Josef Von Sternberg (1894-1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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The Eye Of Doom
Machino
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

GASP! J'ai raté la diffusion de " The salvation hunters". :evil: :(
Il paraît que la copie était restaurée et qu'il y a une musique de Brad Mehldau .
Est ce que l'un d'entre vous ( parisien) l'aurait enregistré et voudrait bien m'en faire une copie ?
En remerciement, je prête volontiers mon coffret Sternberg Criterion ou d'autres muets (Browning, Lubisch, ...)... :wink:
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nobody smith
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by nobody smith »

Crime Et Châtiment. Premier Sternberg que je vois. Je sais qu’il y avait assurément mieux à découvrir en premier que ce film de commande (je vous rassure Shanghai Express est programmé pour demain). Cela dit, il y a pire comme travaux forcé pour un cinéaste que de se frotter au roman de Dostoïevski. Encore faut-il constater l’état du scénario. Sur ce point, j’en suis arrivé au même constat qu’après la découverte hier soir de la version signée par Georges Lampin avec Robert Hossein et Jean Gabin. S’il est compliqué de condenser le pavé littéraire en un long-métrage, la tâche est rendue d’autant plus ardue par les solutions séduisantes qu’il offre. Il y a tellement de raccourcis faciles à prendre et une telle tentation à sacrifier les circonvolutions psychologiques de l’ouvrage pour le simple suspense. Ce que fait la présente adaptation, ne proposant donc qu’une version policée de son histoire. L’objet est d’autant plus perfectible par l’absence évidente de passion éprouvée par Sternberg pour le projet. La version de Lampin naviguait également dans le cadre confortable de l’académisme mais savait se faire plaisante dans son exécution. Ici la réalisation ne fait preuve que de désintérêt, se montrant tout au plus d’une morne fonctionnalité. Regardable et inoffensif en somme.
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Rick Blaine
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Rick Blaine »

Effectivement c'est regardable mais sans grand interêt (comme le Lampin, tu as raison), et il n'y a pas grand chose du génie de Sternberg là dedans.
Par contre avec Shanghai Express, tu vas avoir le haut du panier, de quoi te donner envie de découvrir un maximum de ses films. :wink:
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Kevin95
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Kevin95 »

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THE SCARLET EMPRESS (Josef von Sternberg, 1934) découverte

L'Histoire avec un grand H en prend plein la tronche, ou plutôt plein les mirettes. Évocation très libre de l'ascension au trône de Catherine II de Russie mais surtout énorme plaisir baroque d'un Sternberg qui voit les choses en grand, en énorme même. A ce niveau de richesse, on ne peut plus parler de film historique en costumes mais de film boulimique en costumes, qui vomit à l'écran tous ses chiffons, toutes ses dorures, tous ses décors fastueux. Tout doit viser l'étouffement et le ridicule puisque le decorum de The Scarlet Empress n'est pas effrayé par l'ironie, au contraire. Les portes sont gigantesques et donnent du fil à retordre aux figurants, le cadre est saturé d'objets en tout genre, les miroirs sont ornés d'un diable, les acteurs perdent leur perruque sous les bras de la star et tout le palais russe est habité par des gargouilles grimaçantes, reflets évidents de ses (autres) habitants. Comme Marlene Dietrich, nous sommes jeté violemment dans ce luxe dégoutant, dans cette décadence aristocratique que l'on regarde - comme l'actrice - les yeux ronds et la bouche ouverte. Si nous garderons cette posture tout du long, Dietrich elle, va très vite apprendre les règles du jeu et effacer cette niaiserie pour un visage opaque, froid mais toujours le sourire en coin. Son maris est un abruti assez flippant soit, l’héritier sera procréé avec un autre et si le trône se libère, il faudra se passer de lui. Le final vire à l'opera wagnerien et Marlène enfin de sourire à pleines dents. Sa stratégie marche à plein régime et c'est hypnotisé mais sur la défensive qu'on savoure nous aussi cette victoire. Attention, des tournis sont à prévoir.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

Les places pour le cycle Sternberg a la cinémathèque sont en vente mercredi.
Pour ma part, je réserve les créneaux pour le seul film de Sternberg que je n ai pas vu "au service de la loi" et pour la séance avec le fragment du Calvaire de Léna X" ( couplé avec la copie restaurée de Salvation Hunter"). Sinon je me ferais bien tenter par L impératrice rouge ou Anatahan, ou pour revoir La tragédie américaine, film fort moyen de mémoire ( je ne me rappelle que de
scènes de proces sans intérêt :( ) Ou encore "sa majesté est de sortie", fort bien filmé mais un peu lourd quand même. Bref le dilemme entre revoir pour la énième fois les chefs d œuvre bien connus et saisir l opportunité de (re)découvrir les curiosités /fonds de tiroirs).

