Anthony Asquith (1902-1968)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Nestor Almendros
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by Nestor Almendros »

joe-ernst wrote:J'avais trouvé l'adaptation par Parker de ma pièce préférée d'Oscar Wilde d'une totale platitude, alors que celle d'Asquith m'avait réjoui au plus haut point... :|
C'est vrai qu'elles sont très différentes dans le ton. Après, ce n'est qu'un souvenir d'impression qui a presque 10 ans... :wink:
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Ann Harding
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

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Cottage to Let (1941, Anthony Asquith) avec Leslie Banks, Alastair Sim, John Mills et Michael Wilding

Durant la 2ème GM, en Ecosse, John Barrington (L. Banks) est inventeur et chercheur. Il travaille chez lui pour le gouvernement à mettre au point un viseur de bombardement. Mais, sa maison est espionnée par diverses personnes qui transmettent des informations aux allemands...

Cet opus d'Anthony Asquith est un film d'espionnage d'actualité en pleine seconde Guerre Mondiale. Le ton oscille entre la comédie et le drame. Le chercheur John Barrington (Leslie Banks dans un rôle sympathique) qui vit dans une opulente propriété en Ecosse semble être le parfait savant dans les nuages pendant que son épouse (Jeanne de Casalis) régente la maisonnée. Elle a fort à faire car, outre des enfants évacués du sud de la Grande-Bretagne qu'elle doit loger, elle doit aussi aider un jeune lieutenant de l'armée de l'air (John Mills) blessé ainsi qu'un nouveau locataire d'un de ses cottages, un mystérieux Charles Dimble (Alastair Sim). En voyant le début du film, le spectateur tire des conclusions et échaffaude des hypothèses concernant chaque personnage. En fait, toutes les prévisions vont se révéler fausses. Le lieutenant Perrey, qui flirte avec la fille de la maison et à qui on donnerait le bon dieu sans confession, est-il vraiment ce qu'il semble être ? Le majordome de la maison a l'air d'être un ancien flic. Et ce Charles Dimble, à l'air fouineur et malsain, est-il un espion à la solde de l'Allemagne ? Un petit garçon à l'accent cockney, qui fait partie des évacués, va découvrir la vraie personnalité de chacun des protagonistes. Les rebondissements se succèdent sans temps mort avec une mécanique hitchcockienne. Comme toujours avec Asquith, la direction d'acteur est superbe. Il s'agit sans aucun doute d'un film mineur du réalisateur, mais la distribution est absolument superbe. Et surtout, il réussit à donner à chacun des acteurs un rôle à contre-emploi. Le final qui se déroule lors d'une fête de charité atteint un sommet dramatique avec l'assassinat de l'espion (dont je ne révélerai pas l'identité). Un film d'espionnage très sympathique.
riqueuniee
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by riqueuniee »

J'ai peut-être vu ce film (la fin pendant la kermesse, ça me dit quelque chose).
En cherchant des renseignements complétaires sur ce film, j'ai vu qu'il était disponible sur youtube, non sous-titré, mais pas saucissonné...
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Profondo Rosso
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by Profondo Rosso »

Le pitch donne très envie en tout cas c'est toujours très fort quand le thriller et la paranoïa surgissent dans ces petites ambiances rurales je note merci Ann Harding !

Et je remet ça ici vu que je n'avais pas vu ce topic Anthony Asquith d'ailleurs mon avis est plus positif que ça finalement en fait la déception venait vraiment du fait que je m'attendais à voir un film noir et que ça va dans une autre direction...

The Woman in question (1950)

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L'enquêteur Lodge est sur une nouvelle affaire. Celle du meurtre d'Astra Taylor, voyante retrouvée morte par le fils de la bonne, étranglée par son foulard dans sa demeure. La bonne lui donne rapidement des détails sur les relations qu'entretenait Astra et sa soeur Catherine avec qui elle est en froid, et avec Bob, le petit ami de sa soeur avec qui il souhaitait préparer un numéro de télépathie.

Un thriller anglais qui fonctionne sur le principe désormais bien connu établi pour le meilleur par le Citizen Kane de Welles ou le Rashomon de Kurosawa à savoir un récit en flashback adoptant plusieurs point de vue sur un personnage disparu ou des évènements passés. Ici, il sera donc question de faire la lumière sur la personnalité trouble d'Astra Taylor voyante retrouvée assassinée et de faire la lulière sur les évènements ayant conduit à cet acte. L'enquête nous promène donc à travers les témoignages de cinq personnages différents, plus ou moins proche de la défunte et qui vont en offrir un portrait bien contrasté.

