Le Cinéma hongrois

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma hongrois

Post by Jeremy Fox »

Károly Makk est l’un des cinéastes hongrois les plus réputés, mais ses films demeurent malheureusement difficilement visibles en France. On ne pourra donc que vous conseillez d'aller découvrir en salle le magnifique Amour qui ressort ce mercredi en copie restaurée 4K chez Clavis, LE distributeur spécialiste des cinématographies de l'Est. Un film subtil, politique et profondément humain qui nous donne l’irrépressible envie de découvrir le reste de l'œuvre de Makk.
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma hongrois

Post by Jeremy Fox »

L'esquimaude à froid de János Xantus par Anthony Plu. Le film est sorti en DVD en octobre dernier chez Clavis.
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma hongrois

Post by Jeremy Fox »

Journal intime de Marta Meszaros chroniqué par Anthony Plu qui en a profité pour tester le DVD Clavis.
bruce randylan
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Re: Le Cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

La pierre lancée (Sandor Sara – 1968)

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L'une des mes déceptions de cette édition de "toute la mémoire 2018 du monde" fut de n'avoir pas pu profiter des films hongrois comme je l'aurais voulu. La pierre lancée constitue donc ma séance de ce mini cycle et l'un des meilleurs films découverts durant cette petite semaine.

Le film n'est pourtant pas le plus facile d'accès avec une narration embrumée sur laquelle on n'a pas beaucoup d'emprise si ce n'est un personnages central et le vague contexte politique. En reposant sur beaucoup d'ellipses et de non-dits, il règne rapidement un sentiment un peu dérangeant d'instabilité, d'impuissance. Ce n'est pas une faiblesse de Sara qui co-signe son scénario (en grande partie autobiographique) mais bien une volonté de reproduire la paranoïa – teinté d'absurdité kafkaienne – qui plane sur la population hongroise.
Dès le début, le père de l'alter-ego du cinéaste est arrêté pour avoir fait stopper deux minutes un train afin de saluer un gradé, ancien camarade de l'armée, comme il était prévu dans le calendrier officiel. D'autres événements de ce genre se produiront, conduisant à des actes tragiques à l'instar de fermiers emprisonnés à la suite d'une projection d'un film de propagande en plein air, prétexte à un chantage pour réquisitionner leurs terrains. Et bien-sûr la dernière et célèbre séquence.
La pierre lancée avance donc de manière un peu décousue et précaire comme le font les personnages qui marchent en permanence sur des œufs. Ca n'exclut pas en revanche quelques vrais errements, notamment la dernière séquence où des tziganes se font tondre en prévention d'épidémies de poux. Moment glaçant et presque tétanisant mais qui arrive un peu comme un "cheveu" dans la soupe.
Au delà de ces choix de narrations pas toujours évident, la réalisation est tellement somptueuse qu'elle peut se suivre juste pour le plaisir des yeux. Avant ce premier long-métrage, Sandor Sara était l'un des grands directeurs de photographie et ça se sent à chaque plan. Le noir et blanc est magnifique et le format large est utilisé de manière virtuose avec des compositions de plans à chaque fois d'une beauté à couper le souffle avec des moments d'une vraie grâce poétique tels ces plans inversés (captés par l'appareil de relevé topographique) ou les charrettes occupant différentes parcelles agricoles lors de la projection en plein air.

C'est tout de même un film qui mérite un accompagnement et une contextualisation pour ne pas se sentir trop passif.

Le film est sorti en DVD chez Clavis avec un court-métrage du cinéaste en bonus.
https://www.clavisfilms-dvd.com/films-p ... C3%A1ndor/
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John Holden
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Re: Le Cinéma hongrois

Post by John Holden »

Le cinéma muet hongrois à l'honneur à compter du 22 Septembre à la fondation Seydoux.
CLASSIQUES DU CINÉMA MUET HONGROIS

"As Aranyember" (Alexandre Korda, 1918) © Archive Nationale de Hongrie
Carte blanche à l’Archive Nationale de Hongrie

du 22 septembre au 12 octobre 2021.

