Josef Von Sternberg (1894-1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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The Eye Of Doom
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

Deux nouvelles :
Criterion a annoncé une version bluray de leur coffret des films muets de Sternberg.
https://www.criterion.com/boxsets/744-3 ... -sternberg
Tout laisse a penser qu'il s'agira "malheureusement" d'un simple upgrade.

Les mêmes films seront visibles fin du mois à la fondation Pathé-Seydoux dans le cadre d'un cycle Sternberg.
http://www.fondation-jeromeseydoux-path ... _sternberg
Un court article dans le dernier n° des Cahiers sur le sujet avec un interessant parallele entre les films de Sternberg et Stroheim.
Pas de planning précis des projections mais vu les horaires habituels de la fondation, ca risque fort d'etre sans moi.
Crépuscule de gloire le 25, Nuits de Chicago le 28, Les damnées de l'ocean le 2, Salvation hunters le 9 Thunderbold le 12
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

Duane Jones wrote: 18 Mar 22, 17:54
Vu hier Une tragédie américaine de Sternberg. C'est un peu le canard boiteux de la grande période du réalisateur, coincé dans la série de films avec Marlene Dietrich. Le film est tiré d'un roman Theodore Dreiser, qui donnera plus tard Une place au soleil de Georges Stevens. Film que je n'ai pas vu. Au grand désespoir de Dreiser, Sternberg n'aurait rien gardé de l'aspect sociologique et politique pour se concentrer uniquement sur l'aspect sexuel. Pas étonnant pour ce cinéaste et c'est tant mieux. La maîtrise technique est là, les séquences sur le lac sont d'une grande modernité. La sexualité et l'hypocrisie de la bourgeoisie sont abordées frontalement. Hélas le rythme bancal du film et un casting aux fraises m'ont empêché de me passionner pour l’histoire. Chose surprenante, le film comporte très peu de musique, ça n'a pas aidé.
C’est clairement pas le chef oeuvre caché de Sternberg.
De memoire, le derniere partie avec proces est laborieuse, alors que le debut est plutot engageant.
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Duane Jones
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Duane Jones »

Désolé, j'aurais dû mettre mon avis dans le topic consacré à Sternberg.
En effet la dernière partie s'embourbe pas mal. Le début avec ce personnage rongé par le désir (sexuel et de réussite) annonçait un film passionnant puis ça devient juste lourdinque et mal rythmé. Bon côté, ça m'a donné envie de revoir L'ange bleu, pas vu depuis des lustres.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

L’ange bleu, j’en garde un souvenir mitigé.
C’est un des premiers Sternberg que j’ai vu et j’avais plutot bien aimé. La revoyure apres avoir decouvert les Marlene et surtout les chefs d’oeuvre muets, m’a decu.
C’est assez statique. Janning n’est pas tres bon…
Il faut que je revoie aussi !
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Watkinssien »

The Eye Of Doom wrote: 18 Mar 22, 20:48 L’ange bleu, j’en garde un souvenir mitigé.
C’est un des premiers Sternberg que j’ai vu et j’avais plutot bien aimé. La revoyure apres avoir decouvert les Marlene et surtout les chefs d’oeuvre muets, m’a decu.
C’est assez statique. Janning n’est pas tres bon…
Il faut que je revoie aussi !
Tout le contraire, pour ma part. :wink:

Cela demeure à mes yeux un chef-d'œuvre absolu, avec des cadrages aussi chargés que dans ses films du muet.
Sternberg compose ses plans d'une manière tout à fait magistrale et expérimentait avec beaucoup d'efficacité l'utilisation des sons, notamment dans sa volonté de balancer un équilibre entre les séquences intimes et le monde qui entoure cette intimité (dès qu'une porte s'ouvre, on entend d'un coup le brouhaha du milieu dépeint que nous avons presque oublié). Et Emil Jannings est phénoménal, parfaitement en adéquation avec un personnage vieux jeu (jeu du muet) à la bonne tenue dépassée (et pourtant assez digne) qui se plonge, se cogne avec complaisance et fatalisme dans un univers dont la nuisance sonore (et socio-culturel) appartient au monde moderne, qui le dépasse complètement et qui amènera son personnage vers une implacable déchéance.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

Watkinssien wrote: 18 Mar 22, 21:38
The Eye Of Doom wrote: 18 Mar 22, 20:48 L’ange bleu, j’en garde un souvenir mitigé.
C’est un des premiers Sternberg que j’ai vu et j’avais plutot bien aimé. La revoyure apres avoir decouvert les Marlene et surtout les chefs d’oeuvre muets, m’a decu.
C’est assez statique. Janning n’est pas tres bon…
Il faut que je revoie aussi !
Tout le contraire, pour ma part. :wink:

