Le Cinéma hongrois

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Re: Le cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

Ah, la famille Tot était en effet génial. Clairement le meilleur du cycle. C'était vraiment le plus drôle (et pour le coup l'un des plus satirique aussi - beaucoup ne l'était pas du tout).
Mon avis complet viendra un peu plus tard
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bruce randylan
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Re: Le cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

Mère malgré lui (Dezso Garas - 1989)

Dans un village où tous les hommes s'appellent Bela, la naissance d'un garçon que la mère nomme Jozsi ne pouvait que semer la zizanie. Et en effet, rejeté par la population durant sa jeunesse, il ne connait l'amour que tardivement. Et comble du comble, il tombe enceinte.

Un gros bol de fraicheur et de folie dans cette fable totalement absurde et surréaliste qui ne manque jamais d'idées délirantes.
Le réalisateur se moque d'un société qui étouffe l'individualité pour imposer une normalité cauchemardesque. Mais Garas choisit le pari d'un burlesque plus inspiré et maitrisé que celui de cette belle époque du foot. Son univers est plus original et s'intègre beaucoup mieux à l'histoire même si la surcharge d'information et la narration très speed du début perturbe plus qu'elle n'immerge.
C'est donc quand on découvre le conseil municipal luttant autour d'un banc qu'on rentre pleinement dans le film.

Garas déploie une belle énergie dans sa mise en scène pour transmettre la folie de son village : images accélérées, noir et blanc contrastée, personnages toujours en mouvements, montage nerveux, positions de caméra improbables, travellings nerveux etc... On pense par moment à du Tsukamoto light de la même époque.
C'est d'autant plus réussi que les situations sont à la hauteur de la mise en scène : le cérémonial pour définir quel prénom sera choisi (les femmes doivent reconnaitre les fesses de leurs maris qui ont la tête caché dans une immense botte de foin), le running gag du conseil municipal qui va au bar pour trouver une idée, la venue de la sainte vierge, les tentatives d'agrandir un banc, des ouvriers essayant de faire rentrer la lumière dans la maison (en enfermant les rayons du soleil dans des grands sacs :blink: )... Le must étant la méthode pour définir si le héros est bel et bien enceinte. Un long et grand moment où le raisonnement illogique est poussé jusqu'au bout de sa (non)logique.

La conclusion devient un peu plus grave en revanche où la naïveté et la bonne volonté du héros sont mis à rude épreuve par des villageois égoïstes et orgueilleux. Mais Garas parvient une nouvelle fois à détourner les pièges en glissant dans une poésie plus abstraite qui confirme que le film possède une réelle dimension de fable (il semblerait que le cinéaste soit allé piocher dans divers contes folkloriques)

Tourné juste avant la fin de l'empire soviétique, voilà une comédie mené tambour battant tout aussi percutante que délirante. Son humour non-sensique et sa mise en scène ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais j'ai beaucoup aimé.
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Re: Le cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

Une nuit de folie (Ferenc Kardos - 1969)
Au moment de la fermeture d'un épicerie, deux contrôleurs exigent de faire un inventaire. Le patron comme ses employés doivent rester sur place.

Très bonne surprise que cette comédie à l'histoire incompréhensible pleine de retournements, de twists, de surprises où les motivations de chacun changent régulièrement. Ca fait partie du discours critiquant une société corrompue à toute les échelles sociales : on en sait jamais donc si les personnages agissent par devoir, par crainte, par lâcheté, par calcul, par faiblesse, sous des ordres, par sadisme psychologique etc...
On essaye de comprendre pourquoi les agents de l'état passent leur temps à menacer l'épicier avant de lui laisser la possibilité de les menacer à son tour. Ca conduit sur une fin surprenante assez drôle et vraiment inattendue.
Ce manège de va et vient dans les rapports de force semble sur le point de s'essouffler à plusieurs reprises mais, la mécanique est sauvée par l'arrivée d'un nouveau personnage qui va relancée les situations (qui restent cela dit sur le même schéma).

