Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

Julien Léonard
Duke forever
Posts: 11844
Joined: 29 Nov 03, 21:18
Location: Hollywood

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Julien Léonard »

Je ne l'ai jamais vu ce film d'Henry King... Et bien du coup, je me programme ça pour la fin de la semaine. :) Merci Jeremy !
Image
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 89192
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

8)

N'attendez cependant pas des miracles du DVD ; il est dans l'ensemble plutôt médiocre, les couleurs étant délavées, la belle photographie de Georges Barnes n'ayant plus aucun éclat. Sinon, c'est bien définie et bien compressé.
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 89192
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Stagecoach

Post by Jeremy Fox »

Image



La Chevauchée Fantastique (Stagecoach, 1939) de John Ford
WALTER WANGER


Sortie USA : 15 février 1939

Les Apaches de Géronimo ont quitté leur réserve et semblent vouloir reprendre le sentier de la guerre. Malgré cette menace, plusieurs personnes décident de prendre place à bord d’une diligence assurant la liaison entre Tonto et Lordsburgh. Dans un premier temps escorté par la cavalerie, ce groupe hétéroclite se compose du shérif de Tonto, d’un conducteur débonnaire, d’un médecin alcoolique, d’une prostituée expulsée de la ville, d’un banquier malhonnête, d’un mystérieux joueur sudiste, d’un timide représentant en whisky, de l’épouse enceinte d’un officier de cavalerie. En cours de route, un nouveau passager vient se joindre à eux, Ringo Kid, hors la loi malgré lui qui cherche à se venger de la mort de membres de sa famille… Et les spectateurs du monde entier découvrirent à cette occasion les paysages uniques et majestueux de Monument Valley, lieu devenu emblématique du western classique !


Image


"C’était durant l’une de ces années où, dans le territoire, les signaux de fumée des Apaches montaient en spirale des sommets rocheux des montagnes et où plus d’un ranch n’offrait plus que quelques mètres carrés de cendres noircies sur le sol ; alors, le départ d’une diligence de Tonto marquait le début d’une aventure dont la fin heureuse n’était pas garantie…" Tel est le début de la nouvelle "Stage to Lordsburgh" de Ernest Haycox paru dans le Saturday Evening Post et dont les personnages vont séduire John Ford. Il se décide à l’adapter même s’il la trouve par ailleurs assez mal construite et même si le récit comporte de troublantes similitudes avec "Boule de suif" de Maupassant. Les producteurs, David O Selznick en tête, se montrent réticents et refusent de s’en laisser imposer par un réalisateur quel qu’il soit. Ils accepteraient éventuellement si Marlène Dietrich et Gary Cooper étaient de la partie mais Ford ne veut rien savoir. Heureusement, il trouve dans le producteur Walter Wanger, un homme qui décide de prendre le risque. Le jeune John Wayne pense que ce serait lui faire trop d’honneur de se faire offrir le rôle du Kid mais Ford le pousse à accepter. Le Duke ne le regrettera jamais puisque ce sera le film qui fera de lui une star. Sa stature en impose immédiatement et son jeu s’est bien amélioré depuis The Big Trail


Image


On ne compte plus les textes, exégèses, critiques et autres analyses qui ont fleuri depuis lors sur ce classique intemporel et universel. Ce film tient effectivement une place d’une très grande importance dans l’histoire du cinéma, un western à la fois ambitieux et divertissant, intimiste et spectaculaire, passionnant par la richesse de ses personnages, la qualité de sa réalisation et la mise en place d’un maximum de jalons et thèmes traditionnels qui traverseront toute l’histoire du genre. Mais en Amérique, ce classique n’a pas tout de suite été reconnu à sa juste valeur, les spectateurs n’étant au départ pas très enthousiastes : on lui reproche trop de psychologie au détriment de l’action, une couleur locale atténuée, moins de schématisme réconfortant, tout ce pourquoi justement le film se démarquait des westerns antérieurs. C’est surtout grâce à son accueil européen que le film a acquis une telle réputation : André Bazin disait par exemple "équilibre parfait entre les mythes sociaux, l’évocation historique, la vérité psychologique et la thématique traditionnelle de la mise en scène western. Aucun de ces éléments fondamentaux ne l’emporte sur l’autre".


