Pierre Chenal (1904-1990)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Ann Harding
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Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Ann Harding »

Comme il semble y avoir des amateurs de ce cinéaste français sur le site, autant créer un vrai topic sur lui!
Je remets les différentes critiques que j'avais postées ailleurs:

Paris-Cinéma (1929) de Pierre Chenal
En trente minutes, Pierre Chenal nous montre comment on fabrique un film de A à Z. Ce merveilleux documentaire commence dans l'usine Debrie (une des marques préférées de l'époque muette en France) où nous découvrons comment sont fabriquées les caméras. On découvre également le mécanisme d'avancement de la pellicule ainsi que le système des obturateurs. Puis lors d'une visite chez Pathé-Kodak, on voit la fabrication de la pellicule suivie du laboratoire où le négatif est développé et les copies sont tirées sur une tireuse. On découvre également les différents objectifs: zoom, lentille déformante, système de cache. Chenal visite également le génial Ladislas Starevitch qui réalise alors des films animés avec des marionnettes avec le système 'stop motion'. C'est absolument merveilleux de le voir photographier ses insectes avec une pince pour bouger les yeux et les pattes. Puis, nous allons dans les coulisses du studio rue Francoeur pour assister au tournage du Capitaine Fracasse d'A. Cavalcanti. On y voit les opérateurs montés sur des chariots à roulettes pour les travellings ou réalisant des plans avec la caméra mobile (qui a l'air particulièrement lourde!). ce formidable documentaire se termine à la Gare de Lyon où Augusto Genina tourne de nuit Quartier Latin. Une petite merveille! :D

Crime et châtiment (1935) de Pierre Chenal avec Pierre Blanchar, Harry Baur et Madeleine Ozeray

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L'étudiant Raskolnikov (P. Blanchar) assassine une usurière à coup de hache ainsi que sa soeur. Le juge Porphyre (H. Baur) enquète sur le meurtre et suspecte rapidement Raskolnikov...

Je continue mon exploration de Pierre Chenal avec cette superbe adaptation de Dostoievski. Chenal a un seul visuel aigu avec des gros plans serrés claustrophobiques et des plans larges qui suintent la menace. Quant au casting, il est réellement parfait. Blanchar -que l'on peut trouver agaçant dans certains films (la Symphonie Pastorale :roll: ) - est ici dans son élément en Raskolnikov. Il trimbale sa folie avec aisance et finalement sans excès. Sa rencontre avec Sonia (M. Ozeray) va le libérer du poids de son crime. Mais, les meilleures scènes du film sont sans conteste celles entre Baur et Blanchar. Baur est patelin et bon enfant face à un Blanchar déchaîné. Malgré tout, le doute nous assaille : ces deux hommes ne sont-ils pas fou tous les deux ? Superbes seconds rôles avec en particulier Sylvie, toujours aussi agressive, en déclassée mariée à un ivrogne. De l'atmosphère à revendre. Superbe! 8)

La Maison du Maltais (1938, Pierre Chenal) avec Dalio, Viviane Romance, Pierre Renoir et Louis Jouvet
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Safia (V. Romance) est prostituée à Sfax, en Tunisie. Elle rencontre Matteo (Dalio) un conteur d'histoires qui tombe fou amoureux d'elle. Degoûtée par son métier, elle décide de suivre Matteo dans la maison de son père...

