Fritz Lang : rétrospective personnelle

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Jeremy Fox »

daniel gregg
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by daniel gregg »

Excellente chronique de La cinquième victime qui prend le parti d'analyser l'obsessionnelle fascination de Fritz Lang pour la dualité chez l'homme.
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Jeremy Fox
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Jeremy Fox »

daniel gregg wrote:Excellente chronique de La cinquième victime qui prend le parti d'analyser l'obsessionnelle fascination de Fritz Lang pour la dualité chez l'homme.

Excellente chronique pour un excellent film que j'ai hâte de redécouvrir ; dommage que la version superscope semble être en meilleur état que la copie 4/3 :|
daniel gregg
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by daniel gregg »

Oui la seule à avoir été restaurée, ç'aurait pu être un peu plus propre dans l'ensemble d'ailleurs je pense.
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monk
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by monk »

La version 4/3 de L’invraisemblable vérité est loin d'être honteuse ! Je m'attendais à bien pire pour une copie "non restaurée".
stevenn33
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by stevenn33 »

J'ai encore revu la fin de Liliom. Ce sont décidément les dix dernières minutes les plus belles du cinéma, le moment le plus émotionnel qui soit. Je pleure à chaque fois. :cry:
Spoiler (cliquez pour afficher)
- Maman, maman, quelqu'un t'as déjà donné un coup ? Mais un coup fort ! Un coup qu'on entend claquer sans que tu n'ai rien senti.
- ... Oui mon enfant. Quelqu'un m'a déjà donné un coup... Et je n'ai rien senti.
- Est-il donc possible maman, qu'on vous frappe sans vous faire aucun mal ?
- Oui mon enfant. Il est possible que quelqu'un vous batte, sans vous faire aucun mal.

Le tout dans un jeu parfait, immense intensité, impossible de ne pas pleurer.
Mais tout le film est magnifique. Ce n'est peut-être pas le meilleur de Lang ( et la critique n'est vraiment pas tendre avec ), mais c'est de loin le plus beau.
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AtCloseRange
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by AtCloseRange »

Le passage que tu cites est pourtant très discutable (même s'il vient du roman).
J'avoue que ce soit dans les différentes adaptations de Liliom (dont Carrousel), à chaque fois, je tique.
stevenn33
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by stevenn33 »

Ahh je n'ai pas lu la pièce ni vu les autres adaptations. Mais, je ne sais pas. Ce moment est tellement incroyable, si fort, si beau que je ne vois pas ce qu'on peut lui reprocher. Alors peut-être le trouve-on ridicule, surjoué ou naïf. Franchement, je ne le trouve vraiment pas.
Puis il y a aussi ce moment ou Liliom frappe sa fille, d'un seul coup le temps s'arrête. Ce moment est d'une immense beauté.
Bah après ce n'est que mon avis.^^
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AtCloseRange
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by AtCloseRange »

Je crois que tu ne vois pas ce qu'il y a de sous-jacent dans cette scène et notamment cette phrase précise.
Il est possible que quelqu'un vous batte, sans vous faire aucun mal
stevenn33
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by stevenn33 »

Si, pourquoi donc ? Et c'est justement ce qui est le plus beau. A moins que tu y verrais un sens caché à ces paroles ? Ce serait terrible !
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AtCloseRange
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by AtCloseRange »

Mais je ne vois pas de sens caché. C'est malheureusement un peu trop clair à mon goût et je ne suis pas le seul à relever le "problème".
C'est quand même l'histoire d'une femme qui "accepte" la brutalité de son conjoint parce qu'elle l'aime et qui finit par dire cette phrase.
ça me semble totalement sans ambigüité et sans distance.
ça ne préjuge pas de ce que je pense de l'oeuvre (j'aime bien l'histoire de Liliom et même Carrousel) mais le fait que tu mettes justement en avant ce passage m'a fait réagir.
stevenn33
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by stevenn33 »

