Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Demi-Lune
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Re: Mikhail Kalatozov (1903 - 1973)

Post by Demi-Lune »

Eusebio Cafarelli wrote:Kalatozov à f tourné aussi The Red Tent avec Sean Connery, Claudia Cardinale, Hardy Kruger... Quelqu'un l'a vu ?
Pas encore vu mais apparemment c'est beaucoup plus conventionnel que ce qu'il faisait dans les années 50/début 60.
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Demi-Lune
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by Demi-Lune »

Pour les curieux, Youtube donne la possibilité de découvrir d'autres films de Kalatozov que les sempiternels Quand passent les cigognes et Soy Cuba.
La lettre inachevée est disponible en intégralité et STA sur la chaîne Mosfilm. Plus rares encore sont ces œuvres de jeunesse, Le sel de Svanétie (1930) et Le clou dans la botte (1931). Je viens de visionner le premier, qui est un "documentaire" muet (j'emploie des guillemets car ça me paraît quand même très scénarisé dans la seconde partie, avec des scènes terribles dont je ne peux pas croire qu'elles aient été mises en boîte comme ça, pour de vrai) sur les paysans peuplant une vallée du Caucase coupée du reste du monde. Je le recommande vivement : c'est une œuvre fascinante qui témoigne déjà d'une maîtrise et d'une recherche formelles époustouflantes. Un film qui marque, aux images impressionnantes (la fiche Wiki du film évoque la comparaison de Sadoul avec l'imagerie buñuelienne, et c'est vrai que certaines scènes passent presque pour du surréalisme). Cependant, il faut se farcir un accompagnement musical indigent.

julien
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by julien »

Pour la musique, tu enlèves le son et tu mets celui-ci à la place, en même temps que le film. Ça colle pas mal :

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"Toutes les raisons évoquées qui t'ont paru peu convaincantes sont, pour ma part, les parties d'une remarquable richesse." Watki.
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Demi-Lune
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by Demi-Lune »

Ouais c'est pas mal. Chostakovitch et Prokofiev, ça passe toujours tout seul sur des images de muet soviétique. :mrgreen:
Bon, j'ai donc visionné Le clou dans la botte qui est cette fois une œuvre de fiction (mais toujours muet). Le pitch est étonnant parce que son absurdité (une botte mal confectionnée) va rencontrer des incidences importantes, qui vont être pour Kalatozov l'occasion, dans la seconde partie du film, de se livrer à un regard relativement critique qui n'a apparemment pas trop plu au régime. La brièveté du film n'empêche cependant pas quelques longueurs dans la première moitié, dues au fait que l'histoire n'est pas non plus trèèèès passionnante. On va pas se mentir, c'est une nouvelle fois le traitement visuel qui fait le prix de ce Kalatozov. Images, montage... un véritable concentré de Cinéma en seulement 50 minutes. Kalatozov n'a décidément pas été que l'homme de deux films.

julien
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by julien »

Connais pas celui-là. Je me demande quelle est la musique utilisée, parce que c'est assez étonnant.
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"Toutes les raisons évoquées qui t'ont paru peu convaincantes sont, pour ma part, les parties d'une remarquable richesse." Watki.
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Re: Nos boules à mythes hautement définies

Post by bruce randylan »

Eusebio Cafarelli wrote:La lettre inachevée c'est aussi extraordinaire que Quand passent les cigognes et Soy Cuba ?
Ben, j'sais pas... T'as pas lu ce que j'en disais juste au dessus ? :fiou:

Sinon, merci demi-lune pour les 2 liens vers youtube !!!!! :D
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1kult
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by 1kult »

Bruce, le sujet a été déplacé, d'où la confusion... Cool aussi pour les liens, mais qui ne vont pas simplifier les éditions vidéos chez nous... :?
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by Jeremy Fox »

Potemkine vient de sortir un coffret consacré au cinéaste. Antoine Royer l'a décortiqué alors que Florian Bezaud nous parle du film encore inédit en DVD : La Lettre inachevée.

