Allan Dwan (1885-1981)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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joe-ernst
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by joe-ernst »

Boubakar wrote:Quatre étranges cavaliers (1954)

Pour un début, on peut dire que ça commence très fort !
C'est assez court, mais le rythme effréné de l'histoire en fait un film absolument passionnant, et blindé de sous-textes qui le rendent plus intéressant qu'une vulgaire série B (le grand méchant s'appelle McCarthy, et la liberté fera sa justice, ce qui est assez savoureux), et une bonne interprétation.
Techniquement, ça reste aussi très bon, avec un superbe plan-séquence, vers la fin, où Ballard tente d'échapper à ses ravisseurs, qui part de la gauche vers la droite sur un plan qui dure quelques dizaines de mètres pour finir dans le fond du décor, c'est impressionnant de maitrise.
Ce premier film de Dwan que je vois m'a beaucoup plu, me faisant parfois penser à du Boetticher dans la brièveté et l'efficacité.
***légers spoilers***

D'accord avec tout cela pour ce film découvert hier soir et que j'ai beaucoup aimé. Deux choses ont cependant retenu mon attention, outre les allusions au mccarthyisme : tout d'abord j'ai trouvé que c'était un western plutôt féministe, puisque les seuls personnages valant réellement quelque chose au sein de cette petite communauté sont la fiancée de Ballard et la fille de saloon. Ensuite les institutions restent malgré tout relativement épargnées, la justice avec la figure du juge, certes complètement dépassé par la tournure prise par les événements mais que l'on sent prondément dubitatif face aux accusations portées contre Ballard, et l'Eglise, le pasteur cherchant à protéger le fugitif, même si en fin de compte la populace ne respectera pas un lieu a priori sacré. On pourrait encore ajouter la presse, puisqu'un des deux télégrammes est adressé à un journal.
Côté interprétation, John Payne ne m'a pas paru tout à fait convaincant. Dan Duryea est génial comme toujours et Lizabeth Scott et Dolores Moran ont fait de l'excellent boulot.

Les bonus de l'édition Carlotta valent le détour et l'évocation d'Allan Dwan par Bogdanovich est émouvante. Son interview de Dwan est franchement amusante (Dwan avait surnommé Bogeaus "Marceline" en référence au clown maladroit de la Belle Epoque ! :lol: ). Harry Carey Jr. m'a aussi beaucoup touché.
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Boubakar
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Boubakar »

Mauvais genres a consacré son émission mensuelle à Allan Dwan :
(podcast récupérable durant une semaine)

http://sites.radiofrance.fr/chaines/fra ... /index.php

Cette dernière met l'accent en particulier sur deux films (les meilleurs du coffret pour ma part) : Quatre étrange cavaliers et Deux rouquines dans la bagarre.
Et, pour avoir fini le coffret, je suis très satisfait du cinéma de Dwan, où l'on voit que ce sont de "petits" films (ce n'est pas péjoratif), mais qui apportent un plaisir élémentaire de spectateur, Le mariage est pour demain étant aussi une belle réussite sur l'amitié masculine.
Joe Wilson
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Joe Wilson »

Quatre étranges cavaliers

Un superbe western dans sa concision et sa sécheresse, Allan Dwan utilisant avec beaucoup de classe l'unité de temps et de lieu. La mise en scène exprime dès les premiers instants une tension sourde, une angoisse incertaine, ne laissant jamais au spectateur la possibilité de respirer. Ainsi, les rebondissement s'enchaînent et un malaise s'installe, avec la sensation que quelque chose nous échappe. Dwan parvient en effet à cerner l'émotion lâche d'une foule, d'une collectivité dans toute son ambiguité.
Et dans ce crescendo dramatique, Dan Ballard ne reste qu'une silhouette, un instrument. Le jeu nerveux, mais parfois étrangement absent à lui-même de John Payne renforce cette dynamique. Il n'est question, pour les habitants de Silver Lode, que de protéger une apparente tranquillité...c'est d'abord McCarthy, dans sa haine viscérale, qui représente ce danger, avant que, dans un renversement de perspective, Ballard endosse le costume d'un étranger à abattre. Si son mariage devait cristalliser pour la communauté le confort des apparences, la révélation du passé trouble (quel que soit son sens) ne peut qu'à la longue détruire cet équilibre. Jusqu'à cet éclat d'agressivité, qui résonne comme une escalade.
Face à ce constat amer, les femmes représentent en effet une résistance. Parce qu'elles symbolisent deux univers d'une société, leur alliance peut briser un moment cette suprématie des convenances, des faux-semblants, qui poussent chacun à révéler sa noirceur. Avec la perte d'une lucidité, d'une confiance en soi et en l'autre.
Loin de n'être que le froid maître d'oeuvre d'une machination, McCarthy (prestation intense de Duryea) fait ressortir à chaque scène la démesure d'une vengeance, d'une frénésie destructrice. Voulant peu à peu entraîner avec lui le déchaînement d'un groupe.
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Joe Wilson
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Joe Wilson »