Ahh je pensais que tu donnais une signification plus douloureuse, des fausses paroles pour cacher la souffrance qui ne peut plus être contenu et se traduit alors par les larmes.
Peut-être faut-il avoir un peu de fantaisie, je trouve ça très beau car cette violence n'en est pas réellement une. Derrière ce personnage bourru Liliom est un être de grand coeur, ce que lui-même nie. Bien sur c'est idiot et naïf, un coup est un coup, autant que soit les intentions de la personne il ferra toujours mal. C'est le cinéma qui se permet de créer ce poing de l'amour. Mais aussi irréaliste qu'il soit, c'est beau non ?
Pour ma part c'est magnifique, mais je comprend que tu ne sois pas du même avis.
Fritz
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Fritz »

J'ai revu Metropolis il y a quelques jours. Le film me décoiffe toujours aussi puissamment.
Federico
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Federico »

Dans la série : "Quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende", Lang doit regretter d'avoir comme titre français d'un de ses plus grands films : Règlement de comptes... :roll:
D'un autre côté, ceci n'est pas vraiment un scoop tant cette période de la vie de Lang fut teintée d’ambiguïté.
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
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Profondo Rosso
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Profondo Rosso »

Règlement de comptes (1953)

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À la suite du suicide d'un de ses supérieurs, le détective Dave Bannion prend conscience du degré de corruption qui règne chez ses collègues, dans sa hiérarchie et dans le monde politique. La pègre locale décide de le supprimer en piégeant sa voiture, mais c'est sa femme qui meurt dans l'explosion. Aidé d'une amie d'un des criminels, Bannion se lance alors dans une croisade qui va l'amener aux frontières entre justice et vengeance.

Un des sommets de la période américaine de Lang où l'urgence du polar va donner une belle intensité dramatique à ses thèmes de prédilection que la vengeance où le héros seul contre tous. Le scénario déploie ici une spirale implacable où tous s'agence vers une inéluctable tragédie. Dave Bannion (Glenn Ford) sera ici le grain de sable venant troubler le cycle de la corruption ordinaire en s'intéressant de trop à ce qui s'apparente à un suicide banal. Mais le suicidé est un policier et comme l'intrigante introduction nous le montre, il détenait un secret qui va s'avérer lier sa veuve (Jeanette Nolan), le nabab Mike Lagana (Alexander Scourby) et la police locale. Trop confiant, Bannion va laisser filer un indice qui causera la mort d'une innocente et éveillera sa curiosité et sa détermination.

Lang dépeint là un monde corrompu où la paranoïa est de mise pour le héros Glenn Ford de plus en plus menacé, des avertissements de ces supérieurs douteux au coup de fil anonyme jusqu'à une agression plus concrète qui va en faire une figure vengeresse typique du héros langien. Là comme souvent en voulant se faire justice le personnage finit par dangereusement ressembler à ce qu'il pourchasse. Lang usant de sa figure du double crée donc le temps d'une scène au mimétisme entre l'homme de main sadique joué par Lee Marvin et Glenn Ford s'apprêtant à étrangler l'odieuse veuve. On pense (en beaucoup moins fouillé) à au même mimétisme qui s'opérait entre Arthur Kennedy et Mel Ferrer dans son western L'Ange des Maudit et comme dans ce dernier, la solution viendra d'un personnage féminin sacrificiel, Marlène Dietrich dans le film de 1952 et ici par une magnifique Gloria Grahame. Fiancée frivole de la brute épaisse Lee Marvin, elle est très convaincante dans sa prise de conscience où elle s'offre une rédemption morale poignante contrebalancé par une terrible déchéance physique. Lang tourna le film dans la durée record de quinze jours et cette urgence se ressent dans le rythme trépidant du film mais aussi dans son côté un peu schématique (les scènes familiales sont trop appuyées pour que l'on ne se doute pas qu'un drame va arriver, même le moment d'attente au moment du rebondissement en question est magnifiquement géré par Lang). Le casting impeccable rattrape largement ce petit défaut avec un Glenn Ford menaçant mais toujours auréolé de ce petit soupçon d'humanité qui l'empêche de basculer, Lee Marvin pas si souvent en action mais qui convainc sans peine de sa perversion et bien sûr Gloria Grahame magnifique. Un tout bon Lang. 4,5/6