconcevable et immoral, alors que la période de forte croissance autorisait cette indolence. Alors, subversion vis à vis de sa propre génération d'anciens? Je le crois. Il en joue à fond tout le long du film. Lefebvre engueule ses enfants qui obtiennent, l'un sa maitrise, l'autre son bac. C'est en somme son propre choc pétrolier. Les 30 glorieuses sont terminées, faut aller bosser! Etrange situation de départ, le père ne fout rien pendant que la mère travaille et ils vivent cependant dans un aimable pavillon de banlieue.

L'autre antienne que l'on retrouve ici : le rapport à l'argent, à la matérialité. La différence de statut social entre ces simples français, issus du prolétariat et la haute bourgeoisie souligne une certaine déférence, de soumission diront certains, vis à vis de l'aristocratie qu'elle soit de sang ou pécuniaire. L'attitude de Jacques Marin doux et mielleux avec les grands et méprisant avec les sous-fifres montre bien cela. De même que l'influence évidente qu'exerce le titre de duc sur ces simples gens. Surtout la honte que ressent Mondy et qui l'incite à taire sa véritable identité sociale est un poids que le film s'évertue à alléger, les petites gens prenant une sorte de revanche, montrant leur habileté, leur ingéniosité ("Impossible c'est pas français!") toute nationale à surmonter les obstacles et à se hisser à la même hauteur que les pontes, quitte à leur damer le pion sur certains points (Mondy fait la leçon en matière d'histoire de l'armement à un riche collectionneur).

Bon enfant, sans douleur, le film de Lamoureux est destiné à faire sourire et plaisir. Beaucoup rechigneront à faire risette, mais personnellement cet opium du peuple me chatouille la nostalgie. Quand nostalgie rime avec amnésie, le monde de Lamoureux oublie les vrais tracas en perpétuant la comédie française du cinéma de papa. Dans la tradition des films insouciants de Grangier, comme "Poisson d'avril", quand le divertissement était roi. J'aime autant la comédie mordante, morale et politique des italiens. Il faut de tout pour faire mon monde. Celui de Lamoureux me plait beaucoup. Pourquoi se priver de cette futilité? Par moments Lamoureux, par un miracle tellement douteux que beaucoup n'y croient pas, parvient dans sa tourbe comique à faire fleurir quelques secondes de poésie. Malheureusement, ce n'est pas vraiment le cas dans cet "Impossible". Peut-être parce qu'elle prend scène sur les gravats de la guerre, dans un cadre champêtre, très proche de la nature, celle de l'enfance toujours, des cabanes en branches, des barques qui deviennent navires, des pique-nique au cimetière, etc., le trilogie regorge de ces petits moments de poésie. "Impossible pas français" n'a pas cette générosité mais se laisse regarder avec plaisir.
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Cathy
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by Cathy »

Ton topic me fait plaisir, Robert Lamoureux est un acteur attachant et un metteur en scène sympathique. Naturellement ce ne sont pas des chefs d'oeuvre, mais qui ne connaît pas "Restez Groupier", "je l'ai pas fait exprès chef" ou le "fil vert sur le bouton vert". Nous sommes dans une forme d'humour française, franchouillarde, mais jamais vulgaire. Il utilise des acteurs souvent attachants comme Pierre Mondy notamment. Quant aux Papa, maman, je dois dire que ce sont deux films que je regarde régulièrement avec autant de plaisir. Il faut dire que Pierre Larquey et Gaby Morlay sont diantrement attachants en parents, et les scènes sont souvent drôles. Puis en tant que comique, ses sketches même s'ils ont vieilli, me font toujours sourire "et le lendemain, le canard était toujours vivant".
Alphonse Tram
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by Alphonse Tram »

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Major Dundee
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by Major Dundee »

Bien qu'aimant beaucoup les deux "Papa, maman..." et même Robert lamoureux dans ses sketches, j'avoue n'avoir jamais osé me risquer à visionner cette "7e compagnie" que dans mon esprit je rangeais plutôt du côté des Charlots, etc... Donc au vu de ce topic et des trois forumeurs qui ont l'air d'y avoir trouvé du plaisir, je pense que la prochaine fois je me laisserais tenter 8)
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by Cathy »