Quelque un à t il des infos sur les copies qui seront presentees?
Pour les muets, y aura t il par miracle des copies supérieures à celles du coffret Criterion ( pour Last Command par exemple)
Je suis preneur d un retour sur les copies proposées, dans le cas où celles ci seraient de belle facture, je tenterais de glisser d autres films dans un agenda super contraint en Septembre.
Merci pour votre aide.

Pour ceux qui ne les connaissent pas, les muets sont indispensables : voir les nombreux échos dans les pages précédentes....
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Kevin95
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Kevin95 »

BLONDE VENUS - Josef von Sternberg (1932) révision

L'opus le plus faible du duo Sternberg / Dietrich, peut-être parceque moins méchant, moins cruel. Marlene s’embarrasse d'un gamin et le réalisateur vise à adoucir l'image de sa muse, en résulte un film balancé entre des impératifs ronflants (bobonne aide son mioche et ne rêve que d'une vie de famille) et la vision de Sternberg qui, bien que consentant au conformisme du scénario, s'amuse à le torde, à en offrir une vision alternative. Madame rêve d'un ménage mais devient de plus en plus belle à mesure qu'elle se débarrasse de son statut de mère, de son fils agité et de son mari palot. Madame aime son conjoint mais couche avec le premier Cary Grant venu (période petit minet) et semble s'épanouir loin des fourneaux. Qui croire alors ? Peu importe car un opus faible dans le corpus du duo, ça reste un film esthétiquement envoutant, une actrice qui tricote avec la caméra et un sex-appeal qui déborde dès le logo de la Paramount. Que Dietrich préfère le boulet de Herbert Marshall face à Cary Grant reste en revanche un mystère encore étudié dans les plus grandes écoles. En attendant, Blonde Venus séduit, moins que ses cousines certes mais assez pour en être groggy.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

Et puis il y a l'incroyable numéro de la bete et la belle
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

C'est donc le sens du devoir accompli que je me coucherai ce soir apres pu enfin voir la derniere oeuvre de Sternberg que je connaissait pas : Au service de la loi (1939)
Realisé par Sternberg pour honorer un contrat, ce film ne presente aucun interet. On s'ennuie fermement pendant la premiere moitié ou l'on nous présente le brave Sergent Madden, son epouse exemplaire et leur jeune progéniture directe ou adoptée, sur fond de glorification de la police de New York.
Quelques années plus tard, le fils ainé rentrée dans la police s'avere trop ambitieux et porté sur la violence. Il tue un ado voleur et se retrouve dans la ligne de mire du chef de la mafia du quartier. Tout cela finira mal.
Cette seconde partie plus "policiere" n'est guère plus intéressante que la 1ere mais on espere en vain retrouver l'imagerie gangsters de Sternberg de Underworld ou Thunderbold, notamment dans les scènes avec le mafieux . Il y a quelques plans furtifs assez réussis mais sans que vraiment on sente Sternberg investi dans une quelquonque des scènes de ce film.
Un moment amusant lors de la visite de Madden père à la planque de son fils en fuite : les plans dans les escaliers,couloir ou de part et autre de la porte de l'appartement fermé m'ont rappelé les mêmes vus dans Salvation Hunter deux jours plus tot.
Bref meme si Crime et Punishment avec Peter Lorre n'est pas un film tres personnel ou vraiment reussi, il porte la marque de Sternberg, ne serait ce que par la façon dont il film son acteur principal. Ici rien de tout cela : un travail impersonnel pour un film sans intérêt d'autre part (casting, histoire, ...).

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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Viggy Simmons »

The Eye Of Doom wrote:GASP! J'ai raté la diffusion de " The salvation hunters". :evil: :(
Il paraît que la copie était restaurée et qu'il y a une musique de Brad Mehldau .
Est ce que l'un d'entre vous ( parisien) l'aurait enregistré et voudrait bien m'en faire une copie ?
De rien :
https://www.wetransfer.com/downloads/e4 ... 142/4fb280
bruce randylan
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by bruce randylan »

The Eye Of Doom wrote:C'est donc le sens du devoir accompli que je me coucherai ce soir apres pu enfin voir la derniere oeuvre de Sternberg que je connaissait pas : Au service de la loi (1939)
Realisé par Sternberg pour honorer un contrat, ce film ne presente aucun interet. On s'ennuie fermement pendant la premiere moitié ou l'on nous présente le brave Sergent Madden, son epouse exemplaire et leur jeune progéniture directe ou adoptée, sur fond de glorification de la police de New York.
Quelques années plus tard, le fils ainé rentrée dans la police s'avere trop ambitieux et porté sur la violence. Il tue un ado voleur et se retrouve dans la ligne de mire du chef de la mafia du quartier. Tout cela finira mal.
Cette seconde partie plus "policiere" n'est guère plus intéressante que la 1ere mais on espere en vain retrouver l'imagerie gangsters de Sternberg de Underworld ou Thunderbold, notamment dans les scènes avec le mafieux . Il y a quelques plans furtifs assez réussis mais sans que vraiment on sente Sternberg investi dans une quelquonque des scènes de ce film.
Un moment amusant lors de la visite de Madden père à la planque de son fils en fuite : les plans dans les escaliers,couloir ou de part et autre de la porte de l'appartement fermé m'ont rappelé les mêmes vus dans Salvation Hunter deux jours plus tot.
Bref meme si Crime et Punishment avec Peter Lorre n'est pas un film tres personnel ou vraiment reussi, il porte la marque de Sternberg, ne serait ce que par la façon dont il film son acteur principal. Ici rien de tout cela : un travail impersonnel pour un film sans intérêt d'autre part (casting, histoire, ...).

Fan de Sternberg, passe ton chemin...
Ah j'y étais aussi :)
En effet, c'est assez moyen, totalement anecdotique et impersonnel (y compris pour quelqu'un comme moi qui ne suis pas un grand fan de sa période parlante en général).
Je suis tout de même un peu moins lapidaire car ce n'est pas pour autant médiocre, l'histoire présente quelques idées intéressantes (l'amitié entre Wallace Beery et le gangster ; le goût du sang du fiston qui ne présente aucune culpabilité pour le jeune qu'il vient de tuer par plaisir), j'aime bien la tendresse bourrue "so Irish" du début (la punition pour s'être battu à deux contre le voisin) et j'ai une certaine affection pour ce bon vieux Wallace Beery. Après, c'est sûr que visuellement, on pouvait en attendre davantage car à part quelques plans fugaces et quelques détails décoratifs (dont un très curieux "rideau" dans la maison de Beery), il est bien difficile de reconnaître le style de Sternberg.

Dans le genre mineur, je viens également de voir b]Sa majesté est de sortie[/b] (The King steps out - 1936) comédie tout de même très sympathique mais qui ne correspond pas vraiment au style ni à l'univers du réalisateur. Il s'acquitte de la tâche avec professionnalisme et le film est vraiment amusant à suivre bien que sans grande surprise ni brio (c'est pas du Lubitsch auquel on pense inévitablement). Mais les acteurs sont très attachants, l'humour fonctionne, les seconds rôles savoureux (spécialement le patron de la taverne à l'accent autrichien très prononcé) et la photo tient la route.

Mais c'est sûr que découvrir The last command (1928) permet de voir le cinéaste à bien meilleur niveau. Pour le coup, on peut parler de chef d'œuvre avec cette histoire ironique, cruelle et poignante où un ancien gradé de l'armée Russe dut fuir la révolution avant de finir à moitié fou comme simple figurant de cinéma aux USA.
Le film est autant brillant dans sa description de l'envers des tournages que dans le portrait d'une homme haïssable à première vue mais qui finit par crée un sentiment de pitié. Les dernières minutes sont à ce titre vraiment émouvante avec de surcroit une réalisation très inspirée à renfort d'un montage alerte, de vastes travellings ou d'un sens du cadre saisissant. Il va sans dire qu'Emil Jannings est une nouvelle fois magistrale.
De plus, l'histoire parvient à être crédible alors que cette histoire d'amour entre un officier et une révolutionnaire avait tout pour paraître risible.

Pour rester sur sa période muette, j'ai pu voir les 4 minutes toujours existantes de The Case of Lena Smith (1929) retrouvé il y a quelques années en Chine (!) et qui sont d'un beauté quasi immaculée. Il s'agit d'une séquence au début du film où une jeune femme naïve se trouve à une grande fête foraine. Photo sublime, montage dynamique, excellente gestion d'une foule très dense et quelques effets visuels très réussis (surimpressions and cie). C'est très beau (sans très novateur en comparaison de nombreuses séquences similaires de la même époque) mais ça ne permet pas de se faire une idée du film qui était un mélodrame pur jus avec une femme trahi par un Don Juan, séparé de son enfant et qui doit traverser les tumultes de la guerre.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

Le calvaire de Lena X (1929)

Une jeune fille fuit sa campagne natale et un mariage dont elle ne veut pas pour Vienne. Elle est séduite par un jeune officier de bonne famille et va être amené à lutter vainement pour son honneur et son indépendance.