Image


En redécouvrant ce film aujourd’hui, même si l'on est en droit de lui préférer bien d'autres westerns à venir y compris de John Ford (ici le ton est encore un peu sec), force est de constater que la mise en scène nous apparaît toujours aussi précise, millimétrée, à la fois moderne et classique : Ford soigne toujours autant ses cadrages et nous offre des gros plans de toute beauté. Les scènes d’extérieurs tournées en seulement 4 jours portent la marque inimitable du réalisateur : la vision des hommes, diligence et chevaux disséminés au milieu de ces paysages grandioses de Monument Valley, les travellings passant brutalement d’un plan d’ensemble sur la diligence perdue au milieu de l’immensité du ciel et de la terre aux gros plans sur les Indiens cachés au sommet des montagnes sont inoubliables. Au milieu de ces espaces vierges, Ford nous concocte une scène anthologique de poursuite dans laquelle Yakima Canutt accomplit des prouesses et nous étonne par ses cascades. Le reste, filmé en studio, est souvent du même niveau : la scène nocturne du duel final, loin de tout dramatisme outrancier, est d’une sécheresse et d’une sobriété exemplaire. L’autre scène nocturne de la demande en mariage de la prostituée par le hors la loi est empreinte d’une belle sensibilité et d’un romantisme encore assez rare chez Ford à cette époque.


Image


Vivacité, précision et rigueur de la mise en scène mais aussi personnages tous efficacement présentés, finement observés et croqués, qui se révèlent malgré tout un peu trop typés. L’intérêt réside surtout dans les rapports qui s’établissent au sein du groupe au fur et à mesure de l’avancée du voyage et de ses périls. Quelques phrases seulement suffisent pour ébaucher un caractère ou éclairer une situation. Ford utilise un système dramatique déjà employé et qui sera encore utilisé à foison par la suite, la réunion de caractères différents dans un espace restreint et dans une situation tendue avec la certitude qu’il en naîtra des réactions nombreuses et variées. Nous sentons Ford rempli de compassion pour tous ces personnages, en quelque sorte victimes de la société, hormis pour le banquier qui représente tout ce que le capitalisme peut avoir de nuisible. Dallas et le docteur, joués par Claire Trevor et Thomas Mitchell, sont tous deux des figures déchues, "victimes de préjugés", qui retrouveront leur dignité au cours des évènements, par le regard que leur porteront alors ceux qui étaient les plus réticents au début du voyage. L’estime pour la prostituée que l’on lira au moment de l'accouchement dans le regard de la "jeune mère" auparavant excessivement froide envers elle, est une marque de la sensibilité de John Ford : Lucy s’humanise au contact d’une réprouvée et ses préjugés moraux s’évanouissent petit à petit. Que de beauté aussi dans la tendresse amoureuse du joueur, interprété par un John Carradine longiligne et mystérieux, pour Lucy. Mais c’est évidemment de John Wayne dont on se souvient le plus. Il vole la vedette à la tête d’affiche Claire Trevor par sa simple et première apparition dans ce mouvement d’appareil inoubliable qui zoome sur lui en gros plan.


