Le Cinéma hongrois

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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riqueuniee
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Re: Le cinéma hongrois

Post by riqueuniee »

Excellent film en effet. Si le début peut laisser espérer une comédie satirique et loufoque sur une brave famille empoisonnée par un gêneur, le ton se fait au fur et à mesure de plus en plus grinçant et absurde, surtout à partir du moment où la famille se met à fabriquer des boîtes . Le détail qui peut paraître au départ juste farfelu, du postier qui ne distribue pas les mauvaises nouvelles, participe de ce côté grinçant et noir, puisque la famille continue à supporter le commandant à cause du fils parti sur le front (le film se passe en 1942).
Jusqu'à cette conclusion, où on passe de l'humour noir à la tragédie.
Un fim qui m'a rappelé, sans leur ressembler, les films tchèques de la même période (fin des années 60) qui maniaient eux aussi l'humour noir et grinçant, ou l'absurde, et qui mélangeaient parfois burlesque et tragédie.
Excellente interprétation, en plus.
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Jack Carter
Certains l'aiment (So)chaud
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Re: Le cinéma hongrois

Post by Jack Carter »

cycle Cinema Hongrois à Lyon, au Cinema Opera, du 25 au 31 mai : http://www.instituthongrois.fr/dinamiku ... rie2-1.pdf
"On peut revenir au sujet du topic ?" (Jack Carter)
Music Man
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Re: Le cinéma hongrois

Post by Music Man »

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ENTRE DEUX EAUX (Valamit vizs a viz) de Lajoz ZILAHY et Gusztav OLAH – 1943
Avec Pal JAVOR et Katalin KARADY

Un pêcheur sauve une jeune et très belle inconnue de la noyade. Encouragé par son épouse qui cherche une employée pour les tâches ménagères et veiller sur leur enfant, Il accepte à contre coeur d’héberger la mystérieuse rescapée… et en tombe fou amoureux. Après avoir failli mener le couple au pire, la mystérieuse femme de nulle part finira par disparaitre comme elle était apparue, au fil de l’eau…

Valamit vizs a viz est à la base un roman de Lajos Zilahy (un gros succès de librairie en 1928) porté à l’écran par l’auteur lui-même, avec l’aide de Gusztav Olah.
Une oeuvre tragique et symbolique qui relate l’histoire presque surnaturelle d’une passion dévorante et maléfique qui va complètement remettre en question la vie paisible et sans histoire d’un pêcheur (il envisage m^me d'empoisonner son épouse). En dépit (ou à cause ?) de certaines maladresses, le film parvient à installer une atmosphère étrange et insaisissable comme le courant de cette rivière sur lequel s’attarde le poète et cinéaste. Un poème d’amour lancinant, qui pêche par un manque de cohérence certain entre les séquences. Les deux rôles principaux sont interprétés par les deux plus grandes stars de l’écran hongrois, à savoir Pal Javor , le « Clark Gable hongrois » et la fascinante Katalin Karady, qui chante un peu comme Zarah Leander.
Le film fera l’objet d’un remake en 1969.
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Re: Le cinéma hongrois

Post by Music Man »

HIPPOLYTE LE LAQUAIS (Hippolit a lakaj) de Steve SEKELY – 1931
Avec Pal JAVOR, Gyula KSORTOS, Misi HARASZTI

Une riche bourgeoise décide d’embaucher un laquais chez elle, car c’est très bien vu dans la haute société. Ce dernier va tout vouloir régenter dans la maisonnée.

