Pierre Schoendoerffer (1928-2012)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Federico
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Federico »

Pour une fois, une chaîne fait preuve d'originalité pour rendre un hommage : ce soir à 23h30, TV5 diffusera Objectif 500 millions (1966). Je crois l'avoir vu mais mes souvenirs sont plus que vagues. La distribution est alléchante : Bruno Crémer, la très sexy Marisa Mell et une des rares apparitions de Jean-Claude Rolland, acteur très fin disparu l'année suivante dans des circonstances tragiques (il joua le pote flambeur de Ventura dans Les grandes gueules et était à l'aube d'une certaine notoriété en interprétant le rôle-titre du téléfilm L'Espagnol).
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Federico »

Rediff' cette semaine de la série de cinq entretiens réalisés fin 2011 avec Schoendoerffer pour l'émission A voix nue.
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by homerwell »

Voici un hommage de Bertrand Tavernier que je remercie au passage, signalé par Boubakar, que je remercie aussi ! :D

http://www.tavernier.blog.sacd.fr/en-ho ... ndoerffer/
En hommage à Pierre Schoendoerffer

23 avril 2012 par Bertrand Tavernier - DVD

Voici le texte publié sur le site de la SACD le 20 mars dernier en hommage à Pierre Schoendoerffer, disparu le 14 mars :

« Cela fait plusieurs jours que je reviens sur ce texte pour la SACD sur Pierre Schoendoerffer. Dès que j’écris une phrase, un paragraphe, malgré moi, ils passent à la première personne. Je n’arrive pas à garder le ton qui sied à un hommage objectif. Oui, bien sûr, je peux dire qu’on doit à Pierre Schoendoerffer une série de films remarquables, uniques, au ton si personnel. Des films qui s’interpellent les uns les autres, se répondent, se complètent, qui occupent une place à part dans le cinéma français. Pierre, tu étais en marge de tout. On ne te rattacha pas à la Nouvelle Vague bien que la photo de Raoul Coutard pour LA 317ème SECTION soit aussi innovatrice, révolutionnaire que celle d’A BOUT DE SOUFFLE (et que dire de celle du CRABE TAMBOUR, de ces fabuleux plans de mer) ni à ses adversaires qui appréhendaient tes chroniques de Grandeur et Servitudes militaires. Tu ne faisais partie d’aucun clan, d’aucune clique. Surtout politique. Tu m’as si souvent répété que l’homme politique pour qui tu avais le plus d’estime était Pierre Mendès France.



Revoir LA 317ème SECTION au festival de Lyon fut un très grand moment. C’est un chef d’œuvre que je mets sur le même plan que LES FORÇATS DE LA GLOIRE de Wellman et LES FEUX DANS LA PLAINE de Kon Ichikawa. Tu te souviens, Pierre, tu me parlais sans cesse de ce terrible film japonais quand je préparais le dossier de presse de LA 317ème SECTION, quand je me demandais comment contourner les préjugés d’une certaine critique, persuadée de l’idéologie d’un film qui ne pouvait selon elle être que colonialiste et militariste. Dans un article sublime de l’Observateur, Michel Cournot avait anéanti à tout jamais ces fadaises. Il parlait du son du film, de la manière dont était filmée la jungle, la Nature : « Ce film a été fait cent fois, avec une autre section décimée dans une autre guerre. Il est presque une spécialité des cinéastes américains. Pourquoi celui-ci est-il un chef-d’oeuvre ? D’abord, parce qu’il est vrai. Tous les gestes sont vrais. Tous les mots sont vrais. Tous les regards, toutes les voix, tous les bruits sont vrais. C’est le premier film de guerre vrai… Chaque détail se trouvait à sa place, dans sa lumière, dans son élan… La mémoire n’est pas une faculté donnée à tout le monde. La mémoire du réel est rare. Aussi rare d’ailleurs que la perception. Un homme a su dévisager la guerre, il a su l’écouter, et elle est là… LA 317ème SECTION est d’autre part un chef-d’oeuvre, parce que la guerre n’y est pas, comme d’habitude, démontrée ou présentée. Elle n’est pas apportée sur un plateau d’argent. Elle n’est pas soulignée, indiquée. Elle n’est pas non plus espionnée, vue de dos, comme dans les bandes d’actualités de guerre. Elle n’est pas cadrée. »

Relire ce texte (que l’on pourrait appliquer aux scènes batailles de DIEN BIEN PHU) fait remonter tant d’émotion. J’ai assisté au retour de Pierre, malade, miné par le palu. Il était aussi amaigri que Jacques Perrin, aussi épuisé que les personnages du film. J’ai suivi le montage, j’ai vu naître ce chef d’œuvre, la belle musique de Pierre Janssen et j’ai su que le lieutenant Torrens et l’adjudant Willsdorff faisaient partie de ma vie. Pierre m’a demandé de faire la bande annonce, d’en écrire le texte qui est dit par son monteur, mon futur monteur, le merveilleux Armand Psenny.
Et on ne s’est plus quitté.