Le film a surtout la bonne idée de ne durer que 78 minutes et surtout de proposer une mise en scène assez ébouriffante et virtuose. Le plan séquence d'ouverture est tout simplement digne d'Orson Welles, Hitchcock ou John Farrow : depuis le trottoir situé en face de la boutique, la caméra filme en travelling/zoom arrière une employée baisser les stores, traverse la rue pour suivre la jeune fille prendre la route perpendiculaire pour fermer les entrées latérales. Puis la caméra la suit rentrer dans la boutique, effectue une panoramique 360° à l'intérieur avant de se glisser entre les comptoirs et les clients pour dévoiler les 2 pièces servant de réserves pour enfin retourner dans la boutique. Plusieurs minutes pour un sacré défi technique qui n'a pas l'air truqué et qui a aussi l'air d'avoir été tourné en extérieur (et non en studio).
Le film proposera ainsi plusieurs plan-séquence de ce genre avec sa caméra qui se faufile entre des rayonnages et des portes en glissant d'un personnage à l'autre dans une chorégraphie spectaculaire.
Loin d'être gratuit cet virtuosité qui colle aux acteurs tout en privilégiant les plans rapprochés a pour but de faire perdre les repères géographiques aux spectateurs très vite égarés par l'absence de plan large.

le climat devient étouffant et accompagne bien cette comédie claustrophobique.
Enfin, les acteurs sont très bons avec notamment un Ferecn Kallai haïssable qui joue l'opposé de son personnage du témoin.
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Re: Le cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

Le voyage en Angleterre (Istvan Darday et Gyorgi Szalai - 1974)

Dans un village très reculé de la Hongrie, une secrétaire du gouvernement cherche des enfants méritants pour leur offrir un voyage à Londres. Elle en trouve un idéal mais sa mère a des craintes de le laisser partir.

Une fiction tournée dans un style reportage brute qui rappelle l'ambiance des documentaires à la striptease en montrant le quotidien d'individus pathétiques sans intervention de l'équipe ou des journalistes.
Ce qui pourrait être original montre rapidement ses faiblesses avec des séquences très répétitives qui déclinent les mêmes enjeux et les mêmes problèmes sans aucune évolution. Comme le rythme est très lent et que le style du film rejette les artifices comme montage, la photographie ou la musique, le film demeure assez ennuyant, plat et languissant.
Les passages décalés sont de même assez rare. A la rigueur ça ne serait pas forcément un défaut si les ressorts dramatiques n'étaient pas aussi rébarbatifs avec la mère insupportable qu'on a envie d'étrangler dès qu'elle ouvre la bouche. On aurait voulu être plus centré sur le jeune garçon à qui on promet un voyage.
Après cela dit, pour le fois, le film critique plus la population que les autorités en pointant du doigt un conservatisme à la limite de l'obscurantisme.
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Re: Le cinéma hongrois

Post by riqueuniee »

Très bien toutes ces chroniques.J'attends celle sur la famille Tot, pour confronter nos impressions. J'ai trouvé le ton de ce film pas si éloigné de celui de certains films tchèques de la même période (bon, je n'en n'ai pas vu beaucoup non plus...).
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Re: Le cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

Content que ça te plaise (c'est toujours sympa de savoir que ça intéresse quelqu'un). :D

Il me reste encore 2-3 films contemporains à faire avant d'arriver à la famille Tot.
D'ailleurs, je ne sais pas trop où les mettre ces films contemporains. Ici de manière anachronique ou perdu dans le topic "notez les films ..." :|
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Re: Le cinéma hongrois

Post by riqueuniee »

C'est le problème des sujets "à cheval" sur le naphta et le non-naphta... On ne sait jamais trop où les ouvrir.
Ici, ton sujet est plutôt bien placé, même si certains films sont récents.
bruce randylan
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Re: Le cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

Et bien soit :)

Coup de bol (Tamas Kemenyffy - 2008)

A la frontière de l'Autriche, un petit village espère vendre ses terres pour sortir de la misère. La transaction échoue mais bientôt l'espoir renait quand on découvre qu'un oléoduc pétrolier passe sous le cimeterre. Les habitants décident de détourner l'essence pour le vendre.