Ce film de Pierre Chenal que j'avais découvert sur grand écran, il y a qq années, est une petite merveille d'atmosphère et de poésie. Dalio n'a jamais été meilleur qu'en Matteo, un poète désargenté qui renonce à tout pour la belle Safia. Viviane Romance est également remarquable en Safia. Elle qui était souvent la femme fatale de service, est ici une femme remarquable qui réussit à s'insérer dans la société parisienne avec aplomb après son mariage avec le Prof. Charvin (Pierre Renoir). Même les seconds rôles sont incroyablement luxueux. On reconnaît Gina Manès (la Joséphine d'Abel Gance) en prostituée au grand coeur, la superbe Jany Holt en tuberculeuse qui rêve de retrouver la pluie de sa Westphalie natale, Fréhel en logeuse mal embouchée, et Louis Jouvet en maître-chanteur professionnel. Le film est nimbé d'une lumière de clair obscur due à Curt Courant (malheureusement la copie de la VHS René Chateau est très médiocre...), et il y règne une atmosphère de désespoir qui ne déparerait pas un film noir. La mort de Jany Holt est toute en douceur, mais pleine de désespoir. Dalio est superbe dans son rôle de poète, jusqu'à son suicide final. Pierre Chenal était réellement un des plus grands réalisateurs français de cette époque. Après avoir vu récemment, l'excellent L'affaire Lafarge, La Rue sans Nom pleine d'atmosphère, et l'hilarant Clochemerle, on ne peut qu'être fasciné par le travail de ce metteur en scène, vraiment sous-estimé. Il avait un sens visuel qui n'était pas si commun et ses distributions sont toujours absolument luxueuses. Il sait diriger des acteurs du calibre de Pierre Renoir ou Louis Jouvet. Espérons que ses films seront bientôt disponibles en DVD!

Le Dernier Tournant (1939) de Pierre Chenal avec Corinne Luchaire, Michel Simon et Fernand Gravey

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Frank (F. Gravey), un vagabond, se fait embaucher dans une petite station service au bord d'une route qui est tenue par Nick (M. Simon) et par sa très jeune femme Cora (C. Luchaire)...

Vous avez certainement reconnu l'intrigue de The Postman Always Rings Twice de James M. Cain. Il est étonnant de constater que ce roman noir américain a d'abord été adapté par les européens; Chenal le premier en 1939 puis en 1942 par Visconti avec Ossessione. cette adaptation est une réussite totale. Tout d'abord au niveau de la distribution: Michel Simon superbe en mari cocu, peut-être plus malin et subtil qu'il n'y parait; Fernand Gravey à contre-emploi en vagabond prêt à tout pour la belle Cora et enfin, la très jeune Corinne Luchaire (19 ans) en garce froide et fragile à la fois. L'atmosphère du film a tout du film noir avant l'heure; les cadrages serrés, la noirceur des caractères, la station service isolée sur une route caillouteuse. Il n'y a aucune trace de glamour dans cette version épurée qui va directement au coeur du roman de Cain. Les amants -surtout Cora- décident de supprimer le mari génant sans le moindre remord. L'arrivée du maître-chanteur cousin de la victime (Robert le Vigan plutôt sobre pour une fois) ajoute encore à cette atmosphère glauque et étouffante. Pierre Chenal est un réalisateur largement sous-estimé qui devrait faire l'objet d'une étude plus poussée.

La foire aux chimères (1946) de Pierre Chenal avec Erich von Stroheim, Madeleine Sologne et Louis Salou

Frank Davis (E. von Stroheim) est en charge de la fabrication de billets de banque dans une entreprise. Son visage est convert de cicatrices et il est peu aimé de ses collègues. Un jour, dans une fête foraine, il rencontre Jeanne (M. Sologne) une aveugle qui est la partenaire d'un lanceur de couteaux. Il en tombe amoureux et l'épouse. Son train de vie devient pharaonique...

Mon troisième film de Pierre Chenal et je suis toujours émerveillée. C'est le premier film de Chenal en France après son exil en Amérique du sud durant la guerre. Von Stroheim fait un numéro sensationnel en homme défiguré qui peut paraître 'beau' face à Madeleine Sologne. L'histoire a tout du roman photo passablement mélodramatique. Mais, Chenal le traite comme un mélo flamboyant et toutes les exagérations et approximations du scénario sont oubliées. La photo de Pierre Montazel doit être impressionnante, mais, la copie médiocre que j'ai vue ne me permet pas d'en parler. Il reste le sens du récit et de l'atmosphère que sait donner Chenal à ce film. La rencontre en Sologne et Von Stroheim est formidable: elle arrive toute de blanc vaporeux vêtue avec une chèvre comme guide et tout cela au milieu d'une fête foraine. Stroheim est assis sur un banc avec dans les bras une poupée qu'il vient de gagner à un jeu. Nous sommes en plein rêve! Lorsque Sologne recouvre la vue, elle décide de continuer à faire croire à Stroheim qu'elle est encore aveugle car elle sait qu'il ne supportera pas la pitié qu'elle épouvre pour cet homme défiguré. Le final du film est grandiose avec des plans penchés à la Duvivier. Formidable! :)
Last edited by Ann Harding on 5 Feb 12, 14:14, edited 2 times in total.
Donatien-Aldonze
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Re: Cinéma Français - le Patrimoine

