John Huston (1906-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Rick Blaine
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Rick Blaine »

daniel gregg wrote:A ce propos, le 4 Octobre est diffusé sur Classic, The list of Adrian messenger.
J'espère qu'il ne s'agit pas de la copie Bach films !

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La copie Bach Films est bonne il me semble, comme souvent dans la collection des Classiques Universal.
Et comme le dit AtCloseRange, c'est un film ludique. Bien moins puissant que d'autres films de Huston, mais je le trouve parfaitement divertissant.
daniel gregg
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by daniel gregg »

:) Bonne nouvelle alors.
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Federico »

Jeremy Fox wrote:
daniel gregg wrote:A ce propos, le 4 Octobre est diffusé sur Classic, The list of Adrian messenger.
J'espère qu'il ne s'agit pas de la copie Bach films !
Spoiler (cliquez pour afficher)
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S'il y a un Huston qui m'a ennuyé à mourir, c'est bien celui-ci. Il faudra que je lui redonne une chance un de ces jours.
Franchement, fais-le. Pour ma part, j'ai beau avoir conscience qu'il s'agit d'un Huston mineur, il m'a toujours éclaté. Scénario un peu brouillon mais distribution 3 étoiles, superbe photographie, thème musical extra et je ne parle même pas de la grosse gâterie finale. :D
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Colqhoun »

The Dead (Les gens de Dublin)
Se lancer dans le cinéma de John Huston par son dernier film n'est peut-être pas la chose la plus pertinente à faire (car oui, c'est le premier Huston que je vois...). Mais je ne regrette pas mon choix, tant ce film m'aura subjugué jusque dans son monologue final, déchirant.

Sur la base d'une histoire toute simple, qui raconte un souper de noël entre amis, dans une belle maison dublinoise, Huston raconte la mémoire d'un pays, d'une époque révolue. Un attachement à ses origines irlandaises aussi, bien qu'il soit né dans les grandes plaines au coeur des états-unis. Débutant de manière très simple, le film s'attarde sur ledit souper et ses à côtés. Récital de poème, interprétation d'un morceau au piano, discussions, puis le repas lui-même. Progressivement on note un glissement, comme si l'enthousiasme du début s'évaporait au fur et à mesure de la soirée.

L'épilogue confirmera cette mélancolie qui s'est emparée de la petite troupe, en s'attardant sur Gretta Conroy (A. Huston) qui révélera les raisons de sa peine. Le dernier échange puis cet ultime monologue, affirmera le titre du film et sa tristesse infinie. Le bilan d'une vie de regrets et de culpabilité, profondément enfouie jusque là, et qui résonnera longtemps après cette nuit de noël.
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Federico »

Là, le seul risque que tu as pris en abordant la riche filmo de Huston par ce qui est peut-être sa plus belle oeuvre (en tout cas pour moi la plus émouvante), c'est que par la suite, d'autres films de cet immense réalisateur vont te sembler bien légers. Mais bon, avec Huston, il y a heureusement l'embarras du choix. Évite juste d'embrayer illico avec Griffes jaunes, Plus fort que le diable ou A nous la victoire... à moins que tu sois friand des douches écossaises (enfin... irlandaises, plutôt). :wink:
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by jacques 2 »

Oui, chez Huston, il y a à boire et à manger : c'est le moins que l'on puisse dire ...
Ses deux meilleurs demeurent pour moi "l'homme qui voulut être roi" et "l'honneur des Prizzi" dont une édition correcte serait d'ailleurs bienvenue dans nos contrées ... :)
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Père Jules
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Père Jules »

Fat City devrait largement contenter colqhoun
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Colqhoun »

Père Jules wrote:Fat City devrait largement contenter colqhoun
C'est ce que je me disais. Ce que j'ai pu lire et voir de ce film a tout pour me plaire.
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Federico »

Et pour le fun, garde-toi Le dernier de la liste pour la fin (dans les deux sens de l'expression). :wink:
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Demi-Lune
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Demi-Lune »