Cette fois, on est assez proche des comédies sociales anglaises avec son arrière-plan économique dépressif et sa grisaille quotidienne. Le film conserve bien évidement son identité nationale mais la satire est bien moins poussé que le reste du cycle. Ca reste même plutôt sage avec son opposition entre petits paysans et riches industrielles de la pétro-chimie qui n'est ni original ni bien fouillé. De la même manière, l'intrigue aurait mérité de pousser un peu plus loin la comédie et le scénario pour plus de folie.
Ca reste assez sage pour ne pas dire prévisible d'autant que les personnages sont assez caricaturaux. D'ailleurs l'histoire d'amour entre les deux adolescents ne sert strictement à rien.
Fort heureusement, l'ensemble se laisse suivre pour demeurer assez sympathique et attachant à l'image d'un générique de fin réussi mais qui reste presque ce que le film a de plus drôle et frais.
La mise en scène est correct avec quelques idées bien exploités (comme l'ellipse amenant sur l'enterrement).

A noter que co-production franco-allemande-hongroise oblige, on retrouve un acteur français au casting et pas des moindres : Lorant Deutsch ! :shock: :o
Il y joue l'adolescent romantique et rappeur :lol:
Sa présence n'a cependant pas permis au film de sortir dans notre pays.
Vous pouvez voir sa présence vers 0.55 dans la BA

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Re: Le cinéma hongrois

Post by riqueuniee »

Il se trouve que Lorànt Deutsch est d'origine hongroise. Aurait-il "atterri" dans ce film sans la coproduction ? Sans doute pas...
bruce randylan
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Re: Le cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

Ah d'accord.
Je me suis posé la question un moment et comme il a l'air post-synchronisé et qu'il semble que ce soit son seul film hongrois, je n'ai pas cherché plus loin.
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Re: Le cinéma hongrois

Post by riqueuniee »

Je ne sais pas s'il parle assez bien hongrois pour éviter la post-synchronisation. Il faudrait voir un passage où on l'entend parler plus longtemps pour se rendre compte si c'est sa voix ou non.
Bugsy Siegel
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Re: Le cinéma hongrois

Post by Bugsy Siegel »

bruce randylan wrote:A noter que co-production franco-allemande-hongroise oblige, on retrouve un acteur français au casting et pas des moindres : Lorant Deutsch ! :shock: :o
Il y joue l'adolescent romantique et rappeur :lol:
Ce type est plus vieux que moi... :lol:
on faisait queue devant la porte des WC comme au ciné lors du passage de l'Atlantide à l'écran. Jean Ray, Hôtel de Famille, 1922
riqueuniee
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Re: Le cinéma hongrois

Post by riqueuniee »

C'est en tout cas sa seule incursion dans une production étrangère. Il est peut-être là plus pour ses origines hongroises que parce qu'il est français...
bruce randylan
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Re: Le cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

Poupée (Peter Timar - 1997)

Dans les années 60, un groupe de jeune rêve de s'échapper de la grisaille hongroise en participant à un concours dont le premier prix est un voyage en Suède.


C'est une comédie musicale qui repose sur le principe qui a servi à bon nombres de films du genre (Rooney/Garland par exemple) et on est plutôt emballé de voir cette période traitée avec couleurs, chansons et bonne humeurs.

Et bien, non, c'est pas bon du tout.
Je dirais même très mauvais et agaçant. La mise en scène confond vitalité et surplus inutile ; originalité et gimmick.
Je ne sais pas pourquoi mais pratiquement TOUT le film est soit légèrement accéléré, soit légèrement ralenti. :?
C'est assez perturbant, ça n'apporte rien, ça ne porte rien, ça ne raconte rien.
Et ce n'est que le premier d'une longue série de défauts rédhibitoires : les chansons sont nulles (et la musique anachronique), les acteurs sont mauvais, le grand nombre de personnages encombre la narration, l'humour est vulgaire, aucune émotion, aucun enjeu, la psychologie est inexistante et incompréhensible etc...

