David Butler (1894-1979)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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David Butler (1894-1979)

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Au début de son film It's a Great Feeling en 1949, on voit un producteur des studios Warner demander successivement à Raoul Walsh, Michael Curtiz et à King Vidor de tourner le dernier film de Jack Carson. Ces deux derniers refusant (à l'image), on fait la même demande à David Butler qui, apprenant que la vedette sera ce cabotin de Jack Carson, refuse à son tour. Une bien amusante mise en abime que le début de cette comédie puisqu'il en est justement le réalisateur et qu'il a pour star principale, outre Doris Day dont c'est le troisième film, l'acteur Jack Carson qui se moque de lui-même avec un bel entrain. On y croise dans les couloirs des studios dans leurs propres rôles non moins que Joan Crawford, Errol Flynn, Gary Cooper, Jane Wyman, Danny Kaye et bien d'autres...

Tout ça pour dire que ce gros nounours débonnaire (qui a commencé en tant qu'acteur au temps du cinéma muet) et que l'on voit apparaître au début de ce film dont je n'ai encore vu que le début méritait son topic car c'était un des artisans les plus consciencieux et sympathique de la Warner même si sa filmographie ne contient rien de transcendant avec même certainement pas mal de déchets. Mais presque tout ce que j'ai pu voir de ce cinéaste, du moins pour la Warner, fleurait le bon divertissement à défaut d'autre chose et j'en ai quelques uns en stock encore à découvrir avec le tout nouveau coffret Doris Day. Honnête réalisateur donv voicii déjà quelques uns de mes anciens avis :


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East Side of Heaven (1939) UNIVERSAL

Par rapport aux deux films précédents du coffret, Bing Crosby trouve enfin l'ocasion d'interpréter un personnage attachant et plein de verve ; avec Mischa Auer et la toujours charmante Joan Blondell, ils forment un trio savoureux et eminnement sympathique qui fonctionne très bien. David Butler y est certainement pour quelque chose leur ayant offert aussi quelques dialogues assez drôles. La première demi-heure les voyant dans leur vie quotidienne est bien enlevée et pleine de fraicheur. A partir de l'arrivée du bébé (Baby Sandy, d'ailleurs très amusant lui aussi au point d'avoir été encore ensuite à plusieurs reprises le 'héros' d'une série de films), ça se traine un peu plus mais ça reste plaisant même si on aurait effectivement pu écourter tout ça. Bref, rien d'inoubliable, loin de là, mais ce film Universal possède bien du charme


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If I Had my Way (1940) de David Butler UNIVERSAL

Dans Est Side of Heaven du même David Butler, Bing Crosby se retrouvait avec un bébé sur les bras. Ici, il doit s'occuper d'une jeune adolescente dont le père, ouvrier et collègue du crooner, vient de mourir accidentellement. Après maintes péripéties, il ouvrira un cabaret qui rapportera beaucoup d'argent... Si le film précédant était plaisant, celui-ci l'est encore plus, extrêmement chaleureux, souvent très drôle et rondement mené. Bing Crosby est toujours aussi sympathique, la jeune Gloria Jean avait beaucoup de talent et une voix de femme mature alors qu'elle n'avait que 14 ans, et enfin El Brendel assure la partie comique avec ma foi beaucoup d'allant. En bonus pas mal de chansons très agréables et notamment 'April Played the Fiddle' ainsi qu'une palette de seconds rôles pour la plupart très attachants à commencer par Charles Winninger. Agréable surprise après m'y être ennuyé à sa découverte.


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Thank Your Lucky Stars (1943) de David Butler WARNER BROS

1943 : encore un film pour remonter le moral des G.I.'s et des civils avec un panel de stars maison venant faire un petit tour avant de s'en aller. C'est ainsi que nous pouvons voir des acteurs tels Bette Davis, Errol Flynn, Olivia de Havilland, Alexis Smith ou Ida Lupino pousser la chansonnette tant bien que mal. On se délectera de quelques privates jokes, d'une jubilatoire autodérision, d'une apparition savoureuse de Humphrey Bogart, de l'agréable chanson titre par la voix chaude de Dinah Shore, "They're Either Too Young or Too Old" par Bette Davis, "Love Isn't Born (It's Made)", une chanson extrêmement suggestive fredonnée par Ann Sheridan ainsi que du tonique "Ice Cold Katie" par Hattie McDaniel. L'intrigue est certes idiote mais n'est qu'un prétexte pour le lancement de multiples numéros et pour le plaisir de voir quelques stars sous un jour autre. Extrêmement sympathique.


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Dans les premières séquences du film, on voit un producteur des studios Warner demander successivement à Raoul Walsh, Michael Curtiz et à King Vidor de tourner le dernier film de Jack Carson. Ces deux derniers refusant (ils font eux-mêmes une apparition dans leurs propre rôles), on fait la même demande à David Butler qui, apprenant que la vedette sera ce cabotin de Jack Carson, refuse à son tour. Une bien amusante mise en abime que le début de cette comédie musicale puisqu'il en est justement le réalisateur et qu'il a pour star principale, outre Doris Day dont c'est le troisième film, l'acteur Jack Carson qui se moque de lui-même avec un bel entrain. On y croise dans les couloirs des studios dans leurs propres rôles non moins que Joan Crawford, Errol Flynn, Gary Cooper, Jane Wyman, Danny Kaye, Ray Hensdorf, Edward G. Robinson et bien d'autres...

L'apparition de guests stars dans leurs propres rôles et la visite en Technicolor des studios de la Warner sont en fait les meilleures idées du film qui raconte par ailleurs l'histoire toute simple de Jack Carson et Dennis Morgan essayant de faire d'une serveuse d'un restaurant des studios (en l'occurrence Doris Day, seule comédienne à ne pas jouer son propre rôle et pour cause) la star de leur nouveau film. Le scénario est plus une suite de saynètes et de sketchs plus ou moins drôles qu'une intrigue bien écrite. Alors que les deux premiers films de la Miss réalisés par Michael Curtiz étaient d'assez belles réussites dans le domaine du divertissement, cette 'parodie' de David Butler est plus souvent pataude et laborieuse que réellement amusante. On ne s'y ennuie pas car les belles chansons de Jules Styne rythment le film (les meilleurs étant l'excellente chanson-titre, 'At the Cafe Rendezvous', 'There's Nothing Rougher than Love', 'Blame My Absent-Minded Heart' et surtout 'That Was a Big Fat Lie' avec l'imitation de Maurice Chevalier) et que Doris Day possède toujours autant d'entrain et de talent vocal mais l'ensemble reste franchement moyen. On peut donc passer un agréable moment à condition de ne pas trop être difficile mais que ce soit David Butler, Doris Day et Jack Carson, ils ont fait et feront tous mieux par la suite.

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No, no, Nanette (Tea for Two) de David Butler 1950 WARNER

Pour obtenir l'argent d'un spectacle pour lequel elle serait la vedette, Nanette fait un pari stupide avec son tuteur (dont elle ne sait pas qu'il vient d'être ruiné lors du Krach de Wall Street) : elle devra dire non à toute demande et question durant 48 heures. Le tuteur espère fortement qu'elle ne pourra pas y arriver car dans le cas contraire, il serait dans l'impossibilité de tenir sa promesse. Il va employer tous les coups bas pour la faire craquer...

Alors oui l'idée de départ est aussi idiote que le pari du film mais tout ceci est évidemment sans conséquence car David Butler réalise un spectacle musical sans autre prétention que de nous divertir ; et pour le coup il y arrive à merveille, Tea for Two étant certainement la plus réjouissante des comédies musicale que Doris Day tournera pour la Warner au cours de la première partie de sa carrière et dans le même temps certainement l'un des films les plus dynamiques de David Butler. Les chansons sont très agréables, les chorégraphies de Leroy Prinz très enlevées quant elles ne sont pas spectaculairement acrobatiques (Gene Nelson se révèle éblouissant de virtuosité lors du numéro 'I want to be happy' au cours duquel il fait des claquettes dans un escalier) et Doris Day n'a jamais prouvé mieux qu'ici qu'elle était aussi excellente danseuse. Le tout se suit sans ennui d'autant que le rythme est très rapide et que les amusants dialogues fusent eux aussi à grande vitesse. Deux mentions spéciales, l'une au 'chaperon' de Doris Day joué par Eve Arden avec son irrésistible humour pince sans rire, la seconde au cabotin Billy De Wolfe que j'ai trouvé particulièrement drôle. A condition de ne pas chercher autre chose que la danse, le rire et les chansons, le tout en Technicolor, on peut passer un excellent moment, ce qui a été mon cas.

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Lullaby of Broadway (1951) WARNER

Vaudeville musical conventionnel mais assez amusant dans ses quiproquos. Le film ne brille pas par son scénario, la réalisation est plutôt terne et les chorégraphies pas inoubliables, mais le naturel et la bonne humeur de Doris Day sont communicatifs et, non contente d'être excellente chanteuse, elle se révèle ici superbe danseuse de claquettes. L’on sait que son rêve d’une carrière de danseuse a pris fin à la suite d’un accident de voiture ; on imagine qu’elle aurait aisément pu faire partie des plus grandes dans le domaine quand on la voit évoluer dans l’excellent numéro final qui donne son titre au film. Son partenaire, Gene Nelson, s’il est assez virtuose en tant que danseur, peut difficilement se targuer de l’être en tant que comédien. L’utilisation des seconds rôles est assez pittoresque et efficace même si elle ne brille pas par sa légèreté. Enfin, si l’ensemble n’est guère mémorable, nous pouvons néanmoins nous régaler des standards utilisés au cours du film, quasiment tous déjà présents dans des films des années 30, ici brillamment réorchestrés façon jazz par Ray Heindorf et Howard Jackson, que ce soient Just one of those Things de Cole Porter, You’re Getting to be a Habit with me et le fameux Lullaby of Broadway de Chercheuses d’or 1935 de Harry Warren et Al Dubin, le Zing Went the Strings of my Heart de James F. Hanley, Somebody Loves me de George Gershwin, I Love The Way You Say Goodnight d’Eddie Pola… Un très beau Tracklisting pour une comédie musicale très sympathique.