Ce cycle, composé de quatorze films, présente les grands classiques de la période muette du cinéma hongrois. Dès ses débuts, l'industrie du film en Hongrie connaît un développement intense et accède à une renommée internationale. Hélas, bien que près de 600 films soient produits durant cette période, peu ont été retrouvés, contrairement à d’autres filmographies nationales plus complètes. Cependant, les quelques œuvres sauvegardées illustrent parfaitement la qualité artistique et technique qui caractérisait cette époque.

Un des premiers intérêts de cette sélection est que l'on y découvre l’œuvre balbutiante de réalisateurs qui poursuivront par la suite de grandes carrières internationales. L'Indésirable (1914) et La dernière aube (1917) sont signés Mihály Kertész, qui deviendra Michael Curtiz, réalisateur de Casablanca (1942). Tandis que La Demi-lune rouge est réalisé en 1918 par Sándor Korda, autrement connu sous le nom de Sir Alexander Korda. Ces films permettent de découvrir les premiers pas de ces cinéastes légendaires et de repérer une patte, un style, qui les définiront ultérieurement.

Par ailleurs, le cycle propose plusieurs adaptations littéraires - genre particulièrement populaire en Hongrie - d’oeuvres classiques tels que Les Garçons de la rue Pál de Ferenc Molnár ou L’Homme en or de Mór Jókai (sous le titre La Demi-lune rouge). Les scénarios soignés et mis en scène avec brio ont permis à de talentueux interprètes de briller dans des registres variés, en particulier Lili Berky, Kamilla Hollay, Ilona Mattyasovszky (Helene von Bolvary), Ernő Verebes (Ernst Verebes), Mihály Várkonyi (Victor Varconi) ou encore Szvetiszláv Petrovics. Les récits, souvent tournés en extérieur, témoignent également des bouleversements historiques survenus au cours des années 1910 et 1920.

Enfin, cette programmation comprend des films réalisés dans deux grands centres cinématographiques, le studio de Budapest et le légendaire studio de Kolozsvár (aujourd'hui : Cluj-Napoca, Roumanie), qui faisait alors partie de la Hongrie. Ce dernier était dirigé par l'un des plus remarquables réalisateurs-producteurs, Jenő Janovics, qui réalisa notamment La dernière nuit en 1917.

Plusieurs invités permettront de remettre ces oeuvres en contexte : György Ráduly, Directeur des Archives du Film de Hongrie, l’historienne Catherine Horel, Directrice de recherche au CNRS, spécialiste de l'Europe centrale contemporaine, András Kányádi, maître de conférences à l'INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) et spécialiste de la littérature hongroise, Joël Chapron, spécialiste des cinématographies d'Europe centrale et orientale à Unifrance Films, Mathieu Lericq, enseignant et chercheur (Université Paris 8, ESTCA), spécialiste des cinématographies centre-européennes.

Ces films ont été bien souvent retrouvés et identifiés sous forme de fragments, occasionnellement dans des archives étrangères. Ils sont désormais présentés au public après un long travail de recherche et de restauration, et dévoilent un cinéma muet haut en couleurs, en grande partie oublié, qui caractérisait la Hongrie d'il y a un siècle.

La numérisation et la restauration des films du patrimoine hongrois est réalisée dans le cadre du programme de restauration numérique de l’Institut National du Film de Hongrie, par l’Archive et le Laboratoire du Film (Hungarian FilmLab).

Ce cycle est réalisé en partenariat avec l’Archive Nationale de Hongrie et l’Institut culturel hongrois, Paris.

Toutes les séances sont accompagnées par les pianistes issus de la classe d'improvisation de Jean-François Zygel (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris).
bruce randylan
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Re: Le Cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

J'ai pu faire quelques séances de ce cycle et je n'ai malheureusement rien vu de particulièrement notable même s'il semble que la Hongrie connut un certain âge d'or dans les années 10. Il faut aussi préciser que la grande partie de ces films est disparue et ceux qui ont survécu le sont le plus souvent sous une forme fragmentaire.