J’adorais Pierre Schoendoerffer. J’aimais sa franchise, sa loyauté, sa fidélité. Je me suis battu pour OBJECTIF 500 MILLIONS, œuvre sous-estimée qu’il faudrait redécouvrir (avec à coté du formidable Cremer, un acteur génial, Jean-Claude Rolland) et qui fait partie de ces films de casses exécutés par les militaires entre LA MAISON DE BAMBOU et, version plus rose, THE LEAGUE OF GENTLEMEN. J’ai suivi toute l’épopée du CRABE TAMBOUR à travers aussi les récits de Jean Rochefort et de Claude Rich. J’ai adoré LA SECTION ANDERSON, ce très beau documentaire sur un groupe d’Américains durant la guerre du Vietnam. Tu te souviens, Pierre, de ce dîner avec Howard Hawks, grand admirateur du documentaire, qui voulait te demander de faire toute la seconde équipe, tout ce qui se passait au Vietnam, dans le film qu’il préparait. Je te revois, médusé en l’entendant décrire certaines scènes, essayant de lui expliquer qu’il n’y avait pas de camps de prisonniers (tu parlais en connaissance de cause, toi qui a été prisonnier du Vietminh), ni d’éléphants au Vietnam. Je revois ta tête quand il déclara que le conseiller militaire serait le général Westmoreland que tu ne portais pas dans ton cœur. Et cet autre dîner avec John Milius, le coscénariste d’APOCALYPSE NOW, qui était venu à Paris, à ses frais, pour adapter (pour toi au début) ton beau roman, L’ADIEU AU ROI, si conradien, tant il l’adorait. Il m’avait demandé d’organiser un rendez-vous, t’avait pris en moto et vous vous étiez cassé la gueule près du restaurant. Repas chaleureux, arrosé et inoubliable.

Il y a donc tous ces souvenirs et tant d’autres. Il y a ces films que je vais revoir comme L’HONNEUR D’UN CAPITAINE. Il y a LÀ-HAUT, film fragile, de fêlures et de mélancolie avec un personnage de femme dans un rôle moteur et qui m’avait beaucoup touché par tout ce qu’il disait en creux. Et cette magnifique adaptation de TYPHON de Conrad que Harvey Keitel voulait tant jouer. J’ai essayé de te donner un coup de main, après Daniel Toscan du Plantier mais nous avons échoué. Enorme regret. Quelle belle adaptation tu avais écrite. Et cet hommage à Conrad constituait la vraie clé pour comprendre, apprécier ton œuvre.

Tout cela est tellement fort, tellement vivant que je ne parviens pas à accepter ta disparition, à écrire ce texte au passé. Tu es comme le Crabe Tambour et Willsdorff : tu survis à tout et je t’imagine quelque part entre la brousse et ta chère Bretagne, dialoguer avec Wellman et Fuller et Roman Karmen, ce cinéaste russe que tu avais rencontré au Vietnam. Et éclater de rire en parlant de l’enfer, du diable, en inventant une kyrielle de proverbes et de dictons tout en refaisant sur une carte avec Lucien Bodard et Edouard Behr les derniers combats de la guerre du Vietnam. »

Pour oublier cette disparition qui s’ajoute à celle de Michel Duchaussoy que j’avais dirigé dans LA VIE ET RIEN D’AUTRE où il était formidable (« Alors Dellaplane, toujours dreyfusard ? ») et que je viens de voir royal en Mitterrand usé, matois, roublard dans l’AFFAIRE GORDJI du talentueux Guillaume Nicloux (revoyez UNE AFFAIRE PRIVÉE et CETTE FEMME-LÀ), je voudrais signaler quelques beaux film. Et tout d’abord des documentaires, genre que pratiqua Pierre Schoendoerffer.
Et une belle image de l'homme
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Federico
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Federico »