Image


Beaucoup des archétypes du western traditionnel seront posés à cette occasion et en deviendront des bornes incontournables. Il ne restera plus aux grands réalisateurs du western que de se les approprier et d’en faire avec leurs différentes personnalités respectives autant de chefs d’œuvres du genre. Enfin pour l’anecdote, et pour comprendre pourquoi le cinéma n’a pas pour principale mission de chercher le réalisme à tout prix, Frank Nugent, le scénariste de ses plus grands chefs d’œuvres, demandant à John Ford à propos de la poursuite, pourquoi les Indiens ne se contentaient-ils pas d’abattre les chevaux de la diligence, le réalisateur répliqua "En réalité, c’est probablement ce qui se serait passé mais s’ils l’avaient fait, le film se serait terminé à ce moment là." Assurément un grand film mais qui manque encore de l’ampleur que j’aurais souhaité trouver pour qu’il me transporte encore plus.
User avatar
cinephage
C'est du harfang
Posts: 22290
Joined: 13 Oct 05, 17:50

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by cinephage »

Bravo pour cette belle chronique d'un jalon historique de l'histoire du western.

J'en profite pour poser une question qui me taraude depuis un moment :
Spoiler (cliquez pour afficher)
dans ma lecture du film, le personnage joué par John Carradine réagit drôlement lorsqu'il apprend que la jeune femme enceinte qu'il a galamment décidé de protéger est la fille d'un général du Sud (il bondit lorsqu'il entend son nom). Sa protection après cela est d'autant plus serrée, et, lorsqu'il meurt, une confession semble étouffée dans sa gorge, puisqu'il destine ses derniers mots pour ce général. J'ai toujours eu la très nette impression qu'en réalité, ils étaient frère et soeur (en "mauvais fils", Carradine tomberait par hasard sur la fille d'un père trop rigide avec lequel il aurait rompu). Ce que Carradine n'aura pas le temps de révéler à la jeune femme.

Il faudrait que je revois le film, mais beaucoup d'indices me semblent aller dans ce sens. Pourtant, je n'ai jamais lu d'analyse qui voie les choses comme moi. On présente Carradine comme un protecteur galant (ce qu'il est, mais ça ne suffit pas à expliquer d'innombrables détails qui parsèment son jeu tout au long du film).
Alors, suis-je fou ?? Ou est-ce que ma lecture tient la route ?
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 89192
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

cinephage wrote:
J'en profite pour poser une question qui me taraude depuis un moment :
Spoiler (cliquez pour afficher)
dans ma lecture du film, le personnage joué par John Carradine réagit drôlement lorsqu'il apprend que la jeune femme enceinte qu'il a galamment décidé de protéger est la fille d'un général du Sud (il bondit lorsqu'il entend son nom). Sa protection après cela est d'autant plus serrée, et, lorsqu'il meurt, une confession semble étouffée dans sa gorge, puisqu'il destine ses derniers mots pour ce général. J'ai toujours eu la très nette impression qu'en réalité, ils étaient frère et soeur (en "mauvais fils", Carradine tomberait par hasard sur la fille d'un père trop rigide avec lequel il aurait rompu). Ce que Carradine n'aura pas le temps de révéler à la jeune femme.

Il faudrait que je revois le film, mais beaucoup d'indices me semblent aller dans ce sens. Pourtant, je n'ai jamais lu d'analyse qui voie les choses comme moi. On présente Carradine comme un protecteur galant (ce qu'il est, mais ça ne suffit pas à expliquer d'innombrables détails qui parsèment son jeu tout au long du film).
Alors, suis-je fou ?? Ou est-ce que ma lecture tient la route ?
Je t'avoue ne pas y avoir pensé en regardant le film hier soir mais ça pourrait effectivement se tenir. J'y voyais plus un amoureux transi mais c'est vrai que ça semble parfois trop exagéré. En tout cas, le personnage joué par John Carradine avec une grande classe est vraiment touchant.
User avatar
cinephage
C'est du harfang
Posts: 22290
Joined: 13 Oct 05, 17:50

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by cinephage »