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La moitié d'un garçon/Egy fiunak a fele (Bolvary Geza / Géza von Bolváry - 1924) est un édifiant mélodrame au scénario hallucinant où un veuf, père d'un enfant de 1 ans, se remarie. Craignant que sa nouvelle épouse, qui vient d'accoucher d'un autre garçon, accorde moins d'amour à son premier fils, il profite de la convalescence de la jeune maman pour faire placer les deux bambins dans un foyer anonyme durant 5 ans. Ainsi une fois le délai passé, la mère ne pourra différencier son fils de son beau-fils (et évidement, les deux enfants seront pour ainsi des jumeaux).
Je crois que j'étais trop abasourdi par la muflerie (euphémisme) éhonté du script et de son héros (qui semble tout à fait normal et justifié ici) pour vraiment pouvoir m'en détacher et prêter attention au film et ses possibles qualités cinématographiques qui ne m'ont de toute façon pas sauter aux yeux à première vue. En tout cas, les acteurs sont heureusement plus retenus que la plume de l'auteur qui en remet une couche en plus dans la conclusion avec discours nationaliste ventant le sacrifice de la jeunesse à la guerre.

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Aphrodite (Alfred Deesy - 1917) est tout autant affligeant et sacrément tortueux pour ne pas dire très confus dans le genre mélodrame des familles, avec en bonus un arrière fond préchi-précha. Cette fois c'est une veuve qui refuse de remarier, pour ne pas perdre l'héritage de son mari, et qui repousse ainsi son amant qui est pourtant le père de sa fille. Blessé ce dernier devient moine, tout en embarquant sa fille qu'il place dans une famille de pêcheur, ce qui lui permet de la surveiller une fois adolescente.
Pour le coup, les acteurs ressemblent aux mauvaises caricatures du cinéma muet (genre, on lève dramatiquement les bras au ciel quand on est triste) tandis que les extérieurs de la seconde moitié offre en consolation quelque plans naturalistes plutôt soignés. Il est surtout frustrant que l'humanité et la tendresse des sentiments qui auraient dû prendre le pas sont lourdement parasitées par sa dimension moralisatrice et religieuse.

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La dernière nuit (Jeno Jnovics - 1917) est encore une histoire de séparation et de filiation : une ancienne vedette des planches quitte mari et enfant pour suivre un acteur qui lui promet mont et merveilles et ne lui offrira que déchéance.
Prévisible à souhait, y compris dans le come-back du "méchant" et le faux twist du jeune prétendant qui se révèle être le fiston devenu grand, le film déroule son ennui malgré une ouverture prometteuse avec une très jolie idée de mise en scène et de cadrage : l'héroïne au premier plan dont le visage prend la moitié du cadre, tandis que fenêtre à côté d'elle révèle son ami comédien qui s'éloigne, flou. Dommage qu'aucune autre scène ne possède cette force visuelle et psychologique. Cependant les extérieurs sur une jolie région (lac, montagne et palais à l'architecture élégante) sorte de temps en temps de la torpeur.

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Sur les 6 films sur 14 présentés que j'ai vu (les deux autres étant des Curtiz), Les garçons de la rue Pal (Bela Balogh – 1924) est sans doute le plus intéressant. Il s'agit d'une l'adaptation d'un classique de la littérature hongroise (que Balogh avait déjà porté à l'écran en 1919) pour une certaine fraîcheur dans ce pré-Guerre des boutons avec deux bandes d'enfants s'affrontant pour la domination d'un terrain vague.
Les extérieurs sont agréables avec un ancrage social non négligeable, sans pour autant être vraiment mis en valeur. Les jeunes acteurs sont convainquant pour des personnages moins unilatéraux que prévu, et le rythme assez soutenu. Je suis un peu moins emballé par le virage dramatique du dernier tiers que je trouve un peu abrupte et force même s'il faut prendre en compte que la copie ayant survécu est incomplète. Je me demande aussi si le film possède (et le roman ?) possède un sous-texte politique dans cet affrontement entre enfants puisque l'un des groupes est constitué de « chemises rouges ».

De ce cycle, un ami m'a dit du bien d'un autre film de Balogh : Au pied des Montagnes.
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