Tornade

Une relative déception, la beauté plastique du film n'ayant pas suffi à me satisfaire. Si Dwan semble d'abord maîtriser son sujet jusqu'au drame fondateur du récit, Tornade suit peu à peu une routine frustrante, bien éloignée d'une démesure passionnelle que le scénario pouvait promettre.
Le rythme faiblit, Cornel Wilde et Yvonne De Carlo échouant à offrir une crédibilité à leurs personnages, et les relations entre les êtres sont assez vite expédiées (à l'image du rôle décevant du policier). Les évènements s'enchaînent alors sans que le sentiment de revanche trouve une justesse ou une incarnation. Les violents contrastes de couleurs et de paysages gardent cependant une certaine ampleur, bien qu'ils accentuent des regrets.
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Joe Wilson
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Joe Wilson »

La reine de la prairie

De très beaux cadres, et un remarquable sens de l'espace dès les séquences inaugurales. Malheureusement, tout comme Tornade, le récit n'est pas vraiment à la hauteur.
Le conflit entre indiens et propriétaires terriens est évoqué avec peu de nuances, et une bonne conscience trop souvent maladroite. Dans son combat personnel, Barbara Stanwyck dévoile cependant une belle énergie...au contraire d'un Ronald Reagan très terne en homme providentiel, il est vrai peu aidé par un rôle incohérent. Ainsi, les enjeux du western restent toujours superficiels, sans pouvoir apporter une ampleur dramatique.
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Joe Wilson
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Joe Wilson »

Les rubis du prince birman

Le bilan de ce modeste film d'aventures n'est finalement pas catastrophique, même si l'ensemble s'oublie très vite. Mon impression est sans doute liée à l'honnête prestation du trio Stanwyck/Ryan/Farrar : chacun tire le maximum du potentiel de son personnage, sans tomber dans l'exotisme de pacotille et dans la caricature. Le film développe alors une ambiance trouble, brumeuse, qui permet de combler presque jusqu'au bout l'insignifiance d'un scénario.
Cependant, le rebondissement final achève de décrédibiliser une intrigue qui tenait difficilement debout....mais en ayant assumé jusqu'alors un rythme convenable, Dwan compose un divertissement agréable à défaut de convaincre.
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Joe Wilson
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Joe Wilson »

La perle du pacifique sud

Là par contre, un beau ratage. Dwan a raison par rapport à son scénario, tant celui-ci apparaît paresseux et grotesque.
Seul intérêt du film, Virginia Mayo qui semble s'amuser.
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Joe Wilson
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Joe Wilson »

Le mariage est pour demain

Beau western, délicat et limpide. L'attention aux couleurs est remarquable, et la mise en scène dévoile une sérénité ample. Les personnages sont peints avec une générosité lucide, et le duo John Payne/Ronald Reagan fait merveille, même si le jeu du premier est bien plus dense et nuancé. Loin d'être un second rôle, Rhonda Fleming offre un portrait de femme d'une fougueuse fierté, et d'une grande intensité de caractère.
Dwan concentre son regard sur les enjeux relationnels, avec finesse, chacun s'attachant à sa dignité, quitte à se bercer un instant d'illusions.
Je trouve cependant que l'équilibre avec l'action proprement dite est parfois maladroit...les évènements s'enchaînent à toute vitesse, quitte à ce que des sous-intrigues disparaissent au détriment d'un vécu. Et Dwan se montre bien plus à son aise dans l'intimité que dans les scènes de groupe.
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damdouss
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by damdouss »

Joe Wilson wrote:La perle du pacifique sud

Là par contre, un beau ratage. Dwan a raison par rapport à son scénario, tant celui-ci apparaît paresseux et grotesque.
Seul intérêt du film, Virginia Mayo qui semble s'amuser.
Ce n'est pas un ratage,à partir du moment où Dwan traite ce sujet en pur divertissement (ce qui était son unique objectif sur ce film, à commencer pour lui-même car il s'est bien amusé sur le tournage quand on écoute l'interview de Bogdanovitch).
A ce moment là bon nombre de très bons serials des années 20 à 40 ne seraient que "ratages" tant leurs scénarios sont simplets et grotesques. "La perle du Pacifique sud" comme "les rubis du prince Birman" n'ont pas d'autre volonté de divertir (comme les meilleurs sérials de William Witney) et leur invraissemblance fait parti du genre : donc pour le coup ils sont plutôt réussis.
Ce genre de film peut être affaire de plaisir tout simplement même si je l'admets on peut ne pas aimer ce type de cinéma. La limite se situerait au niveau de l'ennui. Pour des films qui durent en moyenne 80 minutes, il ne m'a pas personnellement gagné. Il faut juste les voir indépendamment de films comme "Quatre étranges cavaliers".
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Jeremy Fox »

damdouss wrote:
Joe Wilson wrote:La perle du pacifique sud

Là par contre, un beau ratage. Dwan a raison par rapport à son scénario, tant celui-ci apparaît paresseux et grotesque.
Seul intérêt du film, Virginia Mayo qui semble s'amuser.
Ce n'est pas un ratage,à partir du moment où Dwan traite ce sujet en pur divertissement (ce qui était son unique objectif sur ce film, à commencer pour lui-même car il s'est bien amusé sur le tournage quand on écoute l'interview de Bogdanovitch).
A ce moment là bon nombre de très bons serials des années 20 à 40 ne seraient que "ratages" tant leurs scénarios sont simplets et grotesques. "La perle du Pacifique sud" comme "les rubis du prince Birman" n'ont pas d'autre volonté de divertir (comme les meilleurs sérials de William Witney) et leur invraissemblance fait parti du genre : donc pour le coup ils sont plutôt réussis.
Ce genre de film peut être affaire de plaisir tout simplement même si je l'admets on peut ne pas aimer ce type de cinéma. La limite se situerait au niveau de l'ennui. Pour des films qui durent en moyenne 80 minutes, il ne m'a pas personnellement gagné. Il faut juste les voir indépendamment de films comme "Quatre étranges cavaliers".
Justement, adorant ce genre de films de style "sérial d'aventure", j'ai trouvé celui-ci absolument grotesque et fichtrement ennuyeux ! Donc à mes yeux, il s'agit bel et bien aussi d'un gros ratage. D'ailleurs Dwan, dans son interview à Bogdanovich, ne dit jamais le contraire. Après, je comprends également qu'on puisse y prendre du plaisir et j'aurais été le premier à le vouloir.
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Jack Carter »

j'y avais pris du plaisir :oops:
"On peut revenir au sujet du topic ?" (Jack Carter)
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Jeremy Fox
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Jeremy Fox »

Jack Carter wrote:j'y avais pris du plaisir :oops:
Oui mais avoue : tu n'avais d'yeux que pour le short très court et les jambes de Virginia Mayo. :mrgreen:

Moi aussi d'ailleurs ; il n'y avait plus que ça à faire !
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Jack Carter »

effectivement :lol:
"On peut revenir au sujet du topic ?" (Jack Carter)
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damdouss
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by damdouss »

Effectivement, ça à pu aussi fausser mon jugement. :wink:
Je n'ai pas dit non plus que c'était un chef d'oeuvre, loin de là. Tout dépends aussi de l'état d'esprit dans lequel on regarde le film... Peut-être que lors d'une deuxième vision, il m'apparaitra plus fade.
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Re: Allan Dwan (1885-1981)

Post by Tancrède »

moi aussi j'adore ces dépaysantes séries B que sont La perle et Les rubis.
je les ai vus plusieurs fois sans me lasser.