Cela demeure à mes yeux un chef-d'œuvre absolu, avec des cadrages aussi chargés que dans ses films du muet.
Sternberg compose ses plans d'une manière tout à fait magistrale et expérimentait avec beaucoup d'efficacité l'utilisation des sons, notamment dans sa volonté de balancer un équilibre entre les séquences intimes et le monde qui entoure cette intimité (dès qu'une porte s'ouvre, on entend d'un coup le brouhaha du milieu dépeint que nous avons presque oublié). Et Emil Jannings est phénoménal, parfaitement en adéquation avec un personnage vieux jeu (jeu du muet) à la bonne tenue dépassée (et pourtant assez digne) qui se plonge, se cogne avec complaisance et fatalisme dans un univers dont la nuisance sonore (et socio-culturel) appartient au monde moderne, qui le dépasse complètement et qui amènera son personnage vers une implacable déchéance.
Tu m’a convaincu de le revoir ! Reste plus qu’à mettre la main sur un bluray.
Vu que j’ai profité de ma commande du bluray Three Women pour prendre aussi celui de Thunderbold, je vais revoir celui-la d’abord probablement (remarquable utilisation du son aussi de memoire, avec notamment le coeur des prisoniers du couloir de la mort)
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

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Underworld
Un truant s’attache à un pauvre here alcoolique qu’il aide sur un coup de tete à sortir de la misère. Ce dernier, ancien avocat, s’avère éduqué et raffiné, ce qui fini malheureusement par séduire Feather, la petite amie du gangster.

Suite à la frustration entrainée par le revoyure du tres moyen « Outside the law » de Tod Browning, je decide d’enchaîner de suite sur une visite à Underworld. Pourquoi? Le coffret Criterion est là, à portée de main, et Underworld s’impose: voila un bon moment que je ne l’ai pas revu.

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Des 4 films muets de Sternberg qui nous sont parvenus (en gros la moitié de ceux qu’il a réalisés…. :evil: ), Underworld est celui pour lequel j’ai toujours eu le plus de mal à faire spontanément l’éloge.
Non qu’il soit en rien inférieur au 3 autres, mais simplement il n’y a pas eu de scenes dont la découverte a traumatisé, a irrémédiablement marqué mon cerveau au fer rouge, comme dans les 3 autres.

Je pense qu’en fait il est trop « abstrait », trop focalisé sur son trio de personnage, en un mot trop expérimental.
Je sais pas pourquoi mais tout d’un coup je pense a Time and Tide de Tsui Hark.
Quel rapport? Tsui Hark tout à sa volonté d’enlever de son film les scenes « bateau », attendues, vues ailleurs plein de fois, ne livre au spectateur qu’une version pointilliste de son intrigue et du coup le perd. Sternberg me semble un peu dans une démarche similaire: desireux de ne montrer que ce qui sert son idée, il fait fi des vraisemblables que ce soit narratives ou visuelles.
A cause et en raison du jusqu’au boutisme de cette demarche, les deux films sont extraordinaires mais demandent un engagement du spectateur.
On peut pas dire que Sternberg avance masqué : l’intro du film, particulièrement déroutante, donne le ton par son invraisemblance.
Une rue totalement vide de nuit. Un homme dont la demarche traduit l’ébriété avance. Il est violemment soufflé par l’explosion de toute une facade d’immeuble.
Un deuxième personnage apparaît, seul, franchissant les portes massives de l’immeuble. On comprend que « Bull » Weed vient de braquer une banque (il vient de clore son compte, nous indique d’ailleurs l’intertitre).
Les deux hommes se font face et apres un court dialogue, le gangster embarque le poivrot chez lui.

Absolument rien n’est credible dans cette scene. Comme une telle rue, qu’on imagine assez importante pour qu’une grande banque y installe son siege impossant peut etre etre vide de toute circulation humaine ou motorisée, meme au coeur de la nuit?
Le poivrot soufflé a les vêtements déchirés mais reste bien debout.
Le gangster braque seul une banque et en plus fait tout sauter en partant. D’ailleurs le butin semble bien mince en rapport à la déflagration.
Mais tout cela n’a aucune importance pour Sternberg, seule la rencontre en a.
Un spectateur distrait pourrait penser que ce debut est bien foireux. D’autant que l’interprétation de Bancroft et Brooks semble comment dire, à l’avenant.
Bref que le film s’annonce bien mal.
La suite sera plus classique où dumoins pourra le sembler : altercation dans un bar louche, braquage, bal endiablé, ….
Mais de fait, tout est construit sur le meme principe, se focaliser sur ses personnages et le reste n’est la que donner le cadre ou exprimer les sentiments. Le generique de fin tombé, on comprends qu’on a assisté, comme souvent (toujours?) chez Sternberg a un film manifeste!
Toute la dernière partie est en cela extraordinaire.
Rien n’est credible:
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Bull Weed s’evade tout seul de la prison, en assomant un vague gardien.
Les personnages attendent, la femme dans une rue deserte, l’homme a la gare au milleu de plein de flics pas vraiment discrets.
Quand à l’assaut final, il laisse proprement sans voix:
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quand et où as t’on vu un tel déferlement de violence?
Mais au centre de cette action, qui n’est que la transcription tangible de l’état du personnage principal, le drame se cristallise et se dénoue, avec une puissance et une limpidité que seuls les genies du cinema muet semblent avoir été capable de réaliser.

