Cinéma muet français

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

User avatar
Supfiction
Howard Hughes
Posts: 15874
Joined: 2 Aug 06, 15:02
Location: Have you seen the bridge?

Re: Cinéma Muet Français

Post by Supfiction »

Ann Harding wrote:
La Femme et le pantin (1928, Jacques de Baroncelli) avec Conchita Montenegro, Raymond Destac et Henri Levêque

Don Mateo (R. Destac) rencontre dans un train Concha Perez (C. Montenegro) et en tombe follement amoureux. Mais, la belle le repousse...

Le roman de Pierre Louÿs a fait l'objet d'une multitude de versions cinématographiques dont la plus célèbre est The Devil is a Woman (1935) du tandem Dietrich-von Sternberg. Pour cette première version, contrairement aux autres cinéastes qui utiliseront une star dans le rôle principal, Baroncelli fait le pari inverse. Il choisit une jeune danseuse espagnole de 17 ans seulement, Conchita Montenegro qui éclate à l'écran avec sa beauté et son charisme. Le film est réalisé avec tout ce qu'il faut de rafinement dans les décors et de nombreuses scènes ont été tournées à Cadix et à Séville. Certes l'intrigue est relativement banale. On suit le cheminement de Don Mateo qui est prêt à tout pour posséder Concha. mais, celle-ci a plus d'un tour dans son sac et lui file toujours entre les doigts en attisant sa jalousie avec malice. Baroncelli joue avec les grilles qui ferment les cours ou les pièces des maisons andalouses. Tel un animal dans une cage, Don Mateo en ait souvent reduit à observer Concha qui se déhanche hors de sa portée. C'était une excellente idée que de confier le rôle de la tentatrice à une très jeune actrice car celle-ci fait de Concha une femme-enfant manipulatrice, tout en conservant une certaine innocence. Son personnage conserve sa part de mystère. Baroncelli va assez loin dans le dévoilement de son actrice qui danse nue face à un groupe de vieux messieurs libidineux. Il filme tout cela de loin à travers une vitre ou un rideau de perles, si bien que cette vision semble presque être un phantasme de Don Mateo qui suffoque face à la tentation. Le film se clot comme il avait commencé par une reconstitution du célèbre tableau de Goya, El pelele (Le pantin) où quatre jeunes filles font sauter un pantin dans une toile tendue. Don Mateo restera à jamais un pantin dans les mains de la belle Concha. Le film a été diffusé en 1997 sur Arte avec une partition de Georges van Parys qui est entraînante, mais bien trop répétitive.

Belle découverte que cette actrice Conchita Montenegro alors débutante et pleine de fraîcheur et de malice qui fait oublier Marlène Dietrich dans le rôle de la belle allumeuse espagnole. Moins mystérieuse peut-être mais plus
Le récit n'est certes pas palpitant mais un certain nombre de jolis plans (à travers les grilles, les guitares, un rideau de perles, etc) et d'effets en tous genres (comme une succession de gros plans rapides pour accompagner la musique) permettent d'y trouver son compte. La scène de danse nue est très jolie (Conchita etait d'ailleurs danseuse de formation) et surprenante (je n'ai pas le souvenir d'en avoir déjà vu une dans un film muet). Après ce passage devant la caméra de Baroncelli et deux trois films français, l'actrice eu une petite carrière américaine (avec notamment Leslie Howard comme partenaire dans Never the Twain Shall Meet en 1931) avant de retourner au cinéma espagnol.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image
Image
bruce randylan
Mogul
Posts: 11493
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma muet français

Post by bruce randylan »

Pour Don Carlos (Musidora & Jacques Lasseyne - 1920)

Image

En 1875, au pays Basque, un jeune sous-préfet se trouve au milieu du conflit entre royalistes et le pouvoir en place. Il est retenu prisonnier par une partisane de Don Carlos qui tombe amoureux de lui.