L'aspect purement policier et "whodunit" ne semble pas particulièrement intéresser Asquith tant il semble traité laborieusement. Les personnages des policier terriblement terne suivent plus l'enquête qu'ils ne la mènent, les indices et révélations se dévoilent mécaniquement et sans surprise et la résolution finale (prévisible si on a été suffisamment attentif) est vraiment sans éclat. Le plus important ici c'est réellement l'étude de caractère qui se dévoile à travers la subjectivité des flashback. Asquith fait preuve d'une étonnante sobriété visuelle (surtout si on en réfère à Citizen Kane) où tout n'est que subtilité (la photo qui se fait soudain plus lumineuse pour adopter le regard amoureux de Charles Victor idéalisant Astra) l'ensemble reposant entièrement sur la prestation fascinante de Jean Kent. Affreuse mégère intéressée ou femme légère dans le regard des uns, fragile et attentionnée dans celui des autres l'ambiguïté quant à sa vraie nature est le seul vrai mystère à résoudre plus que celui de son meurtrier. L'actrice se montre tour à tour d'une sensiblerie charmeuse attendrissante puis fait imploser totalement cette facette en explorant de manière provocante son côté obscur. L'enchaînement du premier flashback où elle est magnifiée avec le second où le visage bouffi, la mine défaite et les bas en lambeaux elle se réveille lourdement est un sacré choc et Asquith reprend avec une grande intelligence des angles et des mouvements de caméra presque identiques (mais toujours avec la petite variation qui change tout) en revisitant les scènes sous les différents points de vue.

Jean Kent vampirise réellement le film par sa performance et en est finalement le seul vrai intérêt. Les différents narrateur n'existent que par elles et s'avère plus caricaturaux qu'autre chose, même Dirk Bogarde pas encore grand qui gâche un peu un personnage intéressant par sa fadeur. Etrangement le plus ouvertement caricatural est aussi le plus convaincant avec un très bon John McCallum en marin amoureux dépité par les infidélités de Astra, il réussi à susciter une vraie émotion malgré la balourdise de son personnage et un temps de présence plus limité que les autres protagonistes. Bref pas inintéressant, mais loin d'être inoubliable non plus même si ça m'incite à me pencher plus en avant sur la filmographie de Jean Kent qui paraît plutôt intéressante. 3/6
riqueuniee
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by riqueuniee »

Le film repose en effet en grande partie sur la performance de Jean Kent, mais il n'"y a pas que ça. Il y a une bonne enquête policière, à la construction originale pour l'époque ,les mêmes faits apparaissent sous un jour différent suivant le témoin (à noter que le film est contemporain de Rashômon). Une originalité qui ne nous saute plus aux yeux, cette structure étant devenue plus courante (ça m'a rappelé, saut dans le passé mis à part, celle de la plupart des épisodes de Cold case).
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Profondo Rosso
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by Profondo Rosso »

Oui c'est excellent la manière dont sont revisités les même évènements par Asquith qui amène toujours de subtiles nuances à des scènes en apparences identiques. En fait le film m'est bien resté en tête après coup (l'avis date de janvier en fait) c'est plus le surprise de ne pas avoir un pur film noir qui m'a fait donner un avis mitigé mais c'est très bon en fait. Et effectivement maintenant que tu le dis fait beaucoup penser à la structure de Cold case !
riqueuniee
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by riqueuniee »

Pour moi qui suis fan de la série, et ai suivi toutes les saisons sur canalplus, ça m'a sauté aux yeux. (y compris avec le témoignage final du gamin, qui amène la pièce manquante au puzzle) Il aurait suffi de situer le crime dans le passé pour avoir un film tout à fait semblable à un épisode de la série.
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Ann Harding
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by Ann Harding »

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The Winslow Boy (1948, Anthony Asquith) avec Robert Donat, Cedric Hardwicke, Margaret Leighton et Basil Radford

Le jeune Ronald Winslow (Neil North) est renvoyé de l'Ecole Navale. On l'accuse d'avoir dérobé un mandat postal de 5 shillings. Le petit garçon se dit innocent et son père, Arthur Winslow (C. Hardwicke) décide d'utiliser tous les moyens juridiques pour prouver l'innocence de son fils...