Que la lumière soit (1946)

Si tout ce que montre Huston est rigoureusement documentaire (je veux dire, sans tricherie ni arrangement ni rien), alors on tient là un chef-d’œuvre incritiquable à mes yeux. Un document d'une valeur inestimable sur les soldats US traumatisés par la guerre, suivis dans leur traitement clinique et psychologique dans un hôpital psychiatrique. Commanditaire, l'armée américaine, épouvantée par la force démoralisante de ce travail sur les blessures invisibles, retirera le film du circuit de diffusion jusqu'au début des années 80. Sans sacrifier à un certain travail formel, la caméra de Huston cherche l'authenticité dans la rigueur et la neutralité, se posant comme un œil clinique, une accompagnatrice quotidienne de ces hommes brisés, emmurés dans leur absence ou au contraire hyperémotifs, bafouillant, en proie au stress et aux pathologies. La force émotionnelle de ce documentaire est intense et intemporelle, Huston fixe quelque chose de terrible à une échelle humaine... le désespoir d'être lucide vis-à-vis de son mal-être, la honte, l'emprisonnement mental... c'est probablement l'un des témoignages les plus saisissants et troublants qui ait été livré de l'Amérique de l'époque, de l'envers désespéré des discours triomphalistes, mais aussi des traitements psychanalytiques. Tous ces visages dégagent une humanité bouleversante et que l'on pénètre ainsi sans fard dans leur désordre psychologique, leur désespoir, laisse franchement la gorge serrée. Il y a des scènes déchirantes comme ce soldat noir qui craque et fond en larmes durant son entretien avec le médecin militaire, ou cet autre soldat ne pouvant plus marcher et qui, placé sous hypnose, parviendra à faire quelques pas autonomes sous les directives du médecin. PTA a tout pompé sur ce documentaire pour The Master et déjà que je ne raffolais pas de son film, la puissance de l'original remet définitivement les pendules à l'heure.
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by AtCloseRange »

Demi-Lune wrote:Que la lumière soit (1946)

Si tout ce que montre Huston est rigoureusement documentaire (je veux dire, sans tricherie ni arrangement ni rien), alors on tient là un chef-d’œuvre incritiquable à mes yeux. Un document d'une valeur inestimable sur les soldats US traumatisés par la guerre, suivis dans leur traitement clinique et psychologique dans un hôpital psychiatrique. Commanditaire, l'armée américaine, épouvantée par la force démoralisante de ce travail sur les blessures invisibles, retirera le film du circuit de diffusion jusqu'au début des années 80. Sans sacrifier à un certain travail formel, la caméra de Huston cherche l'authenticité dans la rigueur et la neutralité, se posant comme un œil clinique, une accompagnatrice quotidienne de ces hommes brisés, emmurés dans leur absence ou au contraire hyperémotifs, bafouillant, en proie au stress et aux pathologies. La force émotionnelle de ce documentaire est intense et intemporelle, Huston fixe quelque chose de terrible à une échelle humaine... le désespoir d'être lucide vis-à-vis de son mal-être, la honte, l'emprisonnement mental... c'est probablement l'un des témoignages les plus saisissants et troublants qui ait été livré de l'Amérique de l'époque, de l'envers désespéré des discours triomphalistes, mais aussi des traitements psychanalytiques. Tous ces visages dégagent une humanité bouleversante et que l'on pénètre ainsi sans fard dans leur désordre psychologique, leur désespoir, laisse franchement la gorge serrée. Il y a des scènes déchirantes comme ce soldat noir qui craque et fond en larmes durant son entretien avec le médecin militaire, ou cet autre soldat ne pouvant plus marcher et qui, placé sous hypnose, parviendra à faire quelques pas autonomes sous les directives du médecin. PTA a tout pompé sur ce documentaire pour The Master et déjà que je ne raffolais pas de son film, la puissance de l'original remet définitivement les pendules à l'heure.
Permets-moi d'en douter.
ça représente quoi dans le film de PTA cette représentation d'un soldat traumatisé? 5 minutes sur 2h30?
C'est totalement périphérique. T'as vraiment bien dû pioncer pendant le film.
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by bogart »