Les deux autres films étant Quand passent les cigognes et Soy Cuba.
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by Tutut »

Je vais peut être me laisser tenter, je n'ai que Quand passent les cigognes en import Ruscico.
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Demi-Lune
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by Demi-Lune »

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Depuis le temps que je cherchais à le voir, je suis content que La tente rouge (1969), dernier film méconnu de Kalatozov, n'ait pas déçu mon attente.
Avant toute chose, il faut être clair : en termes de virtuosité et de génie cinématographiques, cela ne se hisse pas au même niveau que les films soviétiques en N&B tournés avec l'opérateur Sergueï Ouroussevski. Sorti cinq ans seulement après le monumental Soy Cuba, le fossé de maîtrise se fait quand même sentir. Et pourtant, dire qu'on ne reconnaît pas Kalatozov dans ce travail serait mentir. Les plans à la grue qui suivent latéralement un personnage féminin au milieu de toute la logistique environnante, les plans à la grue qui se soulèvent depuis le sol et "toisent" de leur hauteur les personnages, les très grands angles expressionnistes, tout ça porte nettement la signature du cinéaste. Mais sans doute que les vicissitudes d'une coproduction italiano-soviétique, avec casting international à gérer (Peter "I'm mad as hell" Finch, Claudia Cardinale, Hardy Krüger, Sean Connery, Nikita Mikhalkov), ont donné plus de fil à retordre à Kalatozov que les défis de ses précédents films.
En résulte néanmoins un film d'aventures de la meilleure étoffe grâce à sa dimension humaine. On devine le potentiel que l'auteur de La lettre inachevée a pu déceler dans cette reconstitution du crash du dirigeable Italia dans les années 1920, en plein milieu du Pôle Nord, et du récit de survie des explorateurs. Le traitement a l'originalité d'évoquer cet épisode par le biais de la claustration et de la culpabilisation d'Umberto Nobile, le chef de l'expédition scientifique, qui organise au crépuscule de sa vie son propre procès avec les fantômes de sa conscience (dont on ne sait alors lesquels sont réellement morts) pour rétablir la vérité et son honneur. On évite ainsi une reconstitution-bateau grâce aux interventions des "fantômes" qui coupent ou contredisent la version des faits de Nobile dans la partie présente. A la fois survival, épopée et film de suspense (la love story avec Claudia Cardinale est beaucoup plus kitsch), La tente rouge vaut mieux qu'une simple prolongation de La lettre inachevée : c'est un film qui fait la part belle au courage de pionniers de la découverte géographique, qui risquaient leur vie au nom de l'aventure et de la connaissance. Belle fin, qui fait réfléchir.
Dommage que le film n'ait pas la prestance des précédents Kalatozov et que la musique de Morricone (pourtant au zénith de sa créativité à cette époque) ne soit pas plus inspirée que cela, car sinon, c'est solide.

Et puis, quand même, quelle carrière elle avait dans les années 1960, Claudia... respect éternel.
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Père Jules
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by Père Jules »

Tu l'as vu dans quelle version ? J'ai une version italienne avec STF sous le coude.
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by Demi-Lune »

Père Jules wrote:Tu l'as vu dans quelle version ? J'ai une version italienne avec STF sous le coude.
Je l'ai vu en VF. :mrgreen: Mais les passages en russe n'étaient ni doublés, ni sous-titrés. On comprend quand même par l'image, mais je recommanderais une version qui permette de bénéficier de l'intégralité des dialogues. Cela dit, la VF est bien, hein.
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Thaddeus
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by Thaddeus »

Demi-Lune wrote:Et puis, quand même, quelle carrière elle avait dans les années 1960, Claudia... respect éternel.
On ne le dira jamais assez : cette femme fait partie de ce que le cinéma a engendré de plus sublime.
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Demi-Lune
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by Demi-Lune »

Thaddeus wrote:
Demi-Lune wrote:Et puis, quand même, quelle carrière elle avait dans les années 1960, Claudia... respect éternel.
On ne le dira jamais assez : cette femme fait partie de ce que le cinéma a engendré de plus sublime.
C'est la minute "Tom Cruise-Ray-Ban", mais avoir pu l'approcher, lui parler tranquillement, l'avoir faite sourire et l'avoir carrément pelotée contre moi restera définitivement un de mes plus beaux souvenirs. En vrai, elle est exactement comme on peut l'imaginer. Elle ne déçoit pas. Bien sûr, l'âge a marqué ses traits, mais avec sa voix si caractéristique, son rire, sa simplicité et sa spontanéité, elle faisait complètement oublier qu'elle est cette légende, c'en était désarmant. Les images et les BO de Morricone ou de Rota avaient beau se bousculer dans ma tête, j'avais avec moi une dame toute simple et adorable, qui prenait plaisir à discuter avec un jeune admirateur. Toute mon admiration n'en a été que décuplée.
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Thaddeus
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Re: Mikhail Kalatozov (1903-1973)

Post by Thaddeus »

:shock: Là, je suis jaloux.