Sternberg termine sa période muette avec un film atypique et essentiel à plusieurs titres.
Tour d'abord c est son premier film de femme. Bien sûr, les femmes dont au cœur de ses films précédents mais les histoires contées sont celles des hommes (le garçon dans Salvation Hunter, Georges Bancroft ou Emil Janning). Le film est donc en quelque sorte le prototype originel des films avec Marlène.

D autres part, le film est l’occasion pour Sternberg de faire revivre le Vienne de sa jeunesse. On retrouve la force de cette intimité dans les scènes de fêtes nocturnes au Prater (le grand parc central de Vienne), avec sa population bigarrée, ces attractions, ces bars /dancing ou la boisson et la drague sont les activités principales. On peut aussi probablement voir dans le portrait de la société bourgeoise, rigide et oppressante un peu de ce qu’a pu subir le jeune Sternberg âme d’artiste exaltée.

Enfin la construction du film est atypique. D’abord, curieusement flanqué d’un prologue et d’un épilogue situé une quinzaine d’année après l'action décrite, le récit est présenté comme un long flash back, un peu dans Last Command mais dans ce dernier le parallèle entre les deux époques est au cœur de la dynamique du récit. Ici les quelques minutes au début et en fin sont la pour enfermer Léna dans son destin.
De plus durant toute la première partie du film, Sternberg et son scénariste instaurent une ambiance et un suspense curieux, en ne nous livrant pas les éléments clés des relations entre les protagonistes. Après sa séduction par Frantz le jeune officier, Lena se retrouve domestique dans la demeure familiale de ce dernier mais Frantz et Lena agissent comme s'ils étaient des inconnus.
L'ambiguïté règne en maître, portée par la science des regards et des silences de Sternberg, jusqu’à la révélation des ressorts de cette situation de Lena.
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On découvre que Lena à un enfant de Frantz puis que celui-ci l’a bien épousée mais que cette vérité ne peut être dévoilée sans ruiner la carrière de Frantz et l honneur de sa famille. Lena va donc passer pour une fille perdue et se voir arracher son fils.
Dernier aspect atypique, la charge sociale. Il y a ici comme une réminiscence de Salvation Hunter.
Les personnages sont oppressés par leur environnement social. Si dans Salvation Hunter cette misère sans fin est symboliquement incarnée par la Drague qui fouille la vase du port, ici c’est plus prosaïquement la société viennoise qui condamne Lena à son statut de sous prolétaire sous la forme de domestique, puis de femme de mauvaises mœurs condamnée dans la prison et enfin, alors qu’elle arrive à s'enfuir, dans le statut de paysanne servile, épouse de l'homme qu’elle a fuit au début du film.
Peu enclin aux grandes envolées idéologiques, Sternberg n’en dépeint pas moins avec violence l'oppression et le déterminisme social qui sont à l’origine du Calvaire de Lena. Mais alors que Salvation Hunter montre nos jeunes héros marchant vers la lumière, le carton final du film sonne comme le glas.
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Lena voit son fils qu’elle a réussi à récupéré partir mourir à la guerre. Le carton indiqué que finalement elle n’aura pas réussi à sauver son fils.
Ce violent pessimisme est singulier dans l’œuvre de Sternberg et comme indiqué plus haut trouve peut être des racines dans des rancunes de jeunesse.
A noter l'incroyable lâcheté des hommes du film dont pas un n’aidera Lena. Ils sont soit des ayatollas obsédés par la morale et des bonnes mœurs, soit des cyniques prêt a tout par peur du scandale, soit simplement des laches incapables d’assumer leurs existante superficielle.

En fait The case of Lena Smith est un film profondément féministe, comme une version sombre et dramatique de Blonde Venus.

Si le début du fil --prologue, introduction campagnarde, scènes de liesse et séduction au Prater-- nous montre un Sternberg au sommet de son art mais sans surprise, c’est dès que la tension et le drame pointent qu’il signe ses plus belles scènes : confrontation muette entre Lena et Frantz dans le vestibule de la demeure familiale, la confrontation de Lena avec ses « juges »,
Spoiler (cliquez pour afficher)
le suicide de Frantz
Et surtout lors de la longue et intense séquence d’évasion où Lena méconnaissable se cache dans la boue, affronte des barbelés puis, figure expressionniste, hante les couloirs de l’orphelinat pour enlever son fils.
On peut citer aussi la courte scène d’une incroyable sècheresse où Sternberg dépeint le sort de l’enfant abandonné à l’orphelinat : il rejoint habillé de noir un groupe d’enfants assis.
Sternberg au plus haut!

Coté interprétation, Esther Ralston, plutôt à contre emploi car abonnée aux rôles de comédie (chez Lubitsch par exemple), porte le film sur ses épaules.
On retrouve aussi Gustav von Seyffertitz, dejà vu dans Dock of New York dans le role du prêtre, excellent ici dans le role du père de Frantz, Responsable du bureau des Mœurs (il jouera encore pour Sternberg dans X27 et Shanghai Express).

Pour terminer, une piste à explorer, les connections avec Von Stroheim: société viennoise ou Middle Europa telle qu’en La veuve joyeuse, fétichisme du fouet hérité de Queen Kelly ou Merry Go Round, ... Manque de temps pour creuser et un souvenir bien trop ancien de l œuvre de Von Stroheim.

Structure atypique, propos social et féministe feroce, maestria plastique et cinématographique, film éminemment personnel, apothéose du cinéma muet, tout concours à faire du Calvaire de Lena X une œuvre essentielle.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Essentielle mais bien sûr invisible!
Ce n’est pas les 4 minutes existantes qui nous permettent de deviner ce que nous pourrions ressentir à la vision du film.
Pour savoir à quoi il pouvait ressembler et quel accueil il a eu à l’époque, il faut se pencher sur l’excellent ouvrage d’Alexander Horwath et Michael Omasta:
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J’en ai tiré les infos ci dessus ainsi qu'un rêve de ce qu'ont peut être été les grandes scènes du film.
Il presente notamment un découpage complet style "avant scène cinéma" de plus de la moitié du film, issu d un magazine japonais de l époque !
Avec les nombreuses photos de plateau et une connaissance intime de l’œuvre de Sternberg, on préfigure sans peine ce qu'il pouvait y avoir sur l’écran. Mêmes si elles ont discuté la structure du film, les critiques de l’époque ont toutes loué la réalisation, les qualités plastiques et pour les plus enthousiastes la puissance du film.
La grande inconnue demeure la qualité de l'interprétation telle que nous la percevrions aujourd’hui. Il est malheureusement probable que nous n’ayons jamais d’éléments pour statuer.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

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Viggy Simmons wrote:
The Eye Of Doom wrote:GASP! J'ai raté la diffusion de " The salvation hunters". :evil: :(
Il paraît que la copie était restaurée et qu'il y a une musique de Brad Mehldau .
Est ce que l'un d'entre vous ( parisien) l'aurait enregistré et voudrait bien m'en faire une copie ?
De rien :
https://www.wetransfer.com/downloads/e4 ... 142/4fb280
Merci! :lol:
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

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Suite à la découverte du livre sur le Calvaire de Lena X (voir + haut) je suis tombé sur ça:
http://www.ednapurviance.org/seagull/seagull.html
Quelqu'un a t il cet ouvrage ?
Si quelques un est intéressé, on peut commander jusqu à deux examplaires à la fois et bénéficier de frais de ports réduits Cela devrait mettre l'ouvrage vers les 50$ Fdp inclus .
Cher pour 130 pages mais bon le parfum du mystère est envoûtant.
Ca tente quelqu un ?

Il y a un petit film sur YouTube :
https://m.youtube.com/watch?v=ICqTDPxkkMM
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Jeremy Fox »

Venus Blonde - 1932

A une exception près, les films du duo Sternberg/Dietrich malgré leur somptueuses esthétiques m'ont toujours tous fortement ennuyé et ce dernier qu'il me restait à découvrir ne déroge pas à la règle alors que l'amusant prologue égrillard puis le quart d'heure suivant m'avaient laissé présager un film assez émouvant. Au final, malgré une photo somptueuse, une Marlene toujours aussi bien filmée et un comédien/enfant d'un naturel confondant, la froideur de l'ensemble m'a une fois de plus laissé de marbre. Parmi les trois Dietrich de la salve Elephant, seul le Mamoulian m'a beaucoup plu.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

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Venus Blonde chroniqué par Justin Kwedi.