John Huston (1906-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Demi-Lune
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Demi-Lune »

Plus fort que le diable (1953)

Apparemment Huston et Truman Capote ont écrit le scénario au jour le jour sur le tournage et ne savaient pas eux-mêmes ce qu'ils foutaient. Ben ça se ressent. Misère l’imbroglio ! Chaque scène lance un nouvel embryon d'histoire que la scène suivante s'empresse de laisser en plan, le récit ne consistant qu'en une mosaïque de directions potentielles. On peut vaguement s'amuser de cet exercice d'écriture spontanée qui fait du film une matière molle, une impro en forme de variation autour de films précédents du cinéaste (Le faucon maltais notamment, déjà bien chiant) qui ne se prend pas trop au sérieux, et on peut s'amuser de voir Bogart essayer de cacher qu'il ne bite rien à ce qu'il doit jouer, mais si Huston et Capote se sont bien marrés dans leur coin on se lasse très vite, l'absence d'une quelconque structuration emportant avec elle celle de mon intérêt.
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Watkinssien
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Watkinssien »

Demi-Lune wrote:Plus fort que le diable (1953)

une impro en forme de variation autour de films précédents du cinéaste (Le faucon maltais notamment, déjà bien chiant)
Hérétiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiique !!!

:mrgreen:
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Federico
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Federico »

Je rejoins Demi-Lune sur Plus fort que le diable. Je ne l'ai vu qu'une fois et il y a longtemps mais je l'avais trouvé affligeant. Impression d'une private-joke sur-étendue ou d'un film-gag totalement gratuit entre Huston et quelques potes imbibés sur le tournage. :?
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scottspeed
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by scottspeed »

Federico wrote:Je rejoins Demi-Lune sur Plus fort que le diable. Je ne l'ai vu qu'une fois et il y a longtemps mais je l'avais trouvé affligeant. Impression d'une private-joke sur-étendue ou d'un film-gag totalement gratuit entre Huston et quelques potes imbibés sur le tournage. :?
Idem, j'ai commencé à le regarder le mois dernier mais sur un DVD affreux. J'ai lâché l'affaire au bout d'une demi-heure, avec le bénéfice du doute dû à la qualité de la copie.
Je retenterai quand un DVD correct sortira mais comme vous, j'ai pas du tout accroché sur le film, qui a pourtant une réputation plutôt flatteuse.
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Federico »

scottspeed wrote:
Federico wrote:Je rejoins Demi-Lune sur Plus fort que le diable. Je ne l'ai vu qu'une fois et il y a longtemps mais je l'avais trouvé affligeant. Impression d'une private-joke sur-étendue ou d'un film-gag totalement gratuit entre Huston et quelques potes imbibés sur le tournage. :?
Idem, j'ai commencé à le regarder le mois dernier mais sur un DVD affreux. J'ai lâché l'affaire au bout d'une demi-heure, avec le bénéfice du doute dû à la qualité de la copie.
Je retenterai quand un DVD correct sortira mais comme vous, j'ai pas du tout accroché sur le film, qui a pourtant une réputation plutôt flatteuse.
Réputation que je n'ai jamais comprise. Quand je l'avais découvert (ça devait être au Cinéma de Minuit), je m'attendais à une oeuvre-jeu hustonienne aussi plaisante que Le dernier de la liste et j'étais tombé de très haut. Si j'avais mauvais esprit, je dirais que ça fait partie de ces films méconnus ou prétendument maudits qu'il est de bon ton d'adorer par snobisme et/ou pris par la manie du "film culte" (expression qui me colle des boutards). :mrgreen:
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manuma
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by manuma »

De mon côté, j'avais trouvé cette comédie d'aventures jubilatoire. Le film ne boxe évidemment pas dans la même catégorie que Fat City ou The Dead, mais il reste l'un de mes préférés de son auteur.
Profondo Rosso
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Profondo Rosso »

La Nuit de l'iguane (1964)

Larry Shannon (Richard Burton), un pasteur alcoolique suspendu pour « fornication et blasphème » est contraint de se reconvertir en guide de voyage organisé sur le thème : « Le monde de Dieu vu par un homme de Dieu. » Au Mexique, à la tête d'un groupe de vieilles Américaines, il est l'objet des avances d'une nymphette (Sue Lyon), au grand désespoir de son chaperon (Mary Boylan), une bigote hystérique et frustrée qui tente alors de le faire renvoyer en contactant son employeur. Affolé, Shannon "échoue" le groupe au Costa Verde Hotel à Mismaloya, hôtel de son vieil ami Fred et de son épouse Maxine Faulk (Ava Gardner), qu'il espère dénué de moyens de communications.

Fidèle à son goût de l'aventure, John Huston instaurait un contexte explosif à la production de La Nuit de l'iguane afin de pouvoir créer toute la tension propice à cette adaptation fiévreuse de la pièce de Tennessee Williams. Le réalisateur embarque ainsi son équipe et trio de star (Richard Burton, Ava Gardner et Deborah Kerr) loin du confort des studios dans la zone portuaire alors sauvage (mais devenu un incontournable touristique grâce au film) de Puerto Vallarta surplombée par une jungle épaisse. A cela s'ajoute la présence sur le tournage d'Elizabeth Taylor accompagnant Richard Burton (et veillant sans doute au grain au vu de la présence de cette croqueuse d'hommes d'Ava Gardner) et le couple encore illégitime après les soubresauts de Cléopâtre entraine avec lui une armée de paparazzi qui ajoute encore à la tension ambiante sur le plateau. Huston jamais aussi à l'aise que dans le chaos calmera tout le monde avec humour en offrant à chaque membre du casting un pistolet en or avec le nombre de balles correspondant aux partenaires, cette solution extrême amusant tout le monde et détendant l'atmosphère.

Ce contexte sert donc parfaitement un récit intense et en huis-clos. Dans un hôtel isolé, différents personnages devront faire face à leurs démons en pleine moiteur mexicaine. En premier lieu Larry Shannon (Richard Burton) prêtre défroqué et déchiré entre sa foi, ses désirs charnels et son attrait pour la boisson et se trouve au bord de la rupture. Cet intenable dilemme place le personnage dans des accès de rage et d'hystérie épique où Burton peut donner sa pleine mesure dans le registre excessif qu'on lui connaît, notamment la mémorable ouverture où il craque face au regard accusateur de ses paroissiens ou encore le trop plein d'émotion qui le voit marcher pieds nus sur du verre brisé, n'y tenant plus face aux assauts de la nymphette Charlotte (Sue Lyon de nouveau en tentatrice juvénile après Lolita). La problématique de Burton est la plus explicite, portée par l'exubérance de l'acteur mais Huston s'y prendra de façon plus subtile avec celles qui complète ce curieux triangle amoureux, Ava Gardner (son amour) et Deborah Kerr (sa conscience, Sue Lyon plus en retrait étant son désir et sa culpabilité). Loin de la beauté inaccessible qu'elle sut si bien incarner, Ava Gardner mise en confiance par Huston joue sans doute le personnage le plus proche de sa vraie personnalité. Garçon manqué durant son enfance et jusque la manifestation de sa féminité, Ava Gardner en aura gardé des traces une foi star puisque capable de jurer et lancer les plaisanteries grivoises dénotant avec son aura glamour et on retrouve tout cela dans ce personnage de Maxine débraillée et rigolarde. L'actrice assume pleinement sa quarantaine entamée et sous l'excès apparent distille subtilement au détour d'un dialogue ou d'un regard la profonde solitude de Maxine, son amour non avoué pour Shannon tout en laissant exploser sa sensualité lorsqu'elle s'abandonne aux bras de ses "boys". Face à ses deux monstres Deborah Kerr, s'illustre avec un personnage tout en retenue et subtilité qui a trouvé la paix et sera une béquille pour ses compagnons torturés. Ce calme intérieur et cette compréhension la condamne aux seuls plaisirs spirituels mais c'est bien elle qui s'allègera le plus simplement de sa croix avec la fin de son grand-père poète (Cyril Delevanti) trouvant enfin ses ultimes vers dans une scène magnifique.

Huston confère une énergie formidable à l'ensemble qui évite constamment le théâtre filmé tout en donnant tout l'espace aux acteurs pour déclamer avec passion les tirades de Tennessee Williams le tout étant largement connoté d'aspect et situations scabreux explicité comme ce moment où Ava Gardner est sur le point de mettre à jour l'homosexualité latente de Mrs Fellowes (Grayson Hall). Huston capte à merveille l'atmosphère nocturne, la moiteur ambiante et l'étrangeté de ce moment qui verra enfin chacun se révéler à lui-même. On quasiment l'impression de se réveiller dans un lieu tout différent lorsque le jour fait son apparition lors de l'épilogue, voyant s'éloigner la détachée Deborah Kerr et donnant un futur possible à ses héros enfin apaisés. 5/6
Profondo Rosso
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Profondo Rosso »

L'amour n'est pas en jeu (1942)

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La famille Timberlake n'a guère de quoi se réjouir. Le père a dû céder son entreprise à son riche beau-frère, William Fitroy; la mère est une malade chronique et à la veille d'épouser le bel avocat Craig Fleming (George Brent), Stanley Timberlake (Bette Davis), riche enfant gâtée par son oncle, s'enfuit avec son beau-frère, Peter (Dennis Morgan), brisant ainsi le mariage de sa sœur Roy (Olivia De Havilland)...


Révélé en 1941 par Le Faucon Maltais, John Huston signait dans la foulée ce second film plus méconnu. Mobilisé après l'engagement des Etats-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale Huston ne terminera d'ailleurs pas le film, Raoul Walsh (non crédité) achevant le tournage et ayant au passage une relation exécrable avec Bette Davis pour cette courte collaboration. Le film est d'ailleurs plutôt véhicule et women pictures taillée pour la star où ne se ressent pas forcément la patte des deux réalisateurs (encore que Walsh ait pratiqué l'héroïne hystérique avec la Ida Lupino d'Une femme dangereuse (1940)). In This Our Life n'en est pas moins un superbe mélodrame, très audacieux de surcroît puisque bien que lissé il conserve une grande part des éléments scandaleux du livre éponyme (et récompensé du prix Pulitzer) de Ellen Glasgow brassant adultère, racisme et inceste.

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Stanley (Bette Davis) et Roy (Olivia de Havilland) sont deux sœurs que tout oppose. La douce Roy tient plus du côté paisible et bienveillant de son père Asa Timberlake (Frank Craven) écrasé par le côté plus imposant de sa mère et plus particulièrement son oncle William Fitzroy (Charles Coburn). Le début du film voit Fitzroy mettre la mainmise sur l'affaire commune qu'il avait avec Timberlake et c'est précisément de ce caractère égoïste et étouffant que tient la nature profonde de Stanley (au passage curieux d'ailleurs ces prénoms masculins pour les deux héroïnes...). Pourrie gâtée et ne se voyant refuser aucun caprice, Stanley a l'habitude de prendre et d'exiger ans se soucier des sentiments des autres. On n'en aura un exemple cinglant lorsque Stanley s'enfuira avec le Peter (Dennis Morgan) le mari de sa sœur et abandonnant son fiancé Craig (George Brent).

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Le récit tisse ainsi dans un premier temps les destins parallèles des deux sœurs après cette trahison initiale. Roy trouve la force de se remettre de ce drame et va progressivement se rapprocher de Craig dans leur détresse commune tandis que Stanley une fois savouré son outrage se lassera de la vie maritale et va tuer à petit feu un Peter trop faible de caractère. Bette Davis délivre une performance outrancière dont elle a le secret, rattrapant son âge trop mûr pour le rôle par la sophistication qu'elle apporte au personnage, cette frivolité, égocentrisme et égoïsme s'exprimant par le look recherchée de Roy entre coiffure stylisée, robe courtes aux motifs tapageur destiné à la rendre constamment voyante et au centre de l'attention.

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En dépit de prestation toujours impeccable, certains de ces films à l'ode de Bette Davis sont parfois parasités par justement la mainmise de la star qui vampirise le récit (comme La Lettre (1940) où le contenu passionnant perd de sa force par son omniprésence). Il n'en est rien ici grâce à une formidable Olivia de Havilland qui n'a aucun mal à exister face aux excès de Davis. Sobre mais jamais lisse, l'actrice est même plus impressionnante quand elle mêle le fond bienveillant de son personnage et la rancœur compréhensible qu'elle entretient pour sa sœur. On en aura une belle illustration lorsque Roy ira retrouver une Stanley esseulée et qui a tout perdu loin de la maison, la crispation et l'empathie se mêlant dans le réconfort qu'elle apporte à sa sœur aux emportements trop théâtraux pour être honnête.

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Cette rivalité se mêlera à un contexte familial trouble et une dimension raciale surprenante. L'oncle bougon mais adorant Stanley semble ainsi avoir un amour tout sauf chaste pour sa nièce qui en joue et lui soutire tout ce qu'elle veut par cette séduction. Cela inclut un environnement plié à ses désirs dont les domestiques noirs pour lesquels elle n'a pas un regard. A l'inverse Roy prend son temps dans l'avancée de sa relation avec Craig, l'occasion de beaux moments romantiques telle la scène où ils s'avouent leur sentiment alors qu’ils observent un feu de forêt. Cette même délicatesse s'exprimera dans ses relations au noirs dont elle encourage les velléités d'émancipation avec le jeune Parry Clay (Ernest Anderson, serveur sur le tournage et engagé par Huston sur les conseils de Bette Davis le trouvant idéal pour le rôle) souhaitant devenir avocat.

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Comme les faces contradictoires d'une même pièce, la pureté et bonté de l'une s’opposent à la vilénie de l'autre, aspect qui s'exprimera pleinement en y mêlant justement le destin de Parry accusé à tort pour un méfait de Stanley. Cette question du racisme est abordé de manière étonnamment frontale (Parry étant arrêté sans soucis de preuves simplement car sa parole s'oppose à celle d’une femme blanche de l'élite), le film se voyant interdit de ressortie par la censure en 1943 après son exploitation initiale. Le final d'une grande intensité est un festival Bette Davis, totalement abjecte dans les écarts impardonnable de Stanley et avec en clou une poursuite automobile assez scotchante que l'on doit sans doute à Walsh. Une très belle réussite. 5/6
Profondo Rosso
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Profondo Rosso »

La Lettre du Kremlin (1969)

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En pleine guerre froide, un groupe d’espions américains est envoyé à Moscou afin d’infiltrer les services secrets soviétiques. Leur objectif est de récupérer une lettre contenant des renseignements sur l’arsenal nucléaire chinois. Ce document, extrêmement compromettant pour les Etats-Unis, met en péril la paix mondiale. Le Capitaine Charles Rone (Patrick O’Neal) est en charge de mener cette opération…

En cette fin des années 60, deux tendances se dégageaient dans le film d'espionnage. Dépeindre le méandre du milieu dans toute sa méticuleuse froideur à la manière de L'Espion qui venait du froid (1965) de Martin Ritt ou en donner la vision séduisante, décomplexée et divertissante de la série des James Bond (et de ses suiveurs) qui triomphe à la même période. John Huston ne choisit aucune de ses deux voies dans La Lettre du Kremlin ou du moins y pioche juste ce qui l'intéresse, son film s'avérant étonnamment ludique et pas forcément aussi réaliste qu'on pourrait si attendre et surtout particulièrement tortueux dans sa trame. C'est surtout un pur film de Huston, anachronique aux tendances du moment donc mais aussi décalée en regard de celles à venir. Le cinéma américain des 70's placera la paranoïa et le doute du pouvoir en place au cœur de ses films d'espionnages (renforcé par les scandales d'alors comme le Watergate) alors que Huston nous dépeint un pur récit de Guerre Froide désormais un peu désuète. Le thème récurrent de l'échec du réalisateur est au cœur du film mais si dans d'autres œuvres si échec il y a la quête a pu être belle et les aventures vibrantes, il n'en est rien ici avec un milieu de l'espionnage qu'il méprise. Un propos affirmé de manière cinglante dès l'ouverture où un amiral de la marine (joué par Huston lui-même) congédie avec mépris un de ses officiers, Charles Rone (Patrick O'Neal), convoqué par les services secrets pour y travailler. Les aptitudes physiques et intellectuelles exceptionnelles de Rone vont en effet s'avérer nécessaire pour une mission à Moscou où il faudra récupérer une lettre compromettante pour le gouvernement américain et détenue par les renseignements russes.

La lettre va progressivement s'avérer être une sorte de McGuffin insaisissable et prétexte à un joyeux jeu de massacre où l'absence d'humanité et de morale de ce métier va se révéler. Les capacités hors-normes des agents vont tout d'abord être tournée en ridicule en montrant combien elles révèlent des êtres égocentrique et imbus d'eux même (Charles Rone), virtuose dans leur art mais perdu face à la réalité (la cambrioleuse jouée par Barbara Parkins) et dénué de morale (Nigel Green). Des "qualités" parfaites sur le terrain pour des personnages déjà double avant d'être mis en action (tous affublé de surnom) et dont la duplicité s'avère idéale pour endosser les personnalités qui les feront pénétrer le cœur de l'état-major russe, notamment en faisant sans vergogne commerce de leur corps ou de celui des autres. Le terrain de l'ennemi est également à double-fond puisque derrière le redoutable Kosnov (Max Von Sydow), son supérieur Bresnavitch (Orson Welles) le court-circuite pour servir ses propres intérêts. La partie d'échec est passionnante et comme l'affirmera la promotion du film une minute d'inattention et tout le sens de ce qui va suivre deviendra incompréhensible tant les coups de théâtre sont légions. On nous dépeint des monstres soumis à leurs objectifs mais le jeu de piste est diablement présent et Huston n'oublie jamais de faire surgir une pointe d'humanité sous la perversion et la froideur. C'est les regards de Rone dépité de laisser l'innocente BA se perdre, la perverse Erika (Bibi Andersson) réellement amoureuse de son gigolo. Malgré tout c'est bien l'ombre omnisciente de Sturdevant, agent disparu et figure du mal absolu qui plane sur le film pour se révéler dans un final marquant. Tous ne semblent avoir été que des marionnettes destinés à servir ses objectifs, la résolution étant d'une rare noirceur où plane l'ironie du fameux L'Affaire Cicéron de Mankiewicz mais en plus désespéré. 5/6
Alphonse Tram
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Alphonse Tram »

The list of Adrien Messenger / Le dernier de la liste (J. Huston, 1963)

Un certain Adrien Messenger demande à un ami, Anthony Gethryn ancien policier, d'enquêter discrètement sur une liste de personnes car, dit-il, il a des soupçons, mais il compte sur lui pour prouver qu'il se trompe. Peu après Messenger meurt en avion dans un attentat. En réchappe juste une ancienne connaissance d'Anthony, qui a eu le temps de recueillir les derniers mots de Messenger. A eux deux ils vont rechercher le meurtrier.

L'histoire n'est pas simple à suivre. Paradoxalement, peut être encore moins en VF car l'enquête se base sur des rébus et des homonymes anglais. Autant dire que cela donne un curieux effet en traduction française.
Exemple quand l'inspecteur parle :
- "on a le mot two t w o (il épelle). Qui veut dire 2. Mais en anglais ça peut vouloir dire aussi".
Perspicace l'ancien des services secrets :mrgreen:

En dehors de ce fait plutôt désagréable, le film reste également assez incompréhensible dans son intrigue qui peut rappeler Noblesse oblige. Cependant, il n'est pas dénué de qualités. On aurait pu craindre le cabotinage mais les comédiens restent élégants (Dana Wynter, Bernard Archard, Jacques Roux). Gladys Cooper revient nous faire un petit numéro en compagnie de Marcel Dalio le temps d'une scène. Et puis il y a la photographie de Joe MacDonald volontairement contrastée qui joue sur les ombres pour rappeler les grandes heures du Noir.
Un point interressant est l'avancée ultra-rapide de l'intrigue. Pourquoi ? parce que le réalisateur ne cherche pas à tout nous faire comprendre. l'histoire avance, point. ça peut être un peu frustrant mais ça à son charme, et ce n'est jamais ennuyeux. c'est un truc qu'on a oublié de nos jours : cette capacité à synthétiser un film d'action ou d'aventures en 1h30.

Alors après me direz vous, il y a ce "coup" avec toutes ces vedettes l'on ne reconnaient pas, et qui se voulait sans doute novateur pour l'époque. J'ignorais ce détail car je ne m'étais pas renseigné sur le film, et quand j'ai vu le générique j'ai pensé à un film qu'on qualifierait désormais de "choral". En fait non : ces comédiens sont grimmés. Techniques d'époques (pas mauvais, mais figés). L'astuce est révélée dès le début avec Kirk Douglas qui joue plusieurs personnages, mais bien malin pour trouver les autres (à condition de ne pas regarder de trop près l'affiche française :? ). Je n'étais pas certain pour Mitchum qui a pourtant un rôle plus important que les autres et qu'on voit de près, mais pour Lancaster, Curtis et Sinatra c'est juste impossible.
En conclusion, ça a dû être la bonne humeur sur le plateau, mais le tout reste de même mineur dans la filmo d'Huston.
Souhaits : Alphabétiques - Par éditeurs
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Nestor
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Nestor »

Peut être mon réalisateur préféré, notamment pour ces 4 chefs d’œuvre : Le faucon maltais, Key Largo, Quand la ville dort et le Trésor de la Sierra Madre.

Parmi ces films, le Trésor de la Sierra Madre se démarque parce qu'étant vraiment exceptionnel. Il n'y a absolument rien à changer.
L'histoire est celle d'une vaine quête, comme c'est souvent le cas chez John Huston, mais il donne une intensité au film tout à fait remarquable. Les trois acteurs principaux sont remarquables, avec une mention spéciale pour Humphrey Bogart, exceptionnel dans son rôle d'aventurier atteint par la fièvre de l'or et perdant l'esprit progressivement. Le film n'est cependant pas déprimant, notamment grâce à l'humanité de ses deux compagnons d'infortune.

Bref, un chef d’œuvre.

Dans un autre registre, j'ai apprécié Plus fort que le Diable. John Huston ne prend certes pas son histoire au sérieux, mais cela ne me dérange pas dans le sens où il apparaît finalement que c'est également le cas des personnages, qui vont se révéler comme vivant pour et par leur quête (ici, la recherche d'un gisement d'uranium en Afrique) et non pas pour ce gisement en lui-même. On se retrouve un peu dans la situation du Faucon maltais, où ce qui donne une raison de vivre aux personnages est la recherche du Faucon plus que le Faucon lui-même, objet finalement vain.
Last edited by Nestor on 29 Oct 14, 20:06, edited 2 times in total.
Bogus
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Bogus »

Nestor wrote: ... le Trésor de la Sierra Madre se démarque parce qu'étant vraiment exceptionnel. Il n'y a absolument rien à changer.
L'histoire est celle d'une vaine quête, comme c'est souvent le cas chez John Huston, mais il donne une intensité au film tout à fait remarquable. Les trois acteurs principaux sont remarquables, avec une mention spéciale pour Humphrey Bogart, exceptionnel dans son rôle d'aventurier atteint par la fièvre de l'or et perdant l'esprit progressivement. Le film n'est cependant pas déprimant, notamment grâce à l'humanité de ses deux compagnons d'infortune.

Bref, un chef d’œuvre.
Pareil, j'aime aussi beaucoup ce film d'aventure très riche, émouvant et effrayant (Bogart qui perd la tête, les bandits...) et la fin est très belle. Lorsque je l'ai vu ça m'a fait penser à du Steinbeck.
Le seul autre film de Huston que j'ai vu pour l'instant est L'Honneur des Prizzi avec là aussi une fin superbe.
Nestor
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Nestor »

J'avoue que je n'ai gardé que très peu de souvenirs de L'honneur des Prizzi, alors que je l'ai vu il n'y a pas très longtemps. Je ne devais pas être en forme. :|
Je ma rappelle d'un film amusant, mais pas exceptionnel. Faudrait que je le revois un de ces jours...
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Jeremy Fox
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Jeremy Fox »

La Dernière chance (Fat City) sort aujourd'hui dans un combo Bluray DVD chez Wild Side. Stéphane Beauchet et Pierre Charrel ont testé le combo ; Pierre Charrel seul, le film.
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Frances
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Frances »

L’idée c’est d’ouvrir un post pour y puiser des idées. Parlons ici de films qui nous ont plu sans passer nécessairement par le post réalisateur / acteur / commentaire film du mois.
Sans trop développer, l’essentiel est de mettre en avant les raisons pour lesquelles un film nous a séduits, touchés, etc.

Premier de la liste :

FAT CITY de John Huston (1972)
L’histoire : Stockton, Californie. Billy Tully, un ancien boxeur devenu alcoolique après la mort de sa femme, décide de remonter sur le ring pour sortir de sa déchéance... Son ami Ernie Munger accepte de l'aider à s'entraîner.

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Huston a eu la bonne idée de tourner in situ à Stockton avec des gens du cru. Ca se voit et ça apporte une vraie authenticité au film.
Le thème de Fat city, c’est la misère. La misère du cœur et de l’âme. La misère tout court de vies sans issue. L’alcool, les salles d’entraînement, l’enfer des travaux agricoles sous un ciel de plomb. Les relations violentes au sein du couple miné par l’alcool et l’inactivité ou l’empressement des filles à se caser.
Si l’univers de la boxe sert ici de toile de fond John Huston aurait pu situer son histoire dans un autre contexte. Son antihéros n’est-il pas le cousin du Red Stovall du Honkytonk Man de Clint Eastwood ou même de ces paumés du Cœurs d’occasion de Hal Ashby ?

Les plus :
8) L’interprétation de Stacy Keach, Jeff Bridges et Susan Tyrell.
8) La superbe ballade de Kris Kristoffferson : Help Me Make It Through the Night.
8) La photo de Conrad L. Hall qui n’est pas s’en rappeler les clichés du grand photographe William Eggleston.