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Ce qui n’implique pas l’absence d’humour au second degré :
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J’adore le gag de la hache plantée dans la porte, que l’on découvert quand Bancroft sort pour se rendre.
Je me souviens absolument pas à quoi resemble le Scarface de Hawks mais difficile de croire que De Palma n’a pas Underworld en tete pour son film.
A dela du final déjà évoqué, il y a le passage où Bancroft regarde le message au neon en haut d’un immeuble : The city is yours !

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Plastiquement le film est somptueux.
Le bal endiablé et les scenes qui suivent en sont l’exemple le plus emblématique.

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L’excellente Evelyn Bret est superbe, habillée de plumes d’où son surnom. Elle est tres bien comme se sera aussi le cas dans Last command. C’est peu dire qu’elle est la version initiale de ce que sera Marlene peut apres. J’ai toujours plaisir à la retrouver dans ces deux films.

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Georges Bancroft en fait trop mais un peu a la facon d’un Lon Chaney, car il a aussi une finesse de jeu qui transparaît souvent (visage, posture).
Le passage où, épuisé, hebeté, il donne son doigt trempé dans le lait à un chaton est je trouve magnifique.
C’est peut etre Clive Brooks qui est le plus lisse dans l’affaire. Rien a dire mais son personnage est un soupçon moins riche que les deux autres.

L’histoire dit que contre toute attente le film sera un gros succès (des salles organisant des séances de nuit en raison de la demande. C’est ce succès qui permettra à Sternberg de sortir de ses années de galère et gagné son statut de cineaste reconnu et respecté à hollywood.
Le film aura une forte influence sur le genre, tant il dresse les archétypes du film de gangster, voir du film noir

Un mot sur la copie: tiré d’une version 35mm celle-ci est tres propre mais manque parfoit un peu de définition. Difficile de savoir si c’est du a l’acquisition de l’image à l’origine ou à la qualité du matériel utilisé pour le scan ….
Enfin je déconseille le score d’Israel trop en soulignement et sugere l’autre score ou l’absence de toute musique (encore mieux).
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by MJ »

Je me fais l'intégrale en ce moment (accompagné par un livre de Mathieu Macheret) : quel cinéaste étrange et passionnant...
Thunderbolt me paraît plus en-deça parmi ses muets, pour le reste fascination pour cette période où son oeil (notamment pour les actrices) était déjà là sans qu'il n'en fasse encore une marque. Et il y a cette composante étonnamment très sociale, alliée à la rêverie qui nappera de plus en plus ses films.
"Personne ici ne prend MJ ou GTO par exemple pour des spectateurs de blockbusters moyennement cultivés." Strum
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

MJ wrote: 28 Jan 23, 17:02 Je me fais l'intégrale en ce moment (accompagné par un livre de Mathieu Macheret) : quel cinéaste étrange et passionnant...
Thunderbolt me paraît plus en-deça parmi ses muets, pour le reste fascination pour cette période où son oeil (notamment pour les actrices) était déjà là sans qu'il n'en fasse encore une marque. Et il y a cette composante étonamment très sociale, alliée à la rêverie qui nappera de plus en plus ses films.
Sternberg n’est certes pas un cineaste social. A l’instar d’un Buster Keaton, ce n’est pas ca qui l’intéresse, à part peut etre dans Salvation Hunters, et encore. Par contre le contexte social dans le quel évolue des personnages est precisé, sans forcément insisté. C’est le cadre de vie des personnages. La description dd la condition des figurants dans Last command, veritable armee de damnes des studios,est sans ambiguïté.
Dans Underworld, on comprend bien que c’est les moyens financiers du gangster qui permettent aux deux autres personnages de survivre.
Il y a donc dans cette periode muette un aspect naturaliste qui l’a rends particulièrement chere â mes yeux. Ensuite, peu à peu Sternberg ira vers un cinema plus baroque.
Meme si dans Blonde Venue la visite éclair au foyer de femmes rappelle cette volonté.

Tu parles de Thunderbolt, c’est un film parlant…. Qui est aussi sorti en version muette parait’il
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

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The Eye Of Doom wrote: 28 Jan 23, 19:18 Tu parles de Thunderbolt, c’est un film parlant….
Oui, coquille, en plus ça chante - mais je l'associe à sa période pré-Ange Bleu.
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