Post by Donatien-Aldonze »

L'homme de nulle part - Pierre Chenal (1937)

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Très beau film. Quelques outrances trahissent son origine théâtral (le film est une adaptation de "Feu Mathias Pascal" de Pirandello) mais j'ai beaucoup aimé ce récit tout en rupture de tons, plastiquement superbe. L'histoire : un jeune homme ruiné et mal marié, dominé par une belle-mère cupide et acariâtre, se fait passer pour mort et décide de recommencer sa vie à zéro. Pierre Blanchar est remarquable dans le rôle du jeune homme métamorphosé par les péripéties de la vie. Le vigan est excellent également en aristocrate parasite et malveillant. Il existe une première version muette tournée par l'Herbier que j'aimerais beaucoup voir car plusieurs séquences dans le film m'ont fait penser que Chenal a peut-être plus adapté l'Herbier que Pirandello...
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Ann Harding
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Ann Harding »

El muerto falta a la cita (1944, P. Chenal) avec Ángel Magaña, Sebastián Chiola et Nélida Bilbao
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Daniel (Ángel Magaña) est sur le point de se marier. La veille de ses noces, il va enterrer sa vie de garçon dans une soirée bien arrosée. Reprenant le volant, très éméché, il renverse un cycliste. Paniqué, il cache le corps et la bicyclette dans un fourré. Le lendemain, incapable de supporter sa culpabilité, il va se rendre à la police. Mais, sur les lieux de l'accident, le corps a disparu...

Durant la seconde guerre mondiale, Pierre Chenal s'est exilé en Argentine où il réalise une série de films. C'est le premier film argentin de Chenal que j'ai pu voir. Le titre peut se traduire littéralement par: 'Le mort n'était pas au rendez-vous'. On retrouve la fluidité du montage et des prises de vue des meilleurs Chenal. Dans une atmosphère fort différente de celle de ses films français des années 30, il réussit néanmoins à maintenir un bon suspense avec cette histoire qui tient du mélo et du film noir. Daniel est victime de chantage de la part d'un homme mystérieux, un certain Guido Franchi (très bien interprété par Sebastián Chiola) qui semble tout connaître sur la victime. On retrouve là un peu l'atmosphère du Dernier Tournant avec l'arrivée de Robert Le Vigan. La femme de Daniel (interprété par Nélida Bilbao) a des allures de Lana Turner avec les coiffures typiques des années 40. Dans l'ensemble, malgré mon espagnol rouillé, j'ai pu suivre assez facilement le film. Il méritrait d'être redécouvert dans une bien meilleure copie. Un bon Chenal.
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Père Jules
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Père Jules »

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Clochemerle (1948):

Après l'inauguration de l'urinoir municipal (l'instituteur, républicain et laïc militant, proclamant avec un coup dans le nez: "le peuple urinera décemment ou n'urinera pas !") les relations entre les habitants se dégradent. Les bigotes du coin se scandalisent de l'installation de la pissotière sur la place de l'Eglise et s'en prennent aux "femmes de mauvaise vie" (la femme de l'épicier qui n'en peut plus de ces emmerdeuses balance à leur chef: "frigorifiée de la jupe !") . La châtelaine (Jane Marken) méprise les "manants". Le curé est d'une bonhommie coupable selon ses ouailles les plus assidues. L'affaire est portée aux oreilles d'un journaliste du "Réveil vinicole" (le journal régional) et bientôt tout cela prend des proportions inimaginables.