Major Dundee wrote:Bien qu'aimant beaucoup les deux "Papa, maman..." et même Robert lamoureux dans ses sketches, j'avoue n'avoir jamais osé me risquer à visionner cette "7e compagnie" que dans mon esprit je rangeais plutôt du côté des Charlots, etc... Donc au vu de ce topic et des trois forumeurs qui ont l'air d'y avoir trouvé du plaisir, je pense que la prochaine fois je me laisserais tenter 8)

C'est très sympa la 7e compagnie. Le dernier étant moins bon, le second étant le meilleur Henry Guibet remplace Aldo Maccione, les gags sont meilleurs. C'est de l'humour sympathique, vraiment jamais vulgaire contrairement aux films des Charlots et je dois avouer me retrouver systématiquement devant chaque fois qu'il diffuse la saga
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et la posséder en DVD :fiou:
Alligator
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by Alligator »

Major Dundee wrote:Donc au vu de ce topic et des trois forumeurs qui ont l'air d'y avoir trouvé du plaisir, je pense que la prochaine fois je me laisserais tenter 8)
Je pense tout de même qu'il ne faudra pas attendre trop longtemps pour que d'autres viennent décrire leur consternation.
Cathy wrote:"Le fil rouge sur le bouton blanc, le fil vert sur le bouton rouge", "touche pas à ça p'tit con" "Groupier". Je pense que c'est le meilleur de la série, et je ne me lasse pas de cette série certes désuète mais à l'humour bon enfant, jamais vulgaire. La scène des matelas et de la partie d'échec est très bonne, et c'est vrai que les acteurs sont attachants y compris Robert Lamoureux :) !
Je n'aime pas trop le deuxième. L'épisode du château et des matelas me semble très lourd. Comme quoi....
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by villag »

Robert Lamoureux est un auteur,( et acteur), souvent drôle, jamais vulgaire, comme les critiques de certaines revues télé s'obstinent à le décrire, et ses 7èmes cie permettent de passer de tres agreables moments; ça ne vaut certes pas LA GRANDE VADROUILLE , mais ça vaut largement les CHTIS que ces mêmes critiques encencent !...;Au fait, Cathy, dans PAPA,MAMAN........,le papa en question est Fernand Ledoux et non Pierre Larquey....on peut y savourer, presqu'à ses débuts ,Louis de Funes en voisin irrascible .
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Cathy
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by Cathy »

J'ai écrit Pierre Larquey, en me disant qu'il y avait quelque chose qui me choquait :fiou: Mais bon naturellement c'est Fernand Ledoux ! (Pierre Larquey c'est un des héros du Corbeau notamment ou de l'Assassin habite au 21). En tous les cas Ledoux est excellent, je ne peux m'empêcher de penser régulièrement à" Leon Alibi" notamment !
Alligator
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by Alligator »

Mais où est donc passée la septième compagnie? (Robert Lamoureux, 1973) :

http://alligatographe.blogspot.com/2010 ... -7eme.html

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Que de choses à dire sur ce film et sa trilogie! Le regard que je lui porte est déjà un discours en soi sur toute ma cinéphilie, la manière dont j'estime pouvoir savourer toutes les voies créatrices de ce support. J'ai tant à dire. Il y a tellement de possibilités de s'éparpiller que j'ai laissé beaucoup de temps avant d'oser chroniquer cette 7e compagnie. Un Graal, alors que ce ne sont que trois petits films, il faut l'avouer. Par où commencer?

D'abord, je vais essayer tant que faire se peut de limiter mon propos à ce premier chapitre. Et tenter de bien cerner également la différence fondamentale entre un "grand film" et un "film que j'adore". Car jamais il ne me viendrait à l'esprit de présenter ce film comme un grand film, une réussite majeure du cinéma.

Sur le plan technique, Robert Lamoureux n'invente rien, la photographie est tout juste correcte. Les cadrages font le service minimum. Les enchainements entre les scènes sont secs. Dans les échanges entre les personnages, l'alternance entre gros plans et plans larges est judicieuse mais sert uniquement le rythme et la percussion des répliques. Bref, l'aspect formel, visuel du film est le cadet des soucis de Lamoureux.