Dernier des quatre films toujours existants de Musidora réalisatrice (2 sont perdus) qu'il me restait à voir, ce long-métrage annonce en partie ses dernières œuvres qui se tourneront en Espagne, tout en s'inscrivant dans les thèmes déjà esquissés dans Vicenta (en grande partie perdue). Musidora se donne à chaque fois le rôle féminin principal, des femmes fortes et fragiles qui doutent beaucoup d'elle à cause d'amour en sens unique.
Ici, elle est une femme de poigne, active dans la lutte armée, qui essaie de rallier à sa cause un homme fiancé qui ne la laisse pas indifférente.

S'il ne possède l'émotion de Vicenta (ou ce qu'il en reste) ni la liberté presque avant-gardiste de La terre des taureaux, ce drame possède quelques belles qualités picturales qui font oublier un scénario pas toujours limpide où les enjeux politiques sont trop vagues et dont la continuité dramatique est pour le moins boiteuse comme en témoigne l'évolution des costumes de Musidora. On plutôt l'impression de voir 3 personnages féminins distincts plutôt qu'une seule et même personne. Ça rend son rôle trop conceptuel et assez inconsistant. On se demande ainsi pourquoi elle se retrouve soudainement en bergère des montagnes vêtue de guenilles alors que quelques minutes plutôt est était plutôt un dame du monde ou une militaire gradée.
On se console avec une belle photographie et un réel sens du cadre où l'espace des intérieurs est régulièrement bien exploité même si ce sont les extérieurs qui bénéficient du plus d'attention qu'il s’agisse des champs de bataille, des montagnes rocheuses ou des bords de mers. La fin ne manque pas de lyrisme à ce titre et Musidora (et son co-directeur ?) fait preuve d'un découpage inspiré.

Elle n'avait absolument pas à rougir de ses réalisations et il même dommage que sa carrière derrière la caméra ne fut pas plus étoffée.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11493
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma muet français

Post by bruce randylan »

Il y avait en décembre 2019 un cycle dédié au cinéaste/acteur Maurice Mariaud à la Fondation Pathé et qui permet de prendre le relais d'un double programme diffusé l'an dernier à la Cinémathèque, suivi quelques temps après d'un livre écrit par l'un de ses descendants et qui était accompagné d'un DVD avec 4 films (2 courts et deux longs).
Image
Ce livre est la première monographie consacrée à Maurice Mariaud, acteur et metteur en scène français et portugais, auteur d’une quarantaine de films et acteur dans une quinzaine d’autres signés Feuillade, Fescourt, Lacroix, Perret, Burguet – outre les siens.

Les recherches de Frédéric Monnier qui se sont étalées sur plusieurs années font le bilan des connaissances que l’on peut recueillir sur ce cinéaste qui n’a laissé aucune archive personnelle, aucune correspondance, aucun écrit. Engagé chez Gaumont en 1911, formé par Feuillade, metteur en scène et scénariste dès l’année suivante, réalisateur ensuite au Film d’Art, chez Eclectic Film, Phocéa, Louis Nalpas, Cinéromans et Caldevilla au Portugal, Mariaud a touché à nombre de genres (comédie, drame, féérie…). Son œuvre est marquée au sceau de « l’esthétique Gaumont » – maîtrise de la lumière et de la profondeur de champ, goût pour le gros-plan dramatique et un jeu retenu. Salué par Delluc et Moussinac en 1919-1920, il fut l’une des victimes du passage au parlant et devint auteur dramatique au théâtre et à la radio, parolier de chansons sur des musiques de son ami Paul Fosse.

Ignorée des historiens, oubliée des archivistes, son œuvre refait lentement surface, une douzaine de titres étant maintenant repérés dans plusieurs archives cinématographiques (Archives Françaises du Film-CNC, Cinémathèque française, Deutsche Kinemathek, Eye Institute, Cinemateca Portuguesa, Gaumont Pathé Archives), plusieurs ayant été restaurés ou étant en voie de restauration. Cet ouvrage et le travail d’archives qui lui est lié (tant en termes de recherche que de restauration) engagent ainsi plus largement une redécouverte du cinéma français (et portugais) des années 1910 à 1930, de ses thèmes, ses genres, ses métiers, et des destins qui s’y jouèrent.
Je n'avais pas pris le temps d'en parler à l'époque mais deux films présentés à la cinémathèque était deux petites merveilles (surtout l'excellente et virtuose comédie de moeurs Le Crépuscule du coeur), brillamment et intelligemment mis en scène, dans la lignée du très beau court-métrage Au pays des lits clos (malgré un scénario assez improbable) présent dans le second coffret Gaumont consacré à leur « cinéma premier »