Avis à ceux/celles qui l'avaient loupé il y a quelques mois, TV5 re-diffuse La 317° section ce soir à 21h. :D
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Filiba »

Je plussoie sur l'avis d'Homerwell au sujet d'Objectif 500 Millions.
La remarque de Bertrand Tavernier dans son eulogie de PS m'a incité à le voir.
C'est un film remarquable, très cohérent, très stylisé et distrayant à la fois.
Last edited by Filiba on 23 Feb 13, 12:20, edited 2 times in total.
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by homerwell »

Un livre remarquable est sorti sur Pierre Schoendoerffer. C'est aux éditions du CNRS, l'auteur en est Bénédicte Chéron qui a soutenu sa thèse sur le cinéma de Pierre Schoendoerffer.
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Les films du réalisateur sont largement abordés, et à travers eux tous les thèmes chers au yeux de Schoendoerffer. Un vrai travail de fourmis a été fait par Bénédicte Chéron pour retrouver les anecdotes de tournages, les interviews, les interventions télé ou radio (très nombreuses) et tout ce qui se raccroche à l'univers du cinéaste pour finir par situer le statut un peu particulier de l’œuvre de Schoendoerffer, son impact dans la société Française, et son travail de mémoire.
Si vous aimez le bonhomme, où que son œuvre vous interpelle, il ne faut pas faire l'impasse sur ce livre.
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Profondo Rosso »

Le Crabe-tambour (1977)

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Un officier de la marine nationale française se voit confier un dernier commandement, l'escorteur d'escadre Jauréguiberry dont c'est également la dernière mission avant son désarmement. Il est chargé de l'assistance et de la surveillance de la grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve. Le commandant mène aussi une quête personnelle, enracinée dans les guerres coloniales françaises : croiser une dernière fois un homme qu'il a connu, devenu patron d'un chalutier. Sa quête est relayée par les souvenirs du médecin du bord et de l'officier mécanicien, qui évoquent un lieutenant de vaisseau surnommé le « Crabe-tambour ». Les souvenirs et les témoignages se succèdent ; ils évoquent cette figure légendaire qui a marqué ceux qui l'ont connue, et les fait s'interroger sur leur propre vie.

Intimiste et ambitieux, Pierre Schoendoerffer adaptait son roman éponyme paru l'année précédente avec Le Crabe-tambour. Le récit mêle harmonieusement les propres souvenirs de l'auteur avec une biographie romancée du de Pierre Guillaume, fameuse figure militaire rebelle ayant participé à la Guerre d'Indochine et actif participant du putsch d'Alger. L'histoire se partage ainsi entre souvenirs et fascination en flashback pour ce Crabe-tambour qui aura marqué tout ceux ayant croisé sa route et un présent plus résigné et nostalgique.

Le ton se partage constamment entre nostalgie pour ses campagnes militaires passées transpirant le souffle de l'aventure, du dépaysement et de l'inconnu avec une vraie ambiguïté sur la nature de ces conflits. Les scènes aux présents portent le poids de ce regret avec les personnages de Jean Rochefort et Claude Rich dont l'existence semble comme s'être arrêtée une fois ces contrées et le charismatique Crabe-tambour (Jacques François) perdu de vue. Jean Rochefort tout en retenue délivre une prestation fascinante (récompensée par un César du meilleur acteur) avec cet homme mutique et marqué dont la seule volonté et énergie est désormais consacrée à croiser une dernière fois la route de consacrée à croiser une dernière fois la route de ce compagnon resté alerte en ne renonçant pas à ses idéaux, aussi discutables soit-ils.. Claude Rich, médecin vétéran tout autant prisonnier du passé s'avérera tout aussi pathétique quand on devinera progressivement ce qu'il lui a abandonné. Jacques Perrin n'impose malheureusement pas tout à fait la même présence en Willsdorff « Crabe-tambour », semblant toujours trop tendre symboliser l'aura de ce soldat pas comme les autres. Schoendoerffer a pourtant de belles idées pour le caractériser comme ce chat noir ne le quittant en aucune circonstance quelques soit les situations et les époques, le figeant ainsi dans une image quasi mythologique et immortelle pour ceux qui l'ont connus. Cela reste à l'état d'idée vue que la présence quasi spectrale de Rochefort n'est pas suffisamment contrebalancée par un frêle Perrin.