Jeremy Fox wrote:
cinephage wrote:
J'en profite pour poser une question qui me taraude depuis un moment :
Spoiler (cliquez pour afficher)
dans ma lecture du film, le personnage joué par John Carradine réagit drôlement lorsqu'il apprend que la jeune femme enceinte qu'il a galamment décidé de protéger est la fille d'un général du Sud (il bondit lorsqu'il entend son nom). Sa protection après cela est d'autant plus serrée, et, lorsqu'il meurt, une confession semble étouffée dans sa gorge, puisqu'il destine ses derniers mots pour ce général. J'ai toujours eu la très nette impression qu'en réalité, ils étaient frère et soeur (en "mauvais fils", Carradine tomberait par hasard sur la fille d'un père trop rigide avec lequel il aurait rompu). Ce que Carradine n'aura pas le temps de révéler à la jeune femme.

Il faudrait que je revois le film, mais beaucoup d'indices me semblent aller dans ce sens. Pourtant, je n'ai jamais lu d'analyse qui voie les choses comme moi. On présente Carradine comme un protecteur galant (ce qu'il est, mais ça ne suffit pas à expliquer d'innombrables détails qui parsèment son jeu tout au long du film).
Alors, suis-je fou ?? Ou est-ce que ma lecture tient la route ?
Je t'avoue ne pas y avoir pensé en regardant le film hier soir mais ça pourrait effectivement se tenir. J'y voyais plus un amoureux transi mais c'est vrai que ça semble parfois trop exagéré. En tout cas, le personnage joué par John Carradine avec une grande classe est vraiment touchant.
Si j'en trouve l'énergie ce week-end, je te fais un topo détaillé sur mon interprétation (parce que j'ai l'impression qu'elle est juste, et, surtout, qu'elle ajoute au tragique du personnage de John Carradine et de sa "protégée"). :wink:
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos
Sybille
Accessoiriste
Posts: 1993
Joined: 23 Jun 05, 14:06

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Sybille »

Merci pour cette chronique d'un Ford que je n'ai pas encore vu. :)

Mais j'ai toujours adoré l'anecdote finale entre Nugent et Ford. :P
Strum
n'est pas Flaubert
Posts: 8451
Joined: 19 Nov 05, 15:35

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Strum »

cinephage wrote:
Jeremy Fox wrote:Je t'avoue ne pas y avoir pensé en regardant le film hier soir mais ça pourrait effectivement se tenir. J'y voyais plus un amoureux transi mais c'est vrai que ça semble parfois trop exagéré. En tout cas, le personnage joué par John Carradine avec une grande classe est vraiment touchant.
Si j'en trouve l'énergie ce week-end, je te fais un topo détaillé sur mon interprétation (parce que j'ai l'impression qu'elle est juste, et, surtout, qu'elle ajoute au tragique du personnage de John Carradine et de sa "protégée"). :wink:
Il m'a toujours paru clair également qu'il y avait bien plus qu'un simple sentiment amoureux ou qu'un simple lien d'intérêt dans l'attachement immédiat de Carradine pour la jeune femme. Il tressaille quand il entend le nom du général, et devient le protecteur de la femme. Il y a manifestement à l'oeuvre un attachement familial, dont on ne distingue pas très bien s'il concerne avant tout Carradine et la jeune femme ou Carradine et le général. Quoiqu'il en soit, Carradine veut protéger la femme mais aussi l'enfant. S'y ajoute une volonté de rédemption manifeste comme si Carradine voulait se prouver quelque chose, et à lui seul puisqu'il ne dit rien à la jeune femme ; sans doute pour ne pas lui faire de peine mais aussi peut-être pour s'infliger une pénitence solitaire. On devine un secret de famille. Ce secret, c'est la grandeur et la pudeur de Ford que de ne pas le révéler clairement comme il ne veut pas révéler clairement, par exemple, les liens amoureux qui unissaient sans doute Ethan et sa belle-soeur dans La Prisonnière du Désert. Carradine était peut-être un mauvais fils. Mais le général était peut-être aussi un mauvais père, ou un mauvais homme. Alors le secret demeurera enfoui et ne sortira pas des lèvres de Carradine, peut-être pour ne pas noircir le tableau du monde pour ceux qui restent quand on le quitte.
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 89192
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