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Calamity Jane (La Blonde du far West) (1953) WARNER BROS

Calamity Jane, très populaire dans sa ville de Deadwood, est un garçon manqué qui n'a pas froid aux yeux, aux manières frustres et très habile au tir. Pour sauver de la faillite le tenancier du saloon local, elle part pour Chicago à la recherche d'une grande chanteuse adulée que les habitants, en manque de présence féminine, rêveraient de voir se produire dans leur petite bourgade. Mais elle ramène sans le savoir sa bonne qui, rêvant de monter sur scène, se fait passer pour celle-ci... Les quiproquos vont aller bon train encore complexifiés par des histoires d'amour dont celle naissante entre Calamity et Wild Bill Hickock... Une comédie musicale vraiment très drôle portée à bout de bras par une Doris Day survoltée qui s'amuse visiblement comme une folle à se comporter et à parler comme un garçon. Son énergie et son abatage sont communicatifs (mais pourra certes en lasser certains) et Howard Keel me semble toujours aussi sympathique ; en tout cas pour ceux qui n'en seraient pas convaincus, ce qui est certain, c'est que ce sont deux chanteurs formidables et ils ont de quoi le prouver ici car les tubes ne manquent pas avec, à placer tout au sommet, les superbes The Black Hills of Dakota et la chanson ayant justement remportée l'Oscar cette année là, Secret Love. Alors c'est évident, ne pas chercher ici quelconque élégance ou finesse, c'est de la grosse artillerie mais extrêmement efficace et la bonne humeur qui parcourt le film devient vite contagieuse.


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April in Paris (1952) WARNER

Film à la réputation peu flatteuse dans la carrière de Doris Day, il se révèle néanmoins très sympathique tout comme les quatre autres films que David Butler a réalisé avec l'actrice (Tea for Two étant le plus réussi). C'est l'histoire assez cocasse d'une chorus girl nommée Esther Jackson choisie par erreur pour représenter les Etats Unis lors d'un festival artistique à Paris en place de Ethel Barrymore. Elle devra effectuer la traversée de l'Atlantique avec un groupe de haut dignitaires et intellectuels avec qui elle s'ennuiera un peu ; heureusement, un patron de boite de nuit fauché (Claude Dauphin) viendra égayer son voyage et elle tombera amoureuse du probable futur président des USA... Beaucoup de quiproquos en perspective et de situations pouvant prêter à rire ou sourire. Esther 'Dynamite' Jackson n'est autre que Doris Day qui, comme son surnom l'indique dans le film, pète la forme et pétille de vivacité et de bonne humeur. Elle entraîne donc le film sur cette pente et s'il ne contient certes que peu de numéros inoubliables, ne nous ennuie jamais grâce à son constant entrain. Ray Bolger n'est pas un acteur de la classe de Fred Astaire (pressenti au départ) mais un excellent danseur déguingandé (son numéro de danse sur la table des cuisines du paquebot est assez étonnant). Doris Day nous gratifie de la très belle chanson titre et à plusieurs reprises de son talent de danseuse. Le film se termine sur un très bon numéro en duo avec Claude Dauphin, 'That's What Makes Paris Paree'. Un peu cheap niveau esthétique et mise en scène, certaines séquences ont tendance à s'éterniser (celle de la fausse lune de miel et des cabines jumelles), on ne croit guère à la romance entre Day et Bolger mais le tout reste très agréable.

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San Antonio (1945)


L’année 1945 allait se clore sur un western qui a du probablement redonner espoir aux westerners frustrés de ne rien avoir à se mettre sous les dents depuis un bon moment si ce n’est des hybrides de western, des films de série sans intérêt ou des comédies westerniennes ; à cette occasion, David Butler et la Warner allaient remettre le genre sur les rails que les fans s’impatientaient de le voir reprendre. Non pas que San Antonio soit un grand film ni un western mémorable mais il allait redonner un nouveau souffle à un genre moribond. En le voyant, beaucoup ont du penser à Dodge City de Michael Curtiz avec lequel il possède de nombreux points communs à commencer par un titre reprenant le nom d’une ville représentant dans l’inconscient collectif un Far-West coloré et bouillonnant, ce qu’il est effectivement dans ce film à gros budget. Comme son prédécesseur, les équipes de la Warner ont sortis les grands moyens avec mouts figurants (d’après les historiens, la ville de San Antonio recréée par Hollywood était probablement plus vivantes et plus peuplée que dans la réalité), costumes et décors rutilants, Technicolor flamboyant et casting prestigieux dont à nouveau un Errol Flynn toujours aussi charmeur et charismatique. Si la mise en scène de David Butler ne possède évidemment pas le panache et l’élégance de celle de Michael Curtiz, ni le dynamisme et la vigueur de celles d’un Raoul Walsh, le cinéaste accomplit son travail sans génie mais très consciencieusement et le résultat n’est pas désagréable malgré une intrigue on ne peut plus banale.

1877, les grands ranchers texans ont presque tous fui au Mexique, ruinés par les vols de leurs troupeaux ; les hors-la-loi ont désormais mis le grappin sur les villes du Sud-ouest de l’État sans qu’ils soient soupçonnés de quoi que ce soit ni inquiétés par les autorités militaires qui stationnent sur place. Quelques irréductibles ont quand même l’intention de ne pas se laisser faire même si on leur fait peser une menace de mort si jamais ils leur prend l’idée de repointer le bout de leur nez. C’est le cas de Clay Hardin(Errol Flynn) qui s’est rendu au Mexique sachant y trouver la preuve contre l’actuel ‘dirigeant’ de la ville de San Antonio, le teigneux Roy Stuart (Paul Kelly), en cheville avec le gérant du saloon, l’élégant Legare (Victor Francen). Le carnet que Clay ramène pour le présenter aux autorités juridiques décrit toutes les manœuvres frauduleuses que Roy a ourdi pour vendre du bétail ne lui appartenant pas et avec lequel il a construit sa fortune. Autant dire que Clay est attendu au tournant par tous ceux (et ils sont nombreux) que ces preuves feraient tomber. Il n’en arrive pas moins en diligence à San Antonio en compagnie de Jeanne Starr (Alexis Smith), une chanteuse devant se produire dans l’établissement du partenaire véreux de Roy. Là, il se retrouve presque seul contre tous, les habitants de la ville ayant tous plus ou moins tirés profit des vols de bétail. Il a néanmoins à ses côtés son meilleur ami et ‘ange gardien’ Charlie Bell (John Litel) ainsi qu’une poignée d’anciens éleveurs qui sont prêts à lutter pour récupérer leurs biens. Legare qui a surpris Charlie en possession du fameux carnet compromettant pour Roy Stuart, pensant qu’avec il pourrait facilement faire chanter son complice, abat l’ami de Clay pour le lui voler. Clay qui vient dans le même temps de se faire tirer dessus alors qu’il était en train de flirter avec Mlle Starr, va tout mettre en œuvre pour en finir au plus vite avec la racaille qui domine la ville mais il va avoir fort à faire d’autant plus que la cavalerie qui était là pour éviter tout débordement, est obligée de quitter les lieux pour aller s’occuper de pacifier les territoires indiens…

Entre quelques chansons, une homérique bagarre essaimant pas mal de cadavres, beaucoup de coups de feu, une pincée de trahisons, quelques traits d’humour et un soupçon de romance, Errol Flynn va s’amouracher de la chanteuse de cabaret, faire éclater le peu reluisante vérité, venger son partenaire, abattre les bandits et enfin convoler en juste noce avec Alexis Smith qui s’avère être, pour son plus grand plaisir, texane comme lui. Dévoiler tous ses éléments de l’intrigue n’est pas franchement gênant car qui aurait sincèrement pensé qu’il en aurait été autrement ? Beaucoup de clichés certes mais nous aurions tort de faire la fine bouche car ils font néanmoins partie intégrante des éléments attendus par tout un chacun, notamment les fans du western classique hollywoodien. Et puis, comme l’a très bien dit Jean-Louis Rieupeyrout dans sa ‘grande histoire du western’, justement à propos de ce film, mais qui pourrait s’appliquer parfaitement à une centaine d’autres : « Regretter la présence des clichés tant dans les situations que dans les personnages eut été étouffer la graine qui dota le genre de ses rameaux les plus vigoureux. »

Une intrigue sans surprise mais un arrière fond historique assez intéressant même si la situation catastrophique des texans vers 1877 fut précédemment déjà venue sur le tapis à deux ou trois reprises. Avant 1877, les texans conduisaient leurs troupeaux par la Chisholm Trail (la fameuse piste de Chisum) pour aller fournir en viande les états du Nord qui étaient en manque ; tout fonctionnait à merveille jusqu’à ce que les voleurs de bétail, se rendant compte de la facilité à isoler les bêtes dispersées sur d’aussi grandes étendues (les plus proches voisins de chacun des ranchers se trouvant à des distances d’au minimum 30 km), ne se gênèrent plus pour décimer les troupeaux, les faisant passer au Mexique, suivre l’autre rive du Rio Grande pour les revendre ensuite beaucoup plus loin. Les grands éleveurs virent leur fortune fondre au soleil faute de bêtes à corne à vendre et il leur fut presque impossible de prouver légalement les vols d’autant que régnait encore là-bas la loi du plus fort. Beaucoup traversèrent la frontière mexicaine pour essayer de se refaire une santé d’autant qu’ils étaient en grand danger en restant dans un Texas dominé par les hommes d’affaires véreux et sans scrupules. Background passionnant pour un scénario qui aurait mérité de s’y appesantir mais qui a préféré s’en tenir aux conventions ; ce n’aurait pas été un problème si l’écriture des pourtant excellents Alan Le May et W.R. Burnett avait été plus rigoureuse à l’image des scripts de Robert Buckner pour la trilogie Flynn-Curtiz. Dommage que ce même Buckner n’ait été que producteur sur San Antonio car le scénario de ce dernier pêche un peu par un rythme irrégulier et plusieurs coups de mou surtout dans sa deuxième moitié. Dommage aussi que les relations entre Victor Francen et Paul Kelly, les deux Bad-Guy associés par intérêts mais qui se détestent cordialement, n’aient pas été creusées. Pour le reste il demeure assez efficace avec quelques punchlines assez piquantes tel ce dialogue entre Alexis Smith et Errol Flynn, la chanteuse un peu agacée par le sans gêne du rancher
« Est-ce une coutume de l’Ouest d’imposer sa présence ?
- Oui madame, c’est ainsi qu’il fut colonisé. »


David Butler qui ne s’était guère fait remarquer jusqu’ici signe pour son premier western un film de bonne facture avec quelques fulgurances dont on se demande si elles ne sont pas dues à Raoul Walsh qui aurait mis la main à la pâte pour quelques séquences. On se souviendra de cette image d’un cavalier en clair-obscur devant une superbe et immense toile peinte représentant un paysage au crépuscule ou cette superbe scène de ‘duel’ commençant en plan américain sur le tueur interprété par Tom Tyler allant pour dégainer dans le but d’abattre Errol Flynn. On entend une détonation et sans que la caméra ne bouge on aperçoit une grimace sur le visage du bandit ; s’ensuit un travelling arrière passant à côté d’Errol Flynn et s’arrêtant derrière son dos. On comprend alors qu’il a été plus rapide que son adversaire et on voit après quelques seconde en fond de plan son adversaire tomber la face en avant, mort ! On retiendra aussi le final qui débute par une épique bataille rangée entre cow-boys, un étonnant carnage dans un saloon dévasté par les armes à feu et les cadavres et qui se continue par la course-poursuite entre Errol Flynn et Paul Kelly qui aboutit dans les ruines du fort Alamo avec une fois encore une superbe toile peinte de l’intérieur du bâtiment avec la lune se reflétant par l’ouverture béante du toit inexistant. Les autres scènes d’action comportent trop de transparences peu esthétiques pour réellement nous enthousiasmer.