Le Nocturne à la poupée (1917) est court-métrage de 30 minutes où l'économie de moyen est compensé par une jolie sensibilité. Mariaud ne dispose en gros que d'un modeste décor (un salon où se déroule 90% du film) et d'un scénario lénifiant où une petite fille cherche à empêcher son papa, veuf, d'accompagner en soirée sa nouvelle compagne, une vamp toxique.
Contre toute attente Mariaud s'en sort avec les honneurs. La caméra est pour ainsi dire toujours placer dans le même axe et avec peu de variations dans la composition des plans. Pourtant le résultat n'est jamais ampoulée ou théâtral. Pour cela, il peut compter sur la sobriété et la délicatesse de ses comédiens - dont Mariaud lui-même dans le rôle du père. Et surtout le cinéaste intègre toujours au bon moment des gros plans exploités avec intelligence et justesse. Il peut ainsi appuyé sur l'émotion avec parcimonie ou montrer comment le père de famille commence à se séparer de sa compagne lorsque qu'un panorama isole leurs deux visages.
Simple et touchant, sans mièvrerie.

Image
Os Faroleiros / Les gardiens de phare (1922) fait parti des films que le cinéaste a tournés au Portugal, tout en s'inscrivant dans l'univers de ses films bretons. Il est toujours question d'une petite communauté vivant au bord de la mer, face à des éléments violents qui semblent déchaîner les passions. La rivalité entre deux hommes amoureux de la même femme conduit à un drame , avant que tout deux soient réunis dans un phare.
On retrouve la même qualité photographique qui permet un discret lyrisme naturaliste, parfaitement en adéquation avec la sobriété des acteurs.
Le scénario évite la voie de la jalousie mélodramatique en plaçant au milieu du film ce qui aurait pu être le climax. Il peut ainsi mieux développer la psychologie et les tensions qui trouvent évidemment leurs points d'orgue dans le face à face, reclus dans le phare. Le scénario en fait peut-être un peu trop à se moment là avec quelques rebondissements superflus, d'autant que Mariaud est un peu moins à l'aise dans le « thriller » en huit clos que dans les extérieurs. Il lui manque aussi sans doute une stylisation expressionniste pour que ces éléments fonctionnent pleinement.
C'est cependant une maigre réserve et le film possède un belle force visuelle avec la mise en valeur de ses rivages accidentées et tumultueux.

Image
As Pupilas do Senhor Reitor (1923) - toujours tourné au Portugal - partage les qualités plastiques du précédent avec des extérieurs inspirés, un travail réfléchi et abouti sur le cadre, la photographie et la profondeur de champ qui donne à l'histoire autant un ancrage socio-historique qu'un lyrisme rural et intimiste du meilleur cru. Cependant, le scénario est loin d'être aussi sophistiqué et après une vingtaine de minutes passionnantes à décrire la vie de ce petit village (et son rythme), l'histoire peine à évoluer. Les 2h20 ne sont absolument pas justifiées et il faut presque attendre les 40 dernières minutes pour que l'intrigue se lance enfin, avec de surcroit des péripéties mélodramatique pas forcément très subtiles ni originales.
Dommage.

L'aventurier (1924)

Image

Chassé par sa famille à la mort de son père, un homme ruiné revient vers les siens après avoir fait fortune en Afrique du Nord. Ses proches le méprise sans ménagement mais leur entreprise vacille et ses capitaux pourraient les sauver.