Une comédie. Comédie de mœurs, comédie campagnarde, Clochemerle (le nom du village du beaujolais où se déroule l'action) est un film au charme suranné comme le cinéma français nous en a fourni des dizaines et des dizaines dans la première moitié du XXème siècle. C'est tout à fait plaisant bien que la mise en scène soit purement illustrative, le propre de ce type de cinéma étant d'être écrit avant d'être filmé. Prépondérance du scénario, et donc des dialogues. Et pour cause, le scénariste est tout à la fois le dialoguiste et l'auteur du roman dont est tiré le film, Gabriel Chevallier. Des personnages truculents, absolument stéréotypés et délicieusement portés par des acteurs convaincus et convaincants (hmm quelles sont fraiches les blanchisseuses !). On pourrait même parler d'un certain érotisme (ai-je bien vu une poitrine dénudée réfléchie dans un miroir ?). J'ai donc passé un moment très agréable tout en étant parfaitement conscient qu'il ne s'agit bien entendu pas d'un chef-d'œuvre.

Merci M'sieur Chenal :)

Spoiler (cliquez pour afficher)
Vu sur Cinécinéma Classic.
Prochaines diffusions: vendredi 5 à 11h50 et mercredi 10 à 17h30
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Ann Harding
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Ann Harding »

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Le Martyre de l'obèse (1933, Pierre Chenal) avec André Berley, Suzet Maïs, Colette Darfeuil, Jacques Maury et Paulette Dubost

Henri Léger (J. Maury) découche et se dispute avec sa femme Angèle (S. Maïs). Jacques fait appel à son ami Canabol (A. Berley), un obèse heureux, pour l'aider à se réconcilier avec son épouse. En fait, celle-ci excédée demande à Canabol de l'emmener à Londres loin de son mari...

Le Martyre de l'obèse est le premier long métrage de Pierre Chenal. Il y fait montre d'une maîtrise visuelle assez exceptionnelle pour un jeune cinéaste. Il sait toujours trouver l'angle de caméra juste pour nous insinuer dans la peau de son personnage, le doux Canabol. Il utilise juste ce qu'il faut de contre-plongée pour exaggérer le ventre rebondi de son héros qui fréquente les 'Club des Cent Kilos', un club de gourmets qui revendiquent leur poids sans honte. Des plongées vues du plafond nous fond découvrir la tablée avec ses ventres rebondis alors que les convives s'approchent de leurs assiettes. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le film ne cherche pas à faire la morale à ceux qui ont une forte corpulence. André Berley est un personnage éminament sympathique qui est victime des rires de maigres fêtards et sans gêne. Son ami Jacques ne cesse de le déranger pour se recommoder à sa femme qu'il trompe d'une manière éhontée. De son côté, l'épouse ne vaut guère mieux. Elle entraîne le pauvre Canabol jusqu'à Londres en lui faisant croire qu'elle s'intéresse à lui. Canabol est soudain conscient de son obésité et décide de maigrir par tous les moyens. En fait, rien ne fonctionne. Et, il se guérit rapidement de ce désir de maigrir à cause d'une réflexion d'Angèle qui le fait retomber sur terre. Elle l'appelle: 'Mon gros !' Il réalise alors sa sottise et retourne à sa vie antérieure. André Berley, que je ne connaissais pas du tout, joue son personnage tout en finesse, sans une once de vulgarité. On sent déjà les qualités de directeur d'acteur de Chenal qui sait obtenir les meilleures perfomances possibles de ses interprètes. Paulette Dubost joue le rôle de la petite amie de Canabol avec son charme et son abattage habituelle. Une très jolie comédie.
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Ann Harding
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Ann Harding »

Petit up pour vous rappeler que l'excellent Crime et châtiment de Pierre Chenal passe ce soir à 0h15 au Cinéma de Minuit. A ne pas manquer! :wink:
daniel gregg
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by daniel gregg »