Strum wrote: comme il ne veut pas révéler clairement, par exemple, les liens amoureux qui unissaient sans doute Ethan et sa belle-soeur dans La Prisonnière du Désert.
Là par contre, c'était quand même plus évident ; enfin disons que ça m'a sauté plus vite aux yeux. Magnifique cette manière de tout dire par de simples gestes ou regards d'autant plus qu'ils ne sont pas forcément appuyés.
Strum
n'est pas Flaubert
Posts: 8451
Joined: 19 Nov 05, 15:35

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Strum »

Jeremy Fox wrote:Magnifique cette manière de tout dire par de simples gestes ou regards d'autant plus qu'ils ne sont pas forcément appuyés.
Oui, ce sont notamment ces petits détails, parmi d'autres choses, qui font pour moi de Ford le plus grand de tous. Comme un peintre, il fait dans ses meilleurs films une confiance absolue au cadre, aux regards, aux gestes (plus qu'aux mots), pour dire ce qu'il a à dire.
User avatar
cinephage
C'est du harfang
Posts: 22290
Joined: 13 Oct 05, 17:50

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by cinephage »

En relisant brièvement le script, je sors encore plus convaincu qu'avant. Quelques explications... On ne nous dit pas réellement qui est le père de Lucy Mallory, mais il est fait allusion à un général, et à Ringfield Manor, puis, plus tard, au juge Ringfield. Ainsi :
Spoiler (cliquez pour afficher)
LUCY
You're very kind... Why?

HATFIELD
In the world I live in one doesn't
often see a lady, Mrs. Mallory. [I'm
only doing my duty as a Southern
gentleman.]

Close-up of Lucy, who looks at him curiously.

LUCY
Have you ever been in Virginia?

Hatfield hesitates as if to evade the question or shape a
lie. He drops his voice.

HATFIELD
I was in your father's regiment.

Lucy looks at him wonderingly with her clear, direct gaze.

LUCY
I should remember your name. You're
Mr... Hatfield?

Lucy looks questioningly at Hatfield.

HATFIELD
That's what I'm called, yes.

She turns away, puzzled, and sips her coffee.
Tout d'abord, dans l'extrait qui précède, on constate que Lucy a "déja vu" Hatfield (lequel a déja marqué un arret et une gêne lorsqu'il l'a croisée). On sait par ailleurs qu'il est sudiste "convaincu", et qu'il a combattu pour le Sud pendant la guerre de sécession.
Mais je trouve son explication qu'il a déja combattu pour le père de Lucy douteuse : elle s'en souviendrait.

Plus loin, il offre son propre verre pour faire boire Lucy. Mais celle-ci reconnait le verre :
Spoiler (cliquez pour afficher)
HATFIELD
(off)
Just a minute, Mrs. Mallory.

Hatfield takes the canteen from Ringo and pours some of the
water into a small silver cup, which he has in his hand. He
fills the cup, then passes it to Lucy.

Lucy takes the cup from Hatfield's outstretched hand and
gracefully drinks. Then she closes its little lid and looks
at it.

She looks again, more closely, scrutinizing its crest and
Latin inscription: 'Ad astra per aspera', as if trying to
recall something from her memory. She then looks up at
Hatfield and leans forward, pointing to the cup as she
questions him.

LUCY
Haven't I seen this crest before?
(holding out the cup)
Isn't this from Ringfield Manor?

Hatfield takes the cup.

HATFIELD
I wouldn't know, Mrs. Mallory. I won
that cup on a wager.

Lucy seems disappointed by his reply.
Autre indice sérieux, à mon sens.
Par ailleurs, qu'on pense à la fureur qu'il éprouve contre le docteur saoul (you drunken beast !!), qui ne se justifie pas par la seule galanterie ou même de la sympathie. C'est sa soeur qui accouche !!