Il demeure concentré sur ses comédiens et le tempo qu'ils impriment à leurs discussions. La mise en scène est minimale, ce sont les acteurs qui font le reste, dans le ton, dans la cadence, l'expression et dans la gestuelle. Tout est orienté sur le jeu. Je suppose que Lamoureux conscient de ses limites techniques se contente de ce qu'il connait bien : le bien dit, au bon moment, c'est à dire le jeu comique.

Or, son humour, très particulier, n'est pas vraiment fondé sur des jeux de mots ou le lyrisme comme celui de Michel Audiard par exemple, mais sur les ruptures de sens, de ton, de rythme, de logique, etc. Les dialogues commencent souvent de façon assez banale et dévient très vite vers un bon sens apparent mais en réalité absurde. Cette absurdité est volontairement amenée par les évènements et les contraintes exercées sur les personnages. Aussi plus qu'un humour de dialogues ou de gags, on se rend compte que ce sont les situations absurdes qui obligent les personnages à tenir des discours décalés. Les situations poussent la logique vers ses derniers retranchements jusqu'à ce qu'elle craque.

Autre point sur lequel Lamoureux s'appuie : les conventions sociales, les conflits et les ressentiments qui naissent de la confrontation de classes. Dans ce premier épisode qui présente et installe les personnages -cela dit, il ne faut jamais oublier que ce n'est qu'à l'issue de sa sortie et de son grand succès que l'on a décidé de faire une suite- l'opposition entre ouvrier et petits bourgeois est déjà soulignée à plusieurs reprises, parfois même avec une certaine férocité. Je reste persuadé que Lamoureux nourrit une réelle et franche affection pour le menu peuple représenté par ses trois zigotos. Mais il n'empêche qu'il s'autorise à montrer que même au bas de l'échelle sociale, la hiérarchisation reste vive et coriace. Quand Robert Dalban demande aux trois soldats ce qu'ils faisaient dans le civil, le sergent Chaudard (Pierre Mondy) présente d'abord le soldat Tassin (Aldo Maccione) qui dit tuer des bêtes aux abattoirs de Nice -la coproduction italienne ayant imposé sa présence peu marquante et oblige Lamoureux à justifier son accent par une ascendance sicilienne- mais pas la moindre trace de racisme ou de condescendance à son égard, par contre quand il en arrive au soldat Pitivier (Jean Lefebvre), il n'a pas le temps de prononcer "balayeur", Lefebvre l'interrompt en hurlant un "non" et en se présentant comme "employé de mairie". Les deux autres ricanent et Mondy d'ajouter "oui, service extérieur" tout en mimant l'usage du balai. Le "et alors? Il en faut" que Lefebvre émet sonne comme un ultime refuge pour son amour-propre meurtri. Le moment est cruel. Et Mondy essaie vainement de justifier sa pique en invoquant l'humour mais cela démontre l'étendue d'un certain malaise que le film s'ingénie à annihiler. Un film sur la revanche des petits.

Une nouvelle conversation va y participer. Les trois hommes passent une première nuit à la belle étoile, ensemble, au coin d'un feu de camp et devisent gentiment de leurs situations familiales et professionnelles. Cette discussion permet à Lamoureux de réaborder sa problématique fétiche sous son angle favori, celui du bon sens, cette culture populaire qui, pour qui fait de la politique, le cataloguerait vite comme démagogue. Mais ici, je crois Lamoureux sincère encore une fois, et cette discussion vient réellement araser les niveaux sociaux. Quand les hommes en viennent à parler des avantages et inconvénients d'être son propre patron ou simple ouvrier, ceux ci conviennent par exemple que les ouvriers n'ont pas à assumer les responsabilités de leur entreprise mais le débat se clôt sur la paye qui n'est évidemment pas la même. La lutte des classes selon Robert Lamoureux n'est pas plus compliquée à résumer que cela : pragmatique sans être cynique, sans doute avec cette sorte de docilité que d'autres fustigeraient mais qui prend ici tout son sens avec le caractère profondément malléable de ces trois hommes plutôt faibles.