Mais la sympathie procurée par ce film au somptueux Technicolor provient surtout de son interprétation ; même s’il faut pouvoir supporter le cabotinage de S.Z. Sakall (souvent très drôle dans les comédies musicales maison, notamment celles avec Doris Day) et de Florence Bates, la voluptueuse Alexis Smith s’avère très à l’aise en lieu et place d’Olivia de Havilland et sa vivacité fait plaisir à voir ; elle chante également plutôt bien (la séquence musicale ‘Some Sunday Morning’ est assez exquise et annonce les très bonnes comédies musicales que réalisera David Butler dans les années 50, genre dans lequel il s’avèrera le plus à l’aise) ce qui n’est pas pour nous déplaire. On comprend en tout cas aisément pourquoi tous les personnages principaux tournent autour. John Litel dans le rôle de l’ami d’Errol Flynn est parfait tout comme ce dernier toujours aussi charmant et charmeur, bravache et vigoureux. Un personnage héroïque et séducteur non dénué d’ironie comme l’acteur les affectionnait et dans la peau desquels il a toujours excellé. Quant au duo Paul Kelly/Victor Francen, même s’il est loin d’être honteux, j’aurais rêvé de voir réuni en lieu et place Brian Donlevy et Albert Dekker. Un dernier mot sur un score robuste de Max Steiner qui reprend à l’occasion le thème principal de la partition qu’il avait composé pour Dodge City ; ce qui boucle la boucle et qui entérine le fait que San Antonio fera obligatoirement fortement penser au film de Curtiz même s’il n’y a pas photo quant à savoir lequel des deux demeurera le plus marquant. Conventionnel, sans surprises d'aucune sorte mais loin d'être désagréable !
Nestor Almendros
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Re: David Butler (1894-1979)

Post by Nestor Almendros »

lien vers la mini "Chronique Classik" de Escale à Broadway (1951) et son topic dédié

posté par Bruce Randylan le 16 janvier 2008

San Antonio ( David Butler - 1945 )
Western tout ce qu'il y a de plus banal et classique. Aucune surprise ou presque, personnages fades, mise en scène trés pauvre. Le charisme naturel de Errol Flynn est toujours classe mais ne suffit pas à porter le film sur son sourire. Dommage que l'idée de la tiers personne se mettant entre le bon et le gentil ne soit pas au coeur du film; ça aurait donné beaucoup plus d'enjeux et d'appronfondissements aux caractères.
Du coup seule la grosse scène d'action finale est assez divertissante. Soit une une bagarre de saloon démeusuré qui enchaine sur un affrontement trés bien filmé entre Flynn et son adversaire.
Raoul Walsh, non crédité au générique, a réalisé quelques scènes, je suppose que ce sont celles-ci ( du moins, j'espère )

posté par Professeur Sato le 10 février 2006

La poursuite dura sept jours (The command) de David Butler (1954)

Un bon petit western militaire écrit par Samuel Fuller dont l'histoire est toute simple: un convoi de chariot est escorté par des soldats et subit des attaques incessantes d'indiens. Ces embuscades montent en puissance jusqu'à la grande attaque finale.

Un western de série B bourré d'action. Les embuscades et les attaques de chariots en cercle rythment cet excellent divertissement. Les non-initiés pourront lui repprocher son côté manicchéen (les bons soldats vs les méchants indiens). Le point original du film est le rôle du personnage principal. Guy Madison interpréte le rôle d'un médecin militaire qui se voit contraint de prendre la place du capitaine du régiment de cavalerie tué au début du film. Le convoi de chariots est escorté par deux régiments, un de cavalerie et un d'infanterie. On assiste tout au long du film à une rivalité entre ces deux groupes. Le film n'égale pas les film de cavalerie de Ford mais qu'importe, il est à prendre comme un simple divertissement, ce qu'il fait très bien.

posté par JaimzHatefield le 10 septembre 2005

: La Princesse et Le pirate (David Butler, 1944)

On est dans la comédie parfois très lourde, mais tout cela s'enchaîne tellement rapidement que l'on n'a pas le temps de s'ennuyer. J'avoue m'être laissé aller à quelques rires sur des gags pas très fins. Bob Hope n'arrête pas de gesticuler, de parler, de se déguiser, de se travestir, de jouer les poltrons. Notez la présence de Walter Brennan en vieux pirate fou édenté, Victor McLaglen en exhubérant Captain Hook, et la toujours charmante et récemment disparue Virginia Mayo, incarnant une princesse en fuite qui pousse la chansonnette sur scène. Cette parodie de films de pirates faite pour décrisper le spectateur en pleine guerre, est très potache et légère, ça ne vole pas bien haut mais le divertissement marche et un certain charme opère.

La colorimétrie du transfert DVD n'est pas réglée à la perfection néanmoins l'image est tout à fait correcte et précise (MGM qui a racheté ses propres droits sur ce film, a fait un boulot acceptable), malgré la présence d'un peu de grain et de griffes. Il y a 2-3 scènes accusant une mauvaise superposition des trois bandes technicolor, rendant quelques plans flous (cf certains passages sur la galette de Dodge City), mais il n'y aurait pas d'autre solution pour y remédier qu'un recalibrage digital onéreux inclus dans le procédé Ultra-Resolution de Warner (efforts probablement disproportionnés au regard du film).
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Jeremy Fox
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Re: David Butler (1894-1979)

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La Blonde du Far West (Calamity Jane, 1953) de David Butler
WARNER


Avec Doris Day, Howard Keel, Philip Carey, Dick Wesson, Paul Harvey, Chubby Johnson, Allyn Ann McLerie
Scénario : James O'Hanlon
Musique : Sammy Fain & Paul Francis Webster
Photographie : Wilfred M. Cline (Technicolor)
Un film produit par William Jacobs pour la Warner


Sortie USA : 04 novembre 1953

Après The Harvey Girls et Annie reine du cirque (Annie Get your Gun), tous deux signés George Sidney, voici avec Calamity Jane une troisième comédie musicale se déroulant dans le Far-West du 19ème siècle et s'appropriant respectueusement tous les codes et ingrédients du genre, toujours avec beaucoup d'humour. Annie Get your Gun mettait déjà en scène un fameux personnage féminin de l'histoire de l'Ouest, Annie Oakley, qui fut l'une des principales attractions du cirque de Buffalo Bill. Concernant cette autre célébrité qu’est Calamity Jane, nous avions déjà eu l'occasion de rencontrer ce personnage sous les traits de Jean Arthur dans le superbe The Plainsman (Une Aventure de Buffalo Bill) de Cecil B. DeMille aux côtés de Gary Cooper dans le rôle de Wild Bill Hickok, puis sous ceux de la splendide Yvonne De Carlo dans un western beaucoup moins connu mais excellent lui aussi, réalisé par George Sherman en 1949, La Fille des prairies (Calamity Jane ans Sam Bass). En cette année 1953, c’est au tour de Doris Day d’endosser le rôle de la tireuse d’élite la plus emblématique qui soit ; et elle le fait avec un abattage confondant !


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Calamity Jane (Doris Day), très populaire dans sa ville de Deadwood (Dakota), est un véritable garçon manqué aux manières frustres, très habile au tir. Derrière son dos, attisé par Wild Bill Hickok (Howard Keel), ses concitoyens ne manquent pas une occasion de se moquer de sa vantardise outrancière, de sa naïveté et de son caractère très ‘soupe au lait’. Tous ces défauts ne l'empêchent pas d'avoir un cœur d'or ; elle va tout faire pour sauver de la faillite son ami Henry Miller (Paul Harvey), le tenancier du saloon local qui vient de subir un bide monumental avec la prestation calamiteuse de Francis Fryer (Dick Wesson) qu'il avait obligé à se travestir en femme après avoir annoncé à ses clients la venue d'une certaine... Frances Fryer. Pour que son établissement ne soit pas vite déserté, il faut qu'il trouve au plus vite une remplaçante qui fasse le poids. Voilà que Calamity part pour ‘Chicagee’ à la recherche d'Adélaïde Adams, une chanteuse adulée que les habitants de Deadwood, en manque de présence féminine, rêveraient de voir se produire dans leur petite bourgade. Mais ‘Calam’ ramène sans le savoir sa bonne, Katie Brown (Allyn Ann McLerie) qui, rêvant de monter sur scène, se fait passer pour sa patronne. Le lieutenant Danny Gilmartin (Philip Carey) et Wild Bill Hickok ne vont pas être insensibles aux charmes de la nouvelle venue, au grand dam de Calamity qui prend du coup conscience de son manque de féminité...


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Cette parodie a été réalisée par David Butler, cinéaste assez peu connu que nous avions pourtant déjà croisé aux alentours de 1946 lorsque nous avions abordé le plaisant San Antonio, l'un des plus gros budgets de la Warner dans le genre et qui mettait en scène Errol Flynn et Alexis Smith. Mais les amateurs de comédies musicales le connaissent mieux que les westernophiles puisque ce fut quasiment son genre de prédilection. Toujours à la Warner pour qui il fut très fidèle, après celles de Michael Curtiz, Butler a sans doute réalisé les films musicaux les plus sympathiques du début de carrière de Doris Day avec Tea for Two et Escale à Broadway (Lullaby of Broadway). Mais il est évident que son talent est bien moindre que celui de George Sidney et, techniquement et plastiquement parlant, son Calamity Jane n’est pas du même niveau que The Harvey Girls ou Annie Get your Gun avec lequel il possède néanmoins d’innombrables points communs à commencer par son personnage principal qui aurait d’ailleurs très bien pu être interchangeable, Betty Hutton et Doris Day les interprétant sur le même tempo et sur le même registre, à savoir celui du cabotinage le plus éhonté ; il vaut mieux prévenir car ces deux prestations pourraient en fatiguer ou agacer plus d’un alors que d’autres au contraire se réjouiront d’une telle énergie à revendre !