Anthony Asquith adapte à l'écran une pièce de Terrence Rattigan avec lequel il retravaillera pour The Browning Version. Et c'est déjà un petit chef d'oeuvre dans la contruction des personnages et la direction d'acteurs. Rattigan décrit la vie d'une famille bourgeoise vers 1912 qui voit sa vie bouleversée par le renvoi de leur fils de l'école navale. Cet événement, somme toute assez banal, va avoir des répercussions sur toute la famille. Le père, joué magistralement par Cedric Hardwicke, que je n'ai jamais vu aussi nuancé et émouvant, ne peut supporter l'injustice faite à son fils. Il se lance dans une bataille contre l'Amirauté qui ressemble au pot de terre contre le pot de fer. La direction de la marine ne veut pas se déjuger car cela pourrait créer un précédent fâcheux. Il doit donc tenter de saisir la justice en recrutant un grand avocat qui est également MP (député). Robert Donat joue Sir Robert Morton, cet avocat célèbre et intransigeant. Donat crée là un personnage merveilleux, à la fois renfermé ou volubile selon les situations. Son arrivée dans la maison des Winslow est un grand moment. Il harcèle de questions le malheureux garçon pour voir s'il ment ou dit la vérité. La tension monte soudainement et Asquith la rend palpable. Puis, la bataille judiciaire ne fait que commencer. Elle se poursuit même au parlement où Morton affronte le premier ministre. Cette histoire si banale devient une cause célèbre dans les journaux et parmi les politiciens. Au sein de la famille, les temps sont durs. Le père dépense toutes ses économies pour payer l'avocat. La fille aînée, jouée par une jeune Margaret Leighton, voit son fiancé la déserter à cause de ce procès interminable. On pourrait penser que le père est têtu comme une mule de s'acharner à prouver l'innocence de son fils. Mais, en fait, comme il l'explique ainsi que sa fille, c'est une question de justice. Que 'on soit un enfant ou un adulte, on a droit à une justice équitable en Angleterre. Et c'est aussi ce qui va motiver Sir Morton pour continuer un combat qui semble démesuré alors que les rumeurs de guerre enflent. Tous les acteurs sans exception sont formidables, y compris Kathleen Harrison qui joue la bonne Violet. C'est elle qui nous narre la fin du procès qui se produit tellement rapidement que la famille n'a pas eu le temps de se rendre sur place. Ce film est vraiment un petit chef d'oeuvre à découvrir absolument.
Le DVD anglais n'a pas de ST (collection Canal Plus), malheureusement. La pièce de Rattigan a été adaptée à nouveau en 1998 par David Mamet.
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

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We Dive at Dawn (1943, Anthony Asquith) avec John Mills, Eric Portman et Nial McGinnis

Le sous-marin britannique Sea Tiger est envoyé en mission pour couler le navire allemand Brandenburg, en Mer du Nord. Le capitaine (J. Mills) décide de poursuivre le navire en Mer Baltique...

En 1943, nous sommes en pleine guerre et le cinéma britannique participe à l'effort de guerre avec ce film de sous-marin. Il s'agit de remonter le moral des civils en leur montrant les p'tits gars de la Navy en pleine action. Le scénario n'offre pas beaucoup de surprises, mais, il est bien construit avec suffisamment de suspense pour soutenir l'intérêt. John Mills y est le capitaine en charge d'un sous-marin envoyé en mission périlleuse pour torpiller un navire allemand. Le film fait la part belle aux différents matelots et officiers que nous voyons d'abord en permission. Le Capitaine (John Mills) a une multitude de petites amies à visiter tandis que Hobson (joué par Eric Portman) est en bisbille avec sa femme. Mais, c'est la chasse au navire en mer baltique qui tient en haleine. Le sous-marin est endommagé par les charges explosives et doit absolument trouver du carburant pour pouvoir rentrer. Asquith n'oublie pas de mettre un peu d'humour dans tout cela en nous montrant les rapports entre les matelots. Mais, au total, si le film est divertissant, il ne fait pas partie des grands films d'Asquith.
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Profondo Rosso
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by Profondo Rosso »

Fanny by Gaslight (1944)

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Londres, 1880. Après dix années passées en pension, Fanny Hopwood revient au domicile familial. Celui qu'elle prend pour son père, William Hopwood, est tué accidentellement par Lord Manderstoke lors d'une altercation. À la mort de sa mère, la jeune femme entre au service d'un homme politique influent, Clive Seymore, qui lui révèle être son véritable père (sa famille s'était opposée à un mariage en dehors de son rang social et il avait ensuite épousé Alicia). Peu après, Fanny rencontre le secrétaire particulier de son père, Harry Somerford, et Alicia Seymore apprend la vérité...