Voilà, non seulement c'est raté mais en plus c'est insupportable. J'ai vraiment souffert du début à la fin. :x


Hic (Gyory Pati - 2002)

Un film assez extraordinaire qui ne ressemble à rien ni personne. C'est très difficilement descriptible d'ailleurs, on pourrait dire que c'est un policier naturaliste, surréaliste et sans dialogue qu'on serait encore loin du compte.
C'est expérimental sans être chiant car le concept participe à construire une ambiance fascinante avec une réalisation virtuose et époustouflante.

En gros, on suit le quotidien d'un petit village où un vieux avec un hoquet persistant regarde les habitants passer dans la rue. En parallèle on suit la vie sur(et sous) les champs, quelque moments de différentes familles et un policier sur un enquête.

Le récit est totalement non narratif, sans fil conducteur, sans explication, sans justification. La mise en scène suit en fait plus la vie animale tournant autour du village : chat, lapin, poissons, taupe, grenouille, abeilles etc... Ceux-ci sont filmés dans des gros plans magnifiques d'une beauté hallucinante. D'ailleurs l'ensemble du film est composé à 80% de très gros plan à la macro en mouvement qui a du être un sacré défi technique pour le chef opérateur qui compose aussi plusieurs plan-séquence avec de très amples (et longs) travellings à la grue ou à la steadycam.

Le montage est également brillant, finement rythmé. Cette virtuosité et cette façon atypique de raconter l'histoire forment un film passionnant qui heureusement ne dure pas très longtemps (78 minutes) et qui est traversé de moments totalement improbables comme la scène de l'avion en rase-motte.

Voilà, avis très brouillon mais ce n'est vraiment pas un film facile à décrire car reposant sur un travail pictural de premier ordre et un montage qui associe la vie et la mort du monde animal avec une sombre histoire d'empoisonnement dont on ne connaitra rien, si ce n'est son dénouement.

Gros coup de cœur. :D
Et je suis vraiment curieux de découvrir un autre film plus réputé du cinéaste : Taxidermie


PS : riqueuniee, C'est bon le prochaine sera la famille Tot :mrgreen:
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Re: Le cinéma hongrois

Post by bruce randylan »

La famille Tot (Zoltan Fabri - 1969)

Le Père Tot est la figure centrale du petit village où il est pompier, estimé de tous et adoré par sa femme et sa fille. Leur fils au front leur demande s'ils peuvent héberger durant une dizaine de jours son commandant dont les nerfs ont été usés par les batailles. La petite famille prend cette venue pour un honneur mais le caractère du commandant va vite perturbé la vie bien réglée des Tot

Le cycle se termine pour ma part avec surement le meilleur film de la rétrospective.
C'est pour le coup une vraie (et drôle) comédie dont la satire se fait très violente dans sa conclusion.
L'histoire est très bien construite, commençant dans l'auto-parodie "tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil" avec voix-off élogieuse, grands sourires admiratifs et dialogues appuyés.
Quand survient le commandant, l'humour se fait plus grinçant, plus absurde, poussant toujours plus loin son comique de situations et ses des running gags pour aller vers quelque chose de plus surréaliste avec des proportions délirantes toujours très bien exploités visuellement : la passion du commandant pour la fabrique de cartons, le père s'endormant n'importe où et se cachant dans les toilettes, la susceptibilité du commandant, l'ombre que le commandant franchit en sautant au dessus etc...
On rit de bon cœur et surtout très souvent avec des acteurs excellents qui se ne défaussent jamais de leur dimension caricaturales de "bon bougres volontaires un peu pataud"

Mais derrière l'humour et les rires, on sent un malaise plus virulent. La dernière scène, introduit par un carton on ne peut plus équivoque, explique clairement que l'occupation militaire d'un village (ou d'un pays) ne peut avoir que des conclusions dramatiques.

Une comédie vraiment originale, très bien mené, qui ne s'essouffle jamais avec un scénario en or pour une portée métaphorique ambitieuse et surtout drôle.
Un chef d'œuvre pour le coup :D
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