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Même si le film possède un rythme assez soutenu, la mise en scène est trop peu inspirée pour en faire une grande comédie musicale. Ceci dit, elle s’avère néanmoins franchement très amusante. Elle est portée à bout de bras par une Doris Day gouailleuse et survoltée qui s'amuse visiblement comme une folle à se comporter et à parler comme un garçon mal dégrossi. Son énergie et son abatage sont communicatifs ; son registre étant assez vaste, elle arrive même vers la fin du film à nous toucher par sa vulnérabilité : se rendant compte de sa grossièreté et de sa lourdeur, bref de son manque de féminité qui, jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse, ne lui faisait pas défaut, elle tente de retrouver charme et attrait, faisant également en sorte d’oublier sa pudibonderie exagérée. Naïve, voire même idiote, moquée par ses concitoyens qui ne peuvent s’empêcher dans le même temps de la respecter et l’admirer, Doris Day compose un personnage clownesque mais finalement très attachant. Quant à Howard Keel, il se révèle toujours aussi sympathique, n’hésitant pas une seconde à se moquer de lui-même et de son personnage de bellâtre vantard. Si certains (nombreux) ne seront pas encore convaincus à cette occasion par leurs talent de comédiens, ils devraient en revanche l’être par leur génie vocal car ce qui est certain, c'est que ce sont deux chanteurs formidables et ils ont ici de quoi le prouver car les tubes se suivent sans discontinuer à commencer dès le début par le revigorant ‘The Deadwood Stage’ (sur fond d’hideuses transparences décidément typiques de la Warner de cette époque.)


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S’ensuivent, toujours aussi remuantes, l’amusante et acrobatique ‘Just Blew in from the Windy City’ par une Doris Day qui se démène comme un beau diable ; l’hilarante ‘I Can Do Without You’ en duo avec Howard Keel, chanson qui ressemble étrangement à la plus mémorable de celles que l’on trouvait dans Annie Get your Gun, déjà un duo-scène de ménage entre Howard Keel et Betty Hutton, ‘Anything You Can Do, I Can Do Better’ ; la sympathique ‘A Woman's Touch’, un duo de femmes chanté par Doris Day et la très belle découverte qu’a été l’actrice Allyn Ann McLerie dont on regrette qu’elle n’ait pas fait une grande carrière au cinéma. Howard Keel prouvait qu’il était toujours un fabuleux baryton avec la délicieuse ‘Higher than a Hawk’ ; la très belle ballade ‘The Black Hills of Dakota’ précédée d’une phrase de Doris Day nous rappelant que nous étions en pleine période de réhabilitation de la nation indienne : "Pas étonnant que les indiens se battent pour garder ce pays". Et enfin, la chanson phare du film enregistrée en une seule prise, celle qui du jour au lendemain a propulsé Doris Day encore plus haut dans les sommets des box-office, ‘Secret Love’ : plus d’un million d’exemplaires vendus et l’Oscar de la meilleure chanson de l’année !


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Alors il semble évident qu’il ne faut pas chercher ici quelconque élégance ou finesse : David Butler et son scénariste sortent la grosse artillerie (ceci dit extrêmement efficace), et la bonne humeur qui parcourt le film devient vite contagieuse. On retrouve avec plaisir Philip Carey, inoubliable quelques mois auparavant dans Bataille sans merci (Gun Fury) de Raoul Walsh, ici il est vrai, un peu effacé par le dynamisme de ses partenaires dont un Howard Keel qu’il faut avoir vu être obligé de se déguiser en squaw suite à un pari qu’il pensait perdu. D’excellentes chansons et une énergie débordante sans lesquels le film serait probablement tombé aux oubliettes. Un film qui plaira avant tout aux fans de Doris Day qui s’est d’ailleurs toujours plu à dire qu’il s’agissait de son film préféré. Elle écrivait dans son autobiographie intitulée ‘Doris Day, her own Story’ : “In 1953 I made one of my favorite musicals, Calamity Jane. I loved portraying Calamity Jane, who was a rambunctious, pistol-packing prairie girl (I lowered my voice and stuck out my chin a little). I can’t say that the physical high jinks of jumping on horses, bars, wagons, and belligerent men or doing pratfalls in muddy streams seemed to be particularly exhausting…I had a great working relationship with my costar, Howard Keel, and absolutely first-rate songs to sing (by Sammy Fain and Paul Webster), one of which, ‘Secret Love,’ became my third million-plus recording and won that year’s Academy Award.”


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La Poursuite dura sept jours (The Command, 1954) de David Butler
WARNER


Avec Guy Madison, Joan Weldon, James Whitmore, Carl Benton Reid, Ray Teal, Harvey Lembeck
Scénario : Russell S. Hughes & Samuel Fuller, d’après une histoire de James Warner Bellah
Musique : Dimitri Tiomkin
Photographie : Wilfred M. Cline (Technicolor) 2.55
Un film produit par David Weisbart pour la Warner


Sortie USA : 13 février 1954


Fort Bravo avait été le premier film tourné au format 1.75 pour la MGM ; au tour de La poursuite dura sept jours d’inaugurer un format encore plus large au sein du western, le fameux cinémascope sorti des studios de la 20th Century Fox l’année précédente avec pour cobaye le péplum La Tunique (The Robe) de Henry Koster. The Command est d’ailleurs également le premier film en scope de la Warner. Probable coïncidence mais, dans le genre, les westerns militaires auront été placés en première ligne pour affronter de nouvelles dimensions du cadre. Mais la ressemblance entre les deux films s’arrête là puisqu’autant le film de John Sturges était une remarquable réussite autant celui de David Butler s’avère être un film de série sans grand intérêt. Si, du même réalisateur, San Antonio et Calamity Jane avaient été fort divertissants, il n’en est pas de même pour ce nouvel opus bavard, paresseux et assez vite ennuyeux. Où l’on se rend compte que le nouveau format rectangulaire n’est pas évident à manier et qu’un réalisateur sans génie peut s’y casser facilement les dents. D’ailleurs, la même année, David Butler réalisait également dans ce format auquel il n'avait visiblement encore rien compris, le catastrophique et interminable Richard Cœur de lion (King Richard and the Crusaders). Mauvais cru que 1954 pour un cinéaste habituellement très sympathique et notamment dans la comédie musicale, celles avec Doris Day notamment.


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1878 au Wyoming, peu de temps après la défaite de Custer. Après que le capitaine d’un régiment de cavalerie ait été blessé à mort par une flèche indienne, c’est le Docteur Robert MacClaw (Guy Madison) qui est choisi pour le remplacer, le Sergent Elliot (James Whitmore) ayant été estimé peu apte à prendre sa succession le temps de rentrer au fort. Ce n’est évidemment pas du goût des soldats de se faire diriger par un simple médecin, inexpérimenté qui plus est pour mener à bien cette mission. Sur le chemin du retour, les cavaliers tombent sur une compagnie d’infanterie dont le colonel leur ordonne de se joindre à eux afin d’escorter un convoi de civils à travers le dangereux territoire indien. Les membres de la cavalerie, par fierté, orgueil et pour ne pas inquiéter les colons, ne révèlent pas le secret de la véritable identité de leur commandant. Ce dernier va pourtant réussir à mettre au point d’excellentes tactiques militaires qui permettront au convoi de ne pas se faire massacrer par les sauvages indiens qui ne cessent de les harceler. Il devra aussi faire face à une épidémie de petite vérole qui risque de se propager au sein des caravanes. Il sera d’autant plus attentif à l’évolution de la maladie que le porteur du virus n’est autre que le jeune protégé de Martha (Joan Weldon), une pionnière dont il vient de tomber amoureux…


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Il est curieux de savoir que Samuel Fuller a participé à ce scénario adapté d’un roman de James Warner Bellah (l’auteur des histoires adaptées par John Ford pour sa trilogie cavalerie) ; on se demande bien à quel niveau car on ne retrouve rien de ses préoccupations ni de son énergie dans ce western militaire qui semble nous faire opérer un retour arrière de quelques années concernant la description de la nation indienne. Si on pouvait encore accepter dans les années 30 et 40 un tel discours, ce n’est plus guère possible après la vague des westerns pro-indiens ayant déferlée ces dernières années. Il faut donc non seulement supporter ici des indiens idiots et braillards mais aussi le discours paternaliste assez insupportable sortant de la bouche du personnage joué (très bien d’ailleurs) par Guy Madison. Alors que sa compagne lui demande la raison de ses sympathies pour les natifs, le médecin lui rétorque : “Perhaps because we destroyed the Indian's ability to make a distinction between the good and the bad. He has a child's logic : the white man hurt him, therefore all white men are bad”. Bref, pour résumer en nos termes : il faut avoir pitié de ces pauvres bougres ; ils ne sont pas méchants, ils sont juste demeurés et infantiles (sic !) A la limite, ç'aurait pu passer malgré un discours rétrograde si le film possédait d'autres qualités annihilant cette 'tare'. Ce qui n’est pas le cas dans celui de David Butler dont les seules originalités sont en gros résumés dans le pitch ci-dessus.


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Le film rentrait d’ailleurs immédiatement dans le vif du sujet et le postulat de départ était assez sympathique et même tout nouveau : un médecin se retrouvant sans le vouloir à la tête d’un régiment de cavalerie dont les membres, par fierté, ne supportent pas de se faire diriger par un homme peu au courant des protocoles du commandement. Malheureusement, excepté également la traditionnelle rivalité entre cavalerie et infanterie et l’intégration au sein de l’intrigue d’un suspens lié à la probable propagation d’un virus, le scénario a du mal à progresser et se met rapidement à tourner en rond puis à faire du sur-place, l’humour Warner est toujours aussi pénible (Harvey Lembeck chiquant, jurant et crachant à tout bout de champ ; les soldats se travestissant en femme) et Dimitri Tiomkin toujours aussi inégal à l’intérieur d’une même partition, cette dernière préfigurant en mineur sa plus grande réussite, celle à venir pour Alamo.


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Au sein de ce western laborieux et paresseux, reste un duo de deux bons comédiens (Guy Madison et le toujours excellent James Whitmore dans la peau du sergent ‘grande gueule’) qui arrivent à nous tenir éveillés, une Joan Weldon charmante (chanteuse d’opéra par ailleurs, elle sera en haut de l’affiche la même année dans le très bon Des monstres attaquent la ville - Them de Gordon Douglas) et pas mal de séquences d’action qui, même si mollement mises en scène, peuvent faire agréablement passer le temps. Pour la petite histoire, le film fut également tourné en 3D mais cette version n’a jamais été diffusée. Guère grand-chose de plus à en dire.


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Vu à partir d’une copie en VF assez mediocre mais existe en Warner Archives sans st


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Music Man
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Re: David Butler (1894-1979)

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DELICIOUS de David BUTLER – US- FOX –1931
Avec Janet GAYNOR, Charles FARRELL

Une jeune émigrée écossaise s’introduit en fraude aux Etats Unis . Un jeune artiste russe rencontré lors de la croisière lui propose de l’épouser pour régulariser sa situation. Mais la pauvre fille lui préfère un fils de bonne famille qui voyageait en première classe.

Comédie sentimentale assez agréable, grâce au charme juvénile et au talent de Janet Gaynor , dans un registre proche de celui de Mary Pickford. Elle est très attachante dans son personnage d’émigrée en situation irrégulière et la famille d’artistes juifs qui lui ouvre les bras bien sympathique. Le beau Charles Farrell s’accorde bien avec elle et on comprend pourquoi ils formèrent à l’écran un couple si populaire.
Dommage que les chansons composées par George Gershwin soient si peu mémorables et indignes de son génie. (et que Miss Gaynor n’ait aucun talent de chanteuse).Néanmoins, à la fin du film, une envoûtante rhapsodie new-yorkaise, qui porte en revanche tous les signes distinctifs d’une œuvre de Gershwin, accompagne les pas d’une Janet désespérée, qui se heurte à la foule et ère dans les rues de la grand ville, l’âme à la dérive : la séquence est fort belle et le passage où d’immenses mains crochues s’abattent sur la frêle silhouette, superbe.
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Re: David Butler (1894-1979)

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LA VILLA DES PIQUES (You’ll find out) de David BUTLER –RKO - 1942
Avec Kay KYSER, Boris KARLOFF, Peter LORRE, Bela LUGOSI et Ginny SIMMS

L’orchestre de Kay Kyser est invité dans un manoir hanté pour animer un anniversaire. Pendant une séance de spiritisme, un inconnu tente de tuer la propriétaire.
Avec son orchestre et ses musiciens baptisés « collégiens » l’orchestre de Kay Kyser était un peu l’équivalent de Ray Ventura chez nous. Aves son allure ahurie qui rappelle un peu le comique anglais Arthur Askey, il a tourné une série de comédie musicale à la RKO dont cette farce qui réunit 3 idoles du film d’épouvante, aux mines patibulaires, qui épouvantent les invités en maniant des effets spéciaux d’une chambre secrète. Si l’histoire est stupide, le film bénéficie de très entraînantes chansons fort bien mises en valeur par l’orchestre et les chanteurs Harry Babbitt et et Ginny Simms (dont la voix mélodieuse rappelle celle de Dinah Shore). Certains passages sont franchement rigolos comme celui où les trois méchants veulent faire exploser tout l’orchestre en jetant un bâton de dynamite dans la foule. Tous les musiciens et jolies invitées se sauvent mais un petit chien qui prend la dynamite pour un os, récupère le bâton et court après eux…hilarant !
Finalement, c’est un divertissement très sympa du genre Abbott et Costello rencontrent Frankenstein qui fait aussi penser à certains épisodes du dessin animé Scoubidoo.
A la fin du film, Kay Kyser utilise les amplis laissés par les brigands pour faire un numéro musical : il appelle cela le Sonivox : en fait, c’est l’ancêtre du vocoder !
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Re: David Butler (1894-1979)

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LA VIE EN ROSE (the Sunny side up) de David BUTLER – 1929
Avec Janet GAYNOR et Charles FARRELL

Molly, jeune new-yorkaise issue des quartiers défavorisés rêve de rencontrer un beau millionnaire comme celui dont le portait figure dans le journal : le rêve finit par rencontrer la réalité.


Très gros succès commercial en 1929, cette charmante comédie musicale possède un charme et une ingénuité un peu similaire aux premiers musicals allemands comme le chemin du paradis.
On nous présente un quartier défavorisé où chacun s’entraide et règne une franche ambiance de camaraderie. On chante tout en cuisinant et en mettant la table (comme dans les films de Paul Martin). La caméra explore la promiscuité d’un quartier où les enfants chapardent dans les épiceries pendant qu’on lave les bébés sur les balcons. Mais dans ce climat de crise économique, tout est présenté de façon très optimiste. Tel un rayon de soleil, la mignonne Janet Gaynor, fille spirituelle de Mary Pickford, chantonne avec un filet de voix et esquisse quelques pas de danse qui mettent en joie tout le voisinage. C’est sans doute un peu désuet mais vraiment mignon et sans prétention. Les numéros musicaux sont charmants notamment « if I had a talking picture of you » (dont Bing Crosby a fait un gros succès ultérieurement) où interviennent des gamins adorables de maladresse (le passage a sans doute inspiré le polka dot polka de Banana Split de Busby Berkeley) ou Turn on the heat, avec ses girls déguisées en eskimos dansant autour d’igloos fondant à vue d’œil avant de se muer en sensuelles vahinés dans une île tropicale où poussent les bananes qui finit par brûler littéralement sous le feu du soleil : très drôle et innovant ! (et là aussi, sensiblement copié dans le tutti frutti hat du même Banana split ! !). La partition du trio Buddy DeSylva, Ray Henderson and Lew Brown est fort réussie : d’ailleurs les chansons seront souvent réutilisées pour illustrer cette époque.

Un film parfois un peu longuet, voire gnangnan à la fin (Charles Farrel n'est pas un très bon comédien) mais au final très agréable : merci à Ann Harding !
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Re: David Butler (1894-1979)

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ELLE CHERCHE UN MILLIONNAIRE (Painting the clouds with sunshine) de David BUTLER – WB -1951
Avec Virginia MAYO, Dennis MORGAN, Gene NELSON

Trois jolies soeurs partent à Las Vegas pour dénicher des millionnaires.

Une comédie musicale de série sans aucune originalité : le sujet des « chercheuses d’or » a été évoqué 1000 fois, notamment à la Fox, et de façon bien plus drôle ; la partie musicale est composée d’airs des années 30 et 40 comme We’re in the money, Jalousie, avec une orchestration un peu dépoussiérée. Le doublage en français et les voix criardes des comédiennes n’arrangent pas le film : le bon vieux papy autrichien S Z Szakall est insupportable ici dans ses bougonneries. Pour être franc, au bout de 45 minutes d’ennui, je n’ai plus regardé que les numéros musicaux : Dennis Morgan a une belle voix de baryton, mais son interprétation est datée et manque de nuance par rapport à ses confrères Howard Keel ou Gordon MacRae. Gene Nelson danse comme un gymnaste ; son numéro « mambo » (la danse qui faisait fureur en 1951) avec la très belle Virginia Mayo (quelle silhouette !!) est assez plaisant, tout comme le quadrille avec Virginia Gibson. Si les danses sont sympas , le reste du film, creux et conventionnel, très ennuyeux. Tout juste subsiste un plaisant coté « fifties » (jolies Chevrolet, tenues des actrices).
Cathy
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Re: David Butler (1894-1979)

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Music Man wrote:Image
ELLE CHERCHE UN MILLIONNAIRE (Painting the clouds with sunshine) de David BUTLER – WB -1951
Avec Virginia MAYO, Dennis MORGAN, Gene NELSON
Je rajouterai une ou deux choses à ce qu'a dit Music Man. David Butler réalise ici une comédie musicale de son genre, c'est à dire sans style, un rien vulgaire. Le sujet n'est guère original, il est vrai, mais il y a surtout cet aspect comédie secondaire avec SZ Sakall et un associé cow boy qui est assez lourd (SZ Sakall en VO est comme à son habitude, il en fait des tonnes, mais bon j'avoue avoir un faible pour cet acteur).
Les trois jeunes femmes sont charmantes, Lucille Norman a une charmante voix de soprano et Dennis Morgan de baryton. Leur jealousy est plutôt réussi. Mais les numéros musicaux hormis le final "western" sympathique n'ont pas grand intérêt, les musiques ne sont guère inoubliables. On appréciera juste une fois encore le talent de Gene Nelson danseur athlétique certes mais moins "lourd" que Gene Kelly. Je l'ai vu en VOST donc je n'ai pas été gênée par le doublabe qu'évoquait Music Man, mais c'est vrai que la comédie est dispensable.
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Re: David Butler (1894-1979)

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L’AMOUR EN L’AN 2000 (Just imagine) de David BUTLER – 1930 - FOX
Avec Ed BRENDEL , Maureen O’SULLIVAN, Mischa AUER

Grace à une expérience scientifique, un homme se retrouve transporté de 1930 à 1980. Il découvre un monde moderne, où tout le monde conduit son petit avion, se nourrit avec des pilules et où les hommes ne sont que des matricules. Pour gagner le cœur de sa belle, un jeune homme n’hésite pas à entreprendre un périlleux voyage interplanétaire sur Mars où il est capturé par des martiens très agressifs.

Quand on visionne en 2011, un film de science fiction musical conçu en 1930 et censé se dérouler en 1980, ça fait un choc, inévitablement !
Il est très amusant d’imaginer l’image (pas toujours fausse) que se faisaient nos grands parents (ou arrières grands parents) d’un avenir où tous les hommes ne seraient plus que des numéros, où la machine (ordinateur) serait reine, où l’on consommerait des pilules, ou l’on communiquerait par des écrans interposés, où toutes les portes seraient automatiques…
Comme le remarque de façon très coquine le rescapé des années 30 en découvrant une machine pour faire des bébés (on met un peu d’argent dans l’appareil, on appuie sur un bouton, avant qu’un bambin ne sorte de l’engin), c’était bien mieux autrefois…(la remarque ne sera pas du tout appréciée par la censure !!).
En fait, c’est surtout cette image naïve du futur qui rend le film délectable, surtout que les immeubles (l’image de New York envahi par les avions rappelle fortement le Métropolis de Lang), les intérieurs art déco et les tenues des actrices décolorées comme Jean Harlow ont un coté furieusement années 30 ne parlons pas des chansons qui font largement leur 80 ans et ne sont pas vraiment mémorables (malgré leur talent , les fameux compositeurs Lew Brown, Buddy G. DeSylva, et Ray Henderson (auteurs de fameux charlestons) ont eu du mal à se projeter musicalement en 1980 !!) ; La vision de la planète Mars et de ses habitants , dans des décors en papier mâché, a un coté méliesque qui vaut son pesant de cacahuètes ! On se croirait alors dans un sérial de série Z, alors que le film a couté beaucoup d’argent. On frise alors le ridicule total, mais c’est assez réjouissant !

Compte tenu de la désaffection momentanée du public pour la comédie musicale en 1930, Just imagine fut un fiasco retentissant. Mais c’est à présent un souvenir croquignolet de rêves d’un autre temps ;

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Re: David Butler (1894-1979)

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Vous voulez grandement réévaluer Les Chevaliers de la table ronde de Richard Thorpe ? Il suffit de voir Richard cœur de lion de David Butler. :mrgreen:

Et c'est aussi à cette occasion que vous vous rendrez compte que Max Steiner n'en avait plus rien à faire d'écrire de la musique de film et que dans le genre Miklos Rosza volait décidément bien au dessus de la mêlée.
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Re: David Butler (1894-1979)

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La Maîtresse de papa (By the Light of the Silvery Moon)

Réalisation : David Butler
Avec Doris Day, Gordon McRae, Leon Ames, Mary Wickes
Scénario : Robert O'Brien & Irving Elinson
Photographie : Wilfred M. Cline (Technicolor)
Musique : Divers sous la direction de Max Steiner
Une production Warner Bros.
USA - 102 mn - 1953



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Deux ans ont passé depuis On Moonlight Bay qui se terminait sur le départ de Bill (Gordon MacRae) sur le front lors de l’entrée en guerre des USA dans la Première Guerre Mondiale, sa petite amie Marjorie (Doris Day) promettant de l’attendre avec le mariage en point de mire. En cette année 1919, Bill revient dans sa petite ville d’Indiana ; il annonce à Marjorie qu’il souhaite repousser les noces à une date ultérieure, une fois qu’il aura acquis une situation stable capable de les rendre autonomes. Ce qui n’est pas du goût ni de Marjorie ni de ses beaux parents (Leon Ames & Rosemary DeCamp) qui se faisaient une joie de marier leur ainée. Un qui ne se soucie aucunement de ces noces est le cadet, Wesley (Billy Gray) qui continue à commettre bêtises sur bêtises, la plus grosse allant être le vol d'une dinde chez le patron de son père afin que la sienne ne passe pas au four pour Thanksgiving. Tout ceci n’ayant pas de graves incidences, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où, suite à un quiproquo, on soupçonne le père de famille d’avoir une liaison avec une actrice française, Miss LaRue (Maria Palmer). Branle bas de combat chez les Winfield !


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A la fin de l’année 1952, Doris Day est devenue pour la première fois l’actrice la mieux payée d’Hollywood. By the Light of the Silvery Moon est le premier film qui sort sur les écrans depuis que l'actrice et chanteuse a atteint une telle notoriété ; ce sera évidemment un franc succès mais il faudra attendre Calamity Jane quelques semaines après pour assoir définitivement l’amour que portent les spectateurs américains à la comédienne à la voix suave et au charme irrésistible. Cette suite de On Moonlight Bay -pour laquelle tous les comédiens du précédent ont pointé présents- sera le quatrième des cinq films de la collaboration entre le réalisateur David Butler et Doris Day ainsi que le dernier -sur cinq également- du couple constitué par la nouvelle ‘petite fiancée’ de l’Amérique et de Gordon MacRae. Ce dytique est l’adaptation des histoires de Penrod par le célèbre écrivain Booth Tarkington (La Splendeur des Amberson, Alice Adams...), des récits semi-autobiographiques et gentiment satiriques inspirés par la jeunesse du romancier en Indiana. Ici, le duo de scénaristes composé par Robert O'Brien, Irving Elinson remplace celui plus rodé qui avait écrit le précédent, Jack Rose & Melville Shavelson.


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On Moonlight Bay – réalisé par Roy Del Ruth- ayant remarquablement bien marché auprès du public, les producteurs ne prennent aucun risque ; plutôt que de partir vers d’autres horizons et thématiques ils préfèrent quasiment décalquer cette première tranche d’Americana familiale et bon enfant qui se déroulait dans une Amérique idéalisée et grandement fantaisiste au sein de laquelle il faisait bon vivre malgré les modestes tracasseries quotidiennes. On prend donc les mêmes et on recommence : l'intrigue se passe à nouveau en début de siècle au sein d'un quartier chic typique des petites villes américaines de province. Seront pêle-mêle proposés au menu une villa cossue où les repas sont préparés par une servante acariâtre mais au grand cœur, un couple de parents aimants mais aux idées un peu ‘vieux jeu’ du point de vue de leur progéniture, un jeune garçon malicieux voire parfois infernal (la servante dit de lui : “Wesley is their second child. If he had been the first, there never would have been a second!”), une jeune fille qui, de garçon manqué (elle n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis pour réparer les voitures) va se transformer en une jolie jeune fille une fois son amoureux rentré du front, des sorties au bal, des maisons richement décorées à l’approche des fêtes de Noël... A nouveau le parfait attirail du film familial nostalgique avec son Technicolor rutilant, ses décors et ses costumes qui flashent, ses bons sentiments, ses touches gentiment humoristiques et ses séquences romantiques surannées.


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Si dans On Moonlight Bay on trouvait cinq ou six standards musicaux du début du siècle, la partie dévolue à la musique ne devant guère dépasser le quart d’heure, By the Light of the Silvery Moon est plus fourni en la matière. Seulement on a l’impression que ce passage d'une comédie familiale à une comédie musicale est surtout dû au fait que les scénaristes n’ayant plus d’idées et pas grand-chose à raconter par rapport à leurs prédécesseurs, ils ont décidé de boucher les trous et combler leur manque d'inspiration par des chansons et numéros musicaux malheureusement pour la plupart peu mémorables voire même assez gênants tels ‘King Chantacleer’. On retiendra néanmoins la chanson titre interprétée par le couple Day/MacRae et surtout ‘Your Eyes Have Told Me So’ toujours par le même duo, ou encore la très amusante ‘Be My Little Baby Bumble Bee’ au cours de laquelle nos deux tourtereaux se moquent gentiment du prétendant malheureux interprété par le savoureux Russell Arms. Doris Day nous comblera enfin avec la très émouvante ‘I'll Forget You’ qui ne vaut cependant pas les plus belles mélodies mélancoliques susurrées par Doris Day en bien d’autres occasions. Quant à la séquence rêvée de Wesley se prenant pour un grand détective, elle est un peu décevante, les auteurs ne profitant pas vraiment de l’opportunité pour faire quelque chose de bien plus fantaisiste. Et pourtant l’ouverture du film laissait présager beaucoup mieux, les scénaristes faisant présenter les membres de la famille par l’inénarrable Mary Wickes s’adressant directement aux spectateurs en leur faisans se remémorer l'intrigue du film précédent.


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Il n’est encore une fois pas interdit de tomber sous le charme ‘carte-postale’ de cette comédie certes un peu datée et fortement désuète, plus mécanique et moins bien rythmée que On Moonlight Bay, mais pas désagréable pour autant -tout du moins durant sa première moitié- d’autant que le Technicolor est toujours aussi rutilant. Dommage que la seconde partie (l’histoire d’adultère d’où est tiré le titre français) se révèle bien plus laborieuse, limite ennuyeuse, le film se terminant heureusement avec sa meilleure séquence, celle de la patinoire en nocturne. Étonnement, que ce soit Doris Day ou David Butler, ils semblent avoir été un peu en retrait sur ce film, bien moins convaincants que lors de leurs précédents films respectifs. Étaient-ils alors tout à leur projet suivant, Calamity Jane, dans lequel l’actrice allait littéralement exploser grâce à une vivacité extraordinaire qui lui fait un peu défaut ici ?



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ESCALE A BROADWAY (Lullaby of Broadway)

Réalisation : David Butler
Avec Doris Day, Gene Nelson, Billy de Wolfe, S.Z. Sakall
Scénario : Earl Baldwin
Photographie : Wilfred M. Cline (Technicolor)
Musique : Divers sous la direction de Ray Heindorf
Une production Warner Bros.
USA - 92 mn - 1951



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Après plusieurs années passées en Angleterre, la jeune chanteuse Melinda (Doris Day) décide de revenir à New York pour aller rendre visite à sa mère Jessica (Gladys George), une vedette de Broadway qu’elle n’a pas revu depuis des années. Ce dont Melinda ne se doute pas est que sa mère n’est plus désormais qu’une star déchue, tombée dans l’alcoolisme et obligée de se produire dans les cabarets les plus malfamés de Greenwich Village. Lorsqu’elle se rend à la villa de sa mère qui appartient désormais à Adolph Hubell (S.Z. Sakall), un producteur de comédies musicales sur Broadway, elle est accueillie par les serviteurs (Billy de Wolfe & Anne Triola), ex-partenaires de Jessica à la scène. Pour lui cacher la déchéance de sa mère, ils font croire à Melinda qu'elle est partie en tournée. Hubbell, tombé sous le charme de Melinda, lui propose le premier rôle dans son prochain spectacle où se produira aussi le danseur de claquette Tom Farnham (Gene Nelson) qu’elle a rencontré sur le paquebot et dont elle va tomber amoureuse. Son plus grand souhait est que sa mère puisse partager tout ce bonheur qui lui tombe dessus. Encore faut-il qu’elles puissent se rencontrer à nouveau sans que la fille n’apprenne la triste vérité sur sa mère. Entretenir l’illusion d’une femme toujours au sommet de sa gloire, c’est ce que vont s’évertuer à mettre en place tout l’entourage de Jessica ; ce qui ne va pas sans provoquer quelques quiproquos...


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Si la Warner, dans le domaine de la comédie musicale, a donné le meilleur d’elle-même dans les années 30 avec les films réalisés et (ou) chorégraphiés par Busby Berkeley, à l’inverse de la MGM, elle ne nous a plus laissé grand-chose de mémorable dans ce genre par la suite, si l’on excepte quelques superbes réussites isolées tels Une Etoile est née (A Star is Born) ou Pique-nique en pyjama (Pajama Game), ce dernier avec en tête d’affiche l’actrice principale de cet Escale à Broadway, Doris Day. Rien de franchement inoubliable dans le lot mais néanmoins de nombreux films hautement divertissants dont la plupart de ceux interprétés par l’ex-chanteuse de Big Band découverte par Michael Curtiz en 1948. En 1951, à l’époque de Lullaby of Broadway, la jeune actrice, avec déjà sept films à son actif, n’était encore pas devenue une star du grand écran adulée par les américains mais commençait à être une valeur sûre pour le studio qui était quasi-certain de rentrer dans ses frais à chaque fois qu'elle était présente au générique d'une de leur production. C'est Calamity Jane deux ans plus tard qui allait la propulser tout au sommet ; elle n’allait plus en redescendre avant sa retraite cinématographique qui aura lieu assez tôt, à seulement 46 ans !


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En 1951, Doris Day commençait sérieusement à plaire de plus en plus à la fois aux hommes par son sex-appeal et sa gentillesse qu’à la gent féminine pour ses personnages de femmes modernes, indépendantes et n'ayant pas froid aux yeux dont le premier exemple sera justement celui qu’elle tient dans Lullaby of Broadway, rembarrant par exemple avec aplomb son jeune prétendant un peu trop empressé dès les premières séquences. Doris Day avait donc débuté dans le cinéma seulement trois ans auparavant, déjà à la Warner, sous la baguette de Michael Curtiz qui la dirigera à nouveau à plusieurs reprises les années suivantes y compris dans le dramatique La Femme aux chimères (Young with a Horn) où elle avait pour partenaire non moins que Kirk Douglas et Lauren Bacall. Tout en continuant d’enregistrer des disques, elle ne cessera désormais plus de tourner incarnant l’américaine typique joviale et dynamique. Et si ses compétences de chanteuse ont toujours été reconnues, il faudrait insister sur ses indéniables talents d’actrice qui s'améliorent de film en film, trouvant dans Escale à Broadway un parfait équilibre entre naturel et fantaisie, pétulance et effronterie.


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Cette comédie musicale colorée, tout comme plus tard le Calamity Jane du même David Butler, si elle n’a absolument rien d’exceptionnel devrait néanmoins grandement plaire aux amateurs du genre, aux amoureux du Technicolor (l'actrice principale s'étant vu offrir ici une garde-robe de folie, on s'en prend plein les yeux) et à ceux qui ne peuvent s’empêcher de craquer devant l’entrain, le sourire, la voix sensuelle et la manière de chanter de Doris Day, Il s’agit d’un vaudeville musical parfaitement conventionnel mais à la fois assez amusant dans ses quiproquos tout en étant capable d'émouvoir, témoin les retrouvailles très touchantes entre la mère et la fille. Le film ne brille certes ni par son scénario cependant plutôt bien mené, ni par sa réalisation assez quelconque, mais le naturel et la bonne humeur de Doris Day sont communicatifs et, non contente d'être excellente chanteuse, se révèle ici superbe danseuse de claquettes. L’on sait que son rêve d’une carrière de danseuse a pris fin à la suite d’un accident de voiture alors qu’elle avait 16 ans ; on imagine qu’elle aurait aisément pu faire partie des plus grandes dans le domaine quant on la voit évoluer dans l’excellent final qui donne son titre au film ou même auparavant dans une autre séquence la réunissant déjà à Gene Nelson, 'Somebody Loves me', deux numéros superbement chorégraphiés par Eddie et Leroy Prinz.


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Son partenaire, Gene Nelson, s’il s'avère sans conteste étonnement virtuose en tant que danseur, peut difficilement se targuer de l’être en tant que comédien, sa ‘non-performance’ sautant aux yeux malgré un capital sympathie bien présent. L’utilisation des seconds rôles ne manque pas de pittoresque même si elle ne brille pas par sa légèreté (ce n'est pas ce qu'on leur demande non plus) : l’on retrouve l’habituel S.Z Sakall dans le rôle du producteur au grand cœur qui tombe sous le charme de sa nouvelle vedette sous les yeux de son épouse acariâtre et jalouse, très amusante Florence Bates ; le cocasse duo de 'serviteurs ex-comédiens' constitué par Billy De Wolfe (moins hilarant cependant que dans Tea for Two) et Anne Triola, tous deux excellents dans leur chanson ‘You’re Dependable’ ; et enfin Gladys George qui apporte sa touche d’émotion au film dans la peau de l’ex-star déchue et alcoolique reprenant même une chanson qu’elle entonnait déjà dans les années 30, ‘In a Shanty in Old Shanty Town’. Nous pouvons également nous régaler des standards utilisés au cours du film, quasiment tous déjà également présents dans des films des années 30, ici brillamment réorchestrés façon jazz par Ray Heindorf et Howard Jackson et bénéficiant de belles chorégraphies.


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Au menu : 'Just one of those Things' de Cole Porter qui ouvre le film avec une Doris Day portant admirablement bien le smoking ; 'You’re Getting to be a Habit with me' ainsi que le fameux 'Lullaby of Broadway' tiré de Chercheuses d’or 1935, composés par Harry Warren et Al Dubin ; 'Zing Went the Strings of my Heart' avec le Page Cavanaugh Trio et qui démontre le brio et l'agilité hallucinants de Gene Nelson qui arrive même à sauter sur un piano et à continuer à faire des claquettes dessus ; le réjouissant duo Doris Day/Gene Nelson constitué par 'Somebody Loves me' de George Gershwin ; 'I Love The Way You Say Goodnight' d’Eddie Pola où, comme déjà Fred Astaire dans Easter Parade de Charles Walters, nous voyons danser le couple au ralenti… Un très beau Tracklisting pour une comédie musicale qui atteint son but, celui de divertir et de nous éclairer le visage d’un sourire durant 90 minutes.



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NO NO NANETTE (Tea for Two)

Réalisation : David Butler
Avec Doris Day, Gordon McRae, Gene Nelson, Eve Arden
Scénario : Harry Clork
Photographie : Wilfred M. Cline
Musique : sous la direction e Ray Heindorf
Une production Warner Bros.
USA - 97 mn - 1950



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1929. Pour obtenir l'argent d'un spectacle devant se monter sur Broadway pour lequel le metteur en scène (Billy DeWolfe) lui promet qu’elle en sera la vedette, Nanette (Doris Day) fait un pari stupide avec son tuteur, Oncle Max, (S.Z. Sakall), un millionnaire dont elle ne sait pas qu'il vient d'être ruiné lors du Krach de Wall Street. Elle devra dire non à toutes questions durant 48 heures y compris à Jimmy (Gordon McRae), le compositeur de la comédie musicale à venir, lorsque ce dernier lui fera sa demande en mariage. Oncle Max espère fortement que Nanette ne pourra pas arriver à tenir son pari car dans le cas contraire il serait dans l’obligation de lui avouer sa catastrophique situation financière et dans l'impossibilité de tenir sa promesse de lui verser 25.000 dollars. Il va donc employer toutes les ruses et tous les coups bas pour la faire craquer en commençant par lui mettre un chaperon (Eve Arden) dans les pattes pour surveiller ses éventuels ‘écarts de langage’. Ce dont Nanette ne se doute pas non plus est que le metteur en scène espère mettre en tête d’affiche sa fiancée du moment (Patrice Wymore). Quasiment certaine d'obtenir l'aide financière voulue pour monter le spectacle ‘Tea for Two’, Nanette invite toute la troupe à venir répéter dans l’imposante villa de son oncle…


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Devoir ne répondre que par NON à toutes les questions qu’on lui posera durant 48 heures, voici le postulat principal de l’intrigue de cette 4ème comédie musicale que Doris Day tourna pour la Warner. Certes, cette idée de départ est aussi idiote que le pari du film, mais tout ceci est évidemment sans conséquences car David Butler -qui venait déjà de tourner avec l’actrice en début d’année la très amusante mise en abimes du petit monde hollywoodien avec It’s a Great Feeling, leur collaboration allant encore se poursuivre à deux reprises- réalise un spectacle musical sans aucune autre prétention que de nous divertir ; et il y parvient sans problèmes ! Il s’agit d’une libre adaptation d’une opérette américaine des années 20, No no Nanette! composée par Vincent Youmans (musique) et Otto A. Harbach (livret) qui fut l’une des rares de l’époque à obtenir un franc succès dans notre pays ; d’où probablement l’idée de retenir son titre par le distributeur français alors que les producteurs américains optèrent pour Tea for Two, le nom du spectacle à l’intérieur du film, également le titre de l’une des chansons originales de l’opérette et qui rappelle surtout dans l’hexagone un certain célèbre film avec Louis de Funès et Bourvil, bien évidemment La Grande vadrouille lors de la fameuse séquence du bain turc.


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"Divertir avant tout" ; telle semble avoir été la volonté première pour ce film comme d’ailleurs pour la plupart des comédies musicales de l’époque ! Et pour le coup, à condition évidemment d’apprécier le genre, ses ingrédients constitutifs et autres clichés lui étant attachés, David Butler et les équipes de la Warner y arrivent à merveille, Tea for Two étant certainement l’une des plus réjouissantes comédies musicales que Doris Day tournera pour le studio au cours de sa première partie de carrière et dans le même temps certainement l'un des films les plus enjoués du cinéaste, juste derrière son trépidant Calamity Jane (La Blonde du far-West), probablement aujourd’hui encore son film le plus connu. D’ailleurs si le nom de David Butler ne dira probablement pas grand-chose à une grande majorité de cinéphiles, rappelons-nous que notamment ces deux films furent parmi les plus gros succès des années 50 pour le studio. Autant dire que Doris Day fut une véritable poule aux œufs d’or pour la Warner durant environ pas moins de sept ans. Comparativement à ses films précédents, l’ex chanteuse de Big Band semble avoir acquit ici une aisance encore plus grande et son jeu s’avère d’un naturel confondant qui tranche un peu avec celui des autres actrices des ‘Musicals’ de l’époque. Une fraicheur loin du cabotinage dont elle se fera une autre spécialité par la suite comme dans Calamity Jane justement, se montrant ainsi capable d’un film à l’autre de passer d’un jeu tout à fait spontané à des excès jubilatoires.


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Même si elle se retrouve pour la première fois tout en haut de l’affiche, la comédienne ne cherche jamais à tirer la couverture à elle et du coup, sans que ça n'enlève rien à ses talents, l’on se souviendra au final bien plus que d'elle certains seconds rôles dont deux plus particulièrement : Eve Arden (que l’on retrouvera plus tard dans Grease où elle tiendra le rôle de la directrice du lycée), le chaperon désabusé, sarcastique et pince sans rire aux punchlines saignantes, ainsi que Billy De Wolfe, cabotin à souhait et souvent hilarant, sorte de mélange entre Red Skelton et Ernie Kovacs ; il faut l’avoir vu danser le charleston ou imiter un serpent avec ses mains pour s'en rendre compte. On retrouve également aux côtés de Doris Day trois autres comédiens qui auront été ou seront ses partenaires à multiples reprises : Gordon McRae et sa belle voix de baryton qui fait un peu oublier la grande fadeur de son jeu d’acteur ; Gene Nelson qui prouve une nouvelle fois qu’à la MGM et avec un meilleur agent, il aurait très bien pu rivaliser sur le plan acrobatique avec Gene Kelly (son numéro de claquette avec Doris Day, sa danse sur un tambour géant et celle sur l’escalier sont toutes des séquences assez étonnantes) ; et enfin S.Z. Sakall dont le numéro de vieil oncle débonnaire mais bien vite débordé est désormais parfaitement rodé. Tea for Two marquera également la première apparition à l’écran de l’a future Mme Errol Flynn, Patrice Wymore, qui tient le rôle de la rivale sur scène de Doris Day et qui fait preuve de beaucoup de vitalité notamment lors de son numéro dansé. Les amateurs de Doris Day auront aussi avec étonnement pu constater pour la première fois ses talents pour la danse, sa première passion avant qu’un grave accident de voiture durant sa jeunesse lui fasse oublier ses prétentions au profit de la chanson. Personne n’y aura perdu au change car si son numéro de claquettes est formidable, rien qui ne vaille les moments où elle entonne les airs les plus variés, romantiques ou enlevés.


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Au programme musical, avec en majorité la voix suave et chaleureuse de Doris Day ainsi que celle belle et grave de Gordon McRae, des chansons très agréables soit issues de l’opérette d’origine écrite par Vincent Youmans (‘Tea for Two’, ‘I Want to be Happy’, The Call of the Sea’ et bien évidemment ‘No no Nanette’), soit puisées dans les standards de l’époque signés George Gershwin (‘Do Do Do’), Joseph Meyer (‘Crazy Rhythm’) ou Harry Warren (le célèbre ‘I Only Have Eyes For You’, écrit expressément en 1934 pour le film Dames chorégraphié par Busby Berkeley et -le hasard faisant bien les choses- le titre phare du dernier chef-d’œuvre de Woody Allen, Cafe Society). Les chorégraphies de Leroy Prinz ne manquent pas de tonus, notamment lors de morceaux spectaculairement acrobatiques tels ‘Oh me oh My !’, l’athlétique et éblouissant numéro de Gene Nelson faisant des claquettes sur un escalier avant de finir par le descendre sur la rampe, ‘I Know that you Know’, superbe duo de claquettes Doris Day/Gene Nelson, ou encore l’exotique ‘Crazy Rhythm’ au cours duquel Gene Nelson danse comme un beau diable sur un tambour géant bientôt rejoint par une charmante et sensuelle Patrice Wymore.


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Même si certains gags s’avèrent lourds et (ou) répétitifs, même si le scénario n’est pas d’une grande finesse, même si David Butler ne peut se targuer d’être un très bon réalisateur, un musical malgré tout d’assez bonne facture et qui se suit sans ennui d'autant que le rythme est très rapide et que les amusants dialogues fusent eux aussi à grande vitesse. A condition de ne pas chercher autre chose que la danse, le rire et les chansons, le tout en Technicolor, on peut passer un excellent moment à la vision de ce spectacle au charme suranné. A l’image de sa vedette principale, une comédie musicale allègre, charmante et énergique qui rappelle un peu le très amusant Summer Stock (La Jolie Fermière) de Charles Walters avec Judy Garland et Gene Kelly dans la manière qu’a une importante troupe théâtrale d’investir un lieu inhabituel pour ses répétitions (ici une imposante demeure, là une ferme). Certes pas mémorable mais fortement distrayant !
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Re: David Butler (1894-1979)

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Avril à Paris (April in Paris)

Réalisation : David Butler
Avec Doris Day, Ray Bolger, Eve Miller, Claude Dauphin
Scénario : Jack Rose & Melvin Shavelson
Photographie : Wilfred M. Cline (Technicolor)
Musique : Vernon Duke
Une production Warner Bros.
USA - 100 mn - 1952



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La Chorus Girl new-yorkaise Esther ‘Dynamite’ Jackson (Doris Day) est choisie par erreur pour représenter les Etats Unis lors d'un festival artistique à Paris en place d’Ethel Barrymore ; cette dernière reçoit en revanche le visa pour Montréal demandé par la danseuse. L’auteur de cette bourde est S. Winthrop Putnam (Ray Bolger), l’assistant de l’assistant du sous secrétaire au département d’état qui rêve de devenir non moins que… Président des USA ! Cette méprise va se révéler très populaire puisqu'en effet les supérieurs de Putnam l’en félicitent au vu du nombre impressionnant de courriers reçus applaudissant au fait qu’enfin une américaine ordinaire soit distinguée pour cette sorte d'évènement culturel. Esther va effectuer la traversée de l'Atlantique en paquebot avec un groupe de hauts dignitaires et intellectuels avec qui elle va s'ennuyer un peu ; heureusement, un patron de boite de nuit fauché (Claude Dauphin) va venir égayer son voyage et surtout elle va tomber amoureuse de celui qui lui aura permis par étourderie d’avoir cette chance de visiter Paris…


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Quatrième des cinq films que Doris Day tourna sous la direction du réalisateur David Butler (les autres étant It’s a Great Felling, Tea for Two, Escale à Broadway ainsi que le célèbre Calamity Jane qui sortira l’année suivante, véritable mise sur orbite de l’actrice aux USA), April in Paris narre l'histoire assez cocasse d'une Chorus Girl choisie par erreur –en lieu et place de la célèbre Ethel Barrymore- pour représenter les Etats Unis lors d'un festival artistique à Paris. Beaucoup de quiproquos en perspective, de situations pouvant prêter à rire ou sourire, un postulat de départ en définitive pas plus bête qu’un autre pour une comédie musicale n’ayant pas bénéficié d’énormes moyens et au final, bien que pas spécialement déplaisante -surtout pour les admirateurs de Doris Day qui aura rarement été aussi jolie-, il est vrai assez moyenne, fidèle en cela à sa peu flatteuse réputation.


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April in Paris’ était à l’origine une chanson écrite en 1932 pour un spectacle de Broadway intitulé Walk a Little Faster qui ne remporta d'ailleurs pas un succès phénoménal. En revanche la chanson-titre est devenue rapidement très populaire et eut de multiples interprètes dont Frank Sinatra qui en délivra une interprétation magnifique. La version mélancolique qu'en donne Doris Day lors du premier quart d’heure du film de David Butler est à nouveau là pour prouver que cette mélodie composée par Vernon Duke était effectivement superbe. Il s’agit d’ailleurs de la plus belle séquence du film, la comédienne donnant une interprétation puissamment émouvante de cette chanson dont les paroles sont signées E.Y. Harburg. Toutes les autres disséminées dans le courant du film auront également été composées par le même Vernon Duke mais avec Sammy Cahn en tant que parolier. Dans le lot, peu resteront marquantes hormis celles à l’origine des deux seules autres séquences mémorables, ‘I'm Gonna Ring the Bell Tonight’, le numéro exubérant se déroulant dans les cuisines du paquebot et au cours duquel Doris Day danse avec son partenaire Ray Bolger, ainsi et surtout que le délicieux ‘That's What Makes Paris Paree’ réunissant en fin de film Doris Day et Claude Dauphin. Même si un peu plus modeste, il ne faudrait pas oublier non plus le très bon premier numéro musical, ‘It must be Good’, très agréable grâce notamment à une dizaine d'artistes féminines aux splendides tenues violettes les mettant parfaitement bien en valeur ('What a Built'! est d'ailleurs l'une des répliques 'running gag' du film) ; parmi celles-ci, Doris Day qui en profite pour nous remémorer ses talents de danseuse malgré l’accident qui mit fin à ses grandes ambitions dans ce domaine. Elle nous le démontrera à nouveau à plusieurs reprises dans le courant de April in Paris.


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Esther 'Dynamite' Jackson n'est donc autre que la vedette féminine du studio de l’époque qui, comme son surnom l'indique dans le film, pète la forme et pétille de vivacité et de bonne humeur. Elle fait tout pour entrainer ce 'Musical' sur cette pente ; et si elle n’y parvient pas toujours, son constant entrain fait redémarrer le film à presque chacune de ses apparitions, ce qui nous empêche d’avoir le temps de sombrer dans l’ennui qui pointe néanmoins parfois le bout de son nez faute à un rythme pas franchement fougueux, à un humour pas spécialement léger et à un acteur qui est loin d’avoir la classe de Fred Astaire (pressenti au départ). L’ex-épouvantail de The Wizard of Oz (Le magicien d’Oz) s’avère cependant un excellent danseur dégingandé et son numéro sur la table des cuisines du paquebot est assez étonnant, ses jambes paraissant être en caoutchouc (ça aura d'ailleurs été sa spécialité toute sa carrière durant). Mais l’avoir choisi pour être le partenaire de Doris Day se sera révélé une grosse erreur de casting : l’alchimie entre les deux acteurs est quasiment inexistante par le fait aussi que, au vu de son âge, Ray Bolger aurait quasiment pu être le père de sa partenaire à l'écran ; il est ainsi assez difficile de trouver crédible leur couple alors pourtant que cela fonctionnait parfaitement bien l’année précédente avec aux côtés de Doris Day un comédien au physique tout aussi ingrat, le surprenant Danny Thomas dans le trop méconnu I’ll See you in my Dreams (La Femme de mes rêves) de Michael Curtiz. Ceci étant dit, le courage de choisir des acteurs pas spécialement beaux pour former des couples avec la star maison a probablement contribué à renforcer le statut de l’actrice, un nombre plus important de spectateurs pouvant alors avec encore plus de facilité s’identifier aux personnages et à leurs histoires d’amour.


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Pour avoir une chance d’apprécier le film, il faut également ne pas être allergique ni aux ridicules clichés comme ceux concernant les français, fabuleux amants et dragueurs impénitents, ni aux idées gentiment désuètes comme lors de ce long et pénible quart d'heure au cours duquel deux hommes choqués, sachant pertinemment que le mariage contracté entre Doris Day et Ray Bolger est un ‘Fake’ puisque le capitaine du navire leur ayant passé la bague au doigt n'en était pas un (capitaine), font tout pour empêcher que la nuit de noces soit consommée. Par contre on appréciera les piques assez délectables contre le gouvernement américain et ses fonctionnaires ainsi que la séquence parisienne au cours de laquelle pour la première fois de sa carrière Doris Day balance une gifle monumentale à sa rivale, suivi d'un début de crêpage de chignon assez savoureux. A signaler que malgré son titre, l'intrigue ne s'installe dans notre capitale que durant le dernier quart du film qui autrement s'est déroulé pour une bonne moitié à bord d'un paquebot. Sinon quelques autres occasions de se dérider : le numéro de Ray Bolger dansant avec deux anciens présidents des USA (Lincoln et Washington) ou encore les apparitions d'une Eve Miller qui aurait mérité un personnage plus étoffé et beaucoup plus présent à l'écran. Quant à la garde robe de l'actrice principale, elle nous en met plein la vue rehaussé par le fait d'être photographiée dans un glorieux Technicolor.


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Même si médiocre niveau esthétique et mise en scène, même si certaines séquences ont tendance à s'éterniser (celle de la fausse lune de miel et des cabines jumelles) au sein d'un scénario plutôt laborieux, et même si l’on ne croit guère à la romance entre Doris Day et Ray Bolger, l’ensemble n’aura pas été trop désagréable… à condition de ne pas trop en attendre et d’être conditionné au départ pour ce genre de comédies musicales. Film à la réputation peu flatteuse dans la carrière de Doris Day, il se révèle donc néanmoins assez sympathique, bien moins réjouissant cependant que les quatre autres films que David Butler a réalisé avec l'actrice.


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Le film existe au sein de ce coffret avec sous titres français. La moins bonne copie du lot mais cependant tout à fait regardable.
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Jeremy Fox
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Re: David Butler (1894-1979)

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Une comédie en Technicolor des années 50 pour s'avancer doucement vers la fin de l'année : By the Light of Silery Moon, film existant en DVD aux USA.