Franchement, j'aurais rêvé être à ta place. Claudia (t'as vu l'actuel avatar de Karras comme il est beau ?) c'est vraiment un pilier de mon panthéon personnel, je suis fou amoureux de cette femme. Elle était d'une beauté, d'une classe, d'une élégance incommensurables, elle respirait l'intelligence et l'humilité alors même - comme tu l'as dit - que sa carrière aurait eu de quoi lui faire gonfler le melon et les chevilles, et on aurait compris. Merci pour cette anecdote, ça ne fait que nourrir l'immense opinion que j'ai d'elle.


Bon c'est pas tout ça mais Kalatozov :


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Quand passent les cigognes
En rupture avec la propagande soviétique qui enjoignait aux artistes de ne proposer que des héros positifs dévoués à l’édification du communisme, Kalatozov fait vivre des personnages réalistes, ancrés dans le quotidien et bouleversés par l’irruption tragique de la guerre. Le médecin ironise sur les appels au patriotisme, d’autres se planquent à l’arrière et trafiquent privilèges et prébendes, Veronika surtout, à laquelle Tatiana Samoïlova prête son visage si touchant et sa conviction affective, souffre d’une faute commise dans un moment d’égarement, vit au rythme de ses impulsions. Lyrique, tourbillonnante, la caméra accomplit des prodiges, bat à l’unisson des cœurs, arbres et souvenirs mêlés, pour donner vie au seul idéal qui compte : l’amour. Un superbe mélodrame sentimental. 5/6
Top 10 Année 1957

La lettre inachevée
Que les amateurs de survivals s’empressent de découvrir la tragique aventure de ces quatre prospecteurs pris au piège de la Sibérie sauvage. Servi par les plans impossibles de Serguei Ouroussevski (à l’époque les chefs op’ osaient mouiller leurs chemises), Kalatozov vise une sidération plastique permanente : déserts gelés, nuages noirs percés de rayons aveuglants, forêts mourantes et calcinées, silhouettes perdues au sein d’immensités irréelles. Les notes lancinantes d’un amour éloigné, le geste de la femme qui, la dernière nuit, se blottit dans le duvet de l’homme pour conserver leur chaleur vitale, les bribes tenaces d’une humanité luttant sans répit contre les éléments racontent, plus de quarante ans avant Gerry, la dissolution terrible de l’être au sein d’un monde à l’hostilité sublime. 5/6

Soy Cuba
En retraçant la lutte du peuple cubain pour sa liberté et les étapes menant de la pauvreté pré-révolutionnaire au combat armé, le cinéaste reprend les choses là où Eisenstein les avaient laissées avec Que viva Mexico !, développe un formalisme délirant, ouvre sur une célébration presque hédoniste de la chair, de la fête et de la vie. Son héroïne c’est la caméra, qui sinue à travers les roseaux du paradis sur terre, méprise les lois de la pesanteur pour voler entre les immeubles, se nourrit du brasier des images pour nous maintenir dans un vertige permanent. De la réalité à l’utopie, de la misère à l’insoumission, de la nostalgie à la revendication, cette fresque hallucinatoire achève les ultimes raideurs du réalisme socialiste en leur substituant un baroque orgiaque, nourri des expérimentations les plus folles. 5/6
Top 10 Année 1964


Mon top :

1. Quand passent les cigognes (1957)
2. Soy Cuba (1964)
3. La lettre inachevée (1960)

Ces trois films d’une grande importance, dont le lyrisme sans frein s’épanouit au travers d’une impressionnante virtuosité et de prodiges techniques totalement inédits, ont fait de Kalatozov une figure majeure du cinéma russe : à la fois héritier du formalisme des années 20, et progressiste, voire subversif, dans la propagande communiste qu’il était censé servir.
Last edited by Thaddeus on 20 Jan 19, 21:59, edited 2 times in total.