Fanny by Gaslight est un des plus fameux mélodrames en costumes de la Gainsborough et fut même le second plus grand succès du box-office anglais en1944 derrière Heureux Mortels de David Lean. Adapté du roman éponyme de Michael Sadleir paru 4 ans plus tôt, l'histoire est typique du grand récit moral victorien. L'innocence et la candeur la plus sincère côtoie donc l'immoralité et le stupre tout au long du film et ce dès la scène d'ouverture. Notre héroïne Fanny encore fillette découvre ainsi au sous-sol de son paisible foyer un curieux établissement déambulent des femmes costumées et fardées qu'elle prend pour des actrices. Vice et vertu se confondent même le temps d'un superbe plan ou juvénile de Fanny observe un tableau obscène.

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Le même jour (qui est celui de son anniversaire) un homme mystérieux vient lui rendre une chaleureuse visite et semble tenir particulièrement à elle. Une ellipse nous ramène sur les lieux dix ans plus tard avec le retour de Fanny (Phyllis Calvert) dans son foyer après ses études et va révéler tragiquement l'envers des évènements du début. Comme on l'a deviné le sous-sol abrite une maison close tenue par son père, ce dernier succombant bientôt après une altercation avec le client récalcitrant Lord Manderstoke (James Mason). Le grand mélodrame se poursuit le meurtrier est acquitté, que sa mère meurt de maladie à son tour et qu'elle est envoyée chez le gentleman croisé au début et qui s'avérera être son vrai père. Jeune promis à un bel avenir politique, on l'empêcha d'épouser sa mère. Cela fait beaucoup en une demi-heure de film à peine et l'héroïne vraiment trop innocente frise la niaiserie et a du mal à être attachante tant Phyllis Calvert peine à faire exister le personnage derrière cette douceur ébranlée par les malheurs.

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Tout le film voit donc Fanny subir les conséquences des évènements du début, le scandale qui l'entoure la freinant dans tous ces projets, que ce soit les retrouvailles avec son père (belle scène rurale et seul moment apaisé du film) ou sa romance avec Harry Somerford (Stewart Granger charmant et avenant jeune premier) la voyant se retrouver dans la même situation que sa mère. Et à chaque fois le destin funeste prendra les traits de son persécuteur Lord Manderstoke avec un James Mason (encore dans sa période grand méchant Gainsborough) génialement sournois et détestable qui une fois de plus éclipse tout le casting. L'ensemble est tout de même assez ennuyeux et on s'amuse bien moins que dans les œuvres plus ouvertement amorales de Gainsborough la faute à ce trop lisse personnage principal, l'interprétation de Phyllis Carver (hormis la toute dernière scène où elle réplique enfin) peinant à susciter l'empathie.

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C’est d’ailleurs bien les personnages immoraux les plus intéressant et charismatiques, Mason donc mais aussi Kathleen Nesbitt en épouse vénale mais aussi une ambigüe Jean Kent qui fera les mauvais choix par confort matériel. Le film n'est pas désagréable pour autant notamment grâce à la mise en scène élégante d'Asquith dont les cadrages et la lumière (belle photo de Jack E. Cox) mettent vraiment en valeur les décors et les costumes. On retiendra notamment une assez somptueuse scène de duel au petit matin dont on peut se demander si elle est passée sous les yeux de Ridley Scott pour Les Duellistes. Un peu trop forcé dans le larmoyant et peu palpitant donc mais cela se laisse voir tout de même. 3/6 et première déception dans le coffret Stewart Granger où je me régalais plutôt pour l'instant.
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Ann Harding
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

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Underground (Un cri dans le métro, 1928) de Anthony Asquith avec Elissa Landi, Brian Aherne, Norah Baring et Cyril McLaglen

Nell (E. Landi), une jeune vendeuse dans un grand magasin est importunée par Bert (C. McLaglen) dans le métro londonien. Bill (B. Aherne), un employé du métro, la débarrasse de l'importun...