Hyppolite le laquais est un des films culte de l’histoire du cinéma hongrois. Ses chansons sont paraît-il encore connues là-bas ; franchement, j’ai été déçu par cette comédie théâtrale à laquelle je n’ai pas trouvé de finesse (certains critiques ont comparé cette œuvrette aux comédies de Lubitsch). Les acteurs sont bons, mais j’ai peu ri et me suis ennuyé en dépit de la durée pourtant fort courte de ce petit film. La confrontation entre les personnages aurait pu donner lieu à une étude de mœurs corrosive mais ce n’est pas vraiment le cas ! Le cinéaste Steve Sekely, a fui son pays après l’arrivée des nazis pour Hollywood où il a réalisé des films de série B. Son assistant Laslo Benedek s'est mieux débrouillé (l'équipée sauvage en 1953). Pal Javor dans le rôle du chauffeur-ingénieur va devenir la vedette numéro 1 du cinéma hongrois. Il fuira son pays à la fin des années 40, mais son incapacité à se mettre à l’anglais, nuira à sa carrière à Hollywood où l’ex séducteur sera réduit à de la simple figuration muette , avant de sombrer dans l’alcool et la dépression.
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Music Man
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Re: Le cinéma hongrois

Post by Music Man »

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BALALAIKA /MARIAGE A TOPRINI (Toprini nász) de André DE TOTH (Toth Endre)– HONGRIE - 1939
Avec Pal JAVOR et Klary TOLNAY

Au début du siècle, avant la Première Guerre mondiale, le contre-espionnage hongrois confie à un lieutenant une mission secrète dans la ville de Toprin près de la frontière russe. Déguisé en jardinier, il va parvenir à soutirer les renseignements qu’un riche conte fait parvenir aux russes…tout en se laissant séduire par l’épouse de l’affreux bonhomme.

Si ce roman d’aventures sur fond de contre-espionnage n’est pas très puissant, les qualités d’André de Toth en tant que cinéaste sont déjà bien palpables ! Il arrive à animer le récit constamment mêlant suspens, romantisme, folklore et humour dans un cocktail finement dosé. Avec un budget limité, il parvient à faire des étincelles.
Les éclairages nocturnes et la photographie sont absolument remarquables, (des plans très étudiés superbes, de beaux mouvements de caméra)
, et la musique slave splendide donne beaucoup de charme à cette intrigue un peu naïve dont le point culminant est un mariage forcé des plus rocambolesques (pour protéger sa jolie maîtresse, l’épouse du conte, le jardinier espion prétend qu’il a passé la nuit avec une femme de chambre et se trouve contraint de l’épouser).
Pal Javor, superstar du cinéma hongrois d’avant-guerre a vraiment beaucoup de charisme dans le rôle principal et sa partenaire Klary Tolnay beaucoup de charme.
On comprend qu’en visionnant le film, Harry Cohn, le patron de la Columbia ait immédiatement fait des propositions au cinéaste (qui finira par gagner Londres puis Hollywood après l’arrivée des troupes allemandes en Hongrie).
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Federico
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Re: Le cinéma hongrois

Post by Federico »

Anecdote que les tintinophiles distingués connaissaient sûrement mais que je découvre dans le petit livret de la dernière figurine de personnages Tintin : le nom du personnage de Szut, le fameux "mitrailleur à bavette" borgne et mercenaire estonien aurait été inspiré à Hergé par un des principaux collaborateurs de ses adaptations d'aventures en dessin animé, le Hongrois Yvan Szücs. Cet homme, réfugié en Belgique après l'insurrection de 1956, avait été chanteur d'opéra et - toujours d'après ce livret - aurait joué dans de petits films hongrois (je suppose des opérettes ou comédies musicales). J'ai cherché sur IMDB mais rien trouvé de probant... sinon que Szücs semble un nom hongrois très courant. :wink:
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The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Re: Le cinéma hongrois

Post by Music Man »

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MARIE LEGENDE HONGROISE/UNE HISTOIRE D’AMOUR (Tavaszi zápor) de Paul FEJOS-HONGRIE- 1933

La Hongrie, avant la guerre. Marie ,employée de maison, rencontre un homme dont elle tombe amoureuse. Mais à peine séduite, il l'abandonne alors qu'elle attend un enfant. Découvrant la situation, sa patronne la renvoie. Marie a de grosses difficultés pour assumer ses responsabilités. L'Assistance Publique lui enlève son enfant. Elle sombre alors dans la folie et jure de se venger de la Madone qui ne l'a pas protégée. Elle meurt devant l'autel.

