Vittorio de Sica (1901-1974)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Akrocine
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Akrocine »

Jack Carter wrote:je voulais savoir auprès de ceux qui l'ont acheté (Boubakar par exemple) si le Wild Side Vintage Classic propose la version De Sica de 90 minutes ?
Non uniquement la version Selznick :? Il faut ce rabattre sur le DvD Criterion.
"Mad Max II c'est presque du Bela Tarr à l'aune des blockbusters actuels" Atclosetherange
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Jack Carter
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Jack Carter »

feb wrote:C'est la version de 63 minutes.
donc, seul le Criterion propose les deux versions.
merci :wink:
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feb
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by feb »

ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Jack Carter
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Jack Carter »

feb wrote:Un test sommaire du WS M. Carter :wink:
http://www.cinefaniac.fr/dvd/test-459-s ... esica.html
le Aventi, que jai emprunté en mediatheque, je l'ai trouvé satisfaisant (alors que je m'attendais à une copie bien pourrave :lol: )
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feb
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by feb »

Et qu'as tu pensé du film malgré cette version fortement tronquée ?
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Jack Carter
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Jack Carter »

feb wrote:Et qu'as tu pensé du film malgré cette version fortement tronquée ?
tres beau :wink:
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Music Man »

NUL NE REVIENT SUR SES PAS (NESSUNO TORNA INDIETRO) de Alessandro BLASETTI – 1943
Avec Doris DURANTI, Maria DENIS, Vittorio de SICA, Elisa CEGANI, Valentina CORTESE, Maria MERCADER, Dina SASSOLI, Mariella LOTTI

La vie et les amours de 7 jeunes étudiantes hébergées dans une pension. L’une s’enfuit après avoir raté un examen et devient la maîtresse d’un riche industriel milanais. L’autre s’éprend d’un jeune espagnol qui va mourir pendant la guerre civile. ..

Alessandro Blasetti nous propose ici un drame de très bonne facture et une étude de 7 personnages féminins aux caractères très différents et aux destinées très opposées. Evidemment qui trop embrasse mal étreint, et on a du mal au début à cerner la personnalité et les histoires sentimentales de ces jeunes femmes, qui ressemblent plus à des stars de cinéma sophistiquées qu’à de vraies étudiantes. Finalement, on apprend à mieux les connaître et les comprendre dans la seconde partie du film quand les drames se nouent et qu’un bilan est dressé lors du mariage de Maria Denis, où chacune va se retrouver. Une finale émouvante d’ailleurs avec un constat des réussites des unes et des déceptions des autres.
Le film semble s’inspirer de films hollywoodiens comme Pensions d’artistes avec des personnages bien typés : ainsi la sérieuse et rigide Elisa Cegani qui devient l’assistante d’un professeur marié dont elle tombe amoureuse, rappelle fort Katharine Hepburn. L’ambitieuse Valentina Cortese, un rien persifleuse se rapproche d’Ann Sothern. La très sophistiquée Doris Duranti de Joan Crawford…
Au fil des mésaventures croisées de ses demoiselles, le cinéaste nous propose une vision acerbe s’une certaine bourgeoisie milanaise, ainsi qu’une critique de la morale très étriquée de l’époque et du rôle de la femme de la société. Même si le pari n’est pas totalement réussi, et un peu confus dans sa première partie, l’interprétation des actrices est de premier ordre (elles étaient toutes très connues dans leur pays à l’époque : une bonne opportunité pour les (re)découvrir )et rend le film assez vivant, à défaut d’être toujours crédible.
Terminé avant l’armistice italien (8 septembre 1943), le film a été tourné dans des conditions épouvantables, interrompu souvent par des bombardements. La façon dont le roman d’Alba de Céspedes dont a été tiré le film a été quelque peu altéré est à relier avec l’idéologie fasciste du moment : il fallait absolument que le personnage de femme entretenue joué par Mariella Lotti se repente à la fin, de même que Doris Duranti, la mère célibataire, se marie. On notera que le roman de Céspedes avait failli être censuré et interdit par les fascistes lors de sa sortie en 1938.
Il ne sortira qu’en hiver 1945 avec des critiques souvent très défavorables (notamment de Dino Risi et Comencini, alors journalistes) envers un film qui reflétait l’époque révolue d’un certain cinéma clinquant reposant sur de star system, mis à mal par le néo-réalisme triomphant.

Vittoria de Sica, qui croise par deux fois la route de Mariella Lotti n'a pas un rôle important, le film s'attardant surtout sur les personnages féminins.
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Jeremy Fox
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Jeremy Fox »

Un film assez méconnu du cinéaste : Les enfants nous regardent
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Jeremy Fox
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Jeremy Fox »

Critique de L'or de Naples
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Profondo Rosso
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Profondo Rosso »

L'Or de Naples (1954)

instants de la vie dans la grouillante ville de Naples où Vittorio De Sica passa ses premières années. L'Or de Naples est composé de six épisodes inspirés des truculentes nouvelles de Giuseppe Marotta : Un clown squatté et exploité par un truand (Le Caïd), une vendeuse de pizza plutôt légère (Sofia) qui perd la bague que son mari lui a offerte (Pizza à crédit), les funérailles d’un enfant (Un enfant est mort), le comte Prospero B. invétéré joueur appauvri (Les Joueurs), l’improbable mariage de Teresa, une prostituée (Thérèse), et les exploits du « professeur » Ersilio Micci, vendeur prudent (Le Professeur).

Au moment où il réalise L'Or de Naples, Vittorio De Sica se trouve dans une impasse. Le mouvement néoréaliste touche à sa fin et pire, se voit fustigé pour l'imagerie misérabiliste et le pessimisme qu'il dégage à l'étranger d'une Italie encore en reconstruction. La Palme d'or promise à Umberto D au Festival de Cannes 1952 est ainsi bloquée par des pressions italiennes et le Giulio Andreotti alors secrétaire d'état au tourisme et au spectacle accusera publiquement De Sica de trahison à la patrie par la vision qu'il donne du pays à travers ses films. Peinant désormais à trouver des financements pour ses projets et rencontrer les pires difficultés lorsqu'il les mène à bien (le remontage radical de David O Selznick de son beau Station Terminus croisant néoréalisme et mélo hollywoodien) De Sica devra se réinventer sans se renier s'il veut poursuivre son œuvre. L'Or de Naples, adaptation d'un recueil de nouvelle de Giuseppe Marotta lui en donnera l'occasion. Entouré de l'auteur de son fidèle scénariste Cesare Zavattini, le réalisateur offre en six sketches (cinq directement adaptés du livre et un récit original) une veine plus contrastée que la noirceur d'antan, la comédie s'entremêlant constamment au drame tout en gardant le regard si chaleureux et bienveillant envers les petites gens qui le caractérise.

Le Caïd

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Dix ans plus tôt, Don Saverio Petrillo (Totò) et sa femme Carolina (Lianella Carell) crurent bien faire en proposant l'hospitalité au caïd Don Carmine Savarone (Pasquale Cennamo) récemment veuf. Le problème, c'est qu'il n'est jamais reparti et impose désormais sa loi au sein du foyer, se faisant repasser ses chemises par Madame, prenant le meilleur siège à table et imposant ses goûts culinaires quand il ne reçoit pas ses amis douteux sur place. Il y a là sans conteste matière à grosse farce mais De Sica reste dans la retenue, le rire naissant plus de la présence comique de Totò en chef de famille frustré et de l'imposante présence bourrue de Pasquale Cennamo en caïd sans gêne que des situations. On reste donc dans un registre feutré et quotidien de cette petite famille parasitée par un intrus tyrannique. Le salut semble à portée de main quand une maladie grave semble diagnostiquée au truand mais c'est bien l'union et l'amour de cette famille qui leur permettra de se débarrasser du gêneur dans un beau final.

Pizza à crédit

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Sofia (Sophia Loren) quitte les bras de son amant pour retrouver son mari pizzaiolo (Giacomo Furia) qui la croit à l'église. Problème elle a oublié sa bague chez son amant et fait croire à son époux qu'elle l'a égarée dans la pâte à pizza. Ils vont donc remonter la piste des pizzas vendues durant la matinée pour retrouver le bijou. Un sketch en forme d'ode à Sophia Loren plus gironde et malicieuse que jamais dans cet amusant vaudeville. Grand moment lors de la mémorable séquence de deuil où le couple n'ose interroger le client joué par Paolo Stoppa qui vient de perdre sa femme. Le pathétique (Stoppa en faisant des tonnes en mari éploré) côtoyant la franche hilarité, que ce soit la gêne des époux où les outrances calculées de Stoppa menaçant de se suicider en se jetant par la fenêtre mais freinant son geste au dernier moment afin d'être retenu. :lol:

Un enfant est mort

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Un des plus beaux sketches du film et un de ceux où De Sica a le plus mis de lui-même puisqu'il n'est pas directement adapté du recueil de nouvelle. Une mère (Teresa De Vita) enterre son enfant et l'on suit à travers les rues de Naples le cortège funèbre dans un silence pesant. Jetant des sciuscias (selon la coutume napolitaine voulant que le disparu distribue des bonbons à ses amis) sur son parcours, la mère attire bientôt tous les enfants du quartier autour du cortège, s'empressant de ramasser les friandises au sol.

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Leurs activité rappelle à la mère accablée celle que n'aura plus celui qui est transporté dans un cercueil, l'émotion contrastée mélange la tristesse à l'allégresse de ces gamins qui arrache un sourire à l'endeuillée. De Sica atteint des sommets d'émotion avec cette courte histoire quasi muette avec laquelle il aurait souhaité conclure le film. Ce ne sera pas le cas et le sketch sera même coupé lors de la sortie française pour sa trop grande noirceur.


Les Joueurs

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Joueur invétéré, le comte Prospero B. (Vittorio De Sica) est serré de près par son épouse qui ne daigne pas lui donner un centime et à transmis le mot aux domestiques refusant de lui prêter de l'argent. Le malheureux en est réduit à jouer à la scopa (le fameux jeu de cartes rendu célèbre par L'Argent de la vieille de Comencini) avec le jeune fils de son gardien d'immeuble. Triste d'être enfermé au lieu de s'amuser dehors avec ses amis, le garçonnet n'en est pas moins un adversaire redoutable qui humiliera jusqu'au bout un De Sica furieux qui met en jeu toute ses richesses. Le réalisateur est toujours aussi bon pour diriger les enfants avec ici un gamin espiègle et déterminé, la farce enlevée véhiculée par un De Sica cabot ayant toujours son contrepoint mélancolique avec ce le regard lointain du garçonnet observant par la fenêtre ses copains avec qui il préfèrerait être.

Teresa

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Le plus beau sketch du film avec Un enfant est mort. Teresa (Silvana Mangano) est une prostituée qui s'apprête à quitter sa maison close et cette vie pour se marier. Un jeune homme riche (Erno Crisa) l'ayant remarquée mais n'ayant osée l'aborder l'a demandée en mariage via un entremetteur. La beauté juvénile et la candeur de Silvana Mangano illumine les séquences de mariage même si à travers la froideur du fiancé on devine un motif moins noble à ce mariage, ce qui se vérifiera par un terrible aveu final.

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Silvana Mangano est absolument magnifique de dignité et de douleur contenue face à son humiliation, et la dernière scène où elle hésite à (paradoxalement) retrouver sa dignité en retournant à son ancienne vie et ironiquement se rabaisser par une respectabilité de façade est d'une intensité rare. On aurait presque aimé voir cette intrigue prolongée en long-métrage tant l'émotion est forte.

Le Professeur

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Don Ersilio Miccio (Eduardo De Filippo) tiens un bien curieux commerce, vendant des leçons de sagesse pour les problèmes quotidiens de ces concitoyens. Un sketch qui conclut le film sur le film sur une note plus légère grâce à la truculente prestation du dramaturge Eduardo De Filippo, tout en malice dans ses conseils et ses bons mots qui auront du mal à passer en vf (les variantes entre pernacchio et pernacchia pour les différentes manières d'imiter le bruit de la flatulence, traduit par le plus quelconque terme pantalonnade), ce sketch ayant également été supprimé lors de la sortie française.

Un brillant film à sketch pour un De Sica transposant son humanisme dans des sphères plus lumineuses (même s'il signera des comédies bien plus franches par la suite) et capturant à merveille l'atmosphère si particulière de cette ville de Naples qu'il connaît bien. Le générique nous aura indiqué que "l'or de Naples", c'était l'espérance et la patience, vertus qu'il n'aura cessé d'accorder aux personnages du film quelque soit le ton adopté. 5,5/6
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by manuma »

LE RENARD S'EVADE A 3 HEURES (1966)

Prometteuse sur le papier , cette association De Sica / Sellers / Neil Simon, mais, dans l'’ensemble, relativement loupée. Le film tente de mixer la farce à l'italienne à un travail satirique plus pointu ciblant l’industrie cinématographique de l’'époque. Mais De Sica ne parvient qu’à un résultat bancal, seulement sporadiquement amusant.

Certains traits humoristiques fonctionnent parfaitement, comme tout ce qui touche au personnage de la star égocentrique du « vieil Hollywood » parti relancer sa carrière en Italie, personnage incarné avec pas mal de recul sur sa propre image par Victor Mature, ou les quelques railleries visant le cinéma d'auteur "antonionien" ou le neo-réalisme (A la proposition de film qu'’on lui fait, Mature, incrédule, demande à son agent : « Du cinéma néo-réaliste ? Qu’'est que ça veut dire ? ». L'’agent, en soupirant : « Ca veut qu’'il n'y a pas d'’argent ! »).

Sellers lui-même n’'est pas en reste. Il se donne à fond, en particulier dans son incarnation du « génial » réalisateur star Federico Fabrizi (lisez Fellini), et son génie comique donne un coup de fouet à l'ensemble. Mais il n’'en demeure pas moins que ce Renard... fonctionne mal, parait souvent forcé dans son délire, et ressemble parfois étrangement à ces produits cinématographiques américano-européens hybrides qu’'il dénonce sur le ton de la moquerie.
Lord Jim
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Lord Jim »

Moi j'aime bien Le Renard s'évade à 3 heures (After the Fox)...bon, ce n'est pas la comédie du siècle mais elle reste dans l'ensemble très amusante même si inégale.

Il y a de très bons moments et trouvailles: la présentation des différents "bandits" européens capables de réaliser le coup, la séance de bingo, l'entrevue entre le Renard et son complice qui se parlent "à travers" les lèvres d'une charmante jeune femme, les conséquences de l'arrivée de l'équipe du faux tournage dans le petit village (le flic qui veut faire de la figuration), la moquerie du cinéma d'auteur...

Mais pour que le film soit vraiment une réussite, il aurait fallu un réalisateur moins plan-plan (un Blake Edwards?) et aller plus loin dans le délire de l'idée du faux tournage...

Quant aux acteurs, ils sont l'élément moteur de ce film:
Victor Mature est excellent, faisant preuve d'un sacré sens de l'humour et d'auto dérision en incarnant une vieille star américaine sur le retour.
Britt Ekland (Mme Sellers à l'époque) est mignonne en brune et s'en sort finalement pas si mal que ça.
Quant Peter Sellers, comme l'a très bien dit Manuma plus haut, je cite: "Il se donne à fond, en particulier dans son incarnation du « génial » réalisateur star Federico Fabrizi (lisez Fellini), et son génie comique donne un coup de fouet à l'ensemble." Mais on sent, non pas qu'il est mal à l'aise mais qu'il aurait souhaiter aller plus loin; à l'époque, il ne s'était pas entendu avec De Sica n'ayant pas la même vision et avait été déçu du traitement du film.

A noter: Le score composé par Burt Bacharach et le générique rigolo (très 60's) avec la chanson "After the Fox" par les Hollies et Peter Sellers.

Au final, cela reste un film plaisant pour passer une bonne soirée sans se faire trop mal à la tête...
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Demi-Lune
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Demi-Lune »

Quelques mots au sujet de Miracle à Milan qui s'impose pour moi comme le grand chef-d’œuvre de De Sica avec Le voleur de bicyclette.
Figure-phare du néoréalisme, De Sica ne renie en rien ses convictions artistiques en plaçant ce film sous le sceau du conte. Apparemment, c'est ce qui a beaucoup été critiqué à l'époque, l'imagerie féérique et la fin proprement fabuleuse ayant pu être perçues comme une trahison du mouvement. De Sica montrera pourtant dès l'année suivante, avec Umberto D., qu'il n'en est rien, bien au contraire.
Miracle à Milan est peut-être, justement, l'un des plus beaux films du néoréalisme, l'un des plus lucides. J'ai eu l'impression qu'il représentait pour De Sica quelque chose de profondément personnel. Comme si le déplacement sur le terrain de la fable l'avait galvanisé et constituait finalement un vecteur encore plus fort à ses idées humanistes. Car De Sica n'est pas un cinéaste politique : s'il immortalise la dureté de son époque, c'est néanmoins un cinéaste de gens, d'humains, un cinéaste chaleureux qui ne fixe pas la pauvreté ou l'exclusion avec le regard intraitable d'un Rossellini, par exemple. L'histoire de Miracle à Milan reste très dure, tragique, mais jamais négociée avec du misérabilisme ni du pathos. En convoquant le conte, De Sica semble nous dire que c'est tout ce qui reste d'espoir pour les pauvres. L'émerveillement du film dissimule une profonde amertume, en réalité. L'envolée finale des pauvres sur des balais, vers des cieux meilleurs, est à cet égard bouleversante puisqu'elle constitue à la fois une victoire de la magie du cinéma (comme la fin du Dernier des hommes de Murnau, le cinéaste fait le choix fièrement assumé de "sauver" ses personnages de l'injustice sociale) et en même temps un aveu terriblement lucide de l'improbabilité d'un avenir meilleur pour les pauvres en Italie. Parvenir à concilier la poésie la plus émouvante à l'acuité de l'analyse sociologique : oui, il y a bien un miracle dans ce film.

Tiens, tentons un top.

Chefs-d’œuvre :
Le voleur de bicyclette (1948)
Miracle à Milan (1951)
Excellent :
La Ciociara (1961)
J'aime beaucoup :
Umberto D. (1952)
Sciuscià (1946)
Très bon :
Le jardin des Finzi Contini (1970)
Station Terminus (1953)
L'or de Naples (1954)
Bon :
Mariage à l'italienne (1964)
Anecdotique :
La loterie, sketch de Boccace 70 (1962)
Lino
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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Lino »

Celui là m'avait beaucoup plu :

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Re: Vittorio de Sica (1901-1974)

Post by Frances »

Umberto D de Vittorio de Sica avec Carlo Battisti, Maria-Pia Casilio, Memmo Carotenuto, Lina Gennari, Ilena Simova, Elena Rea

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Je ne sais si le plus terrible est la situation de précarité dans laquelle ce malheureux Umberto D – retraité du service public – s’enfonce où le mur d’indifférence qui lui fait face. Dans un climat difficile seuls résistent les plus conquérants, les plus égoïstes, les plus débrouillards, les plus malhonnêtes. Chacun se préoccupe de sa propre survie et la manifestation qui ouvre le film n’évoque in fine qu’un rassemblement de revendication provisoire sans aucune promesse de solidarité ultérieure. De Sica suit la lente descente aux enfers d’un homme seul, vieux, habillé encore de dignité et résistant tant qu’il est possible pour préserver sa modeste chambre. Dernier rempart avant la rue et l’ultime dégringolade sociale.

Sans far et avec justesse de Sica insiste sur les gestes du quotidien, les ruses pour nourrir le chien, des derniers biens personnels dont Umberto se sépare la mort dans l’âme pour repousser l’échéance. Ainsi il nous offre un état des lieux de l’Italie d’après guerre où le chacun pour soi l’emporte haut la main. Pas une fois Umberto n’obtient de ses congénères une once d’empathie, un geste de sympathie. Sa logeuse est d’une rare cruauté. Ses anciens collègues se détournent, pressés. Il doit céder à vil prix ses maigres biens à des acheteurs insensibles profitant de la situation.

Dans ce désert de tendresse où l’humain s’est déshumanisé seul un chien, un de ces cabots aux origines incertaines illumine son quotidien bien morne. Il tisse les rares liens (bons ou mauvais) que son maître entretient encore avec ses semblables – « la cantine », la bonne, la fourrière, les enfants, la pension pour chiens. – Sans sa présence il y a fort à parier qu’Umberto aurait renoncé à toute forme de résistance depuis longtemps. Mais il est responsable de son chien comme le Petit Prince de Saint Exupery l’était de sa rose. Et parce qu’au-delà de sa condition sociale qui se dégrade de jour en jour Umberto D. doit affronter la solitude et la vieillesse et perdre une à une les prérogatives qui faisaient de lui un être humain à part entière, ce chien assume aussi le chainon ultime qui le retient encore à la vie.

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Au chapitre des laissés pour compte il faut ajouter le personnage de Maria la petite bonne de l’hôtel où loge Umberto. La seule amie du vieil homme, abîmée et exploitée qui trime avec résignation. Enceinte d’un des deux militaires qu’elle fréquente mais dont aucun des deux ne veut assumer la paternité de l’enfant à naitre. Alors de Sica s’attarde avec elle dans la cuisine crasseuse, décompose les gestes banals, des fourmis que l’on brûle, le café que l’on moud, une larme qui échappe de la barrière des cils, un ventre qui menace de s’arrondir bientôt. C’est la réponse du cinéaste aux gens pressés et aux cœurs engourdis. L’obligation de porter le regard sur les autres et d’oser l’empathie au détriment de l’indifférence.
Last edited by Frances on 21 Nov 13, 10:57, edited 1 time in total.