Pour son deuxième film en tant que réalisateur, Anthony Asquith montre une maîtrise de grand professionnel. La réalisation est millimétrée, parfaitement rythmée et la direction d'acteurs n'est pas en reste. Utilisant avec virtuosité le 'Tube' londonien, il suit son quatuor de personnages qui se rencontrent dans ce souterrain surpeuplé. Nell (Elissa Landi) est en but aux avances d'un malotru (C. McLaglen) qui pense pouvoir la séduire facilement. Mais, c'est le sympathique Bill (Brian Aherne) qui va capturer son coeur. Ils se rencontrent dans un escalator où il va se retrouver en possession de son gant et va vouloir le rendre à sa propriétaire. Le flirt entre Bill et Nell ne fait qu'exacerber la jalousie de Bert qui est employé dans une centrale électrique. Réalisant qu'il n'arrive à rien, il organise un coup monté avec sa petite amie Kate (N. Baring) pour décrédibiliser Bill. Sur cette trame très simple, Asquith réalise un film qui nous montre la vie de tous les jours parmi les londoniens des classes laborieuses. Chaque personnage est identifié et parfaitement décrit dans son environnement professionnel et personnel. Anthony Asquith a parfaitement assimilé toutes les techniques cinématographiques développées en Allemagne et en France: ombres expressionnistes, caméra subjective, travelling rapide, montage accéléré etc. Il intègre chaque élément avec sobriété et élégance à son récit sans chercher à faire de l'esbroufe. Alternant l'humour et la tension, il construit un film qui atteint son paroxysme avec la scène de poursuite entre Aherne et McLaglen. Elle commence sur les toits de la centrale électrique, se poursuit sur les quais de la Tamise avant de se terminer dans les tunnels et un ascenceur du métro. Il prend son temps pour nous montrer le jeune couple, Nell et Bill, en train de pique-niquer dans un parc avant de redescendre dans l'enfer du métro souterrain. Ce film a fait l'objet d'une restauration par le BFI en 2009 qui en avait profité pour commander une nouvelle partition au musicien Neil Brand, un spécialiste du cinéma muet. Malheureusement, à Paris, les organisateurs de cette projection n'ont guère montré de soin dans cette présentation. Tout d'abord, le film a été projeté sur un écran minuscule au Théâtre du Châtelet (qui est pourtant suffisamment vaste pour en accueillir un plus grand) qui a été en plus couvert d'un halo de lumière durant toute la projection et rendait la visibilité des scènes sombres fort difficile. Du coup, il est bien difficile d'apprécier la qualité de la restauration (voir video sur le site du BFI). Il n'y avait aucune traduction des intertitres, un geste qui montre le peu de cas qui était fait du film. Et puis, il y avait la musique. Le film était bizarrement inclus dans un festival de musique contemporaine organisé par Radio France. La star de la projection n'était pas le film d'Asquith, mais un musicien argentin, Oscar Strasnoy. Ce compositeur nous a asséné pendant 90 min un motif minimaliste répétitif qui a ignoré le mouvement, le comique et le tragique des scènes. Entre deux bruitages (jappements et bavardages), les musiciens cessaient de jouer dès qu'un instrument de musique apparaissait à l'écran. Pas question pour eux d'accompagner un piano, une flûte ou un harmonica ! Malgré le peu de professionnalisme de cette projection dans son ensemble, j'ai quand même pu apprécier cet excellent film d'Asquith qui mérite bien plus d'égards.
Last edited by Ann Harding on 22 Jan 12, 16:39, edited 1 time in total.
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by Rick Blaine »

Peu de choses à ajouter sur ce film. Comme pour A Cottage on Dartmoor, j'admire le rythme et la narration proposés par Asquith, tout comme sa direction d'acteur, nous avions encore ici quatre acteurs à l'interprétation parfaite.
La tension dans Undergound est peut-être un tout petit peu moins soutenue, Asquith jouant un peu plus la carte de l'alternance entre humour et suspense. J'ai admiré tout particulièrement la séquence introductive, qui fait se croiser tous les protagonistes du film dans le métro, une scène tout en humour et en légèreté. La course poursuite finale est quant à elle magnifique. C'est une certitude, le cinéma d'Asquith est passionnant.

Je vais en profiter pour donner également mon carton rouge au Théâtre du Châtelet, ils le méritent amplement. En plus de l'écran timbre poste et du halo de lumière, on notait un joli câble que l'on voyait traverser l'écran lorsque l'on était pas dans les premiers rangs, l'ensemble révélant une attitude tout à fait méprisante pour l’œuvre d'Asquith... Je n'ajouterai rien sur la musique (que l'on ne saurait qualifier d'accompagnement), il fallait vraiment un excellent film pour que je puisse tout de même l’apprécier.
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by Ann Harding »

Je crois que tous les classikiens présents ont été d'accord sur la musique... :mrgreen:
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by Rick Blaine »

Ann Harding wrote:Je crois que tous les classikiens présents ont été d'accord sur la musique... :mrgreen:
Oui, notre ami Oscar pourra se vanter d'avoir su créer une belle unanimité. :mrgreen:
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Re: Anthony Asquith (1902-1968)

Post by Abdul Alhazred »

Ann Harding wrote:Je crois que tous les classikiens présents ont été d'accord sur la musique... :mrgreen:
Je confirme : au mieux, durant quelques trop rares passages, la musique se faisait discrète et ne gênait pas ; au pire, elle était envahissante et déplacée.