De retour en France, Mariaud tourne cette adaptation d'une pièce de Alfred Capus qu'on suppose un produit de commande assez impersonnel ; ou en tout cas éloigné des ses préoccupations et de sa sensibilité (à part un ou deux seconds rôles féminins).
Le début est pourtant brillant où un groupe d'hommes, terrés dans une vaste demeure, repousse l'assaut d'une horde de "sauvages". La mise en scène est dynamique, fort bien découpée, sans fioriture et d'une intensité immédiate avec même un dureté assez rare dans sa violence.
Le reste ne sera jamais à la hauteur des attentes de cette introduction. Malgré une narration comprenant divers flash-backs, on devient assez passif devant l'académisme de la réalisation, certes appliquée mais dénuée de vie. Les scènes sont toujours trop longues, trop étirés pour des personnages malheureusement sans réelle profondeur. Le film dérange en plus par son colonialisme prononcé où le héros s'approprie sans scrupule ni ménagement une terre riche en or, en plus à des enfants.
Ca m'a paru tout de même supérieur au souvenir de la version parlante signé Marcel L'Herbier en 1934.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
Saturnome
Stagiaire
Posts: 3
Joined: 26 Jan 20, 23:05

Re: Cinéma muet français

Post by Saturnome »

Bonjour,

Je me disais que ce serait le forum idéal pour poser cette question vu le grand nombres d'experts : je suis à la recherche de films muets français réalisés en 1930. Ou en 1931, si cela existe?
Je n'ai que deux titres:
Au Bonheur des dames, de Julien Duvivier, 3 juillet 1930
Tarakanova, de Raymond Bernard, 26 septembre 1930 (je n'ai pas eu la chance de voir ce film, mais de ce que j'en comprends, il y a une bande-son avec quelques chansons non-synchronisées, le film joue comme un muet, avec des intertitres)
Si un film contient quelques scènes parlantes cela me va aussi, je le considère encore essentiellement muet.

Si vous avez ne serait-ce qu'une information à partager, ce serait très apprécié, merci!

(j'ai déjà été un utilisateur de ce forum il y a de nombreuses années, mais je ne me souviens plus de mon nom d'utilisateur!)
User avatar
Ann Harding
Régisseur
Posts: 3022
Joined: 7 Jun 06, 10:46
Location: Paname

Re: Cinéma muet français

Post by Ann Harding »

Ces deux films sont disponibles en DVD. Au bonheur des dames est sorti chez Arte Video et Tarakanova est disponible dans le coffret Raymond Bernard sorti chez Gaumont.
User avatar
Supfiction
Howard Hughes
Posts: 15874
Joined: 2 Aug 06, 15:02
Location: Have you seen the bridge?

Re: Cinéma muet français

Post by Supfiction »

Vu le charmant drame bourgeois La cigarette (1919) de Germaine Dulac. Quelques belles images de Paris et une impression de quasi-couleur par moments. Mais le plus intéressant est une séquence en flash-back. Probablement l’une des premières scènes entières de flashback de l’histoire du cinéma, en tous cas dans son utilisation puisqu’elle explique à posteriori le pourquoi des événements. L’intrigue réside dans le suspense autour d’une cigarette empoisonnée fabriquée par le mari pour se donner la mort à la manière d’un pharaon ayant découvert que sa femme le trompait.

Image
Last edited by Supfiction on 27 Jan 20, 11:58, edited 1 time in total.
Saturnome
Stagiaire
Posts: 3
Joined: 26 Jan 20, 23:05

Re: Cinéma muet français

Post by Saturnome »

Ann Harding wrote:Ces deux films sont disponibles en DVD. Au bonheur des dames est sorti chez Arte Video et Tarakanova est disponible dans le coffret Raymond Bernard sorti chez Gaumont.
J'ai le Duvivier, mais c'est un rare cas d'un coup de coeur que j'ai osé faire importer jusqu'au Québec.
Intéressant que Tarakanova ait été complété en mi 1929 et qu'on n'ai pas su quoi faire avec alors. Le cinéma parlant français n'était pourtant pas encore une réalité.
User avatar
Erich
Stagiaire
Posts: 37
Joined: 10 Nov 17, 20:46

