Vittorio de Sica (1901-1974)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jack Carter
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Jack Carter »

Olivier Père dythirambique sur Il Boom
http://www.arte.tv/sites/olivierpere/20 ... o-de-sica/

"En un seul film De Sica et son compère Zavattini parviennent à être plus cruels et grinçants que Risi, Lattuada, Ferreri ou Scola réunis"

Je vais peut-etre me le refaire en salles, tiens (vu qu'il est programmé à l'Institut Lumiere) vu que j'apprecie enormement le film (et Sordi, bla bla bla... :mrgreen:) :)
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Père Jules
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Père Jules »

Film génial :D
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ed
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by ed »

que Risi, Lattuada, Ferreri ou Scola réunis
comment survendre le truc :roll:
C'est bien, il Boom.... mais de là à dénigrer les autres...
Me, I don't talk much... I just cut the hair
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Jack Carter
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Jack Carter »

ed wrote:
que Risi, Lattuada, Ferreri ou Scola réunis
comment survendre le truc :roll:
C'est bien, il Boom.... mais de là à dénigrer les autres...
C'est un ancien des Inrocks, on ne se refait pas :uhuh:
J'ai eu peur qu'il rajoute Monicelli et Comencini d'ailleurs :lol:
Ceci dit il ne les dénigre pas vu qu'il leur a déjà consacré des billets enthousiastes à eux aussi.
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Jack Carter
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Jack Carter »

Et Il Boom est génial car Sordi est génial, point. :mrgreen: 8)
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Jeremy Fox
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Jeremy Fox »

Bogus
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Bogus »

Le voleur de bicyclette (1948)
On est impliqué émotionellement du début à la fin,
ça va de l'espoir au désespoir en passant par la colère avant d'être totalement boulversé par la honte de ce père devant son fils. Sublime.
De Sica n'oublie pas l'humour et l'émotion dans ce qui s'apparente à une fable et en même temps c'est une plongée quasi documentaire dans l'Italie d'après-guerre, celle qui n'arrive pas à joindre les deux bouts.
Le gamin est génial, le petit Bruno fait partie de ces personnages qu'on n'oubliera jamais.
N'y avait-il pas un blu ray sorti il y quelques temps (de mémoire chez Film sans frontière)? Je n'en trouve aucune trace sur le site de la fnac.
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cineberry
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by cineberry »

Bogus wrote:N'y avait-il pas un blu ray sorti il y quelques temps (de mémoire chez Film sans frontière)? Je n'en trouve aucune trace sur le site de la fnac.
Il y avait bien un blu-ray édité illégalement chez Films sans frontières :

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On le trouve d'occasion sur PriceMinister mais il coûte une blinde.
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Rick Blaine
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Rick Blaine »

Sinon il existe un Blu-Ray légal chez Arrow.
Bogus
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Bogus »

Ah ok... merci!
bruce randylan
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by bruce randylan »

Roses écarlates (co-réalisé par De Sica et Giuseppe Amato - 1940)

Prévoyant l'absence de son épouse sur le point de partir aux sports d'hiver, un mari espère sortir de sa routine et, pourquoi pas, séduire quelques femmes. Il se fait ainsi livrer 2 douzaines de roses qu'il pense envoyer anonymement à une dame de la haute société. Sauf que sa femme tombe sur les fleurs - et sa carte de visite sans signature - et imagine qu'elles lui sont adressées par un admirateur secret.

Premier passage de Vittorio de Sica derrière la caméra pour l'adaptation d'une pièce qu'il connaît bien pour l'avoir joué sur scène quelques années plus tôt.
Voila une comédie très sympathique qui repose sur un quiproquo assez simple mais bien exploité dont les répercussions prennent une ampleur insoupçonnée puisque son épouse va finir par fantasmer sur cet inconnu, s'éloignant de son époux qui se sent impuissant tout en étant pris dans l'engrenage et continue de correspondre avec elle pour voir jusqu'où elle peut pousser cette infidélité épistolaire.

C'est plutôt bien écrit, avec une narration sans trop de gras qui ne dépasse pas les 70 minutes, avec ce qu'il faut de touches d'amertume, voire de mélancolie, pour ne pas être un simple vaudeville de boulevard ou une farce façon Feydeau. Ce qui donne à ces Roses écarlates un peu de profondeur bienvenu. L'intrigue repose beaucoup sur un second rôle amusant et attachant, le meilleur ami de De Sica, un myope souvent perdu par la position où s'enferme son camarade et qui doit jouer l'entremetteur (invisible) et l'espion. Le jeu de Umberto Melnati n'est pas forcément très subtil mais il apporte un bon contre-poids à cette variation de comédie de remariage. Le scénario est assez aéré pour éviter le théâtre filmé même si la mise en scène n'a pas grand chose d'inventive ou d'originale, malgré quelques trouvailles dans certains effets de montage parallèle.

La VF accentue sans doute la caractérisation stéréotypée des personnages mais d'après la Cinémathèque Française, la version italienne serait désormais perdue.


En plus de ses réalisations, la Tek rend aussi hommage à De Sica comédien avec quelques œuvres moins connues.

Les hommes, quels mufles! / Gli uomini, che mascalzoni... (Mario Camerini - 1932)

Un mécanicien séduit une jeune vendeuse travaillant dans une parfumerie. Etant tout deux maladroits et timides, leur histoire d'amour connaît de nombreux contre-temps et malentendus.

Excellente découverte que cette comédie rafraîchissante pleine de trouvailles et d'esprit et à la réalisation dynamique et alerte. Le duo est à la fois touchant et drôle pour de jolis moment tendres et cocasses, même si le scénario abuse un brin des multiples brouilles qui virent aux artifices.
C'est cependant compensé par la modernité de la mise en scène, qui est encore sous influence du cinéma muet tout en anticipant certains caractères du néo-réalisme, et aussi de la nouvelle vague. De nombreuses séquences sont filmées en pleine rue et même des scènes nocturnes se déroulent en extérieur, les difficultés sociales des deux héros sont habilement mises en valeur et le montage ne manque pas de dynamisme avec notamment des courses en voiture qui renvoient à l'avant-garde française (avec en plus des jump cuts très proche de ceux d'A bout de Souffle !). Et accessoirement, le film est drôle, léger et touchant avec une alchimie savoureuse dont un jeune De Sica qu'on reconnaît à peine tant ses traits sont juvéniles et sveltes.


Due cuori felici (Baldassarre Negroni - 1932)

Un commercial décontenancé par l'arrivée plus tôt que prévue du directeur général américain est contraint de faire passer sa secrétaire pour son épouse (et vice-versa)... Sans savoir que l'américain et sa secrétaire s'étaient rencontrés un peu avant et avaient commencé un jeux de séduction.

Moins abouti techniquement que le précédent, et avec moins de caractères, cette stricte comédie reste plaisante pour ses quiproquos et un rythme plutôt soutenu.
Le script se limite aux possibilités de son postulat et n'apporte pas de réelles valeurs ajoutées pour mieux assumer sa dimension populaire indéniable assez efficace avec quelques chansons entraînantes. Son ambition est clairement de faire sortir le spectateur de bonne humeur de la salle de cinéma. Un pari plutôt réussi avec une mécanique, certes sans génie, mais bien huilée. Il est juste dommage que les personnages et l’interprétation manquent de finesse - dont De Sica dans le rôle de l'américain. Reste que ça se hisse sans encombre au niveau de la moyenne des comédies américaines pré-screwball comedy et qu'on s'y amuse avec un plaisir communicatif.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by bruce randylan »

Le renard s'évade à trois heures (1966)

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Un célèbre escroc – roi de l'évasion et du déguisement – est approché par un gang de voleurs internationnal pour organiser l'arrivée d'une cargaison d'or en Italie. Il pense trouver le plan idéal en profitant de la venue d'un acteur populaire américain – quoique vieillissant – pour organiser un faux tournage de cinéma.

Une co-production anglo-italienne qui permet à De Sica de travailler avec Peter Sellers sans se faire phagocyter par ce dernier. Une pure commande pas vraiment cynique pour une comédie qui possède un dosage plutôt habile entre la comédie italienne et celle anglaise. La première moitié alterne ainsi comédie de mœurs (Sellers et sa famille ; ses confrères) et des situations savoureuses plus absurdes et flegmatiques comme le duo d'inspecteurs ou la conversation à trois façon ventriloque pour détourner l'attention d'une possible surveillance.
La seconde moitié est un peu décevante vu son potentiel avec cette idée croustillante du faux film avec une équipe de bras cassé, des truands, un acteur has-been et un village reculé rempli d'habitants candides et plein de bonne volonté. A cause d'un manque d'imagination dans le traitement, l'écriture ne permet pas à tout cet acte de se développer comme il faudrait et se limite à beaucoup de gesticulation alors qu'il aurait fallut conserver plus de réalisme pour que le comique fonctionne vraiment. Ca reste plaisant, mais trop en surface dans sa mécanique et rempli de facilité à l'image du procès final et ses piques aux critiques de cinéma.
Reste les comédiens pour assurer le show (dont l'auto-dérision de Victor Mature et De Sica dans un caméo où il joue son propre rôle)

L'or de Naples (1954)

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Un film à sketch plutôt réussi, avec des épisodes mieux que d'autres - forcément-, mais dénué de canard boiteux.
Il possède même 2 petits bijoux. L'un très grave - quasi muet -, suivant le parcours d'un cortège funèbre d'un enfant que pleure sa mère célibataire. Derrière sa simplicité narrative, ce court segment est d'une richesse sociale et d'une palette d'émotion magistrales. Le cercueil part des quartiers défavorisés de la ville pour finalement longer les rues ensoleillés et huppés du bord de mer, comme pour offrir au défunt ce qu'il n'a pas connu durant sa brève existence mais aussi pour montrer à ce quartier de la ville qu'une autre réalité existe à quelques intersections. L'amertume, le tragique et la douleur sont intelligemment contrebalancés par l'attitude d'enfants (quelques soient leur origine pour le coup) plus appâtés par les bonbons que jettent la mère sur son trajet pour le respect.
L'autre bon moment est encore peu dialogué et repose avant tout sur les réactions avec un savoureux face à face entre un aristocrate ruiné par le jeu et le garçon du gardien de l'immeuble qui joue avec lui par pitié, et sous la contrainte de son père. Le jeune comédien est remarquable, génialement dirigé par De Sica qui lui donne la réplique. La aussi, l'humour de la situation laisse place à des sentiments plus complexes entre la lassitude du garçon, le bruit de ses camarades dans la rue, le respect qu'il doit à son interlocuteur et la déchéance de ce dernier, dont il est conscient mais qu'il refuse d'admettre. La mise en scène capte d'ailleurs avec justesse cette prise de conscience en changeant d'axe dans sa seconde moitié, comme pour en révéler le revers psychologique..
Sorti de la, il y a deux amusant sketchs quoique superficiels. Dans le premier, Sophia Loren fait croire qu'elle a perdu son alliance dans une pizza cuite par son mari plutôt que de révéler qu'elle se trouve chez son amant. Pour le second, un « professeur » trouve une situation diplomatique pour que les habitants d'une ruelle exprime leur mépris face au passage de la voiture d'un homme riche et hautain qui impose son rythme aux riverains.
Les deux épisodes restant souffrent un peu de leur longueur excessive qui leur font perdre en concision, en mordant, et affaiblissant leur dimension humaine qui brillent cependant dans des séquences finales assez fortes, entre dignité et inquiétude. Ils leur manquent une unité de tons qui doseraient mieux le passage d'un registre (humour ou romance) à un autre plus sérieux
Il y a tout d'abord Toto et sa famille qui vivent tyrannisés par les visites régulières d'un malfrat. Quand le pouvoir de ce dernier vacille, ils finissent par lui tenir tête tout en sachant qu'ils s'exposent malgré tout à des représailles.
Le dernier met en scène une vieille fille qui se fiance enfin avec un homme parfait à première vue avant de découvrir qu'il cache un lourd secret et qu'il n'a pas fait un mariage d'amour.


Les séquestrés d'Altona (I sequestrati di Altona - 1962)

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Condamné par une maladie, un puissant industriel – et ancien nazi – convoque son second fils avec qui il est brouillé pour lui imposer de prendre sa succession. En attendant de prendre une décision, sa belle-fille découvre que l'aîné de la famille qui avait été déclaré mort durant la guerre est toujours en vie. En revanche il habite reclus dans une pièce fermée et est rongé par des démons intérieurs.

Ambitieux projet pour De Sica et son fidèle scénariste Cesare Zavattini qui s'attaquent à une pièce de Jean-Paul Sartre. Et malgré toutes les bonnes intentions du cinéaste, le concept est trop casse-gueule et théorique pour fonctionner à l'écran. La réalisation est pourtant soignée, assez moderne même, avec un usage très réussi des gros plans, un travail muri où la caméra est presque un interlocuteur invisible dans les nombreux face à face, surtout ceux mettant en scène Franz, le fils faussement disparu, vivant dans sa cave et sa belle-soeur. L'atmosphère sait être étouffante, presque poisseuse, en essayant de rendre palpable l'état mental de ce dernier.
Toutefois, le résultat est plutôt guindé, rigide, avec des comédiens un peu écrasés par leur rôle. Le film possède de nombreuses pistes de lectures (culpabilité, héritage du nazisme dans l’Allemagne industrielle, inceste...) sauf que le scénario a du mal à conserver une ligne claire et oublie en cours de route certains éléments pour en greffer d'autres. Ainsi le patriarche Frederic March et le cadet disparaissent au bout de 20 minutes pour ne revenir dans les 10 dernières, mettant de côté les tensions générationnelles et les divergence politiques.
On sent De Sica autrement plus épanoui et à l'aise quand il filme les vastes chantiers navals, comme s'il y trouver enfin un ancrage sociale et réaliste qui correspond à sa sensibilité.
C'est louable de Sica de ne pas choisir la facilité ou les pantoufles en s'essayant à un exercice de style façon Losey, Resnais ou Antonioni mais il y perd un peu son âme.
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bruce randylan
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by bruce randylan »

Le jugement dernier (Il giudizio universale - 1961)

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A Naples, une voix provenant des cieux annonce régulièrement la venue du jugement dernier pour 18h, ce qui provoque différentes réactions de sa population.

Un nouveau faux film à sketch se cachant derrière différents destins racontés dans une succession de narrations alternées, pas toujours bien reparties d'ailleurs. Certaines intrigues ont du mal à exister ou manquent cruellement de développement à l'image des segments de Franco & Ciccio (moins agaçant que d'habitude) qui travaillent pour un cirque.
Le scénario proposent des péripéties qui relèvent autant de l’anecdote, du léger ou de thèmes plus sérieux même si le film est avant tout une comédie au service d'un casting prestigieux mettant en scène Fernandel et Ernest Borgnine (un pickpocket se faisant passer pour un vieil ami auprès d'une future victime), Lino Ventura en père rigide s'opposant aux amourettes de sa fille, Silvana Mangano étalant devant des convives la corruption de son mari Jack Palance (en espérant racheter son âme), Vittorio Gassman en cynique méprisant essayant de découvrir qui a lui a jeté une tomate sur la tête, Anouk Aimée qui trompe son mari dans son dos, Alberto Sordi qui "achète" des enfants de familles pauvres pour les envoyer à des couples américains, Vittorio de Sica en avocat, Jimmy Durante dans un caméo se moquant de son appendice nasal et j'en oublie quelques uns.
Vu le sujet, le sujet aurait pu être plus mordant et caustique (surtout quelques années plus tard avec le véritable épanouissement de la comédie à l'italienne), mais le film cultive justement volontairement un portrait plus tendre et gentiment moqueur de ses protagonistes. C'est à la fois sa force et sa faiblesse, avec ce que ça conduit de haut et bas dans les scénettes. Ce qui touche Sordi, Mangano-Palance, Gassman est plus savoureux (sans doute parce qu'il y a davantage de fond), là où d'autres restent en surface (le procès, la relation adultère, le pickpocket). D'ailleurs, le traitement même repose sur une approche dédramatisée, presque anodine, malgré son concept improbable et surnaturel. La fin le confirme d'ailleurs en virant au pastiche où le jugement dernier est moins sévère que prévu, comme si Dieu ne percevait que les défauts et les petites manies des gens, mais aucun de leur vices ou leurs laideurs.
De Sica parvient à ne pas être dépassé par ses nombreux comédiens et offre un joli noir et blanc, avec une belle gamme de lieux et décors qui témoignent d'une tranquille - mais indéniable - maitrise des espaces.
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by bruce randylan »

Retour à De Sica acteur dans les années 30

Tempo Massimo (Mario Mattoli - 1933) est une correcte comédie romantique, entachée d'une écriture et d'une caractérisation trop stéréotypée pour être pleinement crédible et donc attachante. De Sica y joue un timide et chétif professeur à la vie rangée dont le quotidien est perturbé par la chute d'une jeune femme dynamique qui lui atterrit littéralement dessus après une séance de parachute. Sous son charme, il va bien-sûr tenter de se mettre à la page, malgré les coups tordus d'un rival.
Le film joue essentiellement sur l'opposition des 2 mentalités et les maladresses candides de De Sica qui ignore tout du jazz, du sport (ski ou vélo), du monde du travail et évidement de la séduction.
Sa direction artistique est plutôt soignée avec une photo réussie et une volonté d'un certain rythme qui culmine dans un final mouvementé avec course poursuite contre la montre en bus et en vélo. Ca n'a pas le brio du burlesques muet américain (on pense pas mal à Harold Llloyd) tout en étant un honnête divertissement pour l'époque.
A noter qu'on y trouve Anna Magnani qui faisait ses vrais débuts cette année la.

Monsieur max / Il signor Max (Mario Camerini - 1937) semble confirmer que Camerini était l'un des meilleurs cinéastes des années 30 (pour ce que j'en connais) avec davantage de style, un script mieux construit, pour des personnages plus vivants et touchants.
De Sica tient le premier rôle, celui d'un modeste vendeur de journaux qui s'offre une croisière où il fait la rencontre d'une aristocrate qui le prend pour un homme de son milieu. Amoureux d'elle, De Sica va tout faire pour entretenir ce malentendu, quitte à s'inventer une seconde vie.
Pour le coup, le film ne manque ni de charme, ni d'allure avec une structure en deux temps qui lui permet de traiter de quelques thèmes plus adultes avec une critique sociale pertinente. L'évolution des personnages est bien rendu et plutôt juste à ce titre.
Ca reste un film de 1937 et il lui manque la vitalité et la tendresse de Les hommes, quels mufles! mais c'est bon divertissement populaire.

Les grands magasins / I grandi magazzini (Mario Camerini - 1939) est un cran en dessous. Il s'agit toujours d'une comédie romantique où De Sica interprète un coursier courtisant l'employée d'un grand magasin qu'il a pris pour une voleuse.
Pour le coup, on a l'impression que le pouvoir fasciste commence à serrer les boulons et la moralité se fait envahissante avec histoire de vol et de confiance perdue. La critique d'une certaine corruption des dirigeants est assez maladroite d'ailleurs comme s'il y avait quelques coupes rendant la continuité moins évidente et une sous-intrigue trop floue. Vu le sujet, on aurait pu croire d'ailleurs que Camerini allait avoir un peu plus de piquant, en dépeignant les premiers temples de la société de consommation et ça reste assez léger.
Ca manque ainsi un peu de fond mais les acteurs sont toujours naturels avec quelques scènes réussis.
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by bruce randylan »

Moins connu et visible, la fin de carrière de De Sica possède pourtant quelques titres formidables, notamment une sorte de "trilogie" autour de femmes malades qui partent en voyage (cure, diagnostic, échappatoire). En plus, c'est plutôt raccord avec les événements. :|


Le temps des amants (Amanti - 1968)

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Un italien reçoit la visite inopinée d'une femme américaine qu'il avait tenté - en vain - de séduire quelques temps auparavant. Débutent alors une passion dévorante où les sentiments évoluent rapidement. Mais il ne tarde à deviner que le comportement de sa maîtresse cache quelque chose.

Un titre tardif de la fin de carrière De Sica (dont je ne connaissais pas encore la teneur) avec un casting composé de Faye Dunaway et Marcello Mastroianni, autant dire que j'y allais à reculons avant d'être rapidement conquis par ce magnifique mélodrame frémissant et sensible.
La première moitié surprend par son art de l'ellipse, du peu de dialogues, d'une certaine sensualité et d'un refus de la psychologie explicative qui permettent d'offrir des personnages que le cinéaste ne juge ou ne prend jamais de haut malgré une certaine immoralité, comme lors d'une soirée entre bourgeois échangistes. Cette séquence est d'ailleurs pour ainsi dire pratiquement la seule où le couple d'amants a une réelle vie sociale ; le reste du film ils ne sont que quasiment seuls à l'image.
Le mutisme de l’héroïne sur ses motivations finit par créer un malaise et une distance entre eux : lui aimerait se livrer corps et âme, voire s'engager avec elle, tandis qu'elle reste fuyante et refuse de s'expliquer. Son désir de dévorer ces quelques jours témoigne d'une certaine énergie du désespoir et d'une détresse qui donne envie de faire quelques projections qui seront confirmées par la suite
Spoiler (cliquez pour afficher)
Elle est en phase terminale et il ne lui reste désormais que quelques semaines à vivre.
A partir de là, le film passe à une étape supérieur avec des relations plus profondes et douloureuses sur le mode "je sais ce que tu caches mais j'essaie de cacher moi-même que je sais sans y arriver pleinement". On bascule alors dans une déchirante histoire d'amour aux sentiments extraordinairement complexes et subtiles. La fragilité et la délicatesse dictent chaque mouvements de caméra, chaque cadrage, chaque raccord avec une émotion pudique qui reste à des gorges nouées, des voix qui tremblent, des sourires maladroits et des regards embuées. Rien de plus. De Sica évite toutes apitoiements et séquences purement mélodramatiques. La conclusion est à ce titre une merveille absolue à la tension palpable et qui reste ouvert entre fatalité et éclaircie.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Sur une route escarpée en montagne, Mastroianni laisse le volant à Dunaway tout en sachant qu'elle a des pulsions suicidaires et fait en sorte de lui faire comprendre qu'il lui donne sa bénédiction si elle désir couper un virage. Elle n'y parvient pas et lui confit la conduite qu'il mène à une allure plus apaisée et sereine. Le film se termine sans qu'on sache si leur véhicule arrivera dans la vallée en bon état.
La direction d'acteurs est par ailleurs merveilleuse avec Mastroianni d'une rare vulnérabilité. Dunaway souffre sans doute d'un tournage italien et son jeu est moins harmonieux dans la première moitié mais touche droit au cœur par la suite.
Le temps des amants se traîne une piètre réputation, sans doute à cause de ses partis pris dans la caractérisation des personnages et sa narration. Il serait temps de le sortir de l'oubli et de le ré-habiliter.

Brèves vacances (Una breve vacanza - 1973)

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Après l'accident de son mari désormais immobilisé, une ouvrière doit assurer seule les revenus de son foyer, de sa belle-mère et beau-frère. Exténuée, son état de santé se dégrade et son médecin la force à prendre une cure dans une pension en montagne.

Plus évident que le précédent, l'avant-dernier film du cinéaste prouve qu'il n'avait rien perdu de sa fibre sociale dans ce portrait très juste à la fois de la condition ouvrière et de la place des femmes dans la société italienne. Le premier tiers surprend vraiment dans sa capacité à retranscrire le rythme harassant des usines, ses horaires, ses bruits agressifs et la lassitude tout en dépeignant une classe ouvrière toujours conservatrice et réactionnaire quant à l'émancipation des femmes. Le mari la viole pratiquement pour soulager ses désirs, son beau-frère surveille ses sorties et dans l'ensemble personne ne se soucie de sa santé alors qu'elle sacrifie ses maigres morceaux de viandes de sa cantine pour les ramener aux "hommes" de la famille le soir. Ça manque cependant un peu de nuances dans le portrait de ceux-ci qui sont quand même des monstres d'égoïsmes (tout en étant sans doute réaliste).
Le film change donc de registre quand cette femme qui n'a connu que la précarité se voit offrir grâce à la sécurité sociale un traitement entièrement pris en charge où elle peut enfin vivre pour elle. Les premiers instants où elle découvre sa chambre (pourtant modeste), une pièce qui n'a rien d'insalubre, aérée, avec un vaste lit et une grande salle de bain sont particulièrement touchants. On a le sentiment qu'elle semble ne pas avoir le droit de profiter de ça et sa timidité tranche avec le reste des résidentes qui sont d'un milieu social plus élevé que le sien. Elle va donc apprendre à s'occuper d'elle, à écouter ses besoin, à retrouver le goût de la lecture et même connaître un début d'histoire d'amour. De quoi faire un nouveau départ pour ainsi dire.
Le dernier acte est plus convenu où la réalité la rattrape quand il va falloir rentrer chez elle. Mais loin d'être une victime passive, elle aura au moins compris qu'elle peut s'émanciper de son milieu et des chaînes de sa propre famille. Peut-être pas s'en affranchir mais au moins leur dire "non".
De Sica a judicieusement choisi une actrice moins glamour – et non maquillé - pour mieux coller au caractère et au parcours de l'héroïne et Florinda Bolkan s'en sort admirablement bien et fait vivre son personnage avec sensibilité.
Ce n'est pas toujours le cas des seconds rôles qui sont parfois plus stéréotypés (l'homme qui essaie de la séduire, l'ancienne vedette de la chanson, la femme qui retourne vers son ancien amant) même si de nombreuses scènes parviennent à les humaniser.

Qu'une œuvre de ce niveau soit si peu visible est incompréhensible.

Enfin le Voyage (Il viaggio – 1974)

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Dans ces dernières volonté, un aristocrate demande qu'un de ses fils épouse la fille d'une veuve dont la richesse a décliné. Or, celle-ci a toujours été amoureuse du frère de son époux (et réciproquement) sans osé se l'avouer.

Dans ce dernier film, De Sica revient à une forme plus commerciale et plus impersonnelle, même s'il se rattrape dans le dernier acte. Mais avant d'y arriver, il faut passer par une mise en scène illustrative, quelques circonvolutions pas toujours utiles et un Richard Burton pas franchement à l'aise.
De Sica est beaucoup juste quand il s'attache – une nouvelle fois – aux non-dits entre les deux amoureux qui ne peuvent s'avouer leur passion à cause du poids de la société, des jugements et des traditions.
Mais une fois que Burton décide d’emmener Sophia Loren (désormais veuve) dans un périple pour rencontrer différents médecins, le film renoue avec la fragilité, l'incertitude, les espoirs ténues et un sursaut d'envie de vivre (et d'aimer). Les 30 dernières minutes sont à ce titre autrement plus émouvantes, comme si les personnages et le cinéaste s'arrachaient simultanément au marasme de cette époque... Jusqu'à la conclusion pour le coup déchirante et où les deux acteurs vacillent d'un sentiment à l'autre pour un jeu à fleur de peau pour finir dans un cri d'indignation qui laisse K.O.
Terminer sa carrière sur ces quelques minutes n'a absolument rien de honteux. Au contraire.
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