Je n'insiste pas sur la suite, où il prend totalement à sa charge la protection de la jeune fille (refusant le voyage, puis lui réservant sa dernière balle).
Toujours est-il que ses derniers mots sont pour moi très éloquents :
Spoiler (cliquez pour afficher)
HATFIELD
If you ever see Judge Ringfield...
(fighting for breath)
...tell him his son...
Si ces dernières paroles ne sont pas celles du fils repenti (ou rattrapé par le destin) du Juge Ringfield, celui qui a un gobelet qui vient de Ringfield Manor, qui surveille la fille du "général" comme la prunelle de ses yeux, et, surtout, qui lui semble si familier... Bref, les dialogues ne tranchent jamais là-dessus, mais la chose me parait entendue.
Par ailleurs, le rôle du destin est ici crucial : il tire un 8 de pique fatal lorsque nait le bébé, et, plus tard, c'est lui qui impose qu'on embarque Lucy
Bref, je pense que ma lecture des relations entre Hatfield et Lucy est très valide, et soutenue par beaucoup d'éléments de l'intrigue. Curieusement, je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui partage mon analyse, du coup, je m'interroge...
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 89192
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

Je sens que je vais devoir me le repasser dans les jours qui viennent ; c'est vrai que j'avais remarqué des réactions étranges chez le personnage sans plus me poser de questions :oops:
Stromboli
Doublure lumière
Posts: 686
Joined: 10 Aug 04, 10:18
Liste DVD

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Stromboli »

Mais en Amérique, ce classique n’a pas tout de suite été reconnu à sa juste valeur, les spectateurs n’étant au départ pas très enthousiastes : on lui reproche trop de psychologie au détriment de l’action, une couleur locale atténuée, moins de schématisme réconfortant, tout ce pourquoi justement le film se démarquait des westerns antérieurs.
Le film fut quand même dès sa sortie un réel succès public (1 million de $ de recettes en 10 mois) plus 7 nominations aux oscars dont deux victoires - meilleure musique et Thomas Mitchell comme meilleur second rôle masculin (l'année où "Autant en emporte le vent" allait tout rafler) et le prix des critiques new-yorkais de l'année.
La mise en production de nombreux westerns A dans les années suivantes lui doit sans doute beaucoup.

Très juste chronique anyway malgré tes réserves!
User avatar
cinephage
C'est du harfang
Posts: 22290
Joined: 13 Oct 05, 17:50

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by cinephage »

Jeremy Fox wrote:Je sens que je vais devoir me le repasser dans les jours qui viennent ; c'est vrai que j'avais remarqué des réactions étranges chez le personnage sans plus me poser de questions :oops:
Ce n'est pas central à l'action, c'est plutôt un à-coté concernant des personnages "secondaires", mais je trouve que ça rajoute un aspect très tragique à ce personnage (et comme John Carradine est un de mes Character actors favoris, j'aime le voir dans un rôle plus profond qu'il n'y parait), et j'ai l'impression que Ford fait comme exprès de ne pas tout révéler, de garder des secrets. En même temps, lorsque je lis une analyse et que cette idée ne vient même pas en tête de l'analyste, je me sens frustré, parce que maintenant que je vois le film de cette façon, ça me parait plus évident à chaque visionnage.
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 89192
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

afaparis wrote: La mise en production de nombreux westerns A dans les années suivantes lui doit sans doute beaucoup.
Ainsi qu'à Jesse James, Dodge City ou Pacific Express dont les recettes furent quand même beaucoup plus spectaculaires. Mais il y participe certes et il n'attendra pas longtemps avant de devenir un classique. Apparemment, ce furent les premières semaines où il eut du mal à démarrer. Il faut dire qu'après Jesse James, les spectateurs attendaient certainement un autre grand spectacle en Techicolor.