L'ambiguïté du film réside dans l'écart entre l'exaltation éteinte de ces hommes usés et les conflits discutables qui en forment le souvenir. L'imagerie élégiaque des paysages d'Indochine (la tonalité de L'Adieu au Roi autre fameux roman de Schoendoerffer -plus tard brillamment adapté par John Milius- plane dans cet exotisme, tout comme le futur Apocalypse Now-là aussi inspiration de Milius auteur du script- de Coppola avec cette carlingue remontant le fleuve) côtoie donc des échanges plus amers et coupables sur l'armée et ses guerres coloniales coupables (le procès après le putsch d'Alger, l'échange après l'enterrement du frère la photo avec le visage de Bruno Crémer faisant le lien La 317e Section son chef d'œuvre). La première partie est formidable et captive avec ces va et vient entre passé et présent, le quotidien quasi documentaire de ce navire de guerre (Schoendoerffer tourna durant sept semaines dans l'escorteur d'escadre Jauréguiberry, pendant l'hiver dans l'Atlantique nord) et les images absolument somptueuses magnifiées par la photo de Raoul Coutard. Un grand ennui va cependant céder à cet attrait initial et malgré l'ambition et les qualités manifestes on va se détacher de ce qui se déroule à l'écran. En privilégiant la langueur dépressive, Schoendoerffer perd progressivement notre attention dans un récit manquant de nerf, d'intensité. La confrontation finale tant attendue tombe donc bien à plat faute d'une réelle montée en puissance pour l'introduire. A défaut d'être complètement réussi, un film néanmoins intéressante et un des plus beaux rôles de Jean Rochefort (ne pas oublier un excellent Jacques Dufilho également vainqueur d'un César du second rôle). 3/6
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by homerwell »

Le Crabe-Tambour de Pierre Schoendoerffer

Ma note 10/10
En 1976, l'armée française est enfin sereine et apaisée après des années de bouleversements, après les grandes perturbations de la Libération, après la défaite en Indochine et le renoncement en Algérie, et enfin après les choix hasardeux de certains de ses cadres lors du putch d'Alger. C'est le moment choisit par Schoendoerffer pour évoquer les destins d'une poignée de survivants, ultimes témoins des dernières convulsions engendrées par ces changements. Car ce sont souvent les mêmes hommes qui ont participé à tous ces évènements. Les portraits qu'il dresse de ces militaires sont tout en retenu, ce sont les toiles d'un peintre qui ressent une profonde empathie pour ses sujets. L'auteur choisit délibérément de leur faire incarner les différents archétypes d'hommes qu'il aura lui même côtoyés pendant la campagne indochinoise, dans les camps de prisonniers viêt-minh ou pendant son travail de réalisateur de documentaires au Maroc et en Algérie. Les officiers décris dans Le Crabe tambour ont tous eu des choix difficiles à faire. La lutte morale engagée des années plus tôt entre le vieux commandant et Willsdorff, et qui est à peine dévoilée, est le coin que Schoendoerffer enfonce dans nos certitudes. Non pas un choix simplement manichéen entre le bien et le mal, mais un choix entre un bien et autre bien comme il le fait dire au personnage de Jean Rochefort, souvent au prix de lourds sacrifices.

La condition de prisonnier de guerre : un sort que Pierre Schoendoerffer connait bien. Durant la bataille de Dien Bien Phu, avec sa caméra, il fait équipe avec un photographe, Jean Peraud, qui devient son ami. Alors qu'ils sont faits prisonniers à l'issue de la bataille, Peraud a ses mots à l'adresse de son compagnon d'arme : « Il ne faut jamais être prisonnier. » Leur tentative pour s'échapper se terminera hélas très mal. Schoendoerffer est repris, Peraud disparaît à tout jamais. Ce témoignage fort et marquant transpire dans toute l’œuvre du réalisateur. Il donne lieu à une très belle scène et surtout à un dialogue saisissant entre le médecin et le lieutenant Willsdorff qui vient d'être libéré, sur le conflit moral qui se pose aux prisonniers, sur la contrainte et sur le sentiment d'abandon.