Comme Ann Harding, j’ai beaucoup apprécié ce film, que je classerai nettement au-dessus de Solitude (qui m’a pas mal déçu quand j’ai le revu récemment) ou Gardez le sourire dans l’oeuvre de Paul Fejos.
Malgré ou (en raison) de sa simplicité, ce conte hongrois est vraiment touchant et filmé avec une infinie sensibilité. Entre réalisme, poésie puis fantastique, Fejos arrive avec un talent rare à insuffler quelque-chose de tendre et de très touchant à la tragique légende de Marie. En réduisant les dialogues au minimum (et surtout ceux d’Annabella) a retrouvé la clef de la plus pure émotion, qui se lit dans les regards, les non-dits, et traduit la résignation de la pauvre héroïne. La photographie est splendide et Annabella comme transfigurée par son personnage douloureux contre lequel le sort s’acharne. Craintive, épuisée, résignée ou révoltée, je l’ai trouvé lumineuse et magnifique et je classerai sans problème ce rôle comme la meilleure interprétation de sa carrière. La finale fantastique et en effet très similaire au Liliom de Molnar est certes naïve (avec Annabella qui nettoie le plancher au paradis, dans une pièce où tous les meubles scintillent de mille feux) mais terriblement attendrissante. En dépit de ses qualités évidentes, le film fut un fiasco commercial dont pâtit largement Fejos. Si vous avez la chance de le visionner, ne passez pas à coté de ce très beau moment d’émotion.
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Re: Le cinéma hongrois

Post by Music Man »

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QUELQUE PART EN EUROPE (Valahol Európában) de Geza VON RADVANYI– 1947
avec Arthur SOMLAY et Suzy BANKY

A la fin de la Seconde guerre mondiale, des enfants misérables errent sur les routes de l'Europe centrale. Un groupe d'enfants tombe sur le chef d'orchestre Peter Simon qui attend l'arrivée de la paix dans les ruines d'un château. Ils unifient leurs forces contre les gens hostiles de la ville.

Commandité par le parti communiste hongrois, Quelque part en Europe figure parmi les plus célèbres et les plus beaux films du cinéma hongrois. Dans un style empruntant au néo-réalisme, Il dresse le sombre constat que les ravages de la guerre dans une Hongrie en ruine et lugubre, où des gosses livrés à eux-mêmes, multiplient les larcins pour se nourrir et tenter de survivre. Plus que l’histoire qui prend une tournure idéologique appuyée et allégorique dans la seconde partie, j’ai apprécié la grande qualité de la mise en scène et le talent avec lequel Radvany avait mis en image son récit. Il fait preuve d’une réelle virtuosité et je ne saurais passer en revue les nombreuses scènes visuellement époustouflantes (celle où un petit gamin, effrayé par un bombardement se réfugie dans une baraque foraine en feu où fond un mannequin de cire représentant Hitler, les enfants ivres couchés dans tous les recoins du château en ruine…). Franchement, j’ai trouvé cela superbe. Le film réserve un beau moment d’émotion final et les enfants sont tous magnifiques et filmés avec beaucoup d’adresse. Ce film est considéré comme l’un des tout premiers à évoquer indirectement le drame de la Shoah, car on y voit un enfant que ses parents sauvent en le jetant par la fenêtre du train qui les dirige vers un camp de la mort, et une jeune femme violée pendant que ses parents sont déportés.
Dommage de Geza Von Radványi n’ait pas confirmé son talent par la suite : on connaît surtout son remake de jeunes filles en uniformes avec Romy Schneider.
aelita
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Re: le cinéma hongrois