Cette faiblesse est une autre des marottes que Lamoureux aime à traiter dans ses films. Ici surtout, le cinéaste entend en faire un sujet de rire et indirectement de fierté. Si le film ne fait pas l'apologie de l'échec, il lui trouve au moins des excuses. C'est quand même un film qui suit les pitoyables mésaventures de trois perdants, trois losers, quelque part trois enfants paumés dans une guerre qui n'est pas la leur. Ces hommes ne sont pas destinés à tuer, ni à subir le mal. Ils ont même l'air très rompus à faire tout ce qu'ils peuvent pour l'éviter. Ce réflexe naturel chez ces hommes à fuir la guerre, à essayer de profiter au maximum de ce petit délai que leur offre leur grande vadrouille les fait apparaitre comme des personnages très humains, lâches comme nous tous, peu concernés par cette guerre comme la plupart des français. Le film ne dit rien d'autre de cette guerre : ils montrent ceux qui appartiennent à ce que l'on va appeler la majorité silencieuse. Ces trois là ne sont ni collabos, ni résistants. Ce sont les circonstances qui en font des héros de guerre, non leur personnalité ni leur idéologie.

Lamoureux va tout de même tracer une limite à leur "sans opinion" avec le personnage de Jacques Marin. Dans une scène plutôt écrite, il introduit un collabo, servile avec les allemands et totalement indifférent au sort des soldats français qui perdent la guerre. Son adhésion immédiate aux désidératas allemands va jusqu'au salut hitlérien convaincu. Certes, l'objectif principal de Lamoureux est la blague de potache mais derrière ce paravent rigolard il permet au français de 1973 de placer ces héros sur le curseur de la "bonne France". Il n'y a plus d'ambiguïtés possibles, ces héros sont de bons gars, aimables et le bon sens préconise au moins la non collaboration. On en revient à cette résistance passive, cette majorité silencieuse, celle que De Gaulle voulait mettre en lumière, pour la réconciliation, pour oublier la collaboration. Je ne dis pas que c'est bien ou mal, c'est comme ça et effectivement, plus rien ne peut empêcher le spectateur de se prendre d'affection pour ce groupe de pieds nickelés.

L'extraordinaire de ce film se situe aussi dans le fait qu'il parvient à rendre l'évolution de ces hommes enviable. On est en pleine débâcle pour les militaires, les allemands avancent à marche forcée alors que les civils subissent l'exode et ces trois nigauds se transforment en boy-scouts. Je vous dis que ce sont des enfants! Coupés de leur unité, coupés du monde, enveloppés dans la quiétude de la forêt et de la nuit, ils se frayent un chemin dans ces bois, s'isolent et fabriquent cabane en bois et fougères, prennent des lapins au collet pour se faire une petite grillade sous les étoiles et se prélassent dans l'eau rafraichissante d'un lac toute calme et paisible. Une poésie du simple. Loin de la guerre, les spectateurs qui ont été scouts ou ont goûté aux joies des activités de la grande randonnée sauvage se remémorent avec nostalgie et émotion du temps jadis ô combien charmant où ils gambadaient youkaïdi-youkaïda et flirtaient sous le ciel noir étoilé. C'est ce sourire nostalgique et bienheureux qui barre le visage de Pierre Mondy au moment d'éteindre le feu et qu'un "vous v'nez chef?" vient interrompre brutalement.

La musique d'Henri Bourtayre très douce joue justement sur ce sentiment, cette nostalgie de feu de camp avec une mélodie portée par un harmonica délicat, presque une berceuse qui sent l'herbe, pas celle qu'on fume, celle qu'on hume.

Les trois enfants s'endorment sous leurs fougères et oublient tout, notamment leurs femmes. Seul Aldo Maccione n'est pas marié mais lui aussi vit sous le règne matriarcal, celui de sa sœur qui l'oblige à mettre des patins et à rentrer avant onze heure. "Là dessus elle est terrible!" Lefebvre n'est pas aimé, sa femme vit à l'extérieur et une réflexion amère nous incite à croire qu'elle trompe volontiers son homme. Alors que pour Mondy sa position conjugale défaillante sera mise en exergue dans le troisième volet de la série. Mais un inquiet "Qu'est-ce que va dire Paulette?" après qu'il soit tombé dans l'eau et ait abimé une de ses lettres peut nous laisser à penser qu'il n'est pas maitre de son ménage.

Il est vrai que ce qui le ronge et le flétrit est bien plus son incompétence professionnelle. Sa quincaillerie ne marche pas bien, les comptes sont au rouge. Il est pourtant bien dans sa propriété. Ou bien veut-il le croire/ Elle lui donne un statut social, du galon, presque une notabilité face à ses deux sous-fifres. Mais ce n'est qu'illusion bien entendu, une chimère qui s'évanouit quand il rencontre celui qui est son véritable supérieur, au militaire comme au civil, le lieutenant Duvauchel (Erik Colin), président de la Société Nationale des Ustensiles Français qui possède réellement sa quincaillerie.

Il faut voir le jeu de Mondy quand il se rend compte de son criant manque de bol : tomber par hasard sur un officier qui sait le réalité de ses compétences et de son statut... Mondy est un formidable comédien. Dans cette 7e compagnie, il a deux ou trois scènes où il réussit à montrer quelques facettes de son grand talent : un timing impeccable, une richesse dans la gestuelle, un très efficace sens du naturel et beaucoup de variété dans les expressions. Un acteur puissant et intelligent qui a connu ses heures de gloire dans les années 70 et 80 et pour qui je voue volontiers un culte, une profonde affection en même temps qu'une vive admiration.

Je pourrai presque en dire autant de Pierre Tornade, comédien qui s'est fourvoyé dans un nombre indécent de navets mais qui sur ce film et plus encore sur le second fait montre d'une belle maitrise sur peu de scènes qui sonnent juste, plutôt graves. Il possède en outre une voix mémorable pour les plus vieux qui ont été jeunes du temps où Astérix était un dessin animé, celle d'Obélix.

Bref, lui aussi fait partie de ces figures habituelles qui ont marqué ma jeunesse. Hé oui, évidemment, ce film m'est particulièrement accessible également à titre de "madeleine". Je ne suis pas dupe, la nostalgie est un élément fondamental de cette adoration déraisonnable. Le fait que cette série soit -comme elle a toujours été- tous les ans diffusée participe pleinement à l'engouement et l'appropriation des personnages par les spectateurs. Les esprits chagrins diront volontiers qu'à force de bouffer de la merde on finit par l'apprécier. Mais comme j'essaie de le décrire depuis tout à l'heure cette série ne peut pas être confondue avec le tout venant qui s'oublie. Je crois foncièrement que le "crime" ne paie pas et qu'il faut un minimum de talent et d'huile de coude pour qu'une série comme celle-là perdure au box-office.

Alors certes, ma dernière revoyure m'a confirmé ce que je savais déjà : l'humour français de ces années là a pris un méchant coup de vieux. Justement sans doute parce qu'il n'est pas vraiment méchant. La troupe du splendid et ses petits enfants de la télé ont beaucoup plus faits leurs dents en les montrant.

Alors définitivement le succès de ce film bucolique tient à sa joie communicatrice, l'insouciance des trente glorieuses qui ose jusqu'à rire de la guerre, se foutre avec allégresse de ce qui jusqu'alors constituait un choc national, la défaite de 40, la débâcle et l'exode. Car si Gérard Oury avait réussi à rendre la guerre comique avant Lamoureux, il ne faut pas oublier qu'il montrait celle de la résistance. Or, ici, Lamoureux a l'idée géniale et couillue de filmer une bande de vaincus, de bêtes mais pas méchants nullards, la France incompétente, plutôt crétine et c'est justement ce regard plein de bonté au fond qui permet d'exorciser cette honte nationale. Avec ce rire catharsique, Lamoureux offre une jolie opportunité de tourner la page, de prendre du recul sur une période qui n'est pas non plus édulcorée de manière malhonnête ni excessive. On reste dans le cadre d'une comédie consensuelle dont le discours politique reste limité et traditionnel car l'objectif principal demeure de faire rire le maximum de personnes. Je ne suis pas sûr qu'il y ait finalement d'autres ambitions. Il se trouve que le film échappe peut-être en partie aux ambitions restreintes du réalisateur et de la production. M'enfin je ne fais là que supputer n'ayant jamais entendu ni lu Lamoureux s'exprimer sur le sujet. Quoiqu'il en soit, beaucoup ont vu et continueront de voir dans ce film un navet, une plate comédie française -avec tout ce que cela comporte d'œillères sordidement snobinardes- qui a eu l'immonde goût d'être un très grand succès cinématographique et qui continue d'avoir la pestilentielle habitude d'attirer les téléspectateurs chaque année.

C'est donc le cas pour mézigue. Chaque fois que je le vois, un grand plaisir coupable me submerge. Le film représente quelque chose de familier, d'affectif, un rendez-vous rassurant peut-être, l'occasion de revoir des amis, une heure et demie souriante, dépaysante, l'aspect touristico-historique n'est pas à renier. Un gros bonbon sucré, pas trop plein de colorant, une saveur simple, réconfortante.

Affaire de goût, d'état d'esprit, d'œil et surtout de curiosité, peu importe en fin de compte puisque seul prévaut le plaisir de suivre ces pittoresques aventures d'autant plus qu'il se renouvelle maintenant à volonté pour les aficionados.
jacques 2
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by jacques 2 »

Il faut respecter les goûts des autres et, en fonction de cela, je ne dirai pas ce que je pense de Robert Lamoureux et de ses productions ... :wink:
Alligator
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by Alligator »

jacques 2 wrote:Il faut respecter les goûts des autres et, en fonction de cela, je ne dirai pas ce que je pense de Robert Lamoureux et de ses productions ... :wink:
Boh pourquoi pas? Dire juste que c'est de la merde ne servirait évidemment pas à grand chose, sauf à y mettre une petite argumentation. Et puis il y a de la place également pour l'expression des sentiments de tout le monde, même de ceux qui s'ennuient à mourir devant un tel navrant spectacle. :D
jacques 2
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Re: Robert Lamoureux (1920-)

Post by jacques 2 »

Bah, puisque tu m'y invites ... :wink:

Je ne dirai pas que c'est de la merde parce que ce ne serait ni poli ni intelligent ....

Mais je n'apprécie pas parce que :

C''est du comique qui se veut "à la papa", bien franchouillard au ras du slip et au pire sens du terme : pas de surprises, pas d'invention, pas de transgression (et le comique se doit pourtant d'être transgressif voire dérangeant dans l'excès : pour prendre des comiques français "grand public", De Funès et Pierre Richard l'étaient volontiers dans leurs meilleurs moments), pas de folie et pas de drôlerie donc ... Ca ne décolle jamais d'un millimètre au dessus du plancher des vaches : normal pour un spectacle bovin !

Et donc, en fonction de ce qui précède, il m'apparaît que c'est finalement très vulgaire : pas au sens où c'est scatologique ou constellé de gros mots mais au sens ou c'est fait pour plaire à tout le monde et ne fait, dans le meilleur des cas, que prêter à sourire avec indulgence (si on est vraiment bien luné).
Du comique de grandes surfaces, du comique soldé, du comique de dimanches après midis cafardeux, du comique aux teintes grises, du comique trop fait pour plaire au français moyen et donc très, très, très moyen ...

Distribution à l'avenant : des têtes plus ou moins supportables mais surtout des cabotins qui ont répété en boucle leurs tics au travers de dizaines de productions alimentaires sans le moindre intérêt (Aldo Maccione et Jean Lefébvre en tête ...)

Voilà ...
Mais bon, comme on dit, si vous n'aimez pas cela ... :wink:
Maintenant, cet avis très négatif - mais ressenti - permettra au moins de savoir à celle ou celui qui voudrait tenter l'aventure que, malgré les avis positifs formulés ci dessus, il n'y aura certes pas unanimité pour vanter les qualités de ces productions artistiquement tristounettes ... :)