Tous les témoignages accordent une grande part de vérité à la description de la vie à bord du Jauréguiberry, illustrée aussi par la langueur du récit, grâce notamment aux images de bateaux en pleine mer ou à l'authenticité des ordres et des manœuvres. Cette torpeur qu'on lui reproche (et qui est la réelle illustration du rythme de vie sur un bateau, la forme rejoint le propos) permet aussi de se délecter de chaque bruit, de chaque micro-événement, de chaque attitude ; et avec des acteurs de la trempe de Claude Rich et Jean Rochefort, c'est un vrai régal. Le Jauréguiberry est évidement un vrai bateau de la marine française qui a été mis à disposition de Pierre Schoendoerffer pour tourner les images du Crabe tambour juste avant qu'il ne soit désarmé. Comme des respirations rythmant le voyage, les flashs-back illustrant les aventures de Willsdorff alternent avec les histoires du chef mécanicien (Jacque Dufilho) ; les petites parenthèses sur la lande du pays bigouden sont des histoires vraies, loufoques, elles sont des racines de marin extravagantes qui authentifient le récit.

Avant le prologue de son roman homonyme, Pierre Schoendoerffer cite quelques lignes de Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad. Il n'y a pas de Kurtz dans Le Crabe tambour, mais il y a bien une remontée de rivière à bord d'un petit bateau et cette rencontre avec un responsable de village indigène allié des français, moitié gourou moitié chef de guerre. Le même type de situation lorsque, au cour d'un banquet donné en son honneur, le crabe tambour assiste à cette démence fantasmagorique durant laquelle une vieille femme à l'allure de sorcière place des cigarettes allumées dans la bouche de têtes décapitées jonchant le sol. Les charges sur la rivière au son du cor de chasse et au beau milieu de la jungle s'apparentent bien à des sauts vers une forme de folie primitive.

La musique de Philippe Sarde est un habile mélange. Le thème principal est une partition pour orchestre, propre à décrire la marche du Jauréguiberry au milieu du déferlement des tempêtes mais aussi les sombres sentiments du Commandant interprété par Jean Rochefort. Là où Philippe Sarde fait preuve d'audace, c'est lorsqu'il ajoute un instrument à corde traditionnel Vietnamien et les cuivres (clairon et cor de chasse) sonnant la charge des vedettes rapides dans le brouillard de la rivière Tonkinoise. De temps en temps, il va même jusqu'à superposer les trois sonorités dans un mélange fantasque et baroque qui continue néanmoins à fonctionner. Le Crabe tambour est un film qui continue de nous interroger longtemps après sa vision, un film ambitieux qui ne livre rien d'autre qu'une bonne dose d'authenticité et surtout pas des réponses. Parce qu'il n'y a pas de révélations fracassantes à la fin des voyages, seulement l'image d'un grand jeune homme en uniforme blanc, un chat noir sur l'épaule et un sourire enfantin sur le visage et qui envoie toujours le même message signal en scott : adieu... adieu... adieu... adieu... adieu...
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Jeremy Fox »

Critique de La 317ème section et test de son DVD. Merci à Olivier Henry
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Commissaire Juve »

Jeremy Fox wrote:Critique de La 317ème section et test de son DVD. Merci à Olivier Henry
C'est vrai qu'un BLU serait une bonne idée. Mon père serait tout fou : "Close combat, reptation... il sortirait son lance-flammes" :mrgreen:
Après quoi, ils pourraient nous faire un BLU du "Crabe-Tambour" et ce serait la totale.

Mais faut pas rêver. :?
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Père Jules »

Jeremy Fox wrote:Merci à Olivier Henry
Lord... Henry ?
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Jeremy Fox »

Père Jules wrote:
Jeremy Fox wrote:Merci à Olivier Henry
Lord... Henry ?
Non non :wink:
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Nestor Almendros »

Commissaire Juve wrote:
Jeremy Fox wrote:Critique de La 317ème section et test de son DVD. Merci à Olivier Henry
C'est vrai qu'un BLU serait une bonne idée. Mon père serait tout fou : "Close combat, reptation... il sortirait son lance-flammes" :mrgreen:
Après quoi, ils pourraient nous faire un BLU du "Crabe-Tambour" et ce serait la totale.

Mais faut pas rêver. :?
Le master est prêt, le film est passé à Cannes Classics (restauré) il y a quelques années. C'est juste que l'éditeur n'est pas le plus dynamique vis à vis de son catalogue, c'est dommage.
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by homerwell »

Père Jules wrote:
Jeremy Fox wrote:Merci à Olivier Henry
Lord... Henry ?
Merci C'est flatteur !
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Père Jules »

:lol: