Pierre Schoendoerffer (1928-2012)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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homerwell
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Pierre Schoendoerffer (1928-2012)

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Filmographie :

La passe du diable (1959)
Pêcheurs d’Islande (1959)
Ramuntcho (1959)
La 317ème section (1965)
Objectif 500 millions (1966)
La section Anderson (1967)
Le Crabe-tambour (1977)
L’Honneur d’un capitaine (1982)
Réminiscences (1988) (suite de la section Anderson)
Diên Biên Phu (1992)
Là-haut, un roi au-dessus des nuages (2002)

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Deux articles de la cinémathèque sur le réalisateur :
http://testweb.cinematheque.fr/fr/espac ... rffer.html

http://www.bifi.fr/public/ap/article.php?id=235

Et quelques liens en rapport avec les activités de Pierre Schoendoerffer à l'académie des beaux-arts :
http://www.academie-des-beaux-arts.fr/m ... /fiche.htm

http://www.canalacademie.com/Pierre-Sch ... nneur.html

http://www.canalacademie.com/Le-voyage- ... ierre.html

Quelques avis récoltés sur le forum :
Colqhoun (9 mai 2004) wrote:Dien Bien Phu - Pierre Schoendoerffer

Un exposé des faits tourné de la manière la plus anti-spectaculaire qui soit, mais privilégiant une réelle authenticité de ces terribles jours de combats.

Schoendoerffer réalise son film en gardant continuellement une certaine distance avec ce qui se passe, grâce à de longs plans immobiles laissant l'action se dérouler, toujours à distance. Le film peut se targuer d'excellents interprètes, qui, comme tout le reste du film, ne force jamais le jeu pour privilégier l'authenticité des faits. Le film, malgré tout cela, accuse quelques baisses de rythme, rendant un peu le visionnage longuet durant certains passages.

4.5/6
Lord Henry (29 janvier 2009) wrote:Image

Emprisonné pour avoir comploté contre le gouvernement français durant la guerre d’Algérie, l’ex-capitaine Richau erre dans la vie civile. Un soir, Yo, une brune mystérieuse rencontrée au coin d’un ring, le met en relation avec l’officier qui l’avait dénoncé aux autorités ; l’objectif : un casse de 500 millions.

Le cinéma de genre a souvent offert aux auteurs un raccourci par lequel installer le spectateur dans leur univers. Ici, les archétypes du film noir servent à souligner les contours du personnage de Bruno Cremer, soldat sans guerre, auquel seule reste la tragédie pour écrire son destin.
Mais le personnage est aussi une métaphore du cinéaste dont on sent bien qu’il n’est pas toujours à son aise avec les conventions qu’il lui a fallu respecter.
Kevin95 wrote:C'est à mes yeux, le meilleur film de Pierre Schoendoerffer qui réunit parfaitement les obsessions du cinéaste (que l'on croit éternelles) autours de la guerre d'Indochine et le cinéma de genre, à savoir le caper movie. Le tout, avec une mise en scène ultra léchée (très beau noir et blanc), rendant Bruno Cremer instantanément impressionnant.
Last edited by homerwell on 14 Mar 13, 10:34, edited 4 times in total.
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Là-haut, un roi au-dessus des nuages

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Attention spoiler

Là-haut, un roi au-dessus des nuages (2003)

Une émouvante mélancolie, c'est le sentiment que m'inspire ce film de Schoendoerffer, film somme d'une carrière cinématographique passée à raconter des histoires de militaires, peuplées de personnages complexes, à l'image du Colonel joué par Bruno Cremer. Une sorte de stentor qui résume les choses à sa façon :

Il n'y a que trois métiers possibles pour un homme, Roi, Poète ou Capitaine.


Dès l'introduction de son récit, Schoendoerffer rend des hommages appuyés à son petit monde. Dans le bureau du producteur, les affiches de films, les statuettes de victoires remportées, oscar, césar ou palme cannoise, jusqu'au nom de la société de production, Le rayon vert, (peut-être un clin d'œil à Rohmer) nous plonge rapidement dans son univers de cinéaste.
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Une journaliste incarnée par Florence Darel mène une enquête sur la disparition du réalisateur Henri Lanvern, pendant le tournage de son film en Thaïlande.
Et cette enquête va mettre à jour un homme, son passé, ses aventures et les compagnons qui auront traversés avec lui la guerre d'Indochine.
Durant ses recherches, la journaliste va interroger certains protagonistes survivants des bourbiers vietnamiens, ou qui auront plus simplement croisés Lanvern pendant sa jeunesse.
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C'est dans cette galerie de portraits que Schoendoerffer va toucher au but. Les magistrales interprétations de Claude Rich, Jacques Dufilho, et Bruno Cremer, sont encore épaissies par les flashs-back puisés directement dans la banque d'images du réalisateur. Nous voyageons dans le temps, passant du Perrin ou du Cremer de La 317éme section, du Rich du Crabe tambour, aux personnages de Là-Haut avec une émotion sans cesse renouvelée. Et la vérité du temps qui a passé sur les visages en prime.

Petite anecdote à savoir, et petite illustration du souci constant de véracité de Schoendoerffer. Lors des obsèques du général joué par Gérard Oury, les paroles de l'aumônier (Philippe Clay) sont en faite un texte écrie par un compagnon de la libération dont le titre est Prière du parachutiste.
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PRIERE DU PARACHUTISTE

André ZIRNHELD était professeur de philosophie avant la guerre. Son engagement le mènera dans des actions commando où il perdra la vie en 1942. Ses compagnons d'arme ont retrouvé sur sa dépouille la prière qu'il avait composé. Cette prière est devenue un signe de ralliement des commandos parachutistes.

Je m'adresse à vous, mon Dieu,
car vous seul donnez
ce qu'on ne peut obtenir que de soi.
Donnez-moi, mon Dieu, ce qu'il vous reste
Donnez-moi ce qu'on ne vous demande jamais.
Je ne vous demande pas le repos
ni la tranquillité
ni celle de l'âme, ni celle du corps.
Je ne vous demande pas la richesse
ni le succès, ni peut-être même la santé.
Tout ça, mon Dieu, on vous le demande tellement
que vous ne devez plus en avoir.
Donnez-moi, mon Dieu, ce qu'il vous reste
Donnez-moi ce que l'on vous refuse.
Je veux l'insécurité et l'inquiétude
Je veux la tourmente et la bagarre
Et que vous me les donniez, mon Dieu, définitivement,
Que je sois sûr de les avoir toujours
Car je n'aurai pas toujours le courage
de vous les demander.
Donnez-moi, mon Dieu, ce qu'il vous reste
Donnez-moi ce dont les autres ne veulent pas
mais donnez-moi aussi le courage
et la force et la foi.
Car vous seul donnez
Ce qu'on ne peut obtenir que de soi.

Dans la révélation de cette enquête, Schoendoerffer tisse un lien avec sa propre expérience des combats d'Indochine. La disparition de son ami et mentor Jean Peraud lors d'une évasion, est resté une marque indélébile. Plusieurs portrait du photographe reporter sont égrainés pendant le film. Le même destin que Lanvern.

http://www.ina.fr/video/2558182001008/p ... ne.fr.html

Certains diront qu'il faut avoir vu les autres films de Schoendoerffer avant de visionner Là-Haut. Du point de vu de la compréhension de l'histoire, pas du tout, mais la joie et l'empathie développée par la vision de ces portraits disséminés tout du long du film est en soi un petit trésor. Alors autant provoquer les choses, et profiter du final tout en pudeur entre la journaliste Florence Darel et le Colonel Bruno Cremer.
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- Homerwell, aimez-vous Pierre Schoendoerffer ?
- Je vous en prie...
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L'honneur d'un capitaine

Post by homerwell »

homerwell wrote:L'honneur d'un capitaine (Pierre Schoendoerffer – 1982)

Autant le dire tout de suite en préambule, j'ai vu un grand film. Les thèmes douloureux sont posés avec précision, sans emphase, sans apporter de réponses toutes faites mais en développant tous les tenants et les aboutissants d'un récit qui puise aussi bien dans l'histoire avec un grand H, que dans l'évocation des coups tordus de la guerre d'Algérie.

Lors d'une émission télévisée, le capitaine Caron (Jacques Perrin superbe) est accusé par le professeur Paulet d'avoir utilisé des méthodes douteuses pendant son commandement à la tête d'un bataillon de Chasseurs. Sa veuve, incarnée par Nicole Garcia, décide alors de défendre la mémoire de l'officier mort au champ d'honneur en Algérie.

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Pendant une première partie qui se développe sous forme d'enquête, à l'aide de témoignages, de photos et même de films, on découvre le personnage du capitaine.
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Schoendoerffer en profite pour évoquer le parcours d'un jeune lieutenant sorti de Saint-Cyr, compagnon de Théodose Morel sur le plateau des Glières, puis combattant en Indochine avec l'incrustation adroite d'images de Jacques Perrin dans son autre grand film, « La 317e section ».

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C'est assurément, de la part du réalisateur, une forme d'hommage, très touchant au demeurant, à des hommes et à des faits qu'il a voulu intégrer à cette histoire. D'ailleurs, Caron ne commande surement pas des chasseurs par hasard.
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Puis dans la deuxième partie, le procès se déroule avec les traditionnels débats entrecoupés de flashs-back et d'interventions de témoins.
La question de la torture y est clairement énoncée, notamment par l'avocat Charles Denner littéralement habité par son interprétation, et si la défense arrive à déjouer toutes les accusations, les protagonistes quitteront le tribunal avec des doutes là où on ne les attendait pas.

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Emprunt du réalisme auquel nous avait déjà habitué Pierre Schoendoerffer avec « La 317e section » et « Le crabe-tambour », « L'honneur d'un capitaine » résonne dans mon esprit comme un symbole du questionnement personnel de l'engagement, le genre de démarche qui doit mettre à l'abri des jugements hâtifs à l'emporte-pièce, et aussi comme un supplément de témoignage pour continuer d'essayer de comprendre ce qu'est cette chose hideuse : la guerre.

« J’ai fait tout ce qu’un soldat a l’habitude de faire. Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »



Quelques mots par lui même...

http://www.youtube.com/watch?v=nT1ROCbBpnk
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Re: Pierre Schoendoerffer

Post by villag »

J'aime ce cineaste; il connait bien le milieu militaire et il le peint sans complaisance, mais aussi sans caricature systematique; ( ce n'est pas Yves Boisset !);Avouons aussi qu'il éprouve pour ces soldats une certaine affection et cela se ressent tres bien dans la façon dont il les decrit...;ça donne , la 317ème section, la section Anderson, presque des reportages; ou alors Le Crabe Tambour ou il se met à la place de ces militaires désemparés , voir perdus, comme sont perdus ces pays qui,peu de temps plus tôt, faisaient encore partie de l'empire.....Son cinema est particulier, sécheresse de reportage avec, de ci de là, des accents à la Kipling !......dans tous les cas, un auteur attachant !.....
F d F ( Fan de Ford )
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La passe du diable

Post by homerwell »

La passe du diable (1959)

Bien avant les deux adaptations le plus populaires de ses romans que sont "Belle de jour" de Luis Buñuel en 1966, et "L'armée des ombres", de Jean-Pierre Melville en 1969, Joseph Kessel a été scénariste et à l'origine du projet de « La passe du diable »avec la complicité de Pierre Schoendoerffer et Jacques Dupont pour la réalisation.

Étrange documentaire, plongée au cœur de l'Afghanistan, à la fois récit initiatique d'un jeune admirateur du jeu du Bouzkachi (sorte de jeu du béret, mais avec le cadavre d'un bouc et à cheval) et découverte des différentes facettes de ce pays, avant l'invasion par les russes, avant les talibans, avant la coalition !

Bien que les images soient superbes, bien que l'histoire du jeune Rahim ne soit pas dénuée d'intérêt, ce documentaire romancé porte dans sa forme, le fruit d'un ennui poli. Les voix off assurant la traduction et la narration, pourtant portées par Jean Carmet et Jean-Pierre Aumont, nous ramènent sans cesse au charme désuet d'un documentaire à la Cousteau, et il faut bien dire qu'en 2009, ça a un peu vieillie.
Cela fait aussi un peu penser au traitement donné à « Crin-Blanc » par Albert Lamorisse quelques années plutôt et dans les héritiers, je citerai « Le chien jaune de Mongolie » de Byambasuren Davaa.

Je vous ai parlé d'images superbes et pour vous en convaincre, j'ajoute simplement un nom : Raoul Coutard. Alors qu'ils se sont rencontrés quelques années plus tôt en Indochine, La passe du Diable est le début d'une longue collaboration avec Pierre Schoendoerffer et plus simplement le début d'une superbe carrière de Directeur photo avec entre autre Jean-Luc Godart, François Truffaut, Jacques Demy ou Costa Gavras. Excusez du peu...

Un dernier compère pour bien comprendre que ce film était en fait le début d'une belle aventure, le producteur Georges de Beauregard, autre symbole de la nouvelle vague, était aux manettes financières.

Même si j'admets certaines réserves sur ce film, je voudrais tout de même vous conseiller de le voir, pour les quelques moments de grâce de cette histoire notamment lors de la scène près du Bouddhas de Bâmiyân, pour les belles images d'un Afghanistan d'avant guerre, et parce qu'il était prometteur de plein de choses à venir pour ceux qui l'ont fabriqué en plus de son gout d'aventure lointaine.

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Filmographie de Joseph Kessel

1928 L’ÉQUIPAGE (Maurice Tourneur), d’après son roman (1923).
1929 NUITS DE PRINCES (Marcel L’Herbier), d’après son roman (1927).
1934 CESSEZ-LE-FEU (Jacques de Baroncelli), scénario original.
1935 L’ÉQUIPAGE (Anatole Litvak), co-adaptation d’après son roman (1923) A.
1936 LES BATELIERS DE LA VOLGA (Wladimir Strijewski), scénario original.
1937 THE WOMAN I LOVE (Anatole Litvak), d’après “L’Équipage” (1923) - NUITS DE PRINCES (Wladimir Strijewski), d’après son roman (1927).
1938 AB MITTERNACHT (Carl Hoffman), d’après “Nuits de Princes” (1927).
1947 LE BATAILLON DU CIEL (Alexandre Esway), sujet, co-adaptation et dialogues (version romancée en 1961).
1949 AU GRAND BALCON (Henri Decoin), scénario original et dialogues.
1950 LE GRAND CIRQUE (Georges Péclet), dialogues.
1951 SIROCCO (Curtis Bernhardt), d’après son roman “Le Coup de grâce” (1931).
1955 LES AMANTS DU TAGE (Henri Verneuil), d’après une nouvelle (version romancée en 1968) - FORTUNE CARRÉE (Bernard Borderie), co-adaptation d’après son roman (1930) B - OASIS (Yves Allégret), co-scénariste avec Georges Kessel.
1958 LA PASSE DU DIABLE (Jacques Dupont, Pierre Schoendoerffer), scénario original et commentaire.
1962 LE LION (The Lion, Jack Cardiff), d’après son roman (1958).
1967 BELLE DE JOUR (Luis Buñuel), d’après son roman (1928) C.
1969 L’ARMÉE DES OMBRES (Jean-Pierre Melville), d’après son roman (1963) D.
1970 LES CAVALIERS (The Horsemen, John Frankenheimer), d’après son roman (1967).
1982 LA PASSANTE DU SANS-SOUCI (Jacques Rouffio), d’après son roman (1936).

Autres travaux pour le cinéma
(co-scénariste ou co-adaptateur) :
1936 MAYERLING (Anatole Litvak), d’après Claude Anet - LA PEUR (Victor Tourjansky), d’après Stefan Zweig.
1937 LES SECRETS DE LA MER ROUGE (Richard Pottier), d’après Henry de Monfreid.
1939 L’HOMME DU NIGER (Jacques de Baroncelli), dialogues.
1953 UN ACTE D’AMOUR (Act of Love, Anatole Litvak), d’après Alfred Hayes.
1955 L’AMANT DE LADY CHATTERLEY (Marc Allégret), d’après D. H. Lawrence.
1967 LA NUIT DES GÉNÉRAUX (Night of the Generals, Anatole Litvak), d’après Hans Helmut Kirst et James Hadley Chase.
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Re: Pierre Schoendoerffer

Post by Phnom&Penh »

homerwell wrote:Bien avant les deux adaptations le plus populaires de ses romans que sont "Belle de jour" de Luis Buñuel en 1966, et "L'armée des ombres", de Jean-Pierre Melville en 1969, Joseph Kessel a été scénariste et à l'origine du projet de « La passe du diable »avec la complicité de Pierre Scoendoerffer et Jacques Dupont pour la réalisation.

Étrange documentaire, plongée au cœur de l'Afghanistan, à la fois récit initiatique d'un jeune admirateur du jeu du Bouzkachi (sorte de jeu du béret, mais avec le cadavre d'un bouc et à cheval) et découverte des différentes facettes de ce pays, avant l'invasion par les russes, avant les talibans, avant la coalition !
De toute façon, en plus du film, il faut lire Fortune carrèe et Les Cavaliers de Joseph Kessel. Eux ne sont pas décevants, si le premier film de Schoendoerffer l'est peut-être un peu.

Toutes ces histoires d'hommes et d'aventures méritent bien quelques détails sur la rencontre entre Kessel et le cinéaste, à Hong -Kong:

"Correspondant de guerre depuis 1952 il avait couvert la guerre d'Indochine pour le Service cinématographique des Armées. Cameraman, il avait filmé toute la bataille de Dien Bien Phu au terme de laquelle il avait été fait prisonnier avec le colonel Bigeard par les troupes de Giap. Libéré au bout de quatre mois, il avait travaillé comme photographe pour Time et Life à Saïgon tout en caressant le projet de devenir metteur en scène.
Sur la route de Paris, il venait, comme tous les journalistes français de passage, rendre une visite amicale aux confrères de l'AFP. Il avait un nom encore plus difficile à écrire qu'à prononcer: Pierre Schoendoerffer.
Le soir même, ils dînaient ensemble et Jef (Kessel) se révéla l'être exceptionnel décrit par Francis Lara: "Un jeune homme de cinquante-sept ans, en véritable adoration devant son épouse, pétant le feu, buvant comme un trou et voulant faire la fête jusqu'à 4 heures du matin".
C'est dans une fumerie de Kowloon que Schoendoerffer lui raconta son expérience indochinoise, la guerre, la découverte du monde, la captivité, les tentatives d'évasion:
- Sans le savoir vous m'avez déjà sauvé la vie. En 1942, en pleine occupation et au milieu d'études pénibles, je trouvais la vie minable, effrayante, sans espoir. Je souffrais d'une claustrophobie épouvantable. Alors un copain m'a donné à lire Fortune carrèe, qui m'a tranquillisé comme une piqûre. Grâce à vous, j'ai découvert que le monde n'était pas ce que l'on vivait à l'époque, qu'il y avait autre chose. C'est pour le découvrir qu'après une brève carrière dans la marine marchande, je me suis engagé pour l'Indochine.
Rien ne pouvait mieux toucher le coeur de Joseph Kessel que cette confidence venant d'un jeune homme qui, déjà, avait cher payé son aventure individuelle. Il était digne d'entrer de plein-pied dans le clan des intimes. Et, puisqu'il voulait faire du cinéma, qu'il vienne donc le voir rue Quentin-Bauchart.
Ce soir de mars 1955 le destin de Pierre Schoendoerffer venait de changer."

Signé: un autre jeune lecteur de Joseph Kessel 8)
qui te recommande la bio suivante, si tu ne la connais pas:

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Il y a plein d'autres passages sur Schoendoerffer.
"pour cet enfant devenu grand, le cinéma et la femme sont restés deux notions absolument inséparables", Chris Marker

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Re: Pierre Schoendoerffer

Post by homerwell »

Phnom&Penh wrote: De toute façon, en plus du film, il faut lire Fortune carrèe et Les Cavaliers de Joseph Kessel.

...qui te recommande la bio suivante, si tu ne la connais pas:

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Et hop, dans la liste du père Noël ! 8)
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Pêcheurs d’Islande

Post by homerwell »

Pêcheurs d’Islande (1959)


1959 - En pleine déferlante de la nouvelle vague, Schoendoerffer voit pointer la sortie de deux de ses premiers films. Tous deux sont des adaptations de romans de Pierre Loti. Tous deux sont produits par Georges de Beauregard et photographiés par Raoul Coutard. (Philippe de Broca est d'ailleurs assistant réalisateur sur Ramuntcho)
Mais le succès n'est pas tout à fait au rendez-vous, notamment pour Pêcheurs d'Islande.

Si dialogues et jeux d'acteurs ne peuvent renier leur appartenance à la nouvelle vague, Schoendoerffer ajoute par sa réalisation une part de vérité à l'aspect quasi documentaire. Sans doute est-ce l'héritage à la fois de son passé dans la marine marchande et de journaliste cinéaste.

Et par sa façon d'être à la croisée des chemins, de ne pas prendre le partie soit d'un documentaire aventureux, soit d'une comédie dramatique aux accents de voyages lointains, Schoendoerffer peine à nous faire totalement adhérer à son récit.

On n'y note cependant déjà son amour pour la lande Bretonne, de très belles images de bateaux en pleine mer qui annoncent celles du Crabe-tambour, et le soucis constant de dépeindre des hommes dans l'action, des pêcheurs plutôt que la pêche.
Jean-Claude Pascal prête son physique de jeune premier et Charles Vanel la stature d'un armateur dont on ne discute pas les consignes.
Pêcheurs d'Islande enchaîne quelques belles scènes d'échanges verbaux, je pense au passage où l'armateur Vanel/Mével, pris au piège de sa propre intransigeance, laisse un de ses confrères le convaincre de réhabiliter Yann Gaos à son poste de capitaine d'équipage ; ou à l'instant où Yann Gaos prend un verre de l'amitié avec le gendarme qu'il vient de pousser dans les eaux du port.

Enfin tout va bien jusqu'à ce happy end improbable pendant lequel Juliette Mayniel endosse les habits d'une Pénélope geignante et nous gratifie des cinq plus longues minutes du film.
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La section Anderson

Post by homerwell »

La section Anderson (1967)

En pleine guerre du Vietman, le lieutenant Anderson fraichement émoulu de West Point, mène au combat une section d'infanterie constituée de jeunes appelés américains.
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Le reportage fût réalisé à trois avec un caméraman et un ingénieur du son dans le cadre de l'émission de télévision "Cinq colonnes à la une" durant l'année 1966. On peut donc retrouver ce documentaire dans le coffret dvd consacré à l'émission mythique ou à l'adresse suivante en téléchargement payant :

http://www.ina.fr/economie-et-societe/v ... on.fr.html

C'est un vrai travail de journaliste d'investigation et de cinéaste qu'a réalisé Pierre Schoendoerffer. Pour ce faire, lui et son équipe ont partagé le quotidien d'une section de l'armée américaine aussi bien pendant les combats, qu'en patrouille avec les "voltigeurs de pointe" au milieu de la jungle ou lors de permission à l'arrière, des repas et de l'attente sous la pluie. En agissant de la sorte, Schoendoerffer explique avoir acquis la confiance des hommes qu'il accompagnait et cela transpire au travers des images par un réalisme saisissant. La description du quotidien des militaires a des accents de vérité, la caméra s'attarde sur les visages, scrute, capte les expressions et les états d'âme bien plus qu'elle ne cherche le sensationnalisme. Pourtant, rien n'est épargné aux spectateurs, les morts, les blessés, les prisonniers, les interrogatoires, les accidents...
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A la vision de ce documentaire, il est bien difficile de ne pas évoquer tous les grands films de guerre américain tournés sur le sujet, on peut aussi penser que Schoendoerffer a encore en tête les images de son propre film, "La 317 ème section" ; son expérience militaire lui aura bien sur servi, et comme à son habitude, il se nourrit en s'auto-alimentant avec des situations vécues. Je pense ici à cette scène où des militaires communient avec un aumônier dans le fracas d'une batterie d'artillerie, scène que l'on retrouve dans "Diên Biên Phu" tourné 26 ans plus tard en 1992.
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Pierre Schoendoerffer reçoit l'oscar du meilleur film documentaire pour La section Anderson en 1968, ainsi qu'une flopée d'autres prix partout dans le monde.
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Watkinssien
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Re: Pierre Schoendoerffer

Post by Watkinssien »

C'est un cinéaste que j'apprécie, car il est l'un des seuls à avoir montré cinémtographiquement la peinture de l'homme en Guerre français.

Et je rejoins complètement l'avis de Homerwell sur Là-haut, un Roi au-dessus des Nuages, qui est effectivement le film somme de Schoendoerffer et un très beau film nostalgique.
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homerwell
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Re: La 317ème section

Post by homerwell »

La 317ème section (1965)

6 ans après son dernier film qui était une adaptation de Pierre Loti, mais surtout 11 ans après la chute de Dien Bien Phu qui l'avait mené en captivité, Pierre Schoendoerffer cherche un producteur pour son scénario : La 317 ème section. Les refus le forcent à revoir ses plans et pour ne pas voir disparaître son travail, il en fait un roman. Le succès est immédiat et Georges De Beauregard décide alors de financer ce qui va devenir l'un des films de guerre les plus importants tourné en France, peut-être le meilleur. Seul Capitaine Conan sur une autre guerre me paraît avoir eu un impact aussi fort. D'ailleurs, petit aparté, Bertrand Tavernier est au générique de la 317 ème section comme chargé de presse.

Le film est donc écrit et réalisé par Pierre Schoendoerffer et recevra la palme du meilleur scénario à Canne en 1965, ex-aequo avec Sidney Lumet pour La colline des hommes perdus.

Pierre Schoendoerffer rassemble une équipe de techniciens sous la houlette d'un chef image qui commence à faire parler de lui, et avec qui il a déjà travaillé plusieurs fois : Raoul Coutard. Puis il emmène tout son petit monde au Cambodge où l'une de ses anciennes relations l'invite à tourner son film et met à sa disposition une section de militaires pour la figuration : le roi Sihanouk lui-même. L'équipe technique sera rejointe par deux magnifiques acteurs, Jacques Perrin et Bruno Cremer, qui occuperont tous deux la tête d'affiche. Dans cette aventure, tout le monde va perdre des kilos car Schoendoerffer mène son monde comme un capitaine de compagnie. C'est à ce prix que la quête de vérité trouvera un écho favorable selon Schoendoerffer, une habitude qui ne le quittera plus dans ses œuvres approchant la chose militaire. Mais cela n'est pas tout à fait suffisant pour réaliser un bon film, le scénario doit être à l'avenant et sur ce point, pas de déception non plus.
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Le film ouvre sur un plan de termites qui grouillent au sol accompagné par la musique de Pierre Jansen. C'est la description d'un savant travail de sape qui est à l'œuvre, et rien ne pourra l'arrêter.

L'entrée en scène des deux principaux acteurs est magistral. L'essentiel est renseigné en deux plans qui trouvent Perrin enfournant le drapeau français sous sa veste de treillis, et Cremer au garde à vous saluant les couleurs d'une main aussi large qu'un battoir.

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Cette section de l'armée française que nous découvrons est composée d'une quarantaine de supplétifs vietnamiens commandés par un sous-officier et un officier. Ils reçoivent l'ordre par radio de quitter le fortin avancée qu'ils tiennent à Luong Ba, et de rejoindre un camp retranché à Lao Tsaï. Pendant la marche forcée entre les deux camps, le groupe de français apprendra la chute de Dien Bien Phu. Tout un symbole pour nos militaires qui rendent coup pour coup malgré la fatigue et un moral déjà bien atteint. Arrivé en vue de Lao Tsaï, ils ne trouveront qu'un lointain panache de fumée indiquant que là aussi, le rapport de force inégal a contraint les défenseurs à la reddition. Le Sous-Lieutenant Torrens et l'Adjudant Willsdorf tenteront alors de rejoindre les montagnes...
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Très vite, les rapports entre les deux hommes seront un des centres d'intérêt de cette histoire. Leur parcours si différent et que nous découvrons au détours des conversations au bivouac ou pendant leur confrontation signent sans doute deux archétypes de ce qui constituaient les effectifs engagés en Indochine. Jeune Saint Cyrien et vétéran de la seconde guerre mondiale, autant dire des morceaux de choix pour Schoendoerffer qui les fera finalement lier d'amitié malgré leur altérité.
C'est dans ce credo que l'auteur s'exprime finalement à cœur ouvert. Il a une profonde amitié pour ces types et il les fait s'exprimer et dire le fond de leur pensée. Même de façon abrupte, ou maladroite, on touche du bout du doigt des brides d'explications sur les raisons de leur engagement, de leur présence en Indochine. Willsdorf se voit bien acheter une paillote au bord de l'eau, se marier avec une Tonkinoise, il se sent bien dans ce pays. Ce ne sont pas des réflexions que l'on retrouve dans les films américains qui traiteront de la guerre du Vietnam, un peu plus tard.
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De son côté, Coutard va tourner des images en noir et blanc absolument somptueuses, ponctuées de portraits qui mettent les âmes à nus. Autre grande qualité des images, elles sont toutes parfaitement compréhensives, on a une sensation de caméra à l'épaule au cœur de l'action, mais jamais les images brouillonnes que l'on semble devoir y accoler aujourd'hui. Les instructions de Schoendoerffer étaient clair à ce sujet. La caméra filme ce qu'un soldat peut voir, mise à part l'introduction et la fin du film qui sont des images de jungle prises d'un hélicoptère, la caméra ne quitte pas le groupe d'hommes. Le résultat est une part de véracité supplémentaire à l'expertise militaire de Schoendoerffer pour nous mener à des sensations proches du documentaire.

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La 317 ème section restera une référence y compris pour les réalisateurs américains ; dont Coppola qui n'hésitera pas à rendre un hommage direct à Schoendoerffer dans son film Apocalypse now redux. Pour ce faire, il réutilisera l'anecdote métaphorique du blanc d'œuf qui fiche le camp à travers les doigts pendant que le jaune reste coincé au creux de la main.
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Objectif 500 millions

Post by homerwell »

Objectif 500 millions (1966)

1966 est un grand millésime du cinéma, au moins en France. C'est entre autre l'année de la sortie de La grande vadrouille par Gérard Oury avec ses 17 millions d'entrées, de Paris brule t-il de René Clement, de Un homme et une femme de Claude Lelouch ou de Le Deuxième Souffle par Jean-Pierre Melville.

Le film de Schoendoerffer est un peu tout cela, un film de guerre, un drame, un film noir, une œuvre à la croisée des chemins dans laquelle Schoendoerffer commence ses récits filés peuplés de personnages qu'il a connu et de situations qu'il a vécu et qu'il réutilise à l'envie. Il y a le pilote Delpierre que l'on a entendu à la radio du dakota qui parachute les vivres de la 317 ème section ; il y a le portrait du capitaine Caron (Jacques Perrin) que l'on retrouvera dans L'honneur d'un capitaine ; il y a la télévision sur le comptoir qui déverse les horreurs de la guerre du vietnam, comme dans Le crabe tambour.

C'est aussi l'année où plusieurs films sortent sur la guerre d'Algérie qui est terminée depuis quatre ans :

Le Vent des Aurès de Mohammed Lakhdar-Hamina
Les Centurions Mark Robson
La Bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo

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Dans ce contexte, Schoendoerffer n'hésite pas à manier la patate chaude, son personnage du capitaine Richau (Bruno Cremer), membre des commandos, sort d'une peine de prison pour sa participation aux actions de l'OAS. Ex taulard et ex viandar, deux casquettes un peu lourdes à porter et qui ne facilitent pas la réinsertion.

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L'ancien officier est alors approché par un top modèle et un aviateur pour participer à un casse qui doit leur rapporter 500 millions.
C'est à ce moment que tous les ingrédients du film noir se mettent en place, notamment l'infernal compte à rebours du destin auquel on ne peut échapper ; parfait pour une sortie en beauté.
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Petites anecdotes, au milieu de la musique de Pierre Jansen, on peut entendre France Gall chanter la chanson : « Dis à ton capitaine » ; et à un autre moment, ce sont des images de « Les sept samouraïs » de Kurosawa qui défile sur un écran de télévision. Pierre Schoendoerffer a rencontré Kurosawa au japon pendant son tour du monde après la guerre d'Indochine.
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Je n'ai pas vu le film de Jean-Luc Godard mais si l'un d'entre vous peut nous dire si Ferdinand Griffon a un rapport de loin ou de près avec le capitaine Richau qui nous occupe ici, il sera le bienvenu. A moins que ce ne soit qu'un simple hommage ou clin d'œil de Schoendoerffer à son collègue de la nouvelle vague.
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Re: Pierre Schoendoerffer

Post by Commissaire Juve »

Tiens ! je ne le connaissais pas celui-là. :o Merci, camarade !





EDIT : Raaah ! pas de dvd, que de la VOD. Oué ben, sans moi (je n'achète pas du dématérialisé, moi... la VOD ne passera pas par moi). :x
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Re: Pierre Schoendoerffer

Post by homerwell »

:) Pas de vod chez moi non plus, la fnac a eu l'heureuse idée de faire un coffret.

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Commissaire Juve
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Re: Pierre Schoendoerffer

Post by Commissaire Juve »

Ah oué, d'accord... 8)

La Fnac... tu veux dire le StudioCanal ! :mrgreen: (edit : en même temps, oui, c'est une exclu des vilains de la Fnac)
Last edited by Commissaire Juve on 19 Dec 09, 18:54, edited 1 time in total.
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