Re: Cinéma muet français

Post by Erich »

Saturnome wrote:Bonjour,

Je me disais que ce serait le forum idéal pour poser cette question vu le grand nombres d'experts : je suis à la recherche de films muets français réalisés en 1930. Ou en 1931, si cela existe?
Je n'ai que deux titres:
Au Bonheur des dames, de Julien Duvivier, 3 juillet 1930
Tarakanova, de Raymond Bernard, 26 septembre 1930 (je n'ai pas eu la chance de voir ce film, mais de ce que j'en comprends, il y a une bande-son avec quelques chansons non-synchronisées, le film joue comme un muet, avec des intertitres)
Quelques précisions sur ces deux films, qui ont été réalisés tous les deux en 1929 (et non en 1930, même s’ils sont sortis effectivement en 1930) :

Au Bonheur des Dames a été tourné de septembre à novembre 1929. Tourné en muet, présenté à la presse en muet le 24 mars 1930 alors que le parlant se développe à grande vitesse, il est sonorisé à la hâte (avec des bruits de foule, de klaxon, des coups de pioche des démolisseurs…). Cette version sonorisée est présentée à la presse le 3 juillet 1930 et c’est dans cette version que le film sort le 5 septembre 1930. Le film tel qu’on le voit aujourd’hui est la version muette. D’après les comptes-rendus de l’époque, la sonorisation était médiocre et approximative (Jacques Faure écrit alors dans Comoedia du 12 juillet : « Mon cher Duvivier, vous avez dû bien souffrir en entendant cette piteuse adjonction »!). En outre, cela ne suffira pas à sauver la carrière du film.

Tarakanova a été tourné, en muet, de janvier à juillet 1929. Là encore, le développement du parlant incite la société productrice (Franco Film) à adjoindre une sonorisation à cette production « de prestige », par crainte qu’elle ne devienne obsolète à sa sortie. Raymond Bernard témoignera : « Toutes mes images devinrent prétexte à une inscription sonore sur la pellicule, une porte ouverte ou fermée, le passage d’un carrosse, la mosquée dont les cloches tintèrent ». Bien que ce travail de sonorisation ait été effectué fin 1929, le film, curieusement, ne sera présenté à la presse qu’en juin 1930 et sortira le 26 septembre. Les commentaires de l’époque sur sa sonorisation sont divers : un critique note que « les procédés des bruiteurs sont médiocrement suggestifs » tandis qu’un autre vante « des surimpressions de sons correspondant à des surimpressions de vues [avec] des résultats très heureux. »

Dans un cas comme dans l’autre, on peut supposer que les deux versions du film (muette et sonorisée) ont été diffusées à l’époque, l’équipement des salles françaises pour le sonore ayant été progressif.

De la même époque, il y a aussi Prix de beauté de Augusto Genina (présenté en 1930), tourné en muet et postsynchronisé. Il semble aussi que Nuits de princes de Marcel L'Herbier, également muet, ait connu une sonorisation pour sa sortie en 1930.
Mais tous ces films ont été tournés en 1929, et il doit y avoir quelques autres cas semblables. En revanche, des films français qui auraient été réalisés en muet en 1930, cela me semble peu probable.
Saturnome
Stagiaire
Posts: 3
Joined: 26 Jan 20, 23:05

Re: Cinéma muet français

Post by Saturnome »

Merci! Erreur de vocabulaire pour ma part en disant réalisé pour le moment de sortie, mes excuses. Et merci pour les précisions, j'apprécie énormément d'en savoir un peu plus sur ces films. J'avais en effet oublié Prix de beauté, pourtant sorti ici en Amérique sur DVD, et je ne connaissais pas Nuits de princes. J'aurais cru que les derniers films muets français auraient été réalisés par des noms moins connus aujourd'hui que des Bernard ou L'Herbier.
User avatar
Commissaire Juve
Charles Foster Kane
Posts: 22764
Joined: 13 Apr 03, 13:27
Location: Aux trousses de Fantômas !

Re: Cinéma muet français

Post by Commissaire Juve »

Supfiction wrote:Vu le charmant drame bourgeois La cigarette (1919) de Germaine Dulac.
Ton image m'a donné envie de jeter un coup d'oeil. Mais c'était trop long. Je suis allé directement à la dernière partie.

Après, j'ai vu Celles qui s'en font (1930), sur les chansons de Frehel ! La fête au village ! :lol:

Et, j'ai visionné La Souriante Madame Beudet (1923). Là, je suis allé jusqu'au bout, mais... je me suis réveillé en sursaut à trois reprises ! :mrgreen: :oops: Cela dit, j'ai eu de la peine pour Germaine Dermoz.
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
User avatar
Supfiction
Howard Hughes
Posts: 15874
Joined: 2 Aug 06, 15:02
Location: Have you seen the bridge?

Re: Cinéma muet français

Post by Supfiction »

Commissaire Juve wrote:
Supfiction wrote:Vu le charmant drame bourgeois La cigarette (1919) de Germaine Dulac.
Ton image m'a donné envie de jeter un coup d'oeil. Mais c'était trop long. Je suis allé directement à la dernière partie.
50 minutes, c'est trop long ? :lol:
Après c'est vrai que l'intrigue n'est pas folichonne, mise à part l'incongruité de la cigarette empoisonnée. En 1919, on en est encore à l'obsession de la fidélité des femmes ou de la virginité des filles, cela permet d'oublier les vrais problèmes.
User avatar
Commissaire Juve
Charles Foster Kane
Posts: 22764
Joined: 13 Apr 03, 13:27
Location: Aux trousses de Fantômas !

Re: Cinéma muet français

Post by Commissaire Juve »

Supfiction wrote:
50 minutes, c'est trop long ? :lol:
En muet ? Oh que oui ! (pour moi, bien sûr) J'ai mis des années à me réveiller pour finir le visionnage de Verdun vision d'histoire.

Et même pendant les 37 minutes de La Souriante Madame Beudet, je me suis endormi à plusieurs reprises. :oops:
... mise à part l'incongruité de ...
Chuuut ! malheureux, tu spoiles ! :o (perso, ce truc-là, je l'ai dans un film suédois de 1960).
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
bruce randylan
Mogul
Posts: 11493
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma muet français

Post by bruce randylan »

Retour à la Fondation Pathé :

La femme nue (Léonce Perret - 1926)

Image

Une jeune et ravissante modèle refuse la proposition de mariage d'un peintre protecteur plus âgé qu'elle. Elle devient bientôt la source d'inspiration d'un autre artiste vivant dans la précarité. Tous deux deviennent amants - puis époux - et rencontrent le succès. Mais en évoluant dans la haute société, le peintre délaisse sa muse pour une aristocrate superficielle et manipulatrice.

Ce n'est pas ce film qui va venir contredire le constat d'un Léonce Perret en fin de course dans ces années 20.
Ce n'est pas son pire cela dit et la première heure se tient plutôt raisonnablement avec une certaine délicatesse dans la direction d'acteur et la description des amours naissants et de leur quotidien. Sans être du Borzage, on sent que leur amour transcende leur situations financières dans un élan de confiance et de foi.
Sauf que dès que l'époux multiplie les prix et les récompenses, le film devient affreusement ennuyeux et aseptisé. Les 2h30 ne sont jamais justifiées, comme si les scénaristes étaient incapables de se dire que les spectateurs pouvaient deviner ou comprendre certains aspects de l'histoire. Tout est ainsi lourdement illustré et appuyé, alors qu'une ellipse, un carton ou quelques plans auraient pu suffire. La caractérisation des personnages perd aussi en finesse à l'image de la "vamp", véritable caricature incarnée. Ca vire presque au supplice durant les 30 dernières minutes où l'on prie pour chaque séquence soit la dernière, sans succès.
Perret semble remplir une commande, filmant jour après jour les pages qu'on lui adresse sans avoir une vision globale. Il se contente de reproduire de ci et là des compositions de plans qui ont fait sa renommée : contre-jours depuis une fenêtre ou ouverture, silhouettes en ombres chinoises ou clair-obscur. Certes, c'est toujours agréable à regarder mais ça témoigne d'un manque flagrant de renouvellement et ça démontre aussi un manque d'unité stylistique un peu dépassé.

Pour ne pas être trop méchant avec Perret, il a tout de même réussi à gommer l'original théâtral de son matériel. D'ailleurs, un grande parti des problèmes viennent sans doute principalement de la pièce d'Henri Bataille dont j'avais vu une précédente adaptation italienne, encore plus médiocre.


Mimi Trottin (Henri Andréani - 1922)

Image
Mimi Trottin et son voisin Louis, tous deux ouvriers, se fiancent malgré leur situation financière compliquées. Ils apprennent qu'un de leurs amis, tout aussi modeste, est en réalité le fils d'un riche industriel qui a quitté sa famille, préférant être un poète. Amoureux également de Mimi, il tente tout de même de se rapprocher de son père, espérant de la sorte trouver une meilleure situation pour lui et ses amis.

Entre drame, romance et film social, ce film avait de nombreux atouts en mains mais ne parvient pas à remporter la mise en sacrifiant le personnage féminin trop peu présent, et finalement passive presque jusqu'à la fin. C'est toujours un peu triste de faire de l'héroïne une figure finalement transparente, même si la conclusion la montre comme une femme de caractère qui s'assume. De plus l'écriture n'évite pas des contradictions en faisant d'un des deux héros masculin un arriviste déshumanisé à cause de de compromissions commises pour privilégier sa carrière... oubliant que le second prétendant a fait de même en aller ramper sans scrupule devant son père... Ce genre d’hypocrisie amenuise l'ancrage social pour un moralisme un peu puéril et manichéen sur la réussite.
Pour le peu que j'ai vu de lui, Andréani est pourtant un cinéaste intéressant et il le confirme encore ici avec de nombreux extérieurs parisiens bien utilisés, un direction d'acteurs sobre et chaleureuse pour des comédiens attachants. Visuellement, son film n'a pas vieilli et décrit assez bien l'univers social-économique de ses personnages, avec de surcroit des seconds rôles vivants. Il lui manque dans le cas présent principalement un scénario à la hauteur.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
User avatar
Ann Harding
Régisseur
Posts: 3022
Joined: 7 Jun 06, 10:46
Location: Paname

Re: Cinéma muet français

Post by Ann Harding »

Image
Quartier Latin (1929, A. Genina) sur mon blog.
bruce randylan
Mogul
Posts: 11493
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma muet français

Post by bruce randylan »

Figaro (Gaston Ravel – 1928)

Image

Après les muets médiocres découverts début mars, celui-ci vient redresser avec un certain panache la moyenne. Il ne s'agit pas seulement d'une adaptation d'un Marivaux mais de trois puisque sont réunis au scénario le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro et La mère coupable. Ce dernier est un peu superflu, n'apportant pas grand chose de plus aux personnages et à l'univers, d'autant qu'on atteignait déjà sans ce dernier acte les 90 minutes (ainsi augmenté de 20 minutes bonus).
A part ce petit grief, le film est excellent, plein d'esprit, de verve, de malice et d'irrévérence avec une mise en scène enlevée de Gaston Ravel très inspirée qui soigne particulièrement le découpage pour de jolies variations de plans, un rythme alerte et quelques bonnes idées comme la concrétisations visuelles de notes de musique, quelques surimpressions pour dévoiler des coulisses ou personnes cachées. A ce titre, beaucoup d'informations passent par la mise en scène et le jeu des comédiens, ce qui permet de réduire les cartons au maximum.
L'interprétation est par ailleurs excellente, fraîche, spontanée et débordante de charme et de malice. Edmond Van Duren a d'ailleurs un p'tit côté Tyrone Power, y compris dans sa manière de se déplacer.

Si on rajoute une formidable direction artistique avec des décors amples et des costumes luxueux, on obtient un petit classique qui mériterait d'être mieux exposé comme la carrière de Ravel que je connais encore très mal.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"