Ann Harding wrote:Petit up pour vous rappeler que l'excellent Crime et châtiment de Pierre Chenal passe ce soir à 0h15 au Cinéma de Minuit. A ne pas manquer! :wink:

Oui enregistrement calé dans la Freebox avec 45 minutes de rab ! 8)
Founious
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Founious »

Où trouver en Dvd, à un prix raisonnable :| , 'Le Dernier Tournant' (1939) de Pierre Chenal avec Corinne Luchaire, Michel Simon et Fernand Gravey ?
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Ann Harding
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Ann Harding »

Le Dernier Tournant n'est pas dispo en DVD. Mais, on peut le trouver en VHS d'occasion.
Founious
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Founious »

« Le Dernier Tournant n'est pas dispo en DVD. », :( c'est bien dommage.
riqueuniee
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by riqueuniee »

Ann Harding wrote:Le Dernier Tournant n'est pas dispo en DVD. Mais, on peut le trouver en VHS d'occasion.
C'est quand même bien dommage que le film n'existe pas en DVD. Le film est décidément maudit : interdit pendant l'Occupation(Chenal était juif), il le fut quasiment à la Libération, à cause du lien de deux de ses interprètes , Luchaire et Le Vigan, avec les milieux collaborationnistes.
Cette première adaptation du Facteur sonne toujours deux fois de James Cain est très bien. Je la trouve assez proche dans l'esprit de celle de Visconti (réalisée peu de temps après).
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Tancrède »

ann harding: peux te me dire s'il te plait comment tu as vu le martyre de l'obèse?
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Ann Harding
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Ann Harding »

Tancrède
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Tancrède »

Ann Harding wrote:VHS René Chateau. :wink:
merci!
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Père Jules
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Re: Pierre Chenal (1904-1990)

Post by Père Jules »

L'assassin connait la musique (1963)

Un compositeur a trois mois pour achever son oeuvre avant de la présenter à un festival de musique classique. Seulement, il lui est tout à fait impossible de trouver le calme pour mener à bien son projet. C'est à ce moment que la jeune Agnès Duvillard...

Un très chouette film à l'humour et au ton aussi noirs que décalés. Pourtant, ça débutait assez mal. Je ne voyais pas Chenal se sortir d'une introduction laborieuse, avec un humour téléphoné et pour tout dire, assez mal joué. Et puis là, petit miracle, l'apparition de Maria Schell -jeune divorcée possédant une jolie propriété de banlieue- vient donner à l'ensemble une dimension tout à fait nouvelle. Le compositeur que campe Paul Meurisse se transforme alors en un personnage qui va verser progressivement dans l'assassinat méthodique. Et ça, c'est tout à fait jouissif. L'apparition de la voix-off dynamite le rythme de l'ensemble et les répliques deviennent, à mesure qu'avance le film, de plus en plus savoureuses (à un fonctionnaire que Lionel Fribourg -le compositeur- empêche de dormir la nuit avec sont piano, celui-ci réplique "je croyais pourtant que dormir le jour vous suffisait"; le fonctionnaire: "parce que taper sur un piano vous appelez ça de l'art ?!", Fribourg: "parce que venir taper à ma porte à cette heure, vous appelez ça dormir ?"). Par ailleurs, Chenal n'est pas mauvais du tout en ce qui concerne la réalisation. Sans être une œuvre magistralement mise en scène, le tout est filmé de manière assez maline. Pour ne rien oublier, il est difficile de faire l'impasse sur deux excellents seconds rôles, j'ai nommé Noël Roquevert et Jacques Dufilho. L'un interprète le père de Maria Schell qui ne se fait aucune illusion sur les motivations de son futur gendre (qui ne le restera d'ailleurs pas longtemps...) et l'autre, un médecin-légiste obnubilé par le suicide. C'est bien simple, pour lui, toute mort est un suicide. Ça nous donne droit à deux scènes délicieuses d'absurdité (dont la seconde, autour du billard, m'a un peu fait penser à Serrault dans Carambolages). Ce petit film de 77 minutes a donc été une découverte très agréable, grinçante et parodique, avec au final, un plaisir tout à fait assumé.