Post by aelita »

santiago wrote:Les garçons de la rue Paul (Zoltan Fabri, 1969).
Le cinéaste hongrois a connu sa meilleure période dans les années 50, époque où il était régulièrement sélectionné à Cannes (Un petit carrousel de fête, Professeur Hannibal...). Après quelques films décevants, il est à nouveau sur le devant de la scène en 69 avec cette adaptation d'un célèbre roman dans son pays, et il frôle l'Oscar du meilleur film étranger, finalement remporté par le Guerre et paix de Bondartchouk. Les garçons de la rue Paul prend pour cadre le Budapest du début du 20 ème siècle et une "guerre" entre bandes rivales, plus exactement une sorte de Guerre des boutons entre adolescents, sérieuse et chevaleresque, et bien entendu dérisoire. Ce qui frappe, c'est l'absolue douceur de ton adopté par Fabri et sa tendresse pour des jeunes gens qui se prennent pour des grands. Le dénouement dramatique de l'histoire n'en est que plus émouvant.


Pas vu le Borzage, hélas. C'est un de mes objectifs d'ailleurs : voir TOUS les Borzage.
Le film de Fabri devrait connaître une ressortie salles (sans doute assez restreinte, dans le genre de celles des comédies britanniques ) le 22/10.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? (pensée shadok)
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Re: le cinéma hongrois

Post by Supfiction »

aelita wrote:
santiago wrote:Les garçons de la rue Paul (Zoltan Fabri, 1969).
Le cinéaste hongrois a connu sa meilleure période dans les années 50, époque où il était régulièrement sélectionné à Cannes (Un petit carrousel de fête, Professeur Hannibal...). Après quelques films décevants, il est à nouveau sur le devant de la scène en 69 avec cette adaptation d'un célèbre roman dans son pays, et il frôle l'Oscar du meilleur film étranger, finalement remporté par le Guerre et paix de Bondartchouk. Les garçons de la rue Paul prend pour cadre le Budapest du début du 20 ème siècle et une "guerre" entre bandes rivales, plus exactement une sorte de Guerre des boutons entre adolescents, sérieuse et chevaleresque, et bien entendu dérisoire. Ce qui frappe, c'est l'absolue douceur de ton adopté par Fabri et sa tendresse pour des jeunes gens qui se prennent pour des grands. Le dénouement dramatique de l'histoire n'en est que plus émouvant.


Pas vu le Borzage, hélas. C'est un de mes objectifs d'ailleurs : voir TOUS les Borzage.
Le film de Fabri devrait connaître une ressortie salles (sans doute assez restreinte, dans le genre de celles des comédies britanniques ) le 22/10.
J'ai flashé en voyant le titre de ce film.
J'avais lu le livre étant gamin, j'avais adoré je crois même si je ne me rappelle plus de l'histoire (de bande rivales, peut-être genre La guerre des boutons. Edit: rapprochement fait également par santiago).

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Jeremy Fox
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Re: Le cinéma hongrois

Post by Jeremy Fox »

Adotpion de Marta Meszaros par Jean-Gavril Sluka, film sorti en DVD chez Malavida.
Chip
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Re: Le cinéma hongrois

Post by Chip »

SI ça peut aider... un livre:
" Le cinéma hongrois " (sous la direction de Jean-Loup Passek ) -centre Georges Pompidou-
catalogue conçu à l'occasion de l'expo consacrée au cinéma hongrois par le centre Pompidou du 5-12-1979 au 7-01- 1980.
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma hongrois

Post by Jeremy Fox »

Anthony Plu nous parle aujourd'hui de Le Temps suspendu de Peter Gothar sorti en DVD chez Clavis.
Chapichapo
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Re: Le Cinéma hongrois

Post by Chapichapo »

Petite coquille :

ANALYSE ET CRITIQUE
Elu parmi les douze meilleurs films polonais par un panel de critiques et de cinéastes, Le Temps suspendu fait partie de ces films qui auscultent leur pays au lendemain de la révolution avortée de 1956.
bruce randylan
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Re: Le Cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

Ah ouais, elle est pas mal celle là :oops:
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"