Federico wrote:Là, le seul risque que tu as pris en abordant la riche filmo de Huston par ce qui est peut-être sa plus belle oeuvre (en tout cas pour moi la plus émouvante), c'est que par la suite, d'autres films de cet immense réalisateur vont te sembler bien légers. Mais bon, avec Huston, il y a heureusement l'embarras du choix. Évite juste d'embrayer illico avec Griffes jaunes, Plus fort que le diable ou A nous la victoire... à moins que tu sois friand des douches écossaises (enfin... irlandaises, plutôt). :wink:
Encore Griffes jaunes est tout à fait acceptable contrairement aux deux autres films cités.
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Demi-Lune
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Demi-Lune »

AtCloseRange wrote:Permets-moi d'en douter.
ça représente quoi dans le film de PTA cette représentation d'un soldat traumatisé? 5 minutes sur 2h30?
C'est totalement périphérique. T'as vraiment bien dû pioncer pendant le film.
Je me doutais bien que tu allais réagir.
Ce n'est pas périphérique à partir du moment où le désordre mental du personnage de Phoenix conditionne son rapprochement et sa fascination pour le personnage de Hoffmann, et que sa faiblesse psychologique est à la base de leur rapport de dépendance/domination psychanalytique. The Master développe un propos sur les traumatismes post-combat autant si ce n'est plus que sur l'influence psychologique sectaire. C'est justement là que PTA loupe pour moi le coche car là où le documentaire de Huston rend bouleversants ces soldats névrosés, en étudiant vraiment ce qui cloche chez eux, en s'intéressant à leur humanité et pas en brassant du vide en faisant genre, The Master ne provoque rien envers le soldat Joaquin Phoenix.
Donc oui, non seulement PTA recopie les scènes d'hôpital (au moins il a l'honnêteté intellectuelle de le reconnaître, car le docu de Huston est fourni en bonus sur le disque du film aux USA....) mais le fait qu'elles représentent une goutte d'eau de 5/10 minutes dans l'océan interminable de The Master ne change rien au fait que c'est de là que tout est censé commencer psychologiquement pour Phoenix.
PTA repompe le film de Huston pour en faire le point de départ d'un "suivi" psychologique qui, contrairement au docu, continuerait d'étudier le désordre mental du soldat une fois réinséré dans la vie active. Tu ramènes ma remarque à la durée qu'occupent ces scènes d'hôpital chez PTA, mais ce n'est pas parce qu'elles durent 10 minutes au tout début du film que ça en fait un sujet périphérique : c'est au contraire ce qui conditionne tout sur le papier, car l'échec d'établir un dialogue psychiatrique et une cure avec l'armée, c'est ce qui va conduire au "besoin" curatif ressenti dans la relation de domination avec Hoffmann... le traumatisme et la faiblesse psychologiques d'un soldat revenu du front, c'est quand même le fil d'Ariane de tout le film.
Or le vrai problème, c'est que le regard que porte PTA sur le traumatisme mental des soldats reste totalement théorique/hermétique là où la source dont il se prévaut exploite vraiment son sujet de manière émotionnelle et authentique... ne fait pas dans la pose, quoi. Comme dirait Blue, entre les deux je sais où me positionner. :)
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AtCloseRange
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by AtCloseRange »

Je ne réagissais qu'à ton "PTA a tout pompé". Et d'ailleurs tu fais comme si le sujet était le même alors que tu le reconnais, ce n'est qu'un point de départ pour The Master. Le film est justement difficilement déchiffrable, cernable et c'est bien ça qui a l'air de grandement t'ennuyer parce que tu voudrais le mettre dans des petites cases.
Tu veux de l'émotion bien lisible ce à quoi Anderson se refuse.
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Profondo Rosso
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Profondo Rosso »

Fat City (1972)

En Californie, à Stockton, Billy Tully est un ancien boxeur devenu alcoolique après le départ de sa femme. Aidé par son ami Ernie Munger, il tente aujourd'hui de refaire surface et de revenir sur le ring...

Le thème de l'échec, central dans l'œuvre de John Huston, pu y prendre des voies bien différentes de l'épique et picaresque L'Homme qui voulut être roi (1975) à la destinée implacable du polar Quand la ville dort (1950) ou de la noirceur de la quête du Trésor de la Sierra Madre (1948). La tension, le dépaysement et le souffle des films précités est totalement absente de ce Fat City où cette dimension de l'échec prend un tour des plus dépressif et ordinaire pour nous plonger littéralement la tête dans le caniveau. Le film s'ouvre sur les plans des quartiers populaires de cette cité Californienne grouillante et pauvre de Stockton avant de nous faire pénétrer la demeure de notre héros loser Billy Tully (Stacy Keach). La chambre insalubre, la mine hagarde de Stacy Keach et la bouteille de whisky bien entamée à portée de main sur la table de nuit, on se croirait dans une chanson de Kris Kristofferson et l'on n'est finalement pas surpris d'entendre jouer son Help Me Make It Through the Night, leitmotiv musical du film (belle bande son folkeuse d'ailleurs et apparition du désormais célèbre Sixto Rodriguez en boxeur mexicain).

Huston dépeint ici l'Amérique des perdants, pas celle des perdants magnifique comme saura l'être un Rocky (1976) mais celle dont la guigne et l'insignifiance semble déjà inscrite dans les gènes. L'histoire suit les destins croisés de deux boxeurs, le vieux champion qui a raté le coche joué par Stacy Keach et le rookie talentueux et ambitieux incarné par Jeff Bridges. Huston ne les fait pas évoluer en trajectoires inversées, mais plutôt en miroir où Bridges marié trop jeune gâche son potentiel et s'apprête à mener une carrière quelconque et une vie médiocre une vie médiocre après que sa petite amie lui ait plus ou moins passé la bague au doigt sans qu'il y trouve à redire.. Keach représente un futur cauchemardesque avec un parcours très proche mais alourdit du poids des ans et des excès, tentant un retour auquel il est le seul à croire et s'enfonçant dans une relation sordide avec l'alcoolique Oma (Susan Tyrrell, saisissante et vieillie avant l'âge en pochtronne beuglante).Si Huston pose un vrai regard de compassion sur eux, il leur retire toute gloire (les images du seul adversaire battu par Keach bien mal en point avant le combat, faisant de cette poisse un virus contagieux) et les fige à leur inextricable sort. Stacy Keach est poignant d'abnégation veine et d'autodestruction, trouvant là un de ses meilleurs rôles (et retrouvera cet emploi d'épave alcoolique en plus excessif encore dans le polar anglais The Squeeze) tandis que Bridges offre un pendant plus sobre et inconsciemment résignée de cet aura de perdant.

Adapté par Leonard Gardner lui-même de son roman éponyme, Fat City brille par le réalisme teinté de poésie qu'instaure Huston. La magnifique photographie de Conrad L. Hall se fait aussi ensoleillée et chaleureuse sur certains extérieurs (l'ouverture, les boulots fermier de Keach) que crue et neutre dans les intérieur où le grouillement des bars miteux, l'agitation des salles de boxe agitées et la crasse des chambres de motel nous sautent au visage et accentue ce sentiment d'emprisonnement dans cette spirale de la lose, la vraie. Le dialogue final entre Bridges et Keach appuie cette idée et plus encore le dernier regard de Keach, le regard de celui qui n'a plus rien à perdre ni à espérer de la vie. Glauque et